Les derniers avis (9618 avis)

Par Ned C.
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Faust
Faust

Cette adaptation du mythe d’origine allemande « Faust » a failli de peu ne jamais voir le jour. Le projet réalisé début des années 80, fruit d’une collaboration entre le scénariste Rodolphe et le virtuose du dessin Raymond Poïvet, se voit avorté par la maison d’édition qui fait faillite. Rodolphe essaie par la suite de trouver un autre éditeur mais sans succès. Poïvet décède en 1999 et l’œuvre parait bel et bien enterrée avec lui, les pages sont réputées perdues. Ce n’est que plusieurs années après que Rodolphe reçoit le coup de fil du fils de Raymond Poïvet. Celui-ci vient de retrouver les fameuses planches sous le lit, regroupées en un gros paquet. La BD trouve enfin un éditeur. Ce mythe a été maintes et maintes fois adapté en littérature, peinture et au cinéma (je conseille vivement le chef-d’oeuvre « Faust » du cinéaste russe Alexandr Sokurov) mais il est ici légèrement réinterprété, sans le dénaturer, de façon subtile et intelligente. Le docteur Faust, érudit pluridisciplinaire est traité comme un paria par le village entier à cause de ses positions religieuses et son comportement jugé spécial. Le vieil homme en arrive au constat amer qu’il est passé à coté de sa vie ; que tout son savoir, ses recherches ne lui ont pas apporté le bonheur ; au contraire. Pauvre, sans attaches et haï par ses contemporains. Surgit dans sa vie, Méphistophélès, le diable, sous les traits du docteur Faust. Il lui propose habilement et avec des arguments plus que convaincants, de retrouver sa jeunesse et que celle-ci soit éternelle ainsi que de l’assister dans l’assouvissement de ses désirs… en échange de son âme. Le docteur accepte le pacte. Je me suis fait embarqué par l’histoire dramatique qui vire au cauchemar (un peu prévisible vu la nature du pacte). Je regrette seulement que l’album ne fasse pas quelques pages de plus. J’ai tellement savouré la lecture que sa fin m’a semblé trop abrupte. Les dessins au feutre/stylo bille de Poïvet sont d’une beauté renversante et les dialogues sont d’une finesse et d’une justesse rare. Bel album, malin et charmeur.

13/11/2013 (modifier)
Couverture de la série L'Extravagante croisière de Lady Rozenbilt
L'Extravagante croisière de Lady Rozenbilt

Quel plaisir de replonger dans l'univers de la cité 14 ! Encore une fois Pierre Gabus et Romuald Reutimann nous emmènent dans leur univers délirant ou des humains côtoient des humanoïdes chats, loutres, daims. Cette audace visuelle est la première chose qui saute aux yeux. Dans la même histoire, on peut croiser une ambiance Amérique style année folle, des extraterrestres, des monstres marins, des personnages avec des super pouvoirs etc. L'univers de la cité se base sur des archétypes connus de tous, les malaxe et les épice pour aboutir à ce résultat délicieux. Il n'est pas obligatoire d'avoir lu les tomes précédents de la cité 14 pour pouvoir lire et apprécier ce one shot. L'histoire peut se suffire à elle même (mais je mets au défit quiconque n'ayant pas lu les deux intégrales de la cité 14 de ne pas courir les acheter après avoir lu cette extravagante croisière). Ce "spin off" de la série va nous permettre de découvrir un événement traumatisant de la jeunesse d'Alfred (le commandant Bigoodee) et de ses sœurs (seuls personnages de la cité 14 qu'on retrouve ici). Le scénario alterne adroitement les sauts dans le temps. On voit ici assez peu la cité tentaculaire. L'histoire se passe essentiellement sur une île exotique, en mer, ou dans un énorme avion cargo de Lady Rozenbilt. La croisière est ici aérienne. On a un mixte réussi entre ''Titanic'' (pour l'aspect opposition de classes sociales) et les séries B. Sur un ton léger, l'auteur brosse un portrait au vitriol de la haute bourgeoisie. L'argent permet tout même les loisirs les plus abjects. J'ai apprécié énormément deux scènes : le final ainsi qu'une belle scène d'amour. Saluons encore une fois le dessin. J'ai d'abord regretté le choix éditorial de la couleur. Finalement c'est aussi une réussite qui permet de donner une identité propre à ce livre et de ne pas faire que pâle copie à la cité 14. Dans mes bémols, je parlerai de la couverture assez ratée car ne donnant pas envie. Enfin, les humanoïdes associés vendent très mal l'ouvrage. Pas mis en devanture et sans un hasard je n'aurais même pas su que ce livre était sorti. Du tout bon sur plus de 100 pages 4.5/5

13/11/2013 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Silas Corey
Silas Corey

Encore une trèèèèèèèès bonne série scénarisée par Fabien Nury ! Presque un Label à lui tout seul ce Fabien ! Mais ici, le dessin n'est pas en reste, et Pierre Alary dont je ne connaissais pas le travail, donne au scénario de Nury le souffle et la finesse nécessaire pour nous embarquer complètement dans cette intrigue alambiquée, mais qui fait plus que retomber sur ses pattes... C'est sur fonds de Grande Histoire que vient s'insérer cette aventure digne des grands romans d'espionnage. En pleine Première Guerre mondiale, les puissants de l'époque (politiques ou économiques) sont tous à la recherche d'un courrier dérobé qui pourrait changer le cours des événements... C'est là que notre personnage principal, Silas Corey, dandy suffisant et d'une assurance à toute épreuve, accompagné de son "majordome", entrent en jeu... Nouveau pion sur l'échiquier, aux manières peu académiques mais qui vont forcément porter leurs fruits - quelques-uns un peu blettes resteront au passage sur le carreaux, et alors... - au cours d'une enquête mouvementée et aux rebondissements intéressants. C'est fluide, nerveux, les personnages même secondaires sont étoffés : on est rapidement happé par cette Histoire revisitée de façon originale, et ce Silas Corey a tout pour devenir un classique de la BD. Dernière chose, les couleurs de Bruno Garcia sont justes parfaites et donnent au récit les ambiances et lumières nécessaire pour nous immerger encore plus dans cet imbroglio détonnant. Une très belle réussite que ce diptyque, qui je l'espère en appellera rapidement d'autres ! A lire les yeux (presque) fermés

12/11/2013 (modifier)
Par Dogue-Son
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Sara Lone
Sara Lone

Une sacrée bonne surprise que cet opus là. Côté scénario, Arnoux met son expérience et son talent à bâtir une intrigue riche et complexe sans être tarabiscotée, qui emmène le lecteur sans lui laisser le temps de respirer, et surtout qui augure d'une belle durée de vie sur les 4 tomes prévus. Côté dessin, c'est une véritable claque. Un superbe dessin, très travaillé sans paraître maniéré, fort peu d'erreurs et une véritable habilité à faire corps avec le scénario. Une belle découverte que ce David Morancho, et qui devrait refaire parler de lui dans l'avenir

11/11/2013 (modifier)
Par Jetjet
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Viva pâtàmâch !
Viva pâtàmâch !

Cornélius nous gâte en cette rentrée 2013 avec la réédition d’un récit apprécié mais peu connu et reconnu illustré par l’unique trublion Killofer sur un scénario de Capron, un des fondateurs de la maison Cornélius par ailleurs. « Viva Patamach » est un peu l’équivalent du film Brazil à l a sauce franchouillarde. En effet le récit possède quelques relents orwelliens de tout premier ordre avec cette dictature basée sur la consommation du chewing-gum, pardon de la pâte à macher Rosemou en tant que pensée unique. On y traite également de malbouffe façon Tricatel de l’Aile ou la Cuisse et c’est finalement sur ce ton léger et doux-amer que les auteurs tissent leur implacable fable dont la conclusion en guise de boucle y est des plus savoureuses. Quoi de mieux que le style outrancier et déconneur de Killofer pour illustrer de tel propos ? La satire sociale y est poussée à l’extrême dans un découpage par chapitres aux pages inégales mais des plus sympathiques. On y suggère également plusieurs strates sociales conférant un monde finalement plus crédible qu’il n’y parait. La narration y est réellement agréable et les dessins tout en rondeur gagnent beaucoup de charme avec l’utilisation de 3 couleurs à dominance rose malabar !!! L’ascension de Roger qui voue un culte au Patamach au point d’y perdre lui-même ses propres repères puis surtout sa chute s’effectue sur plusieurs époques distinctes et on sourit souvent à cette histoire hors normes de grande qualité. Alors pourquoi seulement 3 étoiles (avec coup de cœur) ? Un léger sentiment de déjà vu parsème cette œuvre malgré quelques rebondissements de bon aloi (je pense à l’exil des égouts, passage savoureux dont les tentatives de fuite sont excellentes. Quelques découpages brusques m’ont fait revenir quelques cases en arrière histoire de bien saisir le fil narratif, tout au juste quelques défauts de jeunesse qui n’entament pas le plaisir d’une œuvre fort divertissante et à la réalisation exceptionnelle (merci une fois de plus à Cornélius pour nous offrir un bouquin à la hauteur de sa conception) mais qui ne laissera je le crains peu de souvenirs impérissables. Dans tous les cas, une œuvre à découvrir ou redécouvrir….

11/11/2013 (modifier)
Par Jetjet
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle
Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle

En tant que grand fan unique du trait de Brüno, Atar Gull s'est logiquement retrouvé il y a près de deux ans dans mon cabas sans grande conviction de l'intérêt d'une histoire qui ne m'intéressait à vrai dire pas plus que cela. C'est donc après ma lecture de l'excellent Tyler Cross du même duo d'auteurs que ma curiosité me piqua à ouvrir d'un peu plus près cette adaptation d'un roman d'Eugène Sue que je connaissais davantage pour ses Mystères de Paris que cette sombre histoire de vengeance. Et pourtant quelle claque monumentale... Cela faisait bien longtemps que je n'avais plus lu une oeuvre aussi riche et complète faussement aiguillée par le dessin de Brüno et toujours aussi bien colorée par une Laurence Croix qui magnifie ambiance et climax par sa palette nuancée. Il s'agit d'un drame terriblement humain en plusieurs actes ou époques à une sombre époque où le bois d'ébène était considéré comme une simple "marchandise" monnayable et convoitée dans des desseins purement lucratifs. Et on oublie que ces hommes fiers sont simplement les égaux des occidentaux dans leurs qualités comme dans leurs faiblesses. Un parallèle rapide pourrait être fait entre la destinée d'Atar Gull, qui aurait pu être un roi, et celle du héros de Tarantino, Django. La différence est que tout aussi cruel soit le film Django Unchained, de larges plages d'humour noir mais néanmoins d'humour traitent de l'esclavage alors que dans cette adaptation rédigée par Fabien Nury, il n'y a pas un seul instant qui prête à rire ou à sourire et la destinée de Atar Gull et des siens, arrachés de leur tribu par des "négriers" ou des pirates, est d'une horreur sans égal qui prête à réfléchir activement sur la montée du racisme actuelle en France. No comment.... Par chance ce n'est pas parce que cette histoire est horriblement triste et mélancolique qu'elle est dénuée de charme comme de poésie, j'étais habitué aux cadrages intelligents de Brüno sur ses oeuvres précèdentes et j'avoue avoir été soufflé par la réalisation purement cinématographique de celle-ci. Qu'il s'agisse d'une tempête représentée sur deux pages où l'on sent presque l'eau et la houle ruisseler sur nos visages ou d'une scène d'échange de "marchandise", chaque partie contemplant ses acquisitions qu'il s'agisse d'or pour l'un ou d'hommes noirs pour l'autre, le montage en parallèle est d'une rare intelligence. Je ne sais pas s'il faut féliciter Sue ou Nury mais les dialogues sont également inspirés, faisant clairement passer les esclaves pour de simples objets le plus naturellement du monde, il s'agit d'une horreur peu ordinaire qui le devient aux yeux de ces hommes qui considéraient leurs frères africains comme de simples objets. Tout simplement effarant... De la traversée des océans aux plantations en Jamaïque, les auteurs insufflent un rythme sans égal se contentant de sublimer leur héros silencieux, Atar Gull d'un charisme sans égal. Ce personnage restera passif jusqu'à un élément déclencheur qui va réveiller toute sa fureur et sa vengeance sera aussi horrible que féroce et laissera plus d'un lecteur sur le carreau à l'issue de cette histoire complète dont la conclusion formera une boucle subtile avec l'introduction. Atar Gull deviendra t-il par ses actes réfléchis aussi barbare que les hommes qu'il souhaite condamner ? La réponse sera aussi évidente que la Loi du Thalion d'autant plus que personne n'en sortira indemne avec d'habiles pirouettes scénaristiques que je préfère taire pour en garder toute la saveur. L'un des derniers aspects non négligeables subsiste par la description des seconds rôles, qu'il s'agisse du terrible Brulard qui mériterait presque un livre à la gloire de ses "méfaits" ou du capitaine du Catherine ainsi que du "brave" maître d'Atar Gull, toutes ces personnes restent dans un recoin même lointain profondément humains. Rarement touché comme je l'ai été, je ne peux qu'attribuer une note maximale à une oeuvre intelligente sans être manichéenne et que je recommande à tous. Il s'agit peut-être cette fois de la plus belle œuvre à l'heure actuelle de Brüno, en tous cas surement de la plus percutante dans un ensemble qui frôle la perfection. Fabien Nury ne restera plus longtemps inconnu à mes yeux par la récente acquisition de sa série culte Il était une fois en France dont j'espère ressentir à sa proche lecture le même uppercut. Il serait d'utilité publique d'enseigner et de prodiguer cette destinée sans faire de leçon de morale dans un monde qui perd ses repères sur les différentes races ou estimes de soi comme d'autrui... Touchant sans être déprimant, poétique sans être barbant, Atar Gull cumule divertissement et réflexion. Une oeuvre inestimable à ne pas louper.

11/11/2013 (modifier)
Par Ned C.
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Nous ne serons jamais des héros
Nous ne serons jamais des héros

MA-GNI-FIQUE !!! Les relations d’un père et son fils sont souvent compliquées et j’ai trouvé qu’elles étaient remarquablement dépeintes dans ce récit qui m’a touché. Les dessins, sans être extraordinaires, passent bien, lisibles, expressifs et rendent la lecture agréable. On ressent une légère influence manga au début dans les codes d’expression qui vont s’effacer rapidement. Cette histoire m’a beaucoup fait rire au début de l’album –essentiellement les remarques désobligeantes du père acariâtre- et m’a également collé les larmes aux yeux sur certains passages de la seconde moitié de l’album. Viennent se greffer à cet humour féroce et cette sentimentalité père/fils quelques réflexions sociologiques assez justes ; que demande le peuple ? J’ai apprécié que le récit ne tombe pas dans un simple manichéisme qui opposerait un fils cool, dans l’ère du temps à son père grognon et réac. Il n’en est rien, chacun a ses torts, pour le meilleur et le pire. Les dialogues sonnent étonnamment juste. J’ai me suis plus senti proche du personnage paternel, aigri, brisé par la perte de sa femme et le handicap, la maladie. Dépassé par la désinvolture de son fils, qu’il va tenter de façon un peu brutale de remotiver. Il serait gratuit et injuste de condamner ce comportement car au delà du traumatisme de la perte de sa femme, être handicapé physique rend la plupart du temps de mauvaise humeur voire méchant. Pour comprendre autrui, jugeons-nous nous-même objectivement. Comment réagissons-nous lorsque nous avons une jambe dans le plâtre ou même une simple grippe ? Et bien oui, on a le caractère désagréable. Un album que j’ai dévoré avec beaucoup d’enthousiasme.

10/11/2013 (modifier)
Par Ned C.
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Kador
Kador

Ce cher Kador, ce chien intello et sensible malheureusement chien de Robert Bidochon, que tout le monde connaît, mais pas pour son intelligence ou sa sensibilité. Le pauvre toutou pacifique devra supporter le harcèlement continuel d’un Robert plus infâme que jamais, qui cherche à tuer le temps. Celui-ci passe ses nerfs dessus, fait passer ses propres erreurs sur le dos de ce pauvre chien n’aspirant qu’à lire tranquillement ses bouquins de philosophie. Et Raymonde, contrairement à la série « Les Bidochon », paraît ici bien d’accord avec son mari pour lui mener la vie la plus dure qui soit. Je me rappelle au passage que Kador n’apparaît par la suite dans aucun album des Bidochon. A noter également que Kador à été créé avant Les Bidochon et ceux-ci sont nés dans la série "Kador". Mais ce brave toutou est heureusement endurant face aux maltraitances et possède suffisamment d’ingéniosité et de malice pour se venger du beauf de service. Ce que je préfère chez Binet ce sont surtout les dialogues et ici, je me suis bien marré des remarques cyniques d’un souffre-douleur érudit canin face à la connerie méchante et gratuite d’un pauvre naze qui passe ses nerfs sur son animal de compagnie. Le tome 3 est moins bon que les autres mais c’est une série dont je recommande néanmoins vivement la lecture et même l’achat (l’intégrale est vraiment sympa).

10/11/2013 (modifier)
Couverture de la série Le Ruistre
Le Ruistre

Après Les Aigles décapitées, Kraehn nous entraîne dans un Moyen Age beaucoup plus âpre, plus violent, plus rude, en des temps reculés, sombres et marqués encore par l'ignorance. Dans cette très longue époque médiévale, on note un certain raffinement dans les moeurs nobles au XVème siècle seulement, donc presque à sa fin, même si au XIIIème, ça s'améliorait un peu ; il n'est donc pas étonnant de voir les réactions des personnages ici, avec des moeurs brutales. L'époque n'est pas précisée, mais d'après l' architecture du château de Montorgueil, avec ses hourds de bois et son plancher en haut de la tour de guet, je dirais qu'on est probablement au Xème siècle ou au tout début du XIème. L'armement des soldats confirme aussi cette époque qui n'a été que peu abordée en BD pour sa rustrerie, car ici, il n'est pas question de montrer un Moyen Age idéalisé et romantique. La vision de Kraehn est très proche d'une réalité qu'on n'enseigne jamais à l'école. Kraehn atteint une virtuosité graphique, il offre de belles images de château perdu dans l'immensité des Pyrénées ; sa vision du château de Foix dans sa forme primitive est également intéressante (ce château ayant été reconstruit au XIIIème), et d'ailleurs, Montorgueil est bâti sur un rocher, selon le même modèle. L'action avance doucement et prend son temps, ce qui permet à l'auteur de bien développer son sujet. Soucieux de respecter une authenticité, Kraehn impose un parler d'époque nourri de vieux français aux sonorités singulières qui impriment au dialogue une truculence peu commune, mais qui peut dérouter le lecteur peu familiarisé avec ce type de langage. L'échec injuste de cette bande ne m'étonne pas vraiment, son abandon aussi, car cette vision trop réelle d'une époque montrée sous un visage plus abordable dans d'autres Bd, a dû dérouter beaucoup de lecteurs. Pour moi évidemment, ça ne pouvait que me plaire, étant passionné de médiéval, surtout celui-là, peu entrevu en BD, et je le recommande, même si on sait que le tome 2 n'aura jamais de suite.

09/11/2013 (modifier)
Couverture de la série Châteaux Bordeaux
Châteaux Bordeaux

J'attendais la sortie du tome 4 pour aviser enfin cette série qui évidemment me touche de près, en tant que Bordelais. Je suis assez familiarisé avec le monde du vin ayant des amis viticulteurs dans le Pomerol et dans les Graves, mais élaborer une série de cette nature a été plus difficile qu'on le croit, car ce n'est pas un milieu d'amateurs, il fallait parfaitement savoir où mettre les pieds en s'aventurant ainsi chez les vignerons. Corbeyran habite à Bordeaux, il a donc des facilités, et ici, il a bénéficié de beaucoup d'aide, du soutien de personnalités éminentes dans le monde du vin (dont Michel Rolland, on ne peut rêver mieux) pour bien expliquer aux profanes comment se fabrique un grand vin, quel est le secret d'un bon maître de chai, et ce qui se passe dans les exploitations. De nombreuses phases de vinification sont donc expliquées de façon claire, la synthèse de l'histoire du vignoble bordelais qui se confond avec celle de l'Aquitaine est très juste, Corbeyran fait défiler tous les grands crus du terroir bordelais (Cheval Blanc, Haut-Brion, Yquem, Pétrus, Latour, Beychevelle....), bref, c'est une vraie opération de com pour agence touristique à laquelle il se livre à travers cette Bd. Tous ces éléments étaient nécessaires pour qu'il puisse bâtir ensuite une histoire qui tienne debout, et cet ensemble est tellement bien combiné que ça donne comme un assemblage de cépages nobles une excellente cuvée. En dépit d'un petit côté dallasien mais sans le côté ricain, les auteurs parviennent à restituer de façon très juste l'ambiance du vignoble médocain, celle des habitants de Bordeaux, du tempérament bordelais dans une optique très actuelle, nourrie de nombreux éléments (oenologie passionnée, science, argent, amour du travail bien fait, mondialisation...). Tout ceci est illustré par Espé de façon très fidèle, avec de belles images de vignes et de propriétés viticoles, mais aussi et surtout en s'appliquant à restituer des paysages conformes à ceux que je vois régulièrement autour de Bordeaux, sans parler des décors du Bordelais comme ceux de Bordeaux, de Saint-Emilion, de Margaux, de Pauillac, de quelques châteaux comme Pichon-Longueville ou Palmer, où là il n'a pas droit à l'erreur ; il a dû faire un paquet de croquis et de photos dans la région, et son effort est méritoire. Une véritable réussite qui a été saluée par les élus locaux et diverses personnalités du monde du vin. En plus d'une belle pub pour notre région.

08/11/2013 (modifier)