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Couverture de la série Al Crane
Al Crane

La meilleure série de Lauzier qu'il m'ait été donné de lire. Quant à Alexis, j'ai toujours bien aimé son dessin, très réaliste et classique, mais souvent pour faire passer des textes qui le sont franchement moins (voir les albums réalisés avec Gotlib). Il y a eu depuis des westerns second degré, mais Al Crane me semble unique dans son genre. D'une part parce les westerns humoristiques ont rarement un trait si réaliste, d'autre part parce que c'est rarement ce genre d'humour (noir, à froid) qui s'y trouve exploité. Mais généralement cela reste plus convenu et tourne rarement au trash. Mon seul regret, c'est justement que ce ne soit pas parfois plus noir ou plus trash, car ça ne l'est finalement pas autant qu'on pourrait le croire. Mais les deux albums fournissent quand même de bonnes poilades ! Au final, c'est inégal, certes, mais original, et ça vaut en tout cas le détour, même si pas forcément facile à trouver (réédité chez Vents d'Ouest je crois il y a quelques années).

06/11/2012 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série New York trilogie (Big City)
New York trilogie (Big City)

Dans cette « New York Trilogie » compilée par Delcourt, Will Eisner évoque avec facétie la vie quotidienne new yorkaise, que ce soit sous forme d’historiettes ou de nouvelles. New Yorkais dans l’âme et fin observateur, l’auteur décrit le plus souvent les quartiers déshérités de Big Apple, où l’on comprend que si la vie n’est pas rose tous les jours, elle est plus animée, plus turbulente, et se glisse plus volontiers sous la plume de l’auteur. On sent bien que celui-ci a beaucoup écumé les trottoirs de la mégalopole, et qu’il l’aime autant qu’il peut la détester, avec son bouillonnement, son exubérance mais aussi ses injustices et ses drames de la pauvreté. Cela n’empêche pas cette trilogie d’être un régal d’humour, et si l’auteur choisit le mode tragi-comique, c’est aussi pour mieux critiquer une société urbaine féroce, où l’anonymat, s’il est accepté voire bienvenu, peut se révéler brutal et dévastateur dès lors que le citoyen est hors-circuit. Le trait est vif et précis, et les mouvements bien sentis, on a parfois l’impression de regarder un dessin animé. Les personnages ont des dégaines se prêtant au burlesque. La poésie n’est pas en reste et évoque parfois celle de Sempé, autre croqueur de scènes urbaines. Quant à la mise en page, elle est très peu conventionnelle et souvent surprenante. L’auteur recourt très peu au découpage en cases et n’hésite pas à superposer décors et personnages sans que cela ne gêne en rien la lecture, contrairement à quelques petites incohérences relevées ici et là mais nullement gênantes lorsqu’on prend l’œuvre dans son ensemble. Il y a incontestablement un style Eisner, qui est d’aller à l’essentiel avec précision, sans s’encombrer de détails inutiles. L’absence de couleur n’est à cet égard nullement gênante. Will Eisner, c’est un peu l’anti-Disney, même si les signatures des deux hommes se ressemblent étrangement et que les noms comportent beaucoup de lettres en commun. Contrairement à Disney qui ne cherche qu’à divertir son public, Eisner n’hésite pas à intégrer dans ses gags la dimension tragique d’une société extrêmement inégalitaire que sont les Etats-Unis. Certes, c’est moins vendeur pour ceux qui préfèrent croire en l’existence des royaumes magiques, mais la réalité n’est jamais niée ou transformée, et la valeur testimoniale sur la ville et l'époque n’en est que plus forte. Will Eisner, c’est aussi le contrepoids à l’empire « Marvel » et ses super-héros qui ont longtemps squatté longtemps la bédé US. La Ville L'Immeuble Les Gens

06/11/2012 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Enfants de Jessica (Le Pouvoir des innocents - cycle 3)
Les Enfants de Jessica (Le Pouvoir des innocents - cycle 3)

Magnifique ! Quel plaisir de lire une suite au Pouvoir des innocents, première série de Luc Brunschwig et Laurent Hirn (1er tome paru en 1992 – ça ne nous rajeunit pas) qui n’a pas pris une ride (je l’ai relue avant de m’attaquer aux Enfants de Jessica). Pourtant ce n’était pas gagné. L’attente fut longue, et j’attendais beaucoup de cette suite. Un début un peu mou sur fond de campagne électorale ne fit que renforcer mes craintes… et puis l’intrigue décolle après quelques pages et mes doutes volèrent en éclats... que c’est bon ! D’une certaine façon cette nouvelle série parvient même à consolider la série originale : tout y était millimétré, certes, mais certains lecteurs avaient remarqué (peut-être avec raison) que « c’est bien gentil tout ça, mais c’est trop beau, trop facile, dans la vraie vie, ça ne marcherait jamais ». Et bien « Les enfants de Jessica » nous ramène justement à la réalité, et nous propose de découvrir l’implémentation difficile des projets fous de Jessica, et les conséquences parfois spectaculaires de sa politique « tout social ». Le 2eme tome approfondit l’intrigue et développe brillamment les bases posées dans le premier. L’histoire avance à grands pas, avec une aisance remarquable. Vraiment, Luc et Laurent ont peaufiné leur art depuis la série originale. L’écriture est habile, on est à des années lumières du manichéisme de nombreuses histoires du genre. Un début de révolte du peuple en fin d’album va-t-elle peser lourd contre la machine capitaliste mondiale ? Impossible de savoir où nous mène Luc. On suit certains personnages depuis maintenant 7 tomes (8 si on compte le premier tome de l’autre série parallèle Car l'enfer est ici), donc inutile de préciser que leur personnalité est développée et souvent complexe, comme dans toutes les séries récentes de l’auteur d’ailleurs. Une série à la fois politisée et humaine (preuve que les deux ne sont pas incompatibles), prenante et remarquablement écrite. Vivement la suite !

19/09/2011 (MAJ le 06/11/2012) (modifier)
Par ArzaK
Note: 4/5
Couverture de la série Tohu-Bohu
Tohu-Bohu

Tohu-bohu est un joyeux petit désordre composé de petits récits fantastiques servi par un dessin tout en rondeur, subtilement familier. Il ne s'agit pas ici de faire peur mais d'ouvrir des portes vers un imaginaire merveilleux à tendance metaphysique. Des oeuvres qui dégagent une telle poésie, en bande dessinée, il y en a peu. Le dessin, très enfantin, est mignon jusque dans ses maladresses et les petits scénarii, s'ils ne sont pas tous du même niveau, frisent parfois avec le génial.

06/11/2012 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Fleur de peau
Fleur de peau

Avec ce nouveau recueil, Charles Burns s’empare de l’intérêt du lecteur de la première page pour ne plus le lâcher à l’issue de la dernière… Ces trois histoires semblent inégales (de par leur substance ou nombre de pages) mais sont toutes reliées entre elles par un fil conducteur narratif tendant à uniformiser l’ensemble de l’œuvre de Burns dans un seul et même univers (comme Criminal ou Sin City). C’est d’ailleurs « Big Baby » qui ouvre le bal des festivités en observant les mœurs bizarres de son nouveau voisin, Dog Boy. En effet ce dernier est un jeune homme aimable et discret mais a tendance à se comporter comme un chien depuis une greffe coronaire issue de cet aninal ! Une fois les présentations faites, on quitte complètement Big Baby pour se consacrer aux difficultés pour Dog Boy de s’intégrer en tant qu’individu différent et surtout de se trouver l’âme sœur… La seconde histoire, bien plus dense va s’attarder sur la vie complète de Bliss Blister devenu prédicateur malgré lui sous l’égide d’un dieu ou d’un extra-terrestre et ses méthodes pour préparer les foules à une fin du monde. La dernière histoire risque de refroidir plus d’un jeune couple récemment uni avec la non-consommation du mariage par John Dough qui inquiète de plus en plus son épouse par ses absences répétées… Que cachent donc tous ces mystères ? Chaque histoire commence là où la précédente s’arrête par un jeu de miroirs reflétés. Il y a même une légère référence à la maladie évoquée dans la seconde histoire de Big Baby (et qui amorce encore plus celle de Black Hole à venir) et comme presque un automatisme avec cet auteur, chacune de ces histoires est tout simplement passionnante à lire… Bien plus encore que El Borbah et Big Baby, le malaise se fait plus présent. D’une histoire d’amour presque classique avec Dog Boy, on passe à une histoire mystique aussi terrifiante qu’elle pourrait être réelle, dangers d’une « foi »aveugle en sus pendant que la dernière est aussi courte qu’elle devient angoissante… Comme pour mieux enrober son discours, Charles Burns se joue d’une narration très fluide, nous rendant chacun de ses protagonistes attachants et sans porter un seul jugement. Dog Boy est attachant alors qu’on est pris de pitié pour la vie sentimentale et familiale loupée de Bliss Blister et qu’on souhaiterait le meilleur pour Linda, jeune épouse éconduite. Ces récits, écrits juste avant Black hole, témoignent de la grande régularité de son auteur. L’œuvre est unique et continue. Le style d’encrages contrastés et de noirs profonds peut déplaire mais ce style figé que je retrouve également chez Mezzo et Pirus n’est pas pour me déplaire bien au contraire. La lecture est complètement aisée grâce à un joli découpage des différentes actions et on ne s’ennuie pas une minute devant ces récits étranges et délicieusement délurés. La lecture me parait même trop rapide et j’en redemande. Il serait surement amusant de trouver Charles Burns dans un registre plus léger et moins dramatique mais Dog Boy est justement là pour nous rappeler qu’il peut passer de l’humour noir acide à une ambiance bien plus pesante (avec Burn Again, la seconde histoire). Dommage que cet auteur ne soit pas plus productif pour le plaisir de mes lectures nocturnes mais c’est un fait finalement opportun pour mes économies :)

05/11/2012 (modifier)
Par L'Ymagier
Note: 4/5
Couverture de la série Simon Francoeur
Simon Francoeur

Petite série : oui. Mais : vraiment une belle série… oubliée de beaucoup je pense. Dommage car elle propose deux atouts majeurs : le scénario et le dessin. Même si elle est un peu convenue, l’histoire met en scène les guerres franco-anglaises pour l’hégémonie des vastes étendues nord-américaines. Rarement traité en BD, ce postulat apporte une saveur qui change des sempiternelles « histoires de cow-boys ». Le dessin : vraiment joli. Vallès y va d’une sacrée « patte » et nombres de ses cases sont vraiment des saynètes dans lesquelles je me suis plongé avec bonheur. Un trait vif, baroque –qui n’est pas sans rappeler celui de Hugo Pratt- pour une mise en images attachante qui bénéficie également d’une jolie palette de couleurs. Agréable, vraiment. Ca a 30 ans et ça n’a pas pris une ride.

05/11/2012 (modifier)
Couverture de la série La Marie en plastique
La Marie en plastique

Et bien moi, je l’ai vraiment bien aimée, cette série. Une chose est cependant claire : le dessin n’est pas du tout à mon goût. Raide, maladroit, avec des perspectives bancales, il dispose juste de ce qu’il faut d’expressivité pour quand même satisfaire au minimum vital… mais vraiment, c’est, à mes yeux, très laid. Par contre, que dire de l’histoire ? En fait, je crois bien qu’il faut remonter à très longtemps pour retrouver une série qui m’ait aussi spontanément fait rire (sans doute le premier tome du Jo Bar Team, même si ces deux séries n’ont rien en commun) ! Déjà, il y a ce couple de vieux têtus insupportables et lourds. Mais les autres protagonistes ne sont pas en reste (à l’exception du gendre, témoin privilégié et diplomate de service). Tous sont tellement lourds que c’en devient jouissif ! Et puis, il y a la situation dans laquelle se retrouve tout ce beau monde. Absurde mais si proche de ces faits divers que l’on découvre parfois avec consternation au coin d’un journal. A nouveau, c’est jubilatoire. Et quand ces deux mondes se rencontrent, cela donne des passages dans lesquels les acteurs se révèlent tellement mesquins, tellement bêtes, tellement pitoyables… que j’ai adoré. Donc, voilà , sans doute la série la plus mal dessinée à mes yeux mais méritant quand même un « franchement bien » enthousiaste pour la qualité de l’humour distillé.

05/11/2012 (modifier)
Couverture de la série Durango
Durango

Durango, c'est du solide, du volontaire, comme son nom l'indique après analyse fumeuse ! C'est en tout cas une série qui mérite d'être découverte par tout amateur de bd western (dont je fais partie). L'essentiel des clichés s'y trouvent, le justicier traversant les intrigues avec la certitude d'y survivre, malgré les coups durs et les coulées d'hémoglobine (assez importantes il est vrai). Si la guerre de Sécession et les guerres indiennes sont absentes du décor (l'action est tardive, fin XIXème siècle), le Mexique est toujours là pour sa touche d'exotisme (les albums s'y déroulant sont parmi les meilleurs). Et le héros, avec son arme originale et une partie des stigmates christiques (cf premier album) est régulièrement entouré de jolies jeunes femmes, ceci ne l'empêchant pas de ne jamais se fixer quelque part. En cela la fin de beaucoup d'albums ressemble à celle des Lucky Luke, et je ne serais qu'à moitié surpris de l'entendre chanter "I'm a poor lonesome cowboy...". A moitié seulement, car la série se veut plutôt réaliste, mais tendance Leone ou Corbucci, et moins humour au sens où l'entendait Goscinny. Le dessin de Swolfs est bon, dynamique, et il y a peu de temps mort (il n'y a d'ailleurs que le temps qui meure rarement ici !). Peu de commentaires "off" non plus. Une lecture donc divertissante, rapide, mais qui n'atteint pas les sommets du tandem Charlier/ Giraud sur Blueberry. Et qui peine à se renouveler sur les derniers albums. Note réelle 3,5/5.

05/11/2012 (modifier)
Par bab
Note: 4/5
Couverture de la série Sasmira
Sasmira

C’est une bande dessinée que j’ai découverte à la sortie du second tome. Je n’ai donc pas vu passer les 14 ans entre les deux tomes ! Niveau scénario l’histoire semble intéressante. Je dis bien semble, car au bout de deux tomes, je n’ai pas vraiment l’impression qu’il se soit passé beaucoup de choses. C’est un parti pris parfois d’avoir des histoires avec un rythme lent. Mais si il faut en plus attendre encore 14 ans pour le troisième tome, ça risque de faire long dans tous les sens du terme. Mais le tout reste intriguant et j’ai hâte de découvrir la suite des révélations sur l’intrigante Sasmira. Côté dessin, rien à dire. Il est de très bonne facture avec des décors et des couleurs travaillés. Le tout nous plonge dans l’ambiance de cette histoire où le temps ne semble plus avoir de prise. Vraiment agréable.

05/11/2012 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5
Couverture de la série El Borbah (Defective stories)
El Borbah (Defective stories)

La récente parution de La Ruche, second tome de la première œuvre « couleurs » de Charles Burns que je me suis remémoré comme j’avais adoré son œuvre phare Black Hole tout en faisant l’impasse de ses précédentes œuvres. Et c’est avec El Borbah que s’ouvrent les festivités, une œuvre de jeunesse de cet auteur atypique et rare qui a surement fortement inspiré Le Roi des Mouches que je considère comme le chef d’œuvre ultime du neuvième art. El Borbah est comme souvent chez Burns une compilation de plusieurs histoires courtes mettant en scène un détective privé au look saugrenu, un catcheur massif et bourru ne quittant jamais son masque et sa tenue de prédilection pour des raisons qui ne seront jamais expliquées et qui ne choqueront jamais son entourage. Forcément avec un tel postulat, on peut s’attendre à tout et à n’importe quoi pour des enquêtes complètement décalées (robots en quête d’identité, milliardaires clonés dans des corps de fœtus ou trafic d’hamburgers hallucinogènes bref…) mais la narration semble tellement naturelle et aisée qu’il est impossible de sortir la tête du bouquin avant la conclusion souvent cynique de chaque histoire. Pêché de jeunesse oblige des années 80, El Borbah (doux patronyme de notre héros) ne possède pas encore tout à fait la maitrise visuelle si caractéristique de son auteur mais propose un noir et blanc contrasté des plus magnifiques et propose un bestiaire décalé à chaque page. Mélange de fantasmes dignes de Cronenberg et d’un humour aussi subtil que glacial (El Borbah ne bosse que pour le flouze et est rarement délicat lors de ses interventions orales comme physiques), ce recueil se lit à vitesse grand V et offre peu de substance ironique à son univers. Néanmoins la lecture est aussi plaisante que jouissive et on peut juste regretter qu’il n’y ait pas eu plus d’aventures d’El Borbah tant j’ai pu me plaire dans cet univers complètement dingue. Le découpage est de grande qualité et contrairement à ce que j’ai pu lire ici ou là, on n’est jamais perdu dans les enchainements sans deviner dans quels méandres délirants la prochaine page va nous emmener. Après on peut ne pas aimer cette ligne claire particulière et qui semble figée dans le temps mais c’est un aspect visuel qui me plait au plus haut point aussi ne serait-ce que pour une lecture de divertissement, El Borbah est en tous points recommandable avec réalisation éditoriale de grande qualité effectuée par Cornelius.

05/11/2012 (modifier)