Christian Perrissin et Matthieu Blanchin ont donc remis un ouvrage sur leur métier. Après la déjà remarquable Martha Jane Cannary, ils se focalisent une nouvelle fois sur une petite histoire dans l'Histoire, de celles qui lui donnent toute sa saveur et sa chair. De celles qui permettent de sentir son souffle épique agiter votre imaginaire.
Le duo nous plonge la tête sous l'eau dès les premières pages qui décrivent la préparation de l'expédition. Là, on sent bien que notre Commodore Anson n’y croit pas des masses. Tout comme le lecteur qui, même non instruit des choses militaires, comprend rapidement que cette mission est moisie. Huit navires dont deux pinques pour assurer le transport des prises qui s'annoncent immanquablement prodigieuses, c'est déjà beau, non ? De quoi qu'y se plaint ?... Anson se montre néanmoins respectueux des ordres donnés. Il a en outre à cœur de prouver une nouvelle fois sa valeur. En homme avisé, il prépare au mieux le calvaire qui l'attend, à savoir un mille-feuille de galères avec des vrais morceaux de bravoure dedans !
On s'en doute bien, la mer n'est pas un long fleuve tranquille, et elle réserve bien des surprises. Le lecteur affronte ainsi des tempêtes proprement monstrueuses, contracte des maladies qui feraient blêmir la covid, s'infligeant des conditions de survie un tantinet incertaines... Mais il se sent aussi porté par quelque chose de plus grand que lui, quand le sort cesse soudain de s'acharner... Tout ça pour tenter, bien humblement, de se mesurer à ces hommes d'une autre trempe qui, le destin chevillé au corps, traçaient leur sillon jusque dans les bras de la mort !
Tout cela est mis en récit par Christian Perrissin. Le chapitrage permet de suivre le « voyage » par étapes, comme autant de paliers dans cette descente vers l'enfer. Des cartes et des gravures apportent encore du coffre à cette histoire incroyable. Établie à partir du récit rédigé par le chapelain de l'expédition et qui fut dès sa sortie un succès éditorial (là aussi un petit poème), la trame narrative permet de se tenir au plus près des personnages, de saisir mieux leur humanité. Ainsi, on admire leur sang-froid et leur obstination, tout autant leur savoir-faire. On loue leur génie intuitif, leur capacité à improviser... Car en plus d'être des combattants, dans tous les sens du terme, au moral forgé, les mecs sont des artisans rompus. On appréciera également la sagesse de George Anson qui le pousse à se munir de quelques récits de navigation et d'exploration de première main. Les livres, quand même... On jugera enfin de la valeur de ces navigateurs hors-pair, notamment au moment de doubler un Cap Horn à la hauteur de sa légende, un moment particulièrement réussi du livre.
Au fil du récit, à travers des situations extrêmes, on parvient à s'immiscer dans le geste et l'esprit de ce temps où l'homme, même réduit à un sort peu enviable, pouvait toujours compter sur un savoir éprouvé pour s'arracher à la mort. Une époque où l'essentiel avait un sens palpable. Une époque où commandement n'était pas synonyme de management. Allez ! Voilà le fantasme qui pointe son nez ! Parce que faut reconnaître aussi qu'à l'époque, tu pouvais toujours te payer avec le droit à l'erreur... Quoiqu'il en soit, c'était, comme on dit, une autre époque, l'occasion étant donnée ici de saisir une nouvelle fois toute la portée de cette vérité de comptoir !
Matthieu Blanchin semble s'être emparé des illustrations comme un mort de faim. Et l'alchimie fonctionne une fois de plus. Pour donner corps à cette épopée échevelée s'étirant sur quatre années d'une densité homérique, il fallait bien son dessin nerveux, creusé dans la matière. Ces personnages aux visages burinés, liés dans les épreuves et la mort, le sont également dans la texture sauvage, urgente. Le trait laisse parler les personnages, au point qu'ils semblent vous murmurer un avertissement solennel. T'as plus le choix. Va falloir t'accrocher à tes tripes. T'auras plus que ça quand tes dernières forces t'auront abandonné. Des forces en l’occurrence insoupçonnées...
Au-dessus de ces corps tragiques, comme mus par des réflexes désespérés, les regards acquièrent d'autant plus de force. Ils vous percutent et vous happent, traduisant parfaitement le doute, la détresse, la détermination, l'idée qui surgit, le plan qui se fait jour, l'espoir renaissant de ses cendres... Les paysages, par un effet de contraste saisissant et riche de sens, sont parfois l'objet d'un traitement particulier, à l’aquarelle notamment. Des moments idylliques et rares, suspendus sur le fil tendu de cette course échevelée. Le regard, sans doute, de l'artiste de l'expédition que l'on surprend en de rares occasions à poser son chevalet...
De cet événement héroïque dont les conséquences furent loin d'être négligeables, Christian Perrissin et Matthieu Blanchin dressent une peinture exceptionnelle, nous invitant à pénétrer dans la matière mouvante de l'Histoire, tout au bord du gouffre, quand soudain... Puisse ainsi le fabuleux voyage du Commodore Anson éclairer un peu notre présent !
Cardon est un vieux routier, qui a participé par ses dessins à de nombreuses entreprises : dessins de presse (Canard enchainé ; Humanité ; Le Monde), mais aussi des choses plus rentre dedans, dans Hara Kiri, Siné Massacre, Charlie Hebdo ou L’Écho des savanes.
Par son activité, mais aussi par son dessin, Cardon a des accointances avec Topor. C’est assez visible ici, où son dessin use d’un Noir et Blanc à la fois précis et brumeux, mais surtout de décors étranges : il y a là beaucoup de poésie, et un certain surréalisme affleure dans les dédales de cette « cathédrale », au sein desquels se meut un personnage que nous suivons, sorte d’alter ego de l’auteur.
Car, sans aucune parole, et avec une narration faisant la part belle à l’imagination, louvoyant entre quelques repères rappelant la réalité, c’est bien des quelques moments forts de sa propre vie que Cardon se sert pour guider le lecteur, à commencer par la seconde guerre mondiale, qui l’a fortement marqué (une longue préface présente d’ailleurs très bien cet aspect).
Et bien sûr on y retrouve sa vision des pouvoirs et de la religion : la plupart des publications pour lesquelles il a travaillé ne les portaient pas dans leur cœur !
Par-delà l’aspect autobiographique, je dois dire que j’ai été captivé par ce dessin, vraiment très beau (et pour moi son caractère poétique est un réel plus). C’est vraiment un plaisir pour les yeux !
L'histoire commence par le baron de Münchhausen qui rentre chez lui pour profiter de sa retraite dans son village auprès de sa femme. Ce dernier ne quitte plus son domaine, car sa femme le lui interdit.
Ce qu'il faut savoir, c'est que le baron de Münchhausen a énormément voyagé et vécu toutes sortes de péripéties rocambolesques, et que ce dernier adore les conter, au point qu'on commence sérieusement à croire ses histoires farfelues.
Un jour, un vendeur itinérant propose aux villageois un livre, racontant les histoires du baron. La population est donc très intriguée et cela lance un certain engouement pour les histoires du baron.
Ce récit est donc ponctué d'une part de pleins de petites histoires, racontées par le livre ou le baron lui même. Et d'une autre part, de la réaction que provoque ces histoires au sein du village. Certains sont crédules, d'autres sceptiques. Certains retournent ciel et terre pour entendre les histoires, d'autres refusent de les écouter.
J'avoue n'avoir pas été grandement emballé par les nombreuses petites histoires du baron. Certes, elles sont magnifiquement illustrées, avec à chaque fois, un style graphique différent et très réussi. Mais je n'ai pas été vraiment immergé dans ces fables.
En revanche, j'ai adoré la partie du récit se passant dans le présent, où l'on nous montre les différentes réactions des villageois. De même, le baron lui même m'est apparu comme quelqu'un de fort sympathique. Il s'agit en vérité d'un conteur, souhaitant juste en mettre plein les oreilles à son auditoire.
En vérité, peu importe si les histoires du baron sont véridiques ou complètement inventées. Les villageois écoutent le baron car c'est un excellent conteur, qui les fait rêver. Je pense que tout le monde sait qu'il s'agit de fantaisies. Mais et alors? Nous même, lecteur de BD, sommes les premier à lire et écouter des histoires que nous savons imaginaires. Cela ne nous empêche absolument pas de les dévorer, avec des étoiles pleins les yeux.
Je pense que tout l'intérêt de cette BD se trouve là et qu'il s'agit du message qu'a voulu nous transmettre Masbou.
Enfin, l'album est beau, magnifique même. Mais c'est devenu normal pour un dessinateur talentueux comme Masbou.
4 étoiles
MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Le scénario est très bien monté. Les dialogues bien écrits, un déroulement fluide avec les rebondissements nécessaires – ni trop, ni trop peu - qui maintiennent le suspense jusqu’au bout. Entre action et récit introspectif, on découvre un album tout en sensibilité avec une bonne dose de valeurs humaines et une autre de chronique sociale. Ces robins des bois au talent plus qu’incertain ne vont pas réussir à aller très loin dans leur projet, mais là n’est pas l’essentiel. Les personnages sonnent juste, leur vie passée est là pour le rappeler. Le dessin est précis, plein d’énergie, les scènes de rixes sont réussies, et grosse qualité : ce n’est pas une BD bavarde. Pas trop de texte, de l’efficacité, l’album a du rythme ! C’est très bon ! Un coup de cœur !
Mais que c’est bon cette BD ! Qu’est-ce que j’ai ri ! Pas pouffé dans mon coin, non non, je me suis bien esclaffé à la découverte des nombreux gags saugrenus complétement décalés ! un vrai rire quoi ! C’est complétement dingue ! L’absurdité des situations est gérée de main de maitre par Fabcaro. C’est jouissif !
Le rythme est soutenu ! Au moins un gag par page. C’est simple et efficace. Bien évidemment le dessin est un peu figé ! C’est la marque de l’auteur ! Mais c’est parfait pour appuyer le côté caricatural et burlesque des situations. Côté narration, c’est jubilatoire. A prendre au deuxième degré bien évidemment.
Pour résumer mes sentiments, je dirais comme le grand philosophe belge Mac Arthur … pute borgne ! voilà tout est dit ! Cette parodie de romans photos est à déguster comme un petit bonbon sucré ! Je me suis régalé.
Question existentielle qui me taraude … et si l’amour c’était aimer manger de la macédoine ?
J’ai longtemps hésité à plonger dans Walking dead version BD. J’avais tellement apprécié la série sur Netflix, que je craignais d’être déçu. C’est donc avec un peu d’appréhension que je me suis lancé. J’ai bravé mes certitudes en me procurant d’un seul coup tous les albums. Quitte à plonger, il ne faut pas faire les choses à moitié !
Et pour tout vous dire, je me demande encore pourquoi j’ai attendu tout ce temps pour me glisser dans le monde peuplé de zombies de Robert Kirkman ! Si j’ai apprécié la version télé, j’ai adoré la version dessinée.
Ca secoue assurément. C’est bon. J’adore les histoires dans un décor post apocalyptique ! Et là je suis servi ! 33 tomes que m’ont procuré un plaisir visuel incomparable.
On suit les péripéties d’un groupe de personnes essayant de survivre face à une invasion de morts vivants. Rick Grimes, un ancien policier est à la tête de ces survivants .
La force du récit, ce n’est pas les zombies qui restent bien présents et dangereux, mais plutôt la subsistance de l’homme civilisé. La société se craquèle. Les rapports humains sont bouleversés. La loi du plus fort devient la règle. Des choix difficiles doivent être pris. Le monde que nous connaissons est en danger. Les rescapés doivent s’adapter pour survivre tout en maintenant une once d’éducation et de savoir-vivre pour ne pas devenir une horde sans foi ni loi.
Rick Grimes incarne les valeurs dites d’un monde civilisé. Il fait tout pour protéger ses proches et assurer leur survie. Il poursuit donc sa mission de gardien de l’ordre au milieu du chaos… aider et défendre, même si il n y a plus d’autorité, plus de police et plus d’espoir.
Le dessin est simple. L’aspect noir et blanc peut rebuter mais ce choix au final se justifie plus on avance dans l’histoire. Du suspens à couper le souffle. Les albums se lisent rapidement. Pas de prise de tête.
Je vous invite à lire cette série même si vous n’appréciez pas les zombies ! Vous serez immédiatement accro ! Oui c’est sanguinolant ! Oui c’est gore ! mais je suis sûr qu’au final vous serez convaincu. C’est une série magistrale à ne rater sous aucun prétexte. On ne parle pas de la mort mais bien de la vie ! je recommande vivement.
Une fois n'est pas coutume, amenons directement ce dialogue puisé dans l'épilogue :
"- trop de questions sans réponse.
- Elle est toute simple la réponse : l'action mon vieux, le mouvement"
Avec ces quelques lignes, Hugues Micol vient de résumer parfaitement les 320 pages de son pavé graphique qui se peut se lire comme une suite de sa première oeuvre Romanji (3) mais également comme un reboot totalement indépendant.
Rappelons rapidement que cet OVNI pouvait facilement diviser (l'avis de Ro en est un bel exemple en contrepartie du mien). Il y a au moins de la consistance dans cette haletante course-poursuite qui renvoie autant aux dialogues d'un Michel Audiard pour certaines réparties pas piquées des hannetons qu'à un polar bien noir et craspec.
On retrouve le valeureux agent Sabre qui n'en a décidément pas terminé avec son enquête surréaliste en croisant quelques créatures fantastiques et même quelques divinités. Hugues Micol dont le trait s'apparente désormais à celui plus charbonneux de Blutch arrive à captiver son lectorat tout en le désorientant par quelques effets temporels de mise en scène dont il est préférable de ne rien dévoiler.
Il y aura de l'action, de l'absurde, de l'humour noir et pas mal de gunfights. La frénésie initiale laisse ici place à une subtilité narrative efficace. Et c'est même assez joli à regarder si on adhère au style survolté de son auteur.
Séquelles ne plaira pas au plus grand nombre mais offre de belles perspectives de relecture pour qui veut bien abandonner un peu de sa rigueur cartésienne. Hugues Micol n'aura jamais été aussi généreux quitte de présenter un plat à la limite indigeste par la multitude de ses ingrédients.
Inutile de s'appesantir davantage sur ce classique absolu de la littérature mondiale qui reste aujourd'hui et pour de longues années malheureusement l'exemple de ce qu'il ne faudrait pas suivre en politique et dans une société de plus en plus surveillée et falsifiée. Cela doit faire plus de 35 ans que j'en connaissais chaque ligne et presque tout autant que je souhaitais en lire une adaptation en bande dessinée.
Quelle ne fut pas ma surprise de trouver non pas une ou deux adaptations en ce début d'année 2021 mais bien quatre toutes distinctes et d'éditeurs différents.
Celle de Soleil était mon choix initial et le resta même si je risque de craquer sur d'autres adaptations. La motivation de ces lectures n'est pas tant de retranscrire l'univers froid et sans émotions du monde créé par George Orwell mais bien d'en ressentir de nouvelles par les dessins.
De ce côté-là, tout est plutôt bien retranscrit en seulement 120 pages de dessins inspirés par la ligne claire franco-belge classique et tout en nuances de gris. Quelques couleurs rehaussent intelligemment les rares moments de plaisir (un verre d'alcool, une étreinte, la nature) et le rythme est très soutenu. La première partie décrit assez rapidement (mais pas succinctement) toutes les caractéristiques de ce Londres déshumanisé même si de nombreux détails sont survolés et qu'on aurait apprécié encore plus de de décors écrasants sur quelques doubles pages par exemple.
L'accent est en effet porté sur la relation entre Winston Smith et Julia qui restent présent au cœur du récit. Le travail est assez conséquent pour ce qui semble être l'adaptation la plus condensée et la plus accessible pour un jeune public. Rien que pour tout cela et une narration très fluide, cette adaptation du chef d'œuvre d'Orwell mérite amplement votre attention.
J'ai dévoré ces deux tomes, quel pied de se prendre un récit d'anticipation qui fourmille d'idées nouvelles qui explosent avec une palette vive de couleurs extrêmement nombreuses et un dessin tout en courbe, humain, qui parle aux sens.
On a à la fois un récit intelligent et des personnages attachants, bourrés de sentiments. Que j'aime leur langage très parlé, un langage de jeune de mon époque, et qui parvient à se glisser malicieusement comme de la littérature. Les prénoms tous plus vieillots les uns que les autres m'ont semblé un autre choix osé, mais judicieux. Je comprends que cela ne sera pas du tout du goût de tous, et je suis admiratif devant le courage des auteurs qui n'ont fait aucune concession et sont allé au bout de leurs choix artistiques et philosophiques. Cette BD est intelligente et a clairement nécessité un énorme travail d'écriture.
Vivre virtuellement ? Ce futur ne semble pas tellement improbable. Dans cette œuvre, vous découvrirez d'abord toutes les possibilités que l'on n'avait même pas imaginée à une vide dans l'ordinateur : vivre plusieurs choses à la fois, à la fois avec et sans les autres. Vous verrez les questions que cela soulève, comment l'esprit humain réagit, comment l'humanité peut évoluer.
Le tome 2 ne m'a pas déçu, même s'il est vrai qu'il est moins limpide que le 1er, il poursuit indubitablement la réflexion entamée, et sans lui on n'aurait pas toutes les réponses. Quel plaisir aussi toute cette double lecture sur le rapport entre la personne et son créateur. Que de pistes pour celui qui garde à l'esprit cette hypothèse que nous sommes issus d'un "jeu de la vie" (un algorithme avec des contraintes qui ne crée pas la vie, mais lui donne les circonstances).
J'oubliais de parler de ce qui sera peut-être le plus marquant pour une partie des lecteurs : une grande se(x)nsualité (surtout le tome 1), une imagination qui fantasme, et qui n'est pas le moindre plaisir de cette lecture, mais pas son sujet principal.
Vandermeulen nous pond ici une sorte de manuel, destiné aux parents souhaitant aider leurs rejetons à se constituer une bonne culture littéraire : une sorte de Lagarde et Michard du pauvre, qui revisite et présente quelques grands auteurs, au travers de quelques pages censées présenter leur œuvre la plus connue.
Si couverture et textes de présentation singent les grandes collections littéraires (chaque œuvre est présentée par un pseudo spécialiste, sur un ton souvent pompeux, prétentieux et naze), il ne faut pas parcourir trop de pages pour comprendre que l’entreprise n’est pas des plus sérieuses. Ou plutôt qu’elle feint de l’être pour mieux faire ressortir l’aspect grotesque, parfois totalement décalé, et souvent drôle en tout cas de ces extraits et de la revisite (avec un langage anachronique, des commentaires off alternant définitions improbables et précisions volontairement lourdingues et inutiles, avec souvent en fin de présentation des jeux et questionnaires de lecture eux-aussi farfelus). Quant aux histoires elles-mêmes, elles ressortent « légèrement » modifiées par l’imagination de Vandermeulen.
L’ensemble est inégal, certes, mais j’ai globalement bien aimé cet album, dont la lecture est d’autant plus réjouissante que l’on connait les auteurs et les œuvres ici présentés. C’est plus ambitieux – et bien plus réussi – que ce qu’a pu faire de façon plus minimaliste sur le sujet Henrik Lange par exemple. Et, ce qui est notable, c’est que ce n’est pas répétitif, l’auteur renouvelle les angles d’attaques et les types de déconne, de langage, etc.
En tout cas je suis étonné qu’il n’y ait pas plus d’avis sur cet album, qui procure une lecture jouissive, jouant sur à peu près tous les registres de l’humour. Je ne peux que vous encourager à y jeter un œil !
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Le Voyage du Commodore Anson
Christian Perrissin et Matthieu Blanchin ont donc remis un ouvrage sur leur métier. Après la déjà remarquable Martha Jane Cannary, ils se focalisent une nouvelle fois sur une petite histoire dans l'Histoire, de celles qui lui donnent toute sa saveur et sa chair. De celles qui permettent de sentir son souffle épique agiter votre imaginaire. Le duo nous plonge la tête sous l'eau dès les premières pages qui décrivent la préparation de l'expédition. Là, on sent bien que notre Commodore Anson n’y croit pas des masses. Tout comme le lecteur qui, même non instruit des choses militaires, comprend rapidement que cette mission est moisie. Huit navires dont deux pinques pour assurer le transport des prises qui s'annoncent immanquablement prodigieuses, c'est déjà beau, non ? De quoi qu'y se plaint ?... Anson se montre néanmoins respectueux des ordres donnés. Il a en outre à cœur de prouver une nouvelle fois sa valeur. En homme avisé, il prépare au mieux le calvaire qui l'attend, à savoir un mille-feuille de galères avec des vrais morceaux de bravoure dedans ! On s'en doute bien, la mer n'est pas un long fleuve tranquille, et elle réserve bien des surprises. Le lecteur affronte ainsi des tempêtes proprement monstrueuses, contracte des maladies qui feraient blêmir la covid, s'infligeant des conditions de survie un tantinet incertaines... Mais il se sent aussi porté par quelque chose de plus grand que lui, quand le sort cesse soudain de s'acharner... Tout ça pour tenter, bien humblement, de se mesurer à ces hommes d'une autre trempe qui, le destin chevillé au corps, traçaient leur sillon jusque dans les bras de la mort ! Tout cela est mis en récit par Christian Perrissin. Le chapitrage permet de suivre le « voyage » par étapes, comme autant de paliers dans cette descente vers l'enfer. Des cartes et des gravures apportent encore du coffre à cette histoire incroyable. Établie à partir du récit rédigé par le chapelain de l'expédition et qui fut dès sa sortie un succès éditorial (là aussi un petit poème), la trame narrative permet de se tenir au plus près des personnages, de saisir mieux leur humanité. Ainsi, on admire leur sang-froid et leur obstination, tout autant leur savoir-faire. On loue leur génie intuitif, leur capacité à improviser... Car en plus d'être des combattants, dans tous les sens du terme, au moral forgé, les mecs sont des artisans rompus. On appréciera également la sagesse de George Anson qui le pousse à se munir de quelques récits de navigation et d'exploration de première main. Les livres, quand même... On jugera enfin de la valeur de ces navigateurs hors-pair, notamment au moment de doubler un Cap Horn à la hauteur de sa légende, un moment particulièrement réussi du livre. Au fil du récit, à travers des situations extrêmes, on parvient à s'immiscer dans le geste et l'esprit de ce temps où l'homme, même réduit à un sort peu enviable, pouvait toujours compter sur un savoir éprouvé pour s'arracher à la mort. Une époque où l'essentiel avait un sens palpable. Une époque où commandement n'était pas synonyme de management. Allez ! Voilà le fantasme qui pointe son nez ! Parce que faut reconnaître aussi qu'à l'époque, tu pouvais toujours te payer avec le droit à l'erreur... Quoiqu'il en soit, c'était, comme on dit, une autre époque, l'occasion étant donnée ici de saisir une nouvelle fois toute la portée de cette vérité de comptoir ! Matthieu Blanchin semble s'être emparé des illustrations comme un mort de faim. Et l'alchimie fonctionne une fois de plus. Pour donner corps à cette épopée échevelée s'étirant sur quatre années d'une densité homérique, il fallait bien son dessin nerveux, creusé dans la matière. Ces personnages aux visages burinés, liés dans les épreuves et la mort, le sont également dans la texture sauvage, urgente. Le trait laisse parler les personnages, au point qu'ils semblent vous murmurer un avertissement solennel. T'as plus le choix. Va falloir t'accrocher à tes tripes. T'auras plus que ça quand tes dernières forces t'auront abandonné. Des forces en l’occurrence insoupçonnées... Au-dessus de ces corps tragiques, comme mus par des réflexes désespérés, les regards acquièrent d'autant plus de force. Ils vous percutent et vous happent, traduisant parfaitement le doute, la détresse, la détermination, l'idée qui surgit, le plan qui se fait jour, l'espoir renaissant de ses cendres... Les paysages, par un effet de contraste saisissant et riche de sens, sont parfois l'objet d'un traitement particulier, à l’aquarelle notamment. Des moments idylliques et rares, suspendus sur le fil tendu de cette course échevelée. Le regard, sans doute, de l'artiste de l'expédition que l'on surprend en de rares occasions à poser son chevalet... De cet événement héroïque dont les conséquences furent loin d'être négligeables, Christian Perrissin et Matthieu Blanchin dressent une peinture exceptionnelle, nous invitant à pénétrer dans la matière mouvante de l'Histoire, tout au bord du gouffre, quand soudain... Puisse ainsi le fabuleux voyage du Commodore Anson éclairer un peu notre présent !
Cathédrale
Cardon est un vieux routier, qui a participé par ses dessins à de nombreuses entreprises : dessins de presse (Canard enchainé ; Humanité ; Le Monde), mais aussi des choses plus rentre dedans, dans Hara Kiri, Siné Massacre, Charlie Hebdo ou L’Écho des savanes. Par son activité, mais aussi par son dessin, Cardon a des accointances avec Topor. C’est assez visible ici, où son dessin use d’un Noir et Blanc à la fois précis et brumeux, mais surtout de décors étranges : il y a là beaucoup de poésie, et un certain surréalisme affleure dans les dédales de cette « cathédrale », au sein desquels se meut un personnage que nous suivons, sorte d’alter ego de l’auteur. Car, sans aucune parole, et avec une narration faisant la part belle à l’imagination, louvoyant entre quelques repères rappelant la réalité, c’est bien des quelques moments forts de sa propre vie que Cardon se sert pour guider le lecteur, à commencer par la seconde guerre mondiale, qui l’a fortement marqué (une longue préface présente d’ailleurs très bien cet aspect). Et bien sûr on y retrouve sa vision des pouvoirs et de la religion : la plupart des publications pour lesquelles il a travaillé ne les portaient pas dans leur cœur ! Par-delà l’aspect autobiographique, je dois dire que j’ai été captivé par ce dessin, vraiment très beau (et pour moi son caractère poétique est un réel plus). C’est vraiment un plaisir pour les yeux !
Le Baron (Masbou)
L'histoire commence par le baron de Münchhausen qui rentre chez lui pour profiter de sa retraite dans son village auprès de sa femme. Ce dernier ne quitte plus son domaine, car sa femme le lui interdit. Ce qu'il faut savoir, c'est que le baron de Münchhausen a énormément voyagé et vécu toutes sortes de péripéties rocambolesques, et que ce dernier adore les conter, au point qu'on commence sérieusement à croire ses histoires farfelues. Un jour, un vendeur itinérant propose aux villageois un livre, racontant les histoires du baron. La population est donc très intriguée et cela lance un certain engouement pour les histoires du baron. Ce récit est donc ponctué d'une part de pleins de petites histoires, racontées par le livre ou le baron lui même. Et d'une autre part, de la réaction que provoque ces histoires au sein du village. Certains sont crédules, d'autres sceptiques. Certains retournent ciel et terre pour entendre les histoires, d'autres refusent de les écouter. J'avoue n'avoir pas été grandement emballé par les nombreuses petites histoires du baron. Certes, elles sont magnifiquement illustrées, avec à chaque fois, un style graphique différent et très réussi. Mais je n'ai pas été vraiment immergé dans ces fables. En revanche, j'ai adoré la partie du récit se passant dans le présent, où l'on nous montre les différentes réactions des villageois. De même, le baron lui même m'est apparu comme quelqu'un de fort sympathique. Il s'agit en vérité d'un conteur, souhaitant juste en mettre plein les oreilles à son auditoire. En vérité, peu importe si les histoires du baron sont véridiques ou complètement inventées. Les villageois écoutent le baron car c'est un excellent conteur, qui les fait rêver. Je pense que tout le monde sait qu'il s'agit de fantaisies. Mais et alors? Nous même, lecteur de BD, sommes les premier à lire et écouter des histoires que nous savons imaginaires. Cela ne nous empêche absolument pas de les dévorer, avec des étoiles pleins les yeux. Je pense que tout l'intérêt de cette BD se trouve là et qu'il s'agit du message qu'a voulu nous transmettre Masbou. Enfin, l'album est beau, magnifique même. Mais c'est devenu normal pour un dessinateur talentueux comme Masbou. 4 étoiles MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Ma révérence
Le scénario est très bien monté. Les dialogues bien écrits, un déroulement fluide avec les rebondissements nécessaires – ni trop, ni trop peu - qui maintiennent le suspense jusqu’au bout. Entre action et récit introspectif, on découvre un album tout en sensibilité avec une bonne dose de valeurs humaines et une autre de chronique sociale. Ces robins des bois au talent plus qu’incertain ne vont pas réussir à aller très loin dans leur projet, mais là n’est pas l’essentiel. Les personnages sonnent juste, leur vie passée est là pour le rappeler. Le dessin est précis, plein d’énergie, les scènes de rixes sont réussies, et grosse qualité : ce n’est pas une BD bavarde. Pas trop de texte, de l’efficacité, l’album a du rythme ! C’est très bon ! Un coup de cœur !
Et si l'amour c'était aimer ?
Mais que c’est bon cette BD ! Qu’est-ce que j’ai ri ! Pas pouffé dans mon coin, non non, je me suis bien esclaffé à la découverte des nombreux gags saugrenus complétement décalés ! un vrai rire quoi ! C’est complétement dingue ! L’absurdité des situations est gérée de main de maitre par Fabcaro. C’est jouissif ! Le rythme est soutenu ! Au moins un gag par page. C’est simple et efficace. Bien évidemment le dessin est un peu figé ! C’est la marque de l’auteur ! Mais c’est parfait pour appuyer le côté caricatural et burlesque des situations. Côté narration, c’est jubilatoire. A prendre au deuxième degré bien évidemment. Pour résumer mes sentiments, je dirais comme le grand philosophe belge Mac Arthur … pute borgne ! voilà tout est dit ! Cette parodie de romans photos est à déguster comme un petit bonbon sucré ! Je me suis régalé. Question existentielle qui me taraude … et si l’amour c’était aimer manger de la macédoine ?
Walking Dead
J’ai longtemps hésité à plonger dans Walking dead version BD. J’avais tellement apprécié la série sur Netflix, que je craignais d’être déçu. C’est donc avec un peu d’appréhension que je me suis lancé. J’ai bravé mes certitudes en me procurant d’un seul coup tous les albums. Quitte à plonger, il ne faut pas faire les choses à moitié ! Et pour tout vous dire, je me demande encore pourquoi j’ai attendu tout ce temps pour me glisser dans le monde peuplé de zombies de Robert Kirkman ! Si j’ai apprécié la version télé, j’ai adoré la version dessinée. Ca secoue assurément. C’est bon. J’adore les histoires dans un décor post apocalyptique ! Et là je suis servi ! 33 tomes que m’ont procuré un plaisir visuel incomparable. On suit les péripéties d’un groupe de personnes essayant de survivre face à une invasion de morts vivants. Rick Grimes, un ancien policier est à la tête de ces survivants . La force du récit, ce n’est pas les zombies qui restent bien présents et dangereux, mais plutôt la subsistance de l’homme civilisé. La société se craquèle. Les rapports humains sont bouleversés. La loi du plus fort devient la règle. Des choix difficiles doivent être pris. Le monde que nous connaissons est en danger. Les rescapés doivent s’adapter pour survivre tout en maintenant une once d’éducation et de savoir-vivre pour ne pas devenir une horde sans foi ni loi. Rick Grimes incarne les valeurs dites d’un monde civilisé. Il fait tout pour protéger ses proches et assurer leur survie. Il poursuit donc sa mission de gardien de l’ordre au milieu du chaos… aider et défendre, même si il n y a plus d’autorité, plus de police et plus d’espoir. Le dessin est simple. L’aspect noir et blanc peut rebuter mais ce choix au final se justifie plus on avance dans l’histoire. Du suspens à couper le souffle. Les albums se lisent rapidement. Pas de prise de tête. Je vous invite à lire cette série même si vous n’appréciez pas les zombies ! Vous serez immédiatement accro ! Oui c’est sanguinolant ! Oui c’est gore ! mais je suis sûr qu’au final vous serez convaincu. C’est une série magistrale à ne rater sous aucun prétexte. On ne parle pas de la mort mais bien de la vie ! je recommande vivement.
Séquelles
Une fois n'est pas coutume, amenons directement ce dialogue puisé dans l'épilogue : "- trop de questions sans réponse. - Elle est toute simple la réponse : l'action mon vieux, le mouvement" Avec ces quelques lignes, Hugues Micol vient de résumer parfaitement les 320 pages de son pavé graphique qui se peut se lire comme une suite de sa première oeuvre Romanji (3) mais également comme un reboot totalement indépendant. Rappelons rapidement que cet OVNI pouvait facilement diviser (l'avis de Ro en est un bel exemple en contrepartie du mien). Il y a au moins de la consistance dans cette haletante course-poursuite qui renvoie autant aux dialogues d'un Michel Audiard pour certaines réparties pas piquées des hannetons qu'à un polar bien noir et craspec. On retrouve le valeureux agent Sabre qui n'en a décidément pas terminé avec son enquête surréaliste en croisant quelques créatures fantastiques et même quelques divinités. Hugues Micol dont le trait s'apparente désormais à celui plus charbonneux de Blutch arrive à captiver son lectorat tout en le désorientant par quelques effets temporels de mise en scène dont il est préférable de ne rien dévoiler. Il y aura de l'action, de l'absurde, de l'humour noir et pas mal de gunfights. La frénésie initiale laisse ici place à une subtilité narrative efficace. Et c'est même assez joli à regarder si on adhère au style survolté de son auteur. Séquelles ne plaira pas au plus grand nombre mais offre de belles perspectives de relecture pour qui veut bien abandonner un peu de sa rigueur cartésienne. Hugues Micol n'aura jamais été aussi généreux quitte de présenter un plat à la limite indigeste par la multitude de ses ingrédients.
1984 (Torregrossa)
Inutile de s'appesantir davantage sur ce classique absolu de la littérature mondiale qui reste aujourd'hui et pour de longues années malheureusement l'exemple de ce qu'il ne faudrait pas suivre en politique et dans une société de plus en plus surveillée et falsifiée. Cela doit faire plus de 35 ans que j'en connaissais chaque ligne et presque tout autant que je souhaitais en lire une adaptation en bande dessinée. Quelle ne fut pas ma surprise de trouver non pas une ou deux adaptations en ce début d'année 2021 mais bien quatre toutes distinctes et d'éditeurs différents. Celle de Soleil était mon choix initial et le resta même si je risque de craquer sur d'autres adaptations. La motivation de ces lectures n'est pas tant de retranscrire l'univers froid et sans émotions du monde créé par George Orwell mais bien d'en ressentir de nouvelles par les dessins. De ce côté-là, tout est plutôt bien retranscrit en seulement 120 pages de dessins inspirés par la ligne claire franco-belge classique et tout en nuances de gris. Quelques couleurs rehaussent intelligemment les rares moments de plaisir (un verre d'alcool, une étreinte, la nature) et le rythme est très soutenu. La première partie décrit assez rapidement (mais pas succinctement) toutes les caractéristiques de ce Londres déshumanisé même si de nombreux détails sont survolés et qu'on aurait apprécié encore plus de de décors écrasants sur quelques doubles pages par exemple. L'accent est en effet porté sur la relation entre Winston Smith et Julia qui restent présent au cœur du récit. Le travail est assez conséquent pour ce qui semble être l'adaptation la plus condensée et la plus accessible pour un jeune public. Rien que pour tout cela et une narration très fluide, cette adaptation du chef d'œuvre d'Orwell mérite amplement votre attention.
Alt-Life
J'ai dévoré ces deux tomes, quel pied de se prendre un récit d'anticipation qui fourmille d'idées nouvelles qui explosent avec une palette vive de couleurs extrêmement nombreuses et un dessin tout en courbe, humain, qui parle aux sens. On a à la fois un récit intelligent et des personnages attachants, bourrés de sentiments. Que j'aime leur langage très parlé, un langage de jeune de mon époque, et qui parvient à se glisser malicieusement comme de la littérature. Les prénoms tous plus vieillots les uns que les autres m'ont semblé un autre choix osé, mais judicieux. Je comprends que cela ne sera pas du tout du goût de tous, et je suis admiratif devant le courage des auteurs qui n'ont fait aucune concession et sont allé au bout de leurs choix artistiques et philosophiques. Cette BD est intelligente et a clairement nécessité un énorme travail d'écriture. Vivre virtuellement ? Ce futur ne semble pas tellement improbable. Dans cette œuvre, vous découvrirez d'abord toutes les possibilités que l'on n'avait même pas imaginée à une vide dans l'ordinateur : vivre plusieurs choses à la fois, à la fois avec et sans les autres. Vous verrez les questions que cela soulève, comment l'esprit humain réagit, comment l'humanité peut évoluer. Le tome 2 ne m'a pas déçu, même s'il est vrai qu'il est moins limpide que le 1er, il poursuit indubitablement la réflexion entamée, et sans lui on n'aurait pas toutes les réponses. Quel plaisir aussi toute cette double lecture sur le rapport entre la personne et son créateur. Que de pistes pour celui qui garde à l'esprit cette hypothèse que nous sommes issus d'un "jeu de la vie" (un algorithme avec des contraintes qui ne crée pas la vie, mais lui donne les circonstances). J'oubliais de parler de ce qui sera peut-être le plus marquant pour une partie des lecteurs : une grande se(x)nsualité (surtout le tome 1), une imagination qui fantasme, et qui n'est pas le moindre plaisir de cette lecture, mais pas son sujet principal.
Littérature pour tous
Vandermeulen nous pond ici une sorte de manuel, destiné aux parents souhaitant aider leurs rejetons à se constituer une bonne culture littéraire : une sorte de Lagarde et Michard du pauvre, qui revisite et présente quelques grands auteurs, au travers de quelques pages censées présenter leur œuvre la plus connue. Si couverture et textes de présentation singent les grandes collections littéraires (chaque œuvre est présentée par un pseudo spécialiste, sur un ton souvent pompeux, prétentieux et naze), il ne faut pas parcourir trop de pages pour comprendre que l’entreprise n’est pas des plus sérieuses. Ou plutôt qu’elle feint de l’être pour mieux faire ressortir l’aspect grotesque, parfois totalement décalé, et souvent drôle en tout cas de ces extraits et de la revisite (avec un langage anachronique, des commentaires off alternant définitions improbables et précisions volontairement lourdingues et inutiles, avec souvent en fin de présentation des jeux et questionnaires de lecture eux-aussi farfelus). Quant aux histoires elles-mêmes, elles ressortent « légèrement » modifiées par l’imagination de Vandermeulen. L’ensemble est inégal, certes, mais j’ai globalement bien aimé cet album, dont la lecture est d’autant plus réjouissante que l’on connait les auteurs et les œuvres ici présentés. C’est plus ambitieux – et bien plus réussi – que ce qu’a pu faire de façon plus minimaliste sur le sujet Henrik Lange par exemple. Et, ce qui est notable, c’est que ce n’est pas répétitif, l’auteur renouvelle les angles d’attaques et les types de déconne, de langage, etc. En tout cas je suis étonné qu’il n’y ait pas plus d’avis sur cet album, qui procure une lecture jouissive, jouant sur à peu près tous les registres de l’humour. Je ne peux que vous encourager à y jeter un œil !