Il m’a fallu de la retenue pour ne pas m’enthousiasmer après le tome 1 afin d’attendre sagement la suite pour pouvoir proposer un avis complet.
Il m’a fallu aussi une rencontre sympathique en dédicace pour que je sache que le dessinateur attendait impatiemment les avis sur BDtheque, je ne sais s’il s’agit du site marron mais en tous cas voici fait.
Côté scénario, je ne suis pas du tout fan d’Il était une fois en France, j’appréhendais un peu. Le tome 1 avait fort élégamment présenté les protagonistes, il restait la confirmation du tome 2. Pas de mauvaise surprise à déplorer après lecture, la fluidité est au rendez vous, le rythme tient le lecteur en haleine tout le long du récit et au final les éléments historiques viennent nourrir le récit pour le rendre plus ancré dans le réel. Les personnages restent crédibles voire attachants, ayant un faible particulier pour les cyniques forcément j’ai été servi.
Côté dessin outre le bon travail graphique il faut signaler une mise en couleur tout à fait idoine rendant l’ambiance absolument en phase avec le propos. La bonne tenue du récit ne vient pas d’un scénario mêlant adroitement l’espionnage, l’action, l’enquête et un peu d’histoire, mais bien de l’écrin graphique que le dessinateur et le coloriste ont parfaitement imaginé s’adaptant parfaitement au propos.
Une confidence en dédicace signale qu’il serait possible qu’un second diptyque voit le jour, ce serait un très bon choix, fond forme et format font de cette nouveauté l’un des très bons éléments de ce début d’année.
A connaitre
Après Lupus que j’avais globalement bien apprécié, je suis heureux de retrouver cet auteur dans une autre production, dont il n’est cette fois que le dessinateur. Le trait en noir et blanc est sensiblement le même que dans sa quadrilogie, même si j’en avais préféré l’univers SF fantaisiste et foisonnant. Je dois dire que j’ai lu d’une traite cette histoire aussi palpitante que terrifiante, qui commence comme une série noire pour évoluer, après un virage à 180°, vers le thriller fantastique à la Stephen King. C’est dans l’ensemble bien barré avec un humour gentiment grinçant… Les auteurs semblent prendre un malin plaisir à assister à la décrépitude à vitesse grand V de leurs personnages, tout particulièrement les plus névrosés d’entre eux qui apparaissent comme des souris se débattant frénétiquement dans un labyrinthe. Reste que certains détails m’ont paru flous (par exemple, que vient faire ici José, « le fils de l’hôtelier », pourquoi et par qui se fait-il tirer dessus comme un lapin ?) mais heureusement cela ne gêne en rien la fluidité du récit.
En fait, ce qui m’a le plus dérouté, c’est ce sentiment d’avoir un thème parallèle à la trame principale qui du coup s’en trouve diluée. En effet, si le sujet dominant traite bien de la nécessité de ne pas passer à côté de l’essentiel durant la courte vie qui nous est donnée, un autre questionnement vient parasiter l’histoire, celui du racisme, avec cette allusion à « L’Etranger » qu’il m’a semblé percevoir… Cela dit, j’ai trouvé intéressante la présence de l’immigré, au début victime de la suspicion des uns et des autres, accablé malgré sa discrétion et son humilité, mais qui s’avérera au final comme le personnage-clé du récit, celui qui va apaiser le cœur des plus jeunes avec la jolie parabole du palais en rapport avec leur terrible situation. J’aurais juste bien voulu que les auteurs creusent un peu plus la psychologie des personnages que j’ai trouvés assez superficiels, du coup il y a comme un hiatus entre ladite parabole et ces derniers, mais cela tient peut-être au fait que le format one-shot rendait cela plus difficile.
Malgré tous ces mais, je recommande vraiment la lecture de cette bédé qui devrait vous happer et vous hanter pour longtemps. La terreur et le malaise qu’elle suscite trouve judicieusement son contrepoint dans la sagesse de son propos suggérée dans le titre et issue de la parabole en question : le plus solide des palais n’est qu’un château de sable inapte à nous protéger des assauts de la mort, alors ne perdons pas de temps et goûtons aux fruits de la vie !
Dupuis a invité le scénariste Sylvain Runberg et le dessinateur Homs à adapter la trilogie de romans à succès Millénium, du suédois Stieg Larsson. Ce seront en tout 6 albums, deux par roman, qui seront publiés.
Je le dis d'emblée, je n'ai ni lu les romans en question ni vu la moindre de leurs adaptations cinématographiques. J'ai donc totalement découvert ce polar noir et nordique par le biais de cette bande dessinée.
Et, franchement, sans pouvoir apporter de jugement sur la fidélité de son adaptation en tant que telle, j'ai trouvé là une excellente bande dessinée tant sur le plan graphique que sur le plan du scénario et de la narration.
Homs est donc en charge du dessin. Je ne le connaissais que par la série Secrets : L'Angélus où il m'avait déjà charmé. Son style est excellent, très maîtrisé. Ses décors sont soignés mais il révèle surtout sa force dans ses personnages dont les visages oscillent entre le réalisme et le légèrement caricatural. Non seulement c'est beau et expressif mais en plus ce trait original et joliment colorisé atténue un peu la noirceur d'une intrigue assez dure pour sa part.
Car en effet, le scénario, issu donc des romans suédois de Stieg Larsson, n'est pas très gai.
Il met en scène deux héros atypiques, un journaliste engagé qui vient tout juste d'écoper d'une condamnation pour diffamation de la part d'une grosse entreprise corrompue et une enquêtrice punk surdouée mais rendue violente et fortement asociale par un passé difficile. Le journaliste va être amené à enquêter sur la disparition d'une jeune femme il y a plus de 40 ans, tandis que l'autre enquête sur le premier et subit en parallèle de nombreux coups du sort dans sa vie compliquée. Leurs routes finiront par se croiser (même si ce n'est pas encore vraiment le cas pour le seul premier tome de cette série) et aboutiront peut-être à la résolution du mystère de ces tortures et meurtres ignobles de femmes qui ponctuent le récit.
C'est une intrigue originale, assez forte et tranchante. Autant le personnage du journaliste ne parait pas très marquant pour le moment, autant celui de Lisbeth Salander détonne par son intelligence et sa violence sociale.
Le tout est excellemment raconté. On ne sent nullement la lourdeur caractéristique de nombreuses adaptations de romans en BD. L'intrigue est dense mais jamais trop condensée. Il ne m'a fallu m'accrocher qu'à un unique moment pour bien retenir toutes les données du récit, lorsque le vieux Vanger décrit au journaliste les différents membres de sa famille compliquée, mais pour le reste le rythme de lecture et la mise en page narrative sont excellents. Je ne sais pas si Sylvain Runberg a dû pour cela couper beaucoup de passages du roman mais en tout cas le résultat est vraiment probant.
Bref, voilà là une adaptation particulièrement réussie qui devrait, à mon avis, séduire aussi bien les amateurs de la série suédoise originelle que ceux qui découvrent complètement son intrigue.
Je ressors assez étonné de cette lecture car lorsqu’il m’était arrivé de feuilleter cette bd en librairie, le graphisme ne m’attirait pas plus que ça au premier abord. Pourtant, quelque chose me donnait envie de la découvrir, ne serait-ce que parce que j’ai passé quelques jours à Lisbonne en 2011 et que j’en gardais un très bon souvenir. Et puis dès que je me suis plongé dans ce gros one-shot de 250 pages, j’ai contre toute attente été conquis très rapidement.
Il est vrai qu’on oublie très vite ce côté crayonné du trait qui en fait confère une certaine poésie à l’ensemble. Ces lignes très fines collent bien à la fragilité du personnage principal, très sensible et en proie à ses interrogations métaphysiques. Le choix des couleurs est subtil et particulièrement réussi, avec un ton dominant pour chaque scène, et un élargissement de la palette vers des teintes plus chaudes au fur et à mesure qu’on avance dans l’histoire. Pour les yeux, c’est un vrai festival, un émerveillement permanent.
L’ouvrage est composé de trois parties qui délimitent les différentes étapes de la quête du « héros » : sa rupture conjugale nécessaire pour entamer le processus (« Selon Simon »), les « retrouvailles » avec un père accaparé par son boulot lors du mariage de la cousine en Bourgogne (« Selon Jean ») et le séjour au Portugal sur les traces du grand-père (« Selon Abel »). Les plus pressés pourront y trouver des longueurs mais on est quand même dans l’introspectif, ce qui ne veut pas dire chiant, au contraire. « Portugal » est une sorte de road movie humaniste où l’auteur a opté pour les routes départementales plutôt que les autoroutes… A travers cette quête, il nous invite à prendre le temps de réfléchir aussi sur nous-mêmes (car la question de nos racines nous concerne tous), sans lourdeurs, avec délicatesse et humanité. Il y est question de mémoire, de notre condition tragique d’homme moderne mais aussi de reconstruction de soi-même quand la vie paraît vaine. Plusieurs anecdotes et passages drôles ou touchants émaillent le récit, notamment quand Simon apprend l’origine de son nom.
J’y ai moi-même retrouvé l’ambiance chaleureuse et la douceur de vivre méditerranéenne d’un pays où les gens ont su rester authentiques. Laissez-vous donc enchanter par ce Portugal à cent lieues de la carte postale !
Autant le graphisme de cette BD ne m'attirait pas, autant il faut avouer que c'est vraiment une chouette BD.
Son histoire est édifiante d'une part, mais aussi très bien racontée d'autre part.
Le cadre historique est bien mis en scène. De savoir que cette histoire se base sur une véritable anecdote la rend d'autant plus intéressante et forte.
J'ai beaucoup apprécié la mise en scène et les dialogues. Il y a beaucoup d'humour dans chacun d'entre eux et certaines saillies orales et narratives m'ont vraiment fait rire.
J'ai passé un très agréable moment de lecture et je recommande cette BD sans hésiter.
Je vous trouve un peu tous sévères avec cette série, parce que personnellement, j'ai adoré cette petit BD jeunesse (sûrement une des meilleures du genre).
C'est évidemment la narration, très originale que je trouve géniale (surtout pour moi, qui suis fan de l'OUBAPO). Et ces histoires hyper simples (il vaut mieux, vu la contrainte que Lewis Trondheim s'est imposée) prennent leur sens une fois mises en scène dans les multiples chemins : c'est mignon, gentillet et charmant pour les enfants comme pour les parents.
Sergio Garcia (déjà auteur du joli Géographie martienne) adopte un style très frais, soigné et merveilleusement joli. Les personnages principaux sont dessinés de façon assez simple, mais les décors sont toujours magnifiques et chargés en multiples détails rigolos. Les couleurs (claires) adoucissent le dessin, en le rendant encore plus esthétique : un émerveillement pour vos yeux.
Une petite perle.
Même si c'est un auteur dont je ne connais pas encore extrêmement bien le travail, chaque nouvel album de MAM est une expérience pour moi...
Voici une excellente BD, exploitant de façon intelligente ET absurde le thème des beaux-arts et du musée (en tant que lui-même œuvre d'art finalement).
Grâce à une histoire finement contée et assez captivante, l'auteur arrive à nous faire suivre ces élucubrations sur l'art, sa forme et son fond ; c'est quelque fois obscur à suivre, d'autres fois et assez souvent drôle (un humour très absurde que j'aime beaucoup), mais à chaque fois c'est bien trouvé et surprenant. L'auteur joue aussi, d'une manière expérimentale avec les codes de la BD (mais avec modération), et personnellement, j'aime bien son graphisme, résolument moderne. La partie visuelle du bouquin joue avec les codes de la BDs, mais aussi avec l'architecture voire même les nuances de gris.
Un ouvrage étrange, bien qu'attirant, envoutant, rigolo, profond : une œuvre d'art en somme.
J'aime beaucoup ce que fait Fabien Nury dans ses séries au long cours (Il était une fois en France, L'Or et le Sang), je me suis donc laissé tenter par ce format de dyptique (format que j'apprécie en général : ni trop long, ni trop court, avec des personnages qui évoluent, des affaires diverses et variées,...).
Ici, Silas Corey est un détective un peu désabusé, un peu revanchard, un peu Arsène Lupin également, un peu cynique par moment, mais avec une pointe d'humour pince sans rire qui n'est pas pour me déplaire. La première affaire démarre plutôt bien, avec une fin de premier tome qui donne envie de voir la suite (mais je l'ai déjà dit, Fabien Nury sait monter une bd).
Coté dessin, c'est bien aussi, les personnages sont bien différenciés, dans un style réaliste mais un peu original tout de même.
Enfin, que du bon pour l'instant.
Même si les chansonnettes de Thorgal sont plutôt mielleuses (mais bon il est ado !), j'ai beaucoup apprécié ce tome. Il est sombre, sur fond de famine. Le début centré sur les vikings est très réussi, on perçoit la hiérarchie, l'attente de ceux qui reviennent des pillages avec de la nourriture.... Les visages sont très expressifs, le dessin fidèle à celui de Rosinski, et l'atmosphère est là.
De tous les mondes de Thorgal, celui-ci se trouve dans le haut du panier.
Un très bon triptyque. A faire lire à nos enfants. Tirée du Roman éponyme, recueil médiéval, cette adaptation est d'excellente qualité. Le trait rend un hommage appuyé à ce héros filou et les paysages sylvestres enneigés sont vraiment magnifique. Le dynamisme de cette mini série en est renforcé.
Les auteurs ont adaptés quelques histoires du recueil et s'en tirent à merveille, modernisant le propos, le rendant accessible et appréciable de tous. La critique des menus défauts humains (de l'avarice à l'envie, de l'orgueil à la paresse) est très bien rendue et c'est une très bonne chose que de faire réflêchir nos enfants dessus.
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Silas Corey
Il m’a fallu de la retenue pour ne pas m’enthousiasmer après le tome 1 afin d’attendre sagement la suite pour pouvoir proposer un avis complet. Il m’a fallu aussi une rencontre sympathique en dédicace pour que je sache que le dessinateur attendait impatiemment les avis sur BDtheque, je ne sais s’il s’agit du site marron mais en tous cas voici fait. Côté scénario, je ne suis pas du tout fan d’Il était une fois en France, j’appréhendais un peu. Le tome 1 avait fort élégamment présenté les protagonistes, il restait la confirmation du tome 2. Pas de mauvaise surprise à déplorer après lecture, la fluidité est au rendez vous, le rythme tient le lecteur en haleine tout le long du récit et au final les éléments historiques viennent nourrir le récit pour le rendre plus ancré dans le réel. Les personnages restent crédibles voire attachants, ayant un faible particulier pour les cyniques forcément j’ai été servi. Côté dessin outre le bon travail graphique il faut signaler une mise en couleur tout à fait idoine rendant l’ambiance absolument en phase avec le propos. La bonne tenue du récit ne vient pas d’un scénario mêlant adroitement l’espionnage, l’action, l’enquête et un peu d’histoire, mais bien de l’écrin graphique que le dessinateur et le coloriste ont parfaitement imaginé s’adaptant parfaitement au propos. Une confidence en dédicace signale qu’il serait possible qu’un second diptyque voit le jour, ce serait un très bon choix, fond forme et format font de cette nouveauté l’un des très bons éléments de ce début d’année. A connaitre
Château de sable
Après Lupus que j’avais globalement bien apprécié, je suis heureux de retrouver cet auteur dans une autre production, dont il n’est cette fois que le dessinateur. Le trait en noir et blanc est sensiblement le même que dans sa quadrilogie, même si j’en avais préféré l’univers SF fantaisiste et foisonnant. Je dois dire que j’ai lu d’une traite cette histoire aussi palpitante que terrifiante, qui commence comme une série noire pour évoluer, après un virage à 180°, vers le thriller fantastique à la Stephen King. C’est dans l’ensemble bien barré avec un humour gentiment grinçant… Les auteurs semblent prendre un malin plaisir à assister à la décrépitude à vitesse grand V de leurs personnages, tout particulièrement les plus névrosés d’entre eux qui apparaissent comme des souris se débattant frénétiquement dans un labyrinthe. Reste que certains détails m’ont paru flous (par exemple, que vient faire ici José, « le fils de l’hôtelier », pourquoi et par qui se fait-il tirer dessus comme un lapin ?) mais heureusement cela ne gêne en rien la fluidité du récit. En fait, ce qui m’a le plus dérouté, c’est ce sentiment d’avoir un thème parallèle à la trame principale qui du coup s’en trouve diluée. En effet, si le sujet dominant traite bien de la nécessité de ne pas passer à côté de l’essentiel durant la courte vie qui nous est donnée, un autre questionnement vient parasiter l’histoire, celui du racisme, avec cette allusion à « L’Etranger » qu’il m’a semblé percevoir… Cela dit, j’ai trouvé intéressante la présence de l’immigré, au début victime de la suspicion des uns et des autres, accablé malgré sa discrétion et son humilité, mais qui s’avérera au final comme le personnage-clé du récit, celui qui va apaiser le cœur des plus jeunes avec la jolie parabole du palais en rapport avec leur terrible situation. J’aurais juste bien voulu que les auteurs creusent un peu plus la psychologie des personnages que j’ai trouvés assez superficiels, du coup il y a comme un hiatus entre ladite parabole et ces derniers, mais cela tient peut-être au fait que le format one-shot rendait cela plus difficile. Malgré tous ces mais, je recommande vraiment la lecture de cette bédé qui devrait vous happer et vous hanter pour longtemps. La terreur et le malaise qu’elle suscite trouve judicieusement son contrepoint dans la sagesse de son propos suggérée dans le titre et issue de la parabole en question : le plus solide des palais n’est qu’un château de sable inapte à nous protéger des assauts de la mort, alors ne perdons pas de temps et goûtons aux fruits de la vie !
Millenium
Dupuis a invité le scénariste Sylvain Runberg et le dessinateur Homs à adapter la trilogie de romans à succès Millénium, du suédois Stieg Larsson. Ce seront en tout 6 albums, deux par roman, qui seront publiés. Je le dis d'emblée, je n'ai ni lu les romans en question ni vu la moindre de leurs adaptations cinématographiques. J'ai donc totalement découvert ce polar noir et nordique par le biais de cette bande dessinée. Et, franchement, sans pouvoir apporter de jugement sur la fidélité de son adaptation en tant que telle, j'ai trouvé là une excellente bande dessinée tant sur le plan graphique que sur le plan du scénario et de la narration. Homs est donc en charge du dessin. Je ne le connaissais que par la série Secrets : L'Angélus où il m'avait déjà charmé. Son style est excellent, très maîtrisé. Ses décors sont soignés mais il révèle surtout sa force dans ses personnages dont les visages oscillent entre le réalisme et le légèrement caricatural. Non seulement c'est beau et expressif mais en plus ce trait original et joliment colorisé atténue un peu la noirceur d'une intrigue assez dure pour sa part. Car en effet, le scénario, issu donc des romans suédois de Stieg Larsson, n'est pas très gai. Il met en scène deux héros atypiques, un journaliste engagé qui vient tout juste d'écoper d'une condamnation pour diffamation de la part d'une grosse entreprise corrompue et une enquêtrice punk surdouée mais rendue violente et fortement asociale par un passé difficile. Le journaliste va être amené à enquêter sur la disparition d'une jeune femme il y a plus de 40 ans, tandis que l'autre enquête sur le premier et subit en parallèle de nombreux coups du sort dans sa vie compliquée. Leurs routes finiront par se croiser (même si ce n'est pas encore vraiment le cas pour le seul premier tome de cette série) et aboutiront peut-être à la résolution du mystère de ces tortures et meurtres ignobles de femmes qui ponctuent le récit. C'est une intrigue originale, assez forte et tranchante. Autant le personnage du journaliste ne parait pas très marquant pour le moment, autant celui de Lisbeth Salander détonne par son intelligence et sa violence sociale. Le tout est excellemment raconté. On ne sent nullement la lourdeur caractéristique de nombreuses adaptations de romans en BD. L'intrigue est dense mais jamais trop condensée. Il ne m'a fallu m'accrocher qu'à un unique moment pour bien retenir toutes les données du récit, lorsque le vieux Vanger décrit au journaliste les différents membres de sa famille compliquée, mais pour le reste le rythme de lecture et la mise en page narrative sont excellents. Je ne sais pas si Sylvain Runberg a dû pour cela couper beaucoup de passages du roman mais en tout cas le résultat est vraiment probant. Bref, voilà là une adaptation particulièrement réussie qui devrait, à mon avis, séduire aussi bien les amateurs de la série suédoise originelle que ceux qui découvrent complètement son intrigue.
Portugal
Je ressors assez étonné de cette lecture car lorsqu’il m’était arrivé de feuilleter cette bd en librairie, le graphisme ne m’attirait pas plus que ça au premier abord. Pourtant, quelque chose me donnait envie de la découvrir, ne serait-ce que parce que j’ai passé quelques jours à Lisbonne en 2011 et que j’en gardais un très bon souvenir. Et puis dès que je me suis plongé dans ce gros one-shot de 250 pages, j’ai contre toute attente été conquis très rapidement. Il est vrai qu’on oublie très vite ce côté crayonné du trait qui en fait confère une certaine poésie à l’ensemble. Ces lignes très fines collent bien à la fragilité du personnage principal, très sensible et en proie à ses interrogations métaphysiques. Le choix des couleurs est subtil et particulièrement réussi, avec un ton dominant pour chaque scène, et un élargissement de la palette vers des teintes plus chaudes au fur et à mesure qu’on avance dans l’histoire. Pour les yeux, c’est un vrai festival, un émerveillement permanent. L’ouvrage est composé de trois parties qui délimitent les différentes étapes de la quête du « héros » : sa rupture conjugale nécessaire pour entamer le processus (« Selon Simon »), les « retrouvailles » avec un père accaparé par son boulot lors du mariage de la cousine en Bourgogne (« Selon Jean ») et le séjour au Portugal sur les traces du grand-père (« Selon Abel »). Les plus pressés pourront y trouver des longueurs mais on est quand même dans l’introspectif, ce qui ne veut pas dire chiant, au contraire. « Portugal » est une sorte de road movie humaniste où l’auteur a opté pour les routes départementales plutôt que les autoroutes… A travers cette quête, il nous invite à prendre le temps de réfléchir aussi sur nous-mêmes (car la question de nos racines nous concerne tous), sans lourdeurs, avec délicatesse et humanité. Il y est question de mémoire, de notre condition tragique d’homme moderne mais aussi de reconstruction de soi-même quand la vie paraît vaine. Plusieurs anecdotes et passages drôles ou touchants émaillent le récit, notamment quand Simon apprend l’origine de son nom. J’y ai moi-même retrouvé l’ambiance chaleureuse et la douceur de vivre méditerranéenne d’un pays où les gens ont su rester authentiques. Laissez-vous donc enchanter par ce Portugal à cent lieues de la carte postale !
Le Singe de Hartlepool
Autant le graphisme de cette BD ne m'attirait pas, autant il faut avouer que c'est vraiment une chouette BD. Son histoire est édifiante d'une part, mais aussi très bien racontée d'autre part. Le cadre historique est bien mis en scène. De savoir que cette histoire se base sur une véritable anecdote la rend d'autant plus intéressante et forte. J'ai beaucoup apprécié la mise en scène et les dialogues. Il y a beaucoup d'humour dans chacun d'entre eux et certaines saillies orales et narratives m'ont vraiment fait rire. J'ai passé un très agréable moment de lecture et je recommande cette BD sans hésiter.
Les Trois Chemins
Je vous trouve un peu tous sévères avec cette série, parce que personnellement, j'ai adoré cette petit BD jeunesse (sûrement une des meilleures du genre). C'est évidemment la narration, très originale que je trouve géniale (surtout pour moi, qui suis fan de l'OUBAPO). Et ces histoires hyper simples (il vaut mieux, vu la contrainte que Lewis Trondheim s'est imposée) prennent leur sens une fois mises en scène dans les multiples chemins : c'est mignon, gentillet et charmant pour les enfants comme pour les parents. Sergio Garcia (déjà auteur du joli Géographie martienne) adopte un style très frais, soigné et merveilleusement joli. Les personnages principaux sont dessinés de façon assez simple, mais les décors sont toujours magnifiques et chargés en multiples détails rigolos. Les couleurs (claires) adoucissent le dessin, en le rendant encore plus esthétique : un émerveillement pour vos yeux. Une petite perle.
Les Sous-sols du Révolu
Même si c'est un auteur dont je ne connais pas encore extrêmement bien le travail, chaque nouvel album de MAM est une expérience pour moi... Voici une excellente BD, exploitant de façon intelligente ET absurde le thème des beaux-arts et du musée (en tant que lui-même œuvre d'art finalement). Grâce à une histoire finement contée et assez captivante, l'auteur arrive à nous faire suivre ces élucubrations sur l'art, sa forme et son fond ; c'est quelque fois obscur à suivre, d'autres fois et assez souvent drôle (un humour très absurde que j'aime beaucoup), mais à chaque fois c'est bien trouvé et surprenant. L'auteur joue aussi, d'une manière expérimentale avec les codes de la BD (mais avec modération), et personnellement, j'aime bien son graphisme, résolument moderne. La partie visuelle du bouquin joue avec les codes de la BDs, mais aussi avec l'architecture voire même les nuances de gris. Un ouvrage étrange, bien qu'attirant, envoutant, rigolo, profond : une œuvre d'art en somme.
Silas Corey
J'aime beaucoup ce que fait Fabien Nury dans ses séries au long cours (Il était une fois en France, L'Or et le Sang), je me suis donc laissé tenter par ce format de dyptique (format que j'apprécie en général : ni trop long, ni trop court, avec des personnages qui évoluent, des affaires diverses et variées,...). Ici, Silas Corey est un détective un peu désabusé, un peu revanchard, un peu Arsène Lupin également, un peu cynique par moment, mais avec une pointe d'humour pince sans rire qui n'est pas pour me déplaire. La première affaire démarre plutôt bien, avec une fin de premier tome qui donne envie de voir la suite (mais je l'ai déjà dit, Fabien Nury sait monter une bd). Coté dessin, c'est bien aussi, les personnages sont bien différenciés, dans un style réaliste mais un peu original tout de même. Enfin, que du bon pour l'instant.
Les Mondes de Thorgal - La jeunesse de Thorgal
Même si les chansonnettes de Thorgal sont plutôt mielleuses (mais bon il est ado !), j'ai beaucoup apprécié ce tome. Il est sombre, sur fond de famine. Le début centré sur les vikings est très réussi, on perçoit la hiérarchie, l'attente de ceux qui reviennent des pillages avec de la nourriture.... Les visages sont très expressifs, le dessin fidèle à celui de Rosinski, et l'atmosphère est là. De tous les mondes de Thorgal, celui-ci se trouve dans le haut du panier.
Le Roman de Renart
Un très bon triptyque. A faire lire à nos enfants. Tirée du Roman éponyme, recueil médiéval, cette adaptation est d'excellente qualité. Le trait rend un hommage appuyé à ce héros filou et les paysages sylvestres enneigés sont vraiment magnifique. Le dynamisme de cette mini série en est renforcé. Les auteurs ont adaptés quelques histoires du recueil et s'en tirent à merveille, modernisant le propos, le rendant accessible et appréciable de tous. La critique des menus défauts humains (de l'avarice à l'envie, de l'orgueil à la paresse) est très bien rendue et c'est une très bonne chose que de faire réflêchir nos enfants dessus. A acheter, vraiment