Les derniers avis (32295 avis)

Par Titanick
Note: 4/5
Couverture de la série Washing-Town
Washing-Town

Je n’avais jamais entendu parler de cette américaine, Frances Gabe, combattante contre la servitude des femmes aux corvées ménagères, en plein xxe siècle. J’avoue que c’est le jeu de mots du titre qui m’a attirée au premier abord, et la citation au dos, parce que le dessin de la couverture, bof, bof. Frances est un sacré numéro. Cette mère au foyer est débordée par une progéniture déchaînée, la popote du foyer à faire, la baraque à astiquer et un mari qui se comporte comme un gosse supplémentaire à gérer. C’est le lot quotidien de nombre de femmes depuis la nuit des temps me direz-vous. Oui, mais c’est sans compter sur ses capacités d’imagination, son intelligence technique, ses dons pour le bricolage, et son énergie sans faille. Mrs Gabe va inventer et construire sa maison qui se nettoie toute seule, rien que ça ! Le placard à vaisselle ressemblera à l’intérieur d’un lave-vaisselle actuel, nul besoin de le vider, et le reste est à l’avenant. Les buses au plafond lavent et sèchent les murs et le sol… La BD est consacrée à cette partie de la bio de cette femme. L’histoire de l’idée initiale qui germe dans son esprit et tout ce qu’elle a mis en œuvre pour y parvenir. Elle a réalisé les plans, assuré seule le chantier avec le béton, la plomberie et tout. Lutté contre son mari horrifié qui a tenté de la faire interner, ses concitoyens excédés car elle tentait de poursuivre l’expérience à l’échelle de la ville (d'où le titre de l'album). Elle s’est battue pour déposer pas loin d’une centaine de brevets, jusqu’aux protections des meubles et des livres… C’est plutôt bien raconté, l’ensemble est enlevé et j’ai suivi joyeusement cette femme en admirant ses capacités et sa résistance exceptionnelles. Pris fait et cause pour elle, forcément, je n’aime pas non plus le ménage. Les auteurs ont pris le parti de nous livrer son cheminement de pensée par le biais de dialogues imaginaires qu’elle aurait avec elle-même en plus jeune, avant le mariage et la marmaille, où elle se met en garde de refuser les avances du jeune homme qui deviendra son boulet. J’ai trouvé ça efficace, plutôt amusant et ces épisodes,espacés, permettent de suivre son état d’esprit sans alourdir le récit. Le dessin ? Je dirais dynamique. Un peu brouillon à mon goût mais efficace avec une bichromie dans les tons orangés et gris, rehaussée de touches de bleu. Il ne m’a pas rebuté bien que je n’en sois pas fan. Quelques pages documentaires, avec plans et photos, complètent heureusement l’ouvrage. Bien que, pour en savoir plus sur cette femme, j’ai dû aller voir sur sa page Wiki. Elle n’est décédée qu’en 2016 et a vécu 101 ans quand même. Madame, respect, même si la technologie future ne vous a pas vraiment suivie, je vous tire mon chapeau.

15/06/2023 (modifier)
Couverture de la série La Farce des hommes-foudre
La Farce des hommes-foudre

J’ai beaucoup aimé de récit que l’on peut à la fois voir comme un récit initiatique, un récit d’aventure et un récit historique. Récit historique car il a pour théâtre le Tibet de la fin des années 1950 et pour héros les combattants nomades Khampas. Et même si les auteurs se permettent quelques libertés et fantaisies dans leur histoire, les éléments historiques sont nombreux et m’auront permis de découvrir un pan de l’histoire du Tibet que je ne connaissais pas et qui casse quelque peu l’image des gentils moines victimes malheureuses de l’oppresseur chinois. Récit d’aventure car il est traversé par un grand souffle épique. Toujours en mouvement à l’image des guerriers Khampas, cette aventure ne m’aura jamais laissé le temps de m’ennuyer. Les personnages sont touchants et leur destin marquant. C’est certes classique de ce point de vue (beaucoup moins au niveau du lieu où se déroule le récit) mais bien foutu. Récit initiatique puisque le personnage qui va nous servir de sésame pour découvrir ce pan d’Histoire est un jeune Européen désabusé qui va, sinon se découvrir une conscience politique, du moins trouver une raison d’être et une place au sein du monde en fréquentant quelques temps cette tribu guerrière. Le dessin très spontané est agréable à lire, bien soutenu par la colorisation. C’est vif, efficace et sans fioriture. Enfin, le petit dossier en fin d’album nous permet d’en apprendre plus sur tout l’aspect historique du récit ainsi que sur le lien qui unit les auteurs à cette région du monde. Franchement, pour moi, ça a été une très chouette découverte. Vraiment bien !

15/06/2023 (modifier)
Couverture de la série Dum Dum
Dum Dum

J’ai beaucoup aimé ce récit. Son auteur parvient à harmoniser son style graphique très personnel et l’histoire qu’il veut nous raconter. Une histoire sortie de son imagination mais construite à partir de l'histoire de ses grands-parents. J’aime quand un auteur parvient à s’approprier le média « bande dessinée » pour l’interpréter à sa manière tout en conservant ses fondamentaux. Car la bande dessinée, qu’est-ce que c’est sinon un art qui utilise des dessins séquencés. A partir du moment, où l’on respecte ce fondamental, le champ des possibles est un formidable terrain de jeu pour qui a de l’imagination. Mais encore faut-il raconter quelque chose qui puisse toucher le lecteur. Et Lukasz Wojciechowski n’en manque pas, d’imagination, pour créer une bande dessinée à l’aide d’un programme d’architecture. En détournant ce dernier de son utilisation d’origine, en le maîtrisant et en jouant avec ses limites, il est dans l’obligation de faire montre de souplesse et d’inventivité. Et pour que ça fonctionne, il lui faut également trouver une corrélation entre le dessin et le thème. Dum Dum remplit toutes les cases. Histoire, personnages et style graphique forment un ensemble cohérent. Mais si l’aspect visuel est ce qui marque en premier, l’histoire que nous raconte l’auteur polonais est tout sauf secondaire ! Historiquement intéressante (on en apprend assez bien sur la Pologne de 1910 à 1960), elle est également touchante, abordant le thème du choc post-traumatique, le besoin de se réfugier dans un univers rassurant et la complexité de nos personnalités. Au final, je peux dire que j’ai vraiment bien aimé. C’est différent, ça ne plaira pas aux lecteurs en quête d’un dessin classique, mais j’ai adoré l’inventivité graphique et été touché par la destinée du personnage central. Franchement, bravo !

15/06/2023 (modifier)
Couverture de la série La Guerre des Lulus - La Perspective Luigi
La Guerre des Lulus - La Perspective Luigi

Je n'avais pas hésité à casser le consensus pour accorder un 5 à la série mère que j'apprécie tout particulièrement. J'étais donc curieux de savoir comment Régis Hautière allait combler l'ellipse qui avait emmené notre petite bande en Allemagne. Je trouve que Hautière s'en tire avec élégance. L'astuce pour rendre crédible la pérennité de la présence de nos héros (qui baragouinent trois mots d'allemand) à Berlin en 1915 est bien trouvée. Cette trouvaille permettra à la fois de proposer des aventures rocambolesques dans la capitale allemande mais aussi de proposer une ambiance de cette ville en guerre pas souvent explorée du côté français. C’est une très bonne initiative des auteurs avec une pensée pacifiste bienvenue. Le second tome est moins dynamique pour cause d'emprisonnement de nos cinq intrépides. Ici encore la vision est assez mesurée sans aucun manichéisme désuet. C'est Damien Cuvillier qui reprend le graphisme pour ces deux tomes. Il reste bien dans l'esprit de Hardoc avec son trait rond parfois à la limite de la caricature expressive. J'ai trouvé la mise en couleur un peu moins réussi que pour les autres albums mais les auteurs ont choisi des périodes assez sombres. Evidemment je ne conseille pas de lire ces deux albums avant d'avoir lu la série mère. Une lecture qui ne m'a pas déçu même si je n'ai pas ressenti la même émotion que pour la série mère.

15/06/2023 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série 1629 ou l'effrayante histoire des naufragés du Jakarta
1629 ou l'effrayante histoire des naufragés du Jakarta

Excellent récit d'Histoire et de Voile qui nous plonge dans l'univers sordide des navires de la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales du 17e siècle. C'est avant tout un bel album, grand, documenté, excellemment dessiné et bien structuré en chapitres aux noms évocateurs. Les planches sont très soignées, très réussies, et elles contribuent à nous plonger pour de bon dans ce récit historique et dépaysant. J'ai été clairement emporté par ma lecture, me sentant plongé au milieu de ces marins et à bord du fameux Jakarta. Les Passagers du vent m'avaient offert une vision réaliste mais légèrement romantique des voyages dans ces vieux gréements d'époque. Le Voyage du Commodore Anson m'en avait offert une vision encore plus réaliste et montrant bien les difficultés techniques de telles expéditions. Les Naufragés de la Méduse m'avait montré les horreurs d'un naufrage dans le cadre des inégalités sociales entre officiers de marine et matelots à leurs ordres. "1629, ou l'effrayante histoire des naufragés du Jakarta" m'offre cette fois une vision non seulement réaliste mais aussi très crue, insistant sur l'aspect terrible de la vie des marins, et surtout sur les incroyables inégalités à bord. C'est une formidable critique du capitalisme forcené dont faisait preuve la Compagnie des Indes Orientales à l'époque. Mais c'est aussi une mise en scène édifiante des enjeux de pouvoir à bord de ces navires dans lesquels une poignée de privilégiés faisait régner la loi sur des matelots bien plus nombreux et dangereux qu'eux, maintenus en laisse par un étrange sentiment de peur qu'un lecteur moderne pourra mettre du temps à appréhender. Le déroulement du récit est très prenant, amenant les points de vue de plusieurs protagonistes pour mieux observer divers aspects de la situation mais aussi tromper le lecteur en lui faisant croire à tort qu'il va deviner toute la suite des évènements. C'est beau, bien raconté, et un vrai plaisir de lecture et de découverte à la fois.

15/06/2023 (modifier)
Couverture de la série No Zombies
No Zombies

Une série que j’avais boudée jusqu’à maintenant, encore du zombie me disais-je !! Après lecture des 3 tomes, je dois dire que pour le genre, cette série s’en sort haut la main et s’avère être une agréable surprise, je les ai enquillés. On retrouve les classiques de ce type de récit (communauté de survivants, meute, survie …) mais avec une petite nouveauté, point trop de zigouillages cette fois. Ici grâce à un vaccin, on essaie de sauver les infectés, l’accent est mis sur la rédemption, notamment via le profil de notre groupe de héros. Chaque album se focalise sur un des personnages, pour des récits denses avec un monde qui gagne en cohérence petit à petit. C’est vraiment bien construit et pensé avec de chouettes détails (le côté évangile avec le livre de … etc). En plus la partie graphique suit, c’est sans esbroufe, efficace, fluide et détaillé. Les amateurs ne seront pas surpris mais ne seront pas déçus, j’aime beaucoup ce qu’Olivier Peru propose dans le genre, du bon boulot à chaque fois. Nota : par contre je suis un peu largué sur la mention « d’après des personnages créés par Istin et Peru », est ce dans le même monde que les séries Zombies ou La nuit des morts vivants ?

14/06/2023 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Hong Kong - Révolutions de notre temps
Hong Kong - Révolutions de notre temps

Voilà un album qui remet implacablement les choses en perspective sur le tragique destin de cette cité, dernière colonie britannique, rétrocédée à la Chine en 1997 et dramatiquement tombée sous le joug de ses lois en 2020. C'est à travers le regard de Lun Zhang, professeur ayant déjà fui la répression chinoise de Tienanmen vers Hong Kong, qu'on repasse en revue le fil de cette tragédie pré-écrite. Véritable laboratoire du modèle économique et politique chinois, Hong Kong a permis à la Chine passer du communisme pur à son système capitaliste autoritaire. Longtemps une soupape touristique pour les chinois, une fois la rétrocession de 1997 arrivée, il n'aura pas fallu 20 ans à Pékin pour mettre ce "vilain petit canard" au pas, ou plutôt l'écraser sous sa botte. C'est un album d'un précision redoutable, largement documentée grâce au travail du journaliste Adrien Gombeaud qui a su intelligemment structurer l'histoire de Lun Zhang. Le tout est merveilleusement mis en image par Ango. Son travail graphique est remarquable, tant par la diversité de son coup de crayon, ses mises en pages et découpages pertinents vis à vis du récit et sa mise en couleur chatoyante qui donne toute son âme à ce témoignage. Loin de nous dresser un catalogue ou une fresque tragique de la cité, cet album s'intéresse foncièrement aux gens concernés et cela transpire dans ces pages, qui malgré l’inéluctable, ne peuvent que donner envie de soutenir ces gens qui se sont battu pour leurs droits et la justice.

14/06/2023 (modifier)
Couverture de la série Alger la noire
Alger la noire

J'avais bien apprécié l'adaptation de L'Etranger (Camus) de Jean Ferrandez. En s'appuyant sur un autre texte fort (sans comparaison toutefois) et dans un autre genre (policier) Ferrandez nous ramène dans l'ambiance algéroise qu'il décrit admirablement bien. Nous sommes dans un roman noir très classique un peu comme "LA Confidetial" ou Le Dahlia noir. "Cherchez la femme !" nous conseillerait notre ami Hercule Poirrot tout au long de la série. Dans ce type de récit, l'intrigue policière s'intègre dans un contexte plus global de perversité, de racisme et de corruption. Ellroy choisit LA Attia c'est Alger mais c'est la même odeur nauséeuse de mort qui accompagne la vénalité et la perversité sexuelle. Paco, flic intègre mène sa barque au milieu d'un climat de violence inimaginable aujourd'hui. Car c'est le bonus historique de la série de la situer dans ce premier trimestre 62 où l'OAS fait régner la terreur dans une guerre franco-française d'arrière-garde. Trois mois longtemps tabous dans la mémoire historique française avec ses barricades, ses commandos delta ou ses barbouzes. Le récit de Ferrandez est comme une invite à revisiter cette période difficile dans un esprit plus apaisé. J'ai trouvé le graphisme de l'auteur un poil moins abouti que dans L'Etranger. Ferrandez privilégie les scènes d'interrogatoires moins propices à des extérieurs flamboyants. La sexualité est très présente dans le récit et aussi dans l'image avec quelques cases très explicites. Une lecture comme je les aime dans un esprit de découverte adulte d'une histoire compliquée imbriquée dans la complexité de l'Histoire.

14/06/2023 (modifier)
Couverture de la série Crève saucisse
Crève saucisse

J'ai passé un excellent moment de lecture avec ce pauvre boucher BDphile. Pourtant je craignais d'avoir une série très noire comme Tout doit disparaître ou Colombe et la Horde que je n'aime pas. Il y a donc un vrai décalage entre l'ambiance sanguinolente suggérée par la couverture ou la boutique du boucher et la réalité de l'action. J'ai trouvé le scénario de Rabaté très subtil car il fait tout pour nous faire partager la colère de Didier jusqu'à jubiler du sort d'Eric... à tort comme le montre un épilogue qui amène à la réflexion sur une colère impulsive qui risque de couter très chère. Le récit est fluide, tonique avec un hommage à Tillieux involontaire complice de Didier. J'aime beaucoup le trait de Simon Hureau même si ici il a peu de loisir de nous gratifier de ses magnifiques dessins d'insectes, de plantes ou de vieilles pierres. Une histoire vieille comme le monde mais traitée de façon très entrainante et divertissante avec beaucoup de talents. 3.5

13/06/2023 (modifier)
Couverture de la série Le Temps des Mitaines
Le Temps des Mitaines

Cette série jeunesse ne prend pas les enfants pour des niais. Dans un univers animalier assez cocasse, le petit ourson Arthur va se trouver au centre d'énigmes avec de multiples rebondissements. Entouré d'une bande de copains et copines d'horizons différents son parcours lui fera découvrir sa face cachée (son pouvoir), l'amitié et un début d'amour. Les scénarii sont construits autour de textes assez difficiles qui nécessitent un bon niveau de lecture. Loïc Clément propose un vrai travail sur le langage que ce soit à travers l'escargot Gonzague au vocabulaire très soutenu ou grâce à la petite Pélagie qui joue sur les sonorités et les assonances. Le dessin d'Anne Montel ne manque pas de charme avec son bestiaire très fourni d'animaux qui sortent de l'ordinaire pour certains. Une petite trouvaille graphique avec ces habitations qui ressemblent à des contenants alimentaires (pot de miel, pot de confiture ou autres) Cela dégage une atmosphère gentille sans être nian-nian avec une histoire qu'on ne lit pas en cinq minutes. Une lecture agréable qui allie divertissement et apprentissage.

13/06/2023 (modifier)