Les derniers avis (9598 avis)

Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Discours de la panthère
Le Discours de la panthère

Jérémie Moreau est décidément un auteur à suivre. S'il n'a (presque) pas toujours réalisé des chefs d’œuvre (Penss et les plis du monde était une déception du point de vue graphique avec ses personnages à moitié mangaïsés), il sait cependant se renouveler. C'est un auteur qui cherche, explore, trouve souvent... On sent le gars généreux, plein d'audace, qui a des choses à dire et à faire voir, et surtout, qui ne s'assoie pas sur le succès. Rien que pour cette raison, avec Le Discours de la panthère, l'ami Moreau confirme tout le bien qu'on pensait de lui et s'impose comme un artiste incontournable. C'est finalement assez rare pour être souligné me semble-t-il. Ce nouvel essai est, une fois encore, marqué d'emblée par un changement de style graphique tout à fait saisissant. Même si l'on retrouve par moments ce goût pour les fonds texturés qui avaient conféré une puissance phénoménale à La Saga de Grimr, les dessins, épurés et chatoyants donnent ici l'impression d'un parti pris très fort et parfaitement assumé. "Penss", son ouvrage précédent, m'avait au contraire laissé un goût d'inachevé. On sentait clairement que l'ami Moreau hésitait alors entre plusieurs voies possibles. Au contraire, la sobriété lumineuse du Discours de la panthère tranche net et nous invite à pénétrer dans un monde merveilleux. L'expressivité des personnages (ici exclusivement des animaux) a toute la place pour s'exprimer. Moreau parvient à capter l'essence de chaque animal et à la fixer dans des gestes et des attitudes tout à fait typiques : mouvements de tête caractéristiques de l'autruche, marche lourde et chaloupée de l'éléphant, pas rapides du pagure (le fameux bernard l'hermite)... Mention spéciale aux vols acrobatiques et si féériques des étourneaux. Le dessin vibre et s'anime comme dans un trip sous LSD. De toute beauté ! Ce livre est d'abord un enchantement pour les yeux, à plus forte raison parce que les éditions 2024 ont su apporter à ce conte animalier l'écrin qui lui sied comme un gant. Mais ce magnifique dépouillement, tout en aplat de couleurs, souvent réduit à une ligne d'horizon, une dune, un arbre, une montagne, un nuage... permet également à l'histoire de s'étirer dans les moindres recoins. Cet ensemble de fables, comme autant de paraboles habilement imbriquées les unes dans les autres, voit son graphisme mis entièrement au service du propos, autant spirituel que philosophique. Au fil du livre, à travers chaque expérience de vie, le lecteur assemble peu à peu ce puzzle dont la dernière pièce (l'histoire du singe, sorte de proto humain en quelque sorte) donne tout son sens à cette réflexion sur la vie et ce qui nous unit à elle de manière intime. C'est beau et profond dans la forme et tout autant, sinon plus, dans le fond. Et tout ça sans jamais verser dans la lourdeur, le pathos ou la morale à papa. Une gageure ! En réalité, Jérémie Moreau choisit bien l'animal en fonction de ce qu'il lui fait vivre. Par exemple, de manière certes un peu convenue mais qu'importe puisque ça fonctionne, l'éléphant illustrera l'Histoire et la mémoire, ainsi que la manière dont on se construit aussi en fonction d'elle. L'autruche, animal a fortiori nettement moins gracieux qu'un chaton, symbolisera quant à elle l'image que l'on a de soi-même... Ainsi, chaque histoire s'attache à un aspect de la vie (et de la mort) pour former un ensemble parfaitement dense et cohérent. Blindée de discrètes références (on songe pêle-mêle au douanier Rousseau, à Kipling, La Fontaine, Esope...), le Discours de la panthère et son style naïf ne manquera pas d'interpeller. Magnifiquement illustrée, soutenue par des textes malins, le lecteur se voit tout entier absorbé par cette histoire d'une originalité certaine. Ajoutons que ce livre s'adresse aussi bien aux adultes qu'aux enfants, et on comprendra que l'on tient ici une bande-dessinée aussi originale qu'universelle. Cette lecture fut un véritable enchantement qui m'a scotché un sourire béat aux commissures toute la journée. Ben moi, j'appelle ça un coup de cœur !

10/11/2020 (MAJ le 12/11/2020) (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Nuit est mon royaume
La Nuit est mon royaume

J’avais découvert Claire Fauvel avec l’excellent Phoolan Devi, reine des bandits, que j’avais adoré… je suis à nouveau tombé sous le charme avec « La nuit est mon royaume », dans un genre complètement diffèrent. Cette chronique adolescente est remarquablement écrite, et aborde de nombreux thèmes très humains avec talent et justesse : la situation morose dans les banlieues, l’adolescence, la création (musicale), la santé mentale chez les jeunes… et le dilemme intemporel et universel auquel font face tous les immigrés de deuxième génération : ce déchirement entre les traditions familiales et la culture dans laquelle ils grandissent. Nawel est une jeune femme complexe et compliquée, son combat et sa souffrance m’ont captivé pendant les 150 pages de ce récit, avec un crescendo émotionnel assez puissant sur les 30 dernières pages… j’ai refermé l’album le cœur lourd. J’ai vraiment cru en son histoire, et souffert avec elle. Un chouette « roman graphique », que je recommande si les thèmes abordés vous intéressent.

12/11/2020 (modifier)
Couverture de la série Americana
Americana

Avec ce récit autobiographique d’une expérience hors du commun, l’auteur, Luke Healy, nous invite à partager ses réflexions sur sa vie, son rêve américain, le sens de la vie et le sens des priorités. Et quelle activité se prête mieux à l’introspection que la marche ? Bon, ici, l’auteur va pouvoir introspecter tout à son aise puisque le trail dans lequel il se lance ne fait jamais que… 4280 km. Un truc de malade, fascinant par sa démesure et l’antagonisme qui existe entre une activité douce et calme (la marche) et un exploit sportif édifiant (se farcir autant de kilomètres sur une courte période, le but du jeu étant de partir au printemps et de finir avant l’hiver). Ce livre va nous permettre, outre de partager les réflexions de Luke Healy, de mieux appréhender les spécificités d’une pareille aventure. Veiller à son propre approvisionnement, dormir à la belle étoile, souffrir du froid ou de la chaleur, surveiller les petits bobos qui peuvent rapidement prendre vilaine tournure tout en acceptant la souffrance physique inévitable pour ce type d’aventure, soigner son équipement… Tous ces aspects techniques pourraient plomber la narration, et pourtant ces données nous sont livrées avec naturel et fluidité, l’air de rien, au détour d’une anecdote amusante. Un des gros points forts de cet album vient justement de l’humour de son auteur, qui aborde les difficultés avec recul et autodérision. Le gars parait éminemment sympathique et « normal », abordable, ouvert (tout en aimant la solitude). Le genre de type avec lequel j’aurais envie de partager une bière, voire deux, tout en discutant de tout et de rien. Gros coup de chapeau au passage à Basile Béguerie qui s’est chargé de la traduction. Déjà en temps normal je trouve que le travail de traduction est important dans la réussite d’un livre mais quand, comme c’est le cas ici, l’essentiel de la narration prend la forme d’un récit proche du roman (on a souvent droit à des pages entières de textes sans le moindre dessin, donc si vous n’aimez pas lire, oubliez cet album), son rôle devient déterminant. Et le fait que cette lecture est constamment restée légère et agréable doit autant aux talents de narrateur de Luke Healy qu’au talent de traducteur de Basile Béguerie (déjà traducteur de « In Waves », ceci dit en passant). Ce livre, c’est aussi un recueil de rencontres. Rencontres avec d’autres randonneurs plus ou moins bien préparés, rencontre avec les trails angels, des inconnus vivant le long du parcours et dont la porte reste ouverte pour accueillir ces furieux randonneurs, rencontre avec une Amérique peut-être plus authentique que l’image d’Epinal que l’on s’en fait. Une Amérique tantôt raciste et homophobe, tantôt généreuse et accueillante (et parfois les deux en même temps). J’ai dévoré le bouquin. D’abord parce que ce type de trail m’a toujours fasciné et attiré. Ensuite parce que ce récit est vraiment bien écrit et agréable à lire. Enfin parce qu’au travers de cette aventure, l’auteur nous permet de le découvrir, de découvrir une communauté de sportifs, de découvrir une autre Amérique… en définitive de découvrir un beau panel de personnages attachants ou marquant. Sans oublier les réflexions de l’auteur sur sa fascination pour l’Amérique et son besoin de faire ce trail pour s’en guérir et passer à autre chose. Un bien belle lecture, en somme.

11/11/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Oisiveraie
L'Oisiveraie

Je me souviens avoir feuilleté la première édition de l'Oisiveraie. A l'époque, je suis resté à la porte du bidule. Je ne voyais pas l'intérêt, trouvais les dessins baclés... Bref ! Pas du tout mon truc. Et puis voilà que quelques années plus tard, Futuropolis édite Rebetiko du même David Prudhomme, une BD qui figure encore aujourd'hui dans mon petit panthéon personnel. Et puis et puis... L'Association réédite l'Oisiveraie. Et là, c'est la révélation ! Comment avais-je pu être aussi aveugle et hâtif dans mon jugement ? Trop jeune peut-être ? Sans doute... L'édition est vraiment chouette. Le format carré se trouve parfaitement adapté à une lecture sur transat. On regrettera pour la blague l'absence de couverture en formica... On passe donc un excellent moment en compagnie de cette joyeuse bande de vieux soulards hédonistes. L'atmosphère des cafés de campagne ou des marchés de village est rendue avec une saine vérité, avec sa sagesse populaire, sa philosophie de comptoir. Prudhomme dresse une galerie de portraits truculents. Ces trognes d'ivrognes, de paysans ou de gloires locales anonymes, toutes croquées sur le vif, ne sont pas sans évoquer les caricatures d'Honoré Daumier (à ceci près que dans le cas de l'Oisiveraie, le regard est tendre et bienveillant). De même, les dialogues sont criants de réalisme, drôles la plupart du temps. Je suis même prêt à parier ma chemise que Prudhomme, transformé en Giono du zinc pour l'occasion, en aura été le témoin direct. L'Oisiveraie est une ode au temps qui passe lentement, ce temps dont on peut jouir de chaque minute écoulée. Ce temps qui s'arrête pour les vieux, insensibles aux fracas du Monde, et pour qui seul compte le rythme de la nature et des saisons. Car il y a cette idée tapie derrière : réconcilier les générations autour de cette nature qui sait se montrer si généreuse pour peu qu'on lui accorde l'attention nécessaire. Et c'est ce petit garçon à qui la mère, au début de la BD, confie la mission d'aller trouver Le Roland afin de lui demander sa tondeuse, qui endossera ce rôle d'horloge en même temps que celui de lien générationnel, en mettant environ 120 pages pour arriver à destination. Alors c'est sûr, le gamin s'acquitte de sa tâche en rechignant, sans doute parce que l'idée d'aller chez le vieux Roland ne l'enchante guère. Peut-être même que ça l'inquiète un peu (c'est vrai que le vieux Roland, avec son chapeau de cow-boy vissé sur la tête, est un sacré taiseux). Le gosse mettra d'ailleurs si longtemps à arriver que le lecteur l'oublie complètement, renforçant cette impression de temps qui s'effiloche. Pendant ce temps, nos vieux potes d'anti-héros ont largement l'occasion de vider plusieurs ballons de rouge en refaisant le monde, et même se payent le luxe d'une sieste crapuleuse. Alors quand le môme débarque enfin... Chut ! Que l'on se rassure, je n'en livrerai pas le contenu ; conservons un brin d'expectative tout de même... Les dernières pages sont magnifiques. Elles arrivent comme un soir d'été, sans suspense aucun, distillant une douce chaleur qui réunit les êtres de 7 à 77 ans. Non non, L'Oisiveraie n'est pas une pub pour Parker ou Ravensburger. Ce n'est pas non plus une aventure trépidante, c'est vrai. L'Oisiveraie n'est qu'une toute petite chose, si simple, si insignifiante que nous avons perdu jusqu'à la capacité d'en saisir les bienfaits : le bonheur de regarder les journées s'étirer dans une doucereuse torpeur, au rythme des plantes qui poussent. L'Oisiveraie est un pays de cocagne : le farniente (de l'italien fare niente, "ne rien faire"). Allez ! C'est décidé : demain, je fais ma demande de nationalité...

29/03/2020 (MAJ le 10/11/2020) (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Silence est d'ombre
Le Silence est d'ombre

Le concept de cette histoire est intriguant et surtout permet une réflexion intéressante : quand un être décède, il passe brièvement par un « monde sombre », à l’état de fantôme (même si ce terme n’est jamais explicitement employé) avant de se réincarner et de commencer une nouvelle vie… mais voilà, Amun a eu la vie dure, et il n’est pas spécialement pressé d’y retourner : il apprécie le calme de sa « nouvelle mort », il ne souffre plus, il n’a plus faim, on le laisse tranquille… Il décide donc de prolonger son séjour ! Un mort qui a peur de vivre, c’est un chouette retournement de situation non ? Et puis un jour, il se lie d’amitié avec Yaël, lui aussi de passage… une amitié forte et vraie… mais comment va-t-elle se terminer ? J’ai trouvé l’histoire très belle, et la fin juste parfaite… et puis bon sang, ce dessin ! La superbe couverture annonce déjà la couleur, mais l’intérieur de l’album n’est pas en reste : les planches fourmillent de détails, et les couleurs lumineuses sont tout simplement merveilleuses. Un régal pour les yeux. Un album jeunesse que certains trouveront peut-être un peu sombre, mais moi j’ai apprécié cette vision romantique et poétique de la mort (en gros une pause paisible entre deux vies difficiles)… un coup de cœur en ce qui me concerne !

09/11/2020 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Akumetsu
Akumetsu

Un ami m'a prêtée cette série, relativement méconnue, en me disant qu'elle ne pouvait que me plaire. Et effectivement, bien que je sois toujours très prudent avec les mangas qu'on me recommande, je me suis surpris à réellement apprécier le ton de la série. C'est assez difficile de parler de celle-ci, alors je peux déjà dire rapidement que le dessin est assez dynamique, avec un rendu très "action". Bien évidemment, l'action est souvent au rendez-vous et le dessin se marie bien à cette ambiance. Cela dit, il sait également jouer sur plusieurs tableaux, et je suis pratiquement certain que les têtes des politiciens dans la BD sont des caricatures de la vie réelle. Elles sont trop personnalisées et marquées pour ne pas l'être, surtout quand on le compare au reste des personnages, plus lambda et pas forcément aussi marqués dans les traits du visage (même si c'est compréhensible sur les jeunes, les adultes non plus ne sont pas particulièrement travaillés). Le dessin oscille donc entre un manga de ton action, parfois lorgnant sur le gore et le thriller, avec des ambiances un peu sombres, angoissantes et de poursuites, mais surtout en prenant bien le temps de détailler certains personnages. Et je suis pratiquement certain que c'est à dessein. Si je dis cela, c'est que le scénario avance sur une corde raide entre une idée et sa réalisation, mais allie l'audace de celle-ci avec la sincérité de celle-là. En lisant le résumé, on peut se faire une idée fausse de ce que contiendront les 18 tomes : un type très fort, blindé de supers pouvoirs, qui élimine progressivement les têtes de l'Etat japonais, ces politiciens véreux et corrompus, dans des actions toujours plus spectaculaires et destinées à mettre en lumière toute l'arrogance de ces puissants, le déni des lois et leur culot. Certes, dit comme cela le manga passe pour un défouloir cathartique, plutôt porté sur l'action. Et pourtant, c'est tout l'inverse : l'action prend la première place pour mieux nous livrer le fond du manga. Et celui-ci est bon, nom d'un chien ! En dehors du pitch de base qui fait incroyablement plaisir, je dois le dire, ou de (TRÈS) nombreux points communs entre la politique japonaise et française, le manga arrive à nous proposer quelque chose de réellement intelligent dans sa critique. Le manga ne se contentera déjà pas de parler vaguement de "méchants politiciens corrompus", mais fera la démarche narrative de nous expliquer en quoi ceux-ci méritent la mort. Affaire de sang contaminé, autoroutes construites sans nécessités, trafique d'argent entre les banques d’état et les caisses des communautés, arnaques des retraites, des fonctionnaires ... (oui, je sais, ça évoque la même chose en France, je vous l'avais dit). Les auteurs passeront plusieurs chapitre à évoquer l'histoire réelle derrière ces arnaques, et les politiciens présentés ensuite ont beau être des caricatures détachés de tout fait réel (comme rappelé en début de chaque ouvrage de fiction), on sent clairement la charge envers certains d'entre eux qui doivent être bien réel. Mais si le manga se contentait de faire une simple liste des pourris du Japon puis de les éliminer, il n'aurait pas autant de mérite. Parce que le tour de force de ce manga repose sur les répliques et les dialogues entre Akumestu et le monde. Aussi bien les médias, les politiques, les victimes et les autres élèves. La question de ses actes, en premier lieu : Akumetsu (littéralement : le tueur de mal) se propose d'éradiquer le mal. Est-ce ce qu'il fait en tuant des politiciens ? Est-ce moral ? Il se tue également à chaque crime qu'il commet. Est-ce pour autant une bonne action ? Une compensation ? Quid de la justice, de l'intérêt publique, de la reprise par d'autres personnes ? Nombres de questions peuvent venir face à ce genre de meurtres, mais l'idée géniale est que le manga y répondra scrupuleusement. Et très franchement ... j'ai adoré la philosophie qu'il développe. Peut-on imiter Akumestu ? Doit-on apprécier ce qu'il fait ou le rejeter ? Que cherche-t-il exactement à faire ? Etc, etc ... Ce qui est appréciable, c'est que les auteurs, sous l'apparence d'un simple thriller psychologique bien fichu et un peu cathartique, développent bien vite une réelle réflexion politique censée sur notre société. Tout en glissant quelques considérations (sur l'acquis et l'innée de l'humain, sur le transhumanisme, sur la morale sociétale ...) il prend le temps de réellement développer son propos dans toute sa splendeur. Après des meurtres violents vient le temps de se questionner sur ce que nous faisons de notre société, et ce que nous laissons faire aussi. Si je suis assez positif dans ma critique, je tiens à souligner quelques détails qui m'ont un peu ralenti dans ma lecture : l'apparente omniscience de Akumetsu, ses origines et l'explication de tout, quelques personnages secondaires et parfois des facilités d'écritures. Ces détails sont présents, et je dirais qu'ils mettent plus en lumière le fait que l'auteur à voulu un manga "réaliste" (les guillemets sont très importants) en ne présentant pas simplement un super-héros trop fort, mais bel et bien un humain (très spécial quand même, faut bien se l'avouer) avec sa vision du monde et sa façon de procéder. Ce qui fait que, au cours de ma lecture, j'ai finalement trouvé les passages explicatifs sur l'origine d'Akumetsu moins bon que le reste. Ils densifient le personnage et expliquent son origine, ses choix et sa motivation, certes, mais ils sont moins intéressants et utiles à l'histoire que le reste. Cela étant dit, je suis tout de même bien content d'avoir lu ce manga, ne serait-ce déjà que pour le plaisir jouissif qu'il procure à voir toutes ces vieilles têtes corrompus jusqu'à l'os, tous copains et intouchables enfin payer leurs conneries. Mais aussi parce que derrière la débauche de violence, j'ai eu des questions qui m'ont réellement interpelées sur notre monde et sur notre implication politique. Bien sûr, certaines choses sont plutôt belles et faciles dans ce manga, mais c'est justement le but : il n'existe pas de Akumestu dans nos vies pour venir chasser le mal, alors que ferons-nous ? Et mine de rien, le manga propose quelque chose de réellement ingénieux dans son dénouement, avec des répliques frappées au coin du bon sens que je me suis pris en pleine poire. Akumestu est donc un manga assez polyvalent, fournissant en apparence une histoire bourrin, un personnage aux origines sombres que l'on s'amusera à suivre dans son idée fixe et des scènes de combats, d'explosions et de gerbes de sang. Pour autant, c'est plus une impression de dialogues politiques, sociologiques et philosophiques qui prédominent. Comme dans Transmetropolitan, d'ailleurs, qui me fait beaucoup penser à cette série maintenant que j'y repense. J'en ressors plein de questionnements et avec des interrogations un peu plus philosophiques que je n'aurais cru. De manière étonnante pour moi, puisque le manga est probablement le médium de bande-dessinée que j'imaginais le moins m'apporter une réflexion de ce genre. Mais mes préjugés ont été bousculés, et c'est parfois agréable. C'est donc une excellente découverte, dont je dois remercier un ami, mais également une recommandation que je ferais aux amateurs du genre. Si vous n'êtes pas rebutés par les premières pages, il s'agit là d'une série qui sait tirer son épingle du jeu dans la masse de production de manga.

08/11/2020 (modifier)
Par Josq
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Tim et Anthime
Tim et Anthime

Ayant maintenant réussi à lire toutes les histoires de Tim et Anthime, y compris les non publiées (une trentaine de planches seulement sur 200 ont été publiées en album !), j'actualise ma critique, en proposant notamment, après ma critique générale de la série, de courts avis sur chacune des histoires, ce qui permet d'avoir une vision plus globale de cette excellente série de jeunesse d'un très grand auteur. Toutes ces histoires sont d'abord parues dans la revue IMA, l'ami des jeunes, et deux d'entre elles (La Secte de l'hippocampe et Chauve qui peut) ont été reprises postérieurement dans le journal Tintin. Les deux seules histoires ayant eu droit à une parution en album sont La Secte de l'hippocampe et Poison à foison. Elles donnent un bon aperçu de la série globale et de son excellent potentiel, mais l'aperçu n'est pas tout-à-fait complet (forcément). Critique générale : Note globale : 3,5/5 Tim et Anthime est une série intéressante, car il s'agit du Godard des tout débuts, presque inconnu aujourd'hui, qui n'est pas sans évoquer Les Missions de l'Agent secret É-1.000, qu'il dessinera quelques années plus tard. Mais ce qui est vraiment intéressant, c'est qu'on y voit (mieux que dans d'autres séries comme "Titi Volcan", par exemple) comment l'auteur/dessinateur affirme et affine peu à peu son style, tant graphique que narratif, ainsi que son humour. Ici, on retrouve le goût de Godard pour l'aventure très classique, fortement influencée par un Franquin, Hergé ou Goscinny. L'ombre de ces trois auteurs s'étend sur les différentes histoires de Tim et Anthime, tout en permettant à Godard de s'émanciper quand il le faut de cette influence afin d'emprunter sa propre voie. Au niveau des personnages, on retrouve le duo masculin classique, à la Spirou et Fantasio, le héros et son pendant comique, dont l'alchimie fonctionne assez bien, même si Godard aurait sans doute pu leur donner plus de caractère. Notamment, Anthime évoque beaucoup de sidekicks de la BD, et tout particulièrement Pirlouit par certains aspects (un petit un peu rond, qui aime manger, et se révèle à la fois bricoleur et maladroit). Le duo n'a donc rien de très original, mais il fonctionne. Les trois dernières histoires parues voient un nouveau personnage leur être adjoint : il s'agit du garçon de pharmacie Eliacin. De son côté, on aura grand mal à ne pas faire le parallèle avec le comte de Champignac... (en moins savant) De Spirou et Fantasio, on retrouve également cette ambiance de village, si chère à la bande dessinée franco-belge des années 50-60, et c'est toujours un délice de s'y replonger. A partir du moment (2e histoire parue) où Tim et Anthime héritent d'un château proche d'un village, Godard se plaît à nous immiscer dans cette atmosphère villageoise en tous points savoureuse, même si, souvent, elle n'est pas assez développée. Quant au dessin, il est net, clair et précis, dans la lignée d'un Greg, même si Godard y élabore déjà son propre style, qui fera merveille dans Norbert et Kari ou Martin Milan. Très léger et plus épuré que ce que Godard fera par la suite, mais on sent déjà la naissance du trait caractéristique de Godard. En revanche, il pèche parfois par un certain manque d'ambition (quasiment aucune vue large sur le château de Verteboue, et même les plans de montagne dans Le Royaume des sans-visages sont trop étriqués pour ressente pleinement le côté vaste et épique de l'aventure). Bref, tous les ingrédients de la réussite sont déjà présents dans ce Godard en formation, qui n'a certes rien d'exceptionnel, mais porte en lui un vent de fraîcheur que l'on adore toujours sentir souffler sur nous. Critique histoire par histoire : Le Baigneur baladeur : 4/5 Tim est recruté pour devenir la doublure d'un acteur professionnel. Sur le village où a lieu le tournage, deux hommes mystérieux lui donnent une poupée, à laquelle beaucoup de gens semblent s'intéresser. Tim la donne à une petite fille, mais réalise juste après qu'elle cachait sans doute quelque chose de bien plus important. Avec son ami Anthime, ils partent donc à la recherche de l'objet perdu... mais ça ne va pas être une mince affaire ! Une histoire déjà menée de main de maître. Le trait de Godard est encore celui des débuts, très simple et épuré, avec des personnages qui manquent un peu de caractère, mais le scénario est jubilatoire. La course à la poupée donne lieu à des scènes très cocasses, proches de ce qu'un Goscinny pouvait faire à la même époque. Bref, un petit régal pour qui aime à renouer avec les codes de la BD des années 50. Le génie de Verteboue: 3,5/5 Tim hérite d'un lointain oncle un château en ruines. Il s'y rend, mais découvre que le terrain est le théâtre d'une ancienne légende prétendant qu'un génie hante les terres. Tim et Anthime décident de faire face à l'entité, quelle qu'elle soit. Cette fois, c'est plutôt Franquin qui semble avoir servi de modèle à cette histoire, tant on pourrait croire qu'il s'agit d'un épisode de Spirou et Fantasio, avec une légère touche Peyo (type Johan et Pirlouit). Le récit est sympathique, quoique plus balisé que le précédent. La surprise n'est pas trop de la partie, mais la narration est fluide, dynamique et ponctué de gags amusants. Rien d'extraordinaire, mais l'épisode est important puisqu'il ancre ses personnages dans le lieu où on les retrouvera dans le reste de la saga. Le Royaume des sans-visages : 3/5 Tim et Anthime retrouvent un ancien ami alpiniste, qui va partir gravir une montagne dont le sommet n'a jamais été vaincu. Les deux amis décident de partir avec lui. Mais ce qu'ils vont trouver en haut de la montagne ne correspondra pas tout-à-fait à leurs attentes. Malgré son titre prometteur, cet épisode est sans doute un des plus faibles de la saga, et c'est d'autant plus dommage qu'il est le seul où l'on voit nos héros partir à l'étranger, et vivre une aventure au ton plus épique que les autres (le côté "récit de montagne" offre une plus grand incursion du grand spectacle). L'humour y est plus discret et le scénario est trop attendu : le mystère créé autour de ces sans-visages est trop court. On devine l'explication tout de suite et elle arrive quelques pages après leur découverte. Dommage, un peu plus développé, ça aurait pu donner une excellente aventure. En l'état, ça reste très plaisant malgré tout. La Secte de l'hippocampe : 3,5/5 Tim et Anthime découvrent au fond de leur grenier un étrange insigne représentant un hippocampe. Ce dernier leur ouvre sans qu'ils le cherchent les portes d'une secte, qu'ils vont essayer de démanteler. Mais le chef de la secte est bien décidé à ne pas se laisser faire... Un récit encore bien mené où l'on retrouve encore l'influence Franquin, avec son ambiance villageoise, son château et ses deux détectives amateurs qui enquêtent, poursuivent et se battent sans relâche. Simple, maîtrisé, efficace. Chauve qui peut : 4/5 Tim et Anthime sont accusés du cambriolage d'une bijouterie voisine. Arrêtés par la police, les deux amis réussissent à s'évader et décident de mener leur enquête pour trouver les vrais coupables. Poursuivis aussi bien par la police que par les bandits, l'enquête ne va pas être de tout repos... Godard a trouvé son rythme de croisière et nous offre un récit bref où il montre qu'il maîtrise désormais toutes les possibilités offertes par le média bande dessinée. Sa narration est simple et terriblement efficace, légitimant tous les actes des personnages et ne reculant pas devant des fausses pistes intelligemment glissées dans le récit. L'auteur développe également une excellente science du cadrage, notamment avec cette manière de mettre en scène la voiture des bandits en arrière-plan ici et là, créant une atmosphère paranoïaque franchement réussie. Poison à foison : 4/5 Eliacin, préparateur de la pharmacie du village, est un éternel distrait. Quand il doit préparer un remède pour Anthime et de la mort aux rats pour un agriculteur voisin, il mélange les paquets par erreur. Catastrophé, Tim essaye d'aller prévenir Anthime de toute urgence, mais il n'avait pas compté sur le fait qu'une bande de sinistres bandits au motif mystérieux allait aussi être de la partie... Sûrement la meilleure histoire de Tim et Anthime ! A la manière du meilleur Goscinny, Godard s'amuse à multiplier les situations cocasses et les retournements surprenants, tout en jouant avec ses MacGuffin de la plus drôle des manières. Une histoire tout-à-fait déjantée qui illustre au mieux la folie dont l'auteur est capable. Schprountz égal Schwmurtz : 3/5 Ayant sauvé un homme de la noyade, Eliacin se voit offrir un système permettant la création de diamants artificiels. Lorsqu'il décide d'en faire profiter un joaillier, ce dernier découvre qu'il s'agit d'une escroquerie. Eliacin étant accusé à tort, Tim et Anthime vont devoir tout faire pour libérer leur ami de prison. Un scénario relativement efficace, mais également très conventionnel. On devine vite où le récit va aller, et la surprise n'est jamais au rendez-vous. Néanmoins, l'histoire fonctionne à peu près, les quelques gags sont réussis, mais l'ensemble manque un peu de saveur. Ça carbure dur : 3/5 Eliacin vient de mettre au point un carburant d'une puissance phénoménale ! Mais ce qu'il ne sait pas, c'est qu'il a complété ce carburant dans son sommeil, lors d'une crise de somnambulisme : aussi, quand le gouvernement lui demander de refaire la recette de son carburant, il en est bien incapable... Le personnage d'Eliacin ayant été placé au centre de l'intrigue, on pourrait craindre que Tim et Anthime ne disparaisse, mais heureusement, il n'en est rien et seront les gardiens de ce carburant miraculeux face aux espions que la trouvaille intéresse. On retrouve une dernière fois l'esprit Franquin dans cette histoire, à un point qui pourrait d'ailleurs en redevenir presque gênant, puisqu'en plus de Tim et Anthime qui évoquent Spirou et Fantasio, Eliacin, lui, évoque de plus en plus un certain comte de Champignac, envers lequel les villageois éprouvent la même colère. Heureusement, Godard sait ne pas marcher sur les plates-bandes de ses collègues, et on ne sombre jamais dans le plagiat. Néanmoins, l'histoire est classique et si l'humour fonctionne encore une fois, elle manque un peu de la folie qui a caractérisé les meilleurs épisodes de cette saga.

25/02/2019 (MAJ le 03/11/2020) (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Rusty Brown
Rusty Brown

La dernière œuvre en date de Chris Ware, Building Stories, n’avait pas emballé les foules, la faute à un format bizarroïde (une multitude de fascicules de taille variée, regroupés dans un énorme coffret onéreux). Avec « Rusty Brown » l’auteur retourne aux sources, avec un album traditionnel finalement assez proche de l’œuvre qui l’a révélé au grand public : Jimmy Corrigan. On retrouve une galerie de personnages un peu pathétiques et misérables, mais tellement humains. Chris Ware explore au travers le prisme de leurs vies des thèmes variés et intéressants : la difficulté à donner un sens à nos existences, les erreurs que l’on finit tous par commettre, nos fantasmes et nos rêves souvent ridicules, les problèmes familiaux, le harcèlement scolaire, le racisme, la religion, et bien plus encore. Chaque chapitre est indépendant et se focalise sur un personnage précis, même si des passages se recoupent : par exemple le premier chapitre parle de Rusty Brown, mais certains protagonistes faisant de brèves apparitions (une prof, un autre élève qui persécute Rusty) sont développés ultérieurement dans leur chapitre dédié. Cette approche narrative est ingénieuse et propose une réflexion intéressante sur notre perception de l’Autre. On retrouve aussi le graphisme et la narration propres à l’auteur : un style minimaliste aux perspectives isométriques, des cases de taille variée (allant de 1.5cm de côté à des pleines pages magnifiques) pas toujours agencées clairement (l’auteur flèche parfois le sens de lecture)… Les sauts temporels sont fréquents et pas toujours très clairs, et les textes souvent minuscules. Il en résulte une lecture parfois éprouvante, mais stimulante voire jubilatoire. J’ai par exemple beaucoup aimé l’astuce graphique lors de la naissance de Jordan : le style est très symbolique au début (des couleurs, des formes simples, des concepts binaires) pour représenter les facultés de perception limitées d’un nouveau-né, avant de se développer graduellement. Vraiment bien trouvé. Le conseil de lecture est simple : les amateurs du travail de cet auteur qui en redemandent peuvent se jeter sur « Rusty Brown » sans hésiter. Par contre si vous n’avez pas accroché à Jimmy Corrigan, inutile de vous infliger la lecture de ce pavé de 350 pages. Et si vous n’avez jamais lu de Chris Ware ? Et bien je trouve que « Rusty Brown » est un chouette album introductif au travail tellement original de cet auteur. Moi, j’ai beaucoup aimé, les thèmes me parlent, et les émotions étaient aux rendez-vous. Vivement la suite (pas pour tout de suite j’imagine, mais l’album se lit comme un one-shot).

03/11/2020 (modifier)
Par Josq
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Maestros
Maestros

Je connaissais Steve Skroce par son très beau travail graphique sur We stand on guard, que j'avais beaucoup apprécié, mais qui restait un tout petit peu trop conventionnel. Avec Maestros, Skroce est ici son propre auteur, et peut donc donner libre cours à une folie totalement débridée, et ainsi créer un univers dantesque qui lui permet d'exploiter toutes les possibilités de son merveilleux dessin. Et de fait, tout est titanesque, dans Maestros. Les décors sont grandioses, les planches fourmillent de détails et manient le spectaculaire (et le gore) avec une grande aisance, tandis que le récit n'est pas en reste. Certes très classique dans son canevas global, le scénario de Maestros développe toutefois un univers d'une profonde originalité. On retrouve l'intrigue assez stéréotypée de l'héritier un peu limité qui doit reprendre les rênes d'un empire immense mais qui n'a pas vraiment les épaules pour cela. Toutefois, en maniant le second degré comme une lame parfaitement affûtée, Skroce apporte à son récit un souffle nouveau. Ainsi, si Maestros reprend sans grande habileté certains canons du genre, il en renouvelle d'autres avec brio. Son humour dévastateur, parfois franchement lourdingue d'ailleurs (Skroce ne recule pas devant la vulgarité bien grasse), sauve l'aspect très pompeux de l'histoire, en transformant ce dernier en une grandiloquence assumée et même voulue. Donc, oui, on est constamment dans le too much, mais au lieu de se laisser écraser par la règle du "toujours plus", Steve Skroce réussit à en faire un levier scénaristique au service d'une histoire globale. A noter que, loin de retomber comme on aurait pu le craindre, le final nous offre un ou deux retournements parfaits, qui illustrent les meilleures qualités du comics (un humour totalement décalé qui vient renforcer un sens du grandiose étrangement allié à une frustration jubilatoire). Maestros est donc loin d'être un comics parfait, mais on peut largement y trouver son plaisir, tout d'abord grâce à un dessin somptueux, bourré de détails à ras bord et parfaitement mis en scène. C'est aussi et surtout grâce à un univers d'une originalité folle, incroyablement déjanté, outrancier et transgressif à souhait, que Steve Skroce tire son épingle du jeu et réussit à faire passer au second plan quelques défauts narratifs (dont une extrême densité de texte et/ou d'informations, parfois) qui n'entâchent en rien le plaisir qu'on prend à lire ce récit délirant. Donc bon, il y a des défauts et je n'adhère pas à toutes les propositions de ce comics, mais si on est prêt à se laisser retourner dans tous les sens au gré d'une odyssée qui semble avoir été écrite pendant une partouze intergalactique dopée au LSD et imbibée d'Eristoff, alors on a de quoi prendre son pied comme rarement.

02/11/2020 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Mort à lunettes
La Mort à lunettes

En plus d’être noir, pauvre et musulman dans une Amérique hostile à tout ce qu’il est, Malcom se fait larguer par son amie qu’il soupçonne d’avoir avorté. Tous ses amis et lui-même sont d’anciens repris de justice. Pas très glorieux comme tableau me direz-vous. Toute l’histoire est en fait une sorte de baroud d’honneur de Malcom qui veut retrouver sa dignité. Alex quant à lui, a connu la shoah et sa femme va mourir. Il n’a donc plus grand-chose à perdre. Ce vieux juif et ce musulman converti en prison vont se trouver des points communs et unir leurs destinées. Voilà un bande dessinée originale. Dans ce récit tout est allusif. La vraie histoire est entre les cases. Oui oui lire cet album demande de l’attention et de la réflexion, mais quel délice. Sous de faux airs classiques, elle ne l’est pas. Beaucoup de choses ne sont pas dites. Tout est suggéré. Le flashfoward du début par exemple est volontairement obscur. C’est seulement à la fin du récit que l’on comprend si on le relit. Je vous rassure, il n’y a rien d’alambiqué, juste une approche qui sort des sentiers battus. Les planches sont vraiment magnifiques. Les découpages plutôt réussis avec une utilisation alternée de champs et de contre champs. Un peu comme au cinéma avec une caméra qui filmerait à hauteur d’homme. Les personnages sont dessinés sous différents angles. Bien vu. Cela donne du rythme. La colorisation est une réussite. Très peu de couleurs utilisées au final. Du gris du gris et du gris mais du gris décliné du plus clair au plus sombre. Et quelques touches de rouge qui n’apparaissent qu’à des moments bien précis de l’aventure. MA GNI FI QUE ! Une belle découverte achetée la veille du re confinement sans trop savoir si cela allait me plaire ou pas. Je n ai pas été déçu bien au contraire, j’ai vraiment adoré. Je recommande vivement.

01/11/2020 (modifier)