Étrange, différent, La mécanique du Sage tient plus du livre illustré, mais on se laisse volontiers emmener.
Assez de la course au bonheur non stop, place à la poésie ?
Un best-of pour les enfants, qui se sont bien identifiés aux personnages, à Vinz en particulier, avec son côté un peu clown blanc qui fonce tête baissée sans se poser de questions. Une manière plaisante de se divertir... et de réfléchir aux usages du numérique avec humour.
L'authentique témoignage d'une résistante recueilli par Jean-David Morvan et mis en image par Dominique Bertail.
D'ordinaire, je vais à reculons vers les biographies historiques, d'autant plus quand elles abordent le sujet de la Résistance qui est souvent un imbroglio confus de secrets, de non-dits et de rivalités politiques, au détriment d'une action rythmée et prenante. Pourtant, j'ai trouvé cette BD là excellente à tous points de vue et elle m'a absorbé sans une once d'ennui.
Madeleine Riffaud avait 17 ans au moment de l'Occupation et très rapidement, elle a décidé de rejoindre la Résistance. Elle devait cette conviction à une famille aimante et volontaire, à une forte personnalité n'ayant pas peur de la mort, et à une humiliation personnelle subie au moment de l'invasion de la France par les nazis. Mais il ne suffit pas de le vouloir pour trouver la Résistance, celle-ci prenant bien soin de rester secrète pour sa propre survie. C'est donc le parcours complexe qui a fini par permettre à Madeleine de pouvoir la rejoindre qui nous est raconté dans le premier tome de cette trilogie. Et c'est par le biais d'un long séjour dans un sanatorium pour tuberculeux qu'elle trouvera la voie et l'amour au passage.
Il y a une réelle fluidité dans la narration qui prend le lecteur par la main dès les premières pages et ne lui fait plus lâcher la lecture. Madeleine raconte son propre parcours et livre ses pensées avec simplicité et on s'attache très vite au personnage. Aucune lourdeur dans le texte, un bon rythme, et ce qui aurait pu apparaitre comme un documentaire un peu rébarbatif devient une aventure romantique, épique et pleine de réels dangers.
C'est aussi en grande partie grâce l'excellent dessin de Dominique Bertail. Là encore son aspect monochrome m'avait laissé craindre des planches austères et tristes, mais j'ai été rapidement épaté par la beauté de nombreuses planches, décors et paysages. En guise de monochrome, c'est en réalité une aquarelle soigneusement travaillée et certains dessins en plan large sont proprement superbes. Quant aux personnages, ils sont plein de vie et là encore loin d'une quelconque rigueur académique. Très beau boulot !
Madeleine, résistante est une très bonne BD qui transforme un témoignage historique en récit captivant, instructif, beau et fort. J'ai hâte de lire la suite !
Sous sa couverture rose bonbon et son titre à destination des collégiennes en fleur, j'estimais que cette BD ne s'adressait pas à moi et je n'allais la lire que par curiosité, pour voir ce qu'elle allait raconter aux jeunes adolescentes. Et en fait, je l'ai trouvée très bien.
Elle aborde avec simplicité mais aussi une grande justesse des sujets d'intérêt des adolescentes mais aussi adolescents, et de manière plus générale n'importe quel public puisqu'il s'agit de sujets de la vie, et ici de l'amour en particulier. Ce n'est pas une romance, ou pas totalement en tout cas, mais plus une suite d'interrogations que se posent les héroïnes et auxquelles elles répondent comme elles peuvent en approfondissant le sujet.
Concrètement, Garance et Noa s'interrogent sur l'amour. L'une est devenue assez cynique suite à une poignée d'expériences décevantes tandis que l'autre est pleine d'espoir car elle craque pour un garçon mais elle ne comprend pas pourquoi celui-ci l'évite. Ensemble, elles décident de prendre les choses en main et de mener une enquête pour comprendre ce qu'est l'amour et comment fonctionnent les relations entre garçons et filles. Pour ce faire, elles vont observer et interroger ouvertement leurs camarades du collège. Le fait d'ouvrir le dialogue et de s'intéresser à des personnes qu'elles n'avaient jamais abordées jusqu'à présent va leur ouvrir les yeux sur bien des choses, sans forcément apporter de réponses définitives forcément puisque le sujet est trop vaste et que personne n'a réussi à le cerner pour de bon.
Le principal enseignement qu'elles en tireront en tout cas est qu'il ne faut jamais se fier aux apparences.
Belle surprise que cette BD au ton très juste et plein d'intelligence.
Son graphisme est très attrayant, doux et coloré pour plaire aux jeunes. Maya est une jeune dessinatrice italienne et son style, entre école Disney et influence japonaise, est déjà très maîtrisé. J'aime l'expressivité qu'elle parvient à donner à ses héroïnes qui se révèlent encore plus attachantes grâce à elle.
L'histoire est toute simple mais elle coule parfaitement, sans jamais se révéler ennuyeuse ni trop prévisible contrairement à ce qu'on pourrait craindre d'un récit pour adolescentes. Son message s'adresse en priorité à un public jeune mais sa sagesse est sans âge et j'ai grandement apprécié sa justesse et sa sincérité.
Une BD à mettre entre toutes les mains.
Le pitch de départ, avec ces aventures se déroulant dans les souterrains, les égouts d’une ville tentaculaire, m’a un temps fait penser à Under (Megalopole avait remplacé Métropole, au point que je me dis que Bec s’en est pas mal inspiré !), qui ne m’avait que moyennement convaincu. Mais le casting, Segura au scénario et Bernet aux pinceaux, voilà qui était pour me rassurer a priori.
Je possède l’Intégrale Drugstore qui, malgré le relatif petit format, permet de lire tous les albums parfois pénibles à trouver, disséminés chez plusieurs éditeurs. Pour peu que l’on accepte le fait que c’est de la série B, cette série se laisse lire très agréablement, pour un petit moment de détente pas trop prise de tête.
Le dessin de Bernet use très bien du Noir et Blanc (j’aime bien son trait), avec des mecs aux traits burinés, des nanas bombasses (mais qui jouent souvent double jeu), et il colle tout à fait aux scénarios de Segura, poisseux, courts mais incisifs.
Le Kraken n’est généralement qu’évoqué, entraperçu (il n’intervient même pas dans toutes les histoires), sorte de symbole de toute la merde véhiculée par la ville en surface.
C’est une série mêlant fantastique et thriller qui, malgré l’aspect inégal de l’ensemble, offre de petites histoires sympas, une bonne réussite du genre.
Note réelle 3,5/5.
Qu'il est bon de temps en temps de re-découvrir une pépite suite à un petit rangement de bibliothèque.
Cette série n'ira pas plus loin que le premier tome, mais il vaut la peine qu'on s'y arrête.
L'histoire de Gilgamesh, roi d'Uruk où il aurait régné vers 2650 avant JC.
Il fait aussi partie de la mythologie mésopotamienne en tant qu'un des dieux des enfers.
On entre de plein fouet dans le récit, une merveille scénaristique. Limpide et brillant.
Mais le véritable point fort : le dessin.
Grandiose !
Je n'ai pas les mots pour dire combien c'est beau. Mille étoiles dans les yeux.
J'en conseille la lecture et l'achat.
Note réelle : 4,5.
D'après le roman de Harry Mulish, une histoire qui commence en 1945 pour se dévoiler en 1981, un roman sur la recherche de la vérité à tout prix.
La révélation de la fin éclaire toute l'histoire d'un homme écrasé par un drame familial. Un scénario bien construit, une vraie surprise qui nous fait passer d'un fait d'histoire en temps de guerre classique à un événement provoqué par un hasard tragique.
Une histoire qui s'étale sur plusieurs années et un rythme assez lent permet de nous imprégner de la souffrance de cet homme, cette narration complètement adapté au scénario est l'une des clés de la réussite de cette bd.
Le dessin est trop minimaliste à mon gout, par contre les changements de couleurs sombres créent des ambiances lourdes qui participent à comprendre l'état d'esprit et la souffrance d'Anton notre héros.
Un drame poignant et touchant, une bd marquante pour son sujet et sa fin.
Plunge est un subtil cocktail, un mélange de The Thing (Carpenter) et de Abyss (Cameron) avec un soupçon de HP Lovecraft (L'appel de Cthulhu).
Le scénario est maîtrisé, il nous plonge dans un univers fantastique qui va basculer dans l'horrifique. Des personnages bien trempés, dont l'un se nomme Carpenter (un balèze barbu), toujours cette référence à The Thing.
Donc une histoire maîtrisée, mais sans réelle surprise, par contre pas de temps mort, ça va à cent à l'heure et on se laisse aspirer jusqu'aux confins de l'océan.
Un bémol sur le vocabulaire, un brin trop vulgaire à mon goût sur quelques cases.
Une planche complète en Russe sans traduction, heureusement que le portable et ses applications existent.
Le dessin est au diapason, le trait est fin et précis, les visages expressifs.
La mise en couleur, dans des tons bleus et verts, aporte un plus au plaisir visuel.
Joe Hill (Locke & Key) et Stuart Immonen (Superman - Identité secrète) nous livrent un magnifique album.
Pour les amoureux du genre.
L’histoire des studios d’Hérouville, intimement liée au destin de l’artiste Michel Magne, peu de gens la connaissent. Et pourtant, à la lecture de ce formidable one-shot, on a envie de remercier ses auteurs pour nous l’avoir mise en lumière d’aussi belle façon. Michel Magne était surtout connu pour ses musiques de films (Les Tontons Flingueurs, …), bien que sa notoriété n’ait jamais égalé celle d’un Vladimir Cosma ou d’un Maurice Jarre. Pourtant, ce dernier avait bien d’autres cordes à son arc, notamment à travers la peinture. Véritable touche-à-tout à l’appétit insatiable en matière de création artistique, il se situait à l’avant-garde dans une approche pour le moins facétieuse, qui pouvait rappeler celle des Dadaïstes.
Magne a fréquenté l’élite artistique et noué de nombreuses amitiés (François Sagan, Boris Vian, Jean-Paul Sartre, Aragon, Jacques Prévert, Jean Cocteau, la liste est longue…). Il faut dire que l’homme avait une personnalité hors-du-commun, notamment par l’énergie qu’il était capable de déployer pour faire avancer ses projets, même si, las, le succès ne fut pas toujours au rendez-vous.
La création des studios d’Hérouville au début des seventies inaugura une période de foisonnement artistique hors du commun. La partie du château où vivait et travaillait Michel Magne depuis 1962 venait d’être détruite par un incendie, provoquant la perte irrémédiable des documents et enregistrements de l’artiste. C’est sur ce drame que s’ouvre Les Amants d’Hérouville, montrant comment Magne trouva le moyen de rebondir en restaurant l’aile endommagée et en convertissant le château en studio, équipé des dernières technologies de pointe, avec la participation de Dominique Blanc-Francard. Dès lors, le lieu va attirer le gratin de la chanson française et du rock international, profitant d’un contexte jamais vu de libération des mœurs et d’hédonisme psychédélique (on n’oubliera pas de sitôt le passage relatant le concert des Grateful Dead donné aux habitants du village). Dépensant sans compter, Magne continuait à organiser des fêtes excentriques autour de la piscine construite sur sa propriété, aux petits soins avec ses invités (y compris les pique-assiettes…), avec le concours d’un chef cuisinier amateur de poésie… il y aura la même année la rencontre avec sa baby-sitter, Marie-Claude, qui devint rapidement la femme de sa vie et avec qui il vécut un amour passionné. Jusqu’au jour où, après quelques années fastes, le déclin et les coups durs pointèrent de nouveau le bout de leur nez…
Cette biographie romancée n’est rien de moins qu’un conte de fées moderne, et la couverture ne dit pas autre chose en montrant les deux amants sur le toit du château, Magne en train de jouer une ritournelle à la guitare à l’adresse de sa bien-aimée au look hippie médiéval. Pendant ce temps, la fête bat son plein à l’intérieur comme à l’extérieur des murs, et l’on peut apercevoir Bowie en train d’enregistrer des vocaux. La narration de Yann Le Quellec est très bien construite, toute en fluidité, avec une trame principale entrecoupée de passages documentaires agrémentés de photos et d’articles de journaux sur la vie et l’œuvre de Magne. Pour accentuer l’authenticité des faits, des clichés ont été insérés sur certaines cases, répandant des arômes nostalgiques très puissants. Ce kaléidoscope chamarré et dynamique traduit parfaitement l’atmosphère de l’époque et du lieu, tel un tourbillon de folie douce et créativité libératrice sur fond d’amour pur et de substances psychotropes. Romain Ronzeau possède un trait léger et vif, jouant plus sur l’expressivité que sur la technique, avec un sens aigu du mouvement et une mise en page très variée. Son Michel Magne est dépeint comme un personnage bondissant et exubérant, haut en couleurs, mégalomane (voire mythomane) mais profondément généreux et désintéressé, d’abord amoureux de toutes les formes d’art et de leurs promoteurs.
Hélas, l’aura bienveillante et hors-normes de Magne trouvera assez rapidement ses limites, suscitant la rapacité (et la jalousie peut-être) de ses partenaires, qui lui feront payer chèrement ses frasques et son style de vie dispendieux. La frénésie festive et créatrice mis en œuvre pour le projet hérouvillois se transformera alors en chaos destructeur et lugubre. Un dur retour à la réalité pour le démiurge exalté qui finira expulsé de son propre paradis, une aberration cruelle dont il ne se remettra pas. Son côté sombre sera parfaitement représenté, contrastant singulièrement avec le personnage solaire du début, dès lors que le « prince charmant » — et accessoirement prince de la nuit (toujours vêtu de noir) comme on le voit dans une scène au début du livre lorsqu’il pénètre dans la chambre de Marie-Claude — se transformera en ogre démoniaque et violent, fragile aussi, taraudé par la ruine ricanante, comme aspiré de l’intérieur par ses propres gouffres. Ou quand la bête n’est jamais loin de l’ange…
En résumé, Les Amants d’Hérouville, en dehors de la touchante « love story », est le portrait tragique d’un homme dont la vie était entièrement dédiée à l’art et n’aura finalement fait que vivre dans l’ombre du gratin artistique qu’il côtoyait et aidait. Une vie dont les moments d’extase absolue précédaient immanquablement les zones de turbulence brutale où tout partait en cacahuète. Ce splendide roman graphique, chef d’œuvre de pop-culture, en constitue un excellent hommage, contribuant un peu plus à faire entrer le château dans la légende. Et si aujourd’hui les mythiques studios d’Hérouville fonctionnent encore, après plusieurs périodes de fermeture, c’est peut-être parce ses fantômes ne parviennent pas à se résoudre à la fin de cet incroyable âge d’or.
Je suis entré à petits pas dans ce livre qui m'a été offert, un peu rebuté par un dessin auquel je n'accrochais pas plus que ça.
Je dois reconnaître que je me suis laissé emporter avec plaisir dans cette histoire vraie : celle de l'expédition audacieuse voire téméraire d'une escadre anglaise autour du monde, pour attaquer les colonies espagnoles d'Amérique.
On s'attache avec intérêt à des personnages forts, aussi bien campés que dans le film Master & Commander, auquel l'album fait inéluctablement penser.
On frémit aussi devant le coût humain effarant (selon nos critères actuels) d'une telle expédition. Au XVIIIe siècle, 50% de pertes restait un chiffre acceptable...
Pas un 5/5, que je réserve à une petite élite de chefs d'oeuvre, mais un 4/5 bien mérité.
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La Mécanique du sage
Étrange, différent, La mécanique du Sage tient plus du livre illustré, mais on se laisse volontiers emmener. Assez de la course au bonheur non stop, place à la poésie ?
Vinz et Lou sur Internet
Un best-of pour les enfants, qui se sont bien identifiés aux personnages, à Vinz en particulier, avec son côté un peu clown blanc qui fonce tête baissée sans se poser de questions. Une manière plaisante de se divertir... et de réfléchir aux usages du numérique avec humour.
Madeleine, résistante
L'authentique témoignage d'une résistante recueilli par Jean-David Morvan et mis en image par Dominique Bertail. D'ordinaire, je vais à reculons vers les biographies historiques, d'autant plus quand elles abordent le sujet de la Résistance qui est souvent un imbroglio confus de secrets, de non-dits et de rivalités politiques, au détriment d'une action rythmée et prenante. Pourtant, j'ai trouvé cette BD là excellente à tous points de vue et elle m'a absorbé sans une once d'ennui. Madeleine Riffaud avait 17 ans au moment de l'Occupation et très rapidement, elle a décidé de rejoindre la Résistance. Elle devait cette conviction à une famille aimante et volontaire, à une forte personnalité n'ayant pas peur de la mort, et à une humiliation personnelle subie au moment de l'invasion de la France par les nazis. Mais il ne suffit pas de le vouloir pour trouver la Résistance, celle-ci prenant bien soin de rester secrète pour sa propre survie. C'est donc le parcours complexe qui a fini par permettre à Madeleine de pouvoir la rejoindre qui nous est raconté dans le premier tome de cette trilogie. Et c'est par le biais d'un long séjour dans un sanatorium pour tuberculeux qu'elle trouvera la voie et l'amour au passage. Il y a une réelle fluidité dans la narration qui prend le lecteur par la main dès les premières pages et ne lui fait plus lâcher la lecture. Madeleine raconte son propre parcours et livre ses pensées avec simplicité et on s'attache très vite au personnage. Aucune lourdeur dans le texte, un bon rythme, et ce qui aurait pu apparaitre comme un documentaire un peu rébarbatif devient une aventure romantique, épique et pleine de réels dangers. C'est aussi en grande partie grâce l'excellent dessin de Dominique Bertail. Là encore son aspect monochrome m'avait laissé craindre des planches austères et tristes, mais j'ai été rapidement épaté par la beauté de nombreuses planches, décors et paysages. En guise de monochrome, c'est en réalité une aquarelle soigneusement travaillée et certains dessins en plan large sont proprement superbes. Quant aux personnages, ils sont plein de vie et là encore loin d'une quelconque rigueur académique. Très beau boulot ! Madeleine, résistante est une très bonne BD qui transforme un témoignage historique en récit captivant, instructif, beau et fort. J'ai hâte de lire la suite !
Coeur Collège
Sous sa couverture rose bonbon et son titre à destination des collégiennes en fleur, j'estimais que cette BD ne s'adressait pas à moi et je n'allais la lire que par curiosité, pour voir ce qu'elle allait raconter aux jeunes adolescentes. Et en fait, je l'ai trouvée très bien. Elle aborde avec simplicité mais aussi une grande justesse des sujets d'intérêt des adolescentes mais aussi adolescents, et de manière plus générale n'importe quel public puisqu'il s'agit de sujets de la vie, et ici de l'amour en particulier. Ce n'est pas une romance, ou pas totalement en tout cas, mais plus une suite d'interrogations que se posent les héroïnes et auxquelles elles répondent comme elles peuvent en approfondissant le sujet. Concrètement, Garance et Noa s'interrogent sur l'amour. L'une est devenue assez cynique suite à une poignée d'expériences décevantes tandis que l'autre est pleine d'espoir car elle craque pour un garçon mais elle ne comprend pas pourquoi celui-ci l'évite. Ensemble, elles décident de prendre les choses en main et de mener une enquête pour comprendre ce qu'est l'amour et comment fonctionnent les relations entre garçons et filles. Pour ce faire, elles vont observer et interroger ouvertement leurs camarades du collège. Le fait d'ouvrir le dialogue et de s'intéresser à des personnes qu'elles n'avaient jamais abordées jusqu'à présent va leur ouvrir les yeux sur bien des choses, sans forcément apporter de réponses définitives forcément puisque le sujet est trop vaste et que personne n'a réussi à le cerner pour de bon. Le principal enseignement qu'elles en tireront en tout cas est qu'il ne faut jamais se fier aux apparences. Belle surprise que cette BD au ton très juste et plein d'intelligence. Son graphisme est très attrayant, doux et coloré pour plaire aux jeunes. Maya est une jeune dessinatrice italienne et son style, entre école Disney et influence japonaise, est déjà très maîtrisé. J'aime l'expressivité qu'elle parvient à donner à ses héroïnes qui se révèlent encore plus attachantes grâce à elle. L'histoire est toute simple mais elle coule parfaitement, sans jamais se révéler ennuyeuse ni trop prévisible contrairement à ce qu'on pourrait craindre d'un récit pour adolescentes. Son message s'adresse en priorité à un public jeune mais sa sagesse est sans âge et j'ai grandement apprécié sa justesse et sa sincérité. Une BD à mettre entre toutes les mains.
Kraken
Le pitch de départ, avec ces aventures se déroulant dans les souterrains, les égouts d’une ville tentaculaire, m’a un temps fait penser à Under (Megalopole avait remplacé Métropole, au point que je me dis que Bec s’en est pas mal inspiré !), qui ne m’avait que moyennement convaincu. Mais le casting, Segura au scénario et Bernet aux pinceaux, voilà qui était pour me rassurer a priori. Je possède l’Intégrale Drugstore qui, malgré le relatif petit format, permet de lire tous les albums parfois pénibles à trouver, disséminés chez plusieurs éditeurs. Pour peu que l’on accepte le fait que c’est de la série B, cette série se laisse lire très agréablement, pour un petit moment de détente pas trop prise de tête. Le dessin de Bernet use très bien du Noir et Blanc (j’aime bien son trait), avec des mecs aux traits burinés, des nanas bombasses (mais qui jouent souvent double jeu), et il colle tout à fait aux scénarios de Segura, poisseux, courts mais incisifs. Le Kraken n’est généralement qu’évoqué, entraperçu (il n’intervient même pas dans toutes les histoires), sorte de symbole de toute la merde véhiculée par la ville en surface. C’est une série mêlant fantastique et thriller qui, malgré l’aspect inégal de l’ensemble, offre de petites histoires sympas, une bonne réussite du genre. Note réelle 3,5/5.
L'Epopée de Gilgamesh
Qu'il est bon de temps en temps de re-découvrir une pépite suite à un petit rangement de bibliothèque. Cette série n'ira pas plus loin que le premier tome, mais il vaut la peine qu'on s'y arrête. L'histoire de Gilgamesh, roi d'Uruk où il aurait régné vers 2650 avant JC. Il fait aussi partie de la mythologie mésopotamienne en tant qu'un des dieux des enfers. On entre de plein fouet dans le récit, une merveille scénaristique. Limpide et brillant. Mais le véritable point fort : le dessin. Grandiose ! Je n'ai pas les mots pour dire combien c'est beau. Mille étoiles dans les yeux. J'en conseille la lecture et l'achat. Note réelle : 4,5.
L'Attentat (La Boîte à Bulles)
D'après le roman de Harry Mulish, une histoire qui commence en 1945 pour se dévoiler en 1981, un roman sur la recherche de la vérité à tout prix. La révélation de la fin éclaire toute l'histoire d'un homme écrasé par un drame familial. Un scénario bien construit, une vraie surprise qui nous fait passer d'un fait d'histoire en temps de guerre classique à un événement provoqué par un hasard tragique. Une histoire qui s'étale sur plusieurs années et un rythme assez lent permet de nous imprégner de la souffrance de cet homme, cette narration complètement adapté au scénario est l'une des clés de la réussite de cette bd. Le dessin est trop minimaliste à mon gout, par contre les changements de couleurs sombres créent des ambiances lourdes qui participent à comprendre l'état d'esprit et la souffrance d'Anton notre héros. Un drame poignant et touchant, une bd marquante pour son sujet et sa fin.
Plunge
Plunge est un subtil cocktail, un mélange de The Thing (Carpenter) et de Abyss (Cameron) avec un soupçon de HP Lovecraft (L'appel de Cthulhu). Le scénario est maîtrisé, il nous plonge dans un univers fantastique qui va basculer dans l'horrifique. Des personnages bien trempés, dont l'un se nomme Carpenter (un balèze barbu), toujours cette référence à The Thing. Donc une histoire maîtrisée, mais sans réelle surprise, par contre pas de temps mort, ça va à cent à l'heure et on se laisse aspirer jusqu'aux confins de l'océan. Un bémol sur le vocabulaire, un brin trop vulgaire à mon goût sur quelques cases. Une planche complète en Russe sans traduction, heureusement que le portable et ses applications existent. Le dessin est au diapason, le trait est fin et précis, les visages expressifs. La mise en couleur, dans des tons bleus et verts, aporte un plus au plaisir visuel. Joe Hill (Locke & Key) et Stuart Immonen (Superman - Identité secrète) nous livrent un magnifique album. Pour les amoureux du genre.
Les Amants d'Hérouville - Une histoire vraie
L’histoire des studios d’Hérouville, intimement liée au destin de l’artiste Michel Magne, peu de gens la connaissent. Et pourtant, à la lecture de ce formidable one-shot, on a envie de remercier ses auteurs pour nous l’avoir mise en lumière d’aussi belle façon. Michel Magne était surtout connu pour ses musiques de films (Les Tontons Flingueurs, …), bien que sa notoriété n’ait jamais égalé celle d’un Vladimir Cosma ou d’un Maurice Jarre. Pourtant, ce dernier avait bien d’autres cordes à son arc, notamment à travers la peinture. Véritable touche-à-tout à l’appétit insatiable en matière de création artistique, il se situait à l’avant-garde dans une approche pour le moins facétieuse, qui pouvait rappeler celle des Dadaïstes. Magne a fréquenté l’élite artistique et noué de nombreuses amitiés (François Sagan, Boris Vian, Jean-Paul Sartre, Aragon, Jacques Prévert, Jean Cocteau, la liste est longue…). Il faut dire que l’homme avait une personnalité hors-du-commun, notamment par l’énergie qu’il était capable de déployer pour faire avancer ses projets, même si, las, le succès ne fut pas toujours au rendez-vous. La création des studios d’Hérouville au début des seventies inaugura une période de foisonnement artistique hors du commun. La partie du château où vivait et travaillait Michel Magne depuis 1962 venait d’être détruite par un incendie, provoquant la perte irrémédiable des documents et enregistrements de l’artiste. C’est sur ce drame que s’ouvre Les Amants d’Hérouville, montrant comment Magne trouva le moyen de rebondir en restaurant l’aile endommagée et en convertissant le château en studio, équipé des dernières technologies de pointe, avec la participation de Dominique Blanc-Francard. Dès lors, le lieu va attirer le gratin de la chanson française et du rock international, profitant d’un contexte jamais vu de libération des mœurs et d’hédonisme psychédélique (on n’oubliera pas de sitôt le passage relatant le concert des Grateful Dead donné aux habitants du village). Dépensant sans compter, Magne continuait à organiser des fêtes excentriques autour de la piscine construite sur sa propriété, aux petits soins avec ses invités (y compris les pique-assiettes…), avec le concours d’un chef cuisinier amateur de poésie… il y aura la même année la rencontre avec sa baby-sitter, Marie-Claude, qui devint rapidement la femme de sa vie et avec qui il vécut un amour passionné. Jusqu’au jour où, après quelques années fastes, le déclin et les coups durs pointèrent de nouveau le bout de leur nez… Cette biographie romancée n’est rien de moins qu’un conte de fées moderne, et la couverture ne dit pas autre chose en montrant les deux amants sur le toit du château, Magne en train de jouer une ritournelle à la guitare à l’adresse de sa bien-aimée au look hippie médiéval. Pendant ce temps, la fête bat son plein à l’intérieur comme à l’extérieur des murs, et l’on peut apercevoir Bowie en train d’enregistrer des vocaux. La narration de Yann Le Quellec est très bien construite, toute en fluidité, avec une trame principale entrecoupée de passages documentaires agrémentés de photos et d’articles de journaux sur la vie et l’œuvre de Magne. Pour accentuer l’authenticité des faits, des clichés ont été insérés sur certaines cases, répandant des arômes nostalgiques très puissants. Ce kaléidoscope chamarré et dynamique traduit parfaitement l’atmosphère de l’époque et du lieu, tel un tourbillon de folie douce et créativité libératrice sur fond d’amour pur et de substances psychotropes. Romain Ronzeau possède un trait léger et vif, jouant plus sur l’expressivité que sur la technique, avec un sens aigu du mouvement et une mise en page très variée. Son Michel Magne est dépeint comme un personnage bondissant et exubérant, haut en couleurs, mégalomane (voire mythomane) mais profondément généreux et désintéressé, d’abord amoureux de toutes les formes d’art et de leurs promoteurs. Hélas, l’aura bienveillante et hors-normes de Magne trouvera assez rapidement ses limites, suscitant la rapacité (et la jalousie peut-être) de ses partenaires, qui lui feront payer chèrement ses frasques et son style de vie dispendieux. La frénésie festive et créatrice mis en œuvre pour le projet hérouvillois se transformera alors en chaos destructeur et lugubre. Un dur retour à la réalité pour le démiurge exalté qui finira expulsé de son propre paradis, une aberration cruelle dont il ne se remettra pas. Son côté sombre sera parfaitement représenté, contrastant singulièrement avec le personnage solaire du début, dès lors que le « prince charmant » — et accessoirement prince de la nuit (toujours vêtu de noir) comme on le voit dans une scène au début du livre lorsqu’il pénètre dans la chambre de Marie-Claude — se transformera en ogre démoniaque et violent, fragile aussi, taraudé par la ruine ricanante, comme aspiré de l’intérieur par ses propres gouffres. Ou quand la bête n’est jamais loin de l’ange… En résumé, Les Amants d’Hérouville, en dehors de la touchante « love story », est le portrait tragique d’un homme dont la vie était entièrement dédiée à l’art et n’aura finalement fait que vivre dans l’ombre du gratin artistique qu’il côtoyait et aidait. Une vie dont les moments d’extase absolue précédaient immanquablement les zones de turbulence brutale où tout partait en cacahuète. Ce splendide roman graphique, chef d’œuvre de pop-culture, en constitue un excellent hommage, contribuant un peu plus à faire entrer le château dans la légende. Et si aujourd’hui les mythiques studios d’Hérouville fonctionnent encore, après plusieurs périodes de fermeture, c’est peut-être parce ses fantômes ne parviennent pas à se résoudre à la fin de cet incroyable âge d’or.
Le Voyage du Commodore Anson
Je suis entré à petits pas dans ce livre qui m'a été offert, un peu rebuté par un dessin auquel je n'accrochais pas plus que ça. Je dois reconnaître que je me suis laissé emporter avec plaisir dans cette histoire vraie : celle de l'expédition audacieuse voire téméraire d'une escadre anglaise autour du monde, pour attaquer les colonies espagnoles d'Amérique. On s'attache avec intérêt à des personnages forts, aussi bien campés que dans le film Master & Commander, auquel l'album fait inéluctablement penser. On frémit aussi devant le coût humain effarant (selon nos critères actuels) d'une telle expédition. Au XVIIIe siècle, 50% de pertes restait un chiffre acceptable... Pas un 5/5, que je réserve à une petite élite de chefs d'oeuvre, mais un 4/5 bien mérité.