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Kent State, quatre morts dans l'Ohio (Kent State, four dead in Ohio)

Note: 4/5
(4/5 pour 4 avis)

2020 : prix Comics de la critique ACBD 50 ans après les événements tragiques de la manifestation de Kent State, Backderf livre un récit historique magistral et poignant.


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Après l’autobiographie (Mon ami Dahmer) et l’autofiction (Trashed), l’auteur américain Derf Backderf réalise un magistral documentaire historique sur les années 1970 et la contestation contre la guerre du Vietnam. Kent State relate les événements qui ont mené à la manifestation du 4 mai 1970 et à sa violente répression sur le campus de cette université de l’Ohio. Quatre manifestants, âgés de 19 à 20 ans, furent tués par la Garde nationale au cours de cette journée. Cet événement marqua considérablement les esprits et provoqua des manifestations gigantesques dans tout le pays avec plus de quatre millions de personnes dans les rues, marquant un retournement de l’opinion publique sur l’engagement américain au Vietnam. Derf Backderf, avait 10 ans à l’époque des faits. Il a vu des troupes traverser sa ville en 1970, et il a été profondément marqué par la répression sanglante de la manifestation du 4 mai. Dans Kent State, il brosse le portrait des étudiants qui seront tués au cours de la manifestation ainsi que celui d’un membre de la Garde nationale. Sa description détaillée de la journée du 4 mai 1970, montre comment l’incompétence des responsables locaux a débouché sur une véritable boucherie. Derf Backderf a consacré trois ans à la réalisation de Kent State, il a réalisé un véritable travail journalistique et interviewé une dizaine de personnes ayant participé à la manifestation. Kent State est un récit extrêmement prenant, poignant, une leçon d’histoire et une démonstration implacable de l’absurdité de l’utilisation de la force armée pour contrôler des manifestations. Texte : Editeur.

Scénariste
Dessinateur
Traducteur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 10 Septembre 2020
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Kent State, quatre morts dans l'Ohio
Les notes (4)
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09/09/2020 | Alix
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Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
L'avatar du posteur gruizzli

Eh ben merde, il sait s'y faire, le Derf Backderf. Nom de Zeus, comme diraient certains, c'est un auteur qui a un coup de crayon que j'apprécie et un talent de reporter dans ses chroniques de vies qui nous en apprennent plus sur notre société. A la lecture de sa dernière BD, je sens d'autant plus le travail de journaliste ressortir. Parce qu'au-delà d'une BD qui présente un fait divers sanglant, c'est surtout un sacré compte-rendu détaillé de quatre jours qui feront immanquablement tomber le couperet. J'ai une grande admiration pour la façon dont Backderf nous transmet ses reportages. Entre les représentations très carrée de ses personnages et ses lieux, donnant parfois quelque chose de cartoonesque à l'ensemble, et le fouillé détaillé, méticuleux et précis du propos, on a à la fois le rendu d'une bande-dessinée lisible et plaisante, mais aussi l'histoire brute et complète. Derf Backderf va s'attacher à représenter toutes les facettes de ces évènements d'émeutes étudiantes réprimées par les forces de l'ordre, et si les personnages sont nombreux, c'est pour bien nous faire ressentir tout ce qui se joue. Chaque personnage apporte une vision différente de ce qu'il se passe. Et surtout, on comprends que l'ensemble est une grande incompréhension mâtinée de peur : la peur des communistes et de la conscription, de la révolte étudiante, des rumeurs ... Des deux côtés, l'incompréhension va gagner, et l'incompétence des dirigeants va accentuer le tout, en finissant dans le sang. Les zones d'ombres sont encore nombreuses, mais c'est une tragédie qui aurait pu être évitée. Et qui n'apporta rien à personne, strictement rien. D'autre part, le récit est surtout porteur d'autres messages qui sont très intéressants dans le contexte actuel : l'infiltration des mouvements de gauche pour les saboter, les indics et les casseurs, la volonté politique des réélections locales ... Plusieurs d'entre eux ne sont pas sans me rappeler ce qu'on a vécu en France depuis le début des années 2000 et les révoltes des banlieues. Le récit détaille bien le fait que ce fut une période très sombre au États-Unis, dans une paranoïa de Guerre froide et de théorie des dominos qui justifiaient des interventions de plus en plus couteuses en hommes, mais ce n'est pas pour autant qu'il perd en force à la lueur des évènements d'aujourd'hui. Décidément, je suis très fan de Derf Backderf. Son travail est toujours soigné, d'excellente qualité et porteur de message politique bien actuel. L'auteur ne cache pas des sympathies allant à gauche, mais à la lecture de ses différentes œuvres on comprend bien mieux pourquoi. Et je suis de plus en plus fan de ce qu'il me propose. Certes, le temps est nécessaire pour pondre ce genre de récit, mais pour de tels résultats je suis prêt à attendre trois ans ! Une lecture qui m'a mis une boule dans la gorge, je dois bien le dire.

19/11/2020 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Derf Backderf est décidément un de mes auteurs de comics préférés et il est avec Joe Sacco mon documentariste en BD préféré. Ici, l'auteur nous parle d'une manifestation étudiante qui tournera au tragique lorsque la garde nationale finira par tirer sur la foule. La reconstruction historique est bien fait, on montre bien l'ambiance de l'époque avec une Amérique bien divisée en deux camps...et lorsqu'on suit l'actualité aujourd'hui on voit que plusieurs décennies plus tard, les choses ont peu changé. En tout cas, l'auteur explique bien les motivations des étudiants et des autorités de l'époque (la peur d'aller au Vietnam contre la peur du communisme) Même si on sent que Backderf a un parti-pris, il essaye d'être objectif et de montrer les deux cotés. Ainsi, certains étudiants m'ont franchement paru antipathiques pendant une bonne partie de l'album, quoique je note que les étudiants dont j'avais envie de casser la figure ont disparu progressivement du récit, préférant s'enfuir lorsque la garde débarque et il y a la théorie que certains des extrémistes étaient des agents provocateurs. En tout cas, on va voir comment les autorités se sont servi de l'extrême-gauche la plus radicale pour détruire le mouvement étudiant en faisant en sorte que les radicaux prennent le pouvoir du mouvement et aussi que rapidement des étudiants innocents et sans défense vont se faire attaquer par les autorités. Backderf montrera aussi les conditions des soldats de la garde qui expliquerait pourquoi certains ont fini par tirer (moi aussi je pense que je péterais les plombs si on me laissait pas dormir pendant 4 jours). En tout cas, l'auteur montre surtout du doigt l'incompétence, les erreurs et l'opportunisme des autorités et que le massacre aurait pu être évité s'ils avaient été plus compétents et moins radicaux. Le scénario est prenant. On va suivre plusieurs protagonistes durant 4 jours où la tension montera jusqu'à la tragédie qui aurait pu être évitée. C'est un excellent documentaire historique que j'ai trouvé bien instructif et qui me semble malheureusement d'actualité lorsqu'on voit ce qui arrive aux États-Unis en ce moment.

22/10/2020 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Cela faisait un petit moment qu’on l’attendait, le nouveau Backderf. Cinq ans, si l’on exclut True Stories, une anthologie sortie en 2019 et regroupant des strips de l’auteur parus dans les journaux de Cleveland depuis trente ans. Pour son « vrai » retour, on peut dire que le vieux briscard, à presque 61 ans, n’a non seulement rien perdu de sa verve anti-système, mais qu’en plus il a sans doute produit ici le livre le plus marquant de sa biographie. A la lecture, on comprend aisément à quoi ont pu servir ces cinq années, tant l’ouvrage surprend par sa maîtrise et sa rigueur journalistique (ne serait-ce que par la longueur des notes à la fin du livre). Car « Kent State » n’est rien de moins qu’une reconstitution historique, intégralement basée sur des témoignages oculaires et des recherches approfondies menées dans les archives de la bibliothèque de l’université de Kent State. On sent bien que le sujet tenait Backderf à cœur, d'abord parce qu'il est lui-même originaire de l'Ohio, et qu’ensuite il était primordial pour lui de rétablir une vérité longtemps occultée par le discours officiel de l’époque. Pour les autorités gouvernementales et locales, les étudiants contestataires qui s’opposaient à la guerre du Vietnam étaient forcément guidés depuis l’étranger, et à ce titre, méritaient une répression des plus féroces. Le Président Nixon, en poste en 1970, n’était pas connu pour ses positions nuancées vis-à-vis du communisme, dans un contexte où la guerre froide était à son apogée. De fait, la réponse de la garde nationale, qui intervint sur le campus même de l’université ( !), ne fut pas davantage gouvernée par la nuance, et l’horrible fusillade perpétrée par les militaires sous un commandement inapte toucha tous les étudiants quelles que soient leurs opinions ou le motif de leur présence sur les lieux. Ils furent réprimés, blessés et assassinés par la simple fait qu’ils étaient ÉTUDIANTS ! Choquant pour une bonne partie de la population, cet épisode, qui annonçait d’une certaine façon la fin de la guerre au Vietnam trois ans plus tard, reste assez méconnu. On sait gré à l’auteur du Midwest de jeter une nouvelle lumière sur l’événement, ce qui ne redore guère l’image d’une administration américaine rompue à la manipulation et au mensonge. Pourtant, on ne peut aucunement reprocher à Backderf d’avoir travesti les faits et les témoignages, ni de laisser transparaître sa propre opinion. Au contraire, il est parvenu – en tout cas il s’y est efforcé — à construire une narration factuelle et objective, en montrant chacun des protagonistes avec le plus grand réalisme possible, sans manichéisme, même si bien sûr, on peut sentir qu’il ne porte pas la soldatesque, et encore moins les gradés, dans son cœur de citoyen attaché à la justice. La bonne idée de remonter à l’origine des faits qui ont débouché sur cette tragédie, avec un compte à rebours qui s’active dès les premières pages (on comprend que certains personnages seront victimes de la fusillade), contribue à captiver le lecteur désireux de comprendre pourquoi les Etats-Unis prirent en quelques jours le visage d’une des pires dictatures sud-américaines… Le trait de Backderf reste toujours aussi expressif, mais fort logiquement se fait plus réaliste pour décrire ce cauchemar américain bien réel. On en apprécie toujours autant les rondeurs géométriques, tout comme ce noir et blanc qui lui sied parfaitement. On est tenté d’ajouter, sans vouloir faire injure ni à l’un ni à l’autre, que l’on pense beaucoup à Joe Sacco (et il semble que je ne sois pas le seul à le penser si j'en crois l'avis d'Alix !), non seulement parce que ce dernier fait de la BD documentaire, mais par son style graphique également assez proche. Fidèle depuis un bon moment aux éditions Ça et là, l’auteur de Mon ami Dahmer signe une œuvre qui se place d’emblée parmi les meilleures sorties de l’année 2020, et prend un relief particulier dans le contexte électoral que traverse son pays. Ce retour très attendu de Monsieur Backderf ne déçoit donc aucunement, et c’est même d’ailleurs tout le contraire !

26/09/2020 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Alix

« Kent State, quatre morts dans l'Ohio » est un reportage très pointu sur les évènements choquants qui ont secoué les USA en 1970, à savoir une violente répression contre une manif étudiante pacifiste. Le travail de recherche effectué par Derf Backderf est considérable (3 ans pour la réalisation de cet album), et le résultat me rappelle un peu les bouquins de Joe Sacco. A ce titre certains passages sont assez lourds en textes, même si de manière générale l’histoire est fluide et prenante. Avant de nous présenter les faits sanglants en fin d’album, l’auteur tente de nous faire comprendre les évènements déclencheurs. Il nous montre les divisions profondes dans la société américaine de l’époque, et l’opinion publique divisée par la guerre au Vietnam et la haine du communisme. Il nous explique la situation politique (rien ne change, il faut penser aux voteurs), et l’engrenage inéluctable qui a mené au drame : la peur (des étudiants qui risquent d’être appelés au front une fois leurs études terminées, du maire incompétent, mais aussi de certains réservistes armés complètement épuisés et dépassés par les évènements), les têtes brulées de la Garde nationale, le général en charge (radical et anticommuniste au possible). Ajoutons aussi les agents provocateurs des services secrets américains tentant de décrédibiliser le mouvement anti-guerre, et surtout les rumeurs ridicules et autres exagérations (sur les intentions et moyens des manifestants) qui ont envenimé la situation : ils avaient des snipers sur les toits, des caches d’armes, balançaient des excréments sur la police depuis leurs fenêtres etc. rumeurs avérées fausses bien entendu. Le ton du récit est très engagé (il suffit de suivre Derf sur Facebook pour savoir qu’il est plutôt progressiste), mais tente de rester relativement juste (les débordements estudiantins sont montrés – par exemple quand ils percent les tuyaux des pompiers ou ravagent des commerces). En tout cas Derf n’hésite pas à nommer les dirigeants qu’il estime coupables (puisque la justice les innocenta tous). Une histoire édifiante, et d’une universalité et intemporalité dérangeante. Les divisions sociétaires sont toujours là en 2020 (Brexit, Trump, Black Lives Matter etc.) Une lecture essentielle pour les amateurs de reportages historiques. Un grand bravo à l’auteur pour le travail réalisé.

09/09/2020 (modifier)