Moi ce que j'aime, c'est les monstres (My Favorite Thing Is Monsters)

Note: 3.75/5
(3.75/5 pour 8 avis)

Angoulême 2019 : Prix du Meilleur album Grand prix de la critique ACBD 2019 Will Eisner Award 2018 : Best Graphic Album: New Fiction empreinte de vérité, c’est une œuvre sur la différence qui transcende les genres et abolie les frontières entre les lecteurs. Emil Ferris l’a écrite pour les minorités, l’a dessinée pour la liberté d’être ce que l’on veut, humainement et intimement, et l’a portée envers et contre tout pour prouver que l’on peut se relever, que l’on peut se reconstruire et laisser sa marque. Et c’est pour ça que Moi, ce que j’aime, c’est les monstres frappe si fort aujourd’hui, il s’adresse à tous, à nos problèmes, à notre monde.


1961 - 1989 : Jusqu'à la fin de la Guerre Froide Angoulême 2019 : les gagnants ! Angoulême : récapitulatif des séries primées Fantagraphics Books Grands prix de la Critique ACBD La BD au féminin Les meilleurs comics Les prix lecteurs BDTheque 2018 Will Eisner Awards [USA] - Middle West

Chicago, fin des années 1960. Karen Reyes, dix ans, adore les fantômes, les vampires et autres morts-vivants. Elle s’imagine même être un loup-garou: plus facile, ici, d’être un monstre que d’être une femme. Le jour de la Saint-Valentin, sa voisine, la belle Anka Silverberg, se suicide d’une balle dans le cœur. Mais Karen n’y croit pas et décide d’élucider ce mystère. Elle va vite découvrir qu’entre le passé d’Anka dans l’Allemagne nazie, son propre quartier prêt à s'embraser et les secrets tapis dans l’ombre de son quotidien, les monstres, bons ou mauvais, sont des êtres comme les autres, ambigus, torturés et fascinants. Journal intime d’une artiste prodige, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres est un kaléidoscope brillant d’énergie et d’émotions, l’histoire magnifiquement contée d’une fascinante enfant. Dans cette œuvre magistrale, tout à la fois enquête, drame familial et témoignage historique, Emil Ferris tisse un lien infiniment personnel entre un expressionnisme féroce, les hachures d’un Crumb et l’univers de Maurice Sendak. À travers ce livre, Emil Ferris tisse de courage, de force, de résilience, l’étendard de ceux qui survivent, de ceux qui se relèvent et ne veulent plus se taire. Et si ce n’est pas œuvre autobiographique tout y est néanmoins vrai. La clé de ce projet est la différence, et Emil Ferris l’a écrit pour les minorités, l’a dessinée pour la liberté d’être ce que l’on veut, humainement et intimement, et l’a porté envers et contre tout, pour le droit d'être la femme que l’on veut. Et c’est pour ça que Moi, ce que j’aime, c’est les monstres nous frappe si fort aujourd’hui, car il s’adresse à nous, à nos problèmes, à notre monde. Texte: L'éditeur

Scénariste
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 23 Août 2018
Statut histoire Série en cours 1 tome paru
Dernière parution : Moins de 2 ans
Couverture de la série Moi ce que j'aime, c'est les monstres
Les notes (8)
Cliquez pour lire les avis

02/10/2018 | Gaston
Modifier


Par Blue boy
Note: 4/5
L'avatar du posteur Blue boy

Quelle tâche difficile que d’évaluer ce pavé hors norme, qui ose à ce point défoncer tous les codes du neuvième art ! Impossible de rester indifférent à une œuvre aussi démentielle, tant sur la forme que sur le fond. Il va sans dire que plus d’un lecteur sera désarçonné devant ce monument éditorial ardu (dont nous n’avons ici que le livre premier…). Il faudra une certaine persévérance — et du cran peut-être — pour aller jusqu’au bout de ce voyage labyrinthique dans les tréfonds d’une âme humaine aussi torturée que celle d’Emil Ferris. Comme son autrice, cet ouvrage n’est pas dans la norme, il possède quelque chose de monstrueux et de bancal, avec ce dessin au stylo bille plaqué sur les pages d’un vulgaire cahier à spirales, mais une monstruosité envoûtante oscillant entre la laideur simpliste du crobard et la pure beauté, que l’on admire telle une dentelle découpée au scalpel. Des cases sporadiques nous rappellent qu’il s’agit bien d’une bande dessinée, mais Emil Ferris s’autorise ici toutes les libertés de mise en page. On n’est pas toujours certain du sens de lecture, mais malgré ce foutoir apparent, on réalise que la narration est bien présente et respecte une certaine cohérence. L’aspect insolite de l’objet finit par exercer une certaine fascination, pour peu que l’on se donne la peine de poursuivre au-delà des trente premières pages. Et comme son titre le suggère, de monstres il est beaucoup question. A commencer par la principale protagoniste, la jeune Karen, un peu complexée par son physique « pas facile » et qui s’identifie aux monstres des comics de son grand frère Deeze. Après la mort étrange de la belle voisine, Anka, rescapée de la Shoah, dont on peut penser qu’il s’agit d’un meurtre maquillé en suicide, la fillette va revêtir une panoplie de détective trop grande pour elle afin de mener l’enquête à sa manière. Impossible de parler de cette œuvre fleuve en une seule chronique, mais l’ouvrage fait la part belle aux « outcasts », ces êtres à l’écart des codes policés imposés à nos cerveaux par la société de consommation, ces monstres avec leur part d’ombre mais leur lumière aussi. Il y est aussi question de résistance, que ce soit à travers le personnage d’Anka (lorsqu’elle évoque sa vie dans l’Allemagne nazie), de Frankin (sorte de sosie « black » de la créature de Frankenstein) face au racisme ou encore de Karen, harcelée par ses camarades de classe en raison de sa différence. Et cette résistance, c’est très souvent celle qui doit s’exercer contre la meute imbécile. Ce livre est donc aussi un pavé au sens physique, un pavé que l’on rêve d’envoyer à la figure des salopards qui jouissent à exercer leur pouvoir de domination sur les plus faibles, les femmes et les minorités en général. Emaillé de couvertures de comics horrifiques représentant des scènes d’agressions contre des femmes par des monstres de toutes sortes — saisissantes métaphores de la domination masculine, ces publications étant destinées le plus souvent aux jeunes mâles américains — le livre révèle le talent graphique de cette autrice inclassable qui la situe entre le style expressionniste et la mouvance alternative – avec ces hachures qui peuvent rappeler un Crumb ou un Joe Sacco. C’est fou tout ce qu’on peut faire avec un Bic quatre couleurs ! On attendra donc le livre second pour se faire une idée définitive de cette œuvre émotionnelle, sombre et déstructurée, née en grande partie de la maladie d’Emil Ferris, piquée par un moustique qui l’a laissé handicapée durant plus de dix ans. Cette première BD aura permis à cette femme courageuse, qui fut d’abord illustratrice, de retrouver sa motricité. Publiée dans l’année de son 55e anniversaire, elle fut rapidement repérée dans le milieu du neuvième art, encensée par des pointures comme Art Spiegelman (forcément) ou Chris Ware, et si bien accueillie en France qu’elle décrocha le Fauve d’or lors de la dernière édition du FIBD d'Angoulême. Une œuvre si riche, si dense, qu’elle mériterait aisément une deuxième lecture, si ce n’est plusieurs.

10/10/2019 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
L'avatar du posteur Ro

Note : 2.5/5 Comme plusieurs autres, j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce gros album. Il faut dire que le premier tiers, donc plus de 100 pages, est assez indigeste : une sorte de carnet de croquis comprenant énormément de textes, comme l'adaptation ratée d'un roman trop bavard. Qui plus est, au-delà de l'aspect fantasmagorique de plusieurs passages issus de l'imagination de la narratrice, la narration elle-même est très décousue. Difficile donc d'accrocher les wagons de la compréhension et de rentrer dans le récit. A ce stade de la lecture, ce qui m'a fait tenir, c'est la beauté du dessin. La dessinatrice a un vrai talent et elle ne se prive pas d'efforts pour offrir des planches très travaillées, aux styles variés, et parfois éclatantes de technique et d'esthétisme. Le second tiers de l'album devient un peu plus linéaire et compréhensible. Il se focalise en grande partie sur le récit des souvenirs du personnage secondaire, Anka. Là encore le texte est un peu trop verbeux et la narration présente parfois des ellipses qui perdent un peu le lecteur, mais j'ai commencé à davantage m'imprégner de l'histoire. Et c'est sur le dernier tiers que le rythme devient un peu plus rapide, avec moins de textes, plus de dialogues et une histoire plus facilement prenante. Pour autant, je n'ai pas été vraiment convaincu. L'histoire dans son ensemble ne m'a pas touché et régulièrement plutôt ennuyé. Seul demeure donc le beau graphisme qui relève l'intérêt de l'album mais ne suffit pas à m'en faire conseiller l'achat ou même la lecture.

27/03/2019 (modifier)
Par sloane
Note: 3/5
L'avatar du posteur sloane

Le moins que je puisse dire est que cette BD m'a posé un grave dilemme. En cours de lecture à plusieurs reprises j'ai été tenté de la reposer. Et puis non que diable, quoi ! J'allais bêtement me punir et passer à côté de ce monument encensé par la critique, j'allais aller à l'encontre du respectable jury d'Angoulême qui avait porté au pinacle cette histoire, j'allais me fâcher avec les posteurs des précédents avis : trois "culte" et un "franchement bien". Que nenni, j'ai poursuivi ma lecture. Allons à l'essentiel et commençons par le dessin. Oui c'est chiadé, il y a un véritable travail et le rendu de ces rayures n'est pas mal du tout, mais gros problème pour moi au final ce dessin a beaucoup trop tendance à ressembler à du R. Crumb ou du C. Burns et là c'est un peu rédhibitoire. Qui plus est et au risque de passer pour un affreux quand le marketing insiste sur le fait que l'auteure fut victime d'un AVC et qu'elle s'est scotchée un crayon dans la main pour dessiner, j'hésite entre les larmes et le rire sarcastique. (C'est très américain tout ça: Struggle for life ) Je sais que je vais en choquer plus d'un en disant cela mais soyons fous et assumons. Une fois ceci dit il faut que je m’accroche aux branches pour trouver un brin de positif. L'histoire donc, si l'on réfléchit bien, rien d'impérissable ; une petite fille fascinée par les monstres en vient à se prendre pour l'un d'entre eux se prêtant ainsi aux quolibets et autres harcèlements dans la cours de récré. Ça ne gêne ni sa mère ni son frère sorte de Rudolph Valentino gominé du quartier. Y a des séances chez le psy qui se perdent. Mais je m'égare. J'ai trouvé que finalement cet aspect des choses n'était pas si exploité que cela. S'ajoute à cela une pseudo enquête policière qui se poursuit avec un long flash back sur la vie à Berlin de la morte. Rien ne nous est épargné : jeune fille juive recueillie par un barbon bien pervers qui pour lui éviter la déportation l'envoie chez des illuminés et dans un bordel. Mouais, dernier acte de la tragédie retour en Amérique où nous retrouvons notre héroïne du départ qui poursuit son enquête. Je finirais juste par une grande interrogation, certains des avis précédents font référence à l'humour sous-jacent de ce récit et la grande qualité littéraire de l’œuvre. Pour ce qui est de l'humour j'ai pas bien vu, pour la grande qualité littéraire faut pas déconner non plus c'est pas du... et là je vous laisse le choix de l'auteur que vous estimez grandiose. Bon mon avis quoiqu'il paraisse n'est pas tranché, je pense qu'il faudra que j'y revienne un jour, pour l'achat c'est à voir, ce très gros pavé coûte tout de même 34 euros et des brouettes.

05/03/2019 (modifier)
L'avatar du posteur Pokespagne

On a beaucoup de chance si, une fois par décennie, apparaît une œuvre d'Art qui révolutionne totalement le domaine dans lequel elle s'inscrit... et qui en plus provoque chez le public une remise en question fondamentale, une éclosion de nouvelles interrogations et d'émotions, un émerveillement inédit. La possibilité d'un tel phénomène est d'ailleurs liée à la vitalité de cet Art, qui stimule encore la créativité de nouveaux artistes à la recherche d'autres formes d'expression, d'autres manières de communiquer ce qui bouillonne en eux et que les formes traditionnelles ne suffisent pas à transmettre. Cette introduction, maladroite et un peu ronflante, nous semble nécessaire avant de parler de "Moi, ce que j'aime, c'est les Monstres (Première partie)", la BD de l'Américaine Emil Ferris, publiée en septembre de cette année, qui répète peu ou prou le tsunami provoqué à son époque par le Maus de Art Spiegelman : il y a tellement peu d'occasions dans une vie d'être confronté à cet ébahissement ("Ah ! Je n'aurais jamais pensé qu'on pouvait faire ça !", ou, mieux encore, "Oh ! Je ne croyais pas pouvoir réagir de cette manière-là en lisant un livre !")… "Moi, ce que j'aime, c'est les Monstres" est le premier "roman graphique" - terme haïssable, mais qui finalement traduit bien ce qu'est ce (véritable) pavé de plus de 400 pages - d'une femme de 56 ans, dont la vie a basculé quand une méningo-encéphalite contractée par une piqure de moustique la réduisit, à 40 ans, à une handicapée condamnée à ne plus jamais marcher, ni même se servir de sa main droite alors qu'elle était illustratrice. Triomphe de la volonté ou triomphe de l'Art, Emil réapprit patiemment à dessiner, et produisit finalement cette œuvre impensable, colossale, qui la propulse aujourd'hui au sommet du Neuvième Art... et, on a très envie de dire, au sommet de la Littérature en général. Bien entendu, ce qui stupéfie quand on ouvre pour la première fois ce livre, c'est le foisonnement graphique inédit, et la beauté et la force qui se dégagent de ces pages noircies au crayon de papier ou coloriées au stylo à bille, avec une technique qui semble de prime abord "basique", "rudimentaire" : car qui d'entre nous n'a pas, par ennui, ainsi noircit des pages de cahiers d'école ou bien des calepins lors de réunions professionnelles interminables, de petits dessins… qui peu à peu ont envahi toute la page blanche, créant une sorte de représentation - souvent torturée - de notre esprit divagant ? Sauf qu'on est très vite happé par le mystère qui se dégage de ce mélange de monstres comme extraits de "pulp magazines" (dont des couvertures sont d'ailleurs régulièrement figurées ou reproduites…) et de portraits déchirants d'une humanité saisie dans ses activités quotidiennes comme dans les grands déchirements de l'histoire. La manière la plus naturelle d'aborder une œuvre aussi impressionnante consiste sans doute à d'abord apprivoiser la crainte qu'elle fait naître en nous, en la parcourant, en se laissant entraîner par sa richesse graphique sans même tenter de se plonger dans le texte immense qui entoure, enserre, pénètre, souligne, déchire, naît à l'intérieur des images. Et puis, une fois familiarisés avec ce livre "monstrueux", d'attaquer la lecture "proprement dite". Pour vivre là un second choc : car ce qui distingue encore plus "Moi, ce que j'aime, c'est les Monstres", c'est tout bonnement l'incroyable qualité littéraire de cette histoire, qui se déploie sur deux époques - les années 60 dans un quartier populaire de Chicago, et les années 30 en Allemagne lors de la montée du Nazisme et l'éclatement de la seconde guerre mondiale -, et qui utilise tous les ressorts littéraires modernes. Si l'on peut imaginer - mais c'est peut-être faux - que la petite Karen Reyes, qui essaie d'échapper à la dureté de son existence de petite fille d'émigrés vivant au milieu de tensions sociales, familiales et intimes (comme ses interrogations sur son amour pour une autre petite fille) permanentes, en s'imaginant un avenir de monstre, est un portrait largement autobiographique de l'auteure, la manière dont Ferris enchâsse dans son récit le témoignage enregistré sur des cassettes d'une émigrée allemande mystérieusement assassinée fait appel aux mécanismes les plus subtils de la fiction littéraire. Le récit d'Anka, jeune victime des perversions sexuelles et autres de véritables monstres (bien moins aimables et pittoresques que les vampires et les loups-garous des magazines et des films de Karen), puis avalée par la mécanique folle de l'Holocauste, devient, presque par surprise, le cœur ardent du livre, un nouveau témoignage insoutenable de l'existence du Mal absolu. Mais, bien sûr, c'est l'incroyable intelligence avec laquelle Ferris choisit ce qui peut être écrit et ce qui peut être dessiné, et ce qui doit être laissé à tout jamais à l'imagination du lecteur, qui élève "Moi, ce que j'aime, c'est les Monstres" bien au-dessus du commun de la littérature, BD ou autre, contemporaine. Terminons en soulignant que, cerise sur le gâteau, le livre d'Emil Ferris est souvent brillamment drôle, ce qui rend sans doute supportable sa lecture : il y a littéralement des dizaines de phrases ou de paragraphes dont l'humour illumine - et rehausse - la profondeur d'un récit qui sait être tour à tour poétique, réaliste ou de temps à autre même psychanalytique. Et que la culture artistique de Ferris, qu'elle transmet ici comme un cadeau enchanté à Karen et à Anka, comme un talisman pour supporter l'horreur, permet régulièrement de "mettre en perspective" la laideur et la mesquinerie en rappelant - toujours à bon escient - les merveilles de la création humaine. Mais nous en avons assez dit : à vous maintenant de vous plonger dans ce voyage incroyable qu'est la lecture de "Moi, ce que j'aime, c'est les Monstres" : vous n'en sortirez pas indemnes, vous en sortirez… meilleurs !

22/02/2019 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Voilà donc l’album récompensé à Angoulême cette année ! Un gros pavé de plus de 400 pages, que je n’avais pas vu sur les rayonnages à sa sortie. Il faut dire que Monsieur Toussaint Louverture n’a pas forcément droit aux têtes de gondole. Et il faut dire aussi, que seuls des petits éditeurs prennent encore le risque de publier ce genre d’œuvres, franchement atypiques. Après un petit temps d’adaptation – on ne rentre pas si facilement dans cet album je trouve –, j’ai été véritablement happé par l’histoire, qui se révèle au bout d’un moment bien plus classique qu’elle n’en a l’air au premier abord. L’un des gros atouts de cette œuvre, c’est l’aspect graphique ! Et je ne parle pas seulement du dessin, mais aussi du parti pris d’en faire une sorte de carnet intime, avec les lignes, le trou pour les spirales, cahier dans lequel une jeune femme raconte sa vie, colle des documents (comme les couvertures de magazines populaires, d’horreur, photos, etc.). Le dessin justement, que j’ai trouvé très beau. En Noir et Blanc le plus souvent, mais avec des touches de couleurs, et parfois même de pleines pages « colorées ». Différents styles, niveaux de crayonnés se succèdent (cela renforce le côté « carnet », « pris sur le vif »). Ce qui est singulier, c’est que Ferris alterne un trait réaliste, très précis, avec des crobars en esquisse, et parfois un trait bien plus caricatural, qui doit beaucoup à une certaine esthétique underground, et à l’influence de Crumb je trouve, avec des corps plus en chair. Styles et précision plus ou moins grande du trait cohabitent donc, sans que cela ne gêne la lecture, ni n’altère l’unité de l’ensemble. A plusieurs reprises, surréalisme et expressionnisme font des incursions. L’intrigue elle-même nous permet de mieux connaître la narratrice, Karen, une jeune fille laide, « qui aime les monstres » (et dont certains côtés m’ont fait penser à certains monstres présents dans l’album enfantin « Max et les Maximonstres », de Sendak). Après nous avoir présenté son existence, plus ou moins rejetée – mis à part quelques rares camarades elles aussi « atypiques » et son frère Deeze – Karen se lance dans une sorte d’enquête, après la mort de la voisine du dessus, Anka (Karen est persuadée qu’elle a été assassinée). C’est ensuite la vie d’Anka qui va occuper une bonne partie de l’album, depuis son enfance dans l’Allemagne des années 30, au milieu d’autres « monstres », pédophiles, Nazis, etc. Puis elle revient aux Etats-Unis, pour les suites de « l’enquête », dans l’entourage de la défunte. Par-delà l’intrigue elle-même, l’album est aussi – et avant tout ? – une très belle ode à la différence, défendant ceux qui « sont mis de côté » parce que « différents » (jeunes, Noirs, Indiens, femmes, Juifs, etc.). L’histoire est d’ailleurs sensée se passer aux Etats-Unis, dans les années 1960, en pleine révolte des « minorités ». Comme je l’ai dit, l’album ne se laisse pas apprivoiser facilement, et sa lecture exige de la concentration et du temps ! (texte très abondant, placé parfois dans tous les sens – j’ai eu quelque fois du mal à savoir dans quel ordre il devait être lu. Les pages sont bien remplies, c’est le moins que l’on puisse dire !!!). Mais il vaut vraiment la peine de s’y consacrer, de s’y plonger. Et pour le coup, je comprends pourquoi cette œuvre a pu décrocher tous ces prix : c’est ambitieux et beau, et bien plus accessible au « grand public » qu’on pourrait le croire – même si je vous recommande quand même un petit feuilletage avant de l’acheter.

16/02/2019 (modifier)
Par PAco
Note: 5/5
L'avatar du posteur PAco

Voilà sans doute le plus bel OVNI qui nous soit tombé dessus depuis quelques temps ! Et pour du lourd on prend du lourd ! Car hormis ces quelques 400 pages et des poussières, Emil Ferris nous plonge subrepticement dans un univers décalé qu'il va falloir apprivoiser au fil des pages, tant graphiquement que narrativement. Son histoire prend place dans un Chicago des années 60 à travers les yeux de Karen Reyes, jeune fille de dix ans, qui voit des monstres un peu partout et se prend elle même pour un loup garou. Le suicide d'une de ses voisines auquel elle ne croit pas va la conduire à mener l'enquête dans son entourage... Voilà un pitch bien singulier qui n'est pourtant que l'arbre qui cache la forêt d'une imagination débridée mais maîtrisée. Car malgré l'impression de touffeur qui pourrait sembler prendre le dessus au simple feuilletage de l'album (je vous mets au défi de trouver un espace suffisant pour une dédicace !), on est vite subjugué par l'histoire de cette jeune fille et le graphisme qu'impose Emil Ferris. Composé sur une trame de feuillets perforés avec des lignes, ses planches dessinées tout au crayon bic sont d'une rare beauté ! Que ce soit ses nuances de noir ou ses mélanges de couleurs audacieux, certaines de ses planches m'ont littéralement scotché ! Ce n'est certainement pas un hasard que cet album ait déjà été primé à maintes reprises au fil de cette année, tant il ne peut laisser indifférent. Après, c'est typiquement le genre d'album dans le quel on rentre ou on ne rentre pas, il n'y a pas d'entre deux. Alors avant de vous lancer dans son achat, jetez-y un œil pour vous en faire une idée, mais cela reste pour moi un de albums les plus audacieux et envoutant de l'année !

01/02/2019 (modifier)
Par Yaneck
Note: 5/5

Il ne manque rien à cet album qui mérite les prix acbd et Angoulême. C'est le meilleur album de l'année 2018. Il y a le dessin d'abord. 400 pages d'expérimentations graphiques, tant dans les outils que le trait ou la narration. Les pleines pages sont impressionnantes. Le travail fourni est démentiel. Il y a l'histoire, les thèmes abordés. C'est tellement riche qu'il serait une perte de temps de chercher à les lister. Ça va de la perception des ados d'eux-mêmes jusqu'au sort des juifs dans l'Allemagne nazie. Tout ça à partir d'une banlieue américaine naze. Et il y a le contexte. L'avc de l'Autrice qui s'est battue pour retrouver sa capacité à dessiner. Une œuvre majeure de la bd américaine dont on attend déjà le tome 2 avec impatience.

26/01/2019 (modifier)
Par Gaston
Note: 2/5
L'avatar du posteur Gaston

Emil Ferris est une dessinatrice qui a surtout fait dans l'illustration et cela lui a pris plusieurs années avant de terminer sa première bande dessinée dont le premier volume est sorti l'an passé et a été traduit cette année en français. J'ai appris l'existence de cette bande dessinée il y a quelques mois sur internet et vu que l'album avait reçu plusieurs prix et des dizaines de bonnes critiques, il fallait que je lise cet BD ! Après lecture du premier tome, je suis franchement déçu et heureusement que je l'ai emprunté à la bibliothèque vu le prix. L'histoire met en vedette une jeune fille fan de monstres qui va enquêter sur la mort d'une voisine qui s'est apparemment suicidée. La narration est vraiment spéciale. C'est raconté à la manière d'un journal intime et l’enchaînement des dessins n'est pas toujours clair. C'est le genre de lecture qui est un peu exigeant pour le lecteur. Personnellement, la narration ne m'a pas dérangé, mais l'histoire en elle-même m'a franchement ennuyé. J'ai un peu envie de découvrir la vérité sur la mort de la voisine (surtout lorsqu'on voit ce que la voisine a subi dans sa vie) sauf que l'intrigue avance lentement et il y a plein de scènes qui montrent la vie quotidienne de la jeune fille que j'ai jugées sans intérêt. J'ai fini par arrêter ma lecture au milieu de l'album. Bref, une autre oeuvre que tout le monde semble trouver géniale sauf moi ! A lire si on aime les OVNI quoique c'est mieux de faire un emprunt.

02/10/2018 (modifier)