Je découvre Aimée De Jongh avec cet album, et je ressors ravi de ma lecture.
Le pitch de l’histoire ne me tentait pourtant pas plus que ça, et j’ai trouvé le premier tiers assez ennuyeux et vide… et puis les langues de délient, les conversations deviennent plus intéressantes, plus personnelles, et l’autrice réussit l’exploit de rendre les 4 chauffeurs de taxi intéressants et attachants sur un album relativement court (96 pages assez légères en textes).
La réalisation de l’album est exemplaire. La narration passe d’une époque à une autre avec une fluidité impressionnante. Le dessin en noir et blanc est élégant et détaillé.
Un album original et réussi, que je recommande aux amateurs de romans graphiques.
Une très belle composition. Voilà un conte des temps modernes qui mérite une place de choix dans sa bédéthèque.
A nouveau, je confirme une troisième fois mon intérêt pour Frederik Peeters. Après mes lectures de Pilules Bleues et Oleg, le voici au dessin : il devient à mes yeux un grand nom de l'univers BD actuel. Un auteur complet, je suis pressé de découvrir ses autres créations, qui semblent variées. J'ai entendu Frederik Peeters parler de son travail: il a utilisé un stylo-pinceau Pentel pour le dessin, 13 balles, auquel on ajout un aplat gris sur Photoshop. Rien dans le matos, tout dans le travail et la créativité. J'aime la BD. Les scènes pluvieuses dans Paris sont à couper le souffle et il arrive encore à me régaler lorsqu'on quitte la ville. Je reste un peu dubitatif sur les scènes enneigées (dernière partie). Les flocons occupent un peu trop l'espace, gâchant un peu mon plaisir alors que certaines scènes - et double pages - méritait peut être plus de visibilité. Par contre quelle plume pour les personnages! L'héroïne principale, Betty, dégage énormément de charme. Elle a un regard très profond et qui fait face à l'adversité, c'est très attirant. Et que dire l'Homme Gribouille ou de Max Corbeau, surtout lui ! Ce personnage à plumes est esthétiquement beau bien que cauchemardesque, notamment dans ses mouvements. Il apporte beaucoup de poids à l'histoire, c'est une grande menace qui plane du début à la fin, alors qu'il n'intervient pas tant que ça non plus, si on fait bien attention. Et je pense qu'au-delà du scénario bien ficelé, cette réussite vient aussi du dessin. Frederik Peeters a créé un personnage qui marque les esprits et hante nos héroïnes avec brio.
Pareil, je salue franchement le scénario de Serge Lehman pour avoir proposé un scénario bien calibré, qui monte en puissance jusqu'au final. Je n'ai senti ni lourdeur, ni platitude à aucun moment. Le voile se lève régulièrement, on est constamment surpris par les péripéties de ces 2 héroïnes, qui forment un magnifique combo. L'humour est tout de même présent est prête à sourire quelques fois, j'ai adoré le moment où Clara subit un choc, rentre à la maison complètement éberluée par un évènement et finit par lâcher "Ma grand-mère est une pute". Si l'histoire baigne de plus en plus dans le genre fantastique au fil des pages et avec un chouïa d'ésotérisme, c'est juste ce qu'il faut pour garder un pont avec le réel. Je trouve quelques petits manques, notamment sur l'origine de certains personnages, qui reste un mystère complet après fermeture du bouquin, ou même le Commencement de cette histoire, expliqué de façon trop anecdotique à mes yeux.
Le rendu final est excellent! Il y a une belle complémentarité, la collaboration me paraît fusionnelle. J'espère redécouvrir un nouveau récit signé par ces 2 auteurs. Avant que cela n'arrive, je vous invite vraiment à découvrir ce récit.
Le beau Bernard Prince est un ancien agent d’interpol qui parcourt le monde sur son navire – le cormoran – avec son pote Barnay Jordan, un marin ronchon, querelleur et alcoolique ainsi qu’avec le jeune Djinn. Avec cette série vous allez vivre des aventures enthousiasmantes qui fascineront les petits comme les grands. Les rebondissements sont nombreux. Le suspens est au rendez-vous dans chaque album. Vous ne pourrez que vous attacher à ces personnages nés sous la houlette d’un duo hors norme, Hermann et Greg.
Voilà donc une série qui défie le temps et les styles. Les aventures tumultueuses de Bernard Prince sont remplies d’humanité et d’émotions positives. Si vous rajoutez des décors exotiques – souvent des pays imaginaires mais inspirés de pays existants - et un graphisme incroyablement beau, vous tomberez indéniablement sous le charme de ce héros.
Je suis fan absolu de la série. Vous avez là l’occasion unique de plonger dans un bestseller de la BD ! A (re)découvrir de toute urgence.
Étrange histoire, qui aurait pu partir vers quelque chose de plus gore, ou vers un fantastique macabre. Mais rapidement, le dessin d’Ortiz adoucit tout (aseptise peut-être ?).
Étrange peut-être, mais intéressante en tout cas. On suit cette histoire un peu branque avec plaisir. La narration est fluide, et sait ménager quelques rebondissements, ainsi qu’une fin ouverte.
L’intrigue nous montre aussi que les personnes les plus bizarres, les moins « sympathiques » ne sont pas celles que l’on croit, puisque le collectionneur d’objets liés à des massacres, meurtres et catastrophes, a priori morbide et « dérangé », se révèle au final plus équilibré que ses voisins, et finalement bien plus agréable et sympathique.
Je suis plutôt satisfait de mon achat. D’autant plus que Rackham a vraiment bien fait les choses, avec une couverture cartonnée et un dos toilé, un papier épais (j’aime aussi les choix de colorisation d’Ortiz, avec ces nuances de rose et de violet qui dominent).
Note réelle 3,5/5.
Silence est un homme, un peu limité (style Forrest Gump) qui a été "asservi" par l'homme le plus influent du village, qui est aussi une véritable ordure. On suit l'histoire à travers les pensées de Silence, qui, j'ai oublié de le dire, est muet.
A mes yeux, l'immense point fort de cette album est de nous faire suivre l'histoire par les yeux d'un benêt, innocent et sincèrement gentil. Hormis Forrest Gump, c'est la première fois qu'un benêt arrive à m'intéresser et même à m'émouvoir. J'ai trop souvent eu l'habitude de lire des caricatures concernant les idiots et ici, on en est loin.
Deuxième point positif : l'originalité de l'histoire. Quand on a lu des centaines, voire des milliers d'histoires différentes, il devient de plus en plus difficile de trouver une histoire qui arrive encore à nous surprendre. Et bien ici, chacun des chapitres m'a étonné. Jamais, je n'ai réussi à deviner où l'auteur voulait m'emmener. Quel plaisir de lire une histoire vraiment originale.
Enfin, j'ai beaucoup apprécié le dessin en noir et blanc. Les traits des personnages reflètent vraiment bien leurs émotions et leur personnalité. Rapidement, on s'identifie ou on déteste les protagonistes tellement les planches sont expressives.
Un bon 4 étoiles
MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Jean-Sébastien Bérubé continue dans l'autobiographie et nous raconte son retour au Québec après les événements de Comment je ne suis pas devenu moine.
Il y a des moments assez durs car on voit Bérubé souffrir de dépression à cause de ses problèmes sentimentaux et aussi familiaux qui lui empoisonnent la vie. Sa mère a été violée par son propre père lorsqu'elle a été jeune et a développé des problèmes mentaux et son grand-père paternel contrôle tout ce qui fait en sorte que l'auteur n'a pas su bien se développer émotivement et qu'il finit toujours par se plier aux désirs des autres sans penser un peu à lui. Parallèlement, il retourne au karaté et essaie de se dépasser dans ce sport. On voit aussi un peu les débuts difficiles de sa carrière d'auteur de BD lorsqu'il commence à faire Radisson, mais c'est un élément mineur dans le scénario. Il ne faut pas s'attendre à lire la vie d'un jeune auteur de BD qui fait tout pour percer dans le métier et qui apprend comment bien faire une BD, c'est vraiment centré sur ses problèmes émotionnels et familiaux ainsi que sur le karaté.
Comme je l'ai dit, certains passages sont un peu durs, notamment lorsque l'auteur raconte tous les malheurs qu'il a vécus durant sa jeunesse et qui expliquent pourquoi il a besoin d'aide psychologie. Moi qui ai de la difficulté à raconter mes problèmes, je trouve ça courageux lorsqu'un auteur se met à nu devant les lecteurs. Le scénario est bien écrit, c'est passionnant du début jusqu'à la fin, et j'aime bien le dessin. Ceux qui ont aimé le précédent roman graphique de l'auteur devraient aimer autant celui-ci et si vous ne connaissez pas cet auteur, son œuvre est à découvrir.
Si le pitch de départ peut sembler farfelu et grotesque (une attaque de poissons hors de l'eau juchés sur des pattes mécaniques) et peut lorgner autour des nanars italiens des années 80, Gyo se démarque assez vite par un rythme très soutenu et une intrigue qui ne cesse de se développer autour d'un couple en crise et spectateur de ce qui ressemble à une évolution d'un autre genre.
On peut se demander ce qui tourne dans le cerveau de son créateur, Jinjo Ito, qui arrive par son talent à raconter un récit constamment sur le fil du grotesque. Un vrai tout d'équilibriste rehaussé par des dessins soignés et bien souvent répugnants.
En dire davantage serait compliqué sans spoiler tout le sel de cette histoire rocambolesque qui puise autant son inspiration dans les récits post-apocalyptiques que dans l'imagerie Body Horror de Cronenberg. Cerise sur le gâteau, Ito change de fusil d'épaule en construisant pour une fois un récit linéaire s'éloignant des anthologies qui l'ont rendu célèbre et que l'on retrouvait également dans son célèbre manga Spirale. Voici une œuvre hautement recommandable pour qui a le cœur bien accroché devant autant d'atrocités. On en redemande.
Voilà une BD qui ne paye pas de mine avant la lecture. Et finalement, on plonge dans le récit sans jamais en être rassasié. L’ensemble des thèmes (et il y en a !) est vraiment parfaitement équilibré, le ton du récit et les problématiques de l’auteur sont aussi profondes que tout à fait digestes. Un coup de maître, je partage l’engouement !
Le dessin est plutôt rond et à l’apparence enfantine, la couverture a tout pour rendre le tome 1 accessible, les premières planches chez le psy ou chez son frère font gags et l’humour m’emballe direct. On va bien se marrer. Tout du long, il y aussi ces « privates jokes » qui créent des scènes absurdes et malaisantes au possible (un exemple parmi tant d’autres : sa 1ère rencontre avec la vétérinaire, et Adolf dans ses bras). Mais comme certainement dit plus bas, il ne faut pas se limiter à l’humour, Manu Larcenet fait danser nos émotions au rythme de sa vie, qui ressemble de près ou de loin à la vie de monsieur-tout-le-monde.
Si son métier quitte un peu les sentiers battus, c’est bien sa vie quotidienne (4 tomes étendus sur 6 ou 7 ans environ ?) qui nous embarque le plus. On se fout bien qu’il expose ses photos à côté d’une star, c’est ce qu’il en tire qui est important. Il est trop trop fort pour narrer ses questionnements existentiels. Il réussit à aborder une quantité impressionnante de thèmes avec un équilibre sorti de nul part et qui, mystérieusement, s’imbriquent parfaitement entre eux. C'est du génie narratif.
Et en plus de l’autobio, on réussit à prendre connaissance du cadre temporel de cette histoire de façon hyper subtile. On découvre tout ça au travers d’interminables discussions entre bourrés/défoncés (Pablo, son frère "Geoooorges!!"), ou quand on refait le monde (Pablo), ou quand on boit les paroles du sage (Pablo, ancien commandant, éditeur). Du coup, il n’y a rien de barbant, ce qui rend la BD véritablement vivante ! Fixez-y des pattes et elle gambade ! L’auteur avait à cœur de faire savoir que son récit se déroule dans un contexte politique français bien particulier pour comprendre encore plus les individus qui y sont présentés. Quelques mots clés : Algérie française, ancienne/nouvelle génération, élections de 2002 et de 2007, l’affaiblissement du pouvoir syndical, militantisme et engagement, etc.
Je reviens un bout sur le dessin. C’est un sacré trompe-l’œil, et en même temps c’est génialement choisi. Par ailleurs, on voit bien qu’il n’a pas un style unique: les portraits des dockers, de la chouette et du vieil homme, le nu… Quant au style enfantin, le plus présent donc, il est superbement exploité, notamment avec toutes ces mimiques terriblement originales qui font leur effet et qui ajoute tout le charme à cette série. Ces yeux blancs, vides et dégoulinant pour exprimer un sentiment finalement difficile à traduire. Il y a aussi cette situation ridiculement drôle, avec les bras tendus bien hauts au moment d’exprimer une joie intense, puis le silence qui suit avec un malaise terrible et les bras toujours en l’air. On peut être un génie avec une idée simple.
J’aimerais bien arrêter de mettre des 4/5 ou 5/5, mais que voulez-vous… Encore un culte, c’est clair !
Je découvre le duo Brubaker/Phillips et je dois avouer que je suis scotché par ce one shot.
New York 1939, Max Winter écrit pour un "pulp" une série western, des histoires reprenant une partie de sa jeunesse de hors la lois.
Brubaker nous distille un scénario aux petits oignons. Pas de fausses notes. Un thriller qui va crescendo jusqu'à une fin presque inévitable, sur fond de montée du nazisme.
Une réflexion sur une vie de violence.
J'ai apprécié la façon dont il traite la vieillesse, de choisir sa fin. Deux films de Clint Eastwood me sont revenus en mémoire : Grand Torino et Impitoyable.
C'est le dessin de Phillips qui fait que je ne découvre que maintenant ce fameux duo.
Il ne me faisait pas de l'œil, malgré de nombreux feuilletages.
Mea culpa, j'ai apprécié son trait fin, précis et noir tout le long de ma lecture.
Comme quoi, je dois dépasser mes aprioris.
A lire et à posséder.
Ne passez pas à côté de ce petit chef d'œuvre qui est bien plus qu'un thriller.
Étrange, différent, La mécanique du Sage tient plus du livre illustré, mais on se laisse volontiers emmener.
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Je découvre Aimée De Jongh avec cet album, et je ressors ravi de ma lecture. Le pitch de l’histoire ne me tentait pourtant pas plus que ça, et j’ai trouvé le premier tiers assez ennuyeux et vide… et puis les langues de délient, les conversations deviennent plus intéressantes, plus personnelles, et l’autrice réussit l’exploit de rendre les 4 chauffeurs de taxi intéressants et attachants sur un album relativement court (96 pages assez légères en textes). La réalisation de l’album est exemplaire. La narration passe d’une époque à une autre avec une fluidité impressionnante. Le dessin en noir et blanc est élégant et détaillé. Un album original et réussi, que je recommande aux amateurs de romans graphiques.
L'Homme gribouillé
Une très belle composition. Voilà un conte des temps modernes qui mérite une place de choix dans sa bédéthèque. A nouveau, je confirme une troisième fois mon intérêt pour Frederik Peeters. Après mes lectures de Pilules Bleues et Oleg, le voici au dessin : il devient à mes yeux un grand nom de l'univers BD actuel. Un auteur complet, je suis pressé de découvrir ses autres créations, qui semblent variées. J'ai entendu Frederik Peeters parler de son travail: il a utilisé un stylo-pinceau Pentel pour le dessin, 13 balles, auquel on ajout un aplat gris sur Photoshop. Rien dans le matos, tout dans le travail et la créativité. J'aime la BD. Les scènes pluvieuses dans Paris sont à couper le souffle et il arrive encore à me régaler lorsqu'on quitte la ville. Je reste un peu dubitatif sur les scènes enneigées (dernière partie). Les flocons occupent un peu trop l'espace, gâchant un peu mon plaisir alors que certaines scènes - et double pages - méritait peut être plus de visibilité. Par contre quelle plume pour les personnages! L'héroïne principale, Betty, dégage énormément de charme. Elle a un regard très profond et qui fait face à l'adversité, c'est très attirant. Et que dire l'Homme Gribouille ou de Max Corbeau, surtout lui ! Ce personnage à plumes est esthétiquement beau bien que cauchemardesque, notamment dans ses mouvements. Il apporte beaucoup de poids à l'histoire, c'est une grande menace qui plane du début à la fin, alors qu'il n'intervient pas tant que ça non plus, si on fait bien attention. Et je pense qu'au-delà du scénario bien ficelé, cette réussite vient aussi du dessin. Frederik Peeters a créé un personnage qui marque les esprits et hante nos héroïnes avec brio. Pareil, je salue franchement le scénario de Serge Lehman pour avoir proposé un scénario bien calibré, qui monte en puissance jusqu'au final. Je n'ai senti ni lourdeur, ni platitude à aucun moment. Le voile se lève régulièrement, on est constamment surpris par les péripéties de ces 2 héroïnes, qui forment un magnifique combo. L'humour est tout de même présent est prête à sourire quelques fois, j'ai adoré le moment où Clara subit un choc, rentre à la maison complètement éberluée par un évènement et finit par lâcher "Ma grand-mère est une pute". Si l'histoire baigne de plus en plus dans le genre fantastique au fil des pages et avec un chouïa d'ésotérisme, c'est juste ce qu'il faut pour garder un pont avec le réel. Je trouve quelques petits manques, notamment sur l'origine de certains personnages, qui reste un mystère complet après fermeture du bouquin, ou même le Commencement de cette histoire, expliqué de façon trop anecdotique à mes yeux. Le rendu final est excellent! Il y a une belle complémentarité, la collaboration me paraît fusionnelle. J'espère redécouvrir un nouveau récit signé par ces 2 auteurs. Avant que cela n'arrive, je vous invite vraiment à découvrir ce récit.
Bernard Prince
Le beau Bernard Prince est un ancien agent d’interpol qui parcourt le monde sur son navire – le cormoran – avec son pote Barnay Jordan, un marin ronchon, querelleur et alcoolique ainsi qu’avec le jeune Djinn. Avec cette série vous allez vivre des aventures enthousiasmantes qui fascineront les petits comme les grands. Les rebondissements sont nombreux. Le suspens est au rendez-vous dans chaque album. Vous ne pourrez que vous attacher à ces personnages nés sous la houlette d’un duo hors norme, Hermann et Greg. Voilà donc une série qui défie le temps et les styles. Les aventures tumultueuses de Bernard Prince sont remplies d’humanité et d’émotions positives. Si vous rajoutez des décors exotiques – souvent des pays imaginaires mais inspirés de pays existants - et un graphisme incroyablement beau, vous tomberez indéniablement sous le charme de ce héros. Je suis fan absolu de la série. Vous avez là l’occasion unique de plonger dans un bestseller de la BD ! A (re)découvrir de toute urgence.
Murderabilia
Étrange histoire, qui aurait pu partir vers quelque chose de plus gore, ou vers un fantastique macabre. Mais rapidement, le dessin d’Ortiz adoucit tout (aseptise peut-être ?). Étrange peut-être, mais intéressante en tout cas. On suit cette histoire un peu branque avec plaisir. La narration est fluide, et sait ménager quelques rebondissements, ainsi qu’une fin ouverte. L’intrigue nous montre aussi que les personnes les plus bizarres, les moins « sympathiques » ne sont pas celles que l’on croit, puisque le collectionneur d’objets liés à des massacres, meurtres et catastrophes, a priori morbide et « dérangé », se révèle au final plus équilibré que ses voisins, et finalement bien plus agréable et sympathique. Je suis plutôt satisfait de mon achat. D’autant plus que Rackham a vraiment bien fait les choses, avec une couverture cartonnée et un dos toilé, un papier épais (j’aime aussi les choix de colorisation d’Ortiz, avec ces nuances de rose et de violet qui dominent). Note réelle 3,5/5.
Silence
Silence est un homme, un peu limité (style Forrest Gump) qui a été "asservi" par l'homme le plus influent du village, qui est aussi une véritable ordure. On suit l'histoire à travers les pensées de Silence, qui, j'ai oublié de le dire, est muet. A mes yeux, l'immense point fort de cette album est de nous faire suivre l'histoire par les yeux d'un benêt, innocent et sincèrement gentil. Hormis Forrest Gump, c'est la première fois qu'un benêt arrive à m'intéresser et même à m'émouvoir. J'ai trop souvent eu l'habitude de lire des caricatures concernant les idiots et ici, on en est loin. Deuxième point positif : l'originalité de l'histoire. Quand on a lu des centaines, voire des milliers d'histoires différentes, il devient de plus en plus difficile de trouver une histoire qui arrive encore à nous surprendre. Et bien ici, chacun des chapitres m'a étonné. Jamais, je n'ai réussi à deviner où l'auteur voulait m'emmener. Quel plaisir de lire une histoire vraiment originale. Enfin, j'ai beaucoup apprécié le dessin en noir et blanc. Les traits des personnages reflètent vraiment bien leurs émotions et leur personnalité. Rapidement, on s'identifie ou on déteste les protagonistes tellement les planches sont expressives. Un bon 4 étoiles MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Vers la tempête
Jean-Sébastien Bérubé continue dans l'autobiographie et nous raconte son retour au Québec après les événements de Comment je ne suis pas devenu moine. Il y a des moments assez durs car on voit Bérubé souffrir de dépression à cause de ses problèmes sentimentaux et aussi familiaux qui lui empoisonnent la vie. Sa mère a été violée par son propre père lorsqu'elle a été jeune et a développé des problèmes mentaux et son grand-père paternel contrôle tout ce qui fait en sorte que l'auteur n'a pas su bien se développer émotivement et qu'il finit toujours par se plier aux désirs des autres sans penser un peu à lui. Parallèlement, il retourne au karaté et essaie de se dépasser dans ce sport. On voit aussi un peu les débuts difficiles de sa carrière d'auteur de BD lorsqu'il commence à faire Radisson, mais c'est un élément mineur dans le scénario. Il ne faut pas s'attendre à lire la vie d'un jeune auteur de BD qui fait tout pour percer dans le métier et qui apprend comment bien faire une BD, c'est vraiment centré sur ses problèmes émotionnels et familiaux ainsi que sur le karaté. Comme je l'ai dit, certains passages sont un peu durs, notamment lorsque l'auteur raconte tous les malheurs qu'il a vécus durant sa jeunesse et qui expliquent pourquoi il a besoin d'aide psychologie. Moi qui ai de la difficulté à raconter mes problèmes, je trouve ça courageux lorsqu'un auteur se met à nu devant les lecteurs. Le scénario est bien écrit, c'est passionnant du début jusqu'à la fin, et j'aime bien le dessin. Ceux qui ont aimé le précédent roman graphique de l'auteur devraient aimer autant celui-ci et si vous ne connaissez pas cet auteur, son œuvre est à découvrir.
Gyo
Si le pitch de départ peut sembler farfelu et grotesque (une attaque de poissons hors de l'eau juchés sur des pattes mécaniques) et peut lorgner autour des nanars italiens des années 80, Gyo se démarque assez vite par un rythme très soutenu et une intrigue qui ne cesse de se développer autour d'un couple en crise et spectateur de ce qui ressemble à une évolution d'un autre genre. On peut se demander ce qui tourne dans le cerveau de son créateur, Jinjo Ito, qui arrive par son talent à raconter un récit constamment sur le fil du grotesque. Un vrai tout d'équilibriste rehaussé par des dessins soignés et bien souvent répugnants. En dire davantage serait compliqué sans spoiler tout le sel de cette histoire rocambolesque qui puise autant son inspiration dans les récits post-apocalyptiques que dans l'imagerie Body Horror de Cronenberg. Cerise sur le gâteau, Ito change de fusil d'épaule en construisant pour une fois un récit linéaire s'éloignant des anthologies qui l'ont rendu célèbre et que l'on retrouvait également dans son célèbre manga Spirale. Voici une œuvre hautement recommandable pour qui a le cœur bien accroché devant autant d'atrocités. On en redemande.
Le Combat ordinaire
Voilà une BD qui ne paye pas de mine avant la lecture. Et finalement, on plonge dans le récit sans jamais en être rassasié. L’ensemble des thèmes (et il y en a !) est vraiment parfaitement équilibré, le ton du récit et les problématiques de l’auteur sont aussi profondes que tout à fait digestes. Un coup de maître, je partage l’engouement ! Le dessin est plutôt rond et à l’apparence enfantine, la couverture a tout pour rendre le tome 1 accessible, les premières planches chez le psy ou chez son frère font gags et l’humour m’emballe direct. On va bien se marrer. Tout du long, il y aussi ces « privates jokes » qui créent des scènes absurdes et malaisantes au possible (un exemple parmi tant d’autres : sa 1ère rencontre avec la vétérinaire, et Adolf dans ses bras). Mais comme certainement dit plus bas, il ne faut pas se limiter à l’humour, Manu Larcenet fait danser nos émotions au rythme de sa vie, qui ressemble de près ou de loin à la vie de monsieur-tout-le-monde. Si son métier quitte un peu les sentiers battus, c’est bien sa vie quotidienne (4 tomes étendus sur 6 ou 7 ans environ ?) qui nous embarque le plus. On se fout bien qu’il expose ses photos à côté d’une star, c’est ce qu’il en tire qui est important. Il est trop trop fort pour narrer ses questionnements existentiels. Il réussit à aborder une quantité impressionnante de thèmes avec un équilibre sorti de nul part et qui, mystérieusement, s’imbriquent parfaitement entre eux. C'est du génie narratif. Et en plus de l’autobio, on réussit à prendre connaissance du cadre temporel de cette histoire de façon hyper subtile. On découvre tout ça au travers d’interminables discussions entre bourrés/défoncés (Pablo, son frère "Geoooorges!!"), ou quand on refait le monde (Pablo), ou quand on boit les paroles du sage (Pablo, ancien commandant, éditeur). Du coup, il n’y a rien de barbant, ce qui rend la BD véritablement vivante ! Fixez-y des pattes et elle gambade ! L’auteur avait à cœur de faire savoir que son récit se déroule dans un contexte politique français bien particulier pour comprendre encore plus les individus qui y sont présentés. Quelques mots clés : Algérie française, ancienne/nouvelle génération, élections de 2002 et de 2007, l’affaiblissement du pouvoir syndical, militantisme et engagement, etc. Je reviens un bout sur le dessin. C’est un sacré trompe-l’œil, et en même temps c’est génialement choisi. Par ailleurs, on voit bien qu’il n’a pas un style unique: les portraits des dockers, de la chouette et du vieil homme, le nu… Quant au style enfantin, le plus présent donc, il est superbement exploité, notamment avec toutes ces mimiques terriblement originales qui font leur effet et qui ajoute tout le charme à cette série. Ces yeux blancs, vides et dégoulinant pour exprimer un sentiment finalement difficile à traduire. Il y a aussi cette situation ridiculement drôle, avec les bras tendus bien hauts au moment d’exprimer une joie intense, puis le silence qui suit avec un malaise terrible et les bras toujours en l’air. On peut être un génie avec une idée simple. J’aimerais bien arrêter de mettre des 4/5 ou 5/5, mais que voulez-vous… Encore un culte, c’est clair !
Pulp
Je découvre le duo Brubaker/Phillips et je dois avouer que je suis scotché par ce one shot. New York 1939, Max Winter écrit pour un "pulp" une série western, des histoires reprenant une partie de sa jeunesse de hors la lois. Brubaker nous distille un scénario aux petits oignons. Pas de fausses notes. Un thriller qui va crescendo jusqu'à une fin presque inévitable, sur fond de montée du nazisme. Une réflexion sur une vie de violence. J'ai apprécié la façon dont il traite la vieillesse, de choisir sa fin. Deux films de Clint Eastwood me sont revenus en mémoire : Grand Torino et Impitoyable. C'est le dessin de Phillips qui fait que je ne découvre que maintenant ce fameux duo. Il ne me faisait pas de l'œil, malgré de nombreux feuilletages. Mea culpa, j'ai apprécié son trait fin, précis et noir tout le long de ma lecture. Comme quoi, je dois dépasser mes aprioris. A lire et à posséder. Ne passez pas à côté de ce petit chef d'œuvre qui est bien plus qu'un thriller.
La Mécanique du sage
Étrange, différent, La mécanique du Sage tient plus du livre illustré, mais on se laisse volontiers emmener. Assez de la course au bonheur non stop, place à la poésie ?