C’est peut-être le comics que j’ai préféré depuis que je lis des bandes dessinées…
J’ai dévoré ce récit, trouvant son scénario très bien construit et son personnage principal d’une grande justesse. Cette adolescente rebelle aux comportements autodestructeurs (entre scarifications et provocations en tous genres) se réfugie sous une carapace énorme que l’on va peu à peu soulever… avec l’aide de deux personnages secondaires. L’une, psychologue scolaire, soutient Barbara dans son combat (non contre des géants mais contre une vérité qu’elle ne peut admettre) tandis que l’autre, fraîchement débarquée, discerne rapidement la fragilité de l’adolescente derrière ce masque de cynisme et ces accès de folie.
Et puis tous les autres rôles sont ‘justes’, de la grande sœur qui assume difficilement le rôle de mère de substitution à la caïd du préau, brutale, manipulatrice et lâche, en passant par le proviseur, patient mais mis à rude épreuve.
J’ai beaucoup aimé le dessin de Ken Niimura, fin et expressif. Très caricatural, il allège ce récit, lui permet de respirer alors que l’histoire en elle-même est tout sauf amusante.
Avis aux amateurs, ce récit est un pur roman graphique (c’est clair que si vous vous attendez à de l’heroïc-fantasy vous allez en être pour vos frais)… mais quel roman graphique !!!
Il y a peu je lisais « Enferme-moi si tu peux » qui regroupait de petites et sympathiques biographies d’artistes appartenant au courant de l’art brut. Des artistes marginaux, vierges de toute influence artistique (du fait d’un handicap mental ou tout simplement par manque d’instruction ou de culture) et qui, donc, produisaient des œuvres uniques en leur genre.
Cet album m’a permis de découvrir un nouvel artiste rattaché à ce courant, Petit Pierre. Et le moins que l’on puisse dire est que ce gaillard m’a touché. Et le mérite en revient grandement aux deux auteurs de cet album, à savoir la scénariste Florence Lebonvallet et le dessinateur Daniel Casanave.
Et ce n’est pas la première fois que je suis séduit par le style de Casanave, qui s’est fait une spécialité d’illustrer ce type de biographie de personnages poétiques et rêveurs. Il se dégage de son trait une telle fraicheur, une telle naïveté que ses planches me plongent dans une sorte de béatitude contemplative. Son trait est doux et léger, bien mis en valeur par la colorisation lumineuse de Claire Champion, ses planches sont épurées, donnant souvent à voir des grandes cases dépouillées et pourtant riches de détails anodins (ici, un nuage, là une vache qui broute).
Quant à Florence Lebonvallet, nul doute qu’elle maîtrise parfaitement son sujet. J’ai senti toute la sympathie, toute la tendresse mais aussi la fascination qu’elle éprouve pour Pierre Avezard. Je l’ai sentie à l’aise dans cet univers champêtre. La narration est fluide, les pages coulent sous les doigts et, tout doucement, le charme opère.
Oui, tout doucement parce que, dans un premier temps, j’ai trouvé ce récit très anecdotique, avec des informations un peu inutiles, avec un symbolisme un peu simpliste. Mais, au fil des pages, j’ai fini par comprendre la pertinence de ces choix. Le goût aux voyages du parrain, la naissance du petit frère… tout cela s’inscrit dans le parcours de vie et dans le parcours d’artiste de Petit Pierre… et finalement, je ressors conquis par l’album comme par le personnage.
Et puis un gars calme et inventif qui aime les vaches, j’aurais eu du mal à ne pas l’apprécier. Ce Petit Pierre, au visage difforme, bossu, dur de la feuille mais loin d’être idiot, présenté comme un personnage profondément positif, drôle et généreux, m’a touché. Et le petit dossier en fin d’album a fini par me convaincre.
Je m’attendais à autre chose, à un récit plus fort, plus philosophique alors qu’en fait cet album est un simple récit d’anticipation, comme il y en a tant… Enfin, pas tant que ça, parce que c’est un simple mais bon récit d’anticipation.
Il s’articule sur une très bonne trouvaille qui permet d’apporter une dose d’originalité et de crédibilité à cette vieille idée du voyage immédiat dans l’espace (on se dématérialise d’un côté du globe pour se rematérialiser dans un autre coin de la planète). Cette trouvaille est vraiment le point fort de l’album à mes yeux.
A côté de cela, Zep nous offre une vision très sombre de la société de demain, avec un univers urbain noir, malade, peuplé de toxicos et de laissés-pour-compte, où chacun reste chez lui, privilégiant les rencontres virtuelles ou les voyages instantanés. C’est déprimant… d’autant plus que cet univers est crédible et rencontre plusieurs de nos craintes actuelles.
L’enquête qui sert de fil conducteur au récit est assez classique. Agréable à suivre mais pas révolutionnaire.
Enfin, la note d’espoir livrée en fin d’album me semble un peu maladroite, un peu facile. C’est con parce que, du coup, je referme ce livre avec une impression un peu mitigée… alors que si j’y repense, j’ai vraiment bien aimé ma lecture durant 95% du temps.
Enfin, le dessin froid et sombre (quoique toujours très lisible) de Dominique Bertail convient parfaitement au thème de ce récit. Dessin et scénario se complètent donc parfaitement.
Pour la note, j’hésite entre pas mal et franchement bien (c’est quand même con qu’il n’y a pas moyen de dire bêtement « bien » pour certains albums sur bdtheque). Chez moi, je traduis souvent ça par « pas mal », « coup de cœur » et « achat conseillé ». Dont acte !
J’ai beaucoup apprécié cet album, dont la thématique m’a beaucoup touché (ayant moi-même un frère plus jeune, mais aussi deux fils). L’auteur traite des marques indélébiles que peuvent laisser certaines expériences lors de notre petite enfance, notamment les « boutades » du grand frère.
Le traitement très onirique et rempli de symbolisme est assez difficile d’accès, et je dois avouer mal imaginer mes garçons de 7 et 9 ans lire cet album seuls, sans aide… mais une lecture accompagnée est peut-être ce que recherchait l’auteur ? Reste que j’ai moi-même eu du mal à suivre tous les méandres scénaristiques, surtout sur la fin. Je note que les autres posteurs ont aussi relevé ce petit souci.
La mise en image d’Anne Montel est vraiment sublime. Le trait est précis et fourmille de petits détails rigolos, et les couleurs aquarelles lumineuses apportent un esthétisme indéniable aux planches. Et puis alors, cette couverture, miam !
Un chouette moment de lecture, mais parfois éprouvant, surtout sur la fin.
Silencio aborde un sujet assez original puisque nous sommes plongés dans une compétition de street-basket en milieu carcéral. Bienvenue donc dans une prison d’état made in USA, avec ses clans, sa violence…
Et pourtant ce récit va s’avérer très positif dans son état d’esprit. De fait, le personnage principal -le fameux Silencio- va trouver dans cette compétition une planche de salut, tant pour son acceptation au sein de cette prison que comme premier pas vers une possible réintégration dans la société.
Le traitement scénaristique de cette histoire est franchement influencé par le style manga. C’est rythmé et on ne s’ennuie pas. Des flash-backs permettent de découvrir le passé de Silencio et les raisons de son emprisonnement… mais des raccourcis faciles sont bel et bien présents. Les personnages sont assez caricaturaux et les exploits physiques de certains d'entre eux relèvent plus du fantasme que d’une recherche d’authenticité. Mais le plaisir de lecture est bien présent. Les trois albums se lisent vite et avec plaisir. Le destin de Silencio en fait un véritable héros pour adolescents, avec ce côté bad-boy taciturne capable d’encaisser, qui se donne à fond (fond qu’il a bon, fondamentalement) et qui ne renonce jamais.
Le dessin, que j’ai trouvé excellent dans son genre, mélange des influences diverses. L’encrage lui donne un côté « comics » tandis que le découpage des scènes de match me semble plus influencé par le style manga (mais de haut vol). Les poses sont très naturelles dans tous ces passages et Gabriel Germain a l’intelligence –et le talent nécessaire pour le faire- de ne pas utiliser d’effets artificiels (genre lignes de perspectives pour suggérer la vitesse). Le rendu est donc très naturel, très réaliste et contrebalance parfaitement les aspects plus fantaisistes du scénario. Du coup, on y croit !
En définitive, Silencio a été une bonne surprise pour moi. Récit sportif avec les stéréotypes du genre, il apporte un autre regard grâce à son cadre carcéral. Un excellent investissement pour qui aime ces deux genres (et je pense vraiment que beaucoup d’ados devraient adorer).
Mieux que "pas mal" mais un peu trop caricatural pour que je dise "franchement bien"... mais c'est à lire !!
J’ai adoré le concept de cet album. L’histoire est certes banale, on découvre la vie d’un homme né en Alaska, de sa naissance jusqu’à sa mort : souvenirs d’enfances, université, travail, mariage, divorce etc. Pourtant certains passages ont réussi à me toucher par leur poésie et leur justesse, malgré le minimalisme de la narration mais aussi du graphisme.
Et on tient là LA grosse originalité de cet album : en le feuilletant, on a plus l’impression d’avoir affaire à un recueil d’illustrations plutôt qu’une histoire traditionnelle… et pourtant. Chaque double page contient deux illustrations relativement petites, représentant un moment clé de la vie du protagoniste. La page de gauche montre une vue à la 3eme personne, alors que celle de droite, une vue à la 1ere personne (donc ce que le personnage voit lui à ce moment-là – voir la galerie pour des exemples). Cette trouvaille narrative fonctionne parfaitement, et ajoute une dimension vraiment intéressante au récit.
Je conclus sur le graphisme, que je trouve magnifique et élégant, dans un style très épuré.
Un chouette moment de lecture, et un coup de cœur en ce qui me concerne.
Après des années à trouver que les nouvelles séries shonen étaient au mieux moyennes, je suis bien content de voir émerger des séries comme celle-ci et The Promised Neverland qui ont un scénario qui est autre chose que du sous-Dragon Ball.
Ici, on fait la part belle à la psychologie des personnages et c'est bien traité. L'auteure aborde plusieurs sujets dont le racisme, la sexualité, les problèmes d'adolescents, etc....et les maîtrisent bien. Elle exploite bien son univers animalier où les carnivores doivent surveiller leurs instincts et ne pas dévorer les herbivores. Les personnages sont intéressants, complexes et même attachants même si certains sont de vrais cons pour le moment. J'aime surtout Legoshi le loup et sa relation avec la lapine Haru.
Le seul truc qui m'a gêné dans le scénario est que le récit commence avec l’assassinat d'un herbivore par un mystérieux carnivore et, passés les premiers chapitres, on dirait que tout le monde à l'école s'en fiche un peu. Le dessin est bon même si parfois on dirait que certaines cases ne sont pas terminées (comme le dit Spooky, on dirait de l'esquisse) ce qui peut être un peu troublant au début.
Jolie nouvelle série jeunesse chez Miss Jungle, Taonga nous conte les aventures d'une adolescente d'aujourd'hui, aux prises entre ses envies d'indépendance, de prince charmant et les traditions maories...
Tout cela forme le cadre d'une série d'aventures très distrayantes, qui devrait plaire à nombre de jeunes lectrices (et lecteurs aussi, n'ayons pas peur), qui pourront ainsi s'initier aux mythes de l'Océan Pacifique... C'est assez prenant, on ne s'ennuie pas, même si l'introduction mythologique m'a un peu dérouté.
Côté dessin, c'est une découverte : Simona Fabrizio se montre assez vistuose dans cet univers coloré et chatoyant.
J'en redemande.
Il y a des gens dont le destin d'exception fut contrarié par les horreurs de la guerre...
Ainsi en fut-il d'Oskar Rohr, surnommé "Ossi", qui intégra le Bayern à 18 ans et dut partir très tôt pour fuir le régime nazi... Il y revint contraint et forcé quelques années plus tard, de l'autre côté de la barrière (puisque devenu français entre-temps), et fut fait prisonnier puis déporté... Après la guerre Rohr fut peu à peu oublié de celles et ceux qui l'ont encensé.
Une carrière brisée en plein élan, sans parler de sa vie tout court, marquée au fer rouge par ces années de plomb... Le scénariste, né en Allemagne de parents colombiens, propose une histoire sans affectation, directe, qui ne juge pas mais permet de constater. Du coup c'est un peu rêche, aride, mais en même temps nous sommes dans le réel des années 1930-1940.
Le dessin exécuté par Marcin Podolec est à l'avenant, d'une efficacité redoutable.
Un album très intéressant, qui comporte une préface de Gernot Rohr, ancien joueur et entraîneur, et petit-neveu d'Ossi ; l'opus se clôt sur un carnet documentaire comportant des photos exceptionnelles, et des notes biographiques sur quelques personnages rencontrés par Rohr au cours de sa carrière et de sa vie. précieux.
Il est de ces auteurs qu’on regrette de ne pas avoir découvert plus tôt. C’est mon cas en ce qui concerne Alexandre Kha, car son dernier album, adéquatement titré, m’est tombé dessus comme un sortilège, doublé d’un coup de cœur. L’auteur breton, qui n’est pas vraiment un nouveau venu dans la bande dessinée, a publié la majeure partie de sa production chez l’éditeur villeurbannais Tanibis.
Côté dessin, la jolie ligne claire minimaliste en noir et blanc contribue pour beaucoup à l’étrangeté de cet univers à la fois familier et insolite, avec des personnages un peu désincarnés qui la plupart du temps ont l’air d’errer sans but précis. La simplicité du trait, évoquant un mix de Joost Swarte et Jason, dégage un charme intemporel.
Il ne faudra pas chercher de réalisme dans le scénario, totalement fictionnel, mais soulevant des questions philosophiques autour de l’intelligence artificielle. Au lieu de livrer des réponses toutes faites, Alexandre Kha a préféré traiter la question de façon poétique. Sans négliger la réflexion, il laisse le champ large à l’imagination. Avec son androïde à la démarche lunaire prénommée Olympia, version féminisée du fameux automate joueur d’échecs du baron von Kempelen qui fascina l’Europe aux XVIIIe et XIXe siècles, et son double « humain » Lola, nous sommes transportés dans une zone intermédiaire. Dans cette banlieue industrielle oubliée et cernée de terrains vagues, les « outcasts », tels ces clones d’Iggy Pop et David Bowie, tentent de survivre, tandis que les freaks viennent s’exposer pour gagner leur croûte. Si cet univers délaissé apparaît anxiogène dans sa froideur urbaine et métallique, la plage environnante en fait la terre de tous les possibles, avec toutefois des restrictions physiques. Tel un point d’embarquement statique, on n’y voit presque aucun bateau, et il faut éviter les marais boueux qui menacent d’engloutir ceux qui le traversent… L’échappée pourra être belle, mais ne se fera que par le rêve…
Olympia quant à elle, fascine tous ceux qui la croisent ou osent l’affronter aux échecs, toujours en vain. Aussi jolie qu’insaisissable, elle semble ne pas vouloir se résoudre à être la propriété de qui que ce soit et passe son temps libre à fuguer. Mais ce qui trouble le plus chez elle, ce sont peut-être ses grands yeux vides dont on croit parfois percevoir une force troublante… Après avoir rencontré Lola, au final moins humaine qu’il n’y paraît avec ses jambes en kit, le jeune Antoine va tenter de percer le secret de sa « jumelle » pour remporter la cagnotte promise à ceux qui gagneront contre elle. Victorieux, il n’échappera pas au sortilège d’Olympia, cette machine prétendument dépourvue de cœur et d’âme… Le dénouement amène dans nos boîtes crâniennes quelques questionnements à propos du transhumanisme : là où technologie et prothèses s’insinuent de plus en plus dans nos corps, tandis que certains s’efforcent de rendre les robots plus humains, par l’aspect et le comportement… Le moment où nous deviendrons des machines pensantes, et où nos créations pourront se passer de nous et nous remplaceront en tant qu’espèce dominante, est peut-être plus proche qu’on ne l’imagine…
Cette très belle histoire, qui finit sur une décharge, n’est pas à jeter aux ordures, bien au contraire. A vrai dire, on n’a jamais vu la décharge aussi belle. Sous l’œil d’Alexandre Kha, elle est devenue « le Pays de Cocagne », le pays où naissent les rêves des androïdes de Philip K. Dick ! Encore un album qui se détache et vient s’ajouter aux meilleurs crus de 2019.
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I kill giants (Je tue des géants)
C’est peut-être le comics que j’ai préféré depuis que je lis des bandes dessinées… J’ai dévoré ce récit, trouvant son scénario très bien construit et son personnage principal d’une grande justesse. Cette adolescente rebelle aux comportements autodestructeurs (entre scarifications et provocations en tous genres) se réfugie sous une carapace énorme que l’on va peu à peu soulever… avec l’aide de deux personnages secondaires. L’une, psychologue scolaire, soutient Barbara dans son combat (non contre des géants mais contre une vérité qu’elle ne peut admettre) tandis que l’autre, fraîchement débarquée, discerne rapidement la fragilité de l’adolescente derrière ce masque de cynisme et ces accès de folie. Et puis tous les autres rôles sont ‘justes’, de la grande sœur qui assume difficilement le rôle de mère de substitution à la caïd du préau, brutale, manipulatrice et lâche, en passant par le proviseur, patient mais mis à rude épreuve. J’ai beaucoup aimé le dessin de Ken Niimura, fin et expressif. Très caricatural, il allège ce récit, lui permet de respirer alors que l’histoire en elle-même est tout sauf amusante. Avis aux amateurs, ce récit est un pur roman graphique (c’est clair que si vous vous attendez à de l’heroïc-fantasy vous allez en être pour vos frais)… mais quel roman graphique !!!
Petit Pierre
Il y a peu je lisais « Enferme-moi si tu peux » qui regroupait de petites et sympathiques biographies d’artistes appartenant au courant de l’art brut. Des artistes marginaux, vierges de toute influence artistique (du fait d’un handicap mental ou tout simplement par manque d’instruction ou de culture) et qui, donc, produisaient des œuvres uniques en leur genre. Cet album m’a permis de découvrir un nouvel artiste rattaché à ce courant, Petit Pierre. Et le moins que l’on puisse dire est que ce gaillard m’a touché. Et le mérite en revient grandement aux deux auteurs de cet album, à savoir la scénariste Florence Lebonvallet et le dessinateur Daniel Casanave. Et ce n’est pas la première fois que je suis séduit par le style de Casanave, qui s’est fait une spécialité d’illustrer ce type de biographie de personnages poétiques et rêveurs. Il se dégage de son trait une telle fraicheur, une telle naïveté que ses planches me plongent dans une sorte de béatitude contemplative. Son trait est doux et léger, bien mis en valeur par la colorisation lumineuse de Claire Champion, ses planches sont épurées, donnant souvent à voir des grandes cases dépouillées et pourtant riches de détails anodins (ici, un nuage, là une vache qui broute). Quant à Florence Lebonvallet, nul doute qu’elle maîtrise parfaitement son sujet. J’ai senti toute la sympathie, toute la tendresse mais aussi la fascination qu’elle éprouve pour Pierre Avezard. Je l’ai sentie à l’aise dans cet univers champêtre. La narration est fluide, les pages coulent sous les doigts et, tout doucement, le charme opère. Oui, tout doucement parce que, dans un premier temps, j’ai trouvé ce récit très anecdotique, avec des informations un peu inutiles, avec un symbolisme un peu simpliste. Mais, au fil des pages, j’ai fini par comprendre la pertinence de ces choix. Le goût aux voyages du parrain, la naissance du petit frère… tout cela s’inscrit dans le parcours de vie et dans le parcours d’artiste de Petit Pierre… et finalement, je ressors conquis par l’album comme par le personnage. Et puis un gars calme et inventif qui aime les vaches, j’aurais eu du mal à ne pas l’apprécier. Ce Petit Pierre, au visage difforme, bossu, dur de la feuille mais loin d’être idiot, présenté comme un personnage profondément positif, drôle et généreux, m’a touché. Et le petit dossier en fin d’album a fini par me convaincre.
Paris 2119
Je m’attendais à autre chose, à un récit plus fort, plus philosophique alors qu’en fait cet album est un simple récit d’anticipation, comme il y en a tant… Enfin, pas tant que ça, parce que c’est un simple mais bon récit d’anticipation. Il s’articule sur une très bonne trouvaille qui permet d’apporter une dose d’originalité et de crédibilité à cette vieille idée du voyage immédiat dans l’espace (on se dématérialise d’un côté du globe pour se rematérialiser dans un autre coin de la planète). Cette trouvaille est vraiment le point fort de l’album à mes yeux. A côté de cela, Zep nous offre une vision très sombre de la société de demain, avec un univers urbain noir, malade, peuplé de toxicos et de laissés-pour-compte, où chacun reste chez lui, privilégiant les rencontres virtuelles ou les voyages instantanés. C’est déprimant… d’autant plus que cet univers est crédible et rencontre plusieurs de nos craintes actuelles. L’enquête qui sert de fil conducteur au récit est assez classique. Agréable à suivre mais pas révolutionnaire. Enfin, la note d’espoir livrée en fin d’album me semble un peu maladroite, un peu facile. C’est con parce que, du coup, je referme ce livre avec une impression un peu mitigée… alors que si j’y repense, j’ai vraiment bien aimé ma lecture durant 95% du temps. Enfin, le dessin froid et sombre (quoique toujours très lisible) de Dominique Bertail convient parfaitement au thème de ce récit. Dessin et scénario se complètent donc parfaitement. Pour la note, j’hésite entre pas mal et franchement bien (c’est quand même con qu’il n’y a pas moyen de dire bêtement « bien » pour certains albums sur bdtheque). Chez moi, je traduis souvent ça par « pas mal », « coup de cœur » et « achat conseillé ». Dont acte !
Chroniques de l'île perdue
J’ai beaucoup apprécié cet album, dont la thématique m’a beaucoup touché (ayant moi-même un frère plus jeune, mais aussi deux fils). L’auteur traite des marques indélébiles que peuvent laisser certaines expériences lors de notre petite enfance, notamment les « boutades » du grand frère. Le traitement très onirique et rempli de symbolisme est assez difficile d’accès, et je dois avouer mal imaginer mes garçons de 7 et 9 ans lire cet album seuls, sans aide… mais une lecture accompagnée est peut-être ce que recherchait l’auteur ? Reste que j’ai moi-même eu du mal à suivre tous les méandres scénaristiques, surtout sur la fin. Je note que les autres posteurs ont aussi relevé ce petit souci. La mise en image d’Anne Montel est vraiment sublime. Le trait est précis et fourmille de petits détails rigolos, et les couleurs aquarelles lumineuses apportent un esthétisme indéniable aux planches. Et puis alors, cette couverture, miam ! Un chouette moment de lecture, mais parfois éprouvant, surtout sur la fin.
Silencio
Silencio aborde un sujet assez original puisque nous sommes plongés dans une compétition de street-basket en milieu carcéral. Bienvenue donc dans une prison d’état made in USA, avec ses clans, sa violence… Et pourtant ce récit va s’avérer très positif dans son état d’esprit. De fait, le personnage principal -le fameux Silencio- va trouver dans cette compétition une planche de salut, tant pour son acceptation au sein de cette prison que comme premier pas vers une possible réintégration dans la société. Le traitement scénaristique de cette histoire est franchement influencé par le style manga. C’est rythmé et on ne s’ennuie pas. Des flash-backs permettent de découvrir le passé de Silencio et les raisons de son emprisonnement… mais des raccourcis faciles sont bel et bien présents. Les personnages sont assez caricaturaux et les exploits physiques de certains d'entre eux relèvent plus du fantasme que d’une recherche d’authenticité. Mais le plaisir de lecture est bien présent. Les trois albums se lisent vite et avec plaisir. Le destin de Silencio en fait un véritable héros pour adolescents, avec ce côté bad-boy taciturne capable d’encaisser, qui se donne à fond (fond qu’il a bon, fondamentalement) et qui ne renonce jamais. Le dessin, que j’ai trouvé excellent dans son genre, mélange des influences diverses. L’encrage lui donne un côté « comics » tandis que le découpage des scènes de match me semble plus influencé par le style manga (mais de haut vol). Les poses sont très naturelles dans tous ces passages et Gabriel Germain a l’intelligence –et le talent nécessaire pour le faire- de ne pas utiliser d’effets artificiels (genre lignes de perspectives pour suggérer la vitesse). Le rendu est donc très naturel, très réaliste et contrebalance parfaitement les aspects plus fantaisistes du scénario. Du coup, on y croit ! En définitive, Silencio a été une bonne surprise pour moi. Récit sportif avec les stéréotypes du genre, il apporte un autre regard grâce à son cadre carcéral. Un excellent investissement pour qui aime ces deux genres (et je pense vraiment que beaucoup d’ados devraient adorer). Mieux que "pas mal" mais un peu trop caricatural pour que je dise "franchement bien"... mais c'est à lire !!
A travers
J’ai adoré le concept de cet album. L’histoire est certes banale, on découvre la vie d’un homme né en Alaska, de sa naissance jusqu’à sa mort : souvenirs d’enfances, université, travail, mariage, divorce etc. Pourtant certains passages ont réussi à me toucher par leur poésie et leur justesse, malgré le minimalisme de la narration mais aussi du graphisme. Et on tient là LA grosse originalité de cet album : en le feuilletant, on a plus l’impression d’avoir affaire à un recueil d’illustrations plutôt qu’une histoire traditionnelle… et pourtant. Chaque double page contient deux illustrations relativement petites, représentant un moment clé de la vie du protagoniste. La page de gauche montre une vue à la 3eme personne, alors que celle de droite, une vue à la 1ere personne (donc ce que le personnage voit lui à ce moment-là – voir la galerie pour des exemples). Cette trouvaille narrative fonctionne parfaitement, et ajoute une dimension vraiment intéressante au récit. Je conclus sur le graphisme, que je trouve magnifique et élégant, dans un style très épuré. Un chouette moment de lecture, et un coup de cœur en ce qui me concerne.
Beastars
Après des années à trouver que les nouvelles séries shonen étaient au mieux moyennes, je suis bien content de voir émerger des séries comme celle-ci et The Promised Neverland qui ont un scénario qui est autre chose que du sous-Dragon Ball. Ici, on fait la part belle à la psychologie des personnages et c'est bien traité. L'auteure aborde plusieurs sujets dont le racisme, la sexualité, les problèmes d'adolescents, etc....et les maîtrisent bien. Elle exploite bien son univers animalier où les carnivores doivent surveiller leurs instincts et ne pas dévorer les herbivores. Les personnages sont intéressants, complexes et même attachants même si certains sont de vrais cons pour le moment. J'aime surtout Legoshi le loup et sa relation avec la lapine Haru. Le seul truc qui m'a gêné dans le scénario est que le récit commence avec l’assassinat d'un herbivore par un mystérieux carnivore et, passés les premiers chapitres, on dirait que tout le monde à l'école s'en fiche un peu. Le dessin est bon même si parfois on dirait que certaines cases ne sont pas terminées (comme le dit Spooky, on dirait de l'esquisse) ce qui peut être un peu troublant au début.
Taonga
Jolie nouvelle série jeunesse chez Miss Jungle, Taonga nous conte les aventures d'une adolescente d'aujourd'hui, aux prises entre ses envies d'indépendance, de prince charmant et les traditions maories... Tout cela forme le cadre d'une série d'aventures très distrayantes, qui devrait plaire à nombre de jeunes lectrices (et lecteurs aussi, n'ayons pas peur), qui pourront ainsi s'initier aux mythes de l'Océan Pacifique... C'est assez prenant, on ne s'ennuie pas, même si l'introduction mythologique m'a un peu dérouté. Côté dessin, c'est une découverte : Simona Fabrizio se montre assez vistuose dans cet univers coloré et chatoyant. J'en redemande.
Ossi - Une vie pour le football
Il y a des gens dont le destin d'exception fut contrarié par les horreurs de la guerre... Ainsi en fut-il d'Oskar Rohr, surnommé "Ossi", qui intégra le Bayern à 18 ans et dut partir très tôt pour fuir le régime nazi... Il y revint contraint et forcé quelques années plus tard, de l'autre côté de la barrière (puisque devenu français entre-temps), et fut fait prisonnier puis déporté... Après la guerre Rohr fut peu à peu oublié de celles et ceux qui l'ont encensé. Une carrière brisée en plein élan, sans parler de sa vie tout court, marquée au fer rouge par ces années de plomb... Le scénariste, né en Allemagne de parents colombiens, propose une histoire sans affectation, directe, qui ne juge pas mais permet de constater. Du coup c'est un peu rêche, aride, mais en même temps nous sommes dans le réel des années 1930-1940. Le dessin exécuté par Marcin Podolec est à l'avenant, d'une efficacité redoutable. Un album très intéressant, qui comporte une préface de Gernot Rohr, ancien joueur et entraîneur, et petit-neveu d'Ossi ; l'opus se clôt sur un carnet documentaire comportant des photos exceptionnelles, et des notes biographiques sur quelques personnages rencontrés par Rohr au cours de sa carrière et de sa vie. précieux.
Le Sortilège de la femme-automate
Il est de ces auteurs qu’on regrette de ne pas avoir découvert plus tôt. C’est mon cas en ce qui concerne Alexandre Kha, car son dernier album, adéquatement titré, m’est tombé dessus comme un sortilège, doublé d’un coup de cœur. L’auteur breton, qui n’est pas vraiment un nouveau venu dans la bande dessinée, a publié la majeure partie de sa production chez l’éditeur villeurbannais Tanibis. Côté dessin, la jolie ligne claire minimaliste en noir et blanc contribue pour beaucoup à l’étrangeté de cet univers à la fois familier et insolite, avec des personnages un peu désincarnés qui la plupart du temps ont l’air d’errer sans but précis. La simplicité du trait, évoquant un mix de Joost Swarte et Jason, dégage un charme intemporel. Il ne faudra pas chercher de réalisme dans le scénario, totalement fictionnel, mais soulevant des questions philosophiques autour de l’intelligence artificielle. Au lieu de livrer des réponses toutes faites, Alexandre Kha a préféré traiter la question de façon poétique. Sans négliger la réflexion, il laisse le champ large à l’imagination. Avec son androïde à la démarche lunaire prénommée Olympia, version féminisée du fameux automate joueur d’échecs du baron von Kempelen qui fascina l’Europe aux XVIIIe et XIXe siècles, et son double « humain » Lola, nous sommes transportés dans une zone intermédiaire. Dans cette banlieue industrielle oubliée et cernée de terrains vagues, les « outcasts », tels ces clones d’Iggy Pop et David Bowie, tentent de survivre, tandis que les freaks viennent s’exposer pour gagner leur croûte. Si cet univers délaissé apparaît anxiogène dans sa froideur urbaine et métallique, la plage environnante en fait la terre de tous les possibles, avec toutefois des restrictions physiques. Tel un point d’embarquement statique, on n’y voit presque aucun bateau, et il faut éviter les marais boueux qui menacent d’engloutir ceux qui le traversent… L’échappée pourra être belle, mais ne se fera que par le rêve… Olympia quant à elle, fascine tous ceux qui la croisent ou osent l’affronter aux échecs, toujours en vain. Aussi jolie qu’insaisissable, elle semble ne pas vouloir se résoudre à être la propriété de qui que ce soit et passe son temps libre à fuguer. Mais ce qui trouble le plus chez elle, ce sont peut-être ses grands yeux vides dont on croit parfois percevoir une force troublante… Après avoir rencontré Lola, au final moins humaine qu’il n’y paraît avec ses jambes en kit, le jeune Antoine va tenter de percer le secret de sa « jumelle » pour remporter la cagnotte promise à ceux qui gagneront contre elle. Victorieux, il n’échappera pas au sortilège d’Olympia, cette machine prétendument dépourvue de cœur et d’âme… Le dénouement amène dans nos boîtes crâniennes quelques questionnements à propos du transhumanisme : là où technologie et prothèses s’insinuent de plus en plus dans nos corps, tandis que certains s’efforcent de rendre les robots plus humains, par l’aspect et le comportement… Le moment où nous deviendrons des machines pensantes, et où nos créations pourront se passer de nous et nous remplaceront en tant qu’espèce dominante, est peut-être plus proche qu’on ne l’imagine… Cette très belle histoire, qui finit sur une décharge, n’est pas à jeter aux ordures, bien au contraire. A vrai dire, on n’a jamais vu la décharge aussi belle. Sous l’œil d’Alexandre Kha, elle est devenue « le Pays de Cocagne », le pays où naissent les rêves des androïdes de Philip K. Dick ! Encore un album qui se détache et vient s’ajouter aux meilleurs crus de 2019.