Cela fait 20 ans que Martino est en taule. Il a pris perpétuité pour avoir voulu tuer sa femme et son amant. Il les a vu rentrer dans un hôtel pour une partie de jambes en l’air. Manque de pot, il s’est trompé de chambre et à trucider le couple qui l’occupait. Et cela fait 20 ans qui rumine sa vengeance le bougre. Il a les raté la dernière fois, mais il s’est juré que la prochaine fois cela sera la bonne ! La vengeance est un plat qui se mange froid ! Et il a du mal à digérer !
Pour bonne conduite derrière les barreaux, il est libéré ! J’arrive chérie …
Cet album est un petit bonbon sucré. C’est délicieux. On suit avec plaisir Martino dans sa quête de représailles sanglantes. Quel châtiment va-t-il prodiguer pour éponger sa soif de vengeance ? La riposte doit être à la mesure de son attente et de l’affront subi. C’est drôle, cynique et dramatique à la fois sur fond de misère sociale. Les dialogues sont truculents et ciselés au cordeau. Ca claque. Les situations sont improbables mais que c’est bon. Cet anti-héros décidé et aigri me plaît bien. J’ai même souhaité qu’il puisse réussir dans sa mission.
C’est du Rabaté flamboyant et bien noir avec un zest d’ironie. Le dessin de Sébastien Gnaedic parachève un scénario aux petits oignons. A découvrir au plus vite.
A la lecture du titre, et au vu de la couverture, je m'attendais a lire une bd où un mec âgé, qui a toujours rêvé d'aventure, part à travers le monde pour découvrir la vérité sur son meilleur ami.
De fait, on a bien droit à un mec âgé qui a toujours rêvé d'aventure et qui part de chez lui pour découvrir la vérité sur son meilleur ami, mais dans un périmètre un peu plus limité que "le monde entier". Le nord de la France avec un crochet par la Belgique, quoi. Et au final, cette deception qui pourrait aussi bien toucher le lecteur qu'elle touche le héros est la grande force du récit.
Des bds où un mec plus ou moins âgé se rend compte que sa vie est plus ou moins ratée après un évènement dramatique ou/et surnaturel, il y en a un bon paquet. Mais celle-ci, dans le paquet, s'en extrait plutôt remarquablement.
Le fait que le héros ne s'accomplisse pas vraiment mais aille de désillusion en désillusion apporte plus que si il laissait vraiment tout tomber pour partir je ne sais où ou commencer je ne sais quelle vie. Là, Amédée reste conscient de son état, de sa vie, mais se pousse quand même à se dépasser. C'est plutôt sympa car on se dit que sa vie ne sera pas radicalement différente après cette expérience, ce à quoi je pouvais m'attendre personnellement (il faut dire que je suis dans le thème en ce moment avec Quelqu'un à qui parler et Les Deux Vies de Baudouin), mais que cette aventure avec un petit a va lui servir et rendre sa vie plus agréable.
J'ai vraiment pris plaisir à découvrir cette histoire, qui se lit rapidement, peut être un peu trop : j'aurais bien aimé rester un peu plus dedans. Autre petite chose qui a pu me déranger, le fantôme de Jo qui n'a pas, j'ai trouvé, une utilité démesurée et dont il aurait peut être été possible de se passer. Mais il maintient aussi une sorte de rêve qui garde notre héros un peu à flot et lui permet de garder la tête hors de l'eau. C'est le seul truc un peu "facile" que j'ai trouvé dans le récit, et il ne prend pas non plus une importance démesurée.
Au niveau du dessin, je ne peux pas dire que je sois un énorme fan, graphiquement, du style de Vallée, mais je lui reconnais une foule de qualités. Déjà, il est unique et hyper reconnaissable. J'aime bien, je l'avoue, pouvoir identifier immédiatement une oeuvre et la rattacher à un dessinateur. Ce n'est pas le seul mais mine de rien ce n'est pas non plus le cas pour tous.
Ensuite, si la forme des visages est ce qui peut me déranger le plus esthétiquement parlant (et les oreilles qui ont toutes l'air d'être celles de premières ou deuxièmes lignes de rugby), ils sont hyper expressifs. Les personnages ne se ressemblent pas du tout et ont un truc particulier, chacun, dans le regard. Le dessin arrive à les rendre tous uniques, même les plus secondaires. Pour avoir lu d'autres bds de Vallée, (j'ai d'ailleurs bien aimé le clin d'oeil à Katanga dans une des aventures de Pinpin), j'ai l'impression qu'il est au sommet de son style graphique. Bref, le dessin, s'il n'est pas du style que je préfère, est top et l'histoire, si elle part d'un postulat ultra classique, est parfaitement maîtrisée et s'en détache.
Foncez.
Je connaissais déjà l'histoire de "Fatty". Ce personnage oublié aujourd'hui à part des amateurs de cinéma des années 1910-1930 était pourtant l'acteur n°1 du burlesque avant Chaplin, Keaton et Laurel et Hardy.
La manière de nous raconter l'histoire de Julien Frey est bien choisie. Ici c'est Buster Keaton, l'ami de toujours, qui nous raconte l'histoire de Roscoe alors qu'il est sur la fin de sa carrière. Débutant le récit au moment de la rencontre des deux acteurs, on suit alors la vie de Roscoe faite de débauche et d'excès en tout genre. Il nous dépeint bien la vie de ce grand costaud (ou enrobé) et ces travers incluant même des anecdotes légendaires (le fait qu'il aurait donné son pantalon à Chaplin). Puis vient le scandale et les procès il nous montre tous les détails qui amèneront à l'acquittement de Roscoe mais à la nécessité des trois procès pour qu'il soit totalement innocenté. Enfin nous avons la fin de Roscoe et ses difficultés à revenir dans le monde d'Hollywood et du spectacle en général malgré son innocence. Toute cette histoire est traversée par l'amitié de Buster et Fatty et on s'attache à ses deux personnages.
Le trait de Nadar correspond bien à l'histoire et on reconnait du premier coup d’œil les protagonistes. Roscoe nous est tout de suite sympathique. J'aime beaucoup aussi le choix des couleurs.
Ce n'est peut-être pas ce qu'on pourrait appeler un album culte mais j'ai beaucoup aimé cette lecture et c'est un coup de coeur. Achat indispensable pour les passionnés de cinéma.
Cet album fait partie de l'univers des Contes de la Pieuvre mis en place par Gess, un ensemble d'histoires pouvant se lire manière totalement indépendante et se déroulant dans le Paris de la fin 19e, début 20e siècle, avec comme point commun une organisation mafieuse nommée La Pieuvre et un mélange de récit policier et de fantastique. Célestin et le cœur de Vendrezanne pour sa part se déroule en 1879, dans Paris et ses anciens faubourgs tout juste intégrés à la cité tentaculaire, dans le milieu de la pègre et des gamins des rues. Et la part de fantastique y prend largement le dessus.
Célestin est serveur à l'auberge de La Pieuvre, un bar restaurant des Batignolles qui sert de repaire à de bons bougres comme à divers malfrats, et notamment l'organisation mafieuse elle-même nommée la Pieuvre.. Discret et apprécié de tous, il cache son don : il voit les gens tels qu'ils sont en réalité, avec des formes parfois fantasques, parfois effrayantes, et quand il les regarde dans les yeux il peut lire leur âme. Mais il se garde bien de dévoiler ce secret pour ne pas mettre sa vie en danger et pour mieux se fondre dans ce petit monde qui est devenu son foyer. Pourtant celui-ci est soudain bousculé par deux évènements différents : la fuite éperdue d'un gamin menacé de mort pour avoir fait partie d'un groupe qui a volé les biens de personnalités sous la protection de la Pieuvre, et la réapparition encore plus menaçante d'une entité fantomatique tueuse de bébés et qui vise en particulier celui à naître de l'un des puissants patrons de la Pieuvre.
Très rapidement, j'ai été charmé par l'atmosphère de cette bande dessinée.
J'ai aimé cette ville de Paris en pleine transformation et par bien des aspects rigoureusement historique. L'action se passe à une époque où elle est à peine sortie de la Commune et pas encore au faîte de sa gloire avec ses différentes expositions universelles. J'ai aimé la découvrir du point de vue de son petit peuple, des gens de la rue, de ses criminels et de ceux qui les côtoient malgré eux. On sent l'amour de l'auteur pour cette cité, son architecture, ses petites rues, ses quartiers et sa populace.
Et j'ai adoré comment le fantastique s'y intègre avec naturel. C'est un fantastique assez dur, qui se fond bien dans l'ambiance dangereuse de ce milieu de la pègre, et qui semble à la fois discret et pourtant parfaitement accepté par les Parisiens qui y semblent habitués.
L'intrigue m'a également beaucoup plu. J'ai un peu peiné à raccrocher les wagons à la lecture des tous premiers chapitres qui présentent chacun des protagonistes et lieux différents et complexes, mais ils finissent par se combiner et le récit devient plus linéaire et compréhensible tout en maintenant un agréable voile de mystère qui sera finalement parfaitement expliqué d'ici à ce qu'on arrive à la fin.
Ce n'est qu'en fin de lecture que j'ai découvert l'existence de deux autres ouvrages dans le même univers que celui, à savoir La Malédiction de Gustave Babel et Un destin de trouveur. J'ai maintenant très hâte de les lire.
Biberonné à la "Trilogie du Dollars" par le couple Leone/Morricone je profite de la sortie de l'opus 18 pour ajouter mon admiration à cette série.
"L'Otage" est dédié à Ennio Morricone et à Gian Maria Volonté ( El Indio) ce qui montre la filiation entre le beau Clint et Durango.
Exit le cowboy propre sur lui façon John Wayne pour un pistolero improbable défenseur de la veuve et de l'orphelin, solitaire, briseur de cœur, capable de descendre dix vilains avec six balles.
On y ajoute une arme mythique, des paysages à couper le souffle et Durango est né.
Tout a été dit sur les superbes dessins de Swolfs. J'aime moins le style de Iko. Bien sûr les scénarii sont prévisibles mais c'est une loi du genre. C'est la mise en scène qui compte le plus, à mon avis.
Les Durango sont comme la musique de Morricone, cela ne vieillit pas pour l'amateur que je suis.
"Tout est possible ici. Ce bled est un véritable cliché!"
Yes! Fabien Bedouel et Patrice Perna s'amusent (et nous amusent) avec tous les clichés possibles du grand Ouest Américain.
Un sheriff dictateur dans SA ville, une adjointe irlandaise stéréotypée, des nazillons en balade, un Loco qui a racheté l'armurerie des "Men in Black", des procédures judiciaires made in USA j'en passe et des meilleures.
Pour cimenter cela, Malone alias "le Sodomite" qui nous fait un vrai numéro d'acteur avec des dialogues à mourir de rire ( C'est de lui ma première phrase). Un personnage qui s'enrichit au fil des pages et des tomes.
Son "poulain" Lemmy qui possède un rythme d'enfer comme feu Lemmy Kilmister (les petits jeunes!) de quoi rendre fou un Redneck local.
Malone est bien entouré par toute une ribambelle de cinglés, déjantés avec un humour incroyablement efficace.
Ajoutez les super dessins et couleurs de Bedouel en plus des découpages qui rendent trop bien le désert du Nouveau Mexique, c'est un vrai plaisir de lecture récréative. Ce découpage favorise aussi le rythme effréné de certaines pages ( toujours Motorhead, ça bouge)
C'est (ba)rock, c'est loufoque. J'aime beaucoup ,
J'attends le numéro 3 pour voir où va nous mener ce scénario à la Frankenstein.
Comme l'écrirait Cosey à lire en écoutant "eat the gun" de Motorhead mais pas la peine de "bite the bullet" car c'est du plaisir que vous aurez.
Mais "Tout est possible!"
complément du 29/09/22
Bon, je viens de terminer le cycle avec le T3 et j'en ressort un peu déçu. Est-ce l'effet de surprise du début qui s'est émoussé ? Peut être mais je trouve la fin laborieuse.
Les auteurs nous propose une suite de scènes de carnages toutes plus délirantes les unes que les autres. Pour combler les espaces entre ces scènes, Perna et Bedouel nous proposent toute une série de pochettes surprises genre "je ne suis pas celui que vous croyez depuis le début".
C'est une ficelle scénaristique bien trop grosse pour que j'y adhère d'autant plus qu'elle s'applique à presque tous les personnages.
Même le graphisme me convient moins , Mélinda et Betty que je trouvais super sexy et mystérieuses deviennent très fades en robotcops. Paradoxalement je trouve que les personnages sont de plus en plus inexpressifs au milieu de ces tueries.
Une déception. 2/5 pour ce tome
"Un problème Américain" a dit le Président Johnson en 1965 quelques jours après les violences policières de Selma et le meurtre d'un pasteur par les assassins du Klan.
Sur près de 550 pages en noir et blanc "Wake up America" nous décrit le parcours de John Lewis entre 1950 et 1965 pour la reconnaissance des droits civiques des Afro-américains dans les états ségrégationnistes du Sud.
Un ouvrage difficile qui est destiné principalement à un public américain. Lewis, l'un des "Big Six" de la lutte pour l'application effective des droits sur tout le territoire nous conte son parcours d'activiste non-violent et de Président du groupe dont il a été l'un des fondateurs.
Cela peut dérouter un lecteur français sur beaucoup de points.
Tout d'abord c'est un véritable petit manuel politique de formation et d'utilisation de la non-violence.
C'est passionnant car il y a la démonstration d'un vrai savoir-faire qui ne s'improvise pas. C'est difficile et cela demande une formation du corps et de l'esprit très poussée. Ce n'est vraiment pas dans la tradition contestataire française.
Ensuite Lewis et ses camarades s'appuient beaucoup sur la prière du message évangélique et le réseau des églises baptistes de l'Alabama et du Mississipi. En France où le religieux est réservé à l'espace privé cela peut surprendre.
L'accent est surtout mis sur les violences policières et l'impunité des tortionnaires grâce à un système de séparation des pouvoirs très pointu aux USA. Les apparitions du Klan sont éphémères et ne constituent pas le centre du sujet.
C'est bien la perversité du système politique américain de l'époque qui est décriée.
Le scénario est très fouillé et travaille sur trois plans. Les techniques de protestations, les réponses policières et la gestion d'un groupe avec ses difficultés internes mais aussi externes vis à vis des groupes déjà existants
Les dessins sont sobres et privilégient les expressions de confiance ou de terreur des manifestants mais aussi la haine des racistes.
La violence est montrée mais sans voyeurisme. On se rappelle que c'est le souvenir de vrais martyrs que l'on honore.
Comme c'est un véritable livre d'histoire il y a beaucoup de sigles ou de noms peu connus du lecteur. Mais somme toute, c'est assez facile à suivre.
On retrouve des étapes marquantes mais c'est vraiment centré sur Nashville, Birmingham et Selma. Cela donne une grande unité de lieu au récit.
On croise évidemment le Dr King qui a un rôle très important et très bien présenté, sans angélisme.
Le seul petit reproche est que le récit met le focus sur la vision exclusive du mouvement de Lewis, présentant les efforts du gouvernement fédéral ou des autres mouvements comme lents et peu efficaces.
Peut-être, mais les points de vue d'un étudiant collé au terrain et celui d'un Chef d'Etat avec de multiples contraintes ne sont forcément pas les mêmes.
Un excellent ouvrage pour qui aime la politique et l'histoire. Une histoire qui n'est pas encore finie.
La collection Noctambule chez Soleil est souvent gage de réussite. C'est le cas avec cet album.
Un album étrange et surprenant.
Étrange par ses ramifications diverses.
Surprenant par son déroulé.
Edgard Whitman, lauréat du concours d'architecture de Philadelphie va être démarché pour reprendre les travaux de l'Empire Falls Building à New York. Arrivé sur place il ne comprend pas, pour lui l'hôtel est terminé, mais l'énigmatique propriétaire Kosmo Vassilian n'a pas la même vision des choses.
Tous les personnages ont des personnalités bien trempées, de Kosmo à Silma son épouse en passant par le majordome ou le type au bar. Ils ne sont pas "net", jouent-ils un jeu ou notre héros est un pion ?
Je dois aussi parler d'un autre protagoniste : l'hôtel. Il fait partie intégrante du récit, d'ailleurs Edgard en rêve dès sa première nuit. Une façon de communiquer ?
Au fur et à mesure de ma lecture, une atmosphère pesante se répand telle cette fuite d'eau dans la chambre d'Edgard. Ce "Bam bam ..." répétitif le soir n'aide pas à sa sérénité tout comme sa relation ambiguë avec Silma. Ses plans d'architecte vont-ils satisfaire Kosmo ? Si oui, à quel prix ?
Étrange et énigmatique !
On reconnaît au premier coup d'œil le trait particulier de Redolfi avec ses visages semi-caricaturaux.
Une superbe mise en page, il suffit de regarder les quelques planches de la galerie.
Son dessin nous plonge de plein fouet dans cet intrigant Empire Falls Building.
Quatre calques sont glissés au fil des pages, ils nous renseignent sur les plans des travaux d'Edgard.
Des planches monochromes du plus bel effet.
Du grand art.
Si vous voulez des réponses aux questions, vous savez ce qu'ils vous restent à faire.
J’ai vraiment bien aimé ce recueil de courts récits même si ce qu’y raconte son auteur est des plus anecdotiques. Mais il y a une telle simplicité dans le ton employé et une telle maîtrise du rythme que la lecture s’est avérée très plaisante.
En fait, j’ai eu le même genre de feeling que lorsque je lis une œuvre de Michel Rabagliati ou lorsque j’ai lu De mal en pis. Même gentille ironie pour des personnages touchants par leur maladresse, fondamentalement gentils et que je trouve proches de moi. Même sens du rythme, qui parvient à rendre accrocheur un récit du quotidien. Même type de dessin très lisible, expressif et en noir et blanc.
Toutes les histoires ne sont pas du même niveau et l’évolution de l’auteur est indéniable. Certains des premiers récits ressemblent à un exercice scolaire (« racontez une anecdote sous forme de bande dessinée en apportant une attention particulière au rythme et à la narration ») mais au fil du temps, l’auteur affine son style et trouve un ton. J’oublie alors la forme (qui est excellente du début à la fin) pour m’intéresser au fond. Et le parcours d’Alec Longstroth est finalement très instructif en nous présentant un personnage issu de la classe moyenne américaine, qui déménage souvent, est passionné par les graphic novels et travaille dans le milieu du théâtre.
Franchement, j’ai eu l’impression de voir un pote. Je me suis aussi beaucoup amusé des rencontres qu’il fait dans différents festivals, prenant ainsi conscience du parcours que j’ai effectué depuis que je fréquente bdtheque, car la moitié des auteurs rencontrés, je les ai découverts via le site. Et en voyant ce geek s’enthousiasmer à la lecture de L'Art Invisible, trembler face à Craig Thompson ou s’émouvoir de la simplicité d’un Adrian Tomine, je me suis dit que, quelque part, je devais moi-même en être devenu un.
Tout n’est pas parfait et, comme déjà dit, les histoires sont vraiment anecdotiques mais avec une telle maîtrise du rythme et l’usage de ce ton gentiment ironique, cet album m’a apporté plus que ce que j’en attendais.
« Nous ne connaîtrons pas un monde qui prolongera la tendance que nous avons connue dans le passé ». Le constat est sans appel. Comme nous le rappellent quotidiennement les informations, les catastrophes climatiques se répètent plus fréquemment et plus violemment, et l’activité humaine conduit inexorablement à la destruction du vivant, menaçant l’existence même de l’humanité. Le monde arrive à un point de basculement, et nous n’aurons pas d’autre choix que de suivre une voie radicalement différente pour préserver la planète et éviter d’aller droit dans le mur. C’est ce que nous dit en substance cet excellent ouvrage concocté par Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain.
Jean-Marc Jancovici, brillant polytechnicien et conférencier engagé dans la lutte contre le réchauffement climatique, est le fondateur de Carbone 4, cabinet de conseil spécialisé dans la stratégie carbone, et de The Shift Project, laboratoire d’idées (ou « think tank » pour ceux qui préfèrent un terme anglais) dont l’objectif est de réduire la part des énergies fossiles dans l’économie. Le fameux « bilan carbone », c’est lui-même qui en est à l’origine ! Quant à Christophe Blain, vous le connaissez sans doute déjà puisqu’il est (notamment) le co-auteur, avec Abel Lanzac au scénario, du formidable diptyque "Quai d’Orsay".
Les deux hommes se sont donc associés pour produire ce passionnant essai en s’appuyant sur les plus récentes données socio-économiques et scientifiques. Comme on peut le voir ici, la « data », ce ne sont pas seulement des lignes de chiffres arides dans des tableaux excel. Tout dépend de la façon dont on les utilise, et c’est bien là que réside le talent de Blain, qui parvient à nous captiver, non seulement en rendant les graphes plus parlants mais aussi en nous faisant sourire avec ses « crobards » vifs et facétieux, voire en provoquant quelques fou-rires. Tout au long du livre, il se met en scène avec Jancovici dans une mise en page très libre, sans cases. Les démonstrations exposées par l’ingénieur sont régulièrement ponctuées de dialogues entre les deux hommes, des « respirations » qui rendent la narration encore plus vivante, Blain semblant se délecter du rôle de candide avec une autodérision jubilatoire.
Qu’apprend-on sur la question environnementale (exploitation incontrôlée des ressources, changement climatique, pollutions diverses…) que l’on ne sache déjà par le biais des abondants canaux d’informations de notre époque ? L’intérêt de l’ouvrage est davantage dans l’exposé limpide et ludique qui nous est proposé, afin de bien comprendre ce à quoi nous sommes confrontés.
En guise d’introduction, Jancovici remonte aux sources et nous décrit ce qu’est l’énergie, ce qui constituera la base de son raisonnement. Car si l’énergie, en corrélation avec l’exploitation des ressources naturelles, représente en quelque sorte l’élément fondateur à l’origine des progrès de l’humanité, elle s’avère également la cause des nombreux problèmes que nous rencontrons aujourd’hui. Du charbon au nucléaire en passant par le pétrole, elle a permis depuis les débuts de l’industrialisation une progression incroyablement rapide vers un certain bien-être technologique. Le modèle capitaliste a fait le reste, peu soucieux des effets indésirables, en fondant sa croyance sur une théorie pernicieuse élaborée il y a deux siècles, celle de l’économiste Jean-Baptiste Say, qui prétendait que les sources d’énergie étaient gratuites et illimitées. Le problème, c’est que c’est encore cette théorie qui prévaut dans le monde d’aujourd’hui ! Que n’avons-nous choisi de croire celle de son contemporain Charles Dupin, qui disait déjà tout le contraire et souhaitait organiser l’exploitation des ressources… ?
Blain a su trouver par son dessin efficace la métaphore parfaite de ce que l’être humain est devenu : un Iron Man toujours plus assoiffé d’énergie fossile, sa « bibine » favorite étant le pétrole. Notre style de vie a fait de nous des sortes de mutants, et toutes les machines qui nous assistent sont devenues en quelque sorte nos exosquelettes. Si le progrès n’avait pas eu lieu, chaque Terrien aurait en moyenne 200 esclaves (600 pour chaque Français !) à sa disposition pour déployer une force musculaire équivalente à celle de nos machines ! Sachant que nous n’avons pas de planète de rechange et que les ressources vont s’épuiser un jour ou l’autre, que la population terrestre a cru de façon exponentielle avec la révolution industrielle, passant de 500 millions à presque 8 milliards d’êtres humains, il va bien falloir admettre que nous sommes désormais au pied du mur. Et pourtant, alors que la maison brûle, nous nous réfugions dans une forme de déni, peu disposés à renoncer à notre confort moderne, tandis que les vieilles litanies « libérales » sur la croissance sont ressassées inlassablement, tel un vieux vinyle rayé…
Jancovici, lui, tente seulement de nous mettre face à nous-mêmes, sans chercher à nous culpabiliser, privilégie la raison plutôt que la peur, et c’est ce qu’on apprécie particulièrement avec cet ouvrage, car selon lui, « la culpabilité est inhibitrice de l’action ». Certes, le chantier est vaste, et le citoyen, en modifiant ses pratiques de consommation, pourra agir à son échelle, mais cela restera vain sans une réelle volonté des pouvoirs publics. Il propose plusieurs pistes pour tous les domaines (agriculture, transports, logements, etc.), afin d’accompagner une transition inévitable vers la décroissance, à commencer par la sobriété, qui est « choisie et peut s’organiser, tandis que la pauvreté est subie, généralement dans la violence. »
En résumé, « Le Monde sans fin » est une vraie réussite à mettre entre toutes les mains, parce que l’ouvrage réunit de nombreux critères pour une lisibilité parfaite, grâce à sa rigueur narrative et la clarté du propos de « Janco », alliée au dessin plein d’humour de Blain, le tout générant une qualité ludique pour un sujet qui ne l’est pas vraiment à la base. Et l’air de rien, ce livre remet du baume au cœur dans notre contexte particulièrement anxiogène en nous offrant une analyse rationnelle, loin des fantasmes apocalyptiques mis en avant par certains. Il bouscule également nos certitudes et risquerait bien de faire évoluer notre point de vue (c’est mon cas en ce qui me concerne). Ce qui constitue un élément marquant de cet essai, c’est l’approche développée par Jancovici sur le nucléaire, qui prouve de façon très factuelle que cette énergie est aujourd’hui la plus propre, loin d’être aussi dangereuse que l’on veut bien le croire. Notre polytechnicien ne s’est pas fait que des amis chez les écolos avec cette affirmation mais pour lui il est urgent de dédramatiser : « Le nucléaire est un peu comme l’avion de ligne. Les accidents frappent les esprits et créent un sentiment d’effroi. » De plus, les énergies renouvelables (hydraulique, éolien, solaire) ne suffiront jamais à compenser l’abandon du charbon et du pétrole, qui aujourd’hui représentent une part largement majoritaire des sources d’énergie. On apprendra en conclusion que notre course folle vers le progrès est directement liée à un bout de notre cerveau, le striatum, qui nous pousse à vouloir toujours plus… En avoir conscience, c’est sans doute une bonne manière d’entamer une thérapie de désintoxication… Reste à savoir si les « décideurs » gravement accros à un système largement corrompu par la doxa capitaliste se sentiront concernés par ces propositions visant seulement à ne pas scier la branche sur laquelle on est assis ! Le temps presse…
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Le Linge sale
Cela fait 20 ans que Martino est en taule. Il a pris perpétuité pour avoir voulu tuer sa femme et son amant. Il les a vu rentrer dans un hôtel pour une partie de jambes en l’air. Manque de pot, il s’est trompé de chambre et à trucider le couple qui l’occupait. Et cela fait 20 ans qui rumine sa vengeance le bougre. Il a les raté la dernière fois, mais il s’est juré que la prochaine fois cela sera la bonne ! La vengeance est un plat qui se mange froid ! Et il a du mal à digérer ! Pour bonne conduite derrière les barreaux, il est libéré ! J’arrive chérie … Cet album est un petit bonbon sucré. C’est délicieux. On suit avec plaisir Martino dans sa quête de représailles sanglantes. Quel châtiment va-t-il prodiguer pour éponger sa soif de vengeance ? La riposte doit être à la mesure de son attente et de l’affront subi. C’est drôle, cynique et dramatique à la fois sur fond de misère sociale. Les dialogues sont truculents et ciselés au cordeau. Ca claque. Les situations sont improbables mais que c’est bon. Cet anti-héros décidé et aigri me plaît bien. J’ai même souhaité qu’il puisse réussir dans sa mission. C’est du Rabaté flamboyant et bien noir avec un zest d’ironie. Le dessin de Sébastien Gnaedic parachève un scénario aux petits oignons. A découvrir au plus vite.
Tananarive
A la lecture du titre, et au vu de la couverture, je m'attendais a lire une bd où un mec âgé, qui a toujours rêvé d'aventure, part à travers le monde pour découvrir la vérité sur son meilleur ami. De fait, on a bien droit à un mec âgé qui a toujours rêvé d'aventure et qui part de chez lui pour découvrir la vérité sur son meilleur ami, mais dans un périmètre un peu plus limité que "le monde entier". Le nord de la France avec un crochet par la Belgique, quoi. Et au final, cette deception qui pourrait aussi bien toucher le lecteur qu'elle touche le héros est la grande force du récit. Des bds où un mec plus ou moins âgé se rend compte que sa vie est plus ou moins ratée après un évènement dramatique ou/et surnaturel, il y en a un bon paquet. Mais celle-ci, dans le paquet, s'en extrait plutôt remarquablement. Le fait que le héros ne s'accomplisse pas vraiment mais aille de désillusion en désillusion apporte plus que si il laissait vraiment tout tomber pour partir je ne sais où ou commencer je ne sais quelle vie. Là, Amédée reste conscient de son état, de sa vie, mais se pousse quand même à se dépasser. C'est plutôt sympa car on se dit que sa vie ne sera pas radicalement différente après cette expérience, ce à quoi je pouvais m'attendre personnellement (il faut dire que je suis dans le thème en ce moment avec Quelqu'un à qui parler et Les Deux Vies de Baudouin), mais que cette aventure avec un petit a va lui servir et rendre sa vie plus agréable. J'ai vraiment pris plaisir à découvrir cette histoire, qui se lit rapidement, peut être un peu trop : j'aurais bien aimé rester un peu plus dedans. Autre petite chose qui a pu me déranger, le fantôme de Jo qui n'a pas, j'ai trouvé, une utilité démesurée et dont il aurait peut être été possible de se passer. Mais il maintient aussi une sorte de rêve qui garde notre héros un peu à flot et lui permet de garder la tête hors de l'eau. C'est le seul truc un peu "facile" que j'ai trouvé dans le récit, et il ne prend pas non plus une importance démesurée. Au niveau du dessin, je ne peux pas dire que je sois un énorme fan, graphiquement, du style de Vallée, mais je lui reconnais une foule de qualités. Déjà, il est unique et hyper reconnaissable. J'aime bien, je l'avoue, pouvoir identifier immédiatement une oeuvre et la rattacher à un dessinateur. Ce n'est pas le seul mais mine de rien ce n'est pas non plus le cas pour tous. Ensuite, si la forme des visages est ce qui peut me déranger le plus esthétiquement parlant (et les oreilles qui ont toutes l'air d'être celles de premières ou deuxièmes lignes de rugby), ils sont hyper expressifs. Les personnages ne se ressemblent pas du tout et ont un truc particulier, chacun, dans le regard. Le dessin arrive à les rendre tous uniques, même les plus secondaires. Pour avoir lu d'autres bds de Vallée, (j'ai d'ailleurs bien aimé le clin d'oeil à Katanga dans une des aventures de Pinpin), j'ai l'impression qu'il est au sommet de son style graphique. Bref, le dessin, s'il n'est pas du style que je préfère, est top et l'histoire, si elle part d'un postulat ultra classique, est parfaitement maîtrisée et s'en détache. Foncez.
Fatty - Le premier roi d'Hollywood
Je connaissais déjà l'histoire de "Fatty". Ce personnage oublié aujourd'hui à part des amateurs de cinéma des années 1910-1930 était pourtant l'acteur n°1 du burlesque avant Chaplin, Keaton et Laurel et Hardy. La manière de nous raconter l'histoire de Julien Frey est bien choisie. Ici c'est Buster Keaton, l'ami de toujours, qui nous raconte l'histoire de Roscoe alors qu'il est sur la fin de sa carrière. Débutant le récit au moment de la rencontre des deux acteurs, on suit alors la vie de Roscoe faite de débauche et d'excès en tout genre. Il nous dépeint bien la vie de ce grand costaud (ou enrobé) et ces travers incluant même des anecdotes légendaires (le fait qu'il aurait donné son pantalon à Chaplin). Puis vient le scandale et les procès il nous montre tous les détails qui amèneront à l'acquittement de Roscoe mais à la nécessité des trois procès pour qu'il soit totalement innocenté. Enfin nous avons la fin de Roscoe et ses difficultés à revenir dans le monde d'Hollywood et du spectacle en général malgré son innocence. Toute cette histoire est traversée par l'amitié de Buster et Fatty et on s'attache à ses deux personnages. Le trait de Nadar correspond bien à l'histoire et on reconnait du premier coup d’œil les protagonistes. Roscoe nous est tout de suite sympathique. J'aime beaucoup aussi le choix des couleurs. Ce n'est peut-être pas ce qu'on pourrait appeler un album culte mais j'ai beaucoup aimé cette lecture et c'est un coup de coeur. Achat indispensable pour les passionnés de cinéma.
Célestin et le coeur de Vendrezanne
Cet album fait partie de l'univers des Contes de la Pieuvre mis en place par Gess, un ensemble d'histoires pouvant se lire manière totalement indépendante et se déroulant dans le Paris de la fin 19e, début 20e siècle, avec comme point commun une organisation mafieuse nommée La Pieuvre et un mélange de récit policier et de fantastique. Célestin et le cœur de Vendrezanne pour sa part se déroule en 1879, dans Paris et ses anciens faubourgs tout juste intégrés à la cité tentaculaire, dans le milieu de la pègre et des gamins des rues. Et la part de fantastique y prend largement le dessus. Célestin est serveur à l'auberge de La Pieuvre, un bar restaurant des Batignolles qui sert de repaire à de bons bougres comme à divers malfrats, et notamment l'organisation mafieuse elle-même nommée la Pieuvre.. Discret et apprécié de tous, il cache son don : il voit les gens tels qu'ils sont en réalité, avec des formes parfois fantasques, parfois effrayantes, et quand il les regarde dans les yeux il peut lire leur âme. Mais il se garde bien de dévoiler ce secret pour ne pas mettre sa vie en danger et pour mieux se fondre dans ce petit monde qui est devenu son foyer. Pourtant celui-ci est soudain bousculé par deux évènements différents : la fuite éperdue d'un gamin menacé de mort pour avoir fait partie d'un groupe qui a volé les biens de personnalités sous la protection de la Pieuvre, et la réapparition encore plus menaçante d'une entité fantomatique tueuse de bébés et qui vise en particulier celui à naître de l'un des puissants patrons de la Pieuvre. Très rapidement, j'ai été charmé par l'atmosphère de cette bande dessinée. J'ai aimé cette ville de Paris en pleine transformation et par bien des aspects rigoureusement historique. L'action se passe à une époque où elle est à peine sortie de la Commune et pas encore au faîte de sa gloire avec ses différentes expositions universelles. J'ai aimé la découvrir du point de vue de son petit peuple, des gens de la rue, de ses criminels et de ceux qui les côtoient malgré eux. On sent l'amour de l'auteur pour cette cité, son architecture, ses petites rues, ses quartiers et sa populace. Et j'ai adoré comment le fantastique s'y intègre avec naturel. C'est un fantastique assez dur, qui se fond bien dans l'ambiance dangereuse de ce milieu de la pègre, et qui semble à la fois discret et pourtant parfaitement accepté par les Parisiens qui y semblent habitués. L'intrigue m'a également beaucoup plu. J'ai un peu peiné à raccrocher les wagons à la lecture des tous premiers chapitres qui présentent chacun des protagonistes et lieux différents et complexes, mais ils finissent par se combiner et le récit devient plus linéaire et compréhensible tout en maintenant un agréable voile de mystère qui sera finalement parfaitement expliqué d'ici à ce qu'on arrive à la fin. Ce n'est qu'en fin de lecture que j'ai découvert l'existence de deux autres ouvrages dans le même univers que celui, à savoir La Malédiction de Gustave Babel et Un destin de trouveur. J'ai maintenant très hâte de les lire.
Durango
Biberonné à la "Trilogie du Dollars" par le couple Leone/Morricone je profite de la sortie de l'opus 18 pour ajouter mon admiration à cette série. "L'Otage" est dédié à Ennio Morricone et à Gian Maria Volonté ( El Indio) ce qui montre la filiation entre le beau Clint et Durango. Exit le cowboy propre sur lui façon John Wayne pour un pistolero improbable défenseur de la veuve et de l'orphelin, solitaire, briseur de cœur, capable de descendre dix vilains avec six balles. On y ajoute une arme mythique, des paysages à couper le souffle et Durango est né. Tout a été dit sur les superbes dessins de Swolfs. J'aime moins le style de Iko. Bien sûr les scénarii sont prévisibles mais c'est une loi du genre. C'est la mise en scène qui compte le plus, à mon avis. Les Durango sont comme la musique de Morricone, cela ne vieillit pas pour l'amateur que je suis.
Valhalla Hotel
"Tout est possible ici. Ce bled est un véritable cliché!" Yes! Fabien Bedouel et Patrice Perna s'amusent (et nous amusent) avec tous les clichés possibles du grand Ouest Américain. Un sheriff dictateur dans SA ville, une adjointe irlandaise stéréotypée, des nazillons en balade, un Loco qui a racheté l'armurerie des "Men in Black", des procédures judiciaires made in USA j'en passe et des meilleures. Pour cimenter cela, Malone alias "le Sodomite" qui nous fait un vrai numéro d'acteur avec des dialogues à mourir de rire ( C'est de lui ma première phrase). Un personnage qui s'enrichit au fil des pages et des tomes. Son "poulain" Lemmy qui possède un rythme d'enfer comme feu Lemmy Kilmister (les petits jeunes!) de quoi rendre fou un Redneck local. Malone est bien entouré par toute une ribambelle de cinglés, déjantés avec un humour incroyablement efficace. Ajoutez les super dessins et couleurs de Bedouel en plus des découpages qui rendent trop bien le désert du Nouveau Mexique, c'est un vrai plaisir de lecture récréative. Ce découpage favorise aussi le rythme effréné de certaines pages ( toujours Motorhead, ça bouge) C'est (ba)rock, c'est loufoque. J'aime beaucoup , J'attends le numéro 3 pour voir où va nous mener ce scénario à la Frankenstein. Comme l'écrirait Cosey à lire en écoutant "eat the gun" de Motorhead mais pas la peine de "bite the bullet" car c'est du plaisir que vous aurez. Mais "Tout est possible!" complément du 29/09/22 Bon, je viens de terminer le cycle avec le T3 et j'en ressort un peu déçu. Est-ce l'effet de surprise du début qui s'est émoussé ? Peut être mais je trouve la fin laborieuse. Les auteurs nous propose une suite de scènes de carnages toutes plus délirantes les unes que les autres. Pour combler les espaces entre ces scènes, Perna et Bedouel nous proposent toute une série de pochettes surprises genre "je ne suis pas celui que vous croyez depuis le début". C'est une ficelle scénaristique bien trop grosse pour que j'y adhère d'autant plus qu'elle s'applique à presque tous les personnages. Même le graphisme me convient moins , Mélinda et Betty que je trouvais super sexy et mystérieuses deviennent très fades en robotcops. Paradoxalement je trouve que les personnages sont de plus en plus inexpressifs au milieu de ces tueries. Une déception. 2/5 pour ce tome
Wake up America
"Un problème Américain" a dit le Président Johnson en 1965 quelques jours après les violences policières de Selma et le meurtre d'un pasteur par les assassins du Klan. Sur près de 550 pages en noir et blanc "Wake up America" nous décrit le parcours de John Lewis entre 1950 et 1965 pour la reconnaissance des droits civiques des Afro-américains dans les états ségrégationnistes du Sud. Un ouvrage difficile qui est destiné principalement à un public américain. Lewis, l'un des "Big Six" de la lutte pour l'application effective des droits sur tout le territoire nous conte son parcours d'activiste non-violent et de Président du groupe dont il a été l'un des fondateurs. Cela peut dérouter un lecteur français sur beaucoup de points. Tout d'abord c'est un véritable petit manuel politique de formation et d'utilisation de la non-violence. C'est passionnant car il y a la démonstration d'un vrai savoir-faire qui ne s'improvise pas. C'est difficile et cela demande une formation du corps et de l'esprit très poussée. Ce n'est vraiment pas dans la tradition contestataire française. Ensuite Lewis et ses camarades s'appuient beaucoup sur la prière du message évangélique et le réseau des églises baptistes de l'Alabama et du Mississipi. En France où le religieux est réservé à l'espace privé cela peut surprendre. L'accent est surtout mis sur les violences policières et l'impunité des tortionnaires grâce à un système de séparation des pouvoirs très pointu aux USA. Les apparitions du Klan sont éphémères et ne constituent pas le centre du sujet. C'est bien la perversité du système politique américain de l'époque qui est décriée. Le scénario est très fouillé et travaille sur trois plans. Les techniques de protestations, les réponses policières et la gestion d'un groupe avec ses difficultés internes mais aussi externes vis à vis des groupes déjà existants Les dessins sont sobres et privilégient les expressions de confiance ou de terreur des manifestants mais aussi la haine des racistes. La violence est montrée mais sans voyeurisme. On se rappelle que c'est le souvenir de vrais martyrs que l'on honore. Comme c'est un véritable livre d'histoire il y a beaucoup de sigles ou de noms peu connus du lecteur. Mais somme toute, c'est assez facile à suivre. On retrouve des étapes marquantes mais c'est vraiment centré sur Nashville, Birmingham et Selma. Cela donne une grande unité de lieu au récit. On croise évidemment le Dr King qui a un rôle très important et très bien présenté, sans angélisme. Le seul petit reproche est que le récit met le focus sur la vision exclusive du mouvement de Lewis, présentant les efforts du gouvernement fédéral ou des autres mouvements comme lents et peu efficaces. Peut-être, mais les points de vue d'un étudiant collé au terrain et celui d'un Chef d'Etat avec de multiples contraintes ne sont forcément pas les mêmes. Un excellent ouvrage pour qui aime la politique et l'histoire. Une histoire qui n'est pas encore finie.
Empire falls building
La collection Noctambule chez Soleil est souvent gage de réussite. C'est le cas avec cet album. Un album étrange et surprenant. Étrange par ses ramifications diverses. Surprenant par son déroulé. Edgard Whitman, lauréat du concours d'architecture de Philadelphie va être démarché pour reprendre les travaux de l'Empire Falls Building à New York. Arrivé sur place il ne comprend pas, pour lui l'hôtel est terminé, mais l'énigmatique propriétaire Kosmo Vassilian n'a pas la même vision des choses. Tous les personnages ont des personnalités bien trempées, de Kosmo à Silma son épouse en passant par le majordome ou le type au bar. Ils ne sont pas "net", jouent-ils un jeu ou notre héros est un pion ? Je dois aussi parler d'un autre protagoniste : l'hôtel. Il fait partie intégrante du récit, d'ailleurs Edgard en rêve dès sa première nuit. Une façon de communiquer ? Au fur et à mesure de ma lecture, une atmosphère pesante se répand telle cette fuite d'eau dans la chambre d'Edgard. Ce "Bam bam ..." répétitif le soir n'aide pas à sa sérénité tout comme sa relation ambiguë avec Silma. Ses plans d'architecte vont-ils satisfaire Kosmo ? Si oui, à quel prix ? Étrange et énigmatique ! On reconnaît au premier coup d'œil le trait particulier de Redolfi avec ses visages semi-caricaturaux. Une superbe mise en page, il suffit de regarder les quelques planches de la galerie. Son dessin nous plonge de plein fouet dans cet intrigant Empire Falls Building. Quatre calques sont glissés au fil des pages, ils nous renseignent sur les plans des travaux d'Edgard. Des planches monochromes du plus bel effet. Du grand art. Si vous voulez des réponses aux questions, vous savez ce qu'ils vous restent à faire.
Phase 7
J’ai vraiment bien aimé ce recueil de courts récits même si ce qu’y raconte son auteur est des plus anecdotiques. Mais il y a une telle simplicité dans le ton employé et une telle maîtrise du rythme que la lecture s’est avérée très plaisante. En fait, j’ai eu le même genre de feeling que lorsque je lis une œuvre de Michel Rabagliati ou lorsque j’ai lu De mal en pis. Même gentille ironie pour des personnages touchants par leur maladresse, fondamentalement gentils et que je trouve proches de moi. Même sens du rythme, qui parvient à rendre accrocheur un récit du quotidien. Même type de dessin très lisible, expressif et en noir et blanc. Toutes les histoires ne sont pas du même niveau et l’évolution de l’auteur est indéniable. Certains des premiers récits ressemblent à un exercice scolaire (« racontez une anecdote sous forme de bande dessinée en apportant une attention particulière au rythme et à la narration ») mais au fil du temps, l’auteur affine son style et trouve un ton. J’oublie alors la forme (qui est excellente du début à la fin) pour m’intéresser au fond. Et le parcours d’Alec Longstroth est finalement très instructif en nous présentant un personnage issu de la classe moyenne américaine, qui déménage souvent, est passionné par les graphic novels et travaille dans le milieu du théâtre. Franchement, j’ai eu l’impression de voir un pote. Je me suis aussi beaucoup amusé des rencontres qu’il fait dans différents festivals, prenant ainsi conscience du parcours que j’ai effectué depuis que je fréquente bdtheque, car la moitié des auteurs rencontrés, je les ai découverts via le site. Et en voyant ce geek s’enthousiasmer à la lecture de L'Art Invisible, trembler face à Craig Thompson ou s’émouvoir de la simplicité d’un Adrian Tomine, je me suis dit que, quelque part, je devais moi-même en être devenu un. Tout n’est pas parfait et, comme déjà dit, les histoires sont vraiment anecdotiques mais avec une telle maîtrise du rythme et l’usage de ce ton gentiment ironique, cet album m’a apporté plus que ce que j’en attendais.
Le Monde sans fin
« Nous ne connaîtrons pas un monde qui prolongera la tendance que nous avons connue dans le passé ». Le constat est sans appel. Comme nous le rappellent quotidiennement les informations, les catastrophes climatiques se répètent plus fréquemment et plus violemment, et l’activité humaine conduit inexorablement à la destruction du vivant, menaçant l’existence même de l’humanité. Le monde arrive à un point de basculement, et nous n’aurons pas d’autre choix que de suivre une voie radicalement différente pour préserver la planète et éviter d’aller droit dans le mur. C’est ce que nous dit en substance cet excellent ouvrage concocté par Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain. Jean-Marc Jancovici, brillant polytechnicien et conférencier engagé dans la lutte contre le réchauffement climatique, est le fondateur de Carbone 4, cabinet de conseil spécialisé dans la stratégie carbone, et de The Shift Project, laboratoire d’idées (ou « think tank » pour ceux qui préfèrent un terme anglais) dont l’objectif est de réduire la part des énergies fossiles dans l’économie. Le fameux « bilan carbone », c’est lui-même qui en est à l’origine ! Quant à Christophe Blain, vous le connaissez sans doute déjà puisqu’il est (notamment) le co-auteur, avec Abel Lanzac au scénario, du formidable diptyque "Quai d’Orsay". Les deux hommes se sont donc associés pour produire ce passionnant essai en s’appuyant sur les plus récentes données socio-économiques et scientifiques. Comme on peut le voir ici, la « data », ce ne sont pas seulement des lignes de chiffres arides dans des tableaux excel. Tout dépend de la façon dont on les utilise, et c’est bien là que réside le talent de Blain, qui parvient à nous captiver, non seulement en rendant les graphes plus parlants mais aussi en nous faisant sourire avec ses « crobards » vifs et facétieux, voire en provoquant quelques fou-rires. Tout au long du livre, il se met en scène avec Jancovici dans une mise en page très libre, sans cases. Les démonstrations exposées par l’ingénieur sont régulièrement ponctuées de dialogues entre les deux hommes, des « respirations » qui rendent la narration encore plus vivante, Blain semblant se délecter du rôle de candide avec une autodérision jubilatoire. Qu’apprend-on sur la question environnementale (exploitation incontrôlée des ressources, changement climatique, pollutions diverses…) que l’on ne sache déjà par le biais des abondants canaux d’informations de notre époque ? L’intérêt de l’ouvrage est davantage dans l’exposé limpide et ludique qui nous est proposé, afin de bien comprendre ce à quoi nous sommes confrontés. En guise d’introduction, Jancovici remonte aux sources et nous décrit ce qu’est l’énergie, ce qui constituera la base de son raisonnement. Car si l’énergie, en corrélation avec l’exploitation des ressources naturelles, représente en quelque sorte l’élément fondateur à l’origine des progrès de l’humanité, elle s’avère également la cause des nombreux problèmes que nous rencontrons aujourd’hui. Du charbon au nucléaire en passant par le pétrole, elle a permis depuis les débuts de l’industrialisation une progression incroyablement rapide vers un certain bien-être technologique. Le modèle capitaliste a fait le reste, peu soucieux des effets indésirables, en fondant sa croyance sur une théorie pernicieuse élaborée il y a deux siècles, celle de l’économiste Jean-Baptiste Say, qui prétendait que les sources d’énergie étaient gratuites et illimitées. Le problème, c’est que c’est encore cette théorie qui prévaut dans le monde d’aujourd’hui ! Que n’avons-nous choisi de croire celle de son contemporain Charles Dupin, qui disait déjà tout le contraire et souhaitait organiser l’exploitation des ressources… ? Blain a su trouver par son dessin efficace la métaphore parfaite de ce que l’être humain est devenu : un Iron Man toujours plus assoiffé d’énergie fossile, sa « bibine » favorite étant le pétrole. Notre style de vie a fait de nous des sortes de mutants, et toutes les machines qui nous assistent sont devenues en quelque sorte nos exosquelettes. Si le progrès n’avait pas eu lieu, chaque Terrien aurait en moyenne 200 esclaves (600 pour chaque Français !) à sa disposition pour déployer une force musculaire équivalente à celle de nos machines ! Sachant que nous n’avons pas de planète de rechange et que les ressources vont s’épuiser un jour ou l’autre, que la population terrestre a cru de façon exponentielle avec la révolution industrielle, passant de 500 millions à presque 8 milliards d’êtres humains, il va bien falloir admettre que nous sommes désormais au pied du mur. Et pourtant, alors que la maison brûle, nous nous réfugions dans une forme de déni, peu disposés à renoncer à notre confort moderne, tandis que les vieilles litanies « libérales » sur la croissance sont ressassées inlassablement, tel un vieux vinyle rayé… Jancovici, lui, tente seulement de nous mettre face à nous-mêmes, sans chercher à nous culpabiliser, privilégie la raison plutôt que la peur, et c’est ce qu’on apprécie particulièrement avec cet ouvrage, car selon lui, « la culpabilité est inhibitrice de l’action ». Certes, le chantier est vaste, et le citoyen, en modifiant ses pratiques de consommation, pourra agir à son échelle, mais cela restera vain sans une réelle volonté des pouvoirs publics. Il propose plusieurs pistes pour tous les domaines (agriculture, transports, logements, etc.), afin d’accompagner une transition inévitable vers la décroissance, à commencer par la sobriété, qui est « choisie et peut s’organiser, tandis que la pauvreté est subie, généralement dans la violence. » En résumé, « Le Monde sans fin » est une vraie réussite à mettre entre toutes les mains, parce que l’ouvrage réunit de nombreux critères pour une lisibilité parfaite, grâce à sa rigueur narrative et la clarté du propos de « Janco », alliée au dessin plein d’humour de Blain, le tout générant une qualité ludique pour un sujet qui ne l’est pas vraiment à la base. Et l’air de rien, ce livre remet du baume au cœur dans notre contexte particulièrement anxiogène en nous offrant une analyse rationnelle, loin des fantasmes apocalyptiques mis en avant par certains. Il bouscule également nos certitudes et risquerait bien de faire évoluer notre point de vue (c’est mon cas en ce qui me concerne). Ce qui constitue un élément marquant de cet essai, c’est l’approche développée par Jancovici sur le nucléaire, qui prouve de façon très factuelle que cette énergie est aujourd’hui la plus propre, loin d’être aussi dangereuse que l’on veut bien le croire. Notre polytechnicien ne s’est pas fait que des amis chez les écolos avec cette affirmation mais pour lui il est urgent de dédramatiser : « Le nucléaire est un peu comme l’avion de ligne. Les accidents frappent les esprits et créent un sentiment d’effroi. » De plus, les énergies renouvelables (hydraulique, éolien, solaire) ne suffiront jamais à compenser l’abandon du charbon et du pétrole, qui aujourd’hui représentent une part largement majoritaire des sources d’énergie. On apprendra en conclusion que notre course folle vers le progrès est directement liée à un bout de notre cerveau, le striatum, qui nous pousse à vouloir toujours plus… En avoir conscience, c’est sans doute une bonne manière d’entamer une thérapie de désintoxication… Reste à savoir si les « décideurs » gravement accros à un système largement corrompu par la doxa capitaliste se sentiront concernés par ces propositions visant seulement à ne pas scier la branche sur laquelle on est assis ! Le temps presse…