L'Art comme forme de catharsis. Après un long silence du à ses activités militaires, Eisner revient bouleverser le monde du Comics assis sur ses lauriers jaunissants
. Bouleversant! Ce formidable dessin de Frimme Hersh gravissant péniblement l'escalier sous une pluie diluvienne, c'est Will Eisner qui pleure toutes les larmes de son corps la mort de sa fille Alice.
Peut il y avoir d'oeuvre plus intime que ce "Pacte avec Dieu" ? " les plus desespérés sont les chants les plus beaux" avais-je déjà emprunté. Ce récit en est l'illustration la plus visible.
Le scénario est bâti sur la révolte et le combat intime d'un homme touché dans ce qu'il a de plus précieux à la fois en extérieur à lui, son enfant, et à l'intérieur de lui-même, sa croyance.
Eisner n'a peut-être pas inventé le terme de roman graphique mais cette oeuvre me renvoie tellement aux romanciers français de la fin du XIXeme siècle que pour la première fois je le comprends pleinement. Il y a du Balzac,du Maupassant et surtout du Zola chez Eisner.
Cette comédie humaine est d'un cynisme et d'une cruauté que l'on rencontre quand il s'agit de survie. Le chanteur de rue pourrait sortir de "L'Assomoir" et Maralyn de Madame Bovary.
Que dire du dessin? Eisner est un maître qui peint la rue et ses habitants comme nul autre. Quelle universalité! Car ces ambiances à la"Clochemerle" ont toujours existées et existent toujours dans ces immeubles-villages où un secret n'est jamais longtemps un secret.
Dans cette oeuvre Eisner allie le graphisme très haut de gamme à l'observation lucide et chirurgicale de son environnement y ajoutant une émotion interne extraordinaire. Du grand art.
Si je devais partir sur une île déserte et ne prendre que 10 BD, je pense que j'emménerais "Partie de Chasse" de Bilal et Christin.
Certains passages me font penser aux chasses du "Roi des Aulnes" de Michel Tournier et le thème de l'ogre qui dévore ses enfants n'est pas si loin.
Le scénario est extraordinaire pour une personne qui est née avec la construction du Mur de Berlin et qui s'intéresse à ce tournant historique des années 80.
En 1983, écrire sur la désagrégation interne de l'URSS avec comme point de départ la révolte Polonaise de Solidarnosc, il fallait un sacré don de visionnaire.
Car c'est de cela qu'il s'agit dans l'album. Alors que nombre d'auteurs imaginent des mondes post atomiques suite au mouvement polonais (voir "V comme Vendetta" par exemple), Bilal et Christin parient sur une transformation interne et pacifique. Avec une Armée Rouge surpuissante (croyait-on) aux portes de la Pologne et engagée en Afghanistan, le scénario était osé.
Pourtant, l'élimination des jeunes faucons soviétiques au profit d'Hommes d'Etats écrivant l'Histoire d'une manière enfin pacifique est exactement ce qui est arrivé cinq ans plus tard !
La réalité a dépassé la fiction déjà bien improbable. En bon Slave, Bilal était probablement le plus apte à réaliser cet album. Le récit peut paraître complexe mais en réalité il est très fluide pour un amateur d'Histoire.
Il y ajoute des scènes de chasse époustouflantes, des couleurs (eh oui !), le train bleu, couleur du drapeau Européen, qui porte l'espoir du futur contraste avec le rouge (drapeau soviétique) des massacres du passé.
Idée géniale que cette réunion des satellites incarnés autour d'un astre muet, vieillissant mais encore maître du jeu. Le Français comme point commun à la fois intérieur et extérieur.
Bilal rend graphiquement à la perfection la psychologie de ces hiérarques désabusés mais qui ne regrettent pas une minute de leurs parcours .Le regret est ailleurs...
Que l'on ne se trompe pas, ce qui est arrivé en ce temps a toujours un impact fort sur notre vie d'aujourd'hui en Europe.
Derib nous propose un triptyque quasi ethnographique avec cette vie de "Pluie d'Orage" qui deviendra "Celui qui est né deux fois".
Comme nous indiquent les introductions des scientifiques, Derib a travaillé au plus près des dernières recherches pour transcrire avec fidélité la culture des Indiens Américains (ici les Sioux).
On sait que Derib affectionne particulièrement ces peuples si particuliers dans leur spiritualité, leurs coutumes et leur relation avec la nature animale ou végétale.
Derib n'hésite pas à faire vieillir et mourir son héros et beaucoup de ceux qui l'entourent. Chacune des trois étapes est forte en émotions.
La naissance, la Sundance puis la maturité et la mort sont inscrites dans un cycle légitime qui ne me laisse pas triste mais paisible en fin d'ouvrage.
Derib évite le manichéisme. Bien sûr la bêtise et la cruauté des Blancs est rappelée à des moments clés.
Mais une partie des malheurs des peuples indiens était aussi due à leurs affrontements fratricides.
Le dessin de Derib fait toujours la part belle aux magnifiques paysages, aux chasses, aux chevaux mais aussi aux très beaux visages de la tribu.
Une très belle lecture.
Et voilà que nous revient par la bande notre fumeuse Brigade Chimérique pour notre plus grand bonheur !
Les auteurs de cette saga qui avait su trouver le succès avec des Super Héros "à l'européenne" avait effectivement laissé un petit trou de serrure pour un retour possible de leurs héros quand ils avaient clôturé leur série. Gess au dessin n'étant plus disponible malgré un début de travail sur ce projet (Contes de la Pieuvre oblige), c'est Stéphane De Caneva qui a brillamment pris la suite au pied levé pour coucher sur le papier cette suite imaginée par Serge Lehman.
Car autant ces Super Héros cadraient parfaitement avec l'imagerie et l'imaginaire du début XXe siècle, autant les faire ressurgir dans notre monde contemporain relevait du défi casse-gueule. Mais Serge Lehman en a sous la semelle, et son histoire fait plus que tenir la route en nous en mettant plein les yeux ! Il a parfaitement su trouver les angles pour jongler entre continuité et renouveau avec toujours au centre ses personnages. Et quels personnages ! Waouw ! Ses "méchants" sont juste géniaux ! J'adore ! J'ai dévoré ces 260 pages découpées en chapitres façon comics. L'esthétique est toujours de mise et les nombreux clins d'oeil qui parsèment les cases feront la joie des amateurs du genre pour retrouver toutes les références discrètes qui fourmillent à droite à gauche.
Alors si vous avez été adepte de La Brigade Chimérique, foncez, vous ne pourrez qu'être ravis, pour les autres, foncez, vous ne pourrez qu'être conquis, cet album pouvant très bien se lire malgré tout sans avoir lu la série mère !
On a là un excellent Davodeau – sans aucun doute l’un de ses meilleurs si ce n’est son meilleur album, dans la lignée des « Ignorants ».
Le dessin est simple et aéré, mais donne quand même envie de suivre cette longue balade, nous donnant une belle vision des paysages traversés et observés par l’auteur durant son périple entre l’ancienne grotte préhistorique et le futur site d’enfouissement des déchets atomiques.
Le récit est aussi aéré que le dessin. Il alterne les passages bucoliques, les réflexions terre-à-terre de Davodeau, avec des considérations plus « élevées », autour de réflexions philosophiques, politiques et éthiques.
Pour rendre son récit captivant, Davodeau a la bonne idée de faire comme si les intervenants qu’il invite pour discourir l’accompagnait quelques temps sur les sentiers (alors que les entretiens ont eu lieu avant et ailleurs). Le procédé est simple mais efficace.
Et le message de Davodeau passe bien. On reste scandalisé par la désinvolture de nos dirigeants, soumis depuis des décennies au lobby nucléaire, et qui use de procédés antidémocratiques (absence de débat serein et informé, menaces et « achat de l’acquiescement au prix de subventions débiles, voire des lois scélérates prévues au départ pour lutter contre le terrorisme, et qui sont détournées pour briser la résistance passive et citoyenne de personnes non seulement non violentes, mais en plus habitées par la volonté de défendre le bien-être de l’humanité).
Le long parcours réalisé par Davodeau permet de relier la grotte de Pech Merle au site de Bure, et d’ainsi présenter en les reliant une belle et triste image de ce que nous allons léguer à nos futurs parents. Mais ce voyage permet aussi de montrer des choses simples et belles, le fonctionnement de la vie sur Terre, et d’ainsi placer les enjeux à leur véritable place.
Œuvre militante, certes, mais qui ne sacrifie jamais au prêchi-prêcha. Une belle réussite en tout cas, dont la lecture est hautement recommandable.
Note réelle 4,5/5.
C'est dans la version grand format, noir et blanc que j'ai découvert cette bande dessinée, et j'avoue que j'en apprécie autant le dessin de Boucq (j'avais d'ailleurs fait le même choix éditorial pour "New-York cannibals", pour mon plus grand bonheur)
Je suis féru d'histoire et j'ai beaucoup lu et vu de reportages sur cette période trouble. Mais le côté grotesque voire guignolesque de la naissance de la Vème République, ne m'avait, jamais sauté aux yeux jusqu'à présent.
C'est pourtant le parti pris certes discutable mais osé que prend Juncker pour nous relater les événements du 13 mai 58, pour la plus grande joie du lecteur.
En effet, la lecture de cet album est véritablement jubilatoire. J'ai beaucoup ri au fil des pages. Les allers retours du général Massu dans le souterrain reliant son bureau et celui de Salan est un véritable running gag.
Le tour de force de cette bd réside incontestablement dans les portraits ou plutôt les caricatures des généraux par un François Boucq en grande forme. On les reconnait tous ces généraux que tout le monde a déjà vu dans des documentaires : de Salan à Massu, en passant par Challe et De Gaulle, le seul à garder son calme dans cette tambouille politico-militaire.
Car outre les dirigeants de l'armée, les hommes politiques de la IVème République ne sont pas non plus épargnés dans ce que l'on peut qualifier de farce. On y trouve même Léon Delebecque, personnage qui a laissé un rôle ambigu dans ces évènements.
Un scénario reposant sur des faits historiques (qui font d'ailleurs l'objet d'un dossier en fin d'album), un dessin formidable, bref une de mes meilleures lectures de ce début d'année.
A lire sans modération !
J'ai l'impression de me retrouver dans l'avis d'Agecanonix. Tout pareil que lui, j'ai un peu honte de n'avoir pas su apprécier cette série quand j'étais ado abonnée au journal Tintin. Tout comme lui chaque semaine je me jetais sur les épisodes de mes héros favoris, Bernard Prince en tête. Je ne me souviens même pas avoir réellement lu les aventures de Zourine, à peine feuilletées. Qu'est-ce qui m'a déplu à l'époque ? Le noir et blanc peut-être... sans doute. Je regrette.
J'ai eu l'occasion de me procurer les albums récemment. Et bien c'était du tout bon !
Un héros finalement attachant, des aventures pleines d'exotisme. Certes pas tropical mais plutôt en chiens de traîneau dans les neiges de Russie !
J'avoue que j'ai suivi avec plaisir ces périples au cœur du Caucase et de la Sibérie en ce début de XXe siècle. J'imagine que les auteurs se sont bien documentés pour rendre l'ambiance dans ces villages reculés, c'est vraiment bien fait.
Le dessin n'est pas en reste, ce noir et blanc est finalement parfait pour retranscrire l'atmosphère de ces aventures. Une très belle patte pour ce dessinateur.
Les deux premiers tomes sont des histoires longues. Le troisième regroupe trois histoires courtes parues dans Spirou dans les années 80 et les auteurs se sont retrouvés pour faire vieillir le héros et le transformer en grand-père qui raconte ses souvenirs afin de lier les évènements entre eux. Une bonne idée de la part des éditeurs qui ont bien fait de ressortir ce petit bijou de l'oubli.
Je ne peux que recommander.
Le bonheur surprise depuis ce début d'année grâce à ce duo d'auteurs que je ne connaissais que de nom. Je ne sais pas si l'adaptation est réussie, mais cette BD est une pépite. Très difficile à résumer sans partir sur un mémoire mais bon, on y va.
Tout au long du récit, nous suivons la vie tourmentée de Vernon Subutex. Mélomane proche de la cinquantaine, ancien disquaire d'une boutique parisienne appelée "Revolver", dont il a fallu mettre la clé sous la porte. Il réussira à se débrouiller pour vivre convenablement pendant quelques temps grâce à ses petites affaires, puis surtout grâce à Alex Bleach, véritable star de la scène rock internationale. Le problème, c'est qu'Alex finit par mourir : Vernon a perdu à la fois un de ses plus vieux amis autant que celui qui payait son loyer. Quelques jours avant sa mort, Alex lui a remis une clé USB contenant son "testament". Sans savoir ce que cela contient vraiment, ce petit objet suscite des convoitises. Vernon, de son côté, entame sa vie de SDF quasi-assumée et cherche essentiellement à renouer le contact avec son cercle social afin de trouver un toit où dormir.
Au même titre que l'avenir opaque et précaire de Vernon, le lecteur ne sait pas comment cela peut bien terminer. Déroutant au début, on finit par comprendre qu'à travers l'intrigue, l'auteur veut aussi et surtout mettre en avant un point de vue sur l'évolution sociale en France, grosso modo entre les années 80 et aujourd'hui. Il n'y a aucun filtre, c'est trash, punk, et tout le récit résonne avec la culture Sexe, Drogue et Rock'n'Roll. Et pour ajouter encore plus d'intérêt, l'auteur donne une voix à des individus qui sont généralement écartés de la société, jugés sans réflexion : star system dépressive, actrice porno, SDF, transexuel, trader, drogué, bourgeoise complètement dévergondée, producteur haineux, musulman...
Toute cette ambiance underground dégage non seulement des péripéties originales, mais elle permet surtout de mettre en avant une génération qui a pu se paumer en cours de route. L'esprit rock 70'/80' est terminé, le monde évolue et certains deviennent des laissés pour compte qui assument leur exclusion sociale, ou qui la subissent. Alors ils encaissent, parce-que faut dire qu'ils prennent chers. Il y a quelque chose comme ça dans ce récit. L'ensemble peut paraître négatif et dépressif, sauf que j'y trouve énormément de beauté et d'espoir malgré tout. Puisque la musique est reine dans ce récit, je traduirais musicalement cette BD par du Mano Solo : ça souffre au quotidien, il y a du "no future" à chaque planche, mais chacun continue le combat, comme quand Vernon répond à Alex en disant "Je suis un Warrior !!!". Et enfin, il y a de l'humour, beaucoup d'humour.
Vernon est terriblement attachant, et solide mentalement. Beaucoup l'apprécient, le lecteur aussi, forcément. Pourquoi ? C'était le meilleur disquaire de Paris. Au fond, tout le monde apprécie Vernon. Et puis grâce à lui, ce récit regorge énormément de références musicales que j'ai eu plaisir à croiser. Tous les autres personnages sont vachement haut en couleurs et ont chacun une personnalité unique qui fait vivre le scénario à 10000%. Scénaristiquement, les scènes s'entre-mêlent, le passé se marie avec le présent, les péripéties se croisent... Tout ce petit monde est fait pour se rencontrer un de ces quatre, et c'est diablement bien fichu.
Je terminerai avec le dessin. C'est encore le genre où si je feuillette, je fais bof. Comme un imbécile, je me dis que ça paraît un peu trop "crado", et puis finalement le graphisme joue complètement son rôle pour nous happer dans cette histoire. Il y a des audaces graphiques bluffantes, à commencer par les pleines pages. Les couleurs font vivre les planches, c'est un bouquin en ébullition que j'ai eu entre les mains. Le seul reproche à lui donner serait peut-être le manque de régularités.
La fin du premier tome suffirait presque, en tout cas il ne nous fait pas trop languir pour le second (et dernier).
Alors pourquoi attendre ? Je vous conseille vraiment de foncer vous le procurer. C'est une lecture très dense, il faut prendre son temps pour la savourer. Merci également au travail éditorial, les pages sont épaisses, ce qui en fait un livre très agréable à parcourir.
Ce roman graphique plaira certainement à la génération visée par l'histoire, aux lecteurs proches de la culture punk, aux amateurs de musique, aux curieux intéressés par les problématiques sociétales, mais aussi psychologiques... Bref c'est hyper diversifié, on ne s'ennuiera pas lors des relectures.
Je suis quand même pressé de savoir comment va finir cette histoire. A suivre de très très près!
Lu 2 ou 3 fois ado, un excellent souvenir de jeunesse !!
L’histoire, le dessin m’avaient bien marqué à l’époque mais sans retenir les références.
Récit devenu flou avec le temps et fort de ces bonnes impressions, cette lecture se rappelait à ma mémoire mais sans parvenir à l’identifier.
C’est 20 ans plus tard, en flânant dans ma nouvelle médiathèque que le heureux hasard se produit.
Mes goûts ayant évolués depuis (enfin ma période Soleil clôturée ^^), le plongeon dans cette bouffée de nostalgie s’est fait avec une petite appréhension ... vite envolée.
Ça reste une très chouette lecture malgré le poids des âges. Le 1er tome est une petite perle, le 2ème est un cran en dessous mais tout honorable.
Cette fois, j’ai noté les références et hormis la collection, les auteurs ne m’étaient plus inconnus .
En grand conteur, Dubois s’y entend pour nous narrer une histoire. Mention spéciale pour la première partie du dyptique, magique, elle peut se lire comme un one shot d’ailleurs. La deuxième partie, pas désagréable mais moins marquante, est plus tournée vers l’action.
Jérôme Lereculey qu’on ne présente plus, propose déjà, pour ses débuts, un dessin prometteur et solide.
Le tout est bien mis en valeur par les couleurs d’Isabelle Merlet.
Franchement du tout bon que je conseille à tout amateur de Fantasy.
Avec le recul, cet album était relativement novateur pour l’époque et garde sa part d’originalité dans un genre aujourd’hui archi saturé.
Un petit coup de cœur perso, ma madeleine de Proust que je peine à dénicher, une sortie en intégrale serait une excellente surprise, sans être un indispensable cette série mérite amplement d’être remise en lumière.
Quand on regarde la bdgraphie de Fabien Grolleau, on voit des récits légers, parfois gouailleurs, parfois plus grave. Il y a des biographies de personnages plus ou moins connus, et aussi de l'aventure. Et ce one-shot sorti en 2019 chez Jungle relève de ce dernier genre, même s'il dépare un peu dans le tableau de l'éditeur.
Et pourtant, c'est une sorte de western moderne, qui se déroule... dans le grand nord de la Sibérie, avec une équipe de branlotins excités par la perspective de l'argent facilement gagné. Sauf que la nature, le destin farceur et un scénariste un brin masochiste en ont décidé autrement. C'est donc l'occasion de visiter une -grande- région peu explorée en BD, les grands espaces sibériens, avec la boue, les vents, le froid, les moustiques, les marais... Grolleau embarque avec lui Pixel Vengeur, plus habitué aux BD parodiques style Fluide Glacial, qui prend l'occasion de dessiner des paysages grandioses, un exercice dont il se sort plutôt pas mal, bien aidé aux couleurs par Delf. Je suis plus réservé sur les visages de ses personnages, des trognes avinées qui tirent trop vers la caricature. Mais cela n'entrave pas le plaisir de lecture que procure l'ensemble de l'album, dans lequel souffle l'aventure avec un grand A (le film Delivrance est une influence assumée par les auteurs dans la préface, qui comporte quelques informations sur les inspirations de Fabien Grolleau.
Un album bien sympathique, qui en outre explore l'un des thèmes favoris du scénariste, à savoir l'écologie au travers de la fonte du permafrost et la consommation à outrance de l'ivoire.
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Un Pacte avec Dieu (Un bail avec Dieu / Le Contrat)
L'Art comme forme de catharsis. Après un long silence du à ses activités militaires, Eisner revient bouleverser le monde du Comics assis sur ses lauriers jaunissants . Bouleversant! Ce formidable dessin de Frimme Hersh gravissant péniblement l'escalier sous une pluie diluvienne, c'est Will Eisner qui pleure toutes les larmes de son corps la mort de sa fille Alice. Peut il y avoir d'oeuvre plus intime que ce "Pacte avec Dieu" ? " les plus desespérés sont les chants les plus beaux" avais-je déjà emprunté. Ce récit en est l'illustration la plus visible. Le scénario est bâti sur la révolte et le combat intime d'un homme touché dans ce qu'il a de plus précieux à la fois en extérieur à lui, son enfant, et à l'intérieur de lui-même, sa croyance. Eisner n'a peut-être pas inventé le terme de roman graphique mais cette oeuvre me renvoie tellement aux romanciers français de la fin du XIXeme siècle que pour la première fois je le comprends pleinement. Il y a du Balzac,du Maupassant et surtout du Zola chez Eisner. Cette comédie humaine est d'un cynisme et d'une cruauté que l'on rencontre quand il s'agit de survie. Le chanteur de rue pourrait sortir de "L'Assomoir" et Maralyn de Madame Bovary. Que dire du dessin? Eisner est un maître qui peint la rue et ses habitants comme nul autre. Quelle universalité! Car ces ambiances à la"Clochemerle" ont toujours existées et existent toujours dans ces immeubles-villages où un secret n'est jamais longtemps un secret. Dans cette oeuvre Eisner allie le graphisme très haut de gamme à l'observation lucide et chirurgicale de son environnement y ajoutant une émotion interne extraordinaire. Du grand art.
Partie de chasse
Si je devais partir sur une île déserte et ne prendre que 10 BD, je pense que j'emménerais "Partie de Chasse" de Bilal et Christin. Certains passages me font penser aux chasses du "Roi des Aulnes" de Michel Tournier et le thème de l'ogre qui dévore ses enfants n'est pas si loin. Le scénario est extraordinaire pour une personne qui est née avec la construction du Mur de Berlin et qui s'intéresse à ce tournant historique des années 80. En 1983, écrire sur la désagrégation interne de l'URSS avec comme point de départ la révolte Polonaise de Solidarnosc, il fallait un sacré don de visionnaire. Car c'est de cela qu'il s'agit dans l'album. Alors que nombre d'auteurs imaginent des mondes post atomiques suite au mouvement polonais (voir "V comme Vendetta" par exemple), Bilal et Christin parient sur une transformation interne et pacifique. Avec une Armée Rouge surpuissante (croyait-on) aux portes de la Pologne et engagée en Afghanistan, le scénario était osé. Pourtant, l'élimination des jeunes faucons soviétiques au profit d'Hommes d'Etats écrivant l'Histoire d'une manière enfin pacifique est exactement ce qui est arrivé cinq ans plus tard ! La réalité a dépassé la fiction déjà bien improbable. En bon Slave, Bilal était probablement le plus apte à réaliser cet album. Le récit peut paraître complexe mais en réalité il est très fluide pour un amateur d'Histoire. Il y ajoute des scènes de chasse époustouflantes, des couleurs (eh oui !), le train bleu, couleur du drapeau Européen, qui porte l'espoir du futur contraste avec le rouge (drapeau soviétique) des massacres du passé. Idée géniale que cette réunion des satellites incarnés autour d'un astre muet, vieillissant mais encore maître du jeu. Le Français comme point commun à la fois intérieur et extérieur. Bilal rend graphiquement à la perfection la psychologie de ces hiérarques désabusés mais qui ne regrettent pas une minute de leurs parcours .Le regret est ailleurs... Que l'on ne se trompe pas, ce qui est arrivé en ce temps a toujours un impact fort sur notre vie d'aujourd'hui en Europe.
Celui qui est né deux fois
Derib nous propose un triptyque quasi ethnographique avec cette vie de "Pluie d'Orage" qui deviendra "Celui qui est né deux fois". Comme nous indiquent les introductions des scientifiques, Derib a travaillé au plus près des dernières recherches pour transcrire avec fidélité la culture des Indiens Américains (ici les Sioux). On sait que Derib affectionne particulièrement ces peuples si particuliers dans leur spiritualité, leurs coutumes et leur relation avec la nature animale ou végétale. Derib n'hésite pas à faire vieillir et mourir son héros et beaucoup de ceux qui l'entourent. Chacune des trois étapes est forte en émotions. La naissance, la Sundance puis la maturité et la mort sont inscrites dans un cycle légitime qui ne me laisse pas triste mais paisible en fin d'ouvrage. Derib évite le manichéisme. Bien sûr la bêtise et la cruauté des Blancs est rappelée à des moments clés. Mais une partie des malheurs des peuples indiens était aussi due à leurs affrontements fratricides. Le dessin de Derib fait toujours la part belle aux magnifiques paysages, aux chasses, aux chevaux mais aussi aux très beaux visages de la tribu. Une très belle lecture.
La Brigade Chimérique - Ultime Renaissance
Et voilà que nous revient par la bande notre fumeuse Brigade Chimérique pour notre plus grand bonheur ! Les auteurs de cette saga qui avait su trouver le succès avec des Super Héros "à l'européenne" avait effectivement laissé un petit trou de serrure pour un retour possible de leurs héros quand ils avaient clôturé leur série. Gess au dessin n'étant plus disponible malgré un début de travail sur ce projet (Contes de la Pieuvre oblige), c'est Stéphane De Caneva qui a brillamment pris la suite au pied levé pour coucher sur le papier cette suite imaginée par Serge Lehman. Car autant ces Super Héros cadraient parfaitement avec l'imagerie et l'imaginaire du début XXe siècle, autant les faire ressurgir dans notre monde contemporain relevait du défi casse-gueule. Mais Serge Lehman en a sous la semelle, et son histoire fait plus que tenir la route en nous en mettant plein les yeux ! Il a parfaitement su trouver les angles pour jongler entre continuité et renouveau avec toujours au centre ses personnages. Et quels personnages ! Waouw ! Ses "méchants" sont juste géniaux ! J'adore ! J'ai dévoré ces 260 pages découpées en chapitres façon comics. L'esthétique est toujours de mise et les nombreux clins d'oeil qui parsèment les cases feront la joie des amateurs du genre pour retrouver toutes les références discrètes qui fourmillent à droite à gauche. Alors si vous avez été adepte de La Brigade Chimérique, foncez, vous ne pourrez qu'être ravis, pour les autres, foncez, vous ne pourrez qu'être conquis, cet album pouvant très bien se lire malgré tout sans avoir lu la série mère !
Le Droit du sol
On a là un excellent Davodeau – sans aucun doute l’un de ses meilleurs si ce n’est son meilleur album, dans la lignée des « Ignorants ». Le dessin est simple et aéré, mais donne quand même envie de suivre cette longue balade, nous donnant une belle vision des paysages traversés et observés par l’auteur durant son périple entre l’ancienne grotte préhistorique et le futur site d’enfouissement des déchets atomiques. Le récit est aussi aéré que le dessin. Il alterne les passages bucoliques, les réflexions terre-à-terre de Davodeau, avec des considérations plus « élevées », autour de réflexions philosophiques, politiques et éthiques. Pour rendre son récit captivant, Davodeau a la bonne idée de faire comme si les intervenants qu’il invite pour discourir l’accompagnait quelques temps sur les sentiers (alors que les entretiens ont eu lieu avant et ailleurs). Le procédé est simple mais efficace. Et le message de Davodeau passe bien. On reste scandalisé par la désinvolture de nos dirigeants, soumis depuis des décennies au lobby nucléaire, et qui use de procédés antidémocratiques (absence de débat serein et informé, menaces et « achat de l’acquiescement au prix de subventions débiles, voire des lois scélérates prévues au départ pour lutter contre le terrorisme, et qui sont détournées pour briser la résistance passive et citoyenne de personnes non seulement non violentes, mais en plus habitées par la volonté de défendre le bien-être de l’humanité). Le long parcours réalisé par Davodeau permet de relier la grotte de Pech Merle au site de Bure, et d’ainsi présenter en les reliant une belle et triste image de ce que nous allons léguer à nos futurs parents. Mais ce voyage permet aussi de montrer des choses simples et belles, le fonctionnement de la vie sur Terre, et d’ainsi placer les enjeux à leur véritable place. Œuvre militante, certes, mais qui ne sacrifie jamais au prêchi-prêcha. Une belle réussite en tout cas, dont la lecture est hautement recommandable. Note réelle 4,5/5.
Un général, des généraux
C'est dans la version grand format, noir et blanc que j'ai découvert cette bande dessinée, et j'avoue que j'en apprécie autant le dessin de Boucq (j'avais d'ailleurs fait le même choix éditorial pour "New-York cannibals", pour mon plus grand bonheur) Je suis féru d'histoire et j'ai beaucoup lu et vu de reportages sur cette période trouble. Mais le côté grotesque voire guignolesque de la naissance de la Vème République, ne m'avait, jamais sauté aux yeux jusqu'à présent. C'est pourtant le parti pris certes discutable mais osé que prend Juncker pour nous relater les événements du 13 mai 58, pour la plus grande joie du lecteur. En effet, la lecture de cet album est véritablement jubilatoire. J'ai beaucoup ri au fil des pages. Les allers retours du général Massu dans le souterrain reliant son bureau et celui de Salan est un véritable running gag. Le tour de force de cette bd réside incontestablement dans les portraits ou plutôt les caricatures des généraux par un François Boucq en grande forme. On les reconnait tous ces généraux que tout le monde a déjà vu dans des documentaires : de Salan à Massu, en passant par Challe et De Gaulle, le seul à garder son calme dans cette tambouille politico-militaire. Car outre les dirigeants de l'armée, les hommes politiques de la IVème République ne sont pas non plus épargnés dans ce que l'on peut qualifier de farce. On y trouve même Léon Delebecque, personnage qui a laissé un rôle ambigu dans ces évènements. Un scénario reposant sur des faits historiques (qui font d'ailleurs l'objet d'un dossier en fin d'album), un dessin formidable, bref une de mes meilleures lectures de ce début d'année. A lire sans modération !
Ivan Zourine
J'ai l'impression de me retrouver dans l'avis d'Agecanonix. Tout pareil que lui, j'ai un peu honte de n'avoir pas su apprécier cette série quand j'étais ado abonnée au journal Tintin. Tout comme lui chaque semaine je me jetais sur les épisodes de mes héros favoris, Bernard Prince en tête. Je ne me souviens même pas avoir réellement lu les aventures de Zourine, à peine feuilletées. Qu'est-ce qui m'a déplu à l'époque ? Le noir et blanc peut-être... sans doute. Je regrette. J'ai eu l'occasion de me procurer les albums récemment. Et bien c'était du tout bon ! Un héros finalement attachant, des aventures pleines d'exotisme. Certes pas tropical mais plutôt en chiens de traîneau dans les neiges de Russie ! J'avoue que j'ai suivi avec plaisir ces périples au cœur du Caucase et de la Sibérie en ce début de XXe siècle. J'imagine que les auteurs se sont bien documentés pour rendre l'ambiance dans ces villages reculés, c'est vraiment bien fait. Le dessin n'est pas en reste, ce noir et blanc est finalement parfait pour retranscrire l'atmosphère de ces aventures. Une très belle patte pour ce dessinateur. Les deux premiers tomes sont des histoires longues. Le troisième regroupe trois histoires courtes parues dans Spirou dans les années 80 et les auteurs se sont retrouvés pour faire vieillir le héros et le transformer en grand-père qui raconte ses souvenirs afin de lier les évènements entre eux. Une bonne idée de la part des éditeurs qui ont bien fait de ressortir ce petit bijou de l'oubli. Je ne peux que recommander.
Vernon Subutex
Le bonheur surprise depuis ce début d'année grâce à ce duo d'auteurs que je ne connaissais que de nom. Je ne sais pas si l'adaptation est réussie, mais cette BD est une pépite. Très difficile à résumer sans partir sur un mémoire mais bon, on y va. Tout au long du récit, nous suivons la vie tourmentée de Vernon Subutex. Mélomane proche de la cinquantaine, ancien disquaire d'une boutique parisienne appelée "Revolver", dont il a fallu mettre la clé sous la porte. Il réussira à se débrouiller pour vivre convenablement pendant quelques temps grâce à ses petites affaires, puis surtout grâce à Alex Bleach, véritable star de la scène rock internationale. Le problème, c'est qu'Alex finit par mourir : Vernon a perdu à la fois un de ses plus vieux amis autant que celui qui payait son loyer. Quelques jours avant sa mort, Alex lui a remis une clé USB contenant son "testament". Sans savoir ce que cela contient vraiment, ce petit objet suscite des convoitises. Vernon, de son côté, entame sa vie de SDF quasi-assumée et cherche essentiellement à renouer le contact avec son cercle social afin de trouver un toit où dormir. Au même titre que l'avenir opaque et précaire de Vernon, le lecteur ne sait pas comment cela peut bien terminer. Déroutant au début, on finit par comprendre qu'à travers l'intrigue, l'auteur veut aussi et surtout mettre en avant un point de vue sur l'évolution sociale en France, grosso modo entre les années 80 et aujourd'hui. Il n'y a aucun filtre, c'est trash, punk, et tout le récit résonne avec la culture Sexe, Drogue et Rock'n'Roll. Et pour ajouter encore plus d'intérêt, l'auteur donne une voix à des individus qui sont généralement écartés de la société, jugés sans réflexion : star system dépressive, actrice porno, SDF, transexuel, trader, drogué, bourgeoise complètement dévergondée, producteur haineux, musulman... Toute cette ambiance underground dégage non seulement des péripéties originales, mais elle permet surtout de mettre en avant une génération qui a pu se paumer en cours de route. L'esprit rock 70'/80' est terminé, le monde évolue et certains deviennent des laissés pour compte qui assument leur exclusion sociale, ou qui la subissent. Alors ils encaissent, parce-que faut dire qu'ils prennent chers. Il y a quelque chose comme ça dans ce récit. L'ensemble peut paraître négatif et dépressif, sauf que j'y trouve énormément de beauté et d'espoir malgré tout. Puisque la musique est reine dans ce récit, je traduirais musicalement cette BD par du Mano Solo : ça souffre au quotidien, il y a du "no future" à chaque planche, mais chacun continue le combat, comme quand Vernon répond à Alex en disant "Je suis un Warrior !!!". Et enfin, il y a de l'humour, beaucoup d'humour. Vernon est terriblement attachant, et solide mentalement. Beaucoup l'apprécient, le lecteur aussi, forcément. Pourquoi ? C'était le meilleur disquaire de Paris. Au fond, tout le monde apprécie Vernon. Et puis grâce à lui, ce récit regorge énormément de références musicales que j'ai eu plaisir à croiser. Tous les autres personnages sont vachement haut en couleurs et ont chacun une personnalité unique qui fait vivre le scénario à 10000%. Scénaristiquement, les scènes s'entre-mêlent, le passé se marie avec le présent, les péripéties se croisent... Tout ce petit monde est fait pour se rencontrer un de ces quatre, et c'est diablement bien fichu. Je terminerai avec le dessin. C'est encore le genre où si je feuillette, je fais bof. Comme un imbécile, je me dis que ça paraît un peu trop "crado", et puis finalement le graphisme joue complètement son rôle pour nous happer dans cette histoire. Il y a des audaces graphiques bluffantes, à commencer par les pleines pages. Les couleurs font vivre les planches, c'est un bouquin en ébullition que j'ai eu entre les mains. Le seul reproche à lui donner serait peut-être le manque de régularités. La fin du premier tome suffirait presque, en tout cas il ne nous fait pas trop languir pour le second (et dernier). Alors pourquoi attendre ? Je vous conseille vraiment de foncer vous le procurer. C'est une lecture très dense, il faut prendre son temps pour la savourer. Merci également au travail éditorial, les pages sont épaisses, ce qui en fait un livre très agréable à parcourir. Ce roman graphique plaira certainement à la génération visée par l'histoire, aux lecteurs proches de la culture punk, aux amateurs de musique, aux curieux intéressés par les problématiques sociétales, mais aussi psychologiques... Bref c'est hyper diversifié, on ne s'ennuiera pas lors des relectures. Je suis quand même pressé de savoir comment va finir cette histoire. A suivre de très très près!
Cairn - Le Miroir des eaux
Lu 2 ou 3 fois ado, un excellent souvenir de jeunesse !! L’histoire, le dessin m’avaient bien marqué à l’époque mais sans retenir les références. Récit devenu flou avec le temps et fort de ces bonnes impressions, cette lecture se rappelait à ma mémoire mais sans parvenir à l’identifier. C’est 20 ans plus tard, en flânant dans ma nouvelle médiathèque que le heureux hasard se produit. Mes goûts ayant évolués depuis (enfin ma période Soleil clôturée ^^), le plongeon dans cette bouffée de nostalgie s’est fait avec une petite appréhension ... vite envolée. Ça reste une très chouette lecture malgré le poids des âges. Le 1er tome est une petite perle, le 2ème est un cran en dessous mais tout honorable. Cette fois, j’ai noté les références et hormis la collection, les auteurs ne m’étaient plus inconnus . En grand conteur, Dubois s’y entend pour nous narrer une histoire. Mention spéciale pour la première partie du dyptique, magique, elle peut se lire comme un one shot d’ailleurs. La deuxième partie, pas désagréable mais moins marquante, est plus tournée vers l’action. Jérôme Lereculey qu’on ne présente plus, propose déjà, pour ses débuts, un dessin prometteur et solide. Le tout est bien mis en valeur par les couleurs d’Isabelle Merlet. Franchement du tout bon que je conseille à tout amateur de Fantasy. Avec le recul, cet album était relativement novateur pour l’époque et garde sa part d’originalité dans un genre aujourd’hui archi saturé. Un petit coup de cœur perso, ma madeleine de Proust que je peine à dénicher, une sortie en intégrale serait une excellente surprise, sans être un indispensable cette série mérite amplement d’être remise en lumière.
Mamoht
Quand on regarde la bdgraphie de Fabien Grolleau, on voit des récits légers, parfois gouailleurs, parfois plus grave. Il y a des biographies de personnages plus ou moins connus, et aussi de l'aventure. Et ce one-shot sorti en 2019 chez Jungle relève de ce dernier genre, même s'il dépare un peu dans le tableau de l'éditeur. Et pourtant, c'est une sorte de western moderne, qui se déroule... dans le grand nord de la Sibérie, avec une équipe de branlotins excités par la perspective de l'argent facilement gagné. Sauf que la nature, le destin farceur et un scénariste un brin masochiste en ont décidé autrement. C'est donc l'occasion de visiter une -grande- région peu explorée en BD, les grands espaces sibériens, avec la boue, les vents, le froid, les moustiques, les marais... Grolleau embarque avec lui Pixel Vengeur, plus habitué aux BD parodiques style Fluide Glacial, qui prend l'occasion de dessiner des paysages grandioses, un exercice dont il se sort plutôt pas mal, bien aidé aux couleurs par Delf. Je suis plus réservé sur les visages de ses personnages, des trognes avinées qui tirent trop vers la caricature. Mais cela n'entrave pas le plaisir de lecture que procure l'ensemble de l'album, dans lequel souffle l'aventure avec un grand A (le film Delivrance est une influence assumée par les auteurs dans la préface, qui comporte quelques informations sur les inspirations de Fabien Grolleau. Un album bien sympathique, qui en outre explore l'un des thèmes favoris du scénariste, à savoir l'écologie au travers de la fonte du permafrost et la consommation à outrance de l'ivoire.