Les derniers avis (48991 avis)

Par Emka
Note: 3/5
Couverture de la série Asterios Polyp
Asterios Polyp

C’est l’originalité qui se dégage de cet album qui m’a amené à le lire. Et à ce titre j’ai été servi, tant dans son approche narrative que graphique. Mais au final, ce roman graphique m’a paru trop cérébral et distancié, et le personnage principal m’a laissé assez indifférent. Mazzucchelli démontre une maîtrise impressionnante de la bande dessinée en jouant avec les conventions du médium. Les choix stylistiques, comme l’utilisation de différentes palettes de couleurs pour représenter les perceptions et les émotions des personnages, ou l’intégration de divers styles artistiques pour refléter les perspectives individuelles, sont audacieux et innovants. En tous cas, c'est la première fois que je lis quelque chose comme ça. La lecture est riche de ce point de vue. L’histoire suit Asterios Polyp, un architecte théoricien dont la vie est bouleversée après que sa maison a été détruite par un incendie. Le récit est rempli de références philosophiques, littéraires et artistiques, rendant la lecture riche mais parfois dense. Et c’est cette densité qui se fait au détriment de l’émotion, de mon point de vue en tous cas. Le personnage d’Asterios Polyp est froid et distant, voire arrogant et cela crée dans mon cas une barrière émotionnelle. C’est cohérent avec les thèmes de l’album, mais cela m’a laissé insatisfait, en quête de davantage d’humanité dans l’histoire.

05/06/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 3/5
Couverture de la série Men of Wrath
Men of Wrath

Tueur de père en fils - Ce tome contient une histoire complète et indépendante de toute autre. Il comprend les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2014/2015, écrits par Jason Aaron, dessinés et encrés par Ron Garney, avec une mise en couleurs de Matt Mila. Tout commença au début du dix-neuvième siècle quand Dewey Rath s'installa en Alabama, dans Choctaw County. Tout dégénère en 1903, quand Isom Rath tue froidement Erastus Grievers pour une sombre histoire de moutons appartenant à un troupeau ou à un autre. Ira Rath est le fils de Monroe Rath lui-même fils d'Alfom Rath dont le père était cet Isom Rath. De nos jours la santé d'Ira Rath n'est pas bien vaillante, ce qui ne l'empêche pas d'être le tueur à gages le plus compétent de toute la région, dépourvu de toute pitié. le souci, c'est que Ruben Rath (son fils) est de retour dans la région et qu'il s'est mis dans un beau pétrin. Impossible de parler de cette histoire, sans rappeler que Jason Aaron est le scénariste d'une série exceptionnelle de noirceur et d'intelligence : Scalped. Cette série avait bénéficié de la mise en images par RM Guéra, dessinateur d'une grande qualité. Par la force des choses, toutes les œuvres suivantes de Jason Aaron se mesurent à cette référence (dont le lecteur espère qu'elle ne soit pas indépassable). À l'évidence, une histoire en cinq épisodes ne n'a pas l'ampleur d'une série en 60 épisodes comme Scalped, et la narration en est différente. Jason Aaron se concentre sur le personnage d'Ira Rath, lui donnant de l'épaisseur en tant que professionnel froid et sans remord. Ce personnage a droit à une scène d'introduction à l'efficacité cruelle qui ne laisse planer aucun doute sur le genre d'individu dont il s'agit. Aaron ne fait pas dans l'esbroufe spectaculaire gratuite ; il montre un professionnel en action. Ira Rath a un métier, il est compétent et il le fait bien sans état d'âme. Après cette entrée en matière sèche qui en impose, Aaron consacre son récit à Ira Rath, sa compétence en matière de meurtre, le genre d'individu qu'il est, et le dilemme que lui pose l'avenir de son fils et de Lizzie sa copine. La narration d'Aaron est sèche, sans gras. Il arrive à dresser un portrait plausible d'Ira Rath du début à la fin, évitant toute tentation d'en faire un héros, ou même un personnage sympathique. C'est un tueur au sang-froid du début jusqu'à la fin, sans aucune empathie. C'est un homme dans la force de l'âge aux capacités physiques impressionnantes, tout en restant réaliste (pas de résistance à la douleur défiant l'entendement). La première séquence montrant Ira Rath exerçant son métier arrive à convaincre le lecteur grâce aux images de Ron Garney. Il dessine ici dans un style réaliste, sans fioriture. La mise en scène est froide et factuelle, sans affèterie. Il le montre accomplir sa tâche avec efficacité, sans geste superflu. Le savoir-faire narratif d'Aaron lui permet d'enchaîner les séquences prévues (face-à-face avec le fiston, bébé en route), sans donner l'impression de s'en tenir à une enfilade de clichés. À nouveau, c'est parce qu'Aaron a réussi à faire passer la personnalité d'Ira Rath, que ses actions dépassent le cliché générique. La narration repose sur la personnalité de ce personnage et sur sa présence sur la page. Au fil des séquences, les dessins de Garney concourent à imposer la présence et la personnalité d'Ira Rath. C'est un homme de belle stature, sans être un géant, carré d'épaule sans disposer d'une musculature impossible, le visage sillonné de rides dues à la fois à l'âge et une vie âpre, aux gestes assurés et mesurés. Ses vêtements sont simples et avant tout fonctionnels. Ira Rath évolue dans un monde réaliste, avec des individus plausibles, des décors naturels normaux sans être bucoliques, des villes sans identité marquée, des lieux fonctionnels. Garney utilise avec parcimonie et à propos les codes graphiques perfectionnés par Frank Miller, tels que les gros aplats de noir. Il s'agit d'une utilisation chronique personnalisée, qui n'a rien d'une copie servile, même pas un hommage, un outil parmi d'autres. Par rapport à d'autre séries réalisées pour Marvel dans le registre superhéros (parfois avec Aaron, comme Wolverine: Get Mystique, Ultimate Comics Captain America), Ron Garney s'est plus investi pour réaliser des dessins à la consistance régulière sur toutes les pages. Le lecteur détecte cependant que cet artiste utilise parfois des automatismes graphiques pour les visages les rendant moins expressifs. Il subsiste également quelques raccourcis en matière de décors qui aboutissent à une représentation un peu simplifiée, qui a du mal à rendre compte de la complexité d'éléments comme une voiture, ou un carrelage. Garney les représente à la va-cite, sans chercher à les rendre plus palpables par des détails spécifiques ou des irrégularités engendrées par l'usage. Cette particularité des dessins ne tire pas le récit vers une narration graphique pour jeunes adolescents (encore moins pour enfants), mais elle diminue un peu le niveau de réalisme et donc l'impact visuel de ces représentations. Ces planches ne deviennent pas génériques, car elles présentent une mise en scène fluide s'adressant à des adultes habitués à la lecture de bandes dessinées. le découpage de chaque action imprime un rythme rapide de lecture, misant sur l'habitude du lecteur à reconnaitre les liens entre chaque case, sans rien perdre en lisibilité. Jason Aaron raconte donc une histoire relativement linéaire, entrecoupée de retours en arrière pour établir comment cette colère froide (Wrath) habite les individus mâles de chaque génération de la famille Rath (jeu de mot avec Wrath, à peu près la même prononciation). le lecteur amateur de récits noirs et violents, suit avec plaisir cette histoire brutale et sans concession, dans laquelle les auteurs décrivent avec conviction les agissements de cet individu à la personnalité parfaitement adaptée à son métier. Men of wrath constitue un bon thriller à tendance hard boiled, avec un personnage bien campé, à la psychologie logique bien transcrite. Ce récit trouve ses limites dans les images pas toujours tout à fait assez concrètes dans leur détail, et dans sa nature même, un parcours de violence sans rédemption, sans valeur morale, sans autre ambition que d'être un récit de genre efficace et sec.

04/06/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Claire et Malou
Claire et Malou

Une nouvelle série jeunesse mettant en scène une jeune fille énergique et son chien blasé. Présentée en petits albums souples à rabats, elle vise le public des 6-10 ans. Claire est une enfant pleine de joie de vivre et de projets. Son chien l'aime et la soutient mais il est bien plus mesuré et aussi doté de son petit caractère. Ensemble ils vont faire des étincelles dans une ambiance bon enfant et souriante. C'est une série mignonne, le genre que les parents mettent volontiers dans les mains de leur progéniture. Le dessin est rond et joyeusement coloré. Il fonctionne bien pour refléter l'atmosphère gaie et dynamique de l'histoire et de son héroïne. Le récit est simple, basé sur le quotidien d'une petite fille entre sa famille, l'école et ses amis, les petites engueulades, les petites joies, etc... Ce que j'ai aimé dans cette série, c'est que même si les motivations et envies de Claire sont celles d'une petite fille, elle a un jugement intelligent et des réactions souvent matures. Ce n'est pas idiot. Bref, une série douce et joyeuse qu'on lit avec plaisir.

04/06/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
Couverture de la série Gamer'z - Accros à la manette
Gamer'z - Accros à la manette

J'avoue que je m'attendais à pire. Cet album est une BD d'humour à thèmes, ici le monde des joueurs de jeux vidéos, le genre qu'on trouve en supermarché et qu'on lit par désœuvrement. Mais elle n'est pas si médiocre. Le graphisme a un petit je-ne-sais-quoi d'amateur, qui vient peut-être de l'uniformité de son encrage, mais le dessin lui-même n'est pas mauvais quoiqu'un peu figé. La mise en scène fonctionne, il y a quelques petites recherches d'esthétisme, décors et personnages sont corrects, et les filles sont plutôt mignonnes. La colorisation par contre fait cheap et manque d'harmonie. Les gags ne sont pas hilarants mais j'ai aimé la diversité de leurs sujets. Ce n'est pas répétitif et on sent que les auteurs sont eux aussi des gamers car il y a pas mal de références et de situations qui parleront aux autres joueurs. Bref, une petite lecture pour passer le temps, pas formidable mais pas mauvaise non plus. Note : 2,5/5

04/06/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
Couverture de la série Jumelle
Jumelle

C'est la première série de Florence Dupré La Tour et j'ai tout de suite aimé son dessin qui est un style naïf et dynamique que j'aime bien. Les personnages sont expressifs et la narration est fluide. Si j'ai bien compris, l'autrice a fait plusieurs séries autobiographiques qui traitent de sa jeunesse et j'imagine qu'il y a donc d’autres informations sur sa vie dans ses séries pace que dans celle-ci je trouvais qu'on passait rapidement sur des aspects de sa jeunesse. Pourquoi sa famille déménage autant ? En plus, une des sœurs de l'autrice, son petit frère et son chien apparaissaient soudainement dans le récit comme s'ils avaient toujours étaient là. J'espère que tout fait du sens lorsqu'on lit toute la production de l'autrice. Sinon, cette autobiographie mets en avant la relation que l'autrice a eu avec sa jumelle, comment elles ont toujours été ensembles durant leur jeunesse jusqu'à ce que durant leur adolescence leur mère clairement trop religieuse décide de les disciplinés plus et de les séparés. L'autrice parle aussi de la peur de la puberté parce que c'est une vraie garçon manqué vivant dans un monde qui mets plus en avant les modèles masculins et elle rejette totalement la féminité. J'ai bien aimé lire le témoignage de quelqu'un qui a eu une jumelle. Je sais que les relations entre jumeaux/jumelles peuvent être particulières et c'était intéressant d'avoir le témoignage de quelqu'un qui était dans cette situation, surtout que l'autrice ne prend pas de gant et est même plutôt cru. Le problème s'est qu'il y a tout de même des longueurs et que l'autrice ce répète un peu. Cela reste tout de même agréable même si je pense plutôt qu'il faut emprunter la série.

03/06/2024 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Katie la Catsitter
Katie la Catsitter

Voilà une jeune héroïne qui ne manque pas de chien ! Enfin... de chats. En effet avec l'aide des 217 félins qu'une voisine lui propose de garder, la jeune Katie va vivre une aventure unique, et faire la rencontre de la Grande Souris, une super-héroïne qui se retrouve dans un drôle de pétrin. Elle est arrivée là après la déconvenue majeure de sa fin d'année scolaire, l'impossibilité matérielle de partir en colo avec sa meilleure amie, laquelle lui écrit tous les jours, ce qui ne fait qu'accroître sa frustration. Avec cette série, Colleen Venable et sa dessinatrice Stephanie Yue nous offrent un panorama assez large de l'adolescence : désir d'émancipation, premières amours, frustrations... C'est plutôt frais, bien mené (on ne s'ennuie pas) et les chats sont pleins de surprises. Le deuxième tome m'a en revanche un peu refroidi. J'avais l'impression que tous les rebondissements étaient téléphonés, Katie m'a vite insupporté avec son comportement envers ses proches, et les personnages m'ont semblé manquer de saveur. J'ai même eu l'impression de cases dans le désordre lors d'une séquence-clé de l'album, lors d'un changement de costume... Stephanie Yue a un trait assez fin, plus proche de la ligne claire franco-belge que des comics mainstream. Elle se permet même quelques doubles pages assez agréables, en plus d'avoir une mise en scène inventive. Tous ces éléments permettent aux jeunes lectrices (public-cible du comic-book) de passer globalement un bon moment de lecture. Je recommande la lecture, malgré un deuxième tome à mon sens plus faible que le premier.

07/06/2023 (MAJ le 03/06/2024) (modifier)
Couverture de la série Horlemonde
Horlemonde

Du pas mal dont j’attendais plus, voilà ce qui me vient à l’esprit au sortir de ce diptyque. Le point de départ est assez classique (un représentant d’une sorte de guilde visite Almagiel, une planète peuplée de descendants de Terriens partis des milliers d’années plus tôt dans l’espace, et cherche à voir si des liens peuvent être renoués), mais l’univers de la planète est relativement original – même si un inévitable complot entre « modernes » et rebelles d’un côté et « anciens » et patriciens de l’autre divise cette société esclavagiste. L’intrigue se laisse lire agréablement, mais il y a quelques facilités et défauts de construction (ne connaissant pas les romans d’origine, je ne sais ce qui relève de l’adaptation dans ces « défauts »). En particulier comme l’a relevé Michelmichel, la scène où Jatred, jeune esclave révolté est sur le point d’être exécuté, pour être sauvé de façon peu crédible. Comme je n’ai pas forcément trouvé crédible la fin, où il est intronisé successeur du « visiteur », apprend en quelques seconde à se servir d’un vaisseau spatial. Une fi quelque peu bâclé, expédiée, l’action s’accélérant trop, pour finir sur quelque chose d’ouvert, qui pourrait appeler une suite. J’aurais aimé que l’univers – et les nombreuses bestioles – soient davantage développé, mais bon, ça reste lisible. Concernant le dessin, ça n’est pas forcément mon truc (travail à l’informatique visiblement), mais, là aussi, c’est très lisible. Le changement de dessinateur et de coloriste entre les deux tomes – ce que je n’aime pas généralement – n’est pas trop préjudiciable, les styles sont proches (je préfère même ceux qui officient sur le second tome.

03/06/2024 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5
Couverture de la série Speranza
Speranza

Après deux collaborations réussies avec les séries Climax et Imago Mundi, Eric Corbeyran et Achille Braquelaire reviennent avec ce nouveau projet mettant en scène une journaliste d'investigation aux prises avec une actualité sociale et environnementale intense. Cette première mission l'emmène donc en Tanzanie, sur les traces de braconniers, après la mort d'un confrère. C'est le début d'un petit périple dans différentes régions du pays, avec des situations très tendues, mais aussi de belles rencontres. On sent la maîtrise du récit par Crobeyran, au service d'une histoire ayant du sens de la part de Braquelaire, qui embarquent cette fois-ci un jeune dessinateur, Salaheddine Basti. Celui-ci manque encore de rigueur dans les anatomies de ses personnages, et de plus de maîtrise dans ses cadrages, parfois un peu maladroits. En revanche ce serait bien que l'héroïne change de temps en temps de t-shirt... De même les couleurs, réalisées en numérique, auraient besoin de plus de diversité, de maîtrise des ambiances et des outils, on sent que c'est encore fragile. Et, oh, attention aux inversions de bulles, il y a au moins deux scènes où on met les paroles d'un personnage dans la bouche d'un autre... Sur le plan de l'histoire, ça se tient globalement même si j'ai noté des petites incohérences. Mais cela ne gâche pas le récit, qui se déploie et se complexifie. Il faudra aussi "durcir" le personnage d'Iris Speranza, qui s'il est encore fragile, a besoin d'être plus affirmé. A ma connaissance c'est le premier récit non adaptatif chez un éditeur dont c'était l'ADN.

03/06/2024 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5
Couverture de la série Contes et légendes de Provence
Contes et légendes de Provence

Plus de 18 mois après son décès, voici le dernier album de François Corteggiani, grand scénariste acclamé pour sa verve et son humour, qui s'était attaqué ici à des histoires traditionnelles de sa Provence adorée. Avec le soutien de son complice Herlé, qui signe d'ailleurs le scénario de trois récits, il nous raconte donc la naissance du Mistral, ce vent si doux qu'il caresse le maquis, l'origine du lion de mer et du lion de terre, ces deux rochers situés face à saint-Raphaël, l'histoire singulière de la Pierre de la fée, et quelques autres, une dizaine au total. Le tout encapsulé dans une situation, celle d'une arrière-grand-mère qui raconte ces légendes à ses arrières-petits-enfants, pour les détourner des omniprésents écrans. C'est plutôt rigolo dans l'ensemble, Cortegghiani et Herlé insufflant des références contemporaines dans leurs histoires, avec une gouaille qui réussit à se renouveler à chaque histoire, et une Église qui en prend un peu pour son grade en passant. le dessinateur-caricaturiste s'y montre au mieux de sa forme, mention spéciale à cette hallucinante scène d'un curé pris par le démon de la dive bouteille en pleine messe de minuit.

03/06/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 3/5
Couverture de la série Yellow Cab
Yellow Cab

Chabouté nous immerge ici dans un New York qu’on observe depuis la banquette d’un taxi jaune, à hauteur d’homme, ou plutôt à hauteur de chauffeur. Comme toujours, le dessin de Chabouté est impeccable : noir, contrasté, plein de détails. Il capte l’essence même de la ville, ses rues, ses passants, ses atmosphères, avec une finesse qui rend la lecture immersive. On sent que le trait est maîtrisé, chaque case est un tableau en soi. Mais au-delà du dessin, l’histoire, elle, manque de relief. Le point de départ est pourtant prometteur. On suit le quotidien d’un écrivain français qui, en quête d’inspiration, décide de devenir chauffeur de taxi à New York. Il y a là une idée séduisante : découvrir la ville à travers le regard de ceux qui la traversent sans s’y arrêter, capter des fragments de vies en mouvement. Et Chabouté fait bien ressentir cette atmosphère d’attente, de flottement, d’observations furtives. Les dialogues sont brefs, les scènes souvent silencieuses, on est dans un rythme lent, presque contemplatif. Mais c’est peut-être là que le bât blesse. Si le style de Chabouté sert parfaitement cette ambiance de pause, d’observation, il y a un manque d’intensité dans le récit. On s’attend à ce que l’histoire décolle, à ce que le personnage principal vive des moments marquants ou entre dans une relation plus profonde avec la ville et ses passagers. Mais au final, tout reste en surface. Les rencontres s’enchaînent, certaines touchent du doigt quelque chose de plus profond, mais cela ne dure jamais. On passe d’une scène à l’autre sans jamais ressentir de véritable progression, ni d’émotion marquante. C’est agréable à lire, indéniablement, mais on a l’impression que l’histoire ne va pas assez loin. On reste dans un registre presque documentaire, sans jamais plonger dans quelque chose de plus personnel ou poignant. Le livre est bien fait, bien dessiné, mais une fois la dernière page tournée, il manque ce petit quelque chose qui donne envie d’y revenir, de se replonger dedans pour redécouvrir des détails ou revivre certaines émotions. En résumé, c'est visuellement réussi, mais cet album souffre d’un manque de profondeur narrative. L’immersion est plaisante, mais l’histoire, trop sage, ne laisse pas un souvenir impérissable. Une lecture agréable, sans plus.

03/06/2024 (modifier)