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Couverture de la série Loup (Dillies)
Loup (Dillies)

Je lis Renaud Dillies comme l'un des auteurs majeurs contemporains dans le neuvième art. Pas d'esbrouffe dans ses récits, au contraire une approche poétique très forte soutenue par un graphisme personnel très abouti. Déjà dans Sumato ou dans Betty Blues, Dillies abordait les thèmes de la mort et de la séparation d'une manière onirique et sensible. Notre bon Loup est-il un cousin de Wolf qui s'était fait plaquer par Sally dans Sumato ? Ou est-il tout simplement Wolf qui veut garder son anonymat derrière son loup ? Va savoir ? Après 15 ans il semble avoir bien tourné la page jusqu'à ce virage. Son réveil est-il réel ou peut être un ressenti de cette froideur et de ces bruits entendus dans l'ambulance. Dillies ne nous propose-t-il pas le rêve de Loup sur son lit de coma qui revit sa rencontre avec Miss Ti/ Sally fantasmée par son sommeil profond ? Toute la suite devient logique et poignante dans le récit de Dillies. Jusqu'au réveil entouré de ces masques qui tentent une dernière intervention ? Peu importe l'issue puisque l'amour a triomphé. Inutile de revenir sur l'excellence du graphisme de Dillies si abouti et si maîtrisé. J'ai beaucoup aimé les couleurs de C.Bouchard qui renforcent le côté onirique du récit. Un album bien personnel de l'auteur qui peut conduire à plusieurs lectures possibles. Perso j'y ai trouvé une lecture très émouvante.

07/09/2022 (modifier)
Couverture de la série Ennui mortel
Ennui mortel

C'est le premier album de Lax et je le trouve assez sous-évalué. Même si Lax ne signe que le dessin, de nombreux thèmes du scénario d'Aubrun annoncent beaucoup du futur Lax. J'ai apprécié l'originalité et la vision du concept de départ. S'emparer du thème de la gestion et de l'ambiance d'une "maison de retraite" est un sujet pas très glamour même si Aubrun arrive à glisser quelques cases dénonciatrices qui auraient eu leurs places dans #Metoo. Avec 40 ans de recul et un thème qui est devenu premier dans notre société où la proportion des grands aînés ne fait que croitre, je trouve le scénario plein de finesses anticipatrices et de trouvailles. Les abus financiers, les maltraitances, le mépris des résidents ou l'indifférence des familles sont des problématiques bien réelles aujourd’hui. Le bon docteur Paul aurait eu toute sa place dans un épisode de Vie de Carabin. Aubrun ne prend pas de gant pour égratigner tous les notables. Bien sûr nous sommes dans une série de la collection Bulles Noires ce qui conduit à cette fin assez délirante mais aussi assez jubilatoire. Je trouve le graphisme de Lax très bon. Une mise en page très moderne, un N&B très lumineux et surtout un très grand soin apporté aux visages fanés de nos résidents. Il y a beaucoup d'empathie apportée uniquement par le dessin de Lax dans les personnalités de ces vieilles dames. Evidemment nous sommes 15 ans avant son évolution graphique et Lax utilise une ligne claire très réaliste. Cela me convient parfaitement. Une surprise agréable et une lecture très sympathique du premier album d'un auteur que j'apprécie beaucoup.

07/09/2022 (modifier)
Couverture de la série Carton blême
Carton blême

Le principal (le seul ?) reproche que l’on pourrait faire à cette histoire est d’être un peu courte, de manquer d’une certaine densité. Mais le résultat est quand même intéressant, on ne s’ennuie pas, c’est rythmé, il y a mine de rien pas mal de réflexions sous-jacentes, et la chute, noire et ironique, conclut parfaitement le récit. Récit classé en polar/thriller, mais un polar qui se déroule aussi dans un futur proche donnant un air de science-fiction à la fois crédible et en même temps repoussant. Dans cette société « post-contemporaine », la police n’a pas le droit d’intervenir pour protéger les personnes ayant une « carte blême », attribuée aux personnes en mauvaise santé (ceci ayant été décidé pour réduire les déficits des systèmes de sécurité sociale). Cette règle amène des situations ubuesques et scandaleuses, et bien sûr quelques magouilles, au cœur de l’intrigue, autour d’un officier de police intègre, que quelques circonstances vont amener à remettre en cause ce système. Un système affreux, froid, injuste, mais cet aspect orwellien n’est pas si éloigné de ce qui a pu récemment se passer en Chine avec des déplacements et des droits limités en fonction de données médicales contenues dans une carte électronique, suite à la crise du covid. L’album se lit très vite, car il n’y a pas beaucoup de texte (voir ma remarque initiale), mais la lecture est agréable, et l’histoire très intéressante, donc recommandable.

07/09/2022 (modifier)
Couverture de la série La Gigantesque Barbe du Mal
La Gigantesque Barbe du Mal

Je découvre cet auteur avec cet imposant album, étrange, intriguant, alliant simplicité et complexité (du dessin et de la narration). En tout cas je suis tombé sous le charme. L’histoire en elle-même est difficile à résumer, tant cela tend vers la rêverie surréaliste à plusieurs reprises, tant tout ne tient parfois qu’à un fil (ou à un poil de barbe !). Mais je suis amateur de ce genre de récits qui font la part belle à l’imagination des lecteurs. Et le dessin est au diapason. Collins arrive avec une économie de moyens à croquer quelques scènes, quelques personnages (avec un rendu proche parfois du croquis, de l’esquisse). Son trait minimaliste, sa narration très british je trouve le rapproche de Gauld certes, mais c’est quand même assez personnel (je sais qu’il a publié un autre titre chez le même éditeur, que je vais essayer de lire dès que possible). Chouette découverte en tout cas, que je recommande aux plus curieux – mais n’attendez pas de récit cartésien et/ou dynamique, car le rythme est lent et quelque peu planant (et la dispersion d’un texte rare sur de grandes cases accentue cette impression). Note réelle 3,5/5.

07/09/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Sauveurs
Les Sauveurs

« Les Sauveurs » est un ouvrage passionnant et très humain, qui raconte la vie de 7 défenseurs des droits des animaux… 7 hommes et femmes incroyables, qui font preuve d’une détermination inébranlable et d’une ingéniosité qui force le respect. « Le véganisme, c’est pas trop mon truc » vous entends-je dire. Oui mais non. Sans aborder ce débat sensible, il faut quand même préciser que les combats présentés ici sont difficilement débattables : braconnage et massacre d’animaux (gorilles, requins) pour n’en prélever qu’une petite partie (pour des raisons souvent douteuses - traditions, fétichisme, croyances etc.) et rejeter le reste, injection de produits chimiques dans les yeux de lapins vivants pour tester du maquillage, torture de bétail dans les abattoirs français, abandon d’animaux dans les zoos de zones de guerre… Bref, vous voyez le tableau. Je suis ressorti de ma lecture dégouté par les faits, mais surtout exalté et revitalisé par le travail de ces « sauveurs » infatigables, véritables sources d’inspiration qui risquent souvent leur vie pour leurs idéaux. A noter que l’histoire poignante de Dian Fossey a déjà inspiré le film de 1988 « Gorilles dans la brume » avec Sigourney Weaver. La réalisation graphique est certes académique mais parfaite pour un album de ce genre. Le dessin tout en rondeur est efficace et lisible, la narration est claire et aérée, et quelques touches d’humour bienvenues viennent alléger la lecture. Un album poignant, à mettre entre toutes les mains, et surtout celles des enfants, qui ont plus que jamais besoin de ce genre de modèle.

07/09/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série The Department of Truth
The Department of Truth

Une lecture marquante, c’est sûr. L’idée de départ est ingénieuse et alléchante : une agence secrète qui gère les théories du complot. Ces dernières deviennent vérité si assez de gens y croient, et se matérialisent même à la manière de tulpas (entités spirituelles créées par la force de la volonté de son invocateur et forcée à se manifester dans le monde physique). Je trouve cette idée assez pertinente dans le monde actuel où le concept de « vérité » est plus fluide que jamais. L’auteur inclut de nombreuses références à des théories du complot connues (la base secrète sous l’aéroport de Denver, la panique des abus sexuels satanistes, Bigfoot), ce qui incite le lecteur à faire ses propres recherches. La mise en image de Martin Simmonds est remarquable. Son style lorgne vers Sienkiewicz et McKean, et produit des planches qui collent parfaitement à l’ambiance « cauchemar éveillé » dans lequel se retrouve notre protagoniste. Je note quand même que l’intrigue est assez complexe et parfois difficile à suivre, surtout dans le tome 2 (sur le point de sortir en VF au moment où j’écris ces lignes). Ma lecture a été assez éprouvante, et il faudra sans doute que je relise ces 2 tomes avant de m’attaquer au troisième ! Un OVNI passionnant mais une lecture éprouvante.

06/06/2022 (MAJ le 06/09/2022) (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série L'île d'Om
L'île d'Om

La Mort débarque chez Arthur pour l’emporter, mais perd son matériel en route et rate complétement son coup (c’est une Mort apprentie, après tout). Elle le convainc donc de la suivre de son plein gré, pour un long voyage onirique rempli de péripéties en tout genre. Un préambule cocasse et intriguant ! Si le ton lorgne initialement vers les maitres de l’horreur gothique (Poe, Lovecraft), le reste de l’histoire m’a surtout rappelé Les Cités obscures, notamment le tome « La Tour ». Nos protagonistes se perdent dans les méandres de bâtiments et sous-sols insondables, alors que le lecteur tente tant bien que mal de rassembler les pièces de puzzle de l’intrigue, qui abondent en références sur le thème de la mort (par exemple le second navire se nomme « Asphodèle », comme le mythe grec du Pré de l'Asphodèle). Le dessin est absolument magnifique, même si les visages se ressemblent tous un peu, et que certains phylactères sont agencés bizarrement, ce qui complique inutilement la compréhension du récit. J’ai passé un excellent moment de lecture. Le mystère de l’histoire a su retenir mon attention, et la fin m’a plu. Un premier album réussi et un auteur à suivre. MAJ tome 2 Tiens, un tome 2 ! Reste que pour moi la moyonnaise a moins pris. L’intention de vouloir approfondir l’univers mis en place dans le tome 1 est louable, mais j’ai trouvé l’intrigue compliquée et difficile à suivre. Surtout qu’on retrouve ces phylactères agencés un peu n’importe comment, et j’ai encore eu du mal à les lire dans le bon ordre ! Une lecture moins marquante en ce qui me concerne.

01/07/2021 (MAJ le 06/09/2022) (modifier)
Couverture de la série Le Frère de Göring
Le Frère de Göring

Excellente surprise que ce diptyque historique qui m’a fait découvrir le destin du frère de Hermann Göring. La narration est très claire, le dessin est efficace, la lecture est facile et instructive. L’étude des caractères des deux frères est fascinante à plus d’un point de vue. Le lien fraternel qui les unit et qui pousse l’un à protéger l’autre alors même que leurs convictions politiques sont on ne peut plus opposées est très bien retranscrit. De même, les auteurs parviennent très clairement à nous montrer comment les événements survenus durant leur jeunesse ont façonné leurs caractères. Mais bien sûr le point central, c'est Albert Göring ! Il symbolise à mes yeux la résistance pacifique, à la fois image de la majorité silencieuse qui ne monte pas aux barricades pour s'opposer à l'oppresseur et juste parmi les justes qui agit dans l'ombre en usant de toute l'influence dont il peut bénéficier pour sauver des victimes de l'oppression. Le format de deux tomes de 48 pages en 240 x 320 mm n’est pas des plus habituels pour ce genre de projet (à l’heure actuelle, on a plutôt recours à de gros romans graphiques de 600 pages) mais il est très bien exploité. Pas de longueurs inutiles, une lecture fluide et prenante, vraiment ce diptyque a été un réel plaisir alors même qu’au final cela reste un récit historique rigoureux. Rigoureux oui, mais vraiment pas lourdingue, et c'est peut-être le plus gros point fort de ce diptyque. Une lecture que je recommande !

06/09/2022 (modifier)
Couverture de la série Slava
Slava

A l’heure actuelle, j’en suis arrivé à ne plus réfléchir lorsqu’une œuvre signée Pierre-Henri Gomont est annoncée. J’achète, on verra ensuite de quoi ça cause. Et une fois de plus, je sors enchanté de ma lecture. Le sujet est très intéressant et nous sort des sentiers battus. Il est historiquement pertinent et développé avec humour et sérieux. Humour car les personnages sont souvent hauts en couleurs et les qualités de conteur de Pierre-Henri Gomont assurent des dialogues drôles et vivants (ahh, cet art de recourir à un petit dessin pour développer une idée). Sérieux car ce qui nous est conté est dramatique par plus d’un aspect et nous force à réfléchir aux raisons qui poussent aujourd’hui beaucoup de Russes à regretter l’époque de la grande URSS. La mise en page, le style graphique et le style narratif sont dans la ligne directe de ceux employés sur « La Fuite du cerveau » mais sans élément absurde et fantastique ici : tout cela reste très réaliste même si raconté avec beaucoup de gouaille. J’attends la suite avec grande impatience.

05/09/2022 (modifier)
Couverture de la série L'Homme à la tête de lion
L'Homme à la tête de lion

Ce qui m’aura particulièrement marqué à la lecture de cet album, c’est l’osmose qui se dégage du thème, du style graphique et du style narratif. Cette complémentarité entre ces trois éléments est pour beaucoup dans mon appréciation générale. Le thème central, comme l’indique on ne peut plus clairement le titre de l’album, se développe autour d’un personnage : l’homme à la tête de lion, monstre de foire que nous allons suivre durant une bonne partie de sa vie. Le portrait est sensible et complexe, le personnage n’est pas une simple victime exploitée même s’il souffre de sa particularité. Grâce à lui, Xavier Coste nous plonge dans le quotidien des grands cirques du début du XXème siècle, nous parle de ce qui fait d’un homme un humain et traite bien entendu de la différence et de son acceptation dans nos sociétés (monstres qui effrayent les visiteurs ou objets de curiosité qui émoustillent les médecins, qu’est-ce qui est le pire ?) La narration à la première personne nous plonge dans les pensées du personnage central et cet album se lit à la manière d’un journal intime. Ses réflexions sur sa vie, sur sa dualité homme/animal, sa frustration face à sa quête d’amour, son goût pour l’art, ses besoins de solitudes alors même que son métier exige de lui qu’il fasse représentations sur représentations… Tout cela nous le rend intime et touchant, même s’il présente de mauvais côtés. Enfin la grosse claque vient du style graphique, magnifique hommage à celui que l’on pouvait trouver dans les journaux de l’époque. Chaque planche est une composition, un tableau avec lequel joue l’auteur pour nous raconter son histoire. Je craignais que ce style soit usant à la longue… mais j’ai adoré du début à la fin, ne ressentant jamais aucune lassitude. Je ne sais pas ce que cet album aurait donné si un seul des trois éléments avait été différent. Qu'aurait donné cette histoire de cirque sans ce dessin à l'aspect vieillot ? Qu'aurait donné ce récit d'une vie de freak sans cet emploi de la narration à la première personne ? Qu'aurait donné ce dessin sur un autre sujet ? Je ne saurais dire. Ce qui est sûr, c'est que ces trois éléments associés se complètent parfaitement dans le cas présent. Franchement bien !

05/09/2022 (modifier)