Une Métamorphose iranienne

Note: 3.83/5
(3.83/5 pour 6 avis)

L'histoire vraie d'un dessinateur de presse iranien mis en prison et obligé de fuir à cause d'un mot malheureux et involontaire dans un dessin...


Documentaires Journalistes One-shots, le best-of Prisons Proche et Moyen-Orient

Le cauchemar de Mana Neyestani commence en 2006, le jour où il dessine une conversation entre un enfant et un cafard dans le supplément pour enfants d’un hebdomadaire iranien. Le problème est que le cafard dessiné par Mana utilise un mot azéri. Les azéris, un peuple d’origine turc vivant au nord de l’Iran, sont depuis longtemps opprimés par le régime central. Pour certains, le dessin de Mana est la goutte d’eau qui fait déborder le vase et un excellent prétexte pour déclencher une émeute. Le régime de Téhéran a besoin d’un bouc émissaire, ce sera Mana. Lui et l’éditeur du magazine sont emmenés dans la Prison 209, une section non-officielle de la prison d’Evin, véritable prison dans la prison sous l’administration de la VEVAK, le Ministère des Renseignements et de la Sécurité Nationale. Ce n’est pas un endroit très agréable..
. Alors que le deux hommes subissent des semaines d’isolement et d’interrogatoires, les azéris organisent de nombreuses manifestations anti-gouvernementales. Les autorités font tirer sur les manifestants, faisant de nombreuses victimes. Pour les autorités, tout est de la faute de Mana. Au bout de deux mois de détention, Mana obtient enfin un droit de sortie temporaire. Il décide alors de s’enfuir avec sa femme. Après un long périple qui les fera passer par les Émirats Arabes Unis, La Turquie et la Chine, ils parviendront à atteindre la Malaisie pour s’y installer avant de rejoindre Paris en 2010. (texte : Ca et là)

Scénariste
Dessinateur
Traducteur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 16 Février 2012
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Une Métamorphose iranienne
Les notes (6)
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04/02/2012 | Spooky
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Par Erik
Note: 4/5
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Il existe un tas de pays sur la planète où la liberté d’expression peut conduire des individus bien intentionnés en prison. Même un dessinateur de bd pour enfant ne peut parfois y échapper. Il suffit par exemple de dessiner un cafard et d’employer un mot qui dans un autre langage aurait une connotation négative. En l’occurrence, un groupe ethnique vivant en Iran et ayant des liens culturels avec la Turquie et l’Azerbaïdjan se sont servis d’une méprise pour manifester dans la violence leur mécontentement. En gros, ce sont des gens bien susceptibles qui se sentent persécutés. Atteinte à la sécurité de l’Etat et voilà notre auteur emprisonné et privé de liberté. S’il faut ajouter un système politique et judiciaire assez corrompu, voilà le triste résultat. Cela me fait penser que même des soutiens modérés à ce régime peuvent être à un moment donné dans leur collimateur. Cela crée un réfugié politique de plus. A la lecture récente de L'Araignée de Mashhad qui m’avait fort bien séduit, j’avais décidé de découvrir les œuvres antérieures de cet auteur assez étonnant. Après le Petit manuel du parfait réfugié politique, j’ai décidé de lire l’œuvre qui l’a fait connaitre. Il est clair qu’on ne pouvait s’attendre à mieux sur un sujet aussi délicat. C’est également une épreuve personnelle qu’a subi de plein fouet Mana Neyestani aussi bien dans son arrestation, son emprisonnement ou sa fuite dans différents pays pour échapper à la répression du pouvoir des Ayatollahs. Tout est intéressant pour peu qu’on puisse considérer tout cela comme un tout. Compartimenter n’a d’ailleurs aucun sens. J’aime toujours le trait graphique qui colle à merveille pour ce type de récit. En même temps, c’est très lisible car c’est tout en rondeur. Je n’ai absolument pas eu de mal à rentrer dans cette histoire. C’est agréable à la lecture. Si on ajoute une narration bien réalisée, nous avons une œuvre complète. Certes, cela peut foutre le cafard pour ne pas dire le bordel. Chez nous aussi, il y a des gens susceptibles mais on ne termine pas en prison pour autant.

27/11/2017 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
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Un bon one-shot quoique je m'attendais à mieux après avoir vu les notes. Mana Neyestani raconte comment un malheureux dessin a changé sa vie. Il se retrouve en prison et dans un univers complètement kafkaïen. J'ai bien aimé comment il décrit les prisons iraniennes. Il vit un vrai enfer et le pire c'est que sa situation semble meilleure que d'autres détenus ! En revanche, si j'ai trouvé ces moments passionnants, je me suis moins passionné lorsqu'il raconte comment il s'enfuit de l'Iran. Il y a encore des choses intéressantes, notamment lorsqu'on voit comment c'est dur pour un Iranien pour obtenir le visa, mais je préférais lorsqu'il racontait sa vie en prison et comment le régime iranien est dur.

15/10/2014 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Très bon ouvrage que celui-ci ! Je me suis résolu récemment à commencer une BDthèque de géopolitique, et j'ai commencé avec celui-ci dont je me souvenais et qui me faisait envie. Le verdict, c'est : génial ! L'auteur nous a pondu une excellente BD, qui contient en elle toutes les clés pour la comprendre. Le dessin se comprend par ce caricaturiste, qui nous livre quelques têtes assez rigolotes, mais dans un style parfois très réaliste. Son trait comporte aussi de nombreuses expressions faciales inspirées des dessins de presse, et le tout en noir et blanc, pour un résultat vraiment très bon. Le dessin véhicule un message de façon très forte, notamment dans les passages muets. S'ajoute à cela une histoire qui m'a surpris d'un bout à l'autre, me demandant ce qui allait se passer, comment c'était seulement possible d'en arriver à ce stade. L'auteur joue aussi avec le lecteur en lui fournissant des pages qui n'auront un rapport que bien plus tard, ou dans des détails amusants, des petits personnages qui viennent commenter de façon humoristique ou non la situation. C'est une excellente manière de renforcer l'ambiance. Et puis, cette situation est vraiment invraisemblable, quand on voit l'auteur parti d'une petite caricature de rien du tout et en arrive à être considéré comme responsable de massacres. C'est une situation digne de Kafka, dont l'auteur copie d'ailleurs les premières lignes. Il faut avouer pour le coup que les deux possèdent beaucoup de similitudes, à commencer par le cafard. Le ton restera d'ailleurs jusqu'au bout, puisqu'il s'agira pour lui de s'en sortir, et de partir. La fin est d'ailleurs excellente sur la façon de fuir d'un pays, d'essayer de prouver qu'on doit être sauvé. C'est très intéressant, et on sentirait presque un petit pied de nez à certaines institutions ou pays qui veulent avoir cette étiquette ... Bref, j'ai adoré cette BD, autant la forme que le fond, le dessin et le récit, le principe et l'histoire, tout est bon pour moi, et j'ai vraiment un coup de cœur pour cette très belle BD. Je la recommande vivement.

27/12/2013 (modifier)
Par Bens
Note: 4/5

Quelle belle découverte ! Ce reportage autobiographique sur les geôles iraniennes est illustré par Mana Neyastani. Il nous fait partager de façon captivante ses peurs en prison et son stress dans l'attente d'une solution de sortie du pays. Les dessins en noir et blanc sont précis et le noir/blanc accompagne parfaitement cette histoire rocambolesque. A découvrir !

21/05/2012 (modifier)
Par cac
Note: 4/5

Clairement dès que j'ai vu le sujet de ce livre et quelques planches, il m'a tout de suite intéressé. Mana Neyestani est un dessinateur, caricaturiste, illustrateur pour un journal pour enfants. Seulement il est en Iran et la presse marche sur des charbons ardents dans un pays qui apparaît régulièrement sur le devant de la scène internationale pour les prises de position radicales de son gouvernement. Ce sont des évènements très récents que l'auteur nous raconte. En effet en 2006 il publie un dessin tout à fait anodin pour lui mettant en scène un cafard s'exprimant avec un mot azéri. Mais cette communauté qui vit au nord de l'Iran se sent insultée par un tel dessin, ou du moins le prend comme prétexte pour déclencher des manifestations et des troubles dans quelques villes d'Iran comme Tabriz. Neyestani est alors arrêté et emprisonné ainsi que son éditeur. C'est tout cela que l'auteur raconte ainsi que sa fuite chaotique à l'étranger en passant par plusieurs pays avant de finir en France. Son dessin est vraiment réussi, dans un style proche de Joe Sacco. Cet album est un beau témoignage et je pense une sorte d'exorcisme pour lui concernant cette expérience traumatisante qui l'a sûrement métamorphosé comme l'indique le titre. Il s'agit d'ailleurs d'une belle référence à Kafka et son roman où le héros se transforme peu à peu en cafard. Un livre à lire sur la spirale infernale vécue par cet auteur.

11/03/2012 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
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Mana Neyestani est un dessinateur de presse, d'obédience modérée. Un jour il a le malheur de mettre dans la "bouche" d'un de ses personnages, un cafard, un mot azéri, utilisé au quotidien dans l'argot iranien. Ce fait anodin est monté en épingle et provoque une vague de manifestations et de troubles chez cette minorité du nord du pays. Neyestani est donc devenu le bouc émissaire ; emprisonné, il doit subir les brimades (essentiellement verbales, si l'on en croit l'histoire) des autorités, qui leur permettraient de mettre au pas toute une frange de la presse. Mais Neyestani ne plie pas, se bornant à raconter des choses anodines. Son calvaire va durer plusieurs mois, avec pour seul compagnon Mehrdad, son rédacteur en chef, et sa conscience (ou sa culpabilité), représentée sous forme de cafard... L'album est très intéressant, il montre comment se passe la censure en Iran dans les années 2005-2010, alors que le pays est maintenant plus fermé à l'extérieur. Sans en rajouter, notamment sur les brimades dont il a pu être victime, Neyestani place l'histoire récente de son pays sous un éclairage nouveau. Malgré la gravité de leur situation, il y a quelques moments plus légers, comme lorsqu'ils apprennent que l'équipe nationale de leur pays vient de marquer un but au Mexique en Coupe du Monde de foot. La mise en scène est dynamique, même si l'on sent l'origine du dessinateur. Son style un peu caricatural est très efficace, il est à rapprocher de celui de nombreux auteurs américains comparables, comme Joe Sacco. Une lecture très intéressante. Il serait dommage qu'un tel ouvrage passe inaperçu.

04/02/2012 (modifier)