C'est la troisième série du duo Cuveele-Dawid que je lis et incontestablement c'est celle que je préfère.
Le graphisme de Dawid reste égal dans les trois séries. C'est un plaisir des yeux tout en douceur, en rondeur et en vitalité. Son trait peut être apprécié autant par des jeunes enfants que par des adultes friands de détails.
Dawid excelle dans les décors bucoliques et campagnards où l'ambiance respire la paix et le bon vivre ensemble. Il n'y a rien de tel que d'ouvrir la première page de Passe-Passe pour chasser le mauvais karma d'une journée d'embouteillages sur le periph' enfin seul-e ou avec ses enfants sur un canapé confortable.
C'est le scénario de Delphine Cuveele qui est bouleversant. Son récit nous prend tout en délicatesse vers le chemin de l'absence à l'autre. Ici la grand-mère s'efface doucement après un dernier printemps plein de vie avec sa petite fille. L'effacement progressif du corps est remplacé par la prise de couleur progressive du souvenir de l'être aimé.
C'est d'une grande poésie et d'une superbe tendresse. Ici l'absence de texte renforce la force du message porté par le récit. Aucun mot ne remplace la présence qui disparaît.
Une lecture jeunesse d'une très grande qualité qui peut être relue un soir de grande détresse.
J'avais pris cette BD avec un peu de réticence, en imaginant une sorte de brûlot aigri de fille aux cheveux bleus qui attaque le patriarcat à chaque case.
Eh bien... Pas de cheveux bleus, pas d'attaques, simplement une description très juste de "l'état de l'art en 2023".
Dans le batiment comme dans l'agriculture, les femmes s'invitent dans toutes les spécialités et n'y viennent pas par hasard. Leur détermination se confronte à une sorte d'habitude triste et injuste où le masculin l'emporte sur le féminin, en particulier dans l'espace public (panneaux publicitaires, discours des politiques ruraux, magasins, marchés, réunions syndicales, etc...)
Cet environnement est ici aussi bien décrit que certaines solidarités féministes qui finissent par se construire (réunion ou chantiers non mixtes, transmissions intergénérationnelles , paroles de soutien en public).
Étant bien informée de cette montée du genre féminin dans ces deux secteurs souvent perçus à tort comme inéluctablement virils, je reconnais bien les pensées que l'autrice décrit au moment où la compétence d'une femme est remise en cause.
Cet album roboratif et complet (190 pages) est porté par un dessin vif et sympathique, au trait, dans des cases ouvertes, avec des ombres au gris de Payne, et quelques couleurs si nécessaire.
Je recommande chaudement à toutes et tous la lecture de ce panorama de l'état des genres, qui est une bonne base de réflexion au point où nous en sommes.
Un véritable OVNI que cet album !
J'avoue l'avoir souvent feuilleté en librairie, puis reposé , assez perplexe quant à son contenu . Et puis, le festival d'Angoulême est passé par là en distinguant ce livre. Il faut remonter à 2016, avec Ici de Richard Mc Guire, également autre OVNI, pour qu'un lauréat du Fauve d'Or attise autant ma curiosité. Au vu des bonnes critiques lues ici ou là, et sur les conseils de ma libraire (pour qui , ce livre était son coup de cœur depuis sa sortie), j'ai enfin franchi le pas en l'achetant.
En suivant les aventures de Simon, Martin Panchaud nous entraine à la fois dans un polar, un road movie, et une comédie extrêmement bien agencés. Le scénario repose sur un travail d'orfèvre, et une fois lancé dans la lecture, j'ai eu du mal lâcher ce livre... C'est presque addictif.
Mais ce qui fait la force de ce récit, c'est évidement sa forme En découvrant l'histoire de Simon du "dessus", le lecteur peut être à première vue être décontenancé voire déstabilisé, mais il n'en est rien, et je me surpris à découvrir un récit fluide, où la façon de représenter les personnages ne gâche en rien le plaisir de lecture, au contraire.
Avec un dessin presque géométrique, presque tiré au cordeau, Martin Panchaud me fait curieusement songer à Chris Ware, ce qui n'est pas une mince référence.
Découvrez donc le destin du pauvre Simon, si habilement mis en scène par Martin Panchaud.
Ce livre relève à la fois de la pépite et de l'originalité.
Pour une fois, depuis bien longtemps, je rejoins l'avis du jury du festival d'Angoulême.
Voilà une histoire dans laquelle on rentre très vite, et surtout ou l'on ressent très vite l'ambiance. La montagne, grandiose et pesante, majestueuse et dangereuse ; puissante. Ce ressenti est liée à l’histoire bien sur mais surtout à la force graphique qui se dégage de l'album. J'avais ressenti "une force graphique des éléments" avec le bd La Saga de Grimr de Jérémie Moreau.
Et pour ceux qui aiment la montagne c'est un vrai plaisir, on la retrouve cette montage. Ce qui n'est pas courant, l'autre bd qui m'avait fait vraiment ressentir la montagne était L'Invention du Vide de Nicolas Debon.
Venons en au sujet proprement dit. Le berger et le loup, un sujet qui aurait pu être poussif, voir un thème d'épinal (après l'image)... c'est tout l'inverse. Je trouve qu'il y a une certaine finesse dans le traitement du sujet et de la relation entre le loup de l'histoire et du personnage principal (et quasi unique). Peu de paroles et ça suffit.
Je ne m'attendais pas à apprécier autant cette bd, que j'ai prise de prime abord pour la beauté des dessins.
A noter un texte en fin d'album intéressant, que j'ai trouvé assez fin et hors des sentiers chasseurs-bobo-écolo-PMU.
A lire !
« La méduse » est une histoire très humaine, celle d’un drame qui vient bouleverser la vie d’Odette, une jeune femme tellement attachante, qui essaye d’être forte et indépendante malgré les évènements qui la dépassent petit à petit. Heureusement, ses amis sont là pour l’accompagner dans les moments difficiles. Le ton est juste, l’histoire ne verse pas dans le larmoyant et m’a beaucoup touché… Il en ressort un sentiment de bienveillance qui fait chaud au cœur.
La mise en image est superbe. Le style tout en rondeur, un peu typé manga, est mignon au possible, et la trouvaille de la méduse est bien vue, surtout en fin d’album.
Un excellent moment de lecture et de tendresse passé en compagnie de personnages que j’aimerais compter parmi mes proches.
Cette BD parvient à donner un sentiment de nonchalance mélancolique tout en dessinant les contours de la terreur et le glauque de la dictature de Salazar. Ce mélange qui pourrait paraitre étonnant présenté ainsi, s'insère dans une narration très bien faite et rend l'histoire assez captivante. Le découpage de l'histoire et quelques inattendus narratifs sont servis par un dessin élégant. Ajoutez à cela des personnages bien écrits et attachants.
Une note positive sur la fin a posé un baume sur mon cœur d'artichaut.
Je profite de la réédition de plusieurs séries Jeunesse de Sarbacane pour explorer leur (très bon) catalogue à moindre prix. Personnellement je trouve que ce plus petit format ne nuit pas à la qualité de lecture. Au contraire ce format avec des couvertures souples de qualité sont bien plus faciles à utiliser par des mains d'enfants. De même il y a un gain de place pour le rangement et le transport.
De plus en cette période d'économie de moyens pour faire preuve de volonté écologique, je trouve l'initiative des éditions Sarbacane digne de louange.
C'est d'autant plus intéressant que j'ai vraiment passé un excellent moment à lire cette série de cinq épisodes bourrés d'humour.
J'avais déjà apprécié le travail très intelligent de Ced dans Hôtel Pennington. Une nouvelle fois il m'a régalé par son esprit humoristique qu'il met au niveau de lecture des enfants sans tomber dans du pipi-caca ou des situations bêtes et méchantes. Les pérégrinations de cette petite bande si hétéroclite de bras cassés sont vraiment drôles.
L'originalité des récits est de proposer une histoire longue avec son schéma directeur et ses rebondissements tout en proposant une chute à la fin de chaque planche. Un mixte entre strips et récit complet qui est très bien pensé. Cela donne beaucoup de punch au récit qui rebondit toujours sur une note d'humour.
Ced est très bien secondé par le graphisme et la mise en couleur de Jean-Philippe Morin. Les personnages sont attachants, dynamiques avec des mimiques rigolotes. Morin a très bien su traduire le décalage entre ses personnages et l'univers d'Héroïc Fantasy loufoque dans lequel ils se meuvent.
Les références au "Seigneur des Anneaux" sont présentes et sont toujours détournées avec une grande habileté.
En conclusion une vraie lecture plaisir pour les enfants et leurs parents.
Il n'est pas évident de trouver des mots qui parlent à tous sur un sujet aussi brûlant que l'avenir. L'avenir proche, très proche.
A travers le regard de trois jeunes parisiens, cette histoire transporte le lecteur à la découverte d'un monde SENSationnel. L'auteur met en avant les vestiges d'une civilisation ancestrale, en perfusion, où les traditions d'un peuple autochtone (ici en Alaska) résistent tant bien que mal à l'appel séduisant de la technologie, de l'immédiateté et du tout à portée de main. Ces peuples sont les premiers témoins, malgré eux, d'un environnement en plein bouleversement et à l'inverse, les derniers porteurs d'une vision animiste, philosophie centrale dans ce récit.
Plus qu'une critique de la civilisation occidentale en tant que population, c'est une invitation à la réflexion en tant qu'individu sur un mode de vie en guerre contre le vivant, sur des regards détournés d'évidences criantes et plus globalement sur le sens du mot 'vivre' en ce monde.
Je viens de finir Sapiens de Yuval Noah Harrari et je trouve personnellement que 'Les Pizzlys' en est une belle conclusion. L'illustration d'une évolution (biologique, culturelle et sociale) progressive de plusieurs dizaines et centaines de milliers d'années en contraste d'une destruction accélérée à l'échelle de quelques générations humaines.
Depuis ma lecture du Discours de la panthère, j'apprécie de plus en plus ce style graphique propre à Jérémie Moreau.
L'ouvrage en lui-même est magnifique (les couleurs de la première de couverture et sa taille) et la lecture est d'une grande fluidité avec un nombre important de pages contemplatives !
Je recommande à tous la lecture :)
J'aime la série Le Château des étoiles et j'ai accueilli avec plaisir l'opportunité de découvrir une série dérivée de cette dernière, nous emmenant cette fois sur Vénus au lieu de Mars et la Lune. On y retrouve le même univers exactement, avec une action se déroulant en parallèle dans un lieu différent, sans lien direct avec celle de la série originelle.
L'une des forces de la série Le Château des étoiles résidait dans l'originalité de son graphisme très lumineux et l'aspect épique et grandiose de ses décors et personnages. Avec les Chimères de Vénus, ce n'est plus Alex Alice au dessin mais Etienne Jung que j'avais découvert et apprécié avec Gargouilles et Brüssli. Son style diffère de celui d'Alex Alice et le contraste m'a un peu déstabilisé au départ. En effet, autant ses décors restent grandioses et travaillés, autant ses couleurs et surtout ses personnages plus proches de l'animation jeunesse détonnent un peu dans l'univers de la série originelle. Je m'y suis toutefois fait assez vite et j'ai apprécié la clarté de son style et de sa narration.
L'histoire est assez engageante. Elle nous amène à découvrir une nouvelle planète dans l'univers du Château des Etoiles, une planète Vénus où Anglais et Français cohabitent, dans une ambiance de jungle équatoriale rappelant le bagne de Cayenne avec des dinosaures en plus. Nous y suivons deux trames parallèles, celle feutrée et luxueuse de la chanteuse d'Opérette venue sur cette planète pour y retrouver son fiancé, et celle plus rude et dangereuse de ce dernier qui s'est évadé de cette fameuse prison. Le contexte et les personnages sont intéressants et on se laisse volontiers porter par l'intrigue et par ces décors dépaysants.
J'ai un peu moins accroché qu'à la série originale, Le Château des étoiles, mais j'apprécie tout de même cette extension de son univers et d'y vivre de nouvelles aventures.
La couverture pourrait faire croire que cette série est destinée aux enfants mais il n'en est rien. Le scénario de Jean Regnaud est bien trop littéraire pour un jeune public.
De plus le récit au rythme lent est empreint d'une grande mélancolie et propose une ambiance intimiste qui rappelle celle des romans réalistes un peu tristes.
Les auteurs utilisent un style presque autobiographique avec une voix off très présente. Cela nous fait partager quatre mois du petit Jean en classe de CP à la rentrée 1970.
Il y a probablement beaucoup de vécu dans la narration tellement les ambiances et les situations dépeintes sont criantes de vérité.
Pour des lecteurs-rices de ma génération, j'ai retrouvé beaucoup d'épisodes qui ont fortement résonné en moi.
Le graphisme d'Emile Bravo convient particulièrement bien à ce type de récit. On se retrouve dans des environnements assez froids et figés. Jean du haut de ses six ans, reste introverti et dépassé par la réalité de la situation.
Bravo fait se mouvoir Jean dans un univers gris, vert de gris ou marron qui invite peu à l'ouverture aux autres.
Une lecture assez émouvante et pleine de tendresse.
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Passe-passe
C'est la troisième série du duo Cuveele-Dawid que je lis et incontestablement c'est celle que je préfère. Le graphisme de Dawid reste égal dans les trois séries. C'est un plaisir des yeux tout en douceur, en rondeur et en vitalité. Son trait peut être apprécié autant par des jeunes enfants que par des adultes friands de détails. Dawid excelle dans les décors bucoliques et campagnards où l'ambiance respire la paix et le bon vivre ensemble. Il n'y a rien de tel que d'ouvrir la première page de Passe-Passe pour chasser le mauvais karma d'une journée d'embouteillages sur le periph' enfin seul-e ou avec ses enfants sur un canapé confortable. C'est le scénario de Delphine Cuveele qui est bouleversant. Son récit nous prend tout en délicatesse vers le chemin de l'absence à l'autre. Ici la grand-mère s'efface doucement après un dernier printemps plein de vie avec sa petite fille. L'effacement progressif du corps est remplacé par la prise de couleur progressive du souvenir de l'être aimé. C'est d'une grande poésie et d'une superbe tendresse. Ici l'absence de texte renforce la force du message porté par le récit. Aucun mot ne remplace la présence qui disparaît. Une lecture jeunesse d'une très grande qualité qui peut être relue un soir de grande détresse.
Il est où le patron ?
J'avais pris cette BD avec un peu de réticence, en imaginant une sorte de brûlot aigri de fille aux cheveux bleus qui attaque le patriarcat à chaque case. Eh bien... Pas de cheveux bleus, pas d'attaques, simplement une description très juste de "l'état de l'art en 2023". Dans le batiment comme dans l'agriculture, les femmes s'invitent dans toutes les spécialités et n'y viennent pas par hasard. Leur détermination se confronte à une sorte d'habitude triste et injuste où le masculin l'emporte sur le féminin, en particulier dans l'espace public (panneaux publicitaires, discours des politiques ruraux, magasins, marchés, réunions syndicales, etc...) Cet environnement est ici aussi bien décrit que certaines solidarités féministes qui finissent par se construire (réunion ou chantiers non mixtes, transmissions intergénérationnelles , paroles de soutien en public). Étant bien informée de cette montée du genre féminin dans ces deux secteurs souvent perçus à tort comme inéluctablement virils, je reconnais bien les pensées que l'autrice décrit au moment où la compétence d'une femme est remise en cause. Cet album roboratif et complet (190 pages) est porté par un dessin vif et sympathique, au trait, dans des cases ouvertes, avec des ombres au gris de Payne, et quelques couleurs si nécessaire. Je recommande chaudement à toutes et tous la lecture de ce panorama de l'état des genres, qui est une bonne base de réflexion au point où nous en sommes.
La Couleur des choses
Un véritable OVNI que cet album ! J'avoue l'avoir souvent feuilleté en librairie, puis reposé , assez perplexe quant à son contenu . Et puis, le festival d'Angoulême est passé par là en distinguant ce livre. Il faut remonter à 2016, avec Ici de Richard Mc Guire, également autre OVNI, pour qu'un lauréat du Fauve d'Or attise autant ma curiosité. Au vu des bonnes critiques lues ici ou là, et sur les conseils de ma libraire (pour qui , ce livre était son coup de cœur depuis sa sortie), j'ai enfin franchi le pas en l'achetant. En suivant les aventures de Simon, Martin Panchaud nous entraine à la fois dans un polar, un road movie, et une comédie extrêmement bien agencés. Le scénario repose sur un travail d'orfèvre, et une fois lancé dans la lecture, j'ai eu du mal lâcher ce livre... C'est presque addictif. Mais ce qui fait la force de ce récit, c'est évidement sa forme En découvrant l'histoire de Simon du "dessus", le lecteur peut être à première vue être décontenancé voire déstabilisé, mais il n'en est rien, et je me surpris à découvrir un récit fluide, où la façon de représenter les personnages ne gâche en rien le plaisir de lecture, au contraire. Avec un dessin presque géométrique, presque tiré au cordeau, Martin Panchaud me fait curieusement songer à Chris Ware, ce qui n'est pas une mince référence. Découvrez donc le destin du pauvre Simon, si habilement mis en scène par Martin Panchaud. Ce livre relève à la fois de la pépite et de l'originalité. Pour une fois, depuis bien longtemps, je rejoins l'avis du jury du festival d'Angoulême.
Le Loup
Voilà une histoire dans laquelle on rentre très vite, et surtout ou l'on ressent très vite l'ambiance. La montagne, grandiose et pesante, majestueuse et dangereuse ; puissante. Ce ressenti est liée à l’histoire bien sur mais surtout à la force graphique qui se dégage de l'album. J'avais ressenti "une force graphique des éléments" avec le bd La Saga de Grimr de Jérémie Moreau. Et pour ceux qui aiment la montagne c'est un vrai plaisir, on la retrouve cette montage. Ce qui n'est pas courant, l'autre bd qui m'avait fait vraiment ressentir la montagne était L'Invention du Vide de Nicolas Debon. Venons en au sujet proprement dit. Le berger et le loup, un sujet qui aurait pu être poussif, voir un thème d'épinal (après l'image)... c'est tout l'inverse. Je trouve qu'il y a une certaine finesse dans le traitement du sujet et de la relation entre le loup de l'histoire et du personnage principal (et quasi unique). Peu de paroles et ça suffit. Je ne m'attendais pas à apprécier autant cette bd, que j'ai prise de prime abord pour la beauté des dessins. A noter un texte en fin d'album intéressant, que j'ai trouvé assez fin et hors des sentiers chasseurs-bobo-écolo-PMU. A lire !
La Méduse
« La méduse » est une histoire très humaine, celle d’un drame qui vient bouleverser la vie d’Odette, une jeune femme tellement attachante, qui essaye d’être forte et indépendante malgré les évènements qui la dépassent petit à petit. Heureusement, ses amis sont là pour l’accompagner dans les moments difficiles. Le ton est juste, l’histoire ne verse pas dans le larmoyant et m’a beaucoup touché… Il en ressort un sentiment de bienveillance qui fait chaud au cœur. La mise en image est superbe. Le style tout en rondeur, un peu typé manga, est mignon au possible, et la trouvaille de la méduse est bien vue, surtout en fin d’album. Un excellent moment de lecture et de tendresse passé en compagnie de personnages que j’aimerais compter parmi mes proches.
Sur un air de Fado
Cette BD parvient à donner un sentiment de nonchalance mélancolique tout en dessinant les contours de la terreur et le glauque de la dictature de Salazar. Ce mélange qui pourrait paraitre étonnant présenté ainsi, s'insère dans une narration très bien faite et rend l'histoire assez captivante. Le découpage de l'histoire et quelques inattendus narratifs sont servis par un dessin élégant. Ajoutez à cela des personnages bien écrits et attachants. Une note positive sur la fin a posé un baume sur mon cœur d'artichaut.
A.S.T.
Je profite de la réédition de plusieurs séries Jeunesse de Sarbacane pour explorer leur (très bon) catalogue à moindre prix. Personnellement je trouve que ce plus petit format ne nuit pas à la qualité de lecture. Au contraire ce format avec des couvertures souples de qualité sont bien plus faciles à utiliser par des mains d'enfants. De même il y a un gain de place pour le rangement et le transport. De plus en cette période d'économie de moyens pour faire preuve de volonté écologique, je trouve l'initiative des éditions Sarbacane digne de louange. C'est d'autant plus intéressant que j'ai vraiment passé un excellent moment à lire cette série de cinq épisodes bourrés d'humour. J'avais déjà apprécié le travail très intelligent de Ced dans Hôtel Pennington. Une nouvelle fois il m'a régalé par son esprit humoristique qu'il met au niveau de lecture des enfants sans tomber dans du pipi-caca ou des situations bêtes et méchantes. Les pérégrinations de cette petite bande si hétéroclite de bras cassés sont vraiment drôles. L'originalité des récits est de proposer une histoire longue avec son schéma directeur et ses rebondissements tout en proposant une chute à la fin de chaque planche. Un mixte entre strips et récit complet qui est très bien pensé. Cela donne beaucoup de punch au récit qui rebondit toujours sur une note d'humour. Ced est très bien secondé par le graphisme et la mise en couleur de Jean-Philippe Morin. Les personnages sont attachants, dynamiques avec des mimiques rigolotes. Morin a très bien su traduire le décalage entre ses personnages et l'univers d'Héroïc Fantasy loufoque dans lequel ils se meuvent. Les références au "Seigneur des Anneaux" sont présentes et sont toujours détournées avec une grande habileté. En conclusion une vraie lecture plaisir pour les enfants et leurs parents.
Les Pizzlys
Il n'est pas évident de trouver des mots qui parlent à tous sur un sujet aussi brûlant que l'avenir. L'avenir proche, très proche. A travers le regard de trois jeunes parisiens, cette histoire transporte le lecteur à la découverte d'un monde SENSationnel. L'auteur met en avant les vestiges d'une civilisation ancestrale, en perfusion, où les traditions d'un peuple autochtone (ici en Alaska) résistent tant bien que mal à l'appel séduisant de la technologie, de l'immédiateté et du tout à portée de main. Ces peuples sont les premiers témoins, malgré eux, d'un environnement en plein bouleversement et à l'inverse, les derniers porteurs d'une vision animiste, philosophie centrale dans ce récit. Plus qu'une critique de la civilisation occidentale en tant que population, c'est une invitation à la réflexion en tant qu'individu sur un mode de vie en guerre contre le vivant, sur des regards détournés d'évidences criantes et plus globalement sur le sens du mot 'vivre' en ce monde. Je viens de finir Sapiens de Yuval Noah Harrari et je trouve personnellement que 'Les Pizzlys' en est une belle conclusion. L'illustration d'une évolution (biologique, culturelle et sociale) progressive de plusieurs dizaines et centaines de milliers d'années en contraste d'une destruction accélérée à l'échelle de quelques générations humaines. Depuis ma lecture du Discours de la panthère, j'apprécie de plus en plus ce style graphique propre à Jérémie Moreau. L'ouvrage en lui-même est magnifique (les couleurs de la première de couverture et sa taille) et la lecture est d'une grande fluidité avec un nombre important de pages contemplatives ! Je recommande à tous la lecture :)
Les Chimères de Vénus
J'aime la série Le Château des étoiles et j'ai accueilli avec plaisir l'opportunité de découvrir une série dérivée de cette dernière, nous emmenant cette fois sur Vénus au lieu de Mars et la Lune. On y retrouve le même univers exactement, avec une action se déroulant en parallèle dans un lieu différent, sans lien direct avec celle de la série originelle. L'une des forces de la série Le Château des étoiles résidait dans l'originalité de son graphisme très lumineux et l'aspect épique et grandiose de ses décors et personnages. Avec les Chimères de Vénus, ce n'est plus Alex Alice au dessin mais Etienne Jung que j'avais découvert et apprécié avec Gargouilles et Brüssli. Son style diffère de celui d'Alex Alice et le contraste m'a un peu déstabilisé au départ. En effet, autant ses décors restent grandioses et travaillés, autant ses couleurs et surtout ses personnages plus proches de l'animation jeunesse détonnent un peu dans l'univers de la série originelle. Je m'y suis toutefois fait assez vite et j'ai apprécié la clarté de son style et de sa narration. L'histoire est assez engageante. Elle nous amène à découvrir une nouvelle planète dans l'univers du Château des Etoiles, une planète Vénus où Anglais et Français cohabitent, dans une ambiance de jungle équatoriale rappelant le bagne de Cayenne avec des dinosaures en plus. Nous y suivons deux trames parallèles, celle feutrée et luxueuse de la chanteuse d'Opérette venue sur cette planète pour y retrouver son fiancé, et celle plus rude et dangereuse de ce dernier qui s'est évadé de cette fameuse prison. Le contexte et les personnages sont intéressants et on se laisse volontiers porter par l'intrigue et par ces décors dépaysants. J'ai un peu moins accroché qu'à la série originale, Le Château des étoiles, mais j'apprécie tout de même cette extension de son univers et d'y vivre de nouvelles aventures.
Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill
La couverture pourrait faire croire que cette série est destinée aux enfants mais il n'en est rien. Le scénario de Jean Regnaud est bien trop littéraire pour un jeune public. De plus le récit au rythme lent est empreint d'une grande mélancolie et propose une ambiance intimiste qui rappelle celle des romans réalistes un peu tristes. Les auteurs utilisent un style presque autobiographique avec une voix off très présente. Cela nous fait partager quatre mois du petit Jean en classe de CP à la rentrée 1970. Il y a probablement beaucoup de vécu dans la narration tellement les ambiances et les situations dépeintes sont criantes de vérité. Pour des lecteurs-rices de ma génération, j'ai retrouvé beaucoup d'épisodes qui ont fortement résonné en moi. Le graphisme d'Emile Bravo convient particulièrement bien à ce type de récit. On se retrouve dans des environnements assez froids et figés. Jean du haut de ses six ans, reste introverti et dépassé par la réalité de la situation. Bravo fait se mouvoir Jean dans un univers gris, vert de gris ou marron qui invite peu à l'ouverture aux autres. Une lecture assez émouvante et pleine de tendresse.