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Ici (Here)

Note: 3.67/5
(3.67/5 pour 6 avis)

Angoulême 2016 : Prix du Meilleur Album Avec cet OVNI centré sur un lieu unique évoluant à travers les époques, Richard McGuire emmène le lecteur dans un époustouflant voyage temporel.


A travers les âges Angoulême 2016 : les gagnants ! Angoulême : récapitulatif des séries primées [USA] - Nord Est

Comment écrire une histoire à partir d’une image fixe, celle d’un lieu quelconque, une simple pièce avec une fenêtre et une cheminée ? C’est le pari fou de Richard McGuire, qui parvient à nous surprendre au-delà de nos attentes dans cette formidable évocation de la fugacité des choses et des êtres. Tout commence donc avec cette pièce en double page, quasiment vide, à une époque qui se veut au présent (2014, année où fut publié l’ouvrage en anglais). A côté de la cheminée, une bibliothèque Ikea comportant quelques livres, devant laquelle est posé un carton ouvert. La page se tourne, premier bond dans le passé : 1957, année de naissance de l’auteur, qui évoque, serait-on tenté de croire, la maison où il a grandi. Meubles et papier peint sont d’époque. Sur un canapé est posé un biberon. Au milieu de la pièce on voit un lit pour bébé et quelques jouets. Page suivante, nouveau saut en arrière. 1942. Peut-être l’année de l’emménagement de ses parents, comme le suggère l’échelle trônant au centre de la pièce. Retour vers le futur, 2007. Un clic-clac déplié a remplacé le canapé d’antan. 1957, de nouveau. Cette fois apparaît un personnage féminin parlant à voix haute, ne se souvenant plus de ce qu’elle est venue chercher. Première incrustation d’une image, celle d’un chat en 1999. Page suivante, nouveau bond dans le passé mais de géant cette fois. Nous sommes en 1623, et l’on réalise que l’endroit servant d’habitat à notre époque n’était alors qu’un sous-bois. Persistances rétiniennes de la femme et du chat. Retour au XXème siècle. Et ainsi de suite jusqu’à ce que, de façon irrésistible, on se laisse entrainer jusqu’au vertige dans cette folle farandole temporelle…

Scénariste
Dessinateur
Coloriste
Traducteur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 29 Janvier 2015
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Ici

07/04/2015 | Blue Boy
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Par montane
Note: 4/5
L'avatar du posteur montane

A l'instar du Jimmy Corrigan de Chris WARE, cet album est sans doute l'un des plus novateurs de ces dernières années confirmant une tendance qui est que la créativité en la matière nous vient des états unis. De quoi s'agit-il? En partant d'un seul et même lieu, en l'espèce une salle à manger, Richard McGuire observe l'évolution du lieu depuis les origines, soit il y a 3 milliards d'années et se projette dans un futur lointain jusqu'en 22175. A l'intérieur de ce même lieu, on observe la vie des personnages en diverses époques. Au lieu d'avoir une succession de cases qui se succèdent comme dans la bande dessinée traditionnelle, on a droit à des fragments de vie dispersés. Parfois on en revient à un récit plus linéaire comme dans le cas de ce peintre qui se pose dans ce qui était autrefois un espace vert pour y peindre, ou cette personne au chevet de son père malade. En sautant les pages on peut ainsi reconstituer le destin de personnages, qui jouent, se marient, se prélassent, meurent. Parfois au sein d'une même page (une scène s'étend en réalité sur deux pages pages), on retrouve parfois une même thématique (une bagarre, des jeunes filles qui dansent...). Le dessin, très précis est superbe, le choix des couleurs ne l'est pas moins. On est ici à mi chemin entre la bd et l'illustration au travers d'un exercice de style pleinement réussi. Ici est une médiation sur la permanence des choses, sur le caractère immuable des comportements humaines au travers des époques. Les amateurs de bd franco- belges traditionnels passeront leur chemin, ceux qui sont en revanche adepte d'une bd plus exigeante y trouveront leur compte. On comprend mieux à l'issue de sa lecture pourquoi cette œuvre a reçu le prix de la meilleure bd en 2016 à Angoulême.

16/02/2019 (modifier)
Par Erik
Note: 3/5
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Ma réservation pour ce titre à la médiathèque a duré plus de 7 mois ce qui constitue un record. Il faut dire que le prix du meilleur album d'Angoulême 2016 pousse tout de suite les lecteurs à vouloir découvrir l'oeuvre en question. C'est l'effet prime. Est-ce que l'attente valait le coup? Pas vraiment en ce qui me concerne. C'est une lecture qui marque une expérience assez intéressante sur le temps qui passe par rapport à la localisation précise d'un endroit. L'idée n'est pas nouvelle mais c'est suffisamment bien exploité. On assiste à une longue succession de cases avec des dates différentes à la façon d'un puzzle qu'il faut reconstituer. A la fin, cela devient presque ennuyeux dans son effet répétitif. Maintenant, objectivement, on pourra crier au génie sur le fait que l'auteur propose à chaque lecteur un regard unique sur le fait de contempler sa vie.

08/08/2016 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

Il y a eu beaucoup de bruit autour de cet album avant et après Angoulême et j'étais pressé de pouvoir le lire. Pour autant, je n'en attendais pas beaucoup car j'y voyais plus une BD concept qu'un récit vraiment marquant et prenant comme je les aime. Et c'est ce que j'y ai trouvé, mais le concept marche bien et réussit à transmettre quelque chose d'intéressant. C'est donc l'histoire d'un lieu, d'un point de vue bien précis, vu dans le désordre chronologique à travers les âges, avec des visions simultanées de chaque époque qui se coupent, s'entrecroisent et font écho les unes aux autres. Le lieu, un coin de Nouvelle-Angleterre qui n'était que de la forêt il y a quelques siècles et qui est devenu l'intérieur d'une maison de bonne famille de nos jours. Nous suivons ainsi essentiellement des portions de vie des habitants de cette maison mais aussi ce qu'il y avait là avant et qu'il y aura après. On constate que l'histoire et la vie se répètent souvent, bonheur et malheur, enfance et mariage, maladie et vieillesse. On constate le côté éphémère de toute chose. Bref, on assiste au parcours du temps et comment les êtres humains mais aussi simplement les lieux s'inscrivent dans son cours. Le dessin, assez proche de la peinture parfois, est élégant et esthétique. Les jeux sur les images et sur comment des vues d'une époque s'imbriquent dans celles d'une autre sont nombreux et bien construits. Il y a beaucoup d'images en écho les unes aux autres, mais aussi en écho avec l'esprit même de cette BD et quelques-uns de ses éléments clés, comme cette fameuse fenêtre et cette cheminée qui sont les clés de voûte de la pièce que l'on observe à travers le temps. C'est bien fait et les clins d’œil visuels que l'auteur nous fait parfois sont assez amusants. Il n'y a que les visions du futur dont je pense que l'auteur aurait pu se passer. Car leur aspect science-fiction contient trop de stéréotypes et pas assez de crédibilité à mes yeux. J'aurais trouvé plus harmonieux de se contenter des visions du passé jusqu'à nos jours, ou alors seulement une vision d'un lointain futur. Je craignais qu'il n'y ait pas d'histoire et qu'on ait droit juste à un concept intéressant au départ mais lassant à la longue. Et effectivement, malgré mes espoirs, il n'y a pas d'intrigue qui se met en place, pas de véritable récit suivi. On assiste juste parfois à des portions un peu plus longues de moments de vie à l'une ou l'autre des époques mais sans jamais qu'aucun ne se coordonne vraiment avec d'autres pour raconter quelque chose de plus compliqué qu'un instantané de vie. Malgré cela, on ne s'ennuie pas car il se dégage quelque chose de l'ensemble, une certaine poésie, un certain charme. On peut essayer de retrouver la chronologie des événements et des vies de famille qu'on nous laisse apercevoir. On peut s'amuser de la manière dont certains événements font écho à d'autres. On peut ressentir le passage du temps et le côté à la fois immortel et périssable de toute chose. C'est assez beau, même si ça aurait été nettement mieux pour mon satisfaction personnelle si toutes ces visions avaient fini par former un véritable récit ou donner un message fort et surprenant.

05/07/2016 (modifier)
Par herve
Note: 4/5
L'avatar du posteur herve

L'intérêt du Festival d’Angoulême est de donner un éclairage sur des œuvres que je n'aurais sans nul doute jamais lues. Par le passé, j'avais découvert "5000 kilomètres par seconde" de Manuele Fior ou encore Pinocchio de Winshluss, que j'avais adoré. Malgré mes nombreuses lectures, je n'avais pas encore entendu parler de Ici de Richard McGuire,qui a obtenu le fauve d'Or cette année. Je me suis donc précipité chez mon libraire pour découvrir ce véritable OVNI. Est-ce une bande dessinée ou un exercice de style qui s'étend sur près de 300 pages ? Au lecteur de juger. Dans cet ouvrage, pas de personnage principal mais un lieu (un séjour), pas d'intrigue mais le temps, le temps qui passe, de la création de la terre à l'an 2300, ce qui n'est pas pour rappeler un livre comme "Alpha...directions". En découvrant au fil des pages l'évolution de cette pièce à travers les âges, je ne me suis pas ennuyé une seconde. C'est habilement amené, et en n'optant pas justement pour un ordre chronologique, Richard McGuire joue avec le lecteur. Les dessins sont certes tirés cordeau et rappellent un peu ceux de Chris Ware. Un album très original, qui peut se relire à l'infini tant les détails changent presque à chaque page (un tableau, le papier peint, le mobilier etc.) J'avoue que cet ouvrage ne trouvera pas un large public, mais je vous invite à le découvrir tant il tranche avec la production actuelle.

05/02/2016 (modifier)
Par PAco
Note: 3/5
L'avatar du posteur PAco

Curieux de découvrir ce qui avait retenu les faveurs du jury d'Angoulême pour son meilleur album, je me suis donc procuré cet album intrigant. Pas toujours en accord avec ses coups de projecteurs, je reconnais qu'il est pourtant souvent l'occasion de découvrir un auteur que je ne connais pas forcément, ou tout au moins un album qui sort de l’ordinaire. Celui de Richard McGuire ne déroge pas à cette règle, car je ne connaissais pas l'auteur, ni son travail et son pivot central me semblait une idée surprenante : concevoir une narration à partir d'une seule et même pièce en plan fixe. Comment un auteur pouvait-il tenir en haleine son lecteur sur 300 pages avec un tel concept ? J'avoue avoir eu un peu de mal à rentrer dans l'album et je me suis même demandé si je n'allais pas abandonner... mais je n'aime pas lâcher une BD en cours de lecture, on ne sait jamais... mieux vaut avoir une vision globale. Finalement, j'ai réussi à me raccrocher à ce que nous propose McGuire. Ce qui est d'abord déconcertant finit par s'imposer simplement et son système de cadrages de ce plan fixe du salon, avec ces dates en encadré, tisse une narration des plus originale qui permet à l'auteur de se jouer du temps et de composer un puzzle graphique impressionnant. Malgré cet intérêt et cette originalité indéniable, c'est au final un simple "pas mal" qui fera office de note, car je ne peux pas dire que cet album m'ait transcendé plus que cela. Si c'est une expérience graphique et narrative intéressante, il me manque le petit quelque chose en plus qui fait la différence, comme dans toute création artistique conceptuelle. On rentre ou pas dedans, et parfois, malgré des qualités, on n'en sort pas spécialement convaincu. C'est pour cela que je conseille plutôt un emprunt qu'un achat pour se faire une idée de la bête, tant cet album est surprenant et qu'il coute quand même 29€.

05/02/2016 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Blue Boy

L’auteur, Richard McGuire n’est pas à proprement parler un auteur de BD, mais plutôt un artiste touche-à-tout dans des domaines allant du design aux livres pour enfants, en passant par la musique ou le cinéma d’animation. Avec « Ici », c’est un ballet époustouflant des habitants et des objets d'un lieu unique à travers les âges qui nous est proposé, nous renvoyant à notre propre insignifiance, et posant avec acuité la question de la mémoire, à l’échelle de l’individu ou de l’humanité entière. A travers les 300 pages de cet OVNI, passé, présent et futur se rejoignent et tapent la discute dans ce salon, personnage principal de cette histoire élaborée comme une symphonie ou une suite de collages dadaïstes. Les dialogues sont secondaires, se diluant tel un étrange bruit de fond dépourvu de logique, comme dans un rêve éveillé, mais font pourtant sens, interrogeant les clichés d’un passé lointain voire antédiluvien, d’un présent terre à terre ou d’un futur hypothétique. Par une superposition des temporalités, les images les plus inattendues virevoltent et s’entrechoquent, entre elles ou avec les textes, provoquant chez le lecteur un tournis métaphysique jubilatoire qui agit à la manière d’une drogue et fait qu’on ne peut plus lâcher l’objet. Parfois, on se surprend même, comme à la fête foraine, à s’esclaffer comme si l’on était à bord d’une machine à remonter le temps hors de contrôle, ou d’un bateau à bascule dont les freins auraient lâché. A l’évidence, Richard McGuire est davantage un graphiste qu’un dessinateur. Personnages, objets et autres éléments du décor sont représentés avec des styles disparates, dépersonnalisés, comme pour en souligner le caractère évanescent. A certains moments, on est plus dans le crayonné, à d’autres carrément dans l’impressionnisme. Parfois, les dessins ressemblent à des photos retravaillées aux contours à peine visibles. Mais l’ensemble reste cohérent et agréable visuellement, le choix des couleurs pastels apporte une touche apaisante à cette frénésie narrative. Très clairement, si l’ouvrage a un pied dans la BD, l’autre se situe dans la pure création artistique. « Ici » ne se lit pas. « Ici » se vit, telle une expérience sensorielle, et malgré l’immobilisme suggéré par le titre, nous emmène vraiment ailleurs, très très loin de notre ici rétréci. Avec cette production expérimentale, Gallimard a déniché rien de moins qu’un chef d’œuvre. A bon entendeur !

07/04/2015 (modifier)