Je n'avais que vaguement entendu parler de Viktor Frankl, que j'associais plus facilement à la philosophie, une discipline que j'évite en général. Mais cette BD fut l'occasion de combler mes lacunes à son sujet.
J'ai donc appris l'histoire d'un homme (extra)ordinaire, qui s'est passionné très jeune pour les neurosciences et la psychanalyse, qui a eu la chance de rencontrer Sigmund Freud, qui vivait à Vienne comme lui, et qui a su traverser la Shoah avec une pensée positive, avant de développer cette pensée positive sous le nom de logothérapie.
La BD co-réalisée par Pascal Bresson et Jérôme Eho n'est pas une biographie classique, dans le sens où les tranches de vie qui nous sont proposées sont dans le désordre, un désordre visant à présentant la logothérapie dans ses prémices, dans les circonstances qui ont présidé à sa création. J'imagine que toutes les scènes ne sont pas "réelles", mais que certaines ont été imaginées par le scénaristes, pour servir son propos. L'entretien dans un parc avec un ecclésiastique, par exemple, me semble inventé. Mais cela n'a pas grande importance, au fil des pages se dessine le portrait d'un homme important du XXème siècle, qui a su faire preuve de résilience malgré les heures sombres qu'il a pu traverser. Le dessin de Jérôme Eho est assez plaisant, bien que la ligne claire trouve ici certaines limites, avec des visages parfois statiques ou des mises en couleurs pas vraiment réalistes.
A lire cependant pour découvrir le personnage.
S'agissant de recueils de nombreuses histoires courtes à la trame similaire, je n'ai pas lu le totalité des albums de cette série. Il faut dire surtout qu'elles s'adressent avant tout à un jeune public. C'est en effet typiquement le genre de BD que je trouvais moi-même enfant dans les magazines J'aime Lire, avec une mise en scène et un humour rappelant par exemple Tom-Tom et Nana.
Émile et Margot sont les enfants du roi et de la reine d'un petit château. Concrètement, ce contexte n'a rien d'essentiel, il suffit de savoir qu'ils ont de grands espaces pour s'amuser, une poignée de serviteurs, ainsi qu'une nourrice et un maître d'école qui leur sont dédiés. Et qu'ils ont pas mal de liberté. Celle-ci consiste la plupart du temps à rencontrer et vivre de courtes aventures avec de gentils monstres, eux-mêmes pourtant théoriquement interdits au château.
C'est là ce qui fait le sel de cette série : la variété et l'originalité de chacun de ces petits monstres, avec en général un ou plusieurs nouveaux à chaque histoire pour de nouvelles péripéties. Celles-ci sont traitées sur un ton très enfantin, donc il est difficile pour un lecteur adulte de s'enthousiasmer, mais la diversité des idées est suffisante pour ne pas s'ennuyer. Et je suppose que ça a toutes les chances de bien plaire aux enfants.
J’ai eu des expériences contrastées avec mes lectures d’Eisner, que beaucoup semblent porter aux nues – ici ou ailleurs.
Disons que c’est encore le cas, je vais rester en retrait de la majorité des avis précédents. La faute à une narration, que j’ai parfois trouvée sans rythme, avec des longueurs – peut-être accentuées par le dessin et la mise en page, l’ajout de longs passages avec uniquement du texte.
Mais, ceci étant dit, ça reste quand même une lecture fluide et relativement agréable (et le dessin d’Eisner est très lisible). Avec un sujet qui tient à cœur à Eisner, puisque le personnage principal subit toute sa vie sa condition de juif (et pas mal de malchance, de mauvaises rencontres et de mauvais timing !), et n’arrive pas à sortir des bas-fonds londoniens. Dans la seconde partie, le personnage d’Oliver Twist prend le relais (les deux destinées se croisent et s’assemblent).
Pas enthousiasmé par la narration, mais ça se laisse lire.
Une petite lecture sympathique. Sans plus, mais suffisamment pour que je ne regrette pas cet emprunt.
Une série que j’ai découverte sur le tard, c’est dommage pour le ressenti. En effet, ça passe difficilement la barrière de l’âge (contrairement à certains albums des Schtroumpfs – qui jouent sur le même créneau). Par contre, c’est typiquement le genre d’albums qui peut plaire à un très jeune lectorat.
En effet, c’est tout gentil, les personnages sont mignons, avec leurs gros pifs, ils sont tous craintifs, et envisagent toujours avec appréhension tout ce qui sort de la norme ou qui les pousse à prendre une initiative – même leur chef, préposé à ce genre de « prise de risque », est un grand velléitaire (voir dans le troisième tome les hésitations avant de s’attaquer à une dizaine à un champignon !).
Le rythme est lent, il n’y a vraiment pas beaucoup d’action. C’est aussi ce qui fait qu’un adulte restera sur sa faim. Et il faut dire aussi que les intrigues ne sont pas forcément très fouillées.
Mais, comme je l’ai dit, c’est destiné à un jeune public (je dirais 8-10 ans idéalement), et c’est pourquoi j’arrondis aux trois étoiles.
Ce recueil de courts récits nous parle du plaisir orgasmique à se gratouiller l’oreille ou, encore mieux, à se faire gratouiller l’oreille par une experte. Yarô Abe, l’auteur de la Cantine de Minuit, nous propose ainsi de suivre quelques clients d’un établissement spécialisé tenu par une légende de la profession.
Les histoires sont inégales et il est heureux qu’il n’y ait qu’un seul tome car je me serais vite lassé du concept. Certains chapitres sont vraiment pas mal à mes yeux, d’autres sont très dispensables. Les connotations sexuelles sont très fréquentes, ce qui pourrait choquer certains lecteurs (il n’est pas rare qu’un client éjacule dans son slip durant une séance de mimikaki).
Au niveau du dessin, le style de Yarô Abe me sort de mes habitudes. Il est très épuré et dégage une certaine poésie. Ce n’est pas un chef-d’œuvre mais ce style change agréablement de mon ordinaire tout en restant facile à lire.
Bon voilà, c’est un pur objet de curiosité qui vaut plus par son sujet (et la découverte de cette pratique qui semble courante au Japon) que par le destin des personnages présentés. Un petit pas mal pour ma part mais un manga fondamentalement dispensable.
Du fantastique sur fond de polar et de road movie.
Stockholm, Alva est une jeune fille qui a un don pour l'escalade et les pirouettes et qui vit de rapines, avec pour coéquipiers deux drôles de lascars : Morten et Mini. Et c'est lors d'un cambriolage qui va mal tourner, qu'ils vont libérer par mégarde une svartedal, une sorcière de la mythologie nordique, du nom de Sidsel et qui a la particularité de pouvoir cracher de l'or. Celle-ci va tuer Morten et marquer au visage Alva tout en lui donnant des informations sur ses origines. Ce n'est que le début de leurs ennuis, puisque le cambriolé n'est autre que le Tuyauteur, un membre des Artisans, un groupe, ou plutôt une sorte de secte de cinglés, dont le but est de traquer les svartedals et de nettoyer à la façon de Jean Réno dans Léon. Ils vont se mettre en chasse de la sorcière, mais aussi d'Alva et Mini qui eux sont sur les traces du passé de la demoiselle. Une belle tambouille qui n'est que la partie visible de l'iceberg.
Je découvre les deux auteurs, Daniel Hansen est suédois, c'est sa première BD et Anksel Studsgarth est danois, il en a déjà trois au compteur.
Un récit sombre sur la recherche d'identité, musclé et rythmé avec une pointe d'humour, une belle touche d'horreur et de mythologie nordique.
Une narration qui manque un peu de maîtrise, les enchaînements ne se font pas toujours naturellement et il faut fermer les yeux sur certaines facilités scénaristiques. Malgré cela, ma lecture fût très plaisante, sûrement grâce aux très nombreux personnages qui ne laissent pas indifférent.
Un final qui laisse place à une possible suite.
J'aime beaucoup le dessin de Daniel Hansen, un noir et blanc crasseux qui mélange le comics et le manga où les visages sont proches de la caricature. Une mise en page dynamique et immersive avec les nombreuses planches sans texte.
Quelle maestria dans la représentation des paysages hivernaux, qu'ils soient sauvages ou urbains. On ressent le froid mordant de l'hiver. Un style qui me plaît beaucoup.
Un petit mot sur la superbe couverture, c'est elle qui avait attiré mon regard lors de sa sortie, la svartedal m'avait fait penser au film Mama avec Jessica Chastain. Mais c'est sa nomination récente au festival d'Angoulême qui a terminé de me convaincre.
Au final, vraiment pas mal.
Note réelle : 3,5.
J'ai été surpris et quelque peu dérouté par la lecture de cette série. Je connais assez mal la peinture du célèbre peintre italien et presque rien de sa vie.
Ce n'est pas cette série qui me permettra de mieux connaître l'oeuvre de Modigliani. Les auteurs nous proposent les quelques mois de la fin de vie de l'artiste avec sa compagne Jeanne.
Les auteurs en choisissant une expression très réaliste nous plonge dans un monde tourmenté presque irrespirable. Cette ambiance d'artiste maudit est amplifiée par le rappel des ravages des combats de la Grande Guerre qui se déroulaient à quelques kilomètres de l'atelier du peintre.
Aucun rayon de soleil dans ce récit intimiste que je n'ai pas trouvé à la gloire du peintre.
Cette ambiance lourde est très bien rendue par un graphisme très réaliste souvent proche de la photo. Les angles et les éclairages choisis accentuent la misère humaine qui perle du récit.
Une lecture un peu déroutante et exigeante qui m'a mis parfois mal à l'aise.
En matière de récits jeunesse, j’aime beaucoup ce que fait Jérôme Camil. Que ce soit au niveau de son dessin très cartoon, de son humour bon enfant et un brin irrévérencieux ou de ses morales toujours bien adaptées à son public, je trouve ses livres bien fichus.
Le Plus beau jour de l’année est son nouvel opus et j’y ai retrouvé les mêmes qualités. Le scénario est léger et se résume à peu de choses, laissant la place aux gags et aux valeurs (amitié, tolérance, entraide). De plus, Jérôme Camil parvient à enrichir son récit grâce à deux planches placées en guise de pages de garde. Ces deux planches nous proposent une vision originale de l’histoire grâce à un tout autre angle d’approche. De quoi enrichir cette lecture en nous proposant finalement deux récits.
La forme emprunte beaucoup aux livres d’illustration. Pourtant il s’agit bel et bien d’une bande dessinée avec découpage séquentiel et phylactères. C’est la preuve à mes yeux de l’énorme liberté dont dispose l’édition jeunesse, qui ne s’encombre pas de canevas définis et surfe ainsi aisément sur différents styles. Le livre alterne ainsi grandes illustrations en double page, illustration unique sur une page, pages découpées en deux ou trois cases ou dessins présentant différents personnages dans des lieus séparés mais dans la même temporalité (une très belle planche où les quatre garnements rentrent penauds chez leurs parents respectifs la mine déconfite).
Objectivement, je trouve que Jérôme Camil a déjà fait mieux (je vous conseille son « Une Fin de loup ») mais « Le Plus beau jour de l’année » n’en demeure pas moins un chouette album bien illustré, drôle par moments et doté d’une belle morale. Un cadeau idéal à glisser sous le sapin et l’occasion de découvrir un auteur qui mérite de l’être.
Dans cette collection de « Lucky Luke vu par… », c’est très clairement l’album qui m’a le plus convaincu jusqu’à présent.
Blutch imagine un récit qui n’aurait pas dépareillé dans la série originale, du moins au niveau de son scénario. On y retrouve un Lucky Luke agile revolver en main mais nettement moins face à deux enfants turbulents et un cas de conscience. L’équilibre entre western et humour est joliment dosé, l’univers créé par Morris et Goscinny est parfaitement respecté, Jolly Jumper participe activement à l’histoire sans être omniprésent. Franchement, on s’y croirait et j’ai passé un très bon moment de détente avec cet album. Blutch modernise juste ce qu'il faut les thématiques pour ne pas tomber dans l'hommage nostalgique sans s'aventurer dans un univers trop éloigné de la série d'origine.
Le dessin est plus personnel, Blutch ne cherchant pas à imiter Morris mais bien à s’approprier son univers. Le résultat est globalement convaincant (petit bémol sur les yeux de Jolly Jumper, ainsi que sur la manière très aérienne avec laquelle les chevaux galopent). La filiation avec le trait de Morris se fait cependant grâce à la colorisation.
Au final, même si Blutch n’offre rien de vraiment neuf, son histoire Lucky Luke m’a bien plu. Le scénario est agréable à suivre, le personnage de Lucky Luke est fidèle à l’image que j’en ai et le dessin est globalement satisfaisant.
Pas mal du tout.
J’adore Cosey, du moins le peu que j’en ai lu, c’est à dire Jonathan qui est à mes yeux une série culte, découvert à l’adolescence sur les conseils de mon père, A la recherche de Peter Pan que j’ai adoré, et les deux albums de Mickey Minnie et le secret de Tante Miranda et Une mystérieuse mélodie ou comment Mickey rencontra Minnie qui m’ont plu mais sans plus.
Cosey, j’en ai l’image de cet auteur très marqué par les années 60, 70, limite hippie, avec des albums très souvent contemplatifs, contenant un message et un engagement très humaniste.
J’ai décidé de me lancer dans les albums que je n’avais pas lus de lui, en grande majorité dans la collection Aire Libre, et Le voyage en Italie, avec toutes les excellentes critiques qu’il a recueillis, me paraissait l’idéal.
On suit donc deux anciens soldats de la guerre du Vietnam, en voyage en Italie, d’où le titre, réunis dans un triangle amoureux, et une histoire d’adoption.
J’y retrouve Cosey, quelque chose d’assez contemplatif, des personnages avec leurs souffrances, de l’humanisme, un certain fatalisme dans l’histoire, une sensation de mélancolie palpable. Un discours pacifique en toile de fond, de l’amour bienveillant et dépourvu d’intérêt.
Tout ce qui fait que j’ai adoré les deux premières séries que je vous ai citées.
En niveau des dessins, et bien c’est du Cosey, c’est son style, bien reconnaissable, et bien marqué, c’est beau, même si au premier abord je n’ai jamais trouvé ses dessins attirants, vite je me prends dedans, et me laisse guider par les découpage particulier et bien mené (et au même titre que ces dessins, facilement reconnaissable), les couleurs marquées, l’ambiance qui s’en dégage. J’aime.
Et pourtant, la mayonnaise n’a pas pris aussi bien que je l’aurais souhaité. Alors peut être que j’en attendais trop ? Au vu de l’estime que j’ai pour ce que j’ai lu de lui et au vu des critiques et récompenses que l’album et l’auteur en règle général ont reçus.
Toujours est-il que j’ai été déçu, je m’attendais plus à un effet « Wouahou », et ça n’a pas été le cas.
J’ai passé un bon moment, et j’ai retrouvé tout ce qui définit pour moi Cosey en tant qu’auteur, mais… je n’ai eu d’empathie pour aucun personnage, peu importe ce qui pouvait leur arriver, cela m’était bien égal.
Je suis donc moins enthousiaste que la majorité des lecteurs de ce diptyque, même si je reconnais la qualité de l’album. Il m’a juste moins parlé, m’a moins fait écho que ce que j’espérais.
Me reste à lire d’autre albums de lui de chez Aire Libre, en espérant y retrouver le même plaisir que lorsque j’ai découvert Jonathan (qui est pour l’instant à mes yeux, son chef d’œuvre).
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Viktor Frankl - Un héritage pour l'humanité
Je n'avais que vaguement entendu parler de Viktor Frankl, que j'associais plus facilement à la philosophie, une discipline que j'évite en général. Mais cette BD fut l'occasion de combler mes lacunes à son sujet. J'ai donc appris l'histoire d'un homme (extra)ordinaire, qui s'est passionné très jeune pour les neurosciences et la psychanalyse, qui a eu la chance de rencontrer Sigmund Freud, qui vivait à Vienne comme lui, et qui a su traverser la Shoah avec une pensée positive, avant de développer cette pensée positive sous le nom de logothérapie. La BD co-réalisée par Pascal Bresson et Jérôme Eho n'est pas une biographie classique, dans le sens où les tranches de vie qui nous sont proposées sont dans le désordre, un désordre visant à présentant la logothérapie dans ses prémices, dans les circonstances qui ont présidé à sa création. J'imagine que toutes les scènes ne sont pas "réelles", mais que certaines ont été imaginées par le scénaristes, pour servir son propos. L'entretien dans un parc avec un ecclésiastique, par exemple, me semble inventé. Mais cela n'a pas grande importance, au fil des pages se dessine le portrait d'un homme important du XXème siècle, qui a su faire preuve de résilience malgré les heures sombres qu'il a pu traverser. Le dessin de Jérôme Eho est assez plaisant, bien que la ligne claire trouve ici certaines limites, avec des visages parfois statiques ou des mises en couleurs pas vraiment réalistes. A lire cependant pour découvrir le personnage.
Emile et Margot
S'agissant de recueils de nombreuses histoires courtes à la trame similaire, je n'ai pas lu le totalité des albums de cette série. Il faut dire surtout qu'elles s'adressent avant tout à un jeune public. C'est en effet typiquement le genre de BD que je trouvais moi-même enfant dans les magazines J'aime Lire, avec une mise en scène et un humour rappelant par exemple Tom-Tom et Nana. Émile et Margot sont les enfants du roi et de la reine d'un petit château. Concrètement, ce contexte n'a rien d'essentiel, il suffit de savoir qu'ils ont de grands espaces pour s'amuser, une poignée de serviteurs, ainsi qu'une nourrice et un maître d'école qui leur sont dédiés. Et qu'ils ont pas mal de liberté. Celle-ci consiste la plupart du temps à rencontrer et vivre de courtes aventures avec de gentils monstres, eux-mêmes pourtant théoriquement interdits au château. C'est là ce qui fait le sel de cette série : la variété et l'originalité de chacun de ces petits monstres, avec en général un ou plusieurs nouveaux à chaque histoire pour de nouvelles péripéties. Celles-ci sont traitées sur un ton très enfantin, donc il est difficile pour un lecteur adulte de s'enthousiasmer, mais la diversité des idées est suffisante pour ne pas s'ennuyer. Et je suppose que ça a toutes les chances de bien plaire aux enfants.
Fagin le Juif
J’ai eu des expériences contrastées avec mes lectures d’Eisner, que beaucoup semblent porter aux nues – ici ou ailleurs. Disons que c’est encore le cas, je vais rester en retrait de la majorité des avis précédents. La faute à une narration, que j’ai parfois trouvée sans rythme, avec des longueurs – peut-être accentuées par le dessin et la mise en page, l’ajout de longs passages avec uniquement du texte. Mais, ceci étant dit, ça reste quand même une lecture fluide et relativement agréable (et le dessin d’Eisner est très lisible). Avec un sujet qui tient à cœur à Eisner, puisque le personnage principal subit toute sa vie sa condition de juif (et pas mal de malchance, de mauvaises rencontres et de mauvais timing !), et n’arrive pas à sortir des bas-fonds londoniens. Dans la seconde partie, le personnage d’Oliver Twist prend le relais (les deux destinées se croisent et s’assemblent). Pas enthousiasmé par la narration, mais ça se laisse lire. Une petite lecture sympathique. Sans plus, mais suffisamment pour que je ne regrette pas cet emprunt.
Les Bogros
Une série que j’ai découverte sur le tard, c’est dommage pour le ressenti. En effet, ça passe difficilement la barrière de l’âge (contrairement à certains albums des Schtroumpfs – qui jouent sur le même créneau). Par contre, c’est typiquement le genre d’albums qui peut plaire à un très jeune lectorat. En effet, c’est tout gentil, les personnages sont mignons, avec leurs gros pifs, ils sont tous craintifs, et envisagent toujours avec appréhension tout ce qui sort de la norme ou qui les pousse à prendre une initiative – même leur chef, préposé à ce genre de « prise de risque », est un grand velléitaire (voir dans le troisième tome les hésitations avant de s’attaquer à une dizaine à un champignon !). Le rythme est lent, il n’y a vraiment pas beaucoup d’action. C’est aussi ce qui fait qu’un adulte restera sur sa faim. Et il faut dire aussi que les intrigues ne sont pas forcément très fouillées. Mais, comme je l’ai dit, c’est destiné à un jeune public (je dirais 8-10 ans idéalement), et c’est pourquoi j’arrondis aux trois étoiles.
Mimikaki - L'étrange volupté auriculaire
Ce recueil de courts récits nous parle du plaisir orgasmique à se gratouiller l’oreille ou, encore mieux, à se faire gratouiller l’oreille par une experte. Yarô Abe, l’auteur de la Cantine de Minuit, nous propose ainsi de suivre quelques clients d’un établissement spécialisé tenu par une légende de la profession. Les histoires sont inégales et il est heureux qu’il n’y ait qu’un seul tome car je me serais vite lassé du concept. Certains chapitres sont vraiment pas mal à mes yeux, d’autres sont très dispensables. Les connotations sexuelles sont très fréquentes, ce qui pourrait choquer certains lecteurs (il n’est pas rare qu’un client éjacule dans son slip durant une séance de mimikaki). Au niveau du dessin, le style de Yarô Abe me sort de mes habitudes. Il est très épuré et dégage une certaine poésie. Ce n’est pas un chef-d’œuvre mais ce style change agréablement de mon ordinaire tout en restant facile à lire. Bon voilà, c’est un pur objet de curiosité qui vaut plus par son sujet (et la découverte de cette pratique qui semble courante au Japon) que par le destin des personnages présentés. Un petit pas mal pour ma part mais un manga fondamentalement dispensable.
Alva
Du fantastique sur fond de polar et de road movie. Stockholm, Alva est une jeune fille qui a un don pour l'escalade et les pirouettes et qui vit de rapines, avec pour coéquipiers deux drôles de lascars : Morten et Mini. Et c'est lors d'un cambriolage qui va mal tourner, qu'ils vont libérer par mégarde une svartedal, une sorcière de la mythologie nordique, du nom de Sidsel et qui a la particularité de pouvoir cracher de l'or. Celle-ci va tuer Morten et marquer au visage Alva tout en lui donnant des informations sur ses origines. Ce n'est que le début de leurs ennuis, puisque le cambriolé n'est autre que le Tuyauteur, un membre des Artisans, un groupe, ou plutôt une sorte de secte de cinglés, dont le but est de traquer les svartedals et de nettoyer à la façon de Jean Réno dans Léon. Ils vont se mettre en chasse de la sorcière, mais aussi d'Alva et Mini qui eux sont sur les traces du passé de la demoiselle. Une belle tambouille qui n'est que la partie visible de l'iceberg. Je découvre les deux auteurs, Daniel Hansen est suédois, c'est sa première BD et Anksel Studsgarth est danois, il en a déjà trois au compteur. Un récit sombre sur la recherche d'identité, musclé et rythmé avec une pointe d'humour, une belle touche d'horreur et de mythologie nordique. Une narration qui manque un peu de maîtrise, les enchaînements ne se font pas toujours naturellement et il faut fermer les yeux sur certaines facilités scénaristiques. Malgré cela, ma lecture fût très plaisante, sûrement grâce aux très nombreux personnages qui ne laissent pas indifférent. Un final qui laisse place à une possible suite. J'aime beaucoup le dessin de Daniel Hansen, un noir et blanc crasseux qui mélange le comics et le manga où les visages sont proches de la caricature. Une mise en page dynamique et immersive avec les nombreuses planches sans texte. Quelle maestria dans la représentation des paysages hivernaux, qu'ils soient sauvages ou urbains. On ressent le froid mordant de l'hiver. Un style qui me plaît beaucoup. Un petit mot sur la superbe couverture, c'est elle qui avait attiré mon regard lors de sa sortie, la svartedal m'avait fait penser au film Mama avec Jessica Chastain. Mais c'est sa nomination récente au festival d'Angoulême qui a terminé de me convaincre. Au final, vraiment pas mal. Note réelle : 3,5.
Modigliani
J'ai été surpris et quelque peu dérouté par la lecture de cette série. Je connais assez mal la peinture du célèbre peintre italien et presque rien de sa vie. Ce n'est pas cette série qui me permettra de mieux connaître l'oeuvre de Modigliani. Les auteurs nous proposent les quelques mois de la fin de vie de l'artiste avec sa compagne Jeanne. Les auteurs en choisissant une expression très réaliste nous plonge dans un monde tourmenté presque irrespirable. Cette ambiance d'artiste maudit est amplifiée par le rappel des ravages des combats de la Grande Guerre qui se déroulaient à quelques kilomètres de l'atelier du peintre. Aucun rayon de soleil dans ce récit intimiste que je n'ai pas trouvé à la gloire du peintre. Cette ambiance lourde est très bien rendue par un graphisme très réaliste souvent proche de la photo. Les angles et les éclairages choisis accentuent la misère humaine qui perle du récit. Une lecture un peu déroutante et exigeante qui m'a mis parfois mal à l'aise.
Le Plus beau jour de l’année
En matière de récits jeunesse, j’aime beaucoup ce que fait Jérôme Camil. Que ce soit au niveau de son dessin très cartoon, de son humour bon enfant et un brin irrévérencieux ou de ses morales toujours bien adaptées à son public, je trouve ses livres bien fichus. Le Plus beau jour de l’année est son nouvel opus et j’y ai retrouvé les mêmes qualités. Le scénario est léger et se résume à peu de choses, laissant la place aux gags et aux valeurs (amitié, tolérance, entraide). De plus, Jérôme Camil parvient à enrichir son récit grâce à deux planches placées en guise de pages de garde. Ces deux planches nous proposent une vision originale de l’histoire grâce à un tout autre angle d’approche. De quoi enrichir cette lecture en nous proposant finalement deux récits. La forme emprunte beaucoup aux livres d’illustration. Pourtant il s’agit bel et bien d’une bande dessinée avec découpage séquentiel et phylactères. C’est la preuve à mes yeux de l’énorme liberté dont dispose l’édition jeunesse, qui ne s’encombre pas de canevas définis et surfe ainsi aisément sur différents styles. Le livre alterne ainsi grandes illustrations en double page, illustration unique sur une page, pages découpées en deux ou trois cases ou dessins présentant différents personnages dans des lieus séparés mais dans la même temporalité (une très belle planche où les quatre garnements rentrent penauds chez leurs parents respectifs la mine déconfite). Objectivement, je trouve que Jérôme Camil a déjà fait mieux (je vous conseille son « Une Fin de loup ») mais « Le Plus beau jour de l’année » n’en demeure pas moins un chouette album bien illustré, drôle par moments et doté d’une belle morale. Un cadeau idéal à glisser sous le sapin et l’occasion de découvrir un auteur qui mérite de l’être.
Lucky Luke - Les Indomptés
Dans cette collection de « Lucky Luke vu par… », c’est très clairement l’album qui m’a le plus convaincu jusqu’à présent. Blutch imagine un récit qui n’aurait pas dépareillé dans la série originale, du moins au niveau de son scénario. On y retrouve un Lucky Luke agile revolver en main mais nettement moins face à deux enfants turbulents et un cas de conscience. L’équilibre entre western et humour est joliment dosé, l’univers créé par Morris et Goscinny est parfaitement respecté, Jolly Jumper participe activement à l’histoire sans être omniprésent. Franchement, on s’y croirait et j’ai passé un très bon moment de détente avec cet album. Blutch modernise juste ce qu'il faut les thématiques pour ne pas tomber dans l'hommage nostalgique sans s'aventurer dans un univers trop éloigné de la série d'origine. Le dessin est plus personnel, Blutch ne cherchant pas à imiter Morris mais bien à s’approprier son univers. Le résultat est globalement convaincant (petit bémol sur les yeux de Jolly Jumper, ainsi que sur la manière très aérienne avec laquelle les chevaux galopent). La filiation avec le trait de Morris se fait cependant grâce à la colorisation. Au final, même si Blutch n’offre rien de vraiment neuf, son histoire Lucky Luke m’a bien plu. Le scénario est agréable à suivre, le personnage de Lucky Luke est fidèle à l’image que j’en ai et le dessin est globalement satisfaisant. Pas mal du tout.
Le Voyage en Italie
J’adore Cosey, du moins le peu que j’en ai lu, c’est à dire Jonathan qui est à mes yeux une série culte, découvert à l’adolescence sur les conseils de mon père, A la recherche de Peter Pan que j’ai adoré, et les deux albums de Mickey Minnie et le secret de Tante Miranda et Une mystérieuse mélodie ou comment Mickey rencontra Minnie qui m’ont plu mais sans plus. Cosey, j’en ai l’image de cet auteur très marqué par les années 60, 70, limite hippie, avec des albums très souvent contemplatifs, contenant un message et un engagement très humaniste. J’ai décidé de me lancer dans les albums que je n’avais pas lus de lui, en grande majorité dans la collection Aire Libre, et Le voyage en Italie, avec toutes les excellentes critiques qu’il a recueillis, me paraissait l’idéal. On suit donc deux anciens soldats de la guerre du Vietnam, en voyage en Italie, d’où le titre, réunis dans un triangle amoureux, et une histoire d’adoption. J’y retrouve Cosey, quelque chose d’assez contemplatif, des personnages avec leurs souffrances, de l’humanisme, un certain fatalisme dans l’histoire, une sensation de mélancolie palpable. Un discours pacifique en toile de fond, de l’amour bienveillant et dépourvu d’intérêt. Tout ce qui fait que j’ai adoré les deux premières séries que je vous ai citées. En niveau des dessins, et bien c’est du Cosey, c’est son style, bien reconnaissable, et bien marqué, c’est beau, même si au premier abord je n’ai jamais trouvé ses dessins attirants, vite je me prends dedans, et me laisse guider par les découpage particulier et bien mené (et au même titre que ces dessins, facilement reconnaissable), les couleurs marquées, l’ambiance qui s’en dégage. J’aime. Et pourtant, la mayonnaise n’a pas pris aussi bien que je l’aurais souhaité. Alors peut être que j’en attendais trop ? Au vu de l’estime que j’ai pour ce que j’ai lu de lui et au vu des critiques et récompenses que l’album et l’auteur en règle général ont reçus. Toujours est-il que j’ai été déçu, je m’attendais plus à un effet « Wouahou », et ça n’a pas été le cas. J’ai passé un bon moment, et j’ai retrouvé tout ce qui définit pour moi Cosey en tant qu’auteur, mais… je n’ai eu d’empathie pour aucun personnage, peu importe ce qui pouvait leur arriver, cela m’était bien égal. Je suis donc moins enthousiaste que la majorité des lecteurs de ce diptyque, même si je reconnais la qualité de l’album. Il m’a juste moins parlé, m’a moins fait écho que ce que j’espérais. Me reste à lire d’autre albums de lui de chez Aire Libre, en espérant y retrouver le même plaisir que lorsque j’ai découvert Jonathan (qui est pour l’instant à mes yeux, son chef d’œuvre).