J’ai acheté le premier tome à sa sortie en 1997, celui-ci étant le coup de cœur du moment, une forme atténuée de révolution dans l’univers BD, du moins, c’est comme cela que je l’avais perçu du haut de mes 16 ans...
C’est vrai que les histoires "Fantastico-moyennageuses" étaient assez rares, de même que la touche ésotérique donnée au scénario.
Les couleurs sombres collent parfaitement aux dessins splendides, des personnages comme des paysages et bâtiments.
Le récit est bon, compliqué à suivre par certains moments, compte tenu de la quantité de personnages et de lieux intervenants, mais également de l’identité tenue secrète du véritable ennemi de nos deux héros à la recherche de ce troisième Testament.
Le quatrième tome a mis des lustres à venir, il clôture de manière honorable cette histoire empreinte d’éléments du magnifique "Le Nom de la Rose" de J-J Annaud.
Mon avis date maintenant de plusieurs années. Je reste assez d'accord avec ce que j'ai écrit il y a déjà quelque temps et pourtant… L'expérience faisant et l'âge avançant, je peux sans honte vous avouer qu'il s'agit pour moi d'un classico-classique de ma collection. Un espèce de truc qui me retourne comme une crêpe et me ramène 15 ans en arrière, et surtout me rappelle pourquoi ce genre de série m'a poussé à lire tant d'autres perles, en rapport ou pas avec le thème!
Après l'avoir relue huit milliards de fois, je m'incline et vous incite, au mieux de mes maigres possibilités, à lire cette petite tuerie! Je ne pourrais franchement plus m'en passer, ni de la série mère, ni de sa suite Le Troisième Testament : Julius. Full must, d'office!
A 14 ans, je n'avais jamais entendu parler d'Alan Moore lorsque j'ai lu pour la première fois "Souriez". Ce n'est donc pas sa présence au scénario qui a influencé ma passion pour cette BD de haut-vol. Par contre je connaissais déjà le prodigieux Brian Bolland pour son travail sur "Dredd contre crève" qui m'avait époustouflé.
Quel bonheur de pouvoir enfin remettre la main sur ce petit bijou, et de surcroit recolorisé par sieur Bolland himself (je détestais les couleurs originales). Ses magnifiques dessins sont enfin vraiment mis en valeurs comme il se doit.
Bien que trop court ("toutes les bonnes choses ont une fin"), le récit est poignant et peut nous apporter beaucoup de réflexions ou questionnements philosophiques sur le thème de la folie. Le Joker révélé sous un autre angle, nous apparait aussi juste que Batman, car lui aussi a été traumatisé par de sombres événements de son passé. Batman parait ici, par opposition au Joker, un être complètement psycho-rigide. Le lien entre les deux personnages est très fort, comme deux faces d'une même pièce.
Ce n'est pas ici, le scénario qui importe, mais bien le soin apporté au traitement des psychologies des personnages et les dialogues, riches de sens.
LE meilleur Batman, qui a fortement inspiré Tim Burton pour sa version du Joker dans la version cinématographique de Batman.
A ne surtout pas louper !!!
Dès les premières pages, je suis tombé sous le charme du graphisme très particulier de Jeremy Bastian.
J'ai eu l'impression d'y retrouver l'influence de nombreux styles que j'apprécie, à commencer par celui de Nancy Peña, mais aussi d'illustrateurs et graveurs plus anciens et notamment John Tenniel qui illustra Alice au Pays des Merveilles en 1866. On retrouve une ambiance proche de celle de Lewis Carroll dans cette fable folle, légèrement inquiétante, et emplie de personnages étonnants sortis de l'imaginaire et des légendes marines. J'y ai retrouvé aussi l'influence graphique d'auteurs américains indépendants tels que Daniel Clowes ou Charles Burns qui eux aussi savent créer des atmosphères pleines d'une troublante magie.
C'est donc un graphisme proche de l’illustration, un petit peu trop figé pour de la bande dessinée mais très soigné, très travaillé, enluminé serais-je même tenté de dire. Il est régulièrement trop dense de détails alourdissant la narration voire la rendant confuse mais ça n'en reste pas moins un plaisir pour les yeux pour les amateurs de ce genre de dessin.
L'histoire elle-même est une fable onirique et aventureuse où nous suivons les péripéties fantastiques d'une jeune fille à la recherche de son père capitaine pirate qu'elle va tenter de trouver en traversant les mers fantastiques et en affrontant monstres et dangers. Le récit est un peu décousu et légèrement foutraque. Il commence de manière relativement terre à terre mais à partir du tiers de l'album, il plonge vers une ambiance de conte fantastique presque délirant qui pourrait peut-être en déstabiliser certains même si j'ai apprécié le charme de l'ensemble.
Seule la narration un peu difficile réduit le plaisir de lecture et peut fatiguer à la longue. J'aurais préféré que l'histoire se termine en un seul tome par exemple car j'ai peur que la poésie s'essouffle sur la longueur même si le talent graphique et le soin apporté au détail va presque croissant de page en page.
Les ignorants se font découvrir leur métier/passion respectif... pour notre plus grand plaisir ! Etant moi aussi relativement ignorante de ces deux domaines : le vin et la BD, j'ai apprécié cette immersion absolue.
Le récit est long, il prend son temps, relatant les petites anecdotes de cette expérience peu commune. J'ai vraiment apprécié ce rythme. Comme un bon vin, j'ai pu prendre le temps de le savourer. Je ne dirais pas que le récit s'est bonifié avec le temps puisqu'il est assez constant. Aussi bien au début qu'à la fin.
Le dessin de Davodeau n'est pas celui qui me touche le plus. Je trouve que les personnages font un peu bruts. Mais finalement dans cette BD, cela ne m'a pas dérangé. Les vignes sont superbes. Et finalement la beauté de l'histoire et des moments vécus par les personnages prend le pas sur le léger manque d'esthétisme du trait (à mon goût !).
Finalement je n'ai qu'un seul regret : ne pas pouvoir goûter les vins que l'on découvre au long du récit !
Comme dans chacun de ses récits/reportages, Guy Delisle nous transporte et nous fait découvrir une région du monde, plutôt inaccessible autrement.
Ses errances restent curieuses et instructives pour le lecteur. Il présente ses découvertes de manière assez objective, ne prenant pas vraiment part au conflit, mais en gardant un regard assez naïf sur les évènements. J'apprécie également la manière dont il assume ses défauts et ses vilains penchants (qui surgissent parfois... un peu comme pour chacun d'entre nous non ?).
Son trait est à la fois simple et détaillé. Poétique et non surfait.
Bref, un récit très instructif sur cet endroit et ce conflit qui ne sont pas simples. Je recommande vivement !
Tout d’abord, l’objet : un vrai pavé, dans lequel on a plaisir à se plonger, il s’agit d’une véritable expérience immersive. L’ouvrage est par ailleurs inclassable : on pourrait parler de documentaire scientifique voire historique, mais cela resterait incomplet, l’auteur apportant en outre son œil artistique en glissant à bon escient de multiples références dans la chronologie rigoureuse de cette épopée, qu’elles soient en rapport avec l’art, la science ou la religion. Ainsi, les cases se répondent, comme s’il y avait discussion entre les temps primitifs et l’humanité avec ses connaissances, ses croyances, ses mythes, ses questionnements. C’est toujours étonnant, érudit, rafraîchissant, parfois décalé, parfois humoristique (la mouche de Trondheim virevoltant au milieu des sauriens volants, par exemple). Le dessin est remarquablement précis, mais aussi très agréable à l’œil, rehaussé par une belle bichromie dont les teintes désaturées évoluent au fil des pages en parcourant le cercle chromatique. Une page de résumé des principaux événements vient clore chaque chapitre, ce qui n’est pas trop assommant pour les plus réfractaires à la science.
C’est un vrai défi auquel a été confronté l’auteur, élaborant quelque chose qui n’avait jamais été fait : mettre en images l’histoire de l’Univers depuis les origines. Qui en effet pouvait imaginer qu’un auteur de BD puisse un jour représenter les premiers instants succédant au Big Bang, le début de l’espace-temps, l’ère de Planck (d’une durée infinitésimale de 10-44 seconde !), les quarks, antiquarks et autres particules subatomiques, etc. Eh bien Jens Harder l’a fait, avec brio et de façon tout à fait originale (voir plus haut). C’est passionnant, fascinant, grandiose. Comme un gosse, on reste tout simplement admiratif devant un tel travail, imaginant la somme d’archives et de documents qu’il a fallu réunir pour produire une telle œuvre. Parallèlement on est saisi de vertige devant le génie de la nature mais aussi en pensant aux périodes immensément longues qui ont été nécessaires aux transformations les plus infimes, si l’on raisonne en temps humain. Incontestablement, on peut parler d’un chef d’œuvre qui fera date. C’est donc avec impatience que j’attends la sortie des deux tomes qui devraient suivre, l’un consacré à l’histoire de l’humanité et l’autre au futur.
PS : je salue au passage l’excellente critique de Sejy
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Avis sur "Beta... civilisations - volume 1"
Cinq ans. C’est le temps qu’il aura fallu à Jens Harder pour accoucher de ce nouveau volet, qui au départ prévu en une seule parution, fera finalement l’objet de deux volumes. D’emblée il faut bien l’avouer, l’effet de surprise ressenti avec « Alpha… directions » s’est dissipé ici, mais le mode de narration verticale reste très original. L’auteur déroule le récit de l’évolution à sa façon, en établissant au fil des pages des passerelles entre les époques, à l’aide d’une iconographie abondante, populaire ou érudite, ne s’interdisant aucun domaine, de la peinture à la pub en passant par le cinéma, la photo ou tout naturellement la BD.
C’est parfois un peu prévisible dans le sens on finit par deviner plus ou moins où Harder veut nous emmener, mais ce dernier garde toujours cette volonté de surprendre le lecteur dans le choix des références, évitant ainsi l’exposé scolaire. Bien sûr il m’est arrivé d’être saisi par le doute, agacé parfois par une certaine redondance, mais au final il faut convenir que le procédé basé sur un dialogue entre les images d’un côté et les époques de l’autre fonctionne à merveille. Et si l’on admet l’idée qu’il s’agit d’une lecture lente, ou plus exactement contemplative, on ne pourra être que fasciné en s’inclinant devant l’ampleur de la tâche. Comme on pourra le voir en annexe, l’auteur sait pourtant rester modeste : « Je n’ai rien inventé (…). Il s’agit plutôt d’un récit de l’évolution – mon récit, avec mes propres axes et fils rouges – comme je pourrais peut-être le faire à mes enfants, mais qui laisse de côté énormément de choses (et en ignore encore plus). » Il revendique par ailleurs son athéisme pour ceux qui seraient tentés d’interpréter son œuvre au vu de leurs propres croyances. Et précise de manière facétieuse à l’attention des fans de mangas : « Si par habitude, tu as ouvert Beta [par la fin], tu es cordialement invité à poursuivre ta lecture dans le sens qui t’est familier (…). A condition de veiller à lire chaque page non seulement de droite à gauche, mais aussi de bas en haut »
Pour ce qui est de l’objet en lui-même, l’impression argentée dans des tons alternativement gris, kaki et sépia au fil des pages est du plus bel effet (il faut juste éviter de lire sous la lampe de chevet…), et constitue de fait un argument en faveur de l’édition papier face au numérique. Quitte à héberger des pavés comme celui-ci dans sa bibliothèque, autant qu’ils soient jolis…
Et c’est soudain avec horreur que je réalise que si Mister Harder parvient à mener à bien son projet ambitieux, le dernier volet consacré au futur de l’humanité, « Gamma… visions », pourrait ne sortir qu’en 2024 voire 2029 pour la deuxième partie s’il décide de faire une césure comme ici ! On espère ainsi qu’aucun météorite ne viendra s’écraser sur la Terre avant cette date…
Quand Moore rencontre Lovecraft, on ne peut que penser qu'il va y avoir du lourd ... et il y a du lourd :)
Tout y est ! Atmosphère lugubre, peur visible sur les personnages et ambiance glauque. Le scénario est à l'image de ce que HPL aurait pu faire, une longue introduction très bien mise en scène qui ne laisse pas deviner ce qui va se passer. Les surprises sont au rendez-vous et la pression monte au fur et à mesure que les pages se tournent. Aucun personnage n'est épargné et le dessin est un plaisir à découvrir avec sa lecture. Les couleurs et les traits sont bien adaptés à la terreur et les interrogations des protagonistes, sa finesse transmet autant de sensations à ces derniers que chez le lecteur.
Ils ont du prendre beaucoup de plaisir à créer cet album et j'ai eu beaucoup de plaisir à le lire.
Une petite fille rejetée à cause de son visage déformé ne parle qu'à ses poupées : voilà pour le concept de cette bd qui ne vous laissera pas indifférent entre la haine, la solitude et la souffrance.
Il y a en effet beaucoup d'émotions lorsque l'on sait que la seule personne au monde à la comprendre, à savoir sa maman, est très malade et va partir la laissant seule aux prises avec un soi-disant père ne s'intéressant qu'à l'argent de la famille et une gouvernante incompétente. C'est malheureux de voir que le seul réconfort de cette pauvre petite fille est de parler à ses poupées. Gaja refuse tout contact avec autrui car les gens la rejettent ou se moquent d'elle. Et même quand deux camarades de classe se prennent de pitié pour elle en tentant une approche, elle les repousse violemment ce qui lui vaut d'être exclue définitivement de l'école.
Lady Doll est le genre d'histoire poignante qui me touche réellement. C'est vrai qu'il y a déjà eu pléthore de récits sur le thème de la différence. Cependant, celui-ci a quelque chose de vraiment spécial, de presque burtonnien (cela fait penser notamment au film Edward aux mains d'argent). Il faut dire que le dessin typiquement féminin apporte de la grâce et de l'élégance entre expressionnisme des visages et dynamisme du trait. Bonnes trouvailles également que de changer la colorisation pour les faits passés ou de nous présenter un texte d'entrée qui va nous donner le ton et l'envie d'en savoir plus. La couverture intrigante et insolite est également une réussite du genre. Le rose et le rouge sont les couleurs dominantes pour appuyer une ambiance très sombre et oppressante. J'étais presque hypnotisé par tous ces yeux surdimensionnés qui restituent les pensées les plus noires.
Quand on referme cette bd, on a presque une larme à l'oeil tant on ressent cette souffrance qui est devenue insupportable dans une réalité dominée par le mensonge et l'hypocrisie.:(( Ceci est un conte dramatique dans une ambiance inquiétante. Cela ne sera pas à mettre dans toutes les mains sans doute à cause de la dureté des événements ainsi que de la perfidie et de l'abjection du père dont les mots sont plus terribles qu'une violence physique. Un album d'un romantisme fracassant indispensable dans une bdthèque !
Ajout à l’avis initial:
Après un premier tome qui m’avait fortement marqué, j’attendais une suite à la hauteur dans ce drame presque burtonien. Or, celle-ci n’est pas parvenue à me satisfaire entièrement au niveau de l’intrigue notamment. Cependant, il s’est quand même passé quelque chose au travers du message véhiculé par ses auteurs.
L’action se déroule une bonne dizaine d’années après sans la moindre transition explicative. Le propos se concentre sur les prétendants à Lady Doll qui se succèdent dans cette bâtisse où le père mécréant conserve sa place. Les relations entre les personnages sont plutôt bizarres ce qui rend le tout peu crédible. Notre héroïne est réellement traumatisée et a perdu tout contact avec le genre humain en se repliant sur elle-même et en se confiant totalement à ses poupées.
L’émotion est passée et il ne reste plus grand-chose malgré de très beaux dessins. Lady Doll est surtout une bd réservée aux femmes. On sent une sensibilité qui la rend presque charnelle malgré un côté sombre et gothique. En tout cas, cette ambiance particulière m’a bien surpris dans le bon sens du terme.
Le lecteur regrettera que le scénario ne soit pas à la hauteur de ce graphisme vraiment exceptionnel. Quoiqu’il en soit, la fin de ce diptyque est plutôt touchante. Le physique ne devrait jamais compter. Il faut voir l’être au-delà de la surface des choses. Malheureusement, peu de gens en sont capables.
Si cette époque de « Donjon » m’a insensiblement moins touchée, je ne peux pas la dissocier des autres et ne peux que lui accorder à elle aussi la note maximale.
Pour ce qui fâche, tout d’abord il y a le graphisme des deux premiers tomes, qui est, il faut bien l’avouer, assez raté, ce n’est pas loin d’être du gribouillage, un trait épais et tremblotant, agrémenté de couleurs assez laides. Le troisième tome n’a plus rien à voir, affiné et joliment colorisé il est quant à lui, réussi. Quant au style de Karascoët qui prend la suite, il me convient, je l’apprécie comme j’ai apprécié tous les autres dessinateurs qui se sont attelés à cette fabuleuse série qu’est « Donjon ».
Côte scénario c’est très différent des autres épisodes, la nostalgie prend place car on nous narre la fin de l’histoire, c’est triste, mais j’aime le principe des époques et j’ai tout autant été conquise par cette partie que par les autres, j’aime ce que Sfar et Trondheim ont décidé pour l’avenir de leurs personnages, vraiment uniques dans le monde de la bd. Ce qui m’a légèrement dérangée, c’est que j’ai parfois eu l’impression que les auteurs avançaient à tâtons, je précise tout de même que tout se tient, c‘est juste que ce récit m‘a paru un peu décousu par rapport aux autres donjons.
Le rythme des sorties a beaucoup ralenti et c’est finalement la seule chose qui me chagrine vraiment.
Suite et fin
Même si certaines choses m'échappent car je n'ai pas relu tous les tomes précédents avant de me jeter dans ces deux derniers, je dirais qu'en tant que fin de "crépuscule" ça me convient.
Par contre je passe ma note de culte à 4/5 car malgré sa grande richesse, cette série reste intrinsèquement inachevée. Par série j'entends absolument TOUS les donjons, car les différencier n'a pas de sens à mes yeux, même les Donjon monsters et ses histoires au tome par tome.
Bref, ça laisse un goût amer qui aura du mal à passer, car la relecture sera très frustrante sachant tout ce qu'on ne saura jamais.
Bon, allez, je me décide à commenter cette lecture quand bien même je n'en suis qu'à la lecture du troisième tome de la réédition intégrale de Urban. Mais là, il faut que je le dise : c'est une pure tuerie ! Voire mieux. C'est un chef-d’œuvre.
Déjà, juste un mot sur l'édition Urban Comics, un véritable petit bijou qui compile les albums et qui nous rajoute plein de bonus, des galeries d'images ou des interviews, des compléments, des crayonnés, plein de détails supplémentaires. C'est pas indispensable, mais on y trouve des explications sur l'ensemble de la série par l'auteur en personne, et ça éclaire de façon magistrale cette série complexe.
Ensuite, et pour éliminer tout de suite ce qui fâche, parlons du dessin. Car oui, c'est franchement moche. Enfin, tout dépend. Encore une fois, quand une œuvre présente un dessinateur différent à chaque histoire, il est presque impossible de qualifier le dessin. Certains sont potables, d'autres réussis, d'autres superbes (souvent les histoires très courtes et plus insignifiantes), globalement assez moche et pas agréable. Mais ça reste potable, notamment dans les constructions des pages. Le gros défaut, c'est qu'on retrouve en permanence des personnages qu'on a vu dans d'autres histoires, et lorsque les têtes changent énormément, c'est pas facile.
Par contre, le reste ... C'est Neil Gaiman : prenant, inventif, superbement mis en scène, intriguant, innovant, poétique, beau ... Tout y est ! Mais vraiment tout !
J'adore la façon dont Neil Gaiman arrive à mélanger tant de choses diverses pour obtenir ce mélange final. Un univers complet, créé et cohérent, qui nous livre tout ce qu'il peut livrer. Chaque histoire présente autre chose, tout est intéressant. C'est un intérêt perpétuellement renouvelé que ces histoires.
C'est des personnages extraordinaires, entre les héros et héroïnes, personnages secondaires qui reviennent à un moment ou à un autre dans une histoire où ils seront héros. C'est des intrigues qui se croisent, dans une savante orchestration. Parfaitement bien fait.
C'est aussi le Rêve, un personnage excellent, a bien des facettes et qui aura un rôle différent dans chaque histoire, entre sauveur ou assassin, Deus Ex Machina ou victime. Le rêve est présenté sous bien des facettes.
C'est enfin une flopée d'histoires, courtes ou longues, le tout mélangé, qui nous donne envie de lire encore une à chaque tome, rien qu'une encore puis on s'arrête. Dès que j'ai commencé à le lire, ce fut pire que des cacahuètes.
Gaiman nous insuffle en plus une imagination débordante ! Rien que dans le premier tome ça foisonne d'excellentes idées, dans tous les sens. Et je ne parle pas de tous les aspects (féeriques, contes, morales, poésie, théâtre, historique) qu'on retrouve dans les histoires. Et puis, tous les mystères qui se créent et se dévoilent en permanence ... C'est superbe, c'est beau ! Quel grand auteur !
Je reconnais une chose : si vous n'arrivez pas à lire, je peux le comprendre. C'est un style d'histoire, et il faut vraiment apprécier le genre. Mais si vous avez tenu un tome et que ça vous plait, lisez tout le reste, c'est du même acabit. Je peux comprendre qu'on n'aime pas, et si vous n'y arrivez pas, ne forcez pas. Passez à autre chose.
Pour tous les autres, lisez-le. C'est une série de BD qui m'a pris aux tripes et que je lis, relis avec le même enthousiasme, le même plaisir. Une série comme ça, ça ne se trouve pas tous les jours, sautez sur l'occasion ! Je suis littéralement scotché à cette BD et je crois bien que je serai accro définitivement.
Du comme ça, je n'en avais encore jamais lu. C'est unique en son genre, et ça mérite toute l'attention qu'on peut lui accorder. Une œuvre culte, oui. Simplement culte. A lire.
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Le Troisième Testament
J’ai acheté le premier tome à sa sortie en 1997, celui-ci étant le coup de cœur du moment, une forme atténuée de révolution dans l’univers BD, du moins, c’est comme cela que je l’avais perçu du haut de mes 16 ans... C’est vrai que les histoires "Fantastico-moyennageuses" étaient assez rares, de même que la touche ésotérique donnée au scénario. Les couleurs sombres collent parfaitement aux dessins splendides, des personnages comme des paysages et bâtiments. Le récit est bon, compliqué à suivre par certains moments, compte tenu de la quantité de personnages et de lieux intervenants, mais également de l’identité tenue secrète du véritable ennemi de nos deux héros à la recherche de ce troisième Testament. Le quatrième tome a mis des lustres à venir, il clôture de manière honorable cette histoire empreinte d’éléments du magnifique "Le Nom de la Rose" de J-J Annaud. Mon avis date maintenant de plusieurs années. Je reste assez d'accord avec ce que j'ai écrit il y a déjà quelque temps et pourtant… L'expérience faisant et l'âge avançant, je peux sans honte vous avouer qu'il s'agit pour moi d'un classico-classique de ma collection. Un espèce de truc qui me retourne comme une crêpe et me ramène 15 ans en arrière, et surtout me rappelle pourquoi ce genre de série m'a poussé à lire tant d'autres perles, en rapport ou pas avec le thème! Après l'avoir relue huit milliards de fois, je m'incline et vous incite, au mieux de mes maigres possibilités, à lire cette petite tuerie! Je ne pourrais franchement plus m'en passer, ni de la série mère, ni de sa suite Le Troisième Testament : Julius. Full must, d'office!
Killing Joke (Batman - The Killing Joke/Rire et Mourir/Souriez !)
A 14 ans, je n'avais jamais entendu parler d'Alan Moore lorsque j'ai lu pour la première fois "Souriez". Ce n'est donc pas sa présence au scénario qui a influencé ma passion pour cette BD de haut-vol. Par contre je connaissais déjà le prodigieux Brian Bolland pour son travail sur "Dredd contre crève" qui m'avait époustouflé. Quel bonheur de pouvoir enfin remettre la main sur ce petit bijou, et de surcroit recolorisé par sieur Bolland himself (je détestais les couleurs originales). Ses magnifiques dessins sont enfin vraiment mis en valeurs comme il se doit. Bien que trop court ("toutes les bonnes choses ont une fin"), le récit est poignant et peut nous apporter beaucoup de réflexions ou questionnements philosophiques sur le thème de la folie. Le Joker révélé sous un autre angle, nous apparait aussi juste que Batman, car lui aussi a été traumatisé par de sombres événements de son passé. Batman parait ici, par opposition au Joker, un être complètement psycho-rigide. Le lien entre les deux personnages est très fort, comme deux faces d'une même pièce. Ce n'est pas ici, le scénario qui importe, mais bien le soin apporté au traitement des psychologies des personnages et les dialogues, riches de sens. LE meilleur Batman, qui a fortement inspiré Tim Burton pour sa version du Joker dans la version cinématographique de Batman. A ne surtout pas louper !!!
La Fille maudite du capitaine pirate
Dès les premières pages, je suis tombé sous le charme du graphisme très particulier de Jeremy Bastian. J'ai eu l'impression d'y retrouver l'influence de nombreux styles que j'apprécie, à commencer par celui de Nancy Peña, mais aussi d'illustrateurs et graveurs plus anciens et notamment John Tenniel qui illustra Alice au Pays des Merveilles en 1866. On retrouve une ambiance proche de celle de Lewis Carroll dans cette fable folle, légèrement inquiétante, et emplie de personnages étonnants sortis de l'imaginaire et des légendes marines. J'y ai retrouvé aussi l'influence graphique d'auteurs américains indépendants tels que Daniel Clowes ou Charles Burns qui eux aussi savent créer des atmosphères pleines d'une troublante magie. C'est donc un graphisme proche de l’illustration, un petit peu trop figé pour de la bande dessinée mais très soigné, très travaillé, enluminé serais-je même tenté de dire. Il est régulièrement trop dense de détails alourdissant la narration voire la rendant confuse mais ça n'en reste pas moins un plaisir pour les yeux pour les amateurs de ce genre de dessin. L'histoire elle-même est une fable onirique et aventureuse où nous suivons les péripéties fantastiques d'une jeune fille à la recherche de son père capitaine pirate qu'elle va tenter de trouver en traversant les mers fantastiques et en affrontant monstres et dangers. Le récit est un peu décousu et légèrement foutraque. Il commence de manière relativement terre à terre mais à partir du tiers de l'album, il plonge vers une ambiance de conte fantastique presque délirant qui pourrait peut-être en déstabiliser certains même si j'ai apprécié le charme de l'ensemble. Seule la narration un peu difficile réduit le plaisir de lecture et peut fatiguer à la longue. J'aurais préféré que l'histoire se termine en un seul tome par exemple car j'ai peur que la poésie s'essouffle sur la longueur même si le talent graphique et le soin apporté au détail va presque croissant de page en page.
Les Ignorants
Les ignorants se font découvrir leur métier/passion respectif... pour notre plus grand plaisir ! Etant moi aussi relativement ignorante de ces deux domaines : le vin et la BD, j'ai apprécié cette immersion absolue. Le récit est long, il prend son temps, relatant les petites anecdotes de cette expérience peu commune. J'ai vraiment apprécié ce rythme. Comme un bon vin, j'ai pu prendre le temps de le savourer. Je ne dirais pas que le récit s'est bonifié avec le temps puisqu'il est assez constant. Aussi bien au début qu'à la fin. Le dessin de Davodeau n'est pas celui qui me touche le plus. Je trouve que les personnages font un peu bruts. Mais finalement dans cette BD, cela ne m'a pas dérangé. Les vignes sont superbes. Et finalement la beauté de l'histoire et des moments vécus par les personnages prend le pas sur le léger manque d'esthétisme du trait (à mon goût !). Finalement je n'ai qu'un seul regret : ne pas pouvoir goûter les vins que l'on découvre au long du récit !
Chroniques de Jérusalem
Comme dans chacun de ses récits/reportages, Guy Delisle nous transporte et nous fait découvrir une région du monde, plutôt inaccessible autrement. Ses errances restent curieuses et instructives pour le lecteur. Il présente ses découvertes de manière assez objective, ne prenant pas vraiment part au conflit, mais en gardant un regard assez naïf sur les évènements. J'apprécie également la manière dont il assume ses défauts et ses vilains penchants (qui surgissent parfois... un peu comme pour chacun d'entre nous non ?). Son trait est à la fois simple et détaillé. Poétique et non surfait. Bref, un récit très instructif sur cet endroit et ce conflit qui ne sont pas simples. Je recommande vivement !
Alpha... directions / Beta... civilisations/Gamma... visions
Tout d’abord, l’objet : un vrai pavé, dans lequel on a plaisir à se plonger, il s’agit d’une véritable expérience immersive. L’ouvrage est par ailleurs inclassable : on pourrait parler de documentaire scientifique voire historique, mais cela resterait incomplet, l’auteur apportant en outre son œil artistique en glissant à bon escient de multiples références dans la chronologie rigoureuse de cette épopée, qu’elles soient en rapport avec l’art, la science ou la religion. Ainsi, les cases se répondent, comme s’il y avait discussion entre les temps primitifs et l’humanité avec ses connaissances, ses croyances, ses mythes, ses questionnements. C’est toujours étonnant, érudit, rafraîchissant, parfois décalé, parfois humoristique (la mouche de Trondheim virevoltant au milieu des sauriens volants, par exemple). Le dessin est remarquablement précis, mais aussi très agréable à l’œil, rehaussé par une belle bichromie dont les teintes désaturées évoluent au fil des pages en parcourant le cercle chromatique. Une page de résumé des principaux événements vient clore chaque chapitre, ce qui n’est pas trop assommant pour les plus réfractaires à la science. C’est un vrai défi auquel a été confronté l’auteur, élaborant quelque chose qui n’avait jamais été fait : mettre en images l’histoire de l’Univers depuis les origines. Qui en effet pouvait imaginer qu’un auteur de BD puisse un jour représenter les premiers instants succédant au Big Bang, le début de l’espace-temps, l’ère de Planck (d’une durée infinitésimale de 10-44 seconde !), les quarks, antiquarks et autres particules subatomiques, etc. Eh bien Jens Harder l’a fait, avec brio et de façon tout à fait originale (voir plus haut). C’est passionnant, fascinant, grandiose. Comme un gosse, on reste tout simplement admiratif devant un tel travail, imaginant la somme d’archives et de documents qu’il a fallu réunir pour produire une telle œuvre. Parallèlement on est saisi de vertige devant le génie de la nature mais aussi en pensant aux périodes immensément longues qui ont été nécessaires aux transformations les plus infimes, si l’on raisonne en temps humain. Incontestablement, on peut parler d’un chef d’œuvre qui fera date. C’est donc avec impatience que j’attends la sortie des deux tomes qui devraient suivre, l’un consacré à l’histoire de l’humanité et l’autre au futur.
PS : je salue au passage l’excellente critique de Sejy
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Avis sur "Beta... civilisations - volume 1"
Cinq ans. C’est le temps qu’il aura fallu à Jens Harder pour accoucher de ce nouveau volet, qui au départ prévu en une seule parution, fera finalement l’objet de deux volumes. D’emblée il faut bien l’avouer, l’effet de surprise ressenti avec « Alpha… directions » s’est dissipé ici, mais le mode de narration verticale reste très original. L’auteur déroule le récit de l’évolution à sa façon, en établissant au fil des pages des passerelles entre les époques, à l’aide d’une iconographie abondante, populaire ou érudite, ne s’interdisant aucun domaine, de la peinture à la pub en passant par le cinéma, la photo ou tout naturellement la BD.
C’est parfois un peu prévisible dans le sens on finit par deviner plus ou moins où Harder veut nous emmener, mais ce dernier garde toujours cette volonté de surprendre le lecteur dans le choix des références, évitant ainsi l’exposé scolaire. Bien sûr il m’est arrivé d’être saisi par le doute, agacé parfois par une certaine redondance, mais au final il faut convenir que le procédé basé sur un dialogue entre les images d’un côté et les époques de l’autre fonctionne à merveille. Et si l’on admet l’idée qu’il s’agit d’une lecture lente, ou plus exactement contemplative, on ne pourra être que fasciné en s’inclinant devant l’ampleur de la tâche. Comme on pourra le voir en annexe, l’auteur sait pourtant rester modeste : « Je n’ai rien inventé (…). Il s’agit plutôt d’un récit de l’évolution – mon récit, avec mes propres axes et fils rouges – comme je pourrais peut-être le faire à mes enfants, mais qui laisse de côté énormément de choses (et en ignore encore plus). » Il revendique par ailleurs son athéisme pour ceux qui seraient tentés d’interpréter son œuvre au vu de leurs propres croyances. Et précise de manière facétieuse à l’attention des fans de mangas : « Si par habitude, tu as ouvert Beta [par la fin], tu es cordialement invité à poursuivre ta lecture dans le sens qui t’est familier (…). A condition de veiller à lire chaque page non seulement de droite à gauche, mais aussi de bas en haut »
Pour ce qui est de l’objet en lui-même, l’impression argentée dans des tons alternativement gris, kaki et sépia au fil des pages est du plus bel effet (il faut juste éviter de lire sous la lampe de chevet…), et constitue de fait un argument en faveur de l’édition papier face au numérique. Quitte à héberger des pavés comme celui-ci dans sa bibliothèque, autant qu’ils soient jolis…
Et c’est soudain avec horreur que je réalise que si Mister Harder parvient à mener à bien son projet ambitieux, le dernier volet consacré au futur de l’humanité, « Gamma… visions », pourrait ne sortir qu’en 2024 voire 2029 pour la deuxième partie s’il décide de faire une césure comme ici ! On espère ainsi qu’aucun météorite ne viendra s’écraser sur la Terre avant cette date…

Neonomicon
Quand Moore rencontre Lovecraft, on ne peut que penser qu'il va y avoir du lourd ... et il y a du lourd :) Tout y est ! Atmosphère lugubre, peur visible sur les personnages et ambiance glauque. Le scénario est à l'image de ce que HPL aurait pu faire, une longue introduction très bien mise en scène qui ne laisse pas deviner ce qui va se passer. Les surprises sont au rendez-vous et la pression monte au fur et à mesure que les pages se tournent. Aucun personnage n'est épargné et le dessin est un plaisir à découvrir avec sa lecture. Les couleurs et les traits sont bien adaptés à la terreur et les interrogations des protagonistes, sa finesse transmet autant de sensations à ces derniers que chez le lecteur. Ils ont du prendre beaucoup de plaisir à créer cet album et j'ai eu beaucoup de plaisir à le lire.
Lady Doll
Une petite fille rejetée à cause de son visage déformé ne parle qu'à ses poupées : voilà pour le concept de cette bd qui ne vous laissera pas indifférent entre la haine, la solitude et la souffrance. Il y a en effet beaucoup d'émotions lorsque l'on sait que la seule personne au monde à la comprendre, à savoir sa maman, est très malade et va partir la laissant seule aux prises avec un soi-disant père ne s'intéressant qu'à l'argent de la famille et une gouvernante incompétente. C'est malheureux de voir que le seul réconfort de cette pauvre petite fille est de parler à ses poupées. Gaja refuse tout contact avec autrui car les gens la rejettent ou se moquent d'elle. Et même quand deux camarades de classe se prennent de pitié pour elle en tentant une approche, elle les repousse violemment ce qui lui vaut d'être exclue définitivement de l'école. Lady Doll est le genre d'histoire poignante qui me touche réellement. C'est vrai qu'il y a déjà eu pléthore de récits sur le thème de la différence. Cependant, celui-ci a quelque chose de vraiment spécial, de presque burtonnien (cela fait penser notamment au film Edward aux mains d'argent). Il faut dire que le dessin typiquement féminin apporte de la grâce et de l'élégance entre expressionnisme des visages et dynamisme du trait. Bonnes trouvailles également que de changer la colorisation pour les faits passés ou de nous présenter un texte d'entrée qui va nous donner le ton et l'envie d'en savoir plus. La couverture intrigante et insolite est également une réussite du genre. Le rose et le rouge sont les couleurs dominantes pour appuyer une ambiance très sombre et oppressante. J'étais presque hypnotisé par tous ces yeux surdimensionnés qui restituent les pensées les plus noires. Quand on referme cette bd, on a presque une larme à l'oeil tant on ressent cette souffrance qui est devenue insupportable dans une réalité dominée par le mensonge et l'hypocrisie.:(( Ceci est un conte dramatique dans une ambiance inquiétante. Cela ne sera pas à mettre dans toutes les mains sans doute à cause de la dureté des événements ainsi que de la perfidie et de l'abjection du père dont les mots sont plus terribles qu'une violence physique. Un album d'un romantisme fracassant indispensable dans une bdthèque ! Ajout à l’avis initial: Après un premier tome qui m’avait fortement marqué, j’attendais une suite à la hauteur dans ce drame presque burtonien. Or, celle-ci n’est pas parvenue à me satisfaire entièrement au niveau de l’intrigue notamment. Cependant, il s’est quand même passé quelque chose au travers du message véhiculé par ses auteurs. L’action se déroule une bonne dizaine d’années après sans la moindre transition explicative. Le propos se concentre sur les prétendants à Lady Doll qui se succèdent dans cette bâtisse où le père mécréant conserve sa place. Les relations entre les personnages sont plutôt bizarres ce qui rend le tout peu crédible. Notre héroïne est réellement traumatisée et a perdu tout contact avec le genre humain en se repliant sur elle-même et en se confiant totalement à ses poupées. L’émotion est passée et il ne reste plus grand-chose malgré de très beaux dessins. Lady Doll est surtout une bd réservée aux femmes. On sent une sensibilité qui la rend presque charnelle malgré un côté sombre et gothique. En tout cas, cette ambiance particulière m’a bien surpris dans le bon sens du terme. Le lecteur regrettera que le scénario ne soit pas à la hauteur de ce graphisme vraiment exceptionnel. Quoiqu’il en soit, la fin de ce diptyque est plutôt touchante. Le physique ne devrait jamais compter. Il faut voir l’être au-delà de la surface des choses. Malheureusement, peu de gens en sont capables.
Donjon Crépuscule
Si cette époque de « Donjon » m’a insensiblement moins touchée, je ne peux pas la dissocier des autres et ne peux que lui accorder à elle aussi la note maximale. Pour ce qui fâche, tout d’abord il y a le graphisme des deux premiers tomes, qui est, il faut bien l’avouer, assez raté, ce n’est pas loin d’être du gribouillage, un trait épais et tremblotant, agrémenté de couleurs assez laides. Le troisième tome n’a plus rien à voir, affiné et joliment colorisé il est quant à lui, réussi. Quant au style de Karascoët qui prend la suite, il me convient, je l’apprécie comme j’ai apprécié tous les autres dessinateurs qui se sont attelés à cette fabuleuse série qu’est « Donjon ». Côte scénario c’est très différent des autres épisodes, la nostalgie prend place car on nous narre la fin de l’histoire, c’est triste, mais j’aime le principe des époques et j’ai tout autant été conquise par cette partie que par les autres, j’aime ce que Sfar et Trondheim ont décidé pour l’avenir de leurs personnages, vraiment uniques dans le monde de la bd. Ce qui m’a légèrement dérangée, c’est que j’ai parfois eu l’impression que les auteurs avançaient à tâtons, je précise tout de même que tout se tient, c‘est juste que ce récit m‘a paru un peu décousu par rapport aux autres donjons. Le rythme des sorties a beaucoup ralenti et c’est finalement la seule chose qui me chagrine vraiment. Suite et fin Même si certaines choses m'échappent car je n'ai pas relu tous les tomes précédents avant de me jeter dans ces deux derniers, je dirais qu'en tant que fin de "crépuscule" ça me convient. Par contre je passe ma note de culte à 4/5 car malgré sa grande richesse, cette série reste intrinsèquement inachevée. Par série j'entends absolument TOUS les donjons, car les différencier n'a pas de sens à mes yeux, même les Donjon monsters et ses histoires au tome par tome. Bref, ça laisse un goût amer qui aura du mal à passer, car la relecture sera très frustrante sachant tout ce qu'on ne saura jamais.
Sandman
Bon, allez, je me décide à commenter cette lecture quand bien même je n'en suis qu'à la lecture du troisième tome de la réédition intégrale de Urban. Mais là, il faut que je le dise : c'est une pure tuerie ! Voire mieux. C'est un chef-d’œuvre. Déjà, juste un mot sur l'édition Urban Comics, un véritable petit bijou qui compile les albums et qui nous rajoute plein de bonus, des galeries d'images ou des interviews, des compléments, des crayonnés, plein de détails supplémentaires. C'est pas indispensable, mais on y trouve des explications sur l'ensemble de la série par l'auteur en personne, et ça éclaire de façon magistrale cette série complexe. Ensuite, et pour éliminer tout de suite ce qui fâche, parlons du dessin. Car oui, c'est franchement moche. Enfin, tout dépend. Encore une fois, quand une œuvre présente un dessinateur différent à chaque histoire, il est presque impossible de qualifier le dessin. Certains sont potables, d'autres réussis, d'autres superbes (souvent les histoires très courtes et plus insignifiantes), globalement assez moche et pas agréable. Mais ça reste potable, notamment dans les constructions des pages. Le gros défaut, c'est qu'on retrouve en permanence des personnages qu'on a vu dans d'autres histoires, et lorsque les têtes changent énormément, c'est pas facile. Par contre, le reste ... C'est Neil Gaiman : prenant, inventif, superbement mis en scène, intriguant, innovant, poétique, beau ... Tout y est ! Mais vraiment tout ! J'adore la façon dont Neil Gaiman arrive à mélanger tant de choses diverses pour obtenir ce mélange final. Un univers complet, créé et cohérent, qui nous livre tout ce qu'il peut livrer. Chaque histoire présente autre chose, tout est intéressant. C'est un intérêt perpétuellement renouvelé que ces histoires. C'est des personnages extraordinaires, entre les héros et héroïnes, personnages secondaires qui reviennent à un moment ou à un autre dans une histoire où ils seront héros. C'est des intrigues qui se croisent, dans une savante orchestration. Parfaitement bien fait. C'est aussi le Rêve, un personnage excellent, a bien des facettes et qui aura un rôle différent dans chaque histoire, entre sauveur ou assassin, Deus Ex Machina ou victime. Le rêve est présenté sous bien des facettes. C'est enfin une flopée d'histoires, courtes ou longues, le tout mélangé, qui nous donne envie de lire encore une à chaque tome, rien qu'une encore puis on s'arrête. Dès que j'ai commencé à le lire, ce fut pire que des cacahuètes. Gaiman nous insuffle en plus une imagination débordante ! Rien que dans le premier tome ça foisonne d'excellentes idées, dans tous les sens. Et je ne parle pas de tous les aspects (féeriques, contes, morales, poésie, théâtre, historique) qu'on retrouve dans les histoires. Et puis, tous les mystères qui se créent et se dévoilent en permanence ... C'est superbe, c'est beau ! Quel grand auteur ! Je reconnais une chose : si vous n'arrivez pas à lire, je peux le comprendre. C'est un style d'histoire, et il faut vraiment apprécier le genre. Mais si vous avez tenu un tome et que ça vous plait, lisez tout le reste, c'est du même acabit. Je peux comprendre qu'on n'aime pas, et si vous n'y arrivez pas, ne forcez pas. Passez à autre chose. Pour tous les autres, lisez-le. C'est une série de BD qui m'a pris aux tripes et que je lis, relis avec le même enthousiasme, le même plaisir. Une série comme ça, ça ne se trouve pas tous les jours, sautez sur l'occasion ! Je suis littéralement scotché à cette BD et je crois bien que je serai accro définitivement. Du comme ça, je n'en avais encore jamais lu. C'est unique en son genre, et ça mérite toute l'attention qu'on peut lui accorder. Une œuvre culte, oui. Simplement culte. A lire.