Les derniers avis (32319 avis)

Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Ted Bundy - Lady killer
Ted Bundy - Lady killer

3.5 Premier album de cette collection que je lis. Je ne connaissais pas Stéphane Bourgoin et de ce que j'ai lu sur lui c'est en fait un mythomane qui a exagéré son passé. En plus, un des albums parus chez Glénat (celui sur Michel Fourniret) a été retiré du commerce à la suite d'une plainte pour droit à l'image et atteinte à la vie privée par une des victimes de Fourniret (j'ai même l'album entre les mains et pour cette raison je pense que je vais juste pas le poster). C'est dommage parce ce premier one-shot sur Ted Bundy est très bon. Le scénario est simple: Bundy parle à un profileur et raconte sa vie et ses exploits. Ce qui fait froid dans le dos est que Ted Bundy est un homme charmant et charismatique, qui au final n'avait aucune raison valable de devenir un tueur en série, c'était juste un salopard qui adorait avoir du pouvoir sur des femmes. Le scénario se lit bien même si les crimes de Bundy sont horribles. Je ne connais pas assez la vie de ce tueur en série pour savoir si Bourgoin a inventé des détails, mais du peu que je connais, je pense que tout ce qui est raconté est vrai, surtout que les auteurs précisent bien qu'il y a des zones d'ombre dans la carrière criminelle de Bundy. Cela fait froid dans le dos de savoir jusqu'où certains vont pour se sentir tout puissants. Le dessin est bon. Seul point négatif: les pages montrant les 'exploits' de Bundy à la sororité sont trop sombres et le mélange de rouge et de noir fait presque mal à la tête.

25/10/2022 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5
Couverture de la série The Plot Holes
The Plot Holes

Ayant adoré Batman - White Knight et sa suite, c'est tout naturellement que j'ai acheté ce comics en le découvrant en rayonnage, sur la simple base de son pitch et de son auteur. Sean Murphy s'attelle donc à nouveau au scénario et au dessin pour ce nouveau one-shot, sur un thème extrêmement bon, quoique difficile à cerner. Et ça va être toute la difficulté de The Plot Holes : réussir à faire entrer son pitch extrêmement fantaisiste dans un cadre qui soit un minimum rigoureux, en tous cas suffisamment pour développer une histoire et un univers construits et cohérents. Si le principe de base de l'univers est bien posé en quelques pages au début, les différentes découvertes que fait le lecteur sur cet univers au fur et à mesure du récit sont parfois plus compliquées à intégrer, car il faut jongler en permanence entre le réel et la fiction. Dieu merci, Sean Murphy n'a pas suffisamment de pages à disposition pour nous faire du Christopher Nolan et nous vriller le cerveau à grands coups de mises en abyme vertigineuses. Ce n'est pas trop sur ce plan que joue l'auteur, donc, et c'est probablement mieux. L'imbrication des univers est donc assez facile à comprendre (le réel > le programme > les oeuvres de fiction à corriger). En revanche, Sean Murphy s'amuse alors à nous promener d'un univers à l'autre, en les plaçant sur un pied d'égalité. On va donc se promener entre les extraterrestres et l'indépendance des Etats-Unis, en rencontrant aussi bien des créatures complètement fantaisistes que des personnages rigoureusement historiques. C'est là que The Plot Holes impressionne et éblouit, même si certains lecteurs pourront peut-être crier à l'overdose. En 120 pages de récit, il aborde une immense multiplicité de thèmes ! Evidemment, vu le nombre réduit de pages, il ne développe pas toujours beaucoup chacun de ces thèmes, mais malgré tout, il évoque quand même énormément de pistes, sans que ce soit jamais indigeste : Comment écrire sur la littérature même ? Peut-on retranscrire fidèlement l'Histoire ou la transforme-t-on nécessairement ? La réalité peut-elle être mise en scène ? Un personnage de fiction peut-il évoluer ? Est-il prisonnier des caractéristiques que lui pose son auteur ? Appartient-il plus au lecteur ou à l'auteur ? Faut-il privilégier la quantité d'écrits ou la qualité ? Comment peut-on identifier et corriger une oeuvre mal écrite ? Peut-on, doit-on censurer ? Attention, certaines de ces questions sont plus effleurées qu'abordées frontalement. Quoiqu'il en soit, toutes sont abordées de manière parfois discrète, mais toujours incroyablement intelligente. Sean Murphy fait preuve d'une grande subtilité, d'une certaine poésie, et d'une belle réflexion dans le traitement de ces thèmes, il ne cède pas trop à la facilité, et son récit, quoique purement d'aventures, en profite pour glisser ici et là de très belles idées. Graphiquement, c'est du Sean Murphy typique, donc ceux qui ont du mal avec son trait vont en penser la même chose que d'habitude, mais moi, j'adore. Je le trouve élégant, dynamique, chaleureux. Il est pour beaucoup dans la réussite de l'atmosphère créée. Même si cette réussite est avant tout due à des personnages extrêmement bien écrits. Conçus avec beaucoup d'humour, chacun d'entre eux permet dans un premier temps de s'amuser finement des différents clichés de chaque genre pour finalement en tirer une substance beaucoup plus sérieuse, l'air de rien : le manga où les personnages ne ressemblent pas à des Japonais, avec des méchas et des robots dans tous les sens ; le récit de fantasy qui, en voulant promouvoir l'homosexualité d'un personnage, bascule dans un discours inverse à son intention ; le comics pour enfants du début XXe qui finit par être le support du racisme de son auteur, l'héroïne vampire au passé tellement tragique qu'on finit par en questionner son statut de "méchante", etc. Tous ces éléments permettent à Sean Murphy, non seulement d'élaborer une réflexion solide sur différents sujets en lien avec la bande dessinée, mais aussi de mettre en scène des personnages torturés, placés face à leurs failles et à leurs contradictions, contraints d'évoluer d'une manière ou d'une autre, mais sans savoir comment. Tous les ingrédients sont donc réunis pour avoir un grand récit d'aventures, épique mais aussi intimiste, où l'action est tout aussi soignée que les personnages. Si le fait de développer l'histoire sur plusieurs tomes aurait probablement permis d'introduire davantage d'émotion dans le récit et de prendre plus de temps sur certaines péripéties, Sean Murphy démontre néanmoins une maîtrise remarquable du format 120 pages, en n'en faisant ni trop, ni trop peu à mon goût. On en a exactement pour notre argent, et je ne peux que recommander avec la force la plus vive d'aller vous procurer ce comics méta bien pensé, bien construit, où le divertissement ne le cède en rien au pouvoir de la réflexion. Et surtout, puisque c'est lui qui y est célébré du début à la fin, à celui de l'imagination !

25/10/2022 (modifier)
Couverture de la série La Longue Marche des Dindes
La Longue Marche des Dindes

Voici un petit western bien sympathique. Destiné à un jeune public (jusque 10 ans, je dirais), il est issu de l’adaptation du roman de Kathleen Karr et bénéficie du trait lumineux et du talent de conteuse de Léonie Bischoff. Bon ! Si vous venez à cet album sur base du seul nom de Léonie Bischoff et de sa version d’Anaïs Nin, vous risquez d’être quelque peu surpris, car cet album est réellement destiné avant tout à un jeune public. De même, si vous lisez ce récit sur base de sa classification en western, vous risquez là aussi d’être déboussolé car Kathleen Karr, l’autrice du roman, joue avec les codes du genre pour nous offrir quelque chose de différent tout en restant très classique. En guise de bétail, un troupeau de dindes qu’un jeune adolescent, Simon, décide de mener du Missouri jusqu’à Denver. Sur la route, il croisera des bandits, des indiens, des charlatans, une esclave, une orpheline. Des péripéties, il en vivra plus qu’à son tour mais bien épaulé par un muletier à la sobriété retrouvée, il vaincra tous les obstacles pour mener sa mission à terme. Le récit est extrêmement naïf et bienveillant. Il permet de mettre en avant des valeurs telles que l’esprit d’entreprise, l’amitié ou la solidarité. C’est une véritable sucrerie, très douce mais pas écœurante, un récit feel good dans lequel l’optimisme prédomine et où l’on sait d’avance que tout finira bien. L’adaptation de Léonie Bischoff ne souffre pas trop de coupures. Certes, il y a bien l’un ou l’autre passage durant lequel l’ai eu le sentiment qu’elle avait coupé au court mais je pense qu’un jeune public ne s’en rendra même pas compte. Seule l’évolution d’une relation entre deux personnages m’a semblé vraiment rapide et aurait à mes yeux bénéficié d’un peu plus de progression et de mise en avant des états d’âme et des réflexions de ces deux personnages. Le dessin est excellent. très lisible, expressif (la tronche des dindes !) mais aussi très doux. La mise en page est classique et alterne grandes illustrations et passages plus concentrés tout en restant toujours adaptée à un jeune public. Je soulignerai enfin la qualité de la lisibilité du trait qui est telle que, par exemple, lorsqu'un des personnages croise son père depuis longtemps disparu, le dessin suffit à nous faire comprendre le lien familial qui les unit, avant même toute autre explication. Et ça, pour un jeune public, c'est du pain béni ! Mais je ne vais pas bouder mon plaisir. J’ai lu cet album le sourire aux lèvres et son positivisme ainsi que sa luminosité m’ont séduit. C’est donc un très bel album jeunesse. 4/5 !

24/10/2022 (modifier)
Couverture de la série Agata
Agata

J’ai beaucoup aimé cette trilogie. Je trouve qu’Olivier Berlion parvient à garder un bel équilibre entre l’évocation historique rigoureuse et le volet romanesque et fictif par le biais duquel il nous raconte son histoire. D’ordinaire, le gros reproche que je fais lorsqu’une série mêle ainsi éléments historiques et récit fictif, c’est qu’il m’est difficile de distinguer le vrai du faux et, surtout, que j’ai du mal à accepter que des éléments imaginés par l’auteur viennent expliquer des faits historiques vérifiables. Or, dans le cas présent, Olivier Berlion m’a proposé un récit dans lequel réalité et fiction cohabitent sans que cette dernière ne vienne influencer les faits historiques. Ainsi, nous avons d’une part une évocation soignée et bien documentée d’une période débutant peu avant l’exécution de de Joe Masseria pour se terminer au moment où le procureur Dewey parvient à emprisonner Luciano grâce à ses lien avec le milieu de la prostitution. Le récit débute en 1929 pour se clôturer en 1936 et se déroule principalement entre Chicago et New-York. Outre Lucky Luciano et le procureur Thomas Edmund Dewey déjà évoqués, on croise dans ce récit tous les grand noms de la pègre de l’époque, tel Salvatore Maranzano, Bugsy Siegel, Dutch Schultz ou encore Stéphanie St. Clair (mieux connue sous son surnom de Queenie). J’ai trouvé cet aspect historique très bien rendu. Olivier Berlion nous plonge dans le monde de la pègre en col blanc et costumes de soie. Les différents événements qui vont mener Luciano à sa perte (relative lorsque l’on connait la suite de sa ‘carrière’) sont bien relatés, le personnage de Dutch Schultz est marquant, celui de Luciano fascinant. Les meurtres sont fréquents, la pègre est sans pitié et cet univers dans lequel se mêlent la violence la plus bestiale et l'élégance de salons cossus me semble des plus crédibles. Mais à côté de cet aspect historique, Olivier Berlion vient nous raconter l’histoire d’une jeune immigrée polonaise fraichement débarquée à New-York. Sa trajectoire va croiser celle de Luciano suite à un malheureux concours de circonstance. Les raisons de son départ de Pologne, ses craintes et ses espoirs, ses amours, ses amitiés rythment ce récit et lui apportent une dimension romanesque. Le grand talent de l’auteur réside dans le fait de faire se frôler ces deux destins (l’un réel, l’autre romanesque) sans falsifier le premier ni rendre peu crédible le deuxième. Les deux personnages vont faire plus que se croiser et si l'on peut dire que Lucky Luciano va influencer la vie d'Agata, l'inverse n'est pas vrai, c'est là toute l'intelligence de l'auteur. Certes, dans le troisième tome, Olivier Berlion met son héroïne quelque peu de côté, mais cela lui permet justement d’éviter de la mêler à des événements historiques bien précis. Résultat : l’histoire d’Agata est crédible de bout en bout tandis que la description historique est rigoureuse du début à la fin. Et là, moi je dis chapeau ! Mais outre la qualité d’écriture, Berlion, c’est aussi une patte graphique. Et je me suis régalé durant ces trois tomes tant son dessin et sa colorisation collent au sujet. La mise en page est classique, le dessin est lisible, les personnages féminins sont séduisants, les costumes, les robes, les décors, les vues d’ensemble nous plongent dans l’univers et dans l’époque avec un côté très cinématographique qui, lui aussi, m’a ravi. Pour l’ensemble de l’œuvre, pour le dessin, pour la rigueur historique, pour avoir su faire cohabiter réalité et fiction, je ne peux dire que franchement bien !

24/10/2022 (modifier)
Couverture de la série Colt & Pepper
Colt & Pepper

Macan et Kordey ont un temps délaissé Marshal Bass, pour, entre deux albums, nous proposer ce diptyque assez rafraichissant. J’imagine qu’ils ont dû bien s’amuser pour réaliser cette parenthèse récréative, tant le scénario est délirant – dans les grandes lignes, mais surtout dans les détails. En tout cas j’ai bien aimé cette histoire assez loufoque. Dans une sorte d’Amérique espagnole du XVIIème siècle, Macan a insufflé un univers fantasy bourré de détails et de références, sans d’ailleurs les exploiter à fond (c’est parfois un peu fourre-tout, mais j’adhère), comme si le faire aurait freiné le rythme et fait perdre un peu de la magie qui, il faut le dire, a parfaitement opéré pour moi. Du coup, il ne faut pas chercher du crédible dans cette histoire (sous peine d'être frustré), mais un merveilleux gentiment noir, avec quelques pointes d’humour et de poésie. Quant au dessin de Kordey, je l’ai trouvé raccord, et très bon, les corps un peu « écrasés » (Pepper a un peu l’air d’un gnome) ajoutant une touche décalée à cet ensemble. J’ai aussi bien aimé la colorisation, très marquée, lumineuse – qui « saute aux yeux » dès la première planche. Bref, une petite lecture sympathique et recommandée aux amateurs de curiosités. La fin amène un atterrissage en douceur à cette histoire planante, tout en ne fermant pas la porte à un autre cycle. Pourquoi pas ?

24/10/2022 (modifier)
Couverture de la série La Belle et la Bête (Tabou)
La Belle et la Bête (Tabou)

Décidément, Trif a l'air de se passionner pour les vieux contes de notre enfance, après Blanche-Neige (Tabou) et Cendrillon (Tabou), voila qu'il s'attaque à la Belle et la Bête, ce conte écrit par Madame Leprince de Beaumont en 1756, qui s'était inspirée d'un mythe ancien et qu'elle a popularisé. Sauf qu'ici, on n'est plus dans du Walt Disney mais dans une version pour adultes du célèbre conte ; on pouvait s'y attendre, Trif a senti le potentiel érotique de cette histoire, entre une pure jeune fille et un homme-bête à l'allure hideuse due à un vil sortilège. Cependant, l'option choisie par Trif n'est pas purement pornographique, c'est une relecture certes friponne et sensuelle mais qui reste étonnamment soft et raffinée ; par rapport à l'ensemble du catalogue de la maison Tabou, ça surprend. Trif revisite le conte à sa façon, son adaptation est libre tout en respectant l'intrigue de base, mais il apporte des éléments nouveaux, notamment un petit aspect plus sordide, une certaine idée de la bestialité, oh mais rassurez-vous, pas question de montrer des copulations bestiales et sauvages en mode zoophilique, ça aurait été assez moche, non, l'aspect érotique se limite surtout à de la nudité, des pulsions sexuelles (la Belle découvre son corps et celui du prince-Bête qui la nuit quand il dort, reprend sa forme humaine) et de l'onanisme, et je dois dire que je préfère cette option choisie, ainsi il susbiste une certaine pureté du conte originel, un truc propre, rien de sale. Cette relecture charnelle est très joliment illustrée par Trif qui livre un dessin peut-être moins épais, plus fin que sur ses précédentes adaptations, j'aime particulièrement ce dessin et ce traitement choisi. On gage que Trif continue dans son exploration des contes revisités à sa sauce érotique ? il y a de quoi faire, pourquoi pas la prochaine fois la Belle au Bois Dormant (beau potentiel encore là), et pourquoi pas un conte italien comme celui de Pinocchio ? Affaire à suivre...

23/10/2022 (modifier)
Couverture de la série The Doors en BD
The Doors en BD

J'aime bien les Docu-BD d'Olivier Petit. Je trouve que ce sont des ouvrages à la fois culturels et sociologiques sur une époque qui a beaucoup influencé les décennies qui ont suivi. Contrairement à l'excellent Rolling Stones de la même collection, la série « The doors » met autant l'accent sur les textes de Jim Morrison que sur la sociologie du groupe. The Doors est un groupe très atypique sans bassiste, avec un leader poète mais pas musicien, formé par trois musiciens assez éloignés du Rock au départ et ayant eu une production assez réduite en titres. Mais voilà, le groupe trouve à la fois dans le son grâce à Bob Krieger et Ray Manzare et surtout dans le texte, l'image provoc et sexuelle de Jim Morrison un espace dans lequel s'engouffrera le mal-être de beaucoup de jeunes américains. Le scénario suit surtout le personnage de Jim qui est l'incarnation du groupe. Les auteurs appuient sur les blessures et les traumas qui ont conduit Morrison à sa perte. C'est intéressant de voir la filiation de Morrison avec les poètes français à la fois dans sa démarche créatrice que destructrice. Le graphisme est collectif, on y trouve donc de nombreux styles mais les auteurs ont respecté une cohérence assez psychédélique qui correspond à l'esprit de l'époque. Cela montre que les artistes d'aujourd'hui sont très sages par rapport à cette époque. Une lecture plus rapide que les Stones mais à découvrir en écoutant l'inoubliable "Light my Fire" (mon préféré) ou The End. 3.5

23/10/2022 (modifier)
Par Solo
Note: 4/5
Couverture de la série Ces jours qui disparaissent
Ces jours qui disparaissent

Le Patient m'a rendu curieux sur le travail de Timothé Le Boucher, alors j'attaque le livre qui a fait de lui sa réputation. Lubin Maréchal est contraint de vivre 1 jour sur 2, il doit continuer à vivre avec son alter ego qu'il ne peut jamais rencontrer autrement que par message interposé. Je bonifie à "Franchement bien" d'abord parce-que le scénario est bien plus original que Le Patient. L'intrigue évolue lentement, ce qui me plaît ici, et la montée en tension s'alimente en continu. Je n'ai cette fois pas trouvé le genre de scènes à suspense un peu "fake" comme on en trouve en général dans les thriller (ça a tendance à m'irriter ces trucs-là). Le dernier tiers du bouquin arrive à prendre un virage réussi et, malgré le passage vers une sorte de science-fiction, le scénario réaliste reste bien en place. On en oublierait presque que ce récit est tout à fait surréaliste! Enfin, un petit mot sur l'épilogue, que j'ai trouvé très émouvant, chez moi ça a marché. Est-ce que je vais commencer à dire franchement que le dessin me plaît ? Pas loin, mais pas encore. C'est très agréable et la colorisation apporte beaucoup d'esthétisme. La comparaison avec Bastien Vivès se tient, à la différence que c'est beaucoup plus impersonnel. Je compare un peu ce style de dessin avec les films à effets spéciaux, comme Bilbo le Hobbit vs. Le Seigneur des Anneaux: c'est bien fait, mais il n'y a pas de rendu sur le travail manuel. Moi ça m'embête. Une affaire de goûts, mais je reconnais que le graphisme augmente encore dans mon estime. Il y a de la répétition, mais le "quotidien" de Lubin (comment peut-on appeler ça autrement lorsque l'on vit un jour sur deux?) n'en reste pas moins intéressant. Et surtout, l'aggravation de sa situation offre des variations du comportement intéressantes, que cela soit chez lui ou chez ses proches. La temporalité est essentielle, et à titre personnelle c'est un sujet que je trouve passionnant. L'espace-temps du récit est super bien exploité pour ouvrir de nombreux thèmes: la puissance et la pérennité de notre relation sociale, la vitesse à laquelle notre société risque d'évoluer et notre capacité à suivre le mouvement ou, à l'inverse, notre difficulté pour tourner le dos au passé. L'aspect psychologique est très bien construit. Assuré de ne pas relire Le Patient après avoir lu cette BD, il m'arrivera de revenir sur celle-ci un jour. Et que ce jour apparaisse! Je vous conseille de lire directement cette création de Timothé Le Boucher, afin de se baser sur LA référence et se rendre compte jusqu'où il est capable de construire un scénario original.

23/10/2022 (modifier)
Couverture de la série Un Paradis distant
Un Paradis distant

C'est le premier ouvrage du duo Antunes/Taborda que je lis. On devine vite que la série fait suite à Big Bill est mort mais ce tome peut aisément se lire comme un one-shot. Le scénario est assez convenu mais bien réalisé. Dans une ambiance 30's d'une petite ville US raciste perdue au milieu de nulle part, l'originalité est que le linge sale se lave entre Blancs. Faux témoignages, vengeance, adultère, viol, ambiance poisseuse et racisme endémique tout est présent à Rocwell Town. La voix off est portée par un personnage à la marge du récit mais qui porte le souvenir des misères et des crimes du coin. La fin est sombre pour les uns et plus optimiste pour les autres. Mais pouvait-il en être autrement car Antunes s'était embarqué dans une voie assez irréaliste pour l'époque. Le graphisme est très agréable avec ces rondeurs et son érotisme très sensuel. Une ambiance de petite ville perdue bien rendue avec ses secrets inavouables qui sont prêts à éclater en orages dévastateurs. Une très belle mise en couleur qui travaille sur différents registres, du sombre au chatoyant en fonction de l'ambiance du récit. Une belle lecture un peu sombre mais intéressante. 3.5

23/10/2022 (modifier)
Par Solo
Note: 4/5
Couverture de la série Une maternité rouge
Une maternité rouge

Première BD lue de cet auteur et voilà une belle entrée en matière. Mali, 2015. Alou, jeune chasseur de miel, cherche à survivre avec sa famille sous le dictat des islamistes. Après avoir trouvé une statuette, il se rend discrètement chez le Hogon, connut pour sa sagesse, afin de connaître la valeur de cet objet. Le vieil homme connaît bien cette statuette, puisque c'est lui qu'il l'avait caché au moment de l'Indépendance du Mali en 1960. Alou est alors confié d'une mission: remettre cette "maternité rouge" en lieu sûr, au Louvre. La majorité du récit suit le parcours malheureusement connu de l'exilé politique africain, avec en parallèle les discussions de scientifiques français, résidant au Louvre. Surprenant à quel point le récit est fluide, une vraie intelligence de narration, le texte est intelligible. Si l'œuvre se parcourt rapidement, il n'en est pas moins qu'elle révèle de grandes questions de fond. Alou et le Hogon reflètent la volonté du peuple africain à retrouver et à protéger son histoire ancestrale, pillée. En face, le djihadisme veut apporter un vent (contraire) de renouveau, par la voie du dogmatisme et de la terreur. Les scènes françaises montrent la contradiction que nous avons d'être obnubilés par les objets présent dans nos vitrines et la question difficile de justice pour ce qui est de les posséder. En même temps, un pays comme le nôtre prend au sérieux la mission de sauvegarde des arts de l'Humanité. Sujet épineux! En 2015, la guerre en Syrie a intensifié l'entrée de migrants en Europe, entrainant ce qui est communément appelé la "Crise migratoire". On est en plein dedans ici, et l'auteur aborde le sujet sociétal français avec manichéisme, permettant de montrer à quel point les actes et les prises de position se trouvent entre 2 extrêmes (aide humanitaire et racisme). Si j'avais écrit cette critique à chaud, j'aurais peut-être écrit "Pas mal". Mais cette BD est une graine qui germe lentement, jusqu'à ce que la réflexion fleurisse d'elle-même et ne laisse pas indifférent. J'allais oublier le graphisme, comment peut-on... Je suis marqué par le rendu magnifique des paysages africains et des pleines pages. On ne manque pas de détails. Le remplissage dégradé de gris se marie parfaitement avec le ton du récit, et ce rouge terrestre faisant ressortir la statuette est une belle allégorie, où je me dis que ce jeune homme protège toute l'histoire de l'Afrique Noire dans un petit sac à dos. L'auteur vise des lecteurs européens. Un auteur africain aurait foncièrement pris une position plus franche. J'espère donc que cette œuvre continuera de sensibiliser le plus grand nombre d'entre nous.

22/10/2022 (modifier)