J’avais acheté cet album il y a longtemps, à sa sortie je crois. A l’époque, je ne connaissais pas l’auteur, et c’est le feuilletage de certaines planches qui m’avait fait sauter le pas. J’ai depuis lu d’autres œuvres de cet auteur, avec plus ou moins de plaisir. Mais aucune ne m’a fait le même effet.
Proposer un résumé de cet album est une gageure, et n’est pas souhaitable non plus. C’est, en effet, autour du magicien Keko et de quelques autres personnages, une longue errance, un long poème visuel, qui relève en grande partie du surréalisme.
En effet, certaines planches ont une esthétique proche de celle de Dali, ont aussi les mêmes sources d’inspiration (esthétique « Modern Style » par exemple). Objets, personnages se déforment. Des objets (voire des parties de corps, comme un sein) deviennent des personnages.
L’imagerie populaire est aussi détournée – comme l’est aussi Disney (une Clarabelle loufoque).
C’est souvent surchargé, cela serait encore plus kitch sans le dessin et surtout la colorisation de Nine, comme tamisée, en retenue, alors même que les personnages, les dialogues (plus ou moins lyriques et « littéraires », en tout cas décalés et eux aussi loufoques) portent l’album vers des délires dans lesquels l’érotisme, l’humour et bien sûr la poésie jouent leur partition (sur un air de tango bien entendu !). C’est très particulier, mais c’est particulièrement intéressant !
J’ajoute que l’édition proposée par Rackham est vraiment de haute tenue, avec une couverture et un papier épais (un peu ce que propose Cornélius pour certains album de Blanquet par exemple). Cet effort (pas que financier) honore cette maison d’édition, qui n’a sans doute pas gagné beaucoup de sous avec cet album, mais qui a donné vie à quelque chose d’original. Que je vous encourage à découvrir, si vous êtes amateur de ce genre de publication poétique (à feuilleter avant d’acheter !).
Envie d'une série légère et divertissante sertie de jolis dessins accessibles et de sourires coupables ?
Bienvenue alors dans les tribulations de Célestin Gobe-la-lune, gentil illuminé du XVIIIème siècle promu à un noble avenir dans un futur qu'il souhaite proche mais bien plus occupé à trousser toute jolie bourgeoise et ravir enfin un titre digne de son rang et à fuir toutes les autres responsabilités de son rang actuel.
Car oui, Célestin n'est qu'un gueux oisif régulièrement poursuivi par des maris cocus ou des frères voulant laver l'honneur de leur famille bafouée par les tentatives lubriques de ce vil coquin.
Lupano nous sert sur un plateau une histoire pétrie de qualité dont la principale est de nous faire passer un très joli moment entremêlé de sourires et de bonne humeur. En portant son dévolu sur une princesse pimbêche, Célestin va se retrouver bien malgré lui au milieu de complots divers, de philtres magiques et pourquoi pas même d'une révolution civile ?
On a souvent comparé à tort ou à raison cette aventure à celles de Garulfo ou des mousquetaires de Alain Ayroles. Si le cadre et les quelques vers détournés peuvent prêter à confusion, l'histoire se rapproche davantage d'un Fanfan la Tulipe ou des Fourberies de Scapin dont on y conserve le rythme parfait d'une vaudeville.
Yannick Corboz dont on a critiqué souvent l'encrage ou même le dessin doit être réhabilité pour un dessin expressif et parfaitement découpé. Le travail s'améliore même sur le second tome mais il serait injuste de ne pas parler des décors travaillés avec de majestueuses cités détaillées ni de la jolie colorisation rappelant l'aquarelle.
Le tour de force vient également de Lupano qui arrive à conclure rapidement une histoire en deux tomes par un tour de force historique et plutôt malin.
Que de plaisir à lire les aventures de Célestin, un des rares héro franco-belges se promenant la plupart du temps défroqué. Mais même cela trouvera son explication. Incontournable.
Je mets à jour mon avis après la lecture du quatrième tome qui est le meilleur album d'une série que je trouve de plus en plus excellente à chaque album.
Sattouf raconte son enfance entre la Syrie, la Libye et la France et c'est vraiment intéressant. L'auteur sait comment raconter la vie quotidienne et j'ai particulièrement aimé comment il ne fait pas la morale. Il ne fait que montrer ce qu'il a vécu et il laisse les lecteurs juger tous seuls. Du coup les personnages semblent terriblement humains et je me suis surpris à changer d'opinion sur eux selon les scènes. Ainsi, par exemple, j'ai trouvé que le père était vraiment un gros connard durant la majeure partie du tome 4 et puis il y avait quelques pages où je trouvais qu'il faisait un peu pitié. Je pense que Sattouf est vraiment excellent pour caricaturer le genre humain.
Le personnage du père de Sattouf est vraiment au centre de cette série. Il est rempli de contradictions (il veut être moderne, mais il est un peu prisonnier du coté traditionnel de sa famille et cela va empirer lorsqu'il va devenir plus religieux) et de préjugés. Disons que je suis bien content de pas l'avoir eu comme père ! La mère est effacée au début, mais elle est plus présente au fil des tomes.
Vu que ce sont les souvenirs de Sattouf enfant, la situation devient plus complexe lorsqu'il grandit et qu'il comprend mieux le monde qui l'entoure, notamment que son père est moins honorable qu'il le pensait. Une bonne lecture qui montre la société arabe et française des années 80-90 vécue par un jeune enfant. Toutefois, je n'irais pas jusqu'à dire que c'est la série à lire pour comprendre la situation en Syrie. Pour moi c'est surtout le témoignage d'un auteur qui avait beaucoup de choses à dire et peut-être exorciser certains démons intérieurs.
Après réflexion, je monte la note et donne le maximum. Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant apprécié une série !
Deux femmes est un manhwa coréen que je m’empresserais de conseiller à tous les amateurs de romans graphiques, et surtout aux lecteurs réticents à se lancer dans ces récits venus d’Asie ! Parce que, cornebique, c’est exactement le genre de récit qui peut permettre à un certain lectorat de passer du genre européen au genre asiatique sans ressentir aucune douleur. En fait, s’il n’y avait le contexte de cette histoire, je pense même qu’une majorité de lecteurs ne remarqueront pas de différences techniques entre cet album et un album européen. Même sens de lecture, un trait dépouillé et expressif mais sans tomber dans la caricature agressive, une ambiance générale bien posée, une lente progression narrative : c’est non seulement du beau travail, mais aussi fort similaire à celui que réalisent les auteurs du genre en Europe ou ailleurs.
Le thème du livre est d’ailleurs universel puisqu’il nous parle de la situation féminine, en Corée dans le cas présent mais cette situation n’est fondamentalement pas vraiment différente de la situation en Europe ou aux Etats-Unis, sociétés traditionnellement bâties sur une dominance de l’homme et un statut de la femme active encore précaire. Et au travers de ses deux personnages, Song Aram va nous dresser un tableau réaliste et humble du statut actuel et du mal-être des jeunes femmes coréennes d’aujourd’hui.
Pourtant il s’agit bien d’une œuvre asiatique, et je l’ai ressenti dans la justesse du ton employé. Song Aram analyse ses personnages avec un recul qui peut ressembler à de la froideur. Ses deux personnages, alors qu’elles sont amies, ignorent beaucoup d’aspects de la vie de l’autre. Il y a dans l’approche de l’autre et la manière de se dévoiler une pudeur, une distanciation, une réserve qui passent souvent pour de la froideur aux yeux d’un Occidental mais qui sont avant tout des marques de respect… qui ne sont pas sans conséquences puisqu’elles peuvent entraîner certaines incompréhensions entre les personnages. Ce récit est d’une grande finesse, sa lente progression et sa construction nous permettent de saisir ces deux personnages dans leurs contradictions. C’est non seulement un beau récit mais aussi une belle occasion de saisir l’état d’esprit de ces jeunes Coréennes.
Bon, je m’arrête là parce que je vais finir par vous saouler. Mais si vous aimez les romans graphiques, je n’ai qu’un conseil à vous donner : foncer !
Avant toutes choses, j’ai un aveu à faire : Blue Boy, je t’aime !!!!!!
Parce que sans son avis, au Blue Boy, je serais très certainement passé à côté de cet album. De prime abord, le dessin me semblait moche, le scénario d’une platitude parfaite, le sujet… en fait, je ne voyais même pas de sujet. Et puis vint Angoulême, la possibilité de me faire dédicacer l’album (assez horrible la dédicace, ceci dit en passant… mais son auteur, lui, est incroyablement sympathique), le souvenir de l’enthousiasme de Blue Boy et la conviction que lui et moi avons des goûts forts similaires pour ce registre littéraire. Il n’en fallait pas plus : j’ai craqué.
Courtes distances est un pur roman graphique, qui explore l’âme humaine sans avoir l’air d’y toucher, nous parlant de notre époque, de notre société sur un ton léger. Le personnage central -et narrateur- n’a jamais rien réussi dans sa vie. Après avoir abandonné ses études, avoir lancé sans succès une activité en freelance, il rentre à 27 ans chez sa maman. Décidé à avancer dans sa vie et à ne plus stresser son entourage, il opte pour la normalisation, est prêt à accepter n’importe quel travail et à s’en accommoder. Nous sommes clairement dans ce passage de l’enfance à l’âge adulte où les rêves d’hier doivent céder le champ aux réalités économiques d’aujourd’hui.
Seulement voilà, le boulot qu’il va trouver (qui va même lui être offert sur un plateau d’argent) n’a non seulement aucun intérêt mais, de plus, va l’obliger à passer énormément de temps à écouter son mentor. Un mentor empli de bonnes intentions –mais incapable de déléguer quoi que ce soit- aussi bavard que son disciple est taiseux, qui, lui, est à l’autre bout de la route de la loose. Solitaire, il n’a qu’un chien comme compagnon, la réunion Rôtisserie comme seule sortie bimensuelle et un boulot pour lequel il ne semble vraiment pas avoir besoin d’un assistant comme principale occupation.
Face à ce vide total, l’auteur parvient à nous raconter une histoire pleine. Il bouche chaque creux, chaque vide grâce aux observations de son narrateur. Tout ce qui paraissait sans intérêt devient touchant vu au travers du prisme de l’auteur. L’idiot du village, un vieux panneau rouillé, une Audi A4 avec conduite à gauche, des poils de nez, tout devient matière à réflexion pour peu que l’on se donne le temps d’observer. Et ce dessin que je trouvais moche, j’ai fini par le qualifier de quasi-génial tant son côté caricatural permet d’insister sur, justement, ces petits détails qui font tout le sel de ce récit.
Ajoutez à cela que la fin de l’album m’a touché et vous comprendrez mon enthousiasme. Franchement, cette lecture aura été un immense moment de plaisir pour moi et je ne regrette pas d’avoir investi les 24.00 € dans son achat. Il ne s’y passe rien sinon un long et lent processus de mûrissement mais, pute borgne, que c’est bien fait ! Cet album nous parle autant de l’inutilité de la vie que de sa beauté.
C'est grâce à bdtheque que j'ai lu cette bd qui ne m'aurait pas attiré en temps normal. La faute à son dessin, qui n'est pas celui que j'affectionne naturellement, enfin au 1er abord. Non c'est surtout le scénario qui m'a interpellé.
Un enfant brimé et séquestré dans un vieux manoir familial. Travesti en fille par une grand mère à moitié folle, méchante et acariâtre. Un grand père faible et lâche qui laisse faire, en buvant et écoutant ses disques classiques, perdu dans la mélancolie d'une vie ratée...
Malgré cela, le gosse vit tout de même comme un enfant de son âge, enfin essaye... Dans son monde clos et coupé de l'extérieur, rythmé par les leçons et punitions de l'odieuse grand-mère. Le grand jardin où il joue avec les animaux et les livres, très présents dans la grande maison, qu'il dévore avec avidité, chose normale quand on est enfermé et ne voyant aucun autre enfant... Tout en maudissant, tout comme le grand père, cette terrible femme. Ces 2 là aimeraient bien qu'elle meure. De ses parents, l'enfant n'a aucun souvenir, et se demande bien à quoi ils pourraient ressembler.
Puis un jour une famille de Portugais embauchée par l'odieuse grand mère s'installe dans la maison du gardien, et Constance (c'est le prénom de l'enfant, enfin celui qui lui est imposé) fait la connaissance des terribles enfants de ces derniers. S'ensuit une espèce d'attirance-rejet entre ces mômes complètement différents. Des petits jeux sadiques, chose classique dans le monde cruel de l'enfance. Constance s’efforçant de cacher son secret (un garçon avec des habits de fille) face à la terrible benjamine de ces nouveaux voisins, dont il commence à tomber secrètement amoureux.
Le récit m'a tellement passionné que je me suis tout de suite adapté au dessin assez particulier mais finalement idéal pour raconter cette histoire.
J'ai été extrêmement touché du début à la fin, car j'adore ces récits tourmentés de familles dysfonctionnelle et "tarées". L'imagination étant le seul moyen de survie pour ce gamin. De plus cette ambiance de manoir perdu dans un coin de campagne, au milieu des livres poussiéreux, avec la marâtre vociférant telle une sorcière, c'est quasiment du fantastique de conte de fée. Avec la question de l'identité sexuelle en plus. Constance ne se questionnant pas plus que ça sur ses habits de fille, du moins au début car n'ayant pas de point de comparaison avec d'autres enfants. C'est la rencontre avec ceux des voisins (et plus particulièrement la grande) qui va faire s'affirmer, assez difficilement, son statut de garçon et non de fille.
Je rapprocherais cette bd d’œuvres comme Graines de Paradis de Makyo, La Saison des anguilles, ou le roman "Vipère au poing" mais avec un trait plus caricatural, + stylisé et presque amateur par moments. Enfin plus proche des romans graphiques où le dessinateur ne s’arrête pas sur de petites faiblesses au dessin et fonce tête baissée dans son récit avec une ambition telle que cela devient vraiment passionnant.
Chapeau l'artiste !
5/5
(quand je parle de la spécificité du dessin, c'est surtout en ce qui concerne les visages. Les décors et la très belle ambiance à la carte à gratter sont extrêmement réussis)
96ème avis… tout a été dit, je vais donc faire court.
Le Grand Pouvoir du Chninkel est l’une de mes séries préférées. Cette trilogie de fantasy, particulièrement originale et truffée d’éléments bibliques, est un ovni dans un genre pourtant très codifié. A la fois drôle, tragique et décalée, l’histoire est passionnante de bout en bout, bien portée par une narration maitrisée et une remarquable créativité de l’univers. C’est une bouffée d’air frais dans un genre trop souvent marqué par Tolkien.
Les superbes dessins de Rosinski font immanquablement penser à Thorgal. Tout est remarquablement soigné et la virtuosité du visuel sublime la puissance du récit.
Le Grand Pouvoir du Chninkel est une œuvre culte.
Un grand bravo aux auteurs !
Bien sûr, en lisant cette bd, on pense immédiatement aux premiers chapitres de Bouche du diable. Mais ce n'est pas gênant car c'est que j'avais préféré dans cet ancien album (le début dans l'internat en Russie) et ces 2 auteurs excellent à dépeindre cet univers slave, sauvage et sans pitié. C'est cru, violent et romanesque et finalement pas si éloigné de certains scénarios de Jodorowsky. Du coup j'adore !
Nous assistons à un aspect peu connu des goulags sibériens, mais qui ne nous étonne guère : les bandes d'anciens malfrats qui font régner l'ordre par la terreur. A l'aise comme des poissons dans l'eau (et même plus en sécurité ici qu'à l'extérieur à cause des milices communistes) ils règnent tels d'anciens barbares, tatoués de toute part.
Le jeune héros, déporté avec sa famille, puis séparé d'elle, se fera accepter petit à petit grâce à son don pour le dessin et se fera enseigner l'art sacré du tatouage. Comment ne pas penser à l'initiation de Bouche du diable pour l'art des icônes.
Une intrigue qu'on pourrait également transposer dans les gangs latino-américains comme la maras ou les ms13.
La partie new-yorkaise n'est pas vraiment indispensable, car on se passionne surtout pour cette vie dans les goulags. Et puis la fin, soudainement fantastique, tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, même si cela me gène moins que d'autres car j'ai toujours aimé ce dérapage vers l’irréel.
Bref, un très bon cru de Boucq (et Charyn bien sûr) dur et cruel comme les goulags.
A rajouter sur ma pile d'achats.
Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas été aussi emporté par une bd. Merci bdtheque pour des découvertes de ce genre !
Au début, j'ai tout de même été un peu méfiant par rapport à l'univers ultra-réaliste et ultra parisien. Le petit monde de la littérature parisienne (pour ne pas dire bobo), les us et coutumes d'un type de personnes dans un microcosme un peu élitiste. Mais c'est tellement bien réalisé que c'est immédiatement passionnant. Les vues parisiennes sous une pluie battante, les immeubles gris, les visages et attitudes, une ambiance littéralement fantastique et ultra réaliste en même temps... c'est sublime.
En suite on est tout de suite emporté par ce polar ésotérique, me faisant penser un peu à la neuvième porte, du moins au début. J'adore ! Je dévorais les pages à toute allure.
Puis nos 2 héroïnes (la mère et la fille) prennent la route pour poursuivre leur enquête et filent vers la Franche Comté dans un petit hameau perdu près de Montbéliard. Atmosphère toujours aussi pluvieuse et mystérieuse et c'est toujours aussi sublime. Je ne me pencherais pas plus sur l’enquête en soi, d'autres l'ont fait bien mieux que je ne puisse le faire, mais sachez qu'il y a un secret de famille remontant à d'obscurs maléfices païens, mélangés à la légende juive du golem. Et bien sûr cet espèce de croquemitaine volatil présent sur la couverture. Les auteurs ont réussi à mélanger tout cela avec une véritable maestria n'ayant rien à envier au cinéma américain.
Je suis réellement impressionné par cette lecture que j'ai empruntée à la bibliothèque (à acheter les yeux fermés). Le fait qu'une bd de 328 pages (quel travail titanesque) peut nous passionner autant et être aussi belle en même temps.
Chef d’œuvre !
J’ai toujours espéré lire un jour une création dans le genre fantasy de la part de Xavier Dorison. Il y a bien eu une esquisse d’heroic fantasy finalement abandonnée dans Prophet, et de nombreux récits s’inscrivant dans le domaine du fantastique comme W.E.S.T et même de la myth fantasy avec Ulysse 1781, mais jamais vraiment quelque chose qui sonne comme une bonne vieille histoire « fantasy ». C’est désormais chose corrigée avec mon premier coup de cœur de l’année qu’est Le Royaume d’Azur.
Les inspirations de départ piochent dans le classique avec un trio de héros, deux frères et une petite sœur qui rappellent sur pas mal d’aspects les trois orphelins du monde de Narnia, écrit par C.S. Lewis. L’aîné est le protecteur de la famille, forte tête, prêt à se sacrifier pour les siens, mais ce courage apparent ne masque-t-il pas une blessure plus profonde ? Le cadet est un intello un brin chelou qui vie dans sa bulle et devra apprendre à gagner confiance en soi. On a hâte que « Gandalf » lui sorte sa célèbre réplique : « Le monde n’est pas dans vos livres ni dans vos cartes. Il est là, dehors. » La cadette est une rêveuse enthousiaste qui sous ses faux airs naïfs, comprend plus de choses qu’elle n’en laisse supposer. C’est la jointure qui permet à la fratrie de se réunir.
Mais ces personnages n’en demeurent pas moins intriguant à suivre car Basile est le meneur charismatique mais il est doté d’une intelligence intuitive qui lui permet de tenir tête à son frère Victor, plus cérébral. Et celui-ci n’est pas une caricature de lâche(ur) que l’intrigue de base laisse supposer, et la petite Callixte ne se cantonne pas au rôle de jeune ingénue. Quant à Aristophania, le personnage éponyme et donc à priori, la véritable héroïne de cette histoire, elle fait merveille dans son rôle de vieux maître sage qui va devoir former ces apprentis. Nous n’en sommes qu’à l’introduction de cette quadrilogie, donc il y a encore un grand voile de mystère qui entoure cette vieille comtesse, mais j’ai trouvé le mixte entre Henry Hart et Mary Poppins pour la création du personnage vachement réussi. Certains y ont vu volontiers un Obi-Wan Kenobi, mais la baston dans le ghetto parisien m’a davantage rappelé Galahad dans le film Kingsman qui savate méchamment des lourdauds tout en conservant avec classe son allure aristocrate. Mais pas de soucis, c’est la même figure classique du grand sage qui doit enseigner, guider et transmettre.
Le décorum français est assez chouette. On navigue entre quartiers pauvres de Marseille à plus crade encore comme une lente descente en enfer vers ce qui ressemble aux quartiers des Poulbots de Paris, avant cette renaissance chez Frédéric Mistral et l’arrivée au domaine d’Azur qui s’apparente à une prison dorée d’été. Joël Parnotte assure de bout en bout, j’y ai retrouvé la même technique d’encrage que sur Le Maître d’Armes, c’est nerveux et foisonnant, un pur régal pour les yeux.
Une délicieuse mise en bouche qui ravira je pense les amateurs de High et Portal Fantasy (bien que je m’avance avec ces termes car malgré les influences du type Le Magicien d’Oz, Narnia et Harry Potter, on ne sait guère trop où Dorison veut nous conduire pour le moment). L’auteur nous jure dans une interview qu’il a voulu dépasser ces histoires de conflits manichéen entre le Bien et le Mal mais sa description de la magie dont les personnages usent et nomment « Azur », moi j’y vois la Force tout simplement. À suivre…
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Keko le magicien
J’avais acheté cet album il y a longtemps, à sa sortie je crois. A l’époque, je ne connaissais pas l’auteur, et c’est le feuilletage de certaines planches qui m’avait fait sauter le pas. J’ai depuis lu d’autres œuvres de cet auteur, avec plus ou moins de plaisir. Mais aucune ne m’a fait le même effet. Proposer un résumé de cet album est une gageure, et n’est pas souhaitable non plus. C’est, en effet, autour du magicien Keko et de quelques autres personnages, une longue errance, un long poème visuel, qui relève en grande partie du surréalisme. En effet, certaines planches ont une esthétique proche de celle de Dali, ont aussi les mêmes sources d’inspiration (esthétique « Modern Style » par exemple). Objets, personnages se déforment. Des objets (voire des parties de corps, comme un sein) deviennent des personnages. L’imagerie populaire est aussi détournée – comme l’est aussi Disney (une Clarabelle loufoque). C’est souvent surchargé, cela serait encore plus kitch sans le dessin et surtout la colorisation de Nine, comme tamisée, en retenue, alors même que les personnages, les dialogues (plus ou moins lyriques et « littéraires », en tout cas décalés et eux aussi loufoques) portent l’album vers des délires dans lesquels l’érotisme, l’humour et bien sûr la poésie jouent leur partition (sur un air de tango bien entendu !). C’est très particulier, mais c’est particulièrement intéressant ! J’ajoute que l’édition proposée par Rackham est vraiment de haute tenue, avec une couverture et un papier épais (un peu ce que propose Cornélius pour certains album de Blanquet par exemple). Cet effort (pas que financier) honore cette maison d’édition, qui n’a sans doute pas gagné beaucoup de sous avec cet album, mais qui a donné vie à quelque chose d’original. Que je vous encourage à découvrir, si vous êtes amateur de ce genre de publication poétique (à feuilleter avant d’acheter !).
Célestin Gobe-la-lune
Envie d'une série légère et divertissante sertie de jolis dessins accessibles et de sourires coupables ? Bienvenue alors dans les tribulations de Célestin Gobe-la-lune, gentil illuminé du XVIIIème siècle promu à un noble avenir dans un futur qu'il souhaite proche mais bien plus occupé à trousser toute jolie bourgeoise et ravir enfin un titre digne de son rang et à fuir toutes les autres responsabilités de son rang actuel. Car oui, Célestin n'est qu'un gueux oisif régulièrement poursuivi par des maris cocus ou des frères voulant laver l'honneur de leur famille bafouée par les tentatives lubriques de ce vil coquin. Lupano nous sert sur un plateau une histoire pétrie de qualité dont la principale est de nous faire passer un très joli moment entremêlé de sourires et de bonne humeur. En portant son dévolu sur une princesse pimbêche, Célestin va se retrouver bien malgré lui au milieu de complots divers, de philtres magiques et pourquoi pas même d'une révolution civile ? On a souvent comparé à tort ou à raison cette aventure à celles de Garulfo ou des mousquetaires de Alain Ayroles. Si le cadre et les quelques vers détournés peuvent prêter à confusion, l'histoire se rapproche davantage d'un Fanfan la Tulipe ou des Fourberies de Scapin dont on y conserve le rythme parfait d'une vaudeville. Yannick Corboz dont on a critiqué souvent l'encrage ou même le dessin doit être réhabilité pour un dessin expressif et parfaitement découpé. Le travail s'améliore même sur le second tome mais il serait injuste de ne pas parler des décors travaillés avec de majestueuses cités détaillées ni de la jolie colorisation rappelant l'aquarelle. Le tour de force vient également de Lupano qui arrive à conclure rapidement une histoire en deux tomes par un tour de force historique et plutôt malin. Que de plaisir à lire les aventures de Célestin, un des rares héro franco-belges se promenant la plupart du temps défroqué. Mais même cela trouvera son explication. Incontournable.
L'Arabe du futur
Je mets à jour mon avis après la lecture du quatrième tome qui est le meilleur album d'une série que je trouve de plus en plus excellente à chaque album. Sattouf raconte son enfance entre la Syrie, la Libye et la France et c'est vraiment intéressant. L'auteur sait comment raconter la vie quotidienne et j'ai particulièrement aimé comment il ne fait pas la morale. Il ne fait que montrer ce qu'il a vécu et il laisse les lecteurs juger tous seuls. Du coup les personnages semblent terriblement humains et je me suis surpris à changer d'opinion sur eux selon les scènes. Ainsi, par exemple, j'ai trouvé que le père était vraiment un gros connard durant la majeure partie du tome 4 et puis il y avait quelques pages où je trouvais qu'il faisait un peu pitié. Je pense que Sattouf est vraiment excellent pour caricaturer le genre humain. Le personnage du père de Sattouf est vraiment au centre de cette série. Il est rempli de contradictions (il veut être moderne, mais il est un peu prisonnier du coté traditionnel de sa famille et cela va empirer lorsqu'il va devenir plus religieux) et de préjugés. Disons que je suis bien content de pas l'avoir eu comme père ! La mère est effacée au début, mais elle est plus présente au fil des tomes. Vu que ce sont les souvenirs de Sattouf enfant, la situation devient plus complexe lorsqu'il grandit et qu'il comprend mieux le monde qui l'entoure, notamment que son père est moins honorable qu'il le pensait. Une bonne lecture qui montre la société arabe et française des années 80-90 vécue par un jeune enfant. Toutefois, je n'irais pas jusqu'à dire que c'est la série à lire pour comprendre la situation en Syrie. Pour moi c'est surtout le témoignage d'un auteur qui avait beaucoup de choses à dire et peut-être exorciser certains démons intérieurs. Après réflexion, je monte la note et donne le maximum. Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant apprécié une série !
Deux femmes
Deux femmes est un manhwa coréen que je m’empresserais de conseiller à tous les amateurs de romans graphiques, et surtout aux lecteurs réticents à se lancer dans ces récits venus d’Asie ! Parce que, cornebique, c’est exactement le genre de récit qui peut permettre à un certain lectorat de passer du genre européen au genre asiatique sans ressentir aucune douleur. En fait, s’il n’y avait le contexte de cette histoire, je pense même qu’une majorité de lecteurs ne remarqueront pas de différences techniques entre cet album et un album européen. Même sens de lecture, un trait dépouillé et expressif mais sans tomber dans la caricature agressive, une ambiance générale bien posée, une lente progression narrative : c’est non seulement du beau travail, mais aussi fort similaire à celui que réalisent les auteurs du genre en Europe ou ailleurs. Le thème du livre est d’ailleurs universel puisqu’il nous parle de la situation féminine, en Corée dans le cas présent mais cette situation n’est fondamentalement pas vraiment différente de la situation en Europe ou aux Etats-Unis, sociétés traditionnellement bâties sur une dominance de l’homme et un statut de la femme active encore précaire. Et au travers de ses deux personnages, Song Aram va nous dresser un tableau réaliste et humble du statut actuel et du mal-être des jeunes femmes coréennes d’aujourd’hui. Pourtant il s’agit bien d’une œuvre asiatique, et je l’ai ressenti dans la justesse du ton employé. Song Aram analyse ses personnages avec un recul qui peut ressembler à de la froideur. Ses deux personnages, alors qu’elles sont amies, ignorent beaucoup d’aspects de la vie de l’autre. Il y a dans l’approche de l’autre et la manière de se dévoiler une pudeur, une distanciation, une réserve qui passent souvent pour de la froideur aux yeux d’un Occidental mais qui sont avant tout des marques de respect… qui ne sont pas sans conséquences puisqu’elles peuvent entraîner certaines incompréhensions entre les personnages. Ce récit est d’une grande finesse, sa lente progression et sa construction nous permettent de saisir ces deux personnages dans leurs contradictions. C’est non seulement un beau récit mais aussi une belle occasion de saisir l’état d’esprit de ces jeunes Coréennes. Bon, je m’arrête là parce que je vais finir par vous saouler. Mais si vous aimez les romans graphiques, je n’ai qu’un conseil à vous donner : foncer !
Courtes Distances
Avant toutes choses, j’ai un aveu à faire : Blue Boy, je t’aime !!!!!! Parce que sans son avis, au Blue Boy, je serais très certainement passé à côté de cet album. De prime abord, le dessin me semblait moche, le scénario d’une platitude parfaite, le sujet… en fait, je ne voyais même pas de sujet. Et puis vint Angoulême, la possibilité de me faire dédicacer l’album (assez horrible la dédicace, ceci dit en passant… mais son auteur, lui, est incroyablement sympathique), le souvenir de l’enthousiasme de Blue Boy et la conviction que lui et moi avons des goûts forts similaires pour ce registre littéraire. Il n’en fallait pas plus : j’ai craqué. Courtes distances est un pur roman graphique, qui explore l’âme humaine sans avoir l’air d’y toucher, nous parlant de notre époque, de notre société sur un ton léger. Le personnage central -et narrateur- n’a jamais rien réussi dans sa vie. Après avoir abandonné ses études, avoir lancé sans succès une activité en freelance, il rentre à 27 ans chez sa maman. Décidé à avancer dans sa vie et à ne plus stresser son entourage, il opte pour la normalisation, est prêt à accepter n’importe quel travail et à s’en accommoder. Nous sommes clairement dans ce passage de l’enfance à l’âge adulte où les rêves d’hier doivent céder le champ aux réalités économiques d’aujourd’hui. Seulement voilà, le boulot qu’il va trouver (qui va même lui être offert sur un plateau d’argent) n’a non seulement aucun intérêt mais, de plus, va l’obliger à passer énormément de temps à écouter son mentor. Un mentor empli de bonnes intentions –mais incapable de déléguer quoi que ce soit- aussi bavard que son disciple est taiseux, qui, lui, est à l’autre bout de la route de la loose. Solitaire, il n’a qu’un chien comme compagnon, la réunion Rôtisserie comme seule sortie bimensuelle et un boulot pour lequel il ne semble vraiment pas avoir besoin d’un assistant comme principale occupation. Face à ce vide total, l’auteur parvient à nous raconter une histoire pleine. Il bouche chaque creux, chaque vide grâce aux observations de son narrateur. Tout ce qui paraissait sans intérêt devient touchant vu au travers du prisme de l’auteur. L’idiot du village, un vieux panneau rouillé, une Audi A4 avec conduite à gauche, des poils de nez, tout devient matière à réflexion pour peu que l’on se donne le temps d’observer. Et ce dessin que je trouvais moche, j’ai fini par le qualifier de quasi-génial tant son côté caricatural permet d’insister sur, justement, ces petits détails qui font tout le sel de ce récit. Ajoutez à cela que la fin de l’album m’a touché et vous comprendrez mon enthousiasme. Franchement, cette lecture aura été un immense moment de plaisir pour moi et je ne regrette pas d’avoir investi les 24.00 € dans son achat. Il ne s’y passe rien sinon un long et lent processus de mûrissement mais, pute borgne, que c’est bien fait ! Cet album nous parle autant de l’inutilité de la vie que de sa beauté.
La Favorite
C'est grâce à bdtheque que j'ai lu cette bd qui ne m'aurait pas attiré en temps normal. La faute à son dessin, qui n'est pas celui que j'affectionne naturellement, enfin au 1er abord. Non c'est surtout le scénario qui m'a interpellé. Un enfant brimé et séquestré dans un vieux manoir familial. Travesti en fille par une grand mère à moitié folle, méchante et acariâtre. Un grand père faible et lâche qui laisse faire, en buvant et écoutant ses disques classiques, perdu dans la mélancolie d'une vie ratée... Malgré cela, le gosse vit tout de même comme un enfant de son âge, enfin essaye... Dans son monde clos et coupé de l'extérieur, rythmé par les leçons et punitions de l'odieuse grand-mère. Le grand jardin où il joue avec les animaux et les livres, très présents dans la grande maison, qu'il dévore avec avidité, chose normale quand on est enfermé et ne voyant aucun autre enfant... Tout en maudissant, tout comme le grand père, cette terrible femme. Ces 2 là aimeraient bien qu'elle meure. De ses parents, l'enfant n'a aucun souvenir, et se demande bien à quoi ils pourraient ressembler. Puis un jour une famille de Portugais embauchée par l'odieuse grand mère s'installe dans la maison du gardien, et Constance (c'est le prénom de l'enfant, enfin celui qui lui est imposé) fait la connaissance des terribles enfants de ces derniers. S'ensuit une espèce d'attirance-rejet entre ces mômes complètement différents. Des petits jeux sadiques, chose classique dans le monde cruel de l'enfance. Constance s’efforçant de cacher son secret (un garçon avec des habits de fille) face à la terrible benjamine de ces nouveaux voisins, dont il commence à tomber secrètement amoureux. Le récit m'a tellement passionné que je me suis tout de suite adapté au dessin assez particulier mais finalement idéal pour raconter cette histoire. J'ai été extrêmement touché du début à la fin, car j'adore ces récits tourmentés de familles dysfonctionnelle et "tarées". L'imagination étant le seul moyen de survie pour ce gamin. De plus cette ambiance de manoir perdu dans un coin de campagne, au milieu des livres poussiéreux, avec la marâtre vociférant telle une sorcière, c'est quasiment du fantastique de conte de fée. Avec la question de l'identité sexuelle en plus. Constance ne se questionnant pas plus que ça sur ses habits de fille, du moins au début car n'ayant pas de point de comparaison avec d'autres enfants. C'est la rencontre avec ceux des voisins (et plus particulièrement la grande) qui va faire s'affirmer, assez difficilement, son statut de garçon et non de fille. Je rapprocherais cette bd d’œuvres comme Graines de Paradis de Makyo, La Saison des anguilles, ou le roman "Vipère au poing" mais avec un trait plus caricatural, + stylisé et presque amateur par moments. Enfin plus proche des romans graphiques où le dessinateur ne s’arrête pas sur de petites faiblesses au dessin et fonce tête baissée dans son récit avec une ambition telle que cela devient vraiment passionnant. Chapeau l'artiste ! 5/5 (quand je parle de la spécificité du dessin, c'est surtout en ce qui concerne les visages. Les décors et la très belle ambiance à la carte à gratter sont extrêmement réussis)
Le Grand Pouvoir du Chninkel
96ème avis… tout a été dit, je vais donc faire court. Le Grand Pouvoir du Chninkel est l’une de mes séries préférées. Cette trilogie de fantasy, particulièrement originale et truffée d’éléments bibliques, est un ovni dans un genre pourtant très codifié. A la fois drôle, tragique et décalée, l’histoire est passionnante de bout en bout, bien portée par une narration maitrisée et une remarquable créativité de l’univers. C’est une bouffée d’air frais dans un genre trop souvent marqué par Tolkien. Les superbes dessins de Rosinski font immanquablement penser à Thorgal. Tout est remarquablement soigné et la virtuosité du visuel sublime la puissance du récit. Le Grand Pouvoir du Chninkel est une œuvre culte. Un grand bravo aux auteurs !
Little Tulip
Bien sûr, en lisant cette bd, on pense immédiatement aux premiers chapitres de Bouche du diable. Mais ce n'est pas gênant car c'est que j'avais préféré dans cet ancien album (le début dans l'internat en Russie) et ces 2 auteurs excellent à dépeindre cet univers slave, sauvage et sans pitié. C'est cru, violent et romanesque et finalement pas si éloigné de certains scénarios de Jodorowsky. Du coup j'adore ! Nous assistons à un aspect peu connu des goulags sibériens, mais qui ne nous étonne guère : les bandes d'anciens malfrats qui font régner l'ordre par la terreur. A l'aise comme des poissons dans l'eau (et même plus en sécurité ici qu'à l'extérieur à cause des milices communistes) ils règnent tels d'anciens barbares, tatoués de toute part. Le jeune héros, déporté avec sa famille, puis séparé d'elle, se fera accepter petit à petit grâce à son don pour le dessin et se fera enseigner l'art sacré du tatouage. Comment ne pas penser à l'initiation de Bouche du diable pour l'art des icônes. Une intrigue qu'on pourrait également transposer dans les gangs latino-américains comme la maras ou les ms13. La partie new-yorkaise n'est pas vraiment indispensable, car on se passionne surtout pour cette vie dans les goulags. Et puis la fin, soudainement fantastique, tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, même si cela me gène moins que d'autres car j'ai toujours aimé ce dérapage vers l’irréel. Bref, un très bon cru de Boucq (et Charyn bien sûr) dur et cruel comme les goulags. A rajouter sur ma pile d'achats.
L'Homme gribouillé
Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas été aussi emporté par une bd. Merci bdtheque pour des découvertes de ce genre ! Au début, j'ai tout de même été un peu méfiant par rapport à l'univers ultra-réaliste et ultra parisien. Le petit monde de la littérature parisienne (pour ne pas dire bobo), les us et coutumes d'un type de personnes dans un microcosme un peu élitiste. Mais c'est tellement bien réalisé que c'est immédiatement passionnant. Les vues parisiennes sous une pluie battante, les immeubles gris, les visages et attitudes, une ambiance littéralement fantastique et ultra réaliste en même temps... c'est sublime. En suite on est tout de suite emporté par ce polar ésotérique, me faisant penser un peu à la neuvième porte, du moins au début. J'adore ! Je dévorais les pages à toute allure. Puis nos 2 héroïnes (la mère et la fille) prennent la route pour poursuivre leur enquête et filent vers la Franche Comté dans un petit hameau perdu près de Montbéliard. Atmosphère toujours aussi pluvieuse et mystérieuse et c'est toujours aussi sublime. Je ne me pencherais pas plus sur l’enquête en soi, d'autres l'ont fait bien mieux que je ne puisse le faire, mais sachez qu'il y a un secret de famille remontant à d'obscurs maléfices païens, mélangés à la légende juive du golem. Et bien sûr cet espèce de croquemitaine volatil présent sur la couverture. Les auteurs ont réussi à mélanger tout cela avec une véritable maestria n'ayant rien à envier au cinéma américain. Je suis réellement impressionné par cette lecture que j'ai empruntée à la bibliothèque (à acheter les yeux fermés). Le fait qu'une bd de 328 pages (quel travail titanesque) peut nous passionner autant et être aussi belle en même temps. Chef d’œuvre !
Aristophania
J’ai toujours espéré lire un jour une création dans le genre fantasy de la part de Xavier Dorison. Il y a bien eu une esquisse d’heroic fantasy finalement abandonnée dans Prophet, et de nombreux récits s’inscrivant dans le domaine du fantastique comme W.E.S.T et même de la myth fantasy avec Ulysse 1781, mais jamais vraiment quelque chose qui sonne comme une bonne vieille histoire « fantasy ». C’est désormais chose corrigée avec mon premier coup de cœur de l’année qu’est Le Royaume d’Azur. Les inspirations de départ piochent dans le classique avec un trio de héros, deux frères et une petite sœur qui rappellent sur pas mal d’aspects les trois orphelins du monde de Narnia, écrit par C.S. Lewis. L’aîné est le protecteur de la famille, forte tête, prêt à se sacrifier pour les siens, mais ce courage apparent ne masque-t-il pas une blessure plus profonde ? Le cadet est un intello un brin chelou qui vie dans sa bulle et devra apprendre à gagner confiance en soi. On a hâte que « Gandalf » lui sorte sa célèbre réplique : « Le monde n’est pas dans vos livres ni dans vos cartes. Il est là, dehors. » La cadette est une rêveuse enthousiaste qui sous ses faux airs naïfs, comprend plus de choses qu’elle n’en laisse supposer. C’est la jointure qui permet à la fratrie de se réunir. Mais ces personnages n’en demeurent pas moins intriguant à suivre car Basile est le meneur charismatique mais il est doté d’une intelligence intuitive qui lui permet de tenir tête à son frère Victor, plus cérébral. Et celui-ci n’est pas une caricature de lâche(ur) que l’intrigue de base laisse supposer, et la petite Callixte ne se cantonne pas au rôle de jeune ingénue. Quant à Aristophania, le personnage éponyme et donc à priori, la véritable héroïne de cette histoire, elle fait merveille dans son rôle de vieux maître sage qui va devoir former ces apprentis. Nous n’en sommes qu’à l’introduction de cette quadrilogie, donc il y a encore un grand voile de mystère qui entoure cette vieille comtesse, mais j’ai trouvé le mixte entre Henry Hart et Mary Poppins pour la création du personnage vachement réussi. Certains y ont vu volontiers un Obi-Wan Kenobi, mais la baston dans le ghetto parisien m’a davantage rappelé Galahad dans le film Kingsman qui savate méchamment des lourdauds tout en conservant avec classe son allure aristocrate. Mais pas de soucis, c’est la même figure classique du grand sage qui doit enseigner, guider et transmettre. Le décorum français est assez chouette. On navigue entre quartiers pauvres de Marseille à plus crade encore comme une lente descente en enfer vers ce qui ressemble aux quartiers des Poulbots de Paris, avant cette renaissance chez Frédéric Mistral et l’arrivée au domaine d’Azur qui s’apparente à une prison dorée d’été. Joël Parnotte assure de bout en bout, j’y ai retrouvé la même technique d’encrage que sur Le Maître d’Armes, c’est nerveux et foisonnant, un pur régal pour les yeux. Une délicieuse mise en bouche qui ravira je pense les amateurs de High et Portal Fantasy (bien que je m’avance avec ces termes car malgré les influences du type Le Magicien d’Oz, Narnia et Harry Potter, on ne sait guère trop où Dorison veut nous conduire pour le moment). L’auteur nous jure dans une interview qu’il a voulu dépasser ces histoires de conflits manichéen entre le Bien et le Mal mais sa description de la magie dont les personnages usent et nomment « Azur », moi j’y vois la Force tout simplement. À suivre…