L'ouvrage est beau, les dessins sont beaux. L'image est dynamique, les couleurs agréables mais le vrai plus de cet ouvrage, c'est l'immersion dans la tête du personnage.
On croirait un peu suivre rorschach dans watchmen.
Il nous livre ses pensées les plus profondes, nous fait partager jusqu'à ses sensations et c'est très bien écrit, les mots sont bien choisit, les phrases sont belles, mi philosophiques, mi poétique les mots se laissent avaler tous seuls par le lecteur.
On souffle peu dans cette BD. Juste le temps de prendre sa respiration : On entre dans la peau de Solo, on devient solo. C'est palpitant de vie et d’énergie.
Un album à déguster
Ayant relu tout le cycle récemment je reste sur une note plus positive qu'auparavant. A l'époque il y avait un je ne sais quoi qui me faisait bloquer, en fait je trouvais tout cela bien complexe.
Aujourd'hui j'ai pris un réel plaisir a me plonger dans cet univers oh combien riche à tous les points de vue.
Tome 1: La découverte d'un graphisme hors norme avec une véritable recherche tant du point de vu architectural, que de la faune , de la flore, des moyens de déplacement, des vêtements (ah l'art du noué!), tout y est! Et puis il y a l'histoire ou deux pouvoirs s'affrontent avec une héroïne issue de l'un deux que l'on adore détester. Cyann est une enfant gâtée, désagréable voir malveillante qui ne laisse que très peu entrevoir l'humanité de ses sentiments. Ce tome met en place tous les éléments de l'histoire à venir et s'il faut un peu s'accrocher avec tout ces personnages, cela permet une immersion dans ce monde futuriste.
Tome 2: Aussi magnifique graphiquement que le premier (et je n'avais encore rien dit sur la colorisation parfaite), les auteurs nous entrainent sur une planète différente ou la aussi ils s'en donnent a coeur joie. Ca foisonne de partout, l'histoire avance, donne des réponses à des questions posées dans le premier tome. Les personnages s'épaississent, Cyann murit, et même si l'on ne se refait pas, elle prend de la consistance, devient plus adulte.
Tome 3: Encore une nouvelle planète! ce qui permet là aussi un visuel exceptionnel. La couleur encore très présente est cependant moins tranchée. Cyann partage la tête d'affiche avec Aïeïa (facile à dire non?) qui n'est pas un modèle parfait mais permet a Cyann de grandir encore. Je trouve cet album plus dur que les précédents notamment dans les situations qu'il décrit ainsi qu'un niveau de langage à ne pas mettre sous tous les yeux .
Tome 4: Si je vous disais que nous sommes à nouveau sur une autre planète. En même temps c'est un des thèmes principaux de l'histoire. Idem que pour les autres avec un petit plus concernant le type de société qui y est décrit, une sorte d'allégorie poussée à l'extrème d'un monde futur bien possible. L'histoire est fluide même si l'empire s'en mêle.
Tome 5: Toujours que du bon (ah les sauts dans le temps et l'espace, tout reste néanmoins compréhensible et pas fumeux). On a hâte de voir cette histoire se conclure.
Au final pas de note ultime, j'attendrais la fin et à condition qu'elle ne soit pas tirée par les cheveux ou faisant intervenir je ne sais quelle entité divine grandguignolesque, je mettrais le culte.
Un scénario intelligent, parfaitement maitrisé et des dessins au delà de l'au delà, à lire ou relire d'urgence.
Majoration après la sortie du dernier tome de la série.
Et bien non, je laisse ma note en l'état. Comme je l'avais dit plus haut la fin ne me satisfait pas assez pour que je donne l'excellence. En fait je suis un poil déçu de voir Cyann atterrir sur cette planète peuplée par des babas cool futuristes en complète OsmOse avec leur environnement. Il ne se passe à vrai dire pas grand chose et même si le visuel est très soigné, nous sommes très loin du foisonnement pictural et tellement inventif du premier tome.
Usure du temps? Dans tous les cas cela reste une belle et bonne histoire dont le final est presque plan plan.
Ce qu' il y a de bien dans la bande dessinée d'aujourd'hui, c'est qu'elle fait preuve d'inventivité et d'audace ; la preuve en est cette Bd qui n'aurait jamais pu se faire il y a encore 25 ou 30 ans, son sujet étant grave. Il est intéressant de voir comment un scénariste peut raconter un tel sujet sans contrainte et avec beaucoup de pudeur, on mesure alors le chemin parcouru dans notre société, car les idéologies et idées reçues de cette société du début des années 70 étaient tellement différentes, beaucoup de jeunes gens ne se rendent pas compte du progrès accompli.
Au départ, je pensais vraiment m'emmerder avec un tel récit, moi qui suis un lecteur plutôt tourné vers l'aventure, l'historique et accessoirement le fantastique ; les sujets du quotidien m'ennuient d'une force, surtout au cinéma, je les fuis ; mais en BD, je suis plus réceptif et curieux de tout. Au final, j'ai été agréablement surpris de découvrir un récit touchant, sensible et joliment conté, avec une héroïne attachante ; tout est asséné de façon intelligente, sans maladresse , ça sonne vrai et ça me rappelle un peu une époque que j'ai connue, quoique au début des 70's, j'étais encore pré-ado, mais je sais que l'avortement était très mal vu dans les familles, qu'elles soient bourgeoises, ouvrières ou riches.
Si le tout paraît si authentique, c'est non seulement que la narration est habile, en sachant bien capter cette période, mais aussi le contexte d'époque est bien restitué et admirablement traduit par le dessin fin et agréable de Pierre Wachs que je connaissais surtout pour ses séries historiques comme Les Tentations de Navarre ou Marie Tempête... Un joli one-shot qui saura certainement plaire à un public féminin, plus réceptif à ce genre de sujet.
Une nième série sur les zombies éditée par Soleil cette fois et dont le titre principal et la couverture du premier tome ne peuvent tromper sur le contenu. On pense tout de suite refermer l’ouvrage tant le sujet convenu a été rabâché jusqu’au dégoût sur tous les médias.
De ma première claque dans le genre par le film "Zombie – Dawn of the Dead" de Romero à la saga Walking Dead qui n’ont, à ce jour selon moi, pas été surpassés.
Sachant que ces deux monuments ont été copiés, remakés, voire adaptés, que peut-on attendre de cette nouvelle œuvre ? Et bien déjà une approche un peu plus européenne que ce soit dans le traitement du dessin, fort joli et bien mis en scène ou dans le traitement de l’histoire par voix off et qui rappelle à juste titre cet autre chef d’œuvre que je vous recommande en nouvelle : "Je suis une Légende" par Richard Matheson. Le héros ici n’en est pas un et on peut douter de sa santé morale. Bel exemple contemporain de la réussite professionnelle et familiale (il est gros, séparé et promu gérant de son Mac Donalds !!!), cet homme va rapidement s’adapter à son environnement que l’on devine hostile et immoral, évoluant seul tel un pion dans l’échiquier et tour à tour traqueur et fugitif.
Sa rencontre avec un enfant de 12 ans va lui redonner un sens à une vie qu’il sent condamnée, mu par l’espoir de retrouver sa propre fille et un semblant d’espoir dans une existence dont il a oublié les règles.
Pour le coup on ne sait trop vers quelle issue fatale ou pas les auteurs vont nous amener et c’est ce qui maintient un intérêt qu’on devine croissant malgré le peu de pages et son cliffhanger inattendu. C’est également ce qui caractérise ce thème populaire : les histoires de zombies sont forcément cruelles et celle-ci ne déroge pas à la règle.
Les reproches à faire sont que la progression de l’intrigue est à la fois trop rapide et pas assez détaillée mais l’excellente utilisation de la voix off permet de s’attacher et c’est un excellent compromis entre un Walking Dead de plus haut niveau immersif certes, mais à la fois à la narration beaucoup plus lente car développée sur plus de 100 chapitres…
Difficile de savoir si la qualité sera encore au rendez-vous (en espérant également que Soleil n’abandonnera pas cette belle série) mais pour une fois qu’une œuvre portant sur les zombies peut intéresser un lectorat étendu et est aussi bien réalisée, il serait difficile de bouder son plaisir de lecture et le pari de coexister dans ce registre particulier sans en dénaturer les originies ni sans copier trop d’œuvres américaines vaut aisément un coup de cœur agrémenté d’un 3/5 qui ne demande qu’à être augmenté.
EDIT : A présent que le premier cycle de cette série est achevée, il est enfin temps d’éditer cet avis qui ne concernait que le premier tome et s’est vu compléter par un tome 0 et 2 autres albums sans tenir compte du spin-off « "Zombies Néchrologies" ».
Le dessin de Sophian Cholet s’est amplement amélioré, l’auteur mettant un soin particulier à affiner les détails et à multiplier les vignettes comme les plans amples. La couleur en pastel orangée rappelle littéralement un lever ou coucher de soleil constant (référence à la traduction littérale de « Dawn of the Dead » de Romero ?) faisant baigner l’ensemble dans une palette bien plus chaude que l’univers putride décrit.
Et voici à la fois le point faible et fort de cette série. D’un côté l’ensemble est très prenant mais d’un autre, une certaine noirceur inhérente à ce genre de récit post apocalyptique fait défaut. Ici on a l’impression que la plupart des personnages sont pétris de bonnes intentions. On passe aussi rapidement d’un groupe à un autre. Plusieurs groupes ? Oui ici les humains s’entendent « presque » tous ensemble et aiment porter des t-shirts de groupes ou de films connus. Autant dire qu’on est aux antipodes d’une série comme Walking Dead.
Par contre, Olivier Péru n’oublie pas qu’on évolue dans une série pessimiste… C’est en effet la grande force de cette série. Alors que tout pourrait paraître confortable et finalement peu stressant, il n’a pas son pareil pour redistribuer les cartes et bouleverser les rôles de personnages que l’on aurait pu croire comme étant « protégés ». Il y a également une belle part d’humour noir qui arrive toujours au moment le plus inattendu comme si Péru annihilait tout espoir.
L’ensemble forme donc un tout cohérent de grande qualité dont il ne faudrait pas se priver tant cette série a un potentiel de relecture bien plus important que d’un Walking Dead dont on finit invraisemblablement par se lasser.
A noter que le tome 0 peut se lire comme un one shot à part entière en relatant le début de l’apocalypse par un des personnages clés de cette aventure. Sophian Cholet laisse volontiers sa place au profit d’un Léoni tout aussi convaincant si ce n’est davantage pour les scènes d’action et de tension. C'est d'ailleurs mon tome préféré à ce jour !
Très divertissant à défaut d’être révolutionnaire et inspiré, si vous êtes fans de zombies, ruez-vous sur cette collection.
Ça y est, la série du Cycle de Cyann est terminée, je peux enfin me forger un avis sur sa totalité.
C'était il y a 20 ans que j'étais complètement tombé sous le charme de la planète Olh et de sa civilisation fouillée et détaillée présentée dans le premier tome de la série, la SOurce et la SOnde. Un graphisme incroyable, un monde on ne peut plus fouillé et détaillé, un scénario à l'échelle humaine, bien construit et agréable, des dessins grandioses, des personnages attachants et une fin poignante. J'attendais la suite avec impatience.
3 ans plus tard, l'essai était transformé avec le second tome, Six Saisons sur IlO, avec la découverte d'une nouvelle planète et une intensification du récit avec la révélation du Grand Orbe qui allait être au cœur de l'intrigue du reste de la série, le tout approfondi par le hors-série encyclopédique qu'était la Clé des Confins.
Sur ces deux albums, le graphisme était superbe, totalement abouti techniquement et présentant un soin et un travail de recherche assez énormes.
Il a fallu ensuite attendre 8 ans pour voir sortir Aieia d'Aldaal et pour que je commence à douter un peu. J'y appréciais la découverte d'une nouvelle planète, très originale et intéressante cette fois encore, le graphisme était toujours aussi beau, mais le récit plus linéaire et sa fin un peu embrouillée lui donnaient moins de charme qu'aux tomes précédents. Il laissait le goût d'un album de transition.
2 ans plus tard, la couverture du tome les Couleurs de Marcade m'a largement refroidi. Elle a été modifiée depuis la première édition mais je la trouve toujours aussi décevante en comparaison de celles des tomes précédents. Le graphisme des planches lui aussi m'a soudainement déçu. J'y découvrais en effet un tic graphique que François Bourgeon allait utiliser également dans ses tomes suivants, à savoir ce qui me semble être une utilisation de l'informatique pour placer les éléments de son dessin, personnages ou décors, avec quelques copier-coller et des effets de zoom desquels résulte un encrage parfois très différent d'une case à la suivante, voire dans la même case : parfois très gros, comme trop rapproché ou grossier, parfois très fin. Je trouve cette inégalité de trait inesthétique, surtout quand on fait la comparaison avec la beauté des premiers tomes.
Quant au scénario, il devenait soudain beaucoup plus confus, plus complexe, et je commençais à m'y perdre.
5 ans plus tard, les Couloirs de l'Entretemps me faisait quasiment le même effet. Encore une fois assez déçu même si je suivais toujours les aventures de Cyann avec intérêt et curiosité et si j'étais heureux de la voir revenir sur des éléments et dans des lieux rencontrés dans le premier tome qui m'avait tant séduit. Mais je commençais à être sérieusement perdu dans le scénario.
Et voilà qu'aujourd'hui est sorti le 6e et dernier tome de cette saga. Ma première lecture fut appréciable. J'y retrouvais les petits défauts du nouveau style graphique de Bourgeon mais la visite de la fameuse Aldalarann m'a bien plu sur le plan visuel. Au niveau du scénario, après une entame dans la continuité des deux tomes précédents avec retour sur la planète Marcade, on assiste à une longue et belle mise en place de la conclusion de la saga. Et cette conclusion m'a totalement satisfait sur le coup.
J'ai alors pris le temps et le plaisir de relire la série dans son ensemble et d'enfin constater que tous les éléments qui me paraissaient confus et obscurs dans les 4e et 5e tomes s'assemblaient parfaitement avec le reste pour former quelque chose de cohérent et captivant malgré une réelle complexité (ce qui est chose assez courante dans les récits mettant en scène des voyages dans le temps). Bref, le scénario tient vraiment la route et balaie mes déceptions et doutes le concernant.
Je salue avec cette série la beauté et l'aspect fouillé de son univers intensément travaillé et imaginé par ses auteurs, ses planètes que l'on visite et qui sont si différentes et si intéressantes, la grande beauté de son graphisme, surtout sur les deux premiers tomes et malgré les défauts des tomes 4 et 5 à mes yeux, et enfin la façon dont le scénario s'agence et fait preuve d'originalité et de complexité.
Une grande oeuvre et un univers merveilleusement fignolé auxquels Bourgeon et Lacroix auront su donner vie et forme de bout en bout. Chapeau !
Il aura fallu deux ans de travail à Olivier Supiot pour venir à bout de cette œuvre.
C'est la première fois à ma connaissance que l'auteur place l'un de ses récits dans le cadre de la Première Guerre Mondiale, période fréquemment exploitée en bandes dessinées et notamment cette année, qui célèbre le centenaire du début de cet effroyable conflit et qui voit les hommages en tous genres se multiplier.
Comme de coutume avec M. Supiot, le traitement des couleurs est absolument admirable. Certaines planches en double page sont fantastiques, les visions de silhouettes spectrales de soldats perdus au milieu des ruines et des gravats renvoient à une impression d'irréalité que devaient sûrement ressentir les anonymes perdus au milieu d'un conflit qui les dépasse. Rien que pour ce genre de moments, cet album force le respect et mérite l'attention.
L'histoire est bien traitée et progresse bien. Finalement, on quitte assez rapidement le ciel pour s'intéresser à la terre et se plonger dans la boue des tranchées. Le personnage d'Hubert est relativement attachant et c'est avec intérêt qu'on l'accompagne dans son parcours, son ascension puis sa chute et c'est naturellement que l'on s'attriste en découvrant ses blessures, qu'elles soient physiques ou morales.
Cependant, outre son manque d'originalité (les lecteurs étant familiers de ce contexte et l'angle choisi n'étant pas particulièrement novateur), on reprochera un final un peu rapide, ponctué d'éléments qui semblent surgir de nulle part. Certains ingrédients de l'intrigue auraient pu être mieux amenés je pense et la psychologie de certains personnages secondaires plus développée, histoire de ne pas déboussoler le lecteur. En revanche, la dernière planche, conclusion du récit, ne manque pas de charme et nous laisse sur une note douce-amère.
Quoiqu'il en soit, voici un bel album, empreint de poésie (comme toujours avec Supiot) et de nostalgie, très bien servi par cette empreinte graphique particulière et ces couleurs si sensibles. A découvrir !
Ben oui les gars et les filles, elle est enfin là l'Adaptation BD que nous attendions tous nous les amateurs de BD qui en plus ont lu quelques uns des grands classiques de la SF.
A la base un héros pas si manichéen que cela ni aussi bourrin que son compère Conan. Quelqu'un a parlé de Shakespeare, mais il faudrait aussi évoquer Nietzsche. Bon d'accord pas besoin d'avoir fait philo pour lire ça mais c'est pour dire qu'il y a dans cette histoire plus que ce que l'on pourrait imaginer au premier abord.
Scénario très malin qui édulcore le côté emphatique qui pouvait exister dans les romans mais garde tout de même une puissance évidente.
Dessin, couleurs, mise en page et découpage ben pour moi c'est parfait, rien à ajouter.
Cerise sur le gâteau le tome 2 devrait voir le jour au printemps ou à l'été prochain.
Majoration après la sortie ce jour du tome 2 "STORMBRINGER"
Une claque visuelle, une claque scénaristique, une claque artistique. Une vraiment grosse baffe quoi!
Après un premier tome introductif qui nous présentait les différents protagonistes et l'univers dans lequel ils évoluaient les choses sérieuses ont commencé. Avant aussi c'était du sérieux, mais là Elric est véritablement parti en guerre, avec des pouvoirs décuplés, à la recherche de sa bien aimée.
Encore une fois je tire mon chapeau aux auteurs qui ont su magnifier l'oeuvre de Moorcock en lui donnant un corps véritablement tel qu'imaginé par cet auteur. Arrêtons également de dire que c'est une enième histoire déjà vue. Diantre non c'est l'ORIGINAL. C'est une oeuvre qui au même titre que le Seigneur des anneaux est au commencement de l'héroic fantasy. Ce sont tous les autres qui après se sont inspirés, qui ont parfois pompé.
Allez, je ne vais pas faire de long discours, la lecture se suffit à elle même.
Grandiose vous dis-je!
Je n'ai pu lire que les 2 premiers diptyques, j'espère pouvoir lire la suite dès que ma médiathèque aura les autres. Je m'intéresse moins aujourd'hui à la Seconde guerre mondiale en BD (beaucoup plus en ciné), peut-être à cause de toutes les anciennes séries populaires d'aviation ou de guerre que je lisais dans les pockets de mon adolescence. Mais ici, je crie bravo !
C'est une très belle histoire qui dégage une intensité et une grande profondeur. Le récit brasse beaucoup de sentiments, de la colère, de la douleur, du dégoût, de l'espoir aussi, mais surtout une grande émotion ; c'est bien simple, j'avais les yeux humides sur certains passages, j'ai pas honte à le dire. On y entrevoit le spectre hideux de la guerre, notamment la description des horreurs SS photographiées et narrées par Egon qui est un moment particulièrement pénible, mais sinistrement vrai.
Ce petit groupe de personnages planqués dans une ferme enneigée est très attachant, ils sont particulièrement bien travaillés, l'ensemble est d'une grande justesse et d'une très grande précision dans les détails, Jarbinet ayant fait un travail de fond et de recherche très poussé. Son dessin est absolument magnifique, j'aime le beau dessin quand il est comme ça, il est beaucoup plus fignolé, son style s'étant grandement amélioré depuis Mémoire de cendres, on dirait presque du Hermann. En tout cas, ça impose un visuel de toute beauté.
Le second diptyque est aussi bon en intensité dramatique, et la narration est très juste ; il souffre juste un peu de quelques détails, comme certaines "retrouvailles" un peu trop faciles. Sinon, l'image du bonheur du début si paisible entre la plage de Vierville et la pointe du Hoc (lieux que je connais et qui sont aujourd'hui très touristiques) contraste fortement avec les scènes du Débarquement d'une rare violence, qui renvoient à celles en ouverture de Il faut sauver le soldat Ryan. Le point de vue allemand avec le jeune Markus et le vétéran Hans qui hait la guerre, est également intéressant, ils ne sont pas tellement différents des GI's américains, ce sont tous des soldats ordinaires qui subissent. Ce diptyque fait aussi bien comprendre l'absurdité et la vacuité de la guerre, la seule chose qui compte, c'est de survivre.
Au final, une Bd très forte, très prenante... des histoires comme ça, j'en redemande.
A ce stade les mots sont un peu fades pour dire tout le bien que je pense de cette trilogie. En premier lieu une histoire digne de la Bretagne du XIXème siècle avec son cortège de figures imposées: le curé du village, le noble en son vieux château, un petit port de pêche et ses habitants qui découvrent la modernité mais dont l'esprit est encore empreint d'une culture millénaire habitée de vieilles légendes faisant intervenir des créatures merveilleuses pas toujours bienveillantes.
En deuxième une grande et belle histoire d'amour, une malédiction qui nous emmène jusqu'en Inde, des Korrigans et la mer avec ses créatures que tous marins qui se respectent ne moqueraient pour rien au monde.
C'est ici parfaitement retranscrit et bien sûr le dessin fluide et aérien de Prugne n'y est pas pour rien. On y est! et l'envoûtement fait son office. A lire ou relire au coin du feu, si l'on peut, avec une bouteille de chouchen à portée de la main.
Indéniablement nous sommes ici dans un roman noir dans la plus pure tradition, mais en même temps dans une sorte de chronique sociale comme aimait à en dépeindre Chabrol dans ses films. Au delà de l'histoire écrite par Manchette c'est toute la petite bourgeoisie minable d'une ville de province qu'il nous est donnée d'observer. Tout ce petit monde tourne en vase clos. Surtout ne nous occupons pas des pauvres sauf à les exploiter! Tout ces travers, ces veuleries, ces compromissions, ces petits arrangements entre amis ne demandent pas grand chose, juste une petite étincelle provoquée par l'héroine. Manchette dans son histoire nous amène doucement à prendre fait et cause pour elle et l'on en vient à trouver une justification presque morale à ses actes immoraux.
Dans son passage à la BD le scénario est particulièrement bien maitrisé, la tension monte peu à peu, avec quelques plages de tranquillité, et le final est assez réjouissant.
La mise en image est tout à fait a mon goût avec une colorisation particulièrement réussit même dans les ambiances de nuit. Celles ci restent très lisibles, certains devraient en prendre de la graine.
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Solo (Martin)
L'ouvrage est beau, les dessins sont beaux. L'image est dynamique, les couleurs agréables mais le vrai plus de cet ouvrage, c'est l'immersion dans la tête du personnage. On croirait un peu suivre rorschach dans watchmen. Il nous livre ses pensées les plus profondes, nous fait partager jusqu'à ses sensations et c'est très bien écrit, les mots sont bien choisit, les phrases sont belles, mi philosophiques, mi poétique les mots se laissent avaler tous seuls par le lecteur. On souffle peu dans cette BD. Juste le temps de prendre sa respiration : On entre dans la peau de Solo, on devient solo. C'est palpitant de vie et d’énergie. Un album à déguster
Le Cycle de Cyann
Ayant relu tout le cycle récemment je reste sur une note plus positive qu'auparavant. A l'époque il y avait un je ne sais quoi qui me faisait bloquer, en fait je trouvais tout cela bien complexe. Aujourd'hui j'ai pris un réel plaisir a me plonger dans cet univers oh combien riche à tous les points de vue. Tome 1: La découverte d'un graphisme hors norme avec une véritable recherche tant du point de vu architectural, que de la faune , de la flore, des moyens de déplacement, des vêtements (ah l'art du noué!), tout y est! Et puis il y a l'histoire ou deux pouvoirs s'affrontent avec une héroïne issue de l'un deux que l'on adore détester. Cyann est une enfant gâtée, désagréable voir malveillante qui ne laisse que très peu entrevoir l'humanité de ses sentiments. Ce tome met en place tous les éléments de l'histoire à venir et s'il faut un peu s'accrocher avec tout ces personnages, cela permet une immersion dans ce monde futuriste. Tome 2: Aussi magnifique graphiquement que le premier (et je n'avais encore rien dit sur la colorisation parfaite), les auteurs nous entrainent sur une planète différente ou la aussi ils s'en donnent a coeur joie. Ca foisonne de partout, l'histoire avance, donne des réponses à des questions posées dans le premier tome. Les personnages s'épaississent, Cyann murit, et même si l'on ne se refait pas, elle prend de la consistance, devient plus adulte. Tome 3: Encore une nouvelle planète! ce qui permet là aussi un visuel exceptionnel. La couleur encore très présente est cependant moins tranchée. Cyann partage la tête d'affiche avec Aïeïa (facile à dire non?) qui n'est pas un modèle parfait mais permet a Cyann de grandir encore. Je trouve cet album plus dur que les précédents notamment dans les situations qu'il décrit ainsi qu'un niveau de langage à ne pas mettre sous tous les yeux . Tome 4: Si je vous disais que nous sommes à nouveau sur une autre planète. En même temps c'est un des thèmes principaux de l'histoire. Idem que pour les autres avec un petit plus concernant le type de société qui y est décrit, une sorte d'allégorie poussée à l'extrème d'un monde futur bien possible. L'histoire est fluide même si l'empire s'en mêle. Tome 5: Toujours que du bon (ah les sauts dans le temps et l'espace, tout reste néanmoins compréhensible et pas fumeux). On a hâte de voir cette histoire se conclure. Au final pas de note ultime, j'attendrais la fin et à condition qu'elle ne soit pas tirée par les cheveux ou faisant intervenir je ne sais quelle entité divine grandguignolesque, je mettrais le culte. Un scénario intelligent, parfaitement maitrisé et des dessins au delà de l'au delà, à lire ou relire d'urgence. Majoration après la sortie du dernier tome de la série. Et bien non, je laisse ma note en l'état. Comme je l'avais dit plus haut la fin ne me satisfait pas assez pour que je donne l'excellence. En fait je suis un poil déçu de voir Cyann atterrir sur cette planète peuplée par des babas cool futuristes en complète OsmOse avec leur environnement. Il ne se passe à vrai dire pas grand chose et même si le visuel est très soigné, nous sommes très loin du foisonnement pictural et tellement inventif du premier tome. Usure du temps? Dans tous les cas cela reste une belle et bonne histoire dont le final est presque plan plan.
Libre de choisir
Ce qu' il y a de bien dans la bande dessinée d'aujourd'hui, c'est qu'elle fait preuve d'inventivité et d'audace ; la preuve en est cette Bd qui n'aurait jamais pu se faire il y a encore 25 ou 30 ans, son sujet étant grave. Il est intéressant de voir comment un scénariste peut raconter un tel sujet sans contrainte et avec beaucoup de pudeur, on mesure alors le chemin parcouru dans notre société, car les idéologies et idées reçues de cette société du début des années 70 étaient tellement différentes, beaucoup de jeunes gens ne se rendent pas compte du progrès accompli. Au départ, je pensais vraiment m'emmerder avec un tel récit, moi qui suis un lecteur plutôt tourné vers l'aventure, l'historique et accessoirement le fantastique ; les sujets du quotidien m'ennuient d'une force, surtout au cinéma, je les fuis ; mais en BD, je suis plus réceptif et curieux de tout. Au final, j'ai été agréablement surpris de découvrir un récit touchant, sensible et joliment conté, avec une héroïne attachante ; tout est asséné de façon intelligente, sans maladresse , ça sonne vrai et ça me rappelle un peu une époque que j'ai connue, quoique au début des 70's, j'étais encore pré-ado, mais je sais que l'avortement était très mal vu dans les familles, qu'elles soient bourgeoises, ouvrières ou riches. Si le tout paraît si authentique, c'est non seulement que la narration est habile, en sachant bien capter cette période, mais aussi le contexte d'époque est bien restitué et admirablement traduit par le dessin fin et agréable de Pierre Wachs que je connaissais surtout pour ses séries historiques comme Les Tentations de Navarre ou Marie Tempête... Un joli one-shot qui saura certainement plaire à un public féminin, plus réceptif à ce genre de sujet.
Zombies (Soleil)
Une nième série sur les zombies éditée par Soleil cette fois et dont le titre principal et la couverture du premier tome ne peuvent tromper sur le contenu. On pense tout de suite refermer l’ouvrage tant le sujet convenu a été rabâché jusqu’au dégoût sur tous les médias. De ma première claque dans le genre par le film "Zombie – Dawn of the Dead" de Romero à la saga Walking Dead qui n’ont, à ce jour selon moi, pas été surpassés. Sachant que ces deux monuments ont été copiés, remakés, voire adaptés, que peut-on attendre de cette nouvelle œuvre ? Et bien déjà une approche un peu plus européenne que ce soit dans le traitement du dessin, fort joli et bien mis en scène ou dans le traitement de l’histoire par voix off et qui rappelle à juste titre cet autre chef d’œuvre que je vous recommande en nouvelle : "Je suis une Légende" par Richard Matheson. Le héros ici n’en est pas un et on peut douter de sa santé morale. Bel exemple contemporain de la réussite professionnelle et familiale (il est gros, séparé et promu gérant de son Mac Donalds !!!), cet homme va rapidement s’adapter à son environnement que l’on devine hostile et immoral, évoluant seul tel un pion dans l’échiquier et tour à tour traqueur et fugitif. Sa rencontre avec un enfant de 12 ans va lui redonner un sens à une vie qu’il sent condamnée, mu par l’espoir de retrouver sa propre fille et un semblant d’espoir dans une existence dont il a oublié les règles. Pour le coup on ne sait trop vers quelle issue fatale ou pas les auteurs vont nous amener et c’est ce qui maintient un intérêt qu’on devine croissant malgré le peu de pages et son cliffhanger inattendu. C’est également ce qui caractérise ce thème populaire : les histoires de zombies sont forcément cruelles et celle-ci ne déroge pas à la règle. Les reproches à faire sont que la progression de l’intrigue est à la fois trop rapide et pas assez détaillée mais l’excellente utilisation de la voix off permet de s’attacher et c’est un excellent compromis entre un Walking Dead de plus haut niveau immersif certes, mais à la fois à la narration beaucoup plus lente car développée sur plus de 100 chapitres… Difficile de savoir si la qualité sera encore au rendez-vous (en espérant également que Soleil n’abandonnera pas cette belle série) mais pour une fois qu’une œuvre portant sur les zombies peut intéresser un lectorat étendu et est aussi bien réalisée, il serait difficile de bouder son plaisir de lecture et le pari de coexister dans ce registre particulier sans en dénaturer les originies ni sans copier trop d’œuvres américaines vaut aisément un coup de cœur agrémenté d’un 3/5 qui ne demande qu’à être augmenté. EDIT : A présent que le premier cycle de cette série est achevée, il est enfin temps d’éditer cet avis qui ne concernait que le premier tome et s’est vu compléter par un tome 0 et 2 autres albums sans tenir compte du spin-off « "Zombies Néchrologies" ». Le dessin de Sophian Cholet s’est amplement amélioré, l’auteur mettant un soin particulier à affiner les détails et à multiplier les vignettes comme les plans amples. La couleur en pastel orangée rappelle littéralement un lever ou coucher de soleil constant (référence à la traduction littérale de « Dawn of the Dead » de Romero ?) faisant baigner l’ensemble dans une palette bien plus chaude que l’univers putride décrit. Et voici à la fois le point faible et fort de cette série. D’un côté l’ensemble est très prenant mais d’un autre, une certaine noirceur inhérente à ce genre de récit post apocalyptique fait défaut. Ici on a l’impression que la plupart des personnages sont pétris de bonnes intentions. On passe aussi rapidement d’un groupe à un autre. Plusieurs groupes ? Oui ici les humains s’entendent « presque » tous ensemble et aiment porter des t-shirts de groupes ou de films connus. Autant dire qu’on est aux antipodes d’une série comme Walking Dead. Par contre, Olivier Péru n’oublie pas qu’on évolue dans une série pessimiste… C’est en effet la grande force de cette série. Alors que tout pourrait paraître confortable et finalement peu stressant, il n’a pas son pareil pour redistribuer les cartes et bouleverser les rôles de personnages que l’on aurait pu croire comme étant « protégés ». Il y a également une belle part d’humour noir qui arrive toujours au moment le plus inattendu comme si Péru annihilait tout espoir. L’ensemble forme donc un tout cohérent de grande qualité dont il ne faudrait pas se priver tant cette série a un potentiel de relecture bien plus important que d’un Walking Dead dont on finit invraisemblablement par se lasser. A noter que le tome 0 peut se lire comme un one shot à part entière en relatant le début de l’apocalypse par un des personnages clés de cette aventure. Sophian Cholet laisse volontiers sa place au profit d’un Léoni tout aussi convaincant si ce n’est davantage pour les scènes d’action et de tension. C'est d'ailleurs mon tome préféré à ce jour ! Très divertissant à défaut d’être révolutionnaire et inspiré, si vous êtes fans de zombies, ruez-vous sur cette collection.
Le Cycle de Cyann
Ça y est, la série du Cycle de Cyann est terminée, je peux enfin me forger un avis sur sa totalité. C'était il y a 20 ans que j'étais complètement tombé sous le charme de la planète Olh et de sa civilisation fouillée et détaillée présentée dans le premier tome de la série, la SOurce et la SOnde. Un graphisme incroyable, un monde on ne peut plus fouillé et détaillé, un scénario à l'échelle humaine, bien construit et agréable, des dessins grandioses, des personnages attachants et une fin poignante. J'attendais la suite avec impatience. 3 ans plus tard, l'essai était transformé avec le second tome, Six Saisons sur IlO, avec la découverte d'une nouvelle planète et une intensification du récit avec la révélation du Grand Orbe qui allait être au cœur de l'intrigue du reste de la série, le tout approfondi par le hors-série encyclopédique qu'était la Clé des Confins. Sur ces deux albums, le graphisme était superbe, totalement abouti techniquement et présentant un soin et un travail de recherche assez énormes. Il a fallu ensuite attendre 8 ans pour voir sortir Aieia d'Aldaal et pour que je commence à douter un peu. J'y appréciais la découverte d'une nouvelle planète, très originale et intéressante cette fois encore, le graphisme était toujours aussi beau, mais le récit plus linéaire et sa fin un peu embrouillée lui donnaient moins de charme qu'aux tomes précédents. Il laissait le goût d'un album de transition. 2 ans plus tard, la couverture du tome les Couleurs de Marcade m'a largement refroidi. Elle a été modifiée depuis la première édition mais je la trouve toujours aussi décevante en comparaison de celles des tomes précédents. Le graphisme des planches lui aussi m'a soudainement déçu. J'y découvrais en effet un tic graphique que François Bourgeon allait utiliser également dans ses tomes suivants, à savoir ce qui me semble être une utilisation de l'informatique pour placer les éléments de son dessin, personnages ou décors, avec quelques copier-coller et des effets de zoom desquels résulte un encrage parfois très différent d'une case à la suivante, voire dans la même case : parfois très gros, comme trop rapproché ou grossier, parfois très fin. Je trouve cette inégalité de trait inesthétique, surtout quand on fait la comparaison avec la beauté des premiers tomes. Quant au scénario, il devenait soudain beaucoup plus confus, plus complexe, et je commençais à m'y perdre. 5 ans plus tard, les Couloirs de l'Entretemps me faisait quasiment le même effet. Encore une fois assez déçu même si je suivais toujours les aventures de Cyann avec intérêt et curiosité et si j'étais heureux de la voir revenir sur des éléments et dans des lieux rencontrés dans le premier tome qui m'avait tant séduit. Mais je commençais à être sérieusement perdu dans le scénario. Et voilà qu'aujourd'hui est sorti le 6e et dernier tome de cette saga. Ma première lecture fut appréciable. J'y retrouvais les petits défauts du nouveau style graphique de Bourgeon mais la visite de la fameuse Aldalarann m'a bien plu sur le plan visuel. Au niveau du scénario, après une entame dans la continuité des deux tomes précédents avec retour sur la planète Marcade, on assiste à une longue et belle mise en place de la conclusion de la saga. Et cette conclusion m'a totalement satisfait sur le coup. J'ai alors pris le temps et le plaisir de relire la série dans son ensemble et d'enfin constater que tous les éléments qui me paraissaient confus et obscurs dans les 4e et 5e tomes s'assemblaient parfaitement avec le reste pour former quelque chose de cohérent et captivant malgré une réelle complexité (ce qui est chose assez courante dans les récits mettant en scène des voyages dans le temps). Bref, le scénario tient vraiment la route et balaie mes déceptions et doutes le concernant. Je salue avec cette série la beauté et l'aspect fouillé de son univers intensément travaillé et imaginé par ses auteurs, ses planètes que l'on visite et qui sont si différentes et si intéressantes, la grande beauté de son graphisme, surtout sur les deux premiers tomes et malgré les défauts des tomes 4 et 5 à mes yeux, et enfin la façon dont le scénario s'agence et fait preuve d'originalité et de complexité. Une grande oeuvre et un univers merveilleusement fignolé auxquels Bourgeon et Lacroix auront su donner vie et forme de bout en bout. Chapeau !
La Patrouille des Invisibles
Il aura fallu deux ans de travail à Olivier Supiot pour venir à bout de cette œuvre. C'est la première fois à ma connaissance que l'auteur place l'un de ses récits dans le cadre de la Première Guerre Mondiale, période fréquemment exploitée en bandes dessinées et notamment cette année, qui célèbre le centenaire du début de cet effroyable conflit et qui voit les hommages en tous genres se multiplier. Comme de coutume avec M. Supiot, le traitement des couleurs est absolument admirable. Certaines planches en double page sont fantastiques, les visions de silhouettes spectrales de soldats perdus au milieu des ruines et des gravats renvoient à une impression d'irréalité que devaient sûrement ressentir les anonymes perdus au milieu d'un conflit qui les dépasse. Rien que pour ce genre de moments, cet album force le respect et mérite l'attention. L'histoire est bien traitée et progresse bien. Finalement, on quitte assez rapidement le ciel pour s'intéresser à la terre et se plonger dans la boue des tranchées. Le personnage d'Hubert est relativement attachant et c'est avec intérêt qu'on l'accompagne dans son parcours, son ascension puis sa chute et c'est naturellement que l'on s'attriste en découvrant ses blessures, qu'elles soient physiques ou morales. Cependant, outre son manque d'originalité (les lecteurs étant familiers de ce contexte et l'angle choisi n'étant pas particulièrement novateur), on reprochera un final un peu rapide, ponctué d'éléments qui semblent surgir de nulle part. Certains ingrédients de l'intrigue auraient pu être mieux amenés je pense et la psychologie de certains personnages secondaires plus développée, histoire de ne pas déboussoler le lecteur. En revanche, la dernière planche, conclusion du récit, ne manque pas de charme et nous laisse sur une note douce-amère. Quoiqu'il en soit, voici un bel album, empreint de poésie (comme toujours avec Supiot) et de nostalgie, très bien servi par cette empreinte graphique particulière et ces couleurs si sensibles. A découvrir !
Elric (Glénat)
Ben oui les gars et les filles, elle est enfin là l'Adaptation BD que nous attendions tous nous les amateurs de BD qui en plus ont lu quelques uns des grands classiques de la SF. A la base un héros pas si manichéen que cela ni aussi bourrin que son compère Conan. Quelqu'un a parlé de Shakespeare, mais il faudrait aussi évoquer Nietzsche. Bon d'accord pas besoin d'avoir fait philo pour lire ça mais c'est pour dire qu'il y a dans cette histoire plus que ce que l'on pourrait imaginer au premier abord. Scénario très malin qui édulcore le côté emphatique qui pouvait exister dans les romans mais garde tout de même une puissance évidente. Dessin, couleurs, mise en page et découpage ben pour moi c'est parfait, rien à ajouter. Cerise sur le gâteau le tome 2 devrait voir le jour au printemps ou à l'été prochain. Majoration après la sortie ce jour du tome 2 "STORMBRINGER" Une claque visuelle, une claque scénaristique, une claque artistique. Une vraiment grosse baffe quoi! Après un premier tome introductif qui nous présentait les différents protagonistes et l'univers dans lequel ils évoluaient les choses sérieuses ont commencé. Avant aussi c'était du sérieux, mais là Elric est véritablement parti en guerre, avec des pouvoirs décuplés, à la recherche de sa bien aimée. Encore une fois je tire mon chapeau aux auteurs qui ont su magnifier l'oeuvre de Moorcock en lui donnant un corps véritablement tel qu'imaginé par cet auteur. Arrêtons également de dire que c'est une enième histoire déjà vue. Diantre non c'est l'ORIGINAL. C'est une oeuvre qui au même titre que le Seigneur des anneaux est au commencement de l'héroic fantasy. Ce sont tous les autres qui après se sont inspirés, qui ont parfois pompé. Allez, je ne vais pas faire de long discours, la lecture se suffit à elle même. Grandiose vous dis-je!
Airborne 44
Je n'ai pu lire que les 2 premiers diptyques, j'espère pouvoir lire la suite dès que ma médiathèque aura les autres. Je m'intéresse moins aujourd'hui à la Seconde guerre mondiale en BD (beaucoup plus en ciné), peut-être à cause de toutes les anciennes séries populaires d'aviation ou de guerre que je lisais dans les pockets de mon adolescence. Mais ici, je crie bravo ! C'est une très belle histoire qui dégage une intensité et une grande profondeur. Le récit brasse beaucoup de sentiments, de la colère, de la douleur, du dégoût, de l'espoir aussi, mais surtout une grande émotion ; c'est bien simple, j'avais les yeux humides sur certains passages, j'ai pas honte à le dire. On y entrevoit le spectre hideux de la guerre, notamment la description des horreurs SS photographiées et narrées par Egon qui est un moment particulièrement pénible, mais sinistrement vrai. Ce petit groupe de personnages planqués dans une ferme enneigée est très attachant, ils sont particulièrement bien travaillés, l'ensemble est d'une grande justesse et d'une très grande précision dans les détails, Jarbinet ayant fait un travail de fond et de recherche très poussé. Son dessin est absolument magnifique, j'aime le beau dessin quand il est comme ça, il est beaucoup plus fignolé, son style s'étant grandement amélioré depuis Mémoire de cendres, on dirait presque du Hermann. En tout cas, ça impose un visuel de toute beauté. Le second diptyque est aussi bon en intensité dramatique, et la narration est très juste ; il souffre juste un peu de quelques détails, comme certaines "retrouvailles" un peu trop faciles. Sinon, l'image du bonheur du début si paisible entre la plage de Vierville et la pointe du Hoc (lieux que je connais et qui sont aujourd'hui très touristiques) contraste fortement avec les scènes du Débarquement d'une rare violence, qui renvoient à celles en ouverture de Il faut sauver le soldat Ryan. Le point de vue allemand avec le jeune Markus et le vétéran Hans qui hait la guerre, est également intéressant, ils ne sont pas tellement différents des GI's américains, ce sont tous des soldats ordinaires qui subissent. Ce diptyque fait aussi bien comprendre l'absurdité et la vacuité de la guerre, la seule chose qui compte, c'est de survivre. Au final, une Bd très forte, très prenante... des histoires comme ça, j'en redemande.
L'Auberge du Bout du Monde
A ce stade les mots sont un peu fades pour dire tout le bien que je pense de cette trilogie. En premier lieu une histoire digne de la Bretagne du XIXème siècle avec son cortège de figures imposées: le curé du village, le noble en son vieux château, un petit port de pêche et ses habitants qui découvrent la modernité mais dont l'esprit est encore empreint d'une culture millénaire habitée de vieilles légendes faisant intervenir des créatures merveilleuses pas toujours bienveillantes. En deuxième une grande et belle histoire d'amour, une malédiction qui nous emmène jusqu'en Inde, des Korrigans et la mer avec ses créatures que tous marins qui se respectent ne moqueraient pour rien au monde. C'est ici parfaitement retranscrit et bien sûr le dessin fluide et aérien de Prugne n'y est pas pour rien. On y est! et l'envoûtement fait son office. A lire ou relire au coin du feu, si l'on peut, avec une bouteille de chouchen à portée de la main.
Fatale (Manchette/Cabanes)
Indéniablement nous sommes ici dans un roman noir dans la plus pure tradition, mais en même temps dans une sorte de chronique sociale comme aimait à en dépeindre Chabrol dans ses films. Au delà de l'histoire écrite par Manchette c'est toute la petite bourgeoisie minable d'une ville de province qu'il nous est donnée d'observer. Tout ce petit monde tourne en vase clos. Surtout ne nous occupons pas des pauvres sauf à les exploiter! Tout ces travers, ces veuleries, ces compromissions, ces petits arrangements entre amis ne demandent pas grand chose, juste une petite étincelle provoquée par l'héroine. Manchette dans son histoire nous amène doucement à prendre fait et cause pour elle et l'on en vient à trouver une justification presque morale à ses actes immoraux. Dans son passage à la BD le scénario est particulièrement bien maitrisé, la tension monte peu à peu, avec quelques plages de tranquillité, et le final est assez réjouissant. La mise en image est tout à fait a mon goût avec une colorisation particulièrement réussit même dans les ambiances de nuit. Celles ci restent très lisibles, certains devraient en prendre de la graine. Achat très conseillé pour les amateurs de polars et de Chabrol, les autres pourrait y trouver leur compte.