Complètement étranger au monde de l'escalade, plus adolescent depuis longtemps, jamais interné, j'ai été malgré tout complètement happé par ce récit initiatique de l'adolescent devenant adulte.
Le dessin est nerveux, sec, et beau quand il le faut.
L'histoire oscille entre moments de tension en cordée sur un à pic rocheux ou sur un glacier fondant, entre instants conflictuels de génération, parent et enfant, société conservatrice et adultes en devenir, recherche du plaisir charnel ou de la caresse amoureuse, petits topos historiques sur la montagne et ses héros mortels... Et tout cela se tient, se lit avec plaisir et avidité, le temps s'écoule sans effort. Et à la fin, on finit un peu plus intelligent qu'au début !
Le capitaine Alexander Crown, ce sinistre pirate patibulaire est décédé. Il a vraisemblablement été torturé et exécuté pour obtenir de lui, qu’il révèle à son assassin la cache de son fabuleux trésor. Sans succès à priori.
Son second, Red - c’est son nom - est en charge de l’exécution de son testament. Il réunit donc ses cinq enfants, ses cinq héritiers, ses cinq bâtards pour les mener à l’or du galion espagnol la perla de Oro, le magot du père maudit ! Le problème, et il est de taille, c’est sans doute un dès rejetons qui a tué son père ! Bonjour les retrouvailles familiales ! C’est juste jubilatoire cette atmosphère délétère entre les frères et la sœur. Ils se suspectent les uns et les autres. Nous voilà replongé dans « Usual Suspect » au temps des pirates. Que c’est bon. De la première page à la dernière page, il n’y a pas de temps mort. Le suspens ne s’essouffle pas. La brochette de personnages est exquise. Les coups de théâtres sont nombreux. Parfait !
Le trait de Patrick Hénaff – déjà vu dans « Hedge fund » - fait merveille. Voilà un graphisme juste parfait comme j’aime. Les décors sont travaillés. Les navires sont extrêmement fouillés. Il y a du talent assurément. Si l’on compare avec la série « Long John Silver », à mon humble avis, cette série est un ton au-dessus. La colorisation mérite d’être soulignée. Les scènes maritimes et celles de nuit sont admirables.
Je ne suis pas trop adepte des BD liées à la piraterie avec son éternelle chasse au trésor. Mais avec ce diptyque et ses héros bien sombres, je me suis régalé. J’ai dévoré ces deux albums d’une seule traite. Impossible de faire autrement. Vous êtes obligés de suivre le rythme !
Je recommande sans modération.
Je ne m'attendais vraiment à rien en prenant cette BD. Et comme cela arrive des fois, j'ai passé un très beau moment. On suit deux temps dans la narration. Celui des auteurs rapidement rejoints par les clients alentours. Et dans le passé celui de notre couple de héros romantiques. Tout cela est servi de manière vive avec pleins de louches de nostalgie saupoudré d'humour et de sentiments contraires. On navigue entre sourires et émotions tout le long. Le dessin à gros nez de F.Cestac souligne bien la farce de tout ceci... Miam.
Il y a fort à parier que la sortie d’Aliss en BD fera parler d’elle. Déjà, à son annonce, voilà 2 ans, avait fait grand bruit. Les raisons sont multiples. Patrick Senécal, le romancier d’horreur favori des Québécois sera enfin adapté en BD et pour ce faire, rien de mieux que de prendre un de ces premiers romans. Un roman culte qui a fait parler de lui et fait toujours parler de lui 20 ans plus tard. Et, cette adaptation, sera faite par Jeik Dion, un auteur de BD qui ne demandait qu’à exploser au public. La combinaison semblait parfaite, et les attentes dans le milieu étaient grandes. Le résultat est-il à la hauteur ? Il les dépasse selon moi !
L’histoire d’Aliss est simple. L’auteur fait une relecture de l’histoire d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Il transporte l’histoire à une époque contemporaine dans un milieu urbain sombre, angoissant et dangereux et transforme Aliss en une jeune femme cherchant son identité dans ce monde qui n’est pas pour elle. Et cette quête initiatique d’Aliss dans la recherche de son moi se fera dans un univers où l’interdit est inexistant, pire est encouragé par La Reine Rouge qui domine ce monde en le forgeant à son image. Les étapes de cette quête seront difficiles pour Aliss. Pour se découvrir, elle passera par la drogue, le sexe, la peur, la violence. Tout au long de l’histoire, elle ne cessera de se déguiser pour essayer de se trouver. L’auteur pour se faire ne se permet aucune censure. Ici, tout est écrit, imagé. Le sexe est sale, les lieux sont délabrés, les personnages sont tordus, la violence est crue. L’interdit n’existe pas dans le monde d’Aliss comme dans l’écriture de son auteur.
Le pari était donc grand. Comment réussir à adapter, aussi fidèlement que possible, une histoire aussi trash, imagée en BD ? Comment réussir à faire pénétrer le lecteur ou la lectrice dans ce monde malsain ? Tout cela pour le plus large public possible ! Et c’est là que la magie de Jeik Dion rentre en jeu. L’histoire d’Aliss en BD passe avant tout par le dessin magistral du dessinateur. Par sa capacité à le faire parler, à le rendre vivant sous nos yeux. Par le talent de pouvoir nous faire rentrer dans ce monde de violence, de sexe, de drogue, de terreur sans rien omettre, mais de toujours être capable de rendre ça tolérable pour les yeux sans enlever le côté malaisant de l’histoire. C’est aussi ce pouvoir de sa mise en scène avec ce cadrage qui fait sortir les images de leur case pour la création de cette ambiance terne et urbaine du roman. Jeik le fait à la perfection. Il joue tout aussi bien avec les couleurs, les ombres et les lumières pour magnifier son dessin. Pour le rendre encore plus vivant. Le pari est grandement réussi !
Ce n’est pas un secret pour les gens qui me connaissent, je suis un grand admirateur de l’œuvre de Jeik Dion. Je crie haut et fort, et cela depuis longtemps, qu’il est l’un de nos plus grands dessinateurs du Québec. Son style est une mosaïque de plusieurs influences. On ressent et l’on voit du Otomo pour cette grande capacité à faire parler son dessin comme seuls les grands savent le faire. On voit un peu de Shirow pour les personnages aux traits gros. On sent l’influence de Moebius et Druillet dans son trait, mais aussi dans l’attitude, dans la volonté de faire éclater la BD. Ses influences américaines sont bien visibles aussi, je vous laisse le plaisir de les découvrir. C’est un dessinateur complexe, brillant, qui joue avec tous les éléments possibles. C’est un artiste qui s’amuse avec le dessin et c’est probablement sa plus grande qualité. De pouvoir sentir son cœur, sa passion dans chaque coup de crayon. Et c’est aussi le seul défaut de cette BD à mes yeux. Car, comme Bone et Chair, j’ai cherché l’âme de Jeik Dion dans cette BD et je n’ai trouvé que son cœur. Tel que Verrue, Jeik est arrivé à maturité. Il est temps pour lui de construire son univers. De nous présenter ses histoires, ses émotions, son âme. De voler de ses propres ailes et faire exploser son talent de créateur. Car c’est évident que ça bouillonne en lui ce désir. Il ne lui reste, maintenant, plus qu’à saisir l’élan qu’Aliss lui donnera, pour prendre la place qu’il mérite dans la BD, celle d’un grand créateur et dessinateur.
Aliss c’est une réussite. Une adaptation fidèle et brillante. C’est pour un public averti bien entendu. Il ne vous reste qu’une seule chose à faire. Attendre sa sortie en librairie et courir l’acheter. La BD est le neuvième art et cette BD est une magnifique œuvre d’art qui laissera sa trace dans le monde de la BD.
Je n'ai lu que quelques pages du premier tome avant de m'empresser d'acheter les 7 autres. Cela va maintenant faire un an que je me suis procuré la série et je les relis régulièrement. L'histoire me fascine, elle est touchante, avec des moments cocasses qui font tourner nos émotions en bourrique, nous serrant le coeur à un moment et en nous faisant rire celui d'après. Ce Manga est désormais dans mon top 1 et il y restera sans doute pour toujours.
Arrivé à la moitié du premier volume, la collection en compte six, je m’orientais vers le premier avis tant « Spider Jérusalem » le personnage central est trivial sur la forme, alors que l’histoire peine à avoir du fond.
Mais petit à petit, on se prend à aimer suivre les enquêtes de ce journaliste indépendant et sans concession, quand on lit ses premiers articles écrits à l’acide et aux fèces (oui, oui). On comprend mieux la ville futuriste dans laquelle il évolue, qui n’est en réalité qu’une exagération de notre société médiatique actuelle.
L’information télévisuelle y est partout et intrusive (comprenez, sur tous les murs de votre logement, sur les trottoirs...), mais n’explique rien et se contente d’énoncer des faits, pour pouvoir mieux placer ses émissions de divertissement très vulgaires et ses pubs.
Ce monde est d’ailleurs fantastique, avec ses émissions pornographiques pour enfants, sa fabrication d’humains pour l’alimentation, et oh oui ! ses « faiseurs » ! Des machines capables, à partir d’un bloc de matière densifiée (ou d’ordures pour la classe moyenne), de fabriquer vos vêtements, vos repas et… leur propre drogue. Et si vous la leur retirez, une tête de cheval qu’ils placeront dans votre lit, comme menace de mort quand ils appartiennent à la mafia.
Les progrès scientifiques y sont légions, comme l’asexuation, pour ne plus à avoir de rapports sexuels, les médicaments contre le cancer, pour pouvoir énormément fumer, le remplissage de l’estomac par des bactéries, pour ne plus avoir à manger, et d’autres qui seront moins anecdotiques, comme la capacité à réveiller les personnes cryogénisées dans le passé, dont l’arrivée dans ce futur oppressant rendent fous, ou ces humains qui veulent se transformer en « faiseur » !
« Spider Jérusalem » traverse ce décor avec sa rage, sa violence et son humour, pour ouvrir les yeux de ses concitoyens lobotomisés, quitte à les secouer trop vivement et à vous faire souffrir de le lire.
Mais si vous passez la lecture du premier volume, vous devriez succomber à cet univers brutal et à son personnage féroce même si l’œuvre reste de premier abord décousue.
En seconde lecture, la personnalité surprenante du héros ne jouant plus, c'est réellement une très bonne bande dessinée !
Après avoir découvert Watchmen, que je pensais être la meilleure création de Alan Moore, j'appris qu'il en aurait écrit une autre d'un niveau au moins égal.
Plutôt sceptique je me la suis procuré et j'avoue que les couleurs fades m'ont d'abord confirmé dans mon a priori. De plus, les décors datés étaient très connotés années 80 alors que l'intrigue était censée se dérouler à la fin des années 90.
Et pourtant, malgré cela on plonge très rapidement dans l'histoire de cet anarchiste qui tente seul de renverser tout un système. On se prend d'amitié pour cet homme dont on ne verra jamais le visage, on comprend ses raisonnements et on en vient à défendre l'anarchie à coup de citations auprès de ses amis : "Anarchie veut dire « sans maître », pas « sans ordre »".
Un chef d'œuvre captivant.
J'ai découvert Alan Moore au début des années 90 par le biais de Watchmen. Et j'ai découvert "Watchmen" par le biais de son tome 4 ("le Hibou") dans la série en 6 tomes, emprunté à la médiathèque par un proche.
Pas facile de commencer une œuvre dense et complexe par le milieu, car on reste sur sa faim et on se questionne aussi beaucoup. Alors on réfléchit à partir des indices que l'on a trouvés et on essaie de savoir qui étaient les "Minutemen", qui sont les héros contemporains cités et quels sont leurs liens.
Puis on comprend que cette bande dessinée évoque non seulement des personnages, mais aussi leur passé, le contexte de celui-ci, et par là, comment les raisons de leur chanement. Bref, on apprend que des personnages dessinés peuvent avoir de l'épaisseur et qu'il me faudra à tout prix lire l'ensemble des tomes.
Cahin-caha, je parvins à lire les premiers volumes et le numéro 3 ("Rorschach") va changer ma perception de la bande dessinée (et mes exigences vis-à-vis de cet art). En une douzaine de cases dénuées de dialogue, Rorschach va résoudre une affaire horrible d'enlèvement d'enfant et le lecteur en rester pantois.
Tout le reste est à l'avenant et vous le découvrirez dès les premières pages avec la double lecture de certaines cases que l'on peut lire à raison d'une sur deux.
Un chef d’œuvre.
Je suis partagé après ma lecture de cet album.
J’ai été franchement séduit par la beauté plastique du dessin de Jorge Gonzalez. Certaines planches sont d’une fulgurance ! Très sombres, on a l’impression de redécouvrir certains peintres abstraits. Je me suis d’ailleurs parfois plu à revenir en arrière pour en admirer à nouveau la force.
Quant au dessin des personnages, avec un trait proche de de Crécy ou de Gipi, c’est atypique – mais c’est un dessin que j’apprécie, et qui je trouve se marie très bien avec les planches muettes et très belles déjà évoquées. Qui se marie très bien aussi avec ces paysages évanescents, interminables, évoquant la fin du monde, alors que ce n’est qu’un finistère. Envoûtant donc. C’est cet aspect graphique qui justifie mon coup de cœur.
Mais ce n’est pas que dans ces immensités brumeuses que je me suis perdu, mais aussi dans les histoires, que Gonzalez a compilées, avec l’aide de quelques camarades. En effet, le propos était semble-t-il de dresser un portrait amoureux de la région, au travers de quelques personnages, sur une période d’un siècle et demi environ. Mais certaines histoires me sont restées trop obscures (et là le dessin, très sombre et jouant surtout sur l’évocation, n’aide pas). Même si je reconnais que le petit dossier final donne un peu plus de corps à l’ensemble, en replaçant le contexte, en donnant du tangible, des événements réels – et souvent tristes et violents : cela fait davantage sens.
Au final, difficile de noter cet album inclassable. Même si j’ai été un peu dérouté et quelque peu déçu par certaines histoires, et ce qui pouvait en partie les lier, je ressors tout de même très satisfait de ma lecture, et arrondis donc à quatre étoiles (note réelle 3,5/5).
Cela fait un moment que je n'avais lu une BD mêlant fantastique et espionnage. J'avoue, la couverture un peu austère ainsi que le titre également austère pourraient rebuter nombre de lectrices et lecteurs potentiel(le)s. Mais après avoir rencontré et interviewé Mathieu Gabella, son scénariste, intrigué par son pitch.
Et c'est vrai que sur le papier, c'est alléchant : des agents du renseignement qui pratiquent la sorcellerie, et traquent des créatures surnaturelles... Une femme flic au fort tempérament, plutôt jolie mais sans être là seulement pour faire joli... Cela va très vite, il se passe beaucoup de choses, c'est même un peu beaucoup en termes d'information, mais nul doute que la suite de la série va "éclairer les choses, connaissant Gabella. En tous les cas, j'aime bien, il y a un potentiel pour une vraie bonne série, peut-être même un classique du genre.
j'ai pensé plusieurs fois au Chant des Stryges en lisant l'album, non seulement pour la dynamique narrative (Gabella assume dans les bonus avoir potassé de la littérature sur l'art du scénario, et pas que du scénario BD), et cela est également dû au style graphique de l'Espagnol Fernando Dagnino, qui a déjà une belle carrière chez DC, qui émarge dans le même registre dynamique et rugueux que Richard Guérineau. Ralph Meyer est un modèle déclaré par le dessinateur, par ailleurs. De belles références, qui donnent une idée de la qualité des planches, pleines de bruit et de fureur, de cette nouvelle série dont j'attends la suite.
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Ailefroide - Altitude 3954
Complètement étranger au monde de l'escalade, plus adolescent depuis longtemps, jamais interné, j'ai été malgré tout complètement happé par ce récit initiatique de l'adolescent devenant adulte. Le dessin est nerveux, sec, et beau quand il le faut. L'histoire oscille entre moments de tension en cordée sur un à pic rocheux ou sur un glacier fondant, entre instants conflictuels de génération, parent et enfant, société conservatrice et adultes en devenir, recherche du plaisir charnel ou de la caresse amoureuse, petits topos historiques sur la montagne et ses héros mortels... Et tout cela se tient, se lit avec plaisir et avidité, le temps s'écoule sans effort. Et à la fin, on finit un peu plus intelligent qu'au début !
Le Testament du Capitaine Crown
Le capitaine Alexander Crown, ce sinistre pirate patibulaire est décédé. Il a vraisemblablement été torturé et exécuté pour obtenir de lui, qu’il révèle à son assassin la cache de son fabuleux trésor. Sans succès à priori. Son second, Red - c’est son nom - est en charge de l’exécution de son testament. Il réunit donc ses cinq enfants, ses cinq héritiers, ses cinq bâtards pour les mener à l’or du galion espagnol la perla de Oro, le magot du père maudit ! Le problème, et il est de taille, c’est sans doute un dès rejetons qui a tué son père ! Bonjour les retrouvailles familiales ! C’est juste jubilatoire cette atmosphère délétère entre les frères et la sœur. Ils se suspectent les uns et les autres. Nous voilà replongé dans « Usual Suspect » au temps des pirates. Que c’est bon. De la première page à la dernière page, il n’y a pas de temps mort. Le suspens ne s’essouffle pas. La brochette de personnages est exquise. Les coups de théâtres sont nombreux. Parfait ! Le trait de Patrick Hénaff – déjà vu dans « Hedge fund » - fait merveille. Voilà un graphisme juste parfait comme j’aime. Les décors sont travaillés. Les navires sont extrêmement fouillés. Il y a du talent assurément. Si l’on compare avec la série « Long John Silver », à mon humble avis, cette série est un ton au-dessus. La colorisation mérite d’être soulignée. Les scènes maritimes et celles de nuit sont admirables. Je ne suis pas trop adepte des BD liées à la piraterie avec son éternelle chasse au trésor. Mais avec ce diptyque et ses héros bien sombres, je me suis régalé. J’ai dévoré ces deux albums d’une seule traite. Impossible de faire autrement. Vous êtes obligés de suivre le rythme ! Je recommande sans modération.
Un Amour exemplaire
Je ne m'attendais vraiment à rien en prenant cette BD. Et comme cela arrive des fois, j'ai passé un très beau moment. On suit deux temps dans la narration. Celui des auteurs rapidement rejoints par les clients alentours. Et dans le passé celui de notre couple de héros romantiques. Tout cela est servi de manière vive avec pleins de louches de nostalgie saupoudré d'humour et de sentiments contraires. On navigue entre sourires et émotions tout le long. Le dessin à gros nez de F.Cestac souligne bien la farce de tout ceci... Miam.
Aliss
Il y a fort à parier que la sortie d’Aliss en BD fera parler d’elle. Déjà, à son annonce, voilà 2 ans, avait fait grand bruit. Les raisons sont multiples. Patrick Senécal, le romancier d’horreur favori des Québécois sera enfin adapté en BD et pour ce faire, rien de mieux que de prendre un de ces premiers romans. Un roman culte qui a fait parler de lui et fait toujours parler de lui 20 ans plus tard. Et, cette adaptation, sera faite par Jeik Dion, un auteur de BD qui ne demandait qu’à exploser au public. La combinaison semblait parfaite, et les attentes dans le milieu étaient grandes. Le résultat est-il à la hauteur ? Il les dépasse selon moi ! L’histoire d’Aliss est simple. L’auteur fait une relecture de l’histoire d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Il transporte l’histoire à une époque contemporaine dans un milieu urbain sombre, angoissant et dangereux et transforme Aliss en une jeune femme cherchant son identité dans ce monde qui n’est pas pour elle. Et cette quête initiatique d’Aliss dans la recherche de son moi se fera dans un univers où l’interdit est inexistant, pire est encouragé par La Reine Rouge qui domine ce monde en le forgeant à son image. Les étapes de cette quête seront difficiles pour Aliss. Pour se découvrir, elle passera par la drogue, le sexe, la peur, la violence. Tout au long de l’histoire, elle ne cessera de se déguiser pour essayer de se trouver. L’auteur pour se faire ne se permet aucune censure. Ici, tout est écrit, imagé. Le sexe est sale, les lieux sont délabrés, les personnages sont tordus, la violence est crue. L’interdit n’existe pas dans le monde d’Aliss comme dans l’écriture de son auteur. Le pari était donc grand. Comment réussir à adapter, aussi fidèlement que possible, une histoire aussi trash, imagée en BD ? Comment réussir à faire pénétrer le lecteur ou la lectrice dans ce monde malsain ? Tout cela pour le plus large public possible ! Et c’est là que la magie de Jeik Dion rentre en jeu. L’histoire d’Aliss en BD passe avant tout par le dessin magistral du dessinateur. Par sa capacité à le faire parler, à le rendre vivant sous nos yeux. Par le talent de pouvoir nous faire rentrer dans ce monde de violence, de sexe, de drogue, de terreur sans rien omettre, mais de toujours être capable de rendre ça tolérable pour les yeux sans enlever le côté malaisant de l’histoire. C’est aussi ce pouvoir de sa mise en scène avec ce cadrage qui fait sortir les images de leur case pour la création de cette ambiance terne et urbaine du roman. Jeik le fait à la perfection. Il joue tout aussi bien avec les couleurs, les ombres et les lumières pour magnifier son dessin. Pour le rendre encore plus vivant. Le pari est grandement réussi ! Ce n’est pas un secret pour les gens qui me connaissent, je suis un grand admirateur de l’œuvre de Jeik Dion. Je crie haut et fort, et cela depuis longtemps, qu’il est l’un de nos plus grands dessinateurs du Québec. Son style est une mosaïque de plusieurs influences. On ressent et l’on voit du Otomo pour cette grande capacité à faire parler son dessin comme seuls les grands savent le faire. On voit un peu de Shirow pour les personnages aux traits gros. On sent l’influence de Moebius et Druillet dans son trait, mais aussi dans l’attitude, dans la volonté de faire éclater la BD. Ses influences américaines sont bien visibles aussi, je vous laisse le plaisir de les découvrir. C’est un dessinateur complexe, brillant, qui joue avec tous les éléments possibles. C’est un artiste qui s’amuse avec le dessin et c’est probablement sa plus grande qualité. De pouvoir sentir son cœur, sa passion dans chaque coup de crayon. Et c’est aussi le seul défaut de cette BD à mes yeux. Car, comme Bone et Chair, j’ai cherché l’âme de Jeik Dion dans cette BD et je n’ai trouvé que son cœur. Tel que Verrue, Jeik est arrivé à maturité. Il est temps pour lui de construire son univers. De nous présenter ses histoires, ses émotions, son âme. De voler de ses propres ailes et faire exploser son talent de créateur. Car c’est évident que ça bouillonne en lui ce désir. Il ne lui reste, maintenant, plus qu’à saisir l’élan qu’Aliss lui donnera, pour prendre la place qu’il mérite dans la BD, celle d’un grand créateur et dessinateur. Aliss c’est une réussite. Une adaptation fidèle et brillante. C’est pour un public averti bien entendu. Il ne vous reste qu’une seule chose à faire. Attendre sa sortie en librairie et courir l’acheter. La BD est le neuvième art et cette BD est une magnifique œuvre d’art qui laissera sa trace dans le monde de la BD.
Ken'en - Comme chien et singe
Je n'ai lu que quelques pages du premier tome avant de m'empresser d'acheter les 7 autres. Cela va maintenant faire un an que je me suis procuré la série et je les relis régulièrement. L'histoire me fascine, elle est touchante, avec des moments cocasses qui font tourner nos émotions en bourrique, nous serrant le coeur à un moment et en nous faisant rire celui d'après. Ce Manga est désormais dans mon top 1 et il y restera sans doute pour toujours.
Transmetropolitan
Arrivé à la moitié du premier volume, la collection en compte six, je m’orientais vers le premier avis tant « Spider Jérusalem » le personnage central est trivial sur la forme, alors que l’histoire peine à avoir du fond. Mais petit à petit, on se prend à aimer suivre les enquêtes de ce journaliste indépendant et sans concession, quand on lit ses premiers articles écrits à l’acide et aux fèces (oui, oui). On comprend mieux la ville futuriste dans laquelle il évolue, qui n’est en réalité qu’une exagération de notre société médiatique actuelle. L’information télévisuelle y est partout et intrusive (comprenez, sur tous les murs de votre logement, sur les trottoirs...), mais n’explique rien et se contente d’énoncer des faits, pour pouvoir mieux placer ses émissions de divertissement très vulgaires et ses pubs. Ce monde est d’ailleurs fantastique, avec ses émissions pornographiques pour enfants, sa fabrication d’humains pour l’alimentation, et oh oui ! ses « faiseurs » ! Des machines capables, à partir d’un bloc de matière densifiée (ou d’ordures pour la classe moyenne), de fabriquer vos vêtements, vos repas et… leur propre drogue. Et si vous la leur retirez, une tête de cheval qu’ils placeront dans votre lit, comme menace de mort quand ils appartiennent à la mafia. Les progrès scientifiques y sont légions, comme l’asexuation, pour ne plus à avoir de rapports sexuels, les médicaments contre le cancer, pour pouvoir énormément fumer, le remplissage de l’estomac par des bactéries, pour ne plus avoir à manger, et d’autres qui seront moins anecdotiques, comme la capacité à réveiller les personnes cryogénisées dans le passé, dont l’arrivée dans ce futur oppressant rendent fous, ou ces humains qui veulent se transformer en « faiseur » ! « Spider Jérusalem » traverse ce décor avec sa rage, sa violence et son humour, pour ouvrir les yeux de ses concitoyens lobotomisés, quitte à les secouer trop vivement et à vous faire souffrir de le lire. Mais si vous passez la lecture du premier volume, vous devriez succomber à cet univers brutal et à son personnage féroce même si l’œuvre reste de premier abord décousue. En seconde lecture, la personnalité surprenante du héros ne jouant plus, c'est réellement une très bonne bande dessinée !
V pour Vendetta
Après avoir découvert Watchmen, que je pensais être la meilleure création de Alan Moore, j'appris qu'il en aurait écrit une autre d'un niveau au moins égal. Plutôt sceptique je me la suis procuré et j'avoue que les couleurs fades m'ont d'abord confirmé dans mon a priori. De plus, les décors datés étaient très connotés années 80 alors que l'intrigue était censée se dérouler à la fin des années 90. Et pourtant, malgré cela on plonge très rapidement dans l'histoire de cet anarchiste qui tente seul de renverser tout un système. On se prend d'amitié pour cet homme dont on ne verra jamais le visage, on comprend ses raisonnements et on en vient à défendre l'anarchie à coup de citations auprès de ses amis : "Anarchie veut dire « sans maître », pas « sans ordre »". Un chef d'œuvre captivant.
Watchmen
J'ai découvert Alan Moore au début des années 90 par le biais de Watchmen. Et j'ai découvert "Watchmen" par le biais de son tome 4 ("le Hibou") dans la série en 6 tomes, emprunté à la médiathèque par un proche. Pas facile de commencer une œuvre dense et complexe par le milieu, car on reste sur sa faim et on se questionne aussi beaucoup. Alors on réfléchit à partir des indices que l'on a trouvés et on essaie de savoir qui étaient les "Minutemen", qui sont les héros contemporains cités et quels sont leurs liens. Puis on comprend que cette bande dessinée évoque non seulement des personnages, mais aussi leur passé, le contexte de celui-ci, et par là, comment les raisons de leur chanement. Bref, on apprend que des personnages dessinés peuvent avoir de l'épaisseur et qu'il me faudra à tout prix lire l'ensemble des tomes. Cahin-caha, je parvins à lire les premiers volumes et le numéro 3 ("Rorschach") va changer ma perception de la bande dessinée (et mes exigences vis-à-vis de cet art). En une douzaine de cases dénuées de dialogue, Rorschach va résoudre une affaire horrible d'enlèvement d'enfant et le lecteur en rester pantois. Tout le reste est à l'avenant et vous le découvrirez dès les premières pages avec la double lecture de certaines cases que l'on peut lire à raison d'une sur deux. Un chef d’œuvre.
Chère Patagonie
Je suis partagé après ma lecture de cet album. J’ai été franchement séduit par la beauté plastique du dessin de Jorge Gonzalez. Certaines planches sont d’une fulgurance ! Très sombres, on a l’impression de redécouvrir certains peintres abstraits. Je me suis d’ailleurs parfois plu à revenir en arrière pour en admirer à nouveau la force. Quant au dessin des personnages, avec un trait proche de de Crécy ou de Gipi, c’est atypique – mais c’est un dessin que j’apprécie, et qui je trouve se marie très bien avec les planches muettes et très belles déjà évoquées. Qui se marie très bien aussi avec ces paysages évanescents, interminables, évoquant la fin du monde, alors que ce n’est qu’un finistère. Envoûtant donc. C’est cet aspect graphique qui justifie mon coup de cœur. Mais ce n’est pas que dans ces immensités brumeuses que je me suis perdu, mais aussi dans les histoires, que Gonzalez a compilées, avec l’aide de quelques camarades. En effet, le propos était semble-t-il de dresser un portrait amoureux de la région, au travers de quelques personnages, sur une période d’un siècle et demi environ. Mais certaines histoires me sont restées trop obscures (et là le dessin, très sombre et jouant surtout sur l’évocation, n’aide pas). Même si je reconnais que le petit dossier final donne un peu plus de corps à l’ensemble, en replaçant le contexte, en donnant du tangible, des événements réels – et souvent tristes et violents : cela fait davantage sens. Au final, difficile de noter cet album inclassable. Même si j’ai été un peu dérouté et quelque peu déçu par certaines histoires, et ce qui pouvait en partie les lier, je ressors tout de même très satisfait de ma lecture, et arrondis donc à quatre étoiles (note réelle 3,5/5).
L'Agent
Cela fait un moment que je n'avais lu une BD mêlant fantastique et espionnage. J'avoue, la couverture un peu austère ainsi que le titre également austère pourraient rebuter nombre de lectrices et lecteurs potentiel(le)s. Mais après avoir rencontré et interviewé Mathieu Gabella, son scénariste, intrigué par son pitch. Et c'est vrai que sur le papier, c'est alléchant : des agents du renseignement qui pratiquent la sorcellerie, et traquent des créatures surnaturelles... Une femme flic au fort tempérament, plutôt jolie mais sans être là seulement pour faire joli... Cela va très vite, il se passe beaucoup de choses, c'est même un peu beaucoup en termes d'information, mais nul doute que la suite de la série va "éclairer les choses, connaissant Gabella. En tous les cas, j'aime bien, il y a un potentiel pour une vraie bonne série, peut-être même un classique du genre. j'ai pensé plusieurs fois au Chant des Stryges en lisant l'album, non seulement pour la dynamique narrative (Gabella assume dans les bonus avoir potassé de la littérature sur l'art du scénario, et pas que du scénario BD), et cela est également dû au style graphique de l'Espagnol Fernando Dagnino, qui a déjà une belle carrière chez DC, qui émarge dans le même registre dynamique et rugueux que Richard Guérineau. Ralph Meyer est un modèle déclaré par le dessinateur, par ailleurs. De belles références, qui donnent une idée de la qualité des planches, pleines de bruit et de fureur, de cette nouvelle série dont j'attends la suite.