Les derniers avis (9708 avis)

Couverture de la série Jason et la Toison d'or
Jason et la Toison d'or

"Jason et la Toison d'or" est le 4ème volume de cette collection la Sagesse des Mythes, dirigée par l'ancien ministre de l'Education, Luc Ferry, et le premier d'un triptyque qui s'attaque à l'un des plus grands héros de la Mythologie grecque : Jason. J'ai très tôt été fasciné par cette légende, surtout après avoir vu le fabuleux film britannique "Jason et les Argonautes" qui illustrait de façon féerique ces aventures merveilleuses, autant dire qu'en lisant cette Bd, je me régalais d'avance, et mon attente n'est pas déçue, je suis vraiment conquis rien que par ce premier tome. Comme pour les autres albums de la collection, aucune liberté n'est prise avec la légende, les auteurs remontent loin dans l'histoire mythologique avec l'épisode d'Athamas et d'Ino, que j'avais complètement oublié et que j'ai révisé en lisant mon dictionnaire de la Mythologie, l'intrigue suit donc les récits connus, la narration est linéaire de façon à être bien comprise par les lecteurs peu connaisseurs de la Mythologie grecque. Ce prologue est un peu long, mais nécessaire pour bien comprendre cette histoire de Jason qui est assez fournie de par les nombreux périls que les Argonautes rencontreront durant cette expédition, il était difficile de la condenser, aussi la scénariste Clotilde Bruneau va à l'essentiel tout en offrant un ensemble cohérent en 3 albums. Ce premier tome conte la genèse de Jason, son enfance, son éducation avec Chiron puis sa confrontation avec Pélias lorsqu'il revient à Iolcos avec une seule sandale (l'oracle avait averti Pélias qu'il devrait se méfier d'un étranger à sa cour avec une seule sandale). Puis c'est le rassemblement des grands héros grecs, les futurs Argonautes, et la construction du bateau l'Argo. Comme la partie textuelle, la partie graphique ne verse pas dans l'intrigue fantaisiste, le dessin est une belle réussite et correspond bien à ce style de Bd, j'aime ce genre de graphisme pour illustrer de tels sujets, les décors sont fidèlement reconstitués, les visages des héros grecs sont parfaitement typés de façon à ce que le lecteur puisse les identifier facilement. Je ne vais pas anticiper les tomes suivants, mais d'après ce que je sais, l'expédition des Argonautes comprend plusieurs listes de participants ayant répondu à l'appel de Jason, elles reflètent le désir des cités grecques de rehausser les mérites de leurs propres héros. On y trouve donc selon ces variantes, le musicien Orphée, Zélès et Calaïs (les fils ailés de Borée) qui poursuivront les Harpyes, Pélée le père d'Achille, Télamon, Méléagre, Atalante (la seule femme de l'expédition) célèbre pour ses dons de chasseresse et de guerrière, les jumeaux Castor et Pollux, Lyncée (qui avait une vue supranormale), Augias, Thésée et Héraklès... sans oublier Argos qui a construit le navire Argo. Il faut savoir que le récit le plus complet de cette légende a été rapporté par Apollonius de Rhodes. Les tomes 2 et 3 continuent sur la même lancée en conservant une belle osmose entre narration et partie graphique, tous les obstacles rencontrés lors du voyage des Argonautes vers la Colchide sont montrés, sauf que je suis un peu déçu sur certains détails : autant le début dans le tome 1 était traité en prenant son temps, autant certains épisodes du voyage sont un peu expédiés, je pense notamment aux Roches Cyanées, ces redoutables et gigantesques murailles rocheuses qui se resserrent en écrasant les bateaux puis qui s'écartent, je trouve que ce n'est pas assez bien valorisé ; c'était un formidable épisode qui aurait pu être mieux montré. Autre déception : le dragon gardien de la Toison d'or n'est autre que l'Hydre de Lerne, Jason dut livrer un combat farouche en lui coupant ses têtes qui repoussaient sans cesse, et là, ce n'est qu'un simple dragon dont Jason coupe l'unique tête alors qu'il est endormi, j'ai trouvé ça très mesquin alors que ça pouvait donner de belles images. De même que le combat de Jason contre les soldats sortis de terre issus des dents de l'Hydre est moyennement exploité (dans le film, c'était des squelettes armés qui surgissaient de terre). Malgré ces relatives déceptions, l'ensemble reste très plaisant et ma note inchangée, c'est une belle histoire qui a été abordée de façon complète et assez fidèle aux récits de la Mythologie grecque, c'est donc encore une réussite dans cette collection Sagesse des Mythes (avec dossiers historiques à la fin de chaque album).

01/02/2017 (MAJ le 21/07/2019) (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Dernier Atlas
Le Dernier Atlas

Sans aucun doute l'une des uchronies les plus passionnantes que j'ai lues jusqu'à présent. Il faut dire que dans ce premier tome, la science-fiction est un peu au second plan et le genre qui domine est surtout le polar, ce qui a tout pour me plaire vu que c'est un genre que je préfère à la science-fiction. J'ai trouvé que le scénario était prenant. Il est complexe et on suit plusieurs personnages, mais à aucun moment je n'ai été perdu. J'adore l'ambiance mafieuse qui se dégage de l'album vu qu'on suit principalement un gangster qui est sans doute le personnage le plus intéressant du récit pour le moment vu qu'il a une personnalité complexe qui est bien exploitée par les auteurs. Le dessin est très bon. Ce premier tome se termine avec un cliffhanger qui me donne envie de lire absolument la suite. Pour l'instant, une des meilleures nouveauté de 2019 en ce qui me concerne.

19/07/2019 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ailefroide - Altitude 3954
Ailefroide - Altitude 3954

Tout d’abord, il y eut Soutine et son « Bœuf écorché », que le petit Jean-Marc passait de longs moments à contempler lors de ses visites au Musée de Grenoble. Puis, le coup de foudre pour l’escalade au cours d’une promenade avec sa mère. Ces deux événements en rapport avec deux disciplines en apparence très éloignées scelleront le destin de Jean-Marc Rochette, dont le parcours semble avoir toujours oscillé entre son amour pour la montagne et celui pour le dessin. Rebelle né, l’auteur grenoblois a toujours mené sa vie comme il l’entendait, malgré les remontrances de sa mère avec qui il entretenait des rapports parfois houleux, et celles de ses professeurs qui moquaient les « gribouillis » de cet élève peu docile avec l’autorité. Les multiples tentatives de découragement du système socio-éducatif n’auront fait que renforcer sa détermination à suivre ses envies, en s’échappant mentalement via le dessin, physiquement par l’escalade. On ne domestique pas les loups. « Ailefroide » est la parfaite synthèse de ses deux passions, permettant d’une certaine manière à Rochette de boucler la boucle. Le senior à la barbe et aux cheveux blancs peut aujourd’hui parler de l’ado fougueux qu’il était alors, avec tendresse et sans reniement malgré les années écoulées. Dans une narration très fluide, il évoque avec une sincérité qui fait toute la force de cette autobiographie, son gravissement sysiphéen vers un sommet qu’il n’atteindra jamais, celui qui a donné son nom au titre. Comme une métaphore de sa propre vie, avec cette impression que rien ne pourra vous arrêter dans cette compétition vers les hauteurs (à moins que cela ne soit qu’une fuite…), jusqu’au jour où survient l’accident, celui qui en principe « n’arrive qu’aux autres » et remet les choses en perspective de façon radicale. Un événement grave mais qui sauvera peut-être la vie de notre casse-cou en précipitant son choix définitif vers la bande dessinée, et débouchera sur la création de son personnage fétiche, le cynique et teigneux Edmond le Cochon… On l’aura compris, Rochette n’est pas du genre à s’avouer vaincu ! Graphiquement, le trait ne fait que confirmer le talent de cet auteur pour qui la montagne apparaît désormais comme un genre à part entière et a révélé une nouvelle facette de son art, après notamment l’humour punko-trash des années Actuel/L’Echo des savanes et son cultissime "Transperceneige", œuvre de SF adaptée dans une superproduction hollywoodienne au cinéma. Disposant d’une palette stylistique très étendue, Rochette recourt ici à son trait le plus âpre, où les stries rocailleuses des montagnes se retrouvent jusque dans les visages burinés par le soleil, toujours très expressifs, où l’on ressent quasi-physiquement la minéralité de la pierre et le coupant de la glace, à peine adoucis par le bleu pur des cieux. Si Jean-Marc Rochette n’a pas vaincu le sommet tant rêvé, il est en passe, avec cette aventure humaine puissante, de se hisser au panthéon du neuvième art. « Ailefroide » fait partie de ces œuvres à forte persistance cérébrale, incontestablement un must de l’année 2018, un pavé qu’on se prend en pleine tronche. Et fort heureusement, à l’inverse de ce qui se passe dans la BD, ce n’est ici qu’une image (seuls ceux qui l’ont lu pourront comprendre).

18/07/2019 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Carte des jours
La Carte des jours

J’ai beaucoup aimé ce conte onirique qui mélange la réalité et les légendes. Le début est certes très abstrait, mais les réponses arrivent rapidement, le mystère se dissipe (on reste quand même dans le fantastique un peu mystique), et j’ai beaucoup aimé le dénouement. Le ton est très poétique et empreint d’une certaine nostalgie. Le dessin de Robert Hunter est épuré et élégant, et les couleurs vives apportent vraiment du cachet aux planches et contribuent grandement à l’ambiance générale de cet album. L’objet même est classieux, comme souvent chez ce petit éditeur britannique. Une chouette découverte en ce qui me concerne.

17/07/2019 (modifier)
Couverture de la série Dans la tête de Sherlock Holmes
Dans la tête de Sherlock Holmes

Un de mes coups de cœur de l'année ! Sherlock Holmes est l'un des personnages de fiction les plus célèbres et depuis plus d'un siècle, il a été illustré, célébré, plagié, détourné de toutes les manières possibles, avec plus ou moins de bonheur, mais souvent avec inventivité. Difficile dans ce contexte d'être original. Et c'est pourtant ce que parviennent à faire les auteurs en nous emmenant au sens littéral dans la tête de l'horripilant détective. Benoît Dahan a déjà tapé juste et fort dans Psycho-Investigateur (Simon Radius), mêlant une approche psychologique à des enquêtes policières, avec une inventivité graphique qui fait de ses trop rares albums des chef-d'œuvres d'inventivité visuelle. Ici, il n'atteint pas le niveau de délire qu'il a développé dans L'Héritage de l'homme-siècle, mais son approche de l'intrigue policière confine au grand art. Alors qu'Holmes entraîne Watson sur la piste d'un de ces mystères qui excitent sa sagacité et le poussent à délaisser les drogues dont il abreuve son esprit. Nous suivons, au sens littéral, le fil rouge de sa réflexion tortueuse, mais implacable, en accédant sa “bibliothèque intérieure”, où les indices sont soigneusement stockés, rangés, croisés jusqu'à ce qu'ils s'assemblent et trouvent une explication logique. C'est une idée scénaristique et graphique remarquable ! Car habituellement, le détective garde pour lui tous ces éléments, plus quelques autres qui ne sont jamais révélés au lecteur, au grand dam dudit lecteur et de ce pauvre docteur Watson qui n'y comprennent rien. Et c'est seulement dans le dernier chapitre qu'il daigne remettre les pièces du puzzle en place en écrasant son auditoire avec sa grosse intelligence… Le procédé, indissociable du genre, rend imbuvable le personnage de l'enquêteur et j'ai souvent eu envie d'étrangler Holmes, Poirot ou Rouletabille… Ici le mystère à résoudre n'a que peu d'importance, c'est la démarche intellectuelle de Sherlock Holmes que les deux auteurs mettent à nu ; c'est original et passionnant. D'autant plus que le scénario est mis en valeur par quelques belles trouvailles graphiques (le fil rouge, la tête bibliothèque, le jeu de la transparence, la découpe de la couverture) qui justifieraient presque l'achat de l'album à elles seules. Vivement la conclusion de ce diptyque !

17/07/2019 (modifier)
Couverture de la série Torpedo
Torpedo

Abuli est un auteur assez prolifique, dont j’aime bien le style, le ton, souvent noir, et ici je trouve que c’est une de ses plus belles réussites. Accompagné de Thot au départ (2 histoires je crois), il est ensuite en duo avec Bernet. Et ça tombe bien, car je préfère le dessin de ce dernier, parfaitement raccord avec les histoires concoctées par Abuli : son utilisation d’un Noir et Blanc tranché, relativement gras, ajoute de la noirceur à des récits qui n’en manquent pas. Les histoires justement, tournent autour d’un tueur, Torpedo, totalement dénué de scrupules, voire de sentiments, qui exécute froidement ses contrats – en même temps que ceux qui sont désignés par ceux qui le payent. Il n’hésite ainsi pas à flinguer un vieil ami si c’est nécessaire à son business. Parfois accompagné de son acolyte Rascal (qui est son premier défouloir en fait), souvent en solitaire, il accumule donc les meurtres, et les conquêtes féminines. Il faut dire qu’il fait tomber autant les femmes (qu’il traite souvent avec machisme, voire mépris) que les cadavres. Et, cerise sur le gâteau, les dialogues d’Abuli sont remplis de cynisme, de dérision, d’un humour noir (surtout dans les chutes des histoires, souvent amusantes), ce qui rend assez jouissives les saillies du bonhomme (c’est souvent Torpedo lui-même qui nous narre ses aventures, sur un ton faussement dépassionné, très « professionnel » et froid, lui qui manque totalement d’empathie, de morale). Ce polar, se déroulant au milieu des malfrats des années 1930, est une des meilleures séries du genre (lecture fortement recommandée aux amateurs), et une nouvelle très bonne collaboration entre Abuli et Bernet, aussi auteurs du bon Snake et du très bon Sur Liste Noire entre autres.

15/07/2019 (modifier)
Couverture de la série Les Damnés de la Commune
Les Damnés de la Commune

Raphaël Meyssan s’attaque ici à un beau sujet – injustement occulté par l’histoire officielle, quand il n’est pas travesti – à savoir la Commune de Paris. Il le fait de façon originale et très ambitieuse. En effet, il se lance dans ce premier tome à la poursuite d’un leader communard, qui aurait vécu dans son quartier. Mais ce qui fait toute l’originalité de son travail, c’est qu’il ne dessine pas, il ne fait qu’utiliser des documents d’époque : journaux, livres, documents officiels (rapports de police par exemple). Au milieu des gravures d’époques, se glissent des encadrés (commentaires off) et des bulles pour faire dialoguer ces personnages de papier. Le travail préparatoire, de recherche, a dû être énorme, ce que le dossier final confirme. Chaque illustration utilisée – gravure essentiellement – y est référencée. Si le rendu peut paraître aride, moi qui aime bien la gravure – y compris dans les collages surréalistes (de Max Ernst ou d’autres), ça me convient très bien. Reste le déroulé de l’intrigue qui, comme pour le titre de la collection dans laquelle il est publié chez Delcourt, mêle Histoire et histoires. Ce premier tome s’étend du début de l’année 1870 à la prise de pouvoir dans Paris de la Commune (après l’échec du gouvernement versaillais de s’emparer des canons parisiens). On sent bien l’empathie de l’auteur pour les idées communardes, et plus encore pour ceux qui les ont incarnées, jusqu’au bout de la souffrance. En cela le personnage de Victorine, parisienne mêlée aux événements, à la tragédie surtout, est une sorte de relais pour l’auteur, rendant plus vivant ce récit, lui donnant chair et palpitations. Et l’enquête menée par le narrateur pour retracer la trajectoire de ce communard presque voisin – à un siècle et demi d’intervalle, la vie de Victorine, tout cela est très bien lié aux événements parisiens, Raphaël Meyssan éclairant bien les tenants et aboutissants des décisions des Républicains, mais aussi des Bonapartistes, des monarchistes, et de Thiers et sa clique, prêts à tout pour éviter une révolution populaire, pourtant portée par les idéaux d’une République qu’il était censé diriger (il est vrai élu après une parodie d’élection, entouré d’élus absolument pas représentatifs de la population). Le tome suivant (et dernier je pense ?) verra l’affrontement entre Communards et Versaillais, et je l’attends en tout cas avec impatience. ************************** Maj après lecture du deuxième tome. C'est toujours aussi réussi ! Je suis bluffé par la somme de travail qu'a nécessité cette série, puisque l'auteur n'use que de gravures d'époque pour illustrer ses albums (et en plus cela rend très bien pour "l'intrigue", qui n'est pas corsetée, mais aussi du simple point de vue esthétique, c'est superbe !). On sent encore toute l'empathie de l'auteur pour la cause des Communards, ce qu'il montre au travers de Victorine, une femme que nous suivons dans les méandres de cette histoire à la fois belle et triste, mais aussi au travers des acteurs majeurs, que l'auteur fait parler avec des archives d'époque. Et le tout est toujours aussi fluide. Son empathie pour la cause communarde est aussi visible avec les quelques clins d'œil à la période actuelle, certaines citations faisant allusion à Sarkozy, hollande, voire Macron, tenants actuels de l'ordre. Ce deuxième tome montre la Commune se mettant en place, mettant en avant ses idéaux, au risque de passer pour idéaliste, voire naïve et inconsciente - ce dont va très bien se servir Adolphe Thiers (il est quand même des prénoms qui ne laissent que des trainées de sang dans l'histoire !). C'est aussi le début de la fin pour la Commune, les combats désespérés pour contrer la supériorité versaillaise laissant augurer la curée de la Semaine sanglante (qui sera traitée dans le troisième et dernier tome, à venir - et très attendu !!!). L'autre attrait de cet album est de traiter des Communes de Province, en particulier celle de Marseille (qui hélas ont subi le même sort que celle de Paris), ce qui est rarement le cas. Voilà donc une série en tous points remarquable, et qui semble très injustement méconnue. Je vous encourage donc à réparer cette erreur en la lisant, le travail de Raphaël Meyssan méritant un coup d'œil, un coup de chapeau (et, en ce qui me concerne, un coup de cœur !). Au passage, je lui attribue la dernière étoile manquante.

03/06/2018 (MAJ le 15/07/2019) (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Brat Pack
Brat Pack

Décidément, Délirium est un éditeur à suivre si on s'intéresse aux comics moins mainstream que DC et Marvel. Brat Pack fait parti des œuvres des années 80-90 qui ont déconstruit le mythe des super-héros et apparemment cela a eu un certain succès underground aux États-Unis et voilà enfin que ce comics est traduit en français. Veitch s'attaque aux sidekicks ados dont Robin est le plus connu. Comme c'est une BD indépendante, cela va plus loin dans le trash que Dark Kight Returns ou Watchmen. Pour aimer, je pense qu'il ne faut pas être allergique à la satire noire et mordante et aussi se laisse porter par le délire de l'auteur parce que parfois le trait est un peu exagéré. L'auteur va assez loin dans son attaque et montre des super-héros adultes sans scrupules qui sont surtout préoccupés par l'aspect commercial de leur travail et qui exploitent des ados. J'ai trouvé que le scénario était prenant du début jusqu'à la fin. Il y a du suspense et j'ai été surpris par l'ultime révélation alors que je pensais avoir deviner l'identité du mystérieux super-vilain qui s'en prends au sidekick ! La narration est très bien maîtrisé. J'aime particulièrement comment l'auteur montre en parallèle la vie des 4 nouveaux sidekicks. Il y a de très bonnes idées comme par exemple l'émission de radio au début de l'album. Le dessin est vraiment excellent. Je ne pense pas qu'il faut absolument connaitre les super-héros pour aimer, mais je pense qu'il faut un peu de connaissances pour vraiment apprécier cette oeuvre. Par exemple, le sondage radio sur s'il faut tuer les sidekicks ou non est clairement une référence au fameux sondage téléphonique sur s'il fallait tuer Robin ou non que DC avait lancé à la fin des années 80.

14/07/2019 (modifier)
Couverture de la série Rhâ-Gnagna
Rhâ-Gnagna

Que dire de plus sur Gotlib qui n’ait déjà été écrit, par moi ou d’autres ? Je vais commencer par dire – mais je pourrais tout aussi bien conclure par ça – que je suis un fan de ses délires, de son humour décapant. « Rhâ-Gnagna » est dans la lignée des génialissimes Rubrique-à-Brac, c’est le même genre d’humour. Mais, publié un peu plus tard et par Fluide Glacial et non chez Dargaud, Gotlib se lâche sans doute un peu plus, on a là quelques gags plus « adultes ». Pour le reste, c’est encore et toujours de l’humour intelligent. Car cela part très souvent de connaissances culturelles, qui ne sont pas nécessaires pour rigoler, mais qui le sont pour apprécier complètement cet humour ravageur. Ainsi Gotlib prend-il plaisir à détourner, à prendre le contre-pied des classiques de la littérature (« Alice au pays des merveilles » par exemple), des personnages historiques (hilarant pot-pourri avec Charlemagne, Napoléon, etc.), Dieu et le paradis, le Père Noël, etc. Cela part dans tous les sens, que ce soit dans les textes (c’est très fourni !, les phylactères remplissent les cases jusqu’à déborder parfois) ou les délires des « intrigues » (qui doivent parfois pas mal à une certaine forme d’improvisation), Gotlib allant vraiment jusqu’au bout du bout d’une idée, fut-elle la plus loufoque. Quant au dessin, c’est vraiment le top, comme d’habitude ! Son trait caricatural fait merveille, dans un style (mais les textes jouent aussi sur le même registre) très cartoon : il y a du Tex Avery, du Chuck Jones dans ces dessins. Et on sent aussi percer l’influence de certains auteurs de « Mad », comme Kurtzman ou Wood (voir Fées en Folie (Cons de Fée) par exemple). On a parfois un exercice de style dans ce domaine (voir l’histoire parodiant certaines émissions radiophoniques, où des personnages se racontent des « blagues belges » : ces personnages ont des traits de plus en plus déjantés, jusqu’au feu d’artifices final). Bref, vous l’avez compris, c’est très chaudement que je vous recommande ce condensé d’humour noir, déconne et parfois trash !

13/07/2019 (modifier)
Couverture de la série Le Roi des Mouches
Le Roi des Mouches

Voilà une série où l’ambiance prend le pas sur l’intrigue elle-même. Après un – tout petit – temps d’adaptation, j’ai été véritablement happé par cette histoire. Découpée en courts chapitres, présentant des personnages qui peu à peu prennent corps et âme, et surtout s’entrecroisent pour créer une histoire, cette série est, à bien des égards, une extraordinaire réussite. Clairement l’album de la maturité pour ces deux auteurs, bien en dessus de leurs précédentes collaborations (qui n’étaient pourtant pas des bouses). Affaire d’ambiance ai-je dit, mais aussi d’univers. Il y a là du Lynch bien sûr, mais aussi une sorte d’hommage à une culture rock et psychédélique, une introspection de la société américaine (même si ça se passe « ailleurs »), de ses travers, de ses folies. Et une peur de vivre, un désespoir cachés ou alimentés par la consommation d’alcool, de drogues. Mais surtout il y a une évidente parenté avec l’œuvre de Charles Burns. Graphiquement d’abord, avec des dessins figés, presque stylisés parfois, et une colorisation (que j’adore) où dominent le mauve, le noir, des tons sombres qui attirent le quotidien vers le fantastique, un étrange underground. Mais aussi pour certains thèmes abordés, comme le malaise de la sortie de l’adolescence, la difficulté d’aimer et d’être aimé par exemple. En tout cas les amateurs de l’auteur américain – et tous ceux qui apprécient ce genre d’onirisme noir et torturé – se retrouveront dans ces trois albums. Les deux premiers albums sont vraiment superbes. La lecture est très agréable, même si la densité des textes nécessite un certain investissement (ils sont majoritairement au style indirect, comme si l’on – c’est-à-dire les auteurs comme les lecteurs – pratiquaient une sorte d’autopsie de la société, du moins des quelques personnages choisis pour la représenter ici). Je distinguerai un peu le troisième et dernier tome. Le côté graphique est toujours aussi beau, mais j’ai été un peu moins convaincu, et ai été davantage perdu par la logorrhée des textes, parfois bruts (dans tous les sens du terme, puisque souvent simples notes, mots alignés), ce langage saccadé, accéléré comme pour accompagner un mauvais trip, pour prévenir l’overdose, contrastant avec la fin, peut-être moins planante qu’attendu (et du coup un chouia décevante ?). La construction de « l’intrigue » m’est aussi apparue un peu moins claire. Mais cela reste quand même une très belle réussite, que je vous encourage à découvrir si ce n’est pas déjà fait. Une série culte, malgré les passages obscures, malgré les quelques rares petites baisses de régime.

12/07/2019 (modifier)