On sent le véritable culte voué à Coppola par Florent Silloray et à ce film Apocalypse Now dont le tournage ne fut pas moins apocalyptique. Il illustre tout un tas d'anecdotes qui pour la grande majorité m'étaient inconnues. En vrac les conditions climatiques horribles, la durée très longue de tournage, son coût pharamineux, le fait d'aller louer des hélicoptères avec leurs pilotes à l'armée des Philippines, et de devoir les peindre le matin et à nouveau le soir pour les remettre comme avant, le salaire exorbitant demandé par Brando alors qu'il n'a pas respecté les termes de son contrat, la crise cardiaque de Martin Sheen, la drogue à foison... Puis au retour de cela le montage final qui dura encore plusieurs mois pour une sortie finalement en 1979 et qui donnera lieu au fil des ans à 3 versions du réalisateur.
Je pense que même sans être fan du réalisateur, il est bon d'avoir voir vu le film avant de lire ce livre sans quoi on risque de louper des morceaux. Ce qui m'a parfois dérangé, ce sont les multiples répétitions de Florent Silloray parfois à quelques pages d'intervalle. Et pas seulement sur le dépassement de budget ou le fait que Coppola réécrit sans cesse la fin. Je dois avouer que le dessin n'est pas non plus ma tasse de thé.
Axel dont j'avais déjà lu un album produit une histoire réaliste d'un couple parisien en vacances en Corse pour qui la flamme est un peu éteinte avec les années. Ils rencontrent Fred, une jeune femme qui loge dans un van au camping, puis son copain. Et les choses s'enchainent rapidement au cours d'une soirée. Un peu trop vite ? Oui mais on a que 64 pages et il y avait déjà pas mal de pages d'introduction...
Les scènes sont crédibles, les dialogues aussi. L'éjac faciale l'est sans doute un peu moins. Le dessin est très correct, même si certaines proportions m'ont semblé étranges parfois comme la carrure du copain de Fred en comparaison de sa tête, à part cela les anatomies des protagonistes sont dans la norme si on peut dire ce qui n'est pas toujours le cas dans le genre.
C'est à la fois un récit historique pour 3/4 et une histoire familiale pour 1/4 que nous offre Vicky Lyfoung. Elle est issue d'une famille Hmong qui a émigré en France mais ses parents sont peu loquaces sur les péripéties qui les y ont conduits. Par la force des choses l'autrice va chercher par elle-même à comprendre d'où elle vient. Elle commence donc par expliquer que suite à un reportage d'Envoyé Spécial sur les derniers Hmong isolés et vivants dans une pauvreté terrible, elle a un déclic et se renseigne encore plus sur ce peuple dont elle est issue. Le journaliste signe la préface du livre.
Chassés par les Chinois, les Hmong ont migré au cours des siècles vers l'Asie du Sud-est. Au cours de la colonisation française, ils participent par l'économie de l'opium à financer l'effort des deux guerres mondiales. Puis lors de la guerre d'Indochine ils soutiennent les Français notamment lors de la bataille de Diên Biên Phu et ensuite les Américains dans une émanation de la guerre du Vietnam lors de la lutte entre les communistes et le royaume du Laos où ils sont plutôt du côté du roi. Les Hmong se retrouvent peu à peu persécutés, ce qui a poussé les parents de l'autrice à partir. Sa famille a d'ailleurs une parenté avec Touby Lyfoung, un opposant anticommuniste.
J'ai trouvé ce petit ouvrage d'environ 150 pages assez agréable à lire, bien raconté et illustré par un dessin fort bon et un peu rigolo avec ces personnages à gros visages.
Le point de départ – et une bonne partie des questionnements – est similaire à celui de L'Or des Belges, sauf qu’il s’agit ici des réserves de la Banque de France, mises temporairement en sécurité sur un navire de guerre, puis en Martinique durant la seconde guerre mondiale, alors que divers barbouzes et truands, mais aussi les services de Vichy, les Allemands ou les Américains cherchent à mettre la main dessus.
Les diverses factions (maréchalistes, gaullistes) qui s’écharpent en Martinique sont aussi un élément de tension, l’arrière-plan historique est assez bien exploité, dans cette partie du monde à la marge, mais qui subit, souvent avec retard et plus ou moins en sourdine les soubresauts de la métropole occupée (les autorités officielles cherchant avant tout à ne pas trop se mouiller, pour « ne pas insulter l’avenir »). On y voit vers la fin des réfugiés célèbres (Victor Serge, mais surtout André Breton – qui y rencontre Aimé Césaire).
L’intrigue suit globalement la grande Histoire, assez mollement parfois, c’est dommage, même si ça se laisse lire. Idem pour le dessin, pas exempt de défaut, un peu brouillon parfois (remarques valables pour les décors et les personnages, dont les visages changent parfois), mais qui fait le boulot et est lisible.
Un dossier historique et thématique clôt l’album, et est un bon complément de lecture pour qui ne maîtrise pas le contexte et les divers personnages que nous suivons.
Note réelle 2,5/5.
Julien Neel use ici d’un style graphique très différent de son succès Lou !. Je préfère nettement ce dessin en crayonnés, avec une colorisation qui fait moins artificielle et informatique. Le dessin est simple (décors et détails des visages ne sont pas très développés, mais j’ai trouvé l’ensemble efficace et plutôt chouette.
Concernant l’histoire, il réussit assez bien à parler des relations père/fils, de la disparition d’un être cher, en alternant les époques, de l’enfance à l’âge adulte pour l’auteur, de l’âge adulte à la vieillesse pour le père.
L’histoire en elle-même n’est pas hyper développée, mais, par petites touches, Neel parvient quand même à faire passer des émotions, et à rendre crédibles ses personnages.
A réserver en priorité à un jeune lectorat. Mais l’histoire n’est pas mièvre, et peut permettre une lecture adulte pour la partager avec ses enfants.
Le western a le vent en poupe depuis quelques années, les séries fleurissent, cherchant à renouveler le genre, avec plus ou moins de succès, en y introduisant davantage de personnages longtemps cantonnés à l’oubli ou aux seconds rôles de faire-valoir.
Cet album lance plutôt bien cette nouvelle série, en plantant le décor et en présentant le casting assez hétéroclite : la bande formée par un groupe de réprouvés (un esclave en fuite, un déserteur, un Apache renégat, une prostituée, une nonne ayant échappé à une attaque indienne et un gamin dévoilant peu à peu ses secrets) est constituée en fin d’album (ce qui justifie le titre de la série), chacun de ses membres ayant à ses trousses une belle brochette de furieux. L’action va être au rendez-vous !
En tout cas pour le moment c’est dynamique (remarque valable aussi pour le dessin), et on est embarqué dans l’histoire avec plaisir, en ayant envie d’en savoir plus.
Pelaez, qui signe le scénario, glisse dans cette histoire à peu près tous les clichés du western, et le gros dossier et la bibliographie qui concluent l’album montrent son amour et sa connaissance du genre et de ses vecteurs (dime novels et films hollywoodiens), auquel il semble rendre ici un hommage.
Une série à suivre.
Note réelle 3,5/5.
Rien d’extraordinaire dans cette histoire, qui peut se résumer en quelques mots (la quatrième de couverture est presque exhaustive !). Mais c’est du boulot bien fait, un polar très sympathique, parfois amusant, et très rythmé.
La mallette contenant les comptes frauduleux d’un ponte de la mafia passe de mains en mains, on n’a pas le temps de s’ennuyer. D’autant plus que certaines scènes sont revues sous l’angle d’un autre personnage, ce qui dynamise le récit sans le développer plus que ça.
Graphiquement, Moynot s’en donne à cœur-joie pour retranscrire le New-York de 1969, en pleine période hippies (ça se finit par Woodstock), avec des couleurs des plus pétantes.
En tout cas sans développer outre mesure l’intrigue, ni les personnalités des protagonistes, Moynot réussit à nous pondre une lecture détente très plaisante – même si j’ai trouvé la fin un peu expédiée, presque tous les protagonistes s’entretuant, pour ne laisser que des couples assez improbables de prime abord.
Je ne connaissais ni le roman d’origine ni l’auteur. Je dois dire que si, comme c’est indiqué en préambule, la BD n’a presque rien changé à l’histoire d’origine, celle-ci se révèle relativement originale. Non pas sur le sujet (grosso modo la dénonciation de l’absurdité et de l’horreur de la guerre – ici la seconde guerre mondiale), mais plutôt sur le traitement, la construction de l’histoire étant en effet peu classique.
Si certains aspects m’ont sans doute échappé, ou m’ont moins intéressé (tout ce qui concerne les passages liés aux extra-terrestres, sans doute allégoriques ?), le reste est intéressant et captivant. L’auteur mêle les époques (les nombreux va-et-vient ne gênent pas la fluidité, et les transitions, souvent « brutales », sont pourtant bien amenées).
Le narrateur/double de l’auteur est une sorte de témoin d’arrière-plan, et les personnages sont assez bien campés : les seconds rôles, qui disparaissent au fur et à mesure, étant bien plus consistants que le héros, assez falot, ballotté par les événements du début à la fin.
Le dessin est agréable, simple et très lisible. C’est une histoire bien fichue en tout cas, dont la noirceur se révèle par petites touches.
Je ne suis pas du tout amateur de super-héros américains, et ne connais pas du tout le personnage d’Aquaman. Mais ces aspects ne sont ici qu’accessoires, voire quasi inexistants, et c’est tant mieux ! J’ai ainsi pu entrer plus facilement dans ce récit.
Sans en être sorti enthousiasmé, j’ai trouvé l’histoire intéressante, assez bien menée. Finalement très classique dans sa construction (des flash-backs dessinent peu à peu les portraits des protagonistes, leurs fêlures). Influencée par le film Abyss, jouant – mais de loin en fait – sur le mythe de l’Atlantide, l’intrigue s’écarte aussi du thriller dans lequel je pensais qu’elle allait se positionner, c’est assez inclassable au final, du fantastique, du thriller.
Quelques petites choses m’ont échappé, certaines séquences (narratives et graphiques) ne sont pas toujours très claires et il y a des facilités scénaristiques – inhérentes à ce genre de sujet je pense (à quoi sert réellement le Kraken, pourquoi disparait-il ? Le pirate semble avoir des facultés incroyables et inexpliquée, etc.).
Graphiquement, c’est assez original. En effet, là où beaucoup de dessinateurs de ce genre de séries jouent sur un dessin et une colorisation très sombres, accentuant le thriller et l’oppression des grands fonds, Ward mise au contraire sur des couleurs claires et franchement pétantes. C’est surprenant, relativement original, et souvent très beau visuellement (son dessin des personnages, les visages en particulier, est lui plus inégal).
Un album à découvrir.
La narration est sans surprise, très classique – sans doute y manque-t-il quelques envolées, des pointes d’humour, je ne sais quoi susceptible de dynamiser quelque peu la lecture. Voilà pour les quelques bémols.
Mais sinon, j’ai trouvé cette lecture très intéressante. La narration est certes sans surprise, mais elle est très fluide, comme le dessin de Catel.
Et surtout le sujet est intéressant et j’y ai découvert le rôle joué par cette femme, oubliée comme d’autres par les livres d’histoires et les retombées financières, alors qu’elle a pourtant joué un rôle clé dans le développement du cinéma.
Au travers de sa biographie, ce sont les balbutiements de l’industrie cinématographique qu’il nous est donné de découvrir. Les progrès techniques, les tâtonnements, les luttes à propos des brevets (et les très nombreux appareils qui un temps ont postuler à devenir le vecteur de ce nouveau médium, les évènements qui auraient pu tout faire « capoter » (l’incendie du bazar de l’hôtel de ville), etc. Ces aspects à eux seuls méritent la lecture.
Mais la personnalité d’Alice Guy, femme au caractère bien trempée, est tout aussi intéressante. A ce jour deux albums de BD ont été publiés autour de cette « pionnière », et celui-ci est plus qu’une honnête biographie, il est un hommage certes tardif, mais sincère à l’œuvre d’une femme dépossédée de ses créations (elle n’a jamais revu tous les petits films tournés) et injustement « effacée » de la mémoire collective, voire des encyclopédies sur le cinéma (voir l’anecdote sur son absence dans les livres de Sadoul, ses films étant attribués à un autre – un homme…).
Note réelle 3,5/5.
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Un tournage en enfer - Apocalypse Now
On sent le véritable culte voué à Coppola par Florent Silloray et à ce film Apocalypse Now dont le tournage ne fut pas moins apocalyptique. Il illustre tout un tas d'anecdotes qui pour la grande majorité m'étaient inconnues. En vrac les conditions climatiques horribles, la durée très longue de tournage, son coût pharamineux, le fait d'aller louer des hélicoptères avec leurs pilotes à l'armée des Philippines, et de devoir les peindre le matin et à nouveau le soir pour les remettre comme avant, le salaire exorbitant demandé par Brando alors qu'il n'a pas respecté les termes de son contrat, la crise cardiaque de Martin Sheen, la drogue à foison... Puis au retour de cela le montage final qui dura encore plusieurs mois pour une sortie finalement en 1979 et qui donnera lieu au fil des ans à 3 versions du réalisateur. Je pense que même sans être fan du réalisateur, il est bon d'avoir voir vu le film avant de lire ce livre sans quoi on risque de louper des morceaux. Ce qui m'a parfois dérangé, ce sont les multiples répétitions de Florent Silloray parfois à quelques pages d'intervalle. Et pas seulement sur le dépassement de budget ou le fait que Coppola réécrit sans cesse la fin. Je dois avouer que le dessin n'est pas non plus ma tasse de thé.
La Tentation (Axel)
Axel dont j'avais déjà lu un album produit une histoire réaliste d'un couple parisien en vacances en Corse pour qui la flamme est un peu éteinte avec les années. Ils rencontrent Fred, une jeune femme qui loge dans un van au camping, puis son copain. Et les choses s'enchainent rapidement au cours d'une soirée. Un peu trop vite ? Oui mais on a que 64 pages et il y avait déjà pas mal de pages d'introduction... Les scènes sont crédibles, les dialogues aussi. L'éjac faciale l'est sans doute un peu moins. Le dessin est très correct, même si certaines proportions m'ont semblé étranges parfois comme la carrure du copain de Fred en comparaison de sa tête, à part cela les anatomies des protagonistes sont dans la norme si on peut dire ce qui n'est pas toujours le cas dans le genre.
Hmong
C'est à la fois un récit historique pour 3/4 et une histoire familiale pour 1/4 que nous offre Vicky Lyfoung. Elle est issue d'une famille Hmong qui a émigré en France mais ses parents sont peu loquaces sur les péripéties qui les y ont conduits. Par la force des choses l'autrice va chercher par elle-même à comprendre d'où elle vient. Elle commence donc par expliquer que suite à un reportage d'Envoyé Spécial sur les derniers Hmong isolés et vivants dans une pauvreté terrible, elle a un déclic et se renseigne encore plus sur ce peuple dont elle est issue. Le journaliste signe la préface du livre. Chassés par les Chinois, les Hmong ont migré au cours des siècles vers l'Asie du Sud-est. Au cours de la colonisation française, ils participent par l'économie de l'opium à financer l'effort des deux guerres mondiales. Puis lors de la guerre d'Indochine ils soutiennent les Français notamment lors de la bataille de Diên Biên Phu et ensuite les Américains dans une émanation de la guerre du Vietnam lors de la lutte entre les communistes et le royaume du Laos où ils sont plutôt du côté du roi. Les Hmong se retrouvent peu à peu persécutés, ce qui a poussé les parents de l'autrice à partir. Sa famille a d'ailleurs une parenté avec Touby Lyfoung, un opposant anticommuniste. J'ai trouvé ce petit ouvrage d'environ 150 pages assez agréable à lire, bien raconté et illustré par un dessin fort bon et un peu rigolo avec ces personnages à gros visages.
L'Or de France
Le point de départ – et une bonne partie des questionnements – est similaire à celui de L'Or des Belges, sauf qu’il s’agit ici des réserves de la Banque de France, mises temporairement en sécurité sur un navire de guerre, puis en Martinique durant la seconde guerre mondiale, alors que divers barbouzes et truands, mais aussi les services de Vichy, les Allemands ou les Américains cherchent à mettre la main dessus. Les diverses factions (maréchalistes, gaullistes) qui s’écharpent en Martinique sont aussi un élément de tension, l’arrière-plan historique est assez bien exploité, dans cette partie du monde à la marge, mais qui subit, souvent avec retard et plus ou moins en sourdine les soubresauts de la métropole occupée (les autorités officielles cherchant avant tout à ne pas trop se mouiller, pour « ne pas insulter l’avenir »). On y voit vers la fin des réfugiés célèbres (Victor Serge, mais surtout André Breton – qui y rencontre Aimé Césaire). L’intrigue suit globalement la grande Histoire, assez mollement parfois, c’est dommage, même si ça se laisse lire. Idem pour le dessin, pas exempt de défaut, un peu brouillon parfois (remarques valables pour les décors et les personnages, dont les visages changent parfois), mais qui fait le boulot et est lisible. Un dossier historique et thématique clôt l’album, et est un bon complément de lecture pour qui ne maîtrise pas le contexte et les divers personnages que nous suivons. Note réelle 2,5/5.
Chaque chose
Julien Neel use ici d’un style graphique très différent de son succès Lou !. Je préfère nettement ce dessin en crayonnés, avec une colorisation qui fait moins artificielle et informatique. Le dessin est simple (décors et détails des visages ne sont pas très développés, mais j’ai trouvé l’ensemble efficace et plutôt chouette. Concernant l’histoire, il réussit assez bien à parler des relations père/fils, de la disparition d’un être cher, en alternant les époques, de l’enfance à l’âge adulte pour l’auteur, de l’âge adulte à la vieillesse pour le père. L’histoire en elle-même n’est pas hyper développée, mais, par petites touches, Neel parvient quand même à faire passer des émotions, et à rendre crédibles ses personnages. A réserver en priorité à un jeune lectorat. Mais l’histoire n’est pas mièvre, et peut permettre une lecture adulte pour la partager avec ses enfants.
Six
Le western a le vent en poupe depuis quelques années, les séries fleurissent, cherchant à renouveler le genre, avec plus ou moins de succès, en y introduisant davantage de personnages longtemps cantonnés à l’oubli ou aux seconds rôles de faire-valoir. Cet album lance plutôt bien cette nouvelle série, en plantant le décor et en présentant le casting assez hétéroclite : la bande formée par un groupe de réprouvés (un esclave en fuite, un déserteur, un Apache renégat, une prostituée, une nonne ayant échappé à une attaque indienne et un gamin dévoilant peu à peu ses secrets) est constituée en fin d’album (ce qui justifie le titre de la série), chacun de ses membres ayant à ses trousses une belle brochette de furieux. L’action va être au rendez-vous ! En tout cas pour le moment c’est dynamique (remarque valable aussi pour le dessin), et on est embarqué dans l’histoire avec plaisir, en ayant envie d’en savoir plus. Pelaez, qui signe le scénario, glisse dans cette histoire à peu près tous les clichés du western, et le gros dossier et la bibliographie qui concluent l’album montrent son amour et sa connaissance du genre et de ses vecteurs (dime novels et films hollywoodiens), auquel il semble rendre ici un hommage. Une série à suivre. Note réelle 3,5/5.
Cherchez Charlie
Rien d’extraordinaire dans cette histoire, qui peut se résumer en quelques mots (la quatrième de couverture est presque exhaustive !). Mais c’est du boulot bien fait, un polar très sympathique, parfois amusant, et très rythmé. La mallette contenant les comptes frauduleux d’un ponte de la mafia passe de mains en mains, on n’a pas le temps de s’ennuyer. D’autant plus que certaines scènes sont revues sous l’angle d’un autre personnage, ce qui dynamise le récit sans le développer plus que ça. Graphiquement, Moynot s’en donne à cœur-joie pour retranscrire le New-York de 1969, en pleine période hippies (ça se finit par Woodstock), avec des couleurs des plus pétantes. En tout cas sans développer outre mesure l’intrigue, ni les personnalités des protagonistes, Moynot réussit à nous pondre une lecture détente très plaisante – même si j’ai trouvé la fin un peu expédiée, presque tous les protagonistes s’entretuant, pour ne laisser que des couples assez improbables de prime abord.
Abattoir 5 ou la croisade des enfants
Je ne connaissais ni le roman d’origine ni l’auteur. Je dois dire que si, comme c’est indiqué en préambule, la BD n’a presque rien changé à l’histoire d’origine, celle-ci se révèle relativement originale. Non pas sur le sujet (grosso modo la dénonciation de l’absurdité et de l’horreur de la guerre – ici la seconde guerre mondiale), mais plutôt sur le traitement, la construction de l’histoire étant en effet peu classique. Si certains aspects m’ont sans doute échappé, ou m’ont moins intéressé (tout ce qui concerne les passages liés aux extra-terrestres, sans doute allégoriques ?), le reste est intéressant et captivant. L’auteur mêle les époques (les nombreux va-et-vient ne gênent pas la fluidité, et les transitions, souvent « brutales », sont pourtant bien amenées). Le narrateur/double de l’auteur est une sorte de témoin d’arrière-plan, et les personnages sont assez bien campés : les seconds rôles, qui disparaissent au fur et à mesure, étant bien plus consistants que le héros, assez falot, ballotté par les événements du début à la fin. Le dessin est agréable, simple et très lisible. C’est une histoire bien fichue en tout cas, dont la noirceur se révèle par petites touches.
Aquaman - Andromeda
Je ne suis pas du tout amateur de super-héros américains, et ne connais pas du tout le personnage d’Aquaman. Mais ces aspects ne sont ici qu’accessoires, voire quasi inexistants, et c’est tant mieux ! J’ai ainsi pu entrer plus facilement dans ce récit. Sans en être sorti enthousiasmé, j’ai trouvé l’histoire intéressante, assez bien menée. Finalement très classique dans sa construction (des flash-backs dessinent peu à peu les portraits des protagonistes, leurs fêlures). Influencée par le film Abyss, jouant – mais de loin en fait – sur le mythe de l’Atlantide, l’intrigue s’écarte aussi du thriller dans lequel je pensais qu’elle allait se positionner, c’est assez inclassable au final, du fantastique, du thriller. Quelques petites choses m’ont échappé, certaines séquences (narratives et graphiques) ne sont pas toujours très claires et il y a des facilités scénaristiques – inhérentes à ce genre de sujet je pense (à quoi sert réellement le Kraken, pourquoi disparait-il ? Le pirate semble avoir des facultés incroyables et inexpliquée, etc.). Graphiquement, c’est assez original. En effet, là où beaucoup de dessinateurs de ce genre de séries jouent sur un dessin et une colorisation très sombres, accentuant le thriller et l’oppression des grands fonds, Ward mise au contraire sur des couleurs claires et franchement pétantes. C’est surprenant, relativement original, et souvent très beau visuellement (son dessin des personnages, les visages en particulier, est lui plus inégal). Un album à découvrir.
Alice Guy
La narration est sans surprise, très classique – sans doute y manque-t-il quelques envolées, des pointes d’humour, je ne sais quoi susceptible de dynamiser quelque peu la lecture. Voilà pour les quelques bémols. Mais sinon, j’ai trouvé cette lecture très intéressante. La narration est certes sans surprise, mais elle est très fluide, comme le dessin de Catel. Et surtout le sujet est intéressant et j’y ai découvert le rôle joué par cette femme, oubliée comme d’autres par les livres d’histoires et les retombées financières, alors qu’elle a pourtant joué un rôle clé dans le développement du cinéma. Au travers de sa biographie, ce sont les balbutiements de l’industrie cinématographique qu’il nous est donné de découvrir. Les progrès techniques, les tâtonnements, les luttes à propos des brevets (et les très nombreux appareils qui un temps ont postuler à devenir le vecteur de ce nouveau médium, les évènements qui auraient pu tout faire « capoter » (l’incendie du bazar de l’hôtel de ville), etc. Ces aspects à eux seuls méritent la lecture. Mais la personnalité d’Alice Guy, femme au caractère bien trempée, est tout aussi intéressante. A ce jour deux albums de BD ont été publiés autour de cette « pionnière », et celui-ci est plus qu’une honnête biographie, il est un hommage certes tardif, mais sincère à l’œuvre d’une femme dépossédée de ses créations (elle n’a jamais revu tous les petits films tournés) et injustement « effacée » de la mémoire collective, voire des encyclopédies sur le cinéma (voir l’anecdote sur son absence dans les livres de Sadoul, ses films étant attribués à un autre – un homme…). Note réelle 3,5/5.