Qu'est ce que cela fait du bien de lire les oeuvres de Chabouté ! Le niveau reste excellent avec ce nouvel opus que je viens de dévorer.
Le personnage principal est la pire des créatures immondes que j'ai pu rencontrer dans le monde de la Bd. Et pourtant, ce personnage est si proche des personnes qu'on peut rencontrer dans la vraie vie par exemple au détour d'une administration. Le seul problème, c'est que l'auteur a poussé à l'extrême les traits de caractères ainsi que les situations rocambolesques. La crédibilité en prend un coup.
Je crois qu'on fond, c'est une oeuvre expiatoire et jubilatoire à la fois. Peut-être voulait-il que tous les malheurs du monde s'abattent sur cet être abject. J'aurais tellement aimé que les épreuves subies puissent changer fondamentalement le personnage et lui faire voir ses erreurs mais il n'en est rien...
A noter que ce titre fait partie d'une Intégrale Chabouté que vous pouvez acquérir dans un format plus petit mais beaucoup plus économique.
Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 4/5 - Note Globale: 4/5
J'ai vraiment aimé cette histoire de vieil homme infirme et acariâtre qui cache en réalité une vie bien mouvementée dans sa jeunesse. Le scénario est même magistral. Quelle bonne idée d'avoir associé un vieux dessinateur (Gillon) avec un jeune scénariste (Lapière) plein de talent : ce duo fait véritablement merveille!
J'ai souvent eu le sentiment que quelque chose s'est perdu avec notre jeune génération. On ne se raconte plus les histoires de vie de génération en génération comme pouvaient le faire nos aînés. Ce récit suit un peu ce cheminement.
Un vieux monsieur infirme et grincheux va mourir dans un parking de voiture à Prague. Il n'a plus aucune famille. C'est sa vie qui va être contée dans ce récit à la manière d'une grande production de cinéma.
Notre héros du nom de Raoul Rosenszrtroch est d'ailleurs né en même temps que le cinéma (et dans une salle de cinéma s'il vous plaît !). C'est une belle métaphore. Il va consacrer sa vie au cinéma d'avant-guerre et faire de multiples rencontres qui vont enrichir son parcours. Emile Reynaud, l'un des créateurs du cinéma, va mourir dans l'indifférence générale, ruiné car le cinéma, c'est surtout une industrie. Or, Raoul essayera de rechercher autre chose que gloire et fortune...
J'ai également bien aimé ce passage, ce relais entre les deux générations car nous avons en réalité deux héros : l'un du passé et l'autre du présent qui fait revivre celui du passé en lisant son autobiographie. En même temps que sa vie, ce sont également les grands thèmes du passé du vingtième siècle qui sont retranscrits (le nazisme, le communisme, les atrocités des deux guerres mondiales...).
Les cases sont de grande taille comme au cinéma. Les plans silencieux et descriptifs foisonnent. L'histoire avance doucement, sans précipitation. Pourtant, elle va couvrir presque un siècle d'évènements. Le déroulement n'est pas confus même s'il y a de nombreux flash-back. C'est là que réside l'une des forces de ce récit.
Le lecteur prend conscience de tout le patrimoine humain que représentent les personnes âgées. "La dernière des salles obscures" est avant tout une histoire profondément humaine et émouvante. A découvrir de toute urgence pour ceux qui ne connaissent pas !
Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 4/5 - Note Globale: 4/5
Et une bonne nouvelle série encore pour ce mois !!!! Rien à redire sur la partie graphique, c'est tout simplement superbe. J'ai eu plus de mal sur le scénario, bien qu'il soit de bonne facture, la lecture ayant été assez fastidieuse. Il ne reste plus qu'à confirmer sur le tome suivant, tout étant déjà réuni pour que "La Licorne" devienne une très grande série.
Après lecture du tome 2, je passe à 5/5 : ce triptyque a tout d'une série culte, l'histoire est originale, bien construite, dense. Le dessin est tout simplement ce que j'ai vu de mieux ces derniers temps. Chaque case est détaillée et les couleurs font l'objet d'un travail énorme.
J'attends avec impatience le tome 3.
Les "petits formats" ont connu énormément de héros dans les années 70 /80, principalement des cowboys sans peur et sans reproche, dont les aventures, si divertissantes soient-elles, n'avaient pas grand intérêt à l'instar de beaucoup de mangas actuels.
Mister No n'en fait pas partie.
S'il faut une comparaison, Mister No c'est un peu le Golgo 13 italien : Un héros (ou plutôt un antihéros) dont on découvre au fur et à mesure un peu de son histoire tourmentée. Des scénarios très variés et bien documentés.
Mais à la différence du manga précité, Mister No n'est pas un tueur froid et calculateur. C'est tout le contraire (même s'il lui arrive souvent de jouer du pistolet ou du couteau). Dans son tempérament, Mister No me rappelle un peu le Lieutenant Blueberry. C'est un ancien militaire désabusé, qui s'oppose à toutes les formes d'injustice, noie son chagrin dans le whisky et n'a jamais un dollar en poche.
Le dessin est classique mais parfaitement exécuté.
Les scénarios, variés, fonctionnent bien.
On prend plaisir à suivre les aventures de Mister No qui s'enchainent (Chaque histoire se déroule sur 4 ou 5 épisodes dont le dernier met immédiatement en place l'histoire suivante).
Une très bonne série qui n'a pas pris une ride et mériterait d'être rééditée (en intégrales ?) car il est assez difficile de retrouver des albums en bon état... (j'ai la chance d'avoir mis la main, par hasard, sur un stock de plusieurs albums reliés qui se suivent).
Les Dingodossiers sont peut-être moins connus que la Rubrique-à-Brac de Gotlib ; pourtant elle réunit deux génies de la bande dessinée d'humour : Marcel Gotlib et René Goscinny.
C'est en 1965 que Gotlib est contacté par Goscinny pour réaliser les planches délirantes des Dingodossiers. Goscinny voulait faire quelque chose dans le style du journal MAD d'Harvey Kurtzman : des enquêtes loufoques et gentiment absurdes.
Gotlib ira sans doute plus loin dans le non-sens avec la RAB. De même, son dessin paraît encore un peu hésitant.
En fait, je trouve que ces planches ont presque un caractère "historique" car elles sont parfaitement symboliques de la société de consommation des années 60 en France. La télévision, le cinéma, le départ en vacances font parti des sujets de ces petites saynètes.
Mais, l'aventure s'est assez vite terminée, puisque en 1967 Goscinny a abandonné le navire Dingodossier et a laissé Gotlib continuer seul dans le même registre avec ses rubriques-à-brac dans Pilote...
A redécouvrir...
Parmi mes nombreuses lectures en retard, figurait le premier volume du codex Angelique.
Et bien, je dois dire que je suis vraiment sous le charme de ce premier opus qui m'a conquis, aussi bien au niveau du scénario, que du dessin.
Dès l'incipit, j'ai été littéralement happé par les dialogues fort bien ciselés et cinglants de Thierry Gloris.
Pourtant, à la lecture des premières pages, je pensais lire un énième avatar de "Jack l'éventreur". Cruelle méprise, puisque l'album se déroule, non dans les rues sordides de Londres, (comme dans From Hell) mais dans notre chère capitale, qui a du mal à se relever de la Commune, de l'instauration de la III République et de l'affaire Dreyfus.
En outre, l'ambiance qui ressort de cette bande dessinée m'a fait songer à H.H. Holmes de Fabuel et Le Hennanf (Chez Glénat), que j'avais bien aimé.
C'est beau, c'est bien, et la fin de ce premier volume laisse augurer une suite que je n'aurais pas imaginée.
Bref, un album déstabilisant, dans le bon sens du terme.
Un bon moment de détente après une dure journée de travail, on y retrouve bon nombre de gags de mauvais goût mais parfois tellement proche de la réalité.
C'est gras mais c'est pas grave.
Bonne lecture.
J’ai découvert "Les Scorpions du désert" bien avant Corto Maltese et cette série demeure, au sein de l’œuvre d’Hugo Pratt, l’une de mes préférées (étant précisé que Pratt est l’un de mes dessinateurs préférés).
Elle mêle tout ce qu’affectionnait l’auteur et qui a fait le succès du célèbre marin des Cornouailles : Bien plus qu’un simple récit de guerre (comme l’est Ernie Pike), c’est avant tout une histoire d’hommes, d’aventure romantique et… de désert africain où Pratt a passé une partie de sa jeunesse et où il a d’ailleurs appris à dessiner. Et cela se ressent. Tout comme les océans, Hugo Pratt sait mieux que personne retranscrire l’ambiance des déserts en quelques lignes de pinceau.
La reprise des aventures du Capitaine Koinsky par Pierre Wazem, dix ans après la mort du maître, ne m’a pas totalement convaincu. Son album hommage – Bretagne (fabuleux) – laissait présager le meilleur. Certes on retrouve les paysages magnifiques de Pratt ; Certes on retrouve les personnages charismatiques de Pratt ; Certes on retrouve un peu de l’esprit de Pratt. Oui. Oui, mais voilà, à trop vouloir coller au créateur (le rêve, la référence à Conrad, les « Haw Haw » et les « Bang, Crack »…), Wazem n’est pas parvenu à m’envoûter et l’histoire, pas mauvaise pour autant, tient finalement plus de l’exercice de style.
Le passage du passé au présent avec des styles graphiques différents se veut bien être la marque de Wazem sur l'histoire, mais l'effet a déjà été utilisé pour ses autres albums (Bretagne et Le Chant des Pavots notamment) et perd donc de son intérêt.
J’attendais donc un nouvel album du dessinateur suisse pour me forger un avis définitif sur cette reprise, mais ce sont finalement les italiens Camuncoli et Casali qui poursuivront (pour l’instant) "Les Scorpions du désert".
Ne connaissant ni l’un ni l’autre, c’est sans aucun a priori que j’ai appréhendé ce nouveau tome intitulé « Quatre cailloux dans le feu ». Sans rien dévoiler de l’histoire, je trouve que Camuncoli et Casali s’en sortent plutôt bien en replaçant Koinsky dans le feu de l’action dont il s’était éloigné dernièrement pour vivre des aventures plus contemplatives. On n’échappe pas bien sûr à certains clichés prattiens (les « bang » et les « crack » justement) mais dans l’ensemble ce tome est plus qu’honorable (il est même plutôt bon).
Seul bémol : Alors que le dessin de Wazem collait parfaitement à Pratt, le trait de Casali est très marqué par les comics US, les décors (le désert) sont nettement en retrait, ce qui rompt un peu la magie. Cela se ressent également dans le scénario qui est traité un peu comme un polar.
Mais bon, après tout, Hugo Pratt ne se reconnaissait-il pas lui-même comme principales influences Bob Kane et Milton Caniff ? Et puis, je ne peux pas à la fois reprocher à Wazem de trop copier Pratt et à Casali de vouloir s’en détacher…
Pour en revenir à la série en général, elle a évolué comme toutes les autres créations de Pratt. D’histoires assez classiques dans la pure tradition des fumetti, elle s’oriente vers plus d’onirisme au fur et à mesure que le dessin de Pratt se relâche (sans toutefois atteindre le style de "Mû", le dernier épisode de Corto).
C’est pour moi la meilleure période de Pratt. Celle de "La Maison dorée de Samarkand", "Tango" ou encore "Svend".
A ne pas manquer parmi les « Scorpions… » :
- « L’ange de la mort » (2ème partie du 1er tome) qui voit Koinsky s’associer avec un lieutenant italien fasciste dans une chasse au trésor au milieu de l’Ethiopie sur fond de Joséphine Baker, et leur rencontre avec Cush, le guerrier Beni Amer, qui nous apprendra la fin de Corto Maltese.
- « Conversation mondaine à Moululhe » où le commandant Fanfulla, rongé par la lèpre, nous apprendra à préparer de délicieux Martinis.
- « Brise de mer » (dernier album dessiné par Pratt) où l’on découvrira les astuces de Koinsky pour ressembler à un parfait officier italien…
Un regret pour terminer. "Les Scorpions du désert" était au départ une série sur un commando entier de l’armée britannique mais se résume vite au seul personnage de Koinsky, entouré de quelques autres récurrents comme le lieutenant français de La Motte ou Modena, le soldat poule, et de quelques belles danakils.
[SPOILER]
Kord, le traître, meurt dès la fin du premier épisode.
Hassan, un autre scorpion (musulman, il combat pourtant sous le même drapeau que Koinsky le juif), est quant à lui parti chercher du secours près du Fortin en Dancalie… et n’a jamais réapparu. Dommage ! [FIN SPOILER]
Au tout début, ce manga ne m'a pas franchement enthousiasmé... Les dessins sont trop expressifs, il n'y a pas vraiment d'histoire (en fait c'est plutôt une succession d'anecdotes) ; certes le contexte est crédible, mais le pseudo-humour avait fini par me lasser.
C'est donc sans trop y croire que je me suis lancé dans la lecture du 2eme tome. Et honnetement, une fois arrivé au bout, je veux lire la suite. L'histoire prend une tournure toute à fait différente. Elle gagne nettement en profondeur et en intérêt.
De plus on commence (enfin) à s'attacher au héros Hachimaki. Ce n'est pas le premier manga qui se révèle sur le tard... et franchement il lire les deux premiers tomes avant de se faire une idée !!
Quelques regrets cependant sur la traduction : il manque des lettres à certains mots, ce n'est pas très sérieux.
Voilà un manga aux graphismes un peu rebutants au départ. Les yeux sont légèrement disproportionnés dans un pur style shojo, c'est pas trop mon genre...
Seulement voilà : après avoir surmonté ce petit obstacle, on trouve une histoire des plus réussie, et surtout des personnages très humains et très attachants. En effet, ce manga se veut relativement réaliste, hormis la toile de fond sur le zodiaque chinois qui part un peu en live(ce n'est en fait qu'un prétexte à mettre en scène des personnages).
En fait j'aime surtout la philosophie qui émane de cet ouvrage. Un peu simplette par moment (mais honnêtement des fois je me demande s'il ne faudrait pas simplifier un peu les choses dans la vie courante pour que tout aille mieux). Parce que Fruits Baskets traite du bonheur, (et oui, ça existe !), et que ce sujet est traité de manière très subtile. Le bonheur, c'est bien beau, mais après avoir lu ce manga on se dit que peut être il faudrait qu'on se bouge un peu le cul pour s'en rapprocher autant que possible.
Donc en résumé : un manga très affectif qui vous fera retrouver le sourire !
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Pleine lune
Qu'est ce que cela fait du bien de lire les oeuvres de Chabouté ! Le niveau reste excellent avec ce nouvel opus que je viens de dévorer. Le personnage principal est la pire des créatures immondes que j'ai pu rencontrer dans le monde de la Bd. Et pourtant, ce personnage est si proche des personnes qu'on peut rencontrer dans la vraie vie par exemple au détour d'une administration. Le seul problème, c'est que l'auteur a poussé à l'extrême les traits de caractères ainsi que les situations rocambolesques. La crédibilité en prend un coup. Je crois qu'on fond, c'est une oeuvre expiatoire et jubilatoire à la fois. Peut-être voulait-il que tous les malheurs du monde s'abattent sur cet être abject. J'aurais tellement aimé que les épreuves subies puissent changer fondamentalement le personnage et lui faire voir ses erreurs mais il n'en est rien... A noter que ce titre fait partie d'une Intégrale Chabouté que vous pouvez acquérir dans un format plus petit mais beaucoup plus économique. Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 4/5 - Note Globale: 4/5
La Dernière des Salles Obscures
J'ai vraiment aimé cette histoire de vieil homme infirme et acariâtre qui cache en réalité une vie bien mouvementée dans sa jeunesse. Le scénario est même magistral. Quelle bonne idée d'avoir associé un vieux dessinateur (Gillon) avec un jeune scénariste (Lapière) plein de talent : ce duo fait véritablement merveille! J'ai souvent eu le sentiment que quelque chose s'est perdu avec notre jeune génération. On ne se raconte plus les histoires de vie de génération en génération comme pouvaient le faire nos aînés. Ce récit suit un peu ce cheminement. Un vieux monsieur infirme et grincheux va mourir dans un parking de voiture à Prague. Il n'a plus aucune famille. C'est sa vie qui va être contée dans ce récit à la manière d'une grande production de cinéma. Notre héros du nom de Raoul Rosenszrtroch est d'ailleurs né en même temps que le cinéma (et dans une salle de cinéma s'il vous plaît !). C'est une belle métaphore. Il va consacrer sa vie au cinéma d'avant-guerre et faire de multiples rencontres qui vont enrichir son parcours. Emile Reynaud, l'un des créateurs du cinéma, va mourir dans l'indifférence générale, ruiné car le cinéma, c'est surtout une industrie. Or, Raoul essayera de rechercher autre chose que gloire et fortune... J'ai également bien aimé ce passage, ce relais entre les deux générations car nous avons en réalité deux héros : l'un du passé et l'autre du présent qui fait revivre celui du passé en lisant son autobiographie. En même temps que sa vie, ce sont également les grands thèmes du passé du vingtième siècle qui sont retranscrits (le nazisme, le communisme, les atrocités des deux guerres mondiales...). Les cases sont de grande taille comme au cinéma. Les plans silencieux et descriptifs foisonnent. L'histoire avance doucement, sans précipitation. Pourtant, elle va couvrir presque un siècle d'évènements. Le déroulement n'est pas confus même s'il y a de nombreux flash-back. C'est là que réside l'une des forces de ce récit. Le lecteur prend conscience de tout le patrimoine humain que représentent les personnes âgées. "La dernière des salles obscures" est avant tout une histoire profondément humaine et émouvante. A découvrir de toute urgence pour ceux qui ne connaissent pas ! Note Dessin: 4/5 - Note Scénario: 4/5 - Note Globale: 4/5
La Licorne
Et une bonne nouvelle série encore pour ce mois !!!! Rien à redire sur la partie graphique, c'est tout simplement superbe. J'ai eu plus de mal sur le scénario, bien qu'il soit de bonne facture, la lecture ayant été assez fastidieuse. Il ne reste plus qu'à confirmer sur le tome suivant, tout étant déjà réuni pour que "La Licorne" devienne une très grande série. Après lecture du tome 2, je passe à 5/5 : ce triptyque a tout d'une série culte, l'histoire est originale, bien construite, dense. Le dessin est tout simplement ce que j'ai vu de mieux ces derniers temps. Chaque case est détaillée et les couleurs font l'objet d'un travail énorme. J'attends avec impatience le tome 3.
Mister No
Les "petits formats" ont connu énormément de héros dans les années 70 /80, principalement des cowboys sans peur et sans reproche, dont les aventures, si divertissantes soient-elles, n'avaient pas grand intérêt à l'instar de beaucoup de mangas actuels. Mister No n'en fait pas partie. S'il faut une comparaison, Mister No c'est un peu le Golgo 13 italien : Un héros (ou plutôt un antihéros) dont on découvre au fur et à mesure un peu de son histoire tourmentée. Des scénarios très variés et bien documentés. Mais à la différence du manga précité, Mister No n'est pas un tueur froid et calculateur. C'est tout le contraire (même s'il lui arrive souvent de jouer du pistolet ou du couteau). Dans son tempérament, Mister No me rappelle un peu le Lieutenant Blueberry. C'est un ancien militaire désabusé, qui s'oppose à toutes les formes d'injustice, noie son chagrin dans le whisky et n'a jamais un dollar en poche. Le dessin est classique mais parfaitement exécuté. Les scénarios, variés, fonctionnent bien. On prend plaisir à suivre les aventures de Mister No qui s'enchainent (Chaque histoire se déroule sur 4 ou 5 épisodes dont le dernier met immédiatement en place l'histoire suivante). Une très bonne série qui n'a pas pris une ride et mériterait d'être rééditée (en intégrales ?) car il est assez difficile de retrouver des albums en bon état... (j'ai la chance d'avoir mis la main, par hasard, sur un stock de plusieurs albums reliés qui se suivent).
Les Dingodossiers
Les Dingodossiers sont peut-être moins connus que la Rubrique-à-Brac de Gotlib ; pourtant elle réunit deux génies de la bande dessinée d'humour : Marcel Gotlib et René Goscinny. C'est en 1965 que Gotlib est contacté par Goscinny pour réaliser les planches délirantes des Dingodossiers. Goscinny voulait faire quelque chose dans le style du journal MAD d'Harvey Kurtzman : des enquêtes loufoques et gentiment absurdes. Gotlib ira sans doute plus loin dans le non-sens avec la RAB. De même, son dessin paraît encore un peu hésitant. En fait, je trouve que ces planches ont presque un caractère "historique" car elles sont parfaitement symboliques de la société de consommation des années 60 en France. La télévision, le cinéma, le départ en vacances font parti des sujets de ces petites saynètes. Mais, l'aventure s'est assez vite terminée, puisque en 1967 Goscinny a abandonné le navire Dingodossier et a laissé Gotlib continuer seul dans le même registre avec ses rubriques-à-brac dans Pilote... A redécouvrir...
Le Codex angélique
Parmi mes nombreuses lectures en retard, figurait le premier volume du codex Angelique. Et bien, je dois dire que je suis vraiment sous le charme de ce premier opus qui m'a conquis, aussi bien au niveau du scénario, que du dessin. Dès l'incipit, j'ai été littéralement happé par les dialogues fort bien ciselés et cinglants de Thierry Gloris. Pourtant, à la lecture des premières pages, je pensais lire un énième avatar de "Jack l'éventreur". Cruelle méprise, puisque l'album se déroule, non dans les rues sordides de Londres, (comme dans From Hell) mais dans notre chère capitale, qui a du mal à se relever de la Commune, de l'instauration de la III République et de l'affaire Dreyfus. En outre, l'ambiance qui ressort de cette bande dessinée m'a fait songer à H.H. Holmes de Fabuel et Le Hennanf (Chez Glénat), que j'avais bien aimé. C'est beau, c'est bien, et la fin de ce premier volume laisse augurer une suite que je n'aurais pas imaginée. Bref, un album déstabilisant, dans le bon sens du terme.
Maurice et Patapon
Un bon moment de détente après une dure journée de travail, on y retrouve bon nombre de gags de mauvais goût mais parfois tellement proche de la réalité. C'est gras mais c'est pas grave. Bonne lecture.
Les Scorpions du désert
J’ai découvert "Les Scorpions du désert" bien avant Corto Maltese et cette série demeure, au sein de l’œuvre d’Hugo Pratt, l’une de mes préférées (étant précisé que Pratt est l’un de mes dessinateurs préférés). Elle mêle tout ce qu’affectionnait l’auteur et qui a fait le succès du célèbre marin des Cornouailles : Bien plus qu’un simple récit de guerre (comme l’est Ernie Pike), c’est avant tout une histoire d’hommes, d’aventure romantique et… de désert africain où Pratt a passé une partie de sa jeunesse et où il a d’ailleurs appris à dessiner. Et cela se ressent. Tout comme les océans, Hugo Pratt sait mieux que personne retranscrire l’ambiance des déserts en quelques lignes de pinceau. La reprise des aventures du Capitaine Koinsky par Pierre Wazem, dix ans après la mort du maître, ne m’a pas totalement convaincu. Son album hommage – Bretagne (fabuleux) – laissait présager le meilleur. Certes on retrouve les paysages magnifiques de Pratt ; Certes on retrouve les personnages charismatiques de Pratt ; Certes on retrouve un peu de l’esprit de Pratt. Oui. Oui, mais voilà, à trop vouloir coller au créateur (le rêve, la référence à Conrad, les « Haw Haw » et les « Bang, Crack »…), Wazem n’est pas parvenu à m’envoûter et l’histoire, pas mauvaise pour autant, tient finalement plus de l’exercice de style. Le passage du passé au présent avec des styles graphiques différents se veut bien être la marque de Wazem sur l'histoire, mais l'effet a déjà été utilisé pour ses autres albums (Bretagne et Le Chant des Pavots notamment) et perd donc de son intérêt. J’attendais donc un nouvel album du dessinateur suisse pour me forger un avis définitif sur cette reprise, mais ce sont finalement les italiens Camuncoli et Casali qui poursuivront (pour l’instant) "Les Scorpions du désert". Ne connaissant ni l’un ni l’autre, c’est sans aucun a priori que j’ai appréhendé ce nouveau tome intitulé « Quatre cailloux dans le feu ». Sans rien dévoiler de l’histoire, je trouve que Camuncoli et Casali s’en sortent plutôt bien en replaçant Koinsky dans le feu de l’action dont il s’était éloigné dernièrement pour vivre des aventures plus contemplatives. On n’échappe pas bien sûr à certains clichés prattiens (les « bang » et les « crack » justement) mais dans l’ensemble ce tome est plus qu’honorable (il est même plutôt bon). Seul bémol : Alors que le dessin de Wazem collait parfaitement à Pratt, le trait de Casali est très marqué par les comics US, les décors (le désert) sont nettement en retrait, ce qui rompt un peu la magie. Cela se ressent également dans le scénario qui est traité un peu comme un polar. Mais bon, après tout, Hugo Pratt ne se reconnaissait-il pas lui-même comme principales influences Bob Kane et Milton Caniff ? Et puis, je ne peux pas à la fois reprocher à Wazem de trop copier Pratt et à Casali de vouloir s’en détacher… Pour en revenir à la série en général, elle a évolué comme toutes les autres créations de Pratt. D’histoires assez classiques dans la pure tradition des fumetti, elle s’oriente vers plus d’onirisme au fur et à mesure que le dessin de Pratt se relâche (sans toutefois atteindre le style de "Mû", le dernier épisode de Corto). C’est pour moi la meilleure période de Pratt. Celle de "La Maison dorée de Samarkand", "Tango" ou encore "Svend". A ne pas manquer parmi les « Scorpions… » : - « L’ange de la mort » (2ème partie du 1er tome) qui voit Koinsky s’associer avec un lieutenant italien fasciste dans une chasse au trésor au milieu de l’Ethiopie sur fond de Joséphine Baker, et leur rencontre avec Cush, le guerrier Beni Amer, qui nous apprendra la fin de Corto Maltese. - « Conversation mondaine à Moululhe » où le commandant Fanfulla, rongé par la lèpre, nous apprendra à préparer de délicieux Martinis. - « Brise de mer » (dernier album dessiné par Pratt) où l’on découvrira les astuces de Koinsky pour ressembler à un parfait officier italien… Un regret pour terminer. "Les Scorpions du désert" était au départ une série sur un commando entier de l’armée britannique mais se résume vite au seul personnage de Koinsky, entouré de quelques autres récurrents comme le lieutenant français de La Motte ou Modena, le soldat poule, et de quelques belles danakils. [SPOILER] Kord, le traître, meurt dès la fin du premier épisode. Hassan, un autre scorpion (musulman, il combat pourtant sous le même drapeau que Koinsky le juif), est quant à lui parti chercher du secours près du Fortin en Dancalie… et n’a jamais réapparu. Dommage ! [FIN SPOILER]
Planètes
Au tout début, ce manga ne m'a pas franchement enthousiasmé... Les dessins sont trop expressifs, il n'y a pas vraiment d'histoire (en fait c'est plutôt une succession d'anecdotes) ; certes le contexte est crédible, mais le pseudo-humour avait fini par me lasser. C'est donc sans trop y croire que je me suis lancé dans la lecture du 2eme tome. Et honnetement, une fois arrivé au bout, je veux lire la suite. L'histoire prend une tournure toute à fait différente. Elle gagne nettement en profondeur et en intérêt. De plus on commence (enfin) à s'attacher au héros Hachimaki. Ce n'est pas le premier manga qui se révèle sur le tard... et franchement il lire les deux premiers tomes avant de se faire une idée !!
Quelques regrets cependant sur la traduction : il manque des lettres à certains mots, ce n'est pas très sérieux.
Fruits Basket
Voilà un manga aux graphismes un peu rebutants au départ. Les yeux sont légèrement disproportionnés dans un pur style shojo, c'est pas trop mon genre... Seulement voilà : après avoir surmonté ce petit obstacle, on trouve une histoire des plus réussie, et surtout des personnages très humains et très attachants. En effet, ce manga se veut relativement réaliste, hormis la toile de fond sur le zodiaque chinois qui part un peu en live(ce n'est en fait qu'un prétexte à mettre en scène des personnages). En fait j'aime surtout la philosophie qui émane de cet ouvrage. Un peu simplette par moment (mais honnêtement des fois je me demande s'il ne faudrait pas simplifier un peu les choses dans la vie courante pour que tout aille mieux). Parce que Fruits Baskets traite du bonheur, (et oui, ça existe !), et que ce sujet est traité de manière très subtile. Le bonheur, c'est bien beau, mais après avoir lu ce manga on se dit que peut être il faudrait qu'on se bouge un peu le cul pour s'en rapprocher autant que possible. Donc en résumé : un manga très affectif qui vous fera retrouver le sourire !