Avec mon copain pol, on s’était fait la réflexion que Rue de Sèvres nous préparait de bien jolies surprises éditoriales à venir. Et pour l’instant cet éditeur est loin de nous donner tort. Pour preuve la sortie de "Cet été-là".
Roman graphique de 300 pages, "Cet été-là" nous plonge dans les vacances estivales de deux jeunes adolescentes. Rose et Windy, 13 ans et 11 ans et demie, se retrouvent tous les étés au bord du lac Awago. Deux visions vont alors se côtoyer, une plus enfantine mais d’une grande maturité et une autre qui commence à basculer franchement vers l’adolescence sans vouloir renier ses plaisirs d’enfance. On suit donc avec une belle justesse de ton, qui ne sombre jamais dans la caricature, les journées de ces deux jeunes filles qui oscillent sur le fil mince de la frontière entre l’enfance et l’adolescence.
Pour quiconque a l’habitude d’avoir passé ses vacances d’été toujours au même endroit, on ne peut ignorer l’écho que fait résonner cette bd à sa lecture. On y retrouve la joie des lieux et des habitudes retrouvées, les jeux,…
Rose et Windy nous délivrent leurs histoires, leurs états d’âmes, leurs questionnements avec une grande finesse de narration et un rythme qui nous plonge habilement dans cette ambiance estivale dans laquelle elles évoluent. N’allez pas croire que je vous décris là 300 pages de torpeur, au contraire. Ce sont 300 pages de vie, de joie, de découverte et de tristesse parfois.
Graphiquement, le dessin n’est pas en reste. Il est tout en nuances de noir et blanc, allant de lignes presque claires à des "effets de matière". Avec un cadrage travaillé et un style qui a fait ses preuves avec Craig Thompson, il vient parfaitement appuyer l’histoire. Certaines cases, voire planches sont vraiment magnifiques et on peut facilement rester quelques minutes devant, comme devant une fenêtre ouverte sur un paysage dont on ne se lasse pas.
Loin des fioritures sans jamais tomber dans la simplicité, j’ai pris beaucoup de plaisir à passer un été avec Rose et Windy.
Très belle fable sur la vie que voici.
L'histoire est émouvante, prenante et drôlement bien écrite!
Tout est bien fait dans ce Quartier Lointain, pas une fausse note.
Indispensable!
Ça c'est un reboot comme j'aimerais en lire plus souvent !
Je connaissais le personnage de Choc, super-méchant récurrent, éternel ennemi de Tif et Tondu, ombre maléfique posant avec son smoking, son heaume de chevalier médiéval et son fume-cigarette (au fait comment fait-il pour fumer sans ouvrir sa boîte de conserve ? il doit étouffer là-dedans !). Un genre de Fantomas aussi hiératique qu'un Président de la République posant pour la photo officielle, qui m'a toujours paru plus grotesque que menaçant. Dans les albums scénarisés par Rosy, il constituait une sorte d'Olrik ridicule ; même si ses complots ignobles n'avaient rien de risibles, il constituait un pendant comique aux deux héros de la série, qu'il m'était d'ailleurs tout aussi difficile de prendre au sérieux en tant que redresseurs de torts. En fait, je préfère les scénarios de Tillieux qui campaient des bandits moins grand-guignolesques.
Mais dans cette version 2014, Stéphane Colman construit une vraie bonne histoire policière, dans laquelle Choc s'avère infiniment plus ambigu que dans la série dont il est issu. Le scénario articule une série d'aller-retours très efficaces entre le présent de 1955 et l'Angleterre de l’Entre-deux-guerres. Nous suivons Choc au sommet de son art, mettant au point un casse particulièrement violent tout en réglant ses comptes avec son passé, lequel est expliqué par une série de flashbacks expliquant comment un jeune homme brisé par une société injuste est devenu un génie du mal.
Choc devient enfin consistant ! Il n'est plus seulement l'enveloppe vide incarnant le malfrat absolu, mais un assassin, un justicier, une victime… un être de chair et d'os, haïssable certes, mais dont on ne peut s'empêcher d'approuver certains actes, tout en le plaignant.
L'histoire se déroule très efficacement dans ce premier volet riche de 86 planches, ce qui lui permet de détailler les scènes tout en conservant un rythme qui ne faiblit pas.
Au dessin, Éric Maltaite est impérial, en digne fils du grand Will qui dessina les meilleurs épisodes de la série Tif et Tondu durant plus de 40 ans. J'aime ses planches élaborées avec un grand souci du décor et des ambiances. Les personnages sonnent justes ; leur violence est présentée sans complaisance, mais elle est flippante.
Je recommande vivement la lecture de cet album, y compris et surtout aux nouveaux lecteurs qui ne connaissent pas la série d'origine. Ils découvriront une excellente histoire policière centrée sur un Monsieur Choc qui ne prête vraiment plus à sourire.
Je mets un 4,5/5, et j'attends la fin du diptyque pour savoir si j'arrondis à 5.
Quelle belle idée que voila ! adapter les Fables de La Fontaine en saynètes de 3 ou 4 pages, ça a toujours été mon rêve, moi qui suis depuis toujours un admirateur inconditionnel du fabuliste ; je lui ai consacré une thèse et une conférence en 2004, en m'intéressant au rôle des animaux qui personnifient l'âme humaine, et aux multiples expressions devenues aujourd'hui proverbiales. Je collectionne également les différentes éditions des Fables illustrées par de grands artistes (Gustave Doré, Grandville, Oudry, Eugène Lambert, Le Rallic, André Pec, Benjamin Rabier...), il est donc essentiel pour moi que je découvre cette version BD.
Ce genre d'exercice n'avait pas été tenté, si ce n'est après la guerre par Etienne Le Rallic de façon remarquable, mais il n'illustrait les Fables que de 2 ou 3 dessins, pas sous forme de BD. Je suis surpris et ravi de voir que ces adaptations se prêtent parfaitement au support bande dessinée, après tout La Fontaine ne disait-il pas de son oeuvre qu'elle était "une comédie aux cent actes divers" ? Certaines font une approche moderne qui n'a rien à voir avec le siècle de La Fontaine mais qui fonctionnent de belle façon (comme notamment Le Lièvre et la tortue, avec la moto du lièvre).
Le choix des fables est intéressant car si on y retrouve des incontournables, il y en a aussi quelques-unes beaucoup moins connues. Le dessin est bien-sûr très inégal, il y en a que je préfère à d'autres que je trouve parfois hideux ou peu adaptés ; certains adoptent un style enfantin, alors que contrairement à ce qu'on croit, les Fables sont une lecture qui peut édifier autant sinon plus l'adulte que l'enfant. Je m'étonne de voir Masbou n'avoir pas choisi une fable avec un loup (le loup étant l'animal le plus présent dans les Fables, avec le renard), car son Don Lope dans De Cape et de Crocs est très voisin du caractère d'un personnage de La Fontaine. Au passage, j'ai l'impression que Masbou écrase tout le monde, son graphisme sur ces fables m'a vraiment séduit.
Les textes sont fidèlement reproduits mais répartis dans les cases, fractionnant ainsi le rythme poétique et favorisant l'approche pour un jeune lecteur qui peut avoir du mal à comprendre certaines formes de langage obsolètes du XVIIème siècle. L'essentiel est d'éprouver un vrai plaisir de lecture en redécouvrant les Fables d'un grand auteur français, qui savait comme personne distiller une malicieuse sagesse, et qui d'ailleurs ne fut jamais égalé dans cet art.
De prime abord, j’avoue avoir eu quelque appréhension à la vue du graphisme et de la mise en page. Appréhension assez vite contredite par une lecture plutôt fluide malgré l’absence de cases et une disposition en apparence anarchique, mais il est vrai qu’un quelconque semblant d’ordre aurait paru déplacé pour un ouvrage faisant en quelque sorte l’éloge de la folie et de la liberté. Un tel parti pris était pour le moins risqué et Gabrielle Piquet relève le défi avec brio. Comme guidé par les muses de Cocteau, son trait épuré et fragile serpente entre chaque page avec une telle grâce, une telle légèreté, que j’ai à peine réalisé être arrivé à la fin de cet OPNI (Objet poétique non identifié), envoûté que j’étais par la musicalité des textes.
Oui assurément, cette histoire se lit comme une chanson, quasiment d’une seule traite, comme un conte pour enfants pas sages croyant à l’impossible. Sa petite musique pleine de douceur finit, l’air de rien, par nous prendre au piège de ses sortilèges dont on se révélera la victime consentante, selon notre capacité à rêver, notre curiosité à voir au-delà du visible. A ce titre, la confrontation entre l’adulte et l’enfant est intéressante dans le sens où les rôles sont comme inversés : le premier, transformé par une guerre traumatisante, sauvé peut-être grâce à son imagination exaltée et sa folie « infréquentable », apparaît beaucoup plus vif et joyeux que le second, « petit enfant fripé » à l’âme déjà « flétrie » et gouvernée par une frileuse raison, démonstration éclatante qu’il n’y a pas d’âge pour être jeune, pas davantage que pour être vieux. Cet album sans prétention, tout en humilité, devrait dévoiler ses multiples petits joyaux étincelants à qui sera réceptif (encore qu’une seule lecture n’y suffira sans doute pas), invitant chacun à laisser s’exprimer sa folie au lieu d’en avoir peur, à briser ses chaînes et à déchirer son voile de cécité.
Voilà une excellente bande dessinée humoristique, et intelligente par dessus le marché. C'est pétri de références littéraires (Cyrano de Bergerac, Les fourberies de Scapin, la commedia dell'arte, les Fables de la Fontaine etc.) mais loin de donner un gloubiboulga indigeste cela fonctionne à merveille. Le dessin, pas mal sans être d'une beauté exceptionnelle, sert à merveille un scénario des plus inventifs et particulièrement bien rythmé. Par contre, il est complètement baclé au tome 6, je ne comprends absolument pas pourquoi le dessin s'est autant dégradé sur ce tome là.
Tout le sel de cette bd réside cependant dans ses dialogues, souvent en alexandrins, qui sont une franche réussite. Plusieurs personnages mémorables viennent compléter ce tableau, en particulier l'un des deux héros, Don Lope, hidalgo espagnol toujours prêt à en découdre et particulièrement à cheval sur le code de l'honneur ou encore Bombastus savant complètement frappadingue aux inventions improbables (sa première apparition un tromblon à la main en mode Léonard est un des meilleurs moments de la série). En revanche je déplore le personnage de Séléné, ultra-fade et mal dessiné en prime comme si même le dessinateur avait une dent contre elle.
Contrairement à l'avis général je ne trouve absolument pas que la série perd en qualité après le tome 5 ou 7, au contraire la seconde partie, le cycle lunaire, est ma préférée et particulièrement les albums 8 et 9. C'est la plus poétique et la plus drôle (chaque contrée de la lune correspond à une figure de style qu'utilise ses habitants, la planche dans laquelle le capitaine Boone réapparaît avec les habbits violets de Lord Boone marquis des trois cratères est ma préférée, la réplique "suivez ce caillou" est énorme de même que la mort héroïque du dit cailloux, le grand discours de Sigognac prêchant la bonne parole aux pirates etc. bref que du culte).
Comme quoi mêler grande littérature et bande dessinée n'est pas impossible.
Je ne comprends vraiment pas les critiques sur cette série de Jodorowsky que j'ai trouvée véritablement magnifique. C'est un drame shakespearien absolument prenant. Tous les personnages sont réussis et bien développés même les plus secondaires (Florian le pâtre aveugle qui doit apparaître sur maximum 6 ou 7 pages me touche beaucoup par exemple, de même que la femme bossue qui recueille le roi déchu devenu amnésique au début du premier tome et se suicide de désespoir après son départ).
De nombreuses idées sont brillantes: par exemple le roi qui pour se venger ne massacre pas ses ennemis mais au contraire leur laisse son royaume pour les punir, le contrepied du mythe d'Oedipe est aussi très bien trouvé: il croit commettre l'inceste avec celle qu'il pense être sa fille alors qu'il n'en est rien. Enfin le dessin est juste sublime. C'est pour moi la meilleure illustration d'une oeuvre de Jodorowsky avec La caste des meta-barons par Gimenez et Diosamante par Gal.
C’est Noël en mai les mecs !
Et comme cadeau inespéré… un nouveau Ledroit ! Et pas des moindres, puisque celui-ci il est pour nous les nanas ! Prévoyez une tonne de petites culottes de rechange à côté de vous, ah ! ah !, je délire ! mais c’est trop bon ! Certes, c’est un peu réducteur, je ne mets pas les p‘tits gars de côté hein, qui vont quant à eux se régaler les mirettes, mais ça fait plaisir de lire une série où il y a autant de femmes que d’hommes, voire peut-être même plus.
Olivier Ledroit se régale dans cette nouvelle série, lui qui adore dessiner les femmes et les fées, son défoulement y est purement jubilatoire. Avec Wika son travail verse dans un registre légèrement moins saignant, à tendance plus féminine et plein de délicatesse, lui octroyant un « faux » aspect gentillet, qui n’enlève rien à la noirceur de l‘histoire. Sans oublier que ce n’est qu’un premier tome qui pourrait vite virer au cauchemar le plus sombre.
Son souci du détail est toujours présent, certaines planches sont tellement riches que cela relève de la maniaquerie et de l’obsession, à moins que ce ne soit tout simplement l’expression de son fabuleux talent de dessinateur.
Le scénario de Thomas Day n‘est pas en reste ! Moi qui adore par dessus tout le détournement de contes, je suis copieusement servie avec ici les contes de Grimm. J’aime l’apport d’une petite dose d’humour toujours bien placée, ainsi que le bel équilibre entre les moments de stress et de détente. Avec des phases sombres et leurs lots de morts et d’autres phases plus légères même dans le macabre, comme la transformation de l’immonde ogre en bouquet de verdure tellement joli et rafraichissant qu’on est irrésistiblement attiré pour s’y allonger.
Une petite touche de technologie apporte son lot d’originalité et est superbement bien vue.
Oups ! J'allais oublier le seul minuscule défaut du récit, tout comme le dit Else dans son avis, la facilité avec laquelle Wika prend possession de ses pouvoirs sans même paraitre étonnée, à moins que cela ne trouve une explication plus tard.
Olivier Ledroit et Thomas Day travaillent de concert, comme si le premier était dans la tête du second, et le second dans les talentueuses mains du premier. Et tout ce plaisir sera multiplié par quatre, avec encore trois tomes à attendre patiemment, si cela est toutefois possible.
Superbe série de mangas d'une violence assez incroyable qui conserve la même qualité au fil des volumes. Je suppose que certains lui reprochent sa forte dimension sexuelle, personnellement elle ne m'a du tout dérangé, et je trouve même qu'elle contribue à créer l’atmosphère particulièrement glauque propre à ce manga. Les flash-backs nous rendent attachants des personnages chair à canon qui disparaissent aussi rapidement qu'ils sont apparus: c'est quand même très fort.
C'est vraiment brillant. Certains tomes atteignent une noirceur inouïe (je pense en particulier ceux qui suivent la fuite de la prison). La série souffre d'un passage à vide d'à peu près 6 albums (correspondant à peu près au long et peu passionnant passage sur la vie dans la communauté d'Alexandria: il se passe rien du tout) mais repart de plus belle avec l'apparition d'un nouveau méchant, Negan, qui parvient à rivaliser avec le personnage du gouverneur, qui était pourtant particulièrement gratiné.
C'est franchement mille fois mieux que la série TV qui l'adapte, beaucoup plus mur, bien plus sombre et une foultitude de personnage sont fascinants et bien développés (Michonne en tête).
Le dessin est de très bonne facture et le choix du noir et blanc (est-ce vraiment un choix? vu le nombre de pages j'en doute) ne peut que renforcer cette ambiance flippante et glauquissime.
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Cet été-là
Avec mon copain pol, on s’était fait la réflexion que Rue de Sèvres nous préparait de bien jolies surprises éditoriales à venir. Et pour l’instant cet éditeur est loin de nous donner tort. Pour preuve la sortie de "Cet été-là". Roman graphique de 300 pages, "Cet été-là" nous plonge dans les vacances estivales de deux jeunes adolescentes. Rose et Windy, 13 ans et 11 ans et demie, se retrouvent tous les étés au bord du lac Awago. Deux visions vont alors se côtoyer, une plus enfantine mais d’une grande maturité et une autre qui commence à basculer franchement vers l’adolescence sans vouloir renier ses plaisirs d’enfance. On suit donc avec une belle justesse de ton, qui ne sombre jamais dans la caricature, les journées de ces deux jeunes filles qui oscillent sur le fil mince de la frontière entre l’enfance et l’adolescence. Pour quiconque a l’habitude d’avoir passé ses vacances d’été toujours au même endroit, on ne peut ignorer l’écho que fait résonner cette bd à sa lecture. On y retrouve la joie des lieux et des habitudes retrouvées, les jeux,… Rose et Windy nous délivrent leurs histoires, leurs états d’âmes, leurs questionnements avec une grande finesse de narration et un rythme qui nous plonge habilement dans cette ambiance estivale dans laquelle elles évoluent. N’allez pas croire que je vous décris là 300 pages de torpeur, au contraire. Ce sont 300 pages de vie, de joie, de découverte et de tristesse parfois. Graphiquement, le dessin n’est pas en reste. Il est tout en nuances de noir et blanc, allant de lignes presque claires à des "effets de matière". Avec un cadrage travaillé et un style qui a fait ses preuves avec Craig Thompson, il vient parfaitement appuyer l’histoire. Certaines cases, voire planches sont vraiment magnifiques et on peut facilement rester quelques minutes devant, comme devant une fenêtre ouverte sur un paysage dont on ne se lasse pas. Loin des fioritures sans jamais tomber dans la simplicité, j’ai pris beaucoup de plaisir à passer un été avec Rose et Windy.
Quartier lointain
Très belle fable sur la vie que voici. L'histoire est émouvante, prenante et drôlement bien écrite! Tout est bien fait dans ce Quartier Lointain, pas une fausse note. Indispensable!
Choc
Ça c'est un reboot comme j'aimerais en lire plus souvent ! Je connaissais le personnage de Choc, super-méchant récurrent, éternel ennemi de Tif et Tondu, ombre maléfique posant avec son smoking, son heaume de chevalier médiéval et son fume-cigarette (au fait comment fait-il pour fumer sans ouvrir sa boîte de conserve ? il doit étouffer là-dedans !). Un genre de Fantomas aussi hiératique qu'un Président de la République posant pour la photo officielle, qui m'a toujours paru plus grotesque que menaçant. Dans les albums scénarisés par Rosy, il constituait une sorte d'Olrik ridicule ; même si ses complots ignobles n'avaient rien de risibles, il constituait un pendant comique aux deux héros de la série, qu'il m'était d'ailleurs tout aussi difficile de prendre au sérieux en tant que redresseurs de torts. En fait, je préfère les scénarios de Tillieux qui campaient des bandits moins grand-guignolesques. Mais dans cette version 2014, Stéphane Colman construit une vraie bonne histoire policière, dans laquelle Choc s'avère infiniment plus ambigu que dans la série dont il est issu. Le scénario articule une série d'aller-retours très efficaces entre le présent de 1955 et l'Angleterre de l’Entre-deux-guerres. Nous suivons Choc au sommet de son art, mettant au point un casse particulièrement violent tout en réglant ses comptes avec son passé, lequel est expliqué par une série de flashbacks expliquant comment un jeune homme brisé par une société injuste est devenu un génie du mal. Choc devient enfin consistant ! Il n'est plus seulement l'enveloppe vide incarnant le malfrat absolu, mais un assassin, un justicier, une victime… un être de chair et d'os, haïssable certes, mais dont on ne peut s'empêcher d'approuver certains actes, tout en le plaignant. L'histoire se déroule très efficacement dans ce premier volet riche de 86 planches, ce qui lui permet de détailler les scènes tout en conservant un rythme qui ne faiblit pas. Au dessin, Éric Maltaite est impérial, en digne fils du grand Will qui dessina les meilleurs épisodes de la série Tif et Tondu durant plus de 40 ans. J'aime ses planches élaborées avec un grand souci du décor et des ambiances. Les personnages sonnent justes ; leur violence est présentée sans complaisance, mais elle est flippante. Je recommande vivement la lecture de cet album, y compris et surtout aux nouveaux lecteurs qui ne connaissent pas la série d'origine. Ils découvriront une excellente histoire policière centrée sur un Monsieur Choc qui ne prête vraiment plus à sourire. Je mets un 4,5/5, et j'attends la fin du diptyque pour savoir si j'arrondis à 5.
La Fontaine aux fables
Quelle belle idée que voila ! adapter les Fables de La Fontaine en saynètes de 3 ou 4 pages, ça a toujours été mon rêve, moi qui suis depuis toujours un admirateur inconditionnel du fabuliste ; je lui ai consacré une thèse et une conférence en 2004, en m'intéressant au rôle des animaux qui personnifient l'âme humaine, et aux multiples expressions devenues aujourd'hui proverbiales. Je collectionne également les différentes éditions des Fables illustrées par de grands artistes (Gustave Doré, Grandville, Oudry, Eugène Lambert, Le Rallic, André Pec, Benjamin Rabier...), il est donc essentiel pour moi que je découvre cette version BD. Ce genre d'exercice n'avait pas été tenté, si ce n'est après la guerre par Etienne Le Rallic de façon remarquable, mais il n'illustrait les Fables que de 2 ou 3 dessins, pas sous forme de BD. Je suis surpris et ravi de voir que ces adaptations se prêtent parfaitement au support bande dessinée, après tout La Fontaine ne disait-il pas de son oeuvre qu'elle était "une comédie aux cent actes divers" ? Certaines font une approche moderne qui n'a rien à voir avec le siècle de La Fontaine mais qui fonctionnent de belle façon (comme notamment Le Lièvre et la tortue, avec la moto du lièvre). Le choix des fables est intéressant car si on y retrouve des incontournables, il y en a aussi quelques-unes beaucoup moins connues. Le dessin est bien-sûr très inégal, il y en a que je préfère à d'autres que je trouve parfois hideux ou peu adaptés ; certains adoptent un style enfantin, alors que contrairement à ce qu'on croit, les Fables sont une lecture qui peut édifier autant sinon plus l'adulte que l'enfant. Je m'étonne de voir Masbou n'avoir pas choisi une fable avec un loup (le loup étant l'animal le plus présent dans les Fables, avec le renard), car son Don Lope dans De Cape et de Crocs est très voisin du caractère d'un personnage de La Fontaine. Au passage, j'ai l'impression que Masbou écrase tout le monde, son graphisme sur ces fables m'a vraiment séduit. Les textes sont fidèlement reproduits mais répartis dans les cases, fractionnant ainsi le rythme poétique et favorisant l'approche pour un jeune lecteur qui peut avoir du mal à comprendre certaines formes de langage obsolètes du XVIIème siècle. L'essentiel est d'éprouver un vrai plaisir de lecture en redécouvrant les Fables d'un grand auteur français, qui savait comme personne distiller une malicieuse sagesse, et qui d'ailleurs ne fut jamais égalé dans cet art.
Les Idées fixes
De prime abord, j’avoue avoir eu quelque appréhension à la vue du graphisme et de la mise en page. Appréhension assez vite contredite par une lecture plutôt fluide malgré l’absence de cases et une disposition en apparence anarchique, mais il est vrai qu’un quelconque semblant d’ordre aurait paru déplacé pour un ouvrage faisant en quelque sorte l’éloge de la folie et de la liberté. Un tel parti pris était pour le moins risqué et Gabrielle Piquet relève le défi avec brio. Comme guidé par les muses de Cocteau, son trait épuré et fragile serpente entre chaque page avec une telle grâce, une telle légèreté, que j’ai à peine réalisé être arrivé à la fin de cet OPNI (Objet poétique non identifié), envoûté que j’étais par la musicalité des textes. Oui assurément, cette histoire se lit comme une chanson, quasiment d’une seule traite, comme un conte pour enfants pas sages croyant à l’impossible. Sa petite musique pleine de douceur finit, l’air de rien, par nous prendre au piège de ses sortilèges dont on se révélera la victime consentante, selon notre capacité à rêver, notre curiosité à voir au-delà du visible. A ce titre, la confrontation entre l’adulte et l’enfant est intéressante dans le sens où les rôles sont comme inversés : le premier, transformé par une guerre traumatisante, sauvé peut-être grâce à son imagination exaltée et sa folie « infréquentable », apparaît beaucoup plus vif et joyeux que le second, « petit enfant fripé » à l’âme déjà « flétrie » et gouvernée par une frileuse raison, démonstration éclatante qu’il n’y a pas d’âge pour être jeune, pas davantage que pour être vieux. Cet album sans prétention, tout en humilité, devrait dévoiler ses multiples petits joyaux étincelants à qui sera réceptif (encore qu’une seule lecture n’y suffira sans doute pas), invitant chacun à laisser s’exprimer sa folie au lieu d’en avoir peur, à briser ses chaînes et à déchirer son voile de cécité.
De Cape et de Crocs
Voilà une excellente bande dessinée humoristique, et intelligente par dessus le marché. C'est pétri de références littéraires (Cyrano de Bergerac, Les fourberies de Scapin, la commedia dell'arte, les Fables de la Fontaine etc.) mais loin de donner un gloubiboulga indigeste cela fonctionne à merveille. Le dessin, pas mal sans être d'une beauté exceptionnelle, sert à merveille un scénario des plus inventifs et particulièrement bien rythmé. Par contre, il est complètement baclé au tome 6, je ne comprends absolument pas pourquoi le dessin s'est autant dégradé sur ce tome là. Tout le sel de cette bd réside cependant dans ses dialogues, souvent en alexandrins, qui sont une franche réussite. Plusieurs personnages mémorables viennent compléter ce tableau, en particulier l'un des deux héros, Don Lope, hidalgo espagnol toujours prêt à en découdre et particulièrement à cheval sur le code de l'honneur ou encore Bombastus savant complètement frappadingue aux inventions improbables (sa première apparition un tromblon à la main en mode Léonard est un des meilleurs moments de la série). En revanche je déplore le personnage de Séléné, ultra-fade et mal dessiné en prime comme si même le dessinateur avait une dent contre elle. Contrairement à l'avis général je ne trouve absolument pas que la série perd en qualité après le tome 5 ou 7, au contraire la seconde partie, le cycle lunaire, est ma préférée et particulièrement les albums 8 et 9. C'est la plus poétique et la plus drôle (chaque contrée de la lune correspond à une figure de style qu'utilise ses habitants, la planche dans laquelle le capitaine Boone réapparaît avec les habbits violets de Lord Boone marquis des trois cratères est ma préférée, la réplique "suivez ce caillou" est énorme de même que la mort héroïque du dit cailloux, le grand discours de Sigognac prêchant la bonne parole aux pirates etc. bref que du culte). Comme quoi mêler grande littérature et bande dessinée n'est pas impossible.
Sang Royal
Je ne comprends vraiment pas les critiques sur cette série de Jodorowsky que j'ai trouvée véritablement magnifique. C'est un drame shakespearien absolument prenant. Tous les personnages sont réussis et bien développés même les plus secondaires (Florian le pâtre aveugle qui doit apparaître sur maximum 6 ou 7 pages me touche beaucoup par exemple, de même que la femme bossue qui recueille le roi déchu devenu amnésique au début du premier tome et se suicide de désespoir après son départ). De nombreuses idées sont brillantes: par exemple le roi qui pour se venger ne massacre pas ses ennemis mais au contraire leur laisse son royaume pour les punir, le contrepied du mythe d'Oedipe est aussi très bien trouvé: il croit commettre l'inceste avec celle qu'il pense être sa fille alors qu'il n'en est rien. Enfin le dessin est juste sublime. C'est pour moi la meilleure illustration d'une oeuvre de Jodorowsky avec La caste des meta-barons par Gimenez et Diosamante par Gal.
Wika
C’est Noël en mai les mecs ! Et comme cadeau inespéré… un nouveau Ledroit ! Et pas des moindres, puisque celui-ci il est pour nous les nanas ! Prévoyez une tonne de petites culottes de rechange à côté de vous, ah ! ah !, je délire ! mais c’est trop bon ! Certes, c’est un peu réducteur, je ne mets pas les p‘tits gars de côté hein, qui vont quant à eux se régaler les mirettes, mais ça fait plaisir de lire une série où il y a autant de femmes que d’hommes, voire peut-être même plus. Olivier Ledroit se régale dans cette nouvelle série, lui qui adore dessiner les femmes et les fées, son défoulement y est purement jubilatoire. Avec Wika son travail verse dans un registre légèrement moins saignant, à tendance plus féminine et plein de délicatesse, lui octroyant un « faux » aspect gentillet, qui n’enlève rien à la noirceur de l‘histoire. Sans oublier que ce n’est qu’un premier tome qui pourrait vite virer au cauchemar le plus sombre. Son souci du détail est toujours présent, certaines planches sont tellement riches que cela relève de la maniaquerie et de l’obsession, à moins que ce ne soit tout simplement l’expression de son fabuleux talent de dessinateur. Le scénario de Thomas Day n‘est pas en reste ! Moi qui adore par dessus tout le détournement de contes, je suis copieusement servie avec ici les contes de Grimm. J’aime l’apport d’une petite dose d’humour toujours bien placée, ainsi que le bel équilibre entre les moments de stress et de détente. Avec des phases sombres et leurs lots de morts et d’autres phases plus légères même dans le macabre, comme la transformation de l’immonde ogre en bouquet de verdure tellement joli et rafraichissant qu’on est irrésistiblement attiré pour s’y allonger. Une petite touche de technologie apporte son lot d’originalité et est superbement bien vue. Oups ! J'allais oublier le seul minuscule défaut du récit, tout comme le dit Else dans son avis, la facilité avec laquelle Wika prend possession de ses pouvoirs sans même paraitre étonnée, à moins que cela ne trouve une explication plus tard. Olivier Ledroit et Thomas Day travaillent de concert, comme si le premier était dans la tête du second, et le second dans les talentueuses mains du premier. Et tout ce plaisir sera multiplié par quatre, avec encore trois tomes à attendre patiemment, si cela est toutefois possible.
Battle Royale
Superbe série de mangas d'une violence assez incroyable qui conserve la même qualité au fil des volumes. Je suppose que certains lui reprochent sa forte dimension sexuelle, personnellement elle ne m'a du tout dérangé, et je trouve même qu'elle contribue à créer l’atmosphère particulièrement glauque propre à ce manga. Les flash-backs nous rendent attachants des personnages chair à canon qui disparaissent aussi rapidement qu'ils sont apparus: c'est quand même très fort.
Walking Dead
C'est vraiment brillant. Certains tomes atteignent une noirceur inouïe (je pense en particulier ceux qui suivent la fuite de la prison). La série souffre d'un passage à vide d'à peu près 6 albums (correspondant à peu près au long et peu passionnant passage sur la vie dans la communauté d'Alexandria: il se passe rien du tout) mais repart de plus belle avec l'apparition d'un nouveau méchant, Negan, qui parvient à rivaliser avec le personnage du gouverneur, qui était pourtant particulièrement gratiné. C'est franchement mille fois mieux que la série TV qui l'adapte, beaucoup plus mur, bien plus sombre et une foultitude de personnage sont fascinants et bien développés (Michonne en tête). Le dessin est de très bonne facture et le choix du noir et blanc (est-ce vraiment un choix? vu le nombre de pages j'en doute) ne peut que renforcer cette ambiance flippante et glauquissime.