Les derniers avis (9705 avis)

Par Matagot
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Magasin général
Magasin général

Petit coup de cœur, une œuvre assez fine (dans les deux sens du terme), servie par un dessin agréable et terriblement efficace pour retranscrire les sentiments et les non dits d’une petite communauté attachante. Vraiment une belle œuvre de bout en bout, pas d’aventures ici mais la grande aventure de la vie qui s’écoule, ses erreurs, ses victoires du quotidien. Une Lecture qui fait du bien.

21/02/2021 (modifier)
Par Matagot
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Batman - The Dark Knight returns
Batman - The Dark Knight returns

Dans son contexte historique cette œuvre est encore plus appréciable, d’autres ici l’on bien explique. Le scénario de Batman vieillissant était une idée de génie et les pages retranscrivent à merveille le combat d’un Homme faisant face à l’âge et qui refuse de s’avouer vaincu. Et le dessin puissant et dur ne laissera pas indifférent, j’aime infiniment ce qu’il apporte à Batman même si parfois je le trouve moche, souvent je le trouve emblématique et incomparable. Inégal, sans doute mais excellent. Bref. Un monument.

21/02/2021 (modifier)
Par Matagot
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Watchmen
Watchmen

Et tout ça malgré un dessin qui me laisse souvent de marbre... sans doute avec intelligence pour laisser assez de place à son histoire. Vraiment, quelle claque que ce scénario ! Des personnages semblant inspirés de des héros classiques (Batman, Punisher...) révèlent leur coté sombre, naïf, humain ou inhumain. Tout y passe avec finesse, le bien, le mal, la fin qui justifie les moyens. Rien à dire pour moi, il faut lire et relire Watchmen.

21/02/2021 (modifier)
Par Matagot
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Ogres-Dieux
Les Ogres-Dieux

Tout est quasiment parfait ici pour moi. L’édition est magnifique, l’objet est superbe, la matière parfaite, l’impression excellente. Le scénario est subtil, raconté par petit à petit et il faut rester concentré de bout en bout. Le dessin est terrifiant, presque doux souvent et cruel pourtant, idéal en somme pour cette œuvre massive a plus d’un titre. Déjà lu et relu il sortira souvent de son étagère.

21/02/2021 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Oasis
L'Oasis

Je vis à Paris, je n'ai absolument pas de jardin mais, le temps passant (et un peu grâce ou à cause du confinement), de plus en plus je me dis qu'à terme, je ne survivrai peut être pas sans un bout, ou gros bout, de jardin. Une fois qu'on en est là, il y a encore l'embarras du choix, et comme Simon Hureau, je connais tout un tas de gens qui ont des jardins qui se résument à de gigantesques étendues d'herbe coupée à 5mm entourées par des haies étanches de thuyas. Certes, ça peut être pas mal pour se faire un petit foot ou taper le volant, mais pas non plus besoin d'avoir une étendue infinie d'herbe sans vie pour cela. Donc, comment donner de la vie à son jardin, en profiter sans être envahi et dépassé mais tout en respectant la vie et en laissant la nature se développer ? C’est exactement ce que SImon Hureau a voulu faire dans son jardin, et c’est ce qu’il nous explique dans cette bande dessinée d’un peu plus de 100 pages. 100 pages d’explications jardinesques, d’exposition d’insectes en tout genre, on aurait pu craindre que ça fasse un peu lourd et peu digeste. En réalité, c’est tout le contraire. Simon Hureau explique clairement, avec des termes plutôt simples pour le novice que je suis, et en entrecoupant ces explications avec des dialogues, des situations qui lui sont arrivées, ou des pointes d’humour dans la narration. Et, surtout, il ne passe jamais plus de trois ou quatre pages par situation, ce qui fait qu’on ne se lasse pas et qu’il n’y a pas le temps de se perdre. Je ne nie pas que j’ai trouvé certains passages un peu moins passionnants, notamment les doubles pages où sont décrits des insectes et papillons. Mais la beauté du dessin permet de faire passer la chose, les insectes sont vraiment magnifiques sous le pinceau de Hureau. Et globalement, on ne s’ennuie pas. J’ai aimé le sujet et, je l’ai dit, j’ai bien aimé la narration, le choix des mots tantôt techniques tantôt plus familiers, ce qui apporte beaucoup de légèreté à l’ensemble. Ce livre est agréable à lire car Hureau nous embarque dans son quotidien, sa philosophie, et j’aime cette philosophie. Il a l’air apaisé, sans cesse curieux. Il est dans une démarche respectueuse de la nature : pas de pesticides, nourissage de la terre par des éléments naturels, pas d’élimination de la faune ou très partiellement, dans un souci d’équilibrage. Le but est sans cesse de ramener de la vie dans le jardin, de se créer une petite “oasis” de nature, et à a fermeture du livre on est forcément un peu jaloux de ce qu’il a réussi à faire. Le dessin est vraiment très bon, j’ai aimé le trait et sa façon de représenter les arbres et plantes. Les insectes en gros plans sont quant à eux totalement magnifiques. Le choix de couleurs douces et vives à la fois marche très bien, l’impression de nature est très bien rendue sans pour autant se transformer en une explosion de couleurs. Je ne saurais que conseiller la lecture de cette bd qui fait du bien, et redonne le sourire.

18/02/2021 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Alim le tanneur
Alim le tanneur

De tous les univers de bande dessinée au sein desquels j'ai eu l'occasion de me plonger, je pense que Alim le tanneur est un de ceux (sinon celui) que je préfère. Non que la saga soit irréprochable, mais je trouve que le monde inventé par Lupano pour l'occasion est absolument prodigieux, et bien supérieur à un grand nombre d'autres univers de fantasy vus en bande dessinée. Je vois trois raisons à cela : - Déjà, la magnificence du dessin de Virginie Augustin, qui donne corps à ce monde de la plus belle des manières. Son trait est absolument somptueux, chaque image est bourrée d'idées sans être dans quelque chose de surchargé. Il y a une pureté graphique qui n'exclut pas une très grande richesse et une grande densité visuelle, c'est très fort. Jamais ce monde n'a l'air trop étroit, ou trop statique. On y respire, on s'y sent bousculé, on s'y émerveille... Vraiment, le dessin est une des plus grandes réussites de cette saga, même si je trouve que dans le dernier tome, on perd un petit quelque chose que je ne saurai trop décrire. - Ensuite, la complexité des intrigues géopolitiques. Clairement, Wilfrid Lupano n'y va pas de main-morte ! Sans jamais perdre son lecteur, il crée des personnages d'une densité humaine étonnante, chacun ayant des motivations qu'on comprend très bien, qu'ils soient bons ou méchants. Alors que le discours manque un peu de nuance à mes yeux, les personnages sont en revanche parfaitement écrits. Aucun manichéisme dans tout cela : évidemment, il y a des personnages meilleurs que d'autres, et il y a des méchants, mais sans basculer dans le pathos, même les pires antagonistes ont droit à leur moment d'empathie. On ressent quelque chose de positif pour chaque personnage à un moment où à un autre. Je trouve ça exceptionnel, la manière avec laquelle Lupano fait parfois surgir de la noblesse ou de la douleur chez un personnage qu'on détestait jusque-là. Evidemment, ça ne rend pas forcément le personnage meilleur (Khélob, typiquement), mais ça peut expliquer comment il en est arrivé là et ainsi, nous permettre de comprendre sa trajectoire depuis le début du récit. En outre, les rapports de force entre les personnages (ou les groupes) sont extrêmement bien détaillés sans l'être trop. Cela permet d'ajouter en crédibilité à l'intrigue, allant jusqu'à évoquer dans les meilleurs moments de la saga, des univers tels que Game of Thrones ou Dune, et pourtant, sans jamais sacrifier l'action (sauf un peu dans le tome 3). En seulement 4 tomes de BD, chapeau ! - Enfin, les inspirations de Lupano. Une autre chose très réussie, c'est la manière qu'a Lupano de créer de l'imaginaire à partir du réel. Aucun peuple, aucune région présentée n'est sortie de nulle part. On est capable de lier chacune d'entre elles à une région existante (Asie, Afrique, Moyen-Orien, Amérique du Sud, Océanie). De même, dans les différents systèmes sociaux, politiques et religieux représentés, on peut retrouver des éléments empruntés aux catholicisme, à l'islam, à l'hindouisme, au bouddhisme, etc... C'est très fort car ainsi, on n'a pas l'impression que l'auteur s'acharne sur tel ou tel groupe de personnes, il brouille tous les repères afin de rendre son propos plus universel, et c'est très intelligent sur le plan narratif. Et d'ailleurs, même si, dans toutes les civilisations représentées, il y en a qu'on préfère à d'autres, on se rend vite compte que chacune a ses gros défauts et qu'aucune n'est parfaite. Maintenant, je trouve tout de même que tout ça dégage une vision assez nihiliste de l'Homme et de la civilisation en général, et comme j'ai toujours été un éternel optimiste, je ne peux plus suivre Lupano sur ce terrain-là. Il est vrai qu'on est tenté, lorsqu'on regarde en arrière, de ne voir tous les systèmes politiques, religieux, sociaux, mis en place dans le passé, que comme vecteurs d'une violence apparemment incompréhensible, et j'ai eu l'impression que c'est ce que faisait Lupano dans Alim. Or, quand bien même ces systèmes ont pu être imparfaits et inégalitaires (pas toujours plus que le nôtre, mais rarement moins), ils nous ont toutefois laissé chacun des traces absolument exceptionnelles, en termes de patrimoine, d'art, de technique, de médecine, de valeurs, etc... C'est là que je suis content de la conclusion du dernier tome qui rappelle que, même si elle s'appuie sur une potentielle supercherie religieuse (potentielle car, finalement, rien ne nous dit que l'histoire de Jésameth est fausse, il est simplement permis d'en douter) et sur un très clair abus de pouvoir, une civilisation peut produire de beaux fruits, quand bien même ces fruits sont issus d'arbres aux racines engluées de sang. On peut trouver ça bien sombre et désespérant, mais on peut trouver ça aussi très encourageant, très beau sur la capacité de l'Homme à dépasser, notamment par la civilisation (ou en tous cas, la vie en communauté), ses pulsions violentes. J'ai eu la sensation que Lupano, lui, malgré ces deux très belles pages, ne voulait voir dans le processus civilisateur de l'Homme que sa part obscure. Pour ma part, je veux y trouver une raison d'espérer et de croire que, malgré toutes les horreurs dont l'Homme est capable, jamais il n'arrivera à éteindre la flamme qui meut les cœurs les plus purs. Mais, j'en conviens, il y a encore du boulot.

17/02/2021 (modifier)
Par Josq
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Batman - White Knight
Batman - White Knight

Le Joker, un gentil ? Complètement rocambolesque ! Et pourtant, c'est le point de départ de cette série imaginée par Sean Murphy, et qui fera date dans l'histoire de Batman. C'est monumental, et à tel point que je ne comprends même pas qu'on ne nous ait pas déjà annoncé une adaptation au cinéma... On présente trop facilement ce comics comme un renversement des rôles entre Batman et le Joker, mais c'est faux. Batman ne devient pas le bad guy de l'histoire, et le Joker n'en devient pas le grand gentil, c'est beaucoup plus subtil que ça. Non, le personnage que l'on découvre réellement et sur qui toute l'histoire est centrée n'est pas le Joker, mais bien Jack Napier, c'est-à-dire sa version humaine, tout autant qu'on découvre une nouvelle facette de Harleen Quinzel, que Murphy propulse au rang des personnages les mieux écrits et les plus attachants de tout l'univers DC. De fait, ce qui frappe instantanément, c'est le soin extrême apporté à l'écriture des personnages. Je n'avais plus ressenti une telle intelligence d'écriture depuis la claque Watchmen (même si on est un petit cran en-dessous d'Alan Moore) ! Ici, les dialogues, que je craignais un peu trop démonstratifs au début, se révèlent d'une intelligence prodigieuse, introduisant des dilemmes insoupçonnés chez chacun des personnages, et étoffant leur relation avec une subtilité étonnante. La dualité schizophrénique entre Jack Napier et le Joker est bien sûr au centre de l'intrigue. Traitée de manière certes classique, l'éclairage nouveau qu'elle apporte sur la personnalité de Napier n'en est pas moins profondément original, et permet finalement d'aborder le personnage de manière totalement inattendue. La fascination qu'il exerce soudain sur Nightwing, Jim Gordon, Duke Thomas et à leur suite le lecteur, est merveilleusement retranscrite. Contrairement à ce qu'on aurait pu craindre, le revirement de Napier, passant du statut d'ennemi public n°1 à celui de sauveur de Gotham City n'a rien d'artificiel. Sean Murphy développe à partir de ce point de départ une réflexion extrêmement bien menée sur le repentir dont une personne est capable, le pardon que la société et les institutions sont capables de lui accorder ou non, la complexité de l'âme humaine et de la justice, etc... On retrouve toute l'intelligence dont Christopher Nolan a imprégné durablement l'univers Batman dans ses célèbres adaptations. Véritable plongée au fond de la psyché humaine, Batman - White Knight nous propose ainsi, au-delà du seul Napier qui accapare certes une bonne partie de notre attention, toute une galerie de personnages torturés, nous exposant merveilleusement les doutes et les interrogations de chacun. Le parcours de Bruce Wayne est évidemment particulièrement soigné lui aussi, et ses hésitations nous agitent les méninges plus qu'on ne voudrait l'avouer, que ce soit lorsqu'il se demande si on doit imposer des limites à Batman ou non, ou lorsqu'il découvre que le passé de sa famille est peut-être moins glorieux qu'il ne le croyait. Enfin, Harleen Quinzel connaît la même évolution que le Joker, et le fait d'avoir scindé en deux personnes distinctes le personnage de Harley Quinn est une vraie réussite, tant Quinzel gagne ainsi une humanité incroyable. Comme dans toute bonne histoire de super-héros, ce qui est particulièrement bien pensé, dans ce Batman - White Knight, c'est la manière de montrer des personnages qui ont brouillé les limites entre le Bien et le Mal, si tant est que ces notions existent en-dehors de nous. Sean Murphy déploie ainsi toute l'étendue de ses capacités réflexives dans des scènes toutes plus cultes les unes que les autres, multipliant les dialogues d'une ambiguïté profondément marquante. Rares sont les comics qui réussissent à ce point à maîtriser les arcs narratifs d'un tel nombre de personnages ! Sean Murphy s'en tire haut la main et même si la plupart des méchants ne se verront pas très développés, l'auteur sait valoriser chacun des personnages essentiels à l'intrigue, tout en multipliant les clins d'oeils et les emprunts à l'univers DC. Narrativement, donc, Batman - White Knight est tout autant une merveille que sur le plan philosophique. On se prend rapidement à la narration, parfaitement dosée, et l'on suit avec le même intérêt les échanges verbaux parfois denses et musclés et les séquences d'action, dantesques à souhait. Le trait de Sean Murphy n'a rien à envier aux plus grands noms du comics, des grands noms aux côtés desquels Murphy semble tout prêt à ajouter le sien. Graphiquement, Batman - White Knight est à la hauteur de l'événement qu'il entend créer dans l'univers DC. Son dessin est sombre et glauque à souhait, comme on s'y attend lorsqu'on plonge dans le Gotham réaliste aux antipodes des films de Burton. Les traits des personnages sont excellents et correspondent parfaitement aux différents caractères, revêtant une personnalité forte, de la brutalité rentrée d'un Batman à la délicatesse infinie d'une Harleen Quinzel en passant par cette noblesse machiavélique qui caractérise tant Jack Napier/le Joker. Développant un univers sombre et fascinant à souhait, Batman - White Knight est donc une véritable perle graphique. Ainsi, le comics de Sean Murphy fera date dans tout l'univers DC de par la puissance de ses choix narratifs et scénaristiques radicaux, ne ménageant pas des personnages qu'on apprécie et qu'on connaît, tout en les redécouvrant pourtant sous un jour tout-à-fait nouveau ici. Réussir à apporter une bonne dose de nouveauté sans jamais trahir le classicisme d'un des univers de bande dessinée les plus connus, tel était le défi de Sean Murphy en s'attaquant à un tel monument. Telle est la réussite magistrale de son oeuvre.

17/02/2021 (modifier)
Couverture de la série Le Vendangeur de Paname
Le Vendangeur de Paname

Franchement séduit pour le coup. Cette BD est très personnelle dans son esthétique (elle m'a rappelé Larcenet), son langage parigot 1900 fleuri et bien senti, son intrigue policière qui ne se dévoilera qu'aux toutes dernières pages. Toute cette aventure n'a d'autre prétention que celle d'un divertissement de qualité, d'un voyage dans un Paris 1900 fantasmé. Ne boudez pas votre plaisir.

15/02/2021 (modifier)
Couverture de la série L'Odyssée d'Hakim
L'Odyssée d'Hakim

Comment pouvons-nous ressentir un tel détachement face à ces milliers de migrants qui, en tentant de fuir leur pays, finissent par se noyer en Méditerranée ? Qui sont ces gens ? Que fuient-ils vraiment ? C’est en se posant ces questions, et en s’interrogeant face à sa propre indifférence que Fabien Toulmé a décidé d’aller à la rencontre d’un réfugié, pour recueillir le témoignage de son exil. Il nous raconte donc dans cette bande dessinée l’histoire d’Hakim, un Syrien ayant quitté son pays en guerre. Ce récit, qui mêle le parcours d’Hakim et des extraits des entretiens qu’il a eu avec Fabien Toulmé, permet d’en apprendre un peu plus sur le contexte historique qui a mené à l’éclatement de la guerre en Syrie. En suivant le périple d’Hakim, on comprend mieux les circonstances qui peuvent amener un homme à quitter son pays. Le trait simple mais très efficace de l’auteur parvient parfaitement à retranscrire l’ambiance des différents pays, les émotions des personnages, mais aussi la violence dans certaines scènes très marquantes. Une bande dessinée forte, nécessaire à l’heure actuelle, pour nous rappeler que ces migrants ne sont pas des vulgaires numéros, mais des personnes avec des aspirations très semblables aux nôtres. Des humains, tout simplement. *** Après la lecture des tomes 2 et 3, je confirme que "L'Odyssée d'Hakim" est une excellente bande dessinée dont la lecture me semble nécessaire (d'autant plus actuellement, alors que l'omniprésence des sujets consacrés au Covid dans les médias tend à nous faire oublier les autres problèmes, hélas toujours d'actualité). Toutes les personnes qui jugent à la hâte les migrants qui, selon eux, viendraient en France juste pour profiter des prestations sociales seraient bien inspirées de lire cette histoire. Ils comprendraient sans doute mieux que la situation est bien plus complexe, que beaucoup de migrants quittent leur pays à contrecœur parce qu'ils ne voient plus d'autre alternative. Lorsque Hakim quitte son pays et sa famille c'est pour sa propre survie, et il est persuadé de revenir rapidement une fois que la situation se sera arrangée... et l'idée de venir jusqu'en France ne s'imposera que plus plus tard dans son parcours. Je suis toujours aussi convaincue par le dessin de Fabien Toulmé qui pourrait paraître un peu trop léger pour traiter un sujet aussi grave, mais je crois au contraire qu'il permet de rendre l'histoire plus soutenable. Et je tiens aussi à souligner son talent de narrateur : la lecture est fluide, et il apporte une cohérence dans le récit en évitant le catalogue d'événements comme cela peut parfois être le cas dans les récits relatant des histoires vraies. Un grand merci à Hakim d'avoir accepté de se livrer entièrement pour partager son histoire, et à Fabien Toulmé d'avoir su la retranscrire avec autant de sensibilité.

22/02/2019 (MAJ le 15/02/2021) (modifier)
Par Titanick
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Origine du Monde
L'Origine du Monde

Le titre évoquant le tableau de Courbet ne ment pas : un documentaire sur le sexe féminin, ou plus exactement sur la vision par certains hommes du sexe féminin. C'est assez édifiant de voir comment celui-ci a toujours été le sujet de beaucoup de préoccupation de la part des messieurs. Il ne s'agit pas ici des relations hommes-femmes mais bien de l'intérêt pour ''l'objet'' proprement dit : la vulve. J'avoue que j'y ai découvert pas mal de choses. D'emblée, et on ne pouvait faire moins, le propos est féministe assumé, bien. Ensuite, précisons que l'auteure contient son analyse dans les limites de la société occidentale, on va dire de ''passé historique judéo-chrétien''. Le sujet n'est pas ici l'emprise masculine sur le sexe féminin dans d'autres civilisations ou confessions. Et c'est là que c'est intéressant, car en règle générale l'occidental a vite fait de se targuer d'être progressiste sur le sujet, mais l'histoire même récente montre qu'il y a encore des progrès à faire. Premier chapitre sur la représentation de la chose, ou plutôt sur le refus de sa représentation, et le refus de la nommer également. Pour preuve les manuels scolaires même actuels qui ne sont pas encore tous au diapason. Un exemple qui ne m'avait pas frappée à l'époque et qui semble sidérant maintenant mais le milieu de la NASA était (est) essentiellement masculin : dans l'image du couple humain nu envoyée dans l'espace avec la sonde Pionnier, l'organe de monsieur est bien visible, normal, mais où est passé celui de madame ? Eh bien figurez-vous qu'une première version avec juste un petit trait bien placé figurant la vulve a été refusée ! Si si, et c'était il n'y a pas si longtemps. L'auteure ne manque pas d'humour et imagine les extraterrestres (en forme de homards !) horrifiés à la vue de ce trait si on avait envoyé la première version, ouf, la morale est sauve. Les chapitres suivants sur l'orgasme féminin, la masturbation, les règles... sont dans le même esprit. J'y ai appris pas mal de choses. Au XIXe, clitoridectomie pour les anglaises osant demander le divorce, droit fraichement acquis. Procès et condamnation des chirurgiens, mais pour n'avoir pas demandé l'accord du mari ! On croit rêver ! Le support de la bd me paraît bien adapté pour ce genre de documentaire, même si celle-ci n'est pas exempte de défauts. La bd permet d'illustrer abondamment le propos et de l'aérer. Je ne crois pas que j'aurais emprunté un pavé sur le même sujet. Quelques défauts disais-je : le dessin tout d'abord est très simple (sauf les illustrations, voire les photos, issues de la documentation citée) mais il fait le job. J'ai eu plus de mal avec la calligraphie que j'ai trouvée parfois un peu difficile à lire, en particulier les références des ouvrages et études présentés qui sont écrits tout petit et en travers. Malgré cela vous l'aurez compris, j'ai vraiment apprécié ma lecture et je n'hésiterai pas à la conseiller quel que soit votre sexe.

14/02/2021 (modifier)