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Couverture de la série Mattéo
Mattéo

Jean-Pierre Gibrat nous peint une fresque qui nous transporte dans le tourbillon révolutionnaire post Grande Guerre. Servi par un scénario d'excellence et soutenu par un dessin de maître, je ne peux qu'éprouver une forte empathie pour cet utopiste. Car l'une des conséquences de la Grande Guerre est de bouleverser l'ordre monarchique établi depuis des siècles dans nombre de pays européens pour ouvrir le champ des possibles à toutes les espérances. Mattéo est un stéréotype de tous les rêveurs utopistes qui croient dans la bonté et à la beauté des idéaux révolutionnaires. Comme il croit en l'amour de Juliette ou au sacrifice de Paulin. Son utopisme se fracassera sur le pragmatisme de ceux qui agissent sans état d'âme, à la guerre comme en amour. Gibrat n'axe pas son récit sur les dissensions meurtrières et destructrices des différents groupes révolutionnaires ( bien qu'évoquées au T2) ni à une analyse doctrinale mais à l'aventure humaine de son héros à la recherche de l'amour, du bien agir et de l'image de son père. Mattéo accepte ses doutes, reste responsables de ses actes dans toutes les circonstances même si les actes qu'il pose, n'ont pas les conséquences envisagées. Homme-jouet de la grande histoire des révolutions dans lesquelles le place Gibrat? Pas pour moi! Il reste maître de ses choix, même vis à vis des femmes qui l'accompagnent. Si les femmes peintes par l'auteur ont toutes un air de famille, elles sont toutes magnifiquement croquées tant physiquement que psychologiquement. Gibrat ajoute une pointe de sensualité, voire d'érotisme, qui contraste de façon heureuse avec l'ambiance tragique qui les entoure. Cela donne un côté festif propre aux illusions naissantes. Que dire des décors et du découpage. Gibrat nous invite au milieu des tranchées, dans la neige russe, la promiscuité des congés payés ou la rudesse des villages catalans. C'est du très haut niveau pictural à mon goût. Pour finir par un final grandiose où la mort est dépassée. Quel régal.

09/02/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Retour
Le Retour

Bruno Duhamel est vraiment un artiste selon mon goût et selon mon coeur. Il est capable de diversifier les scenarii d'une façon époustouflante. Il y a bien cette question directrice qui accompagne son œuvre : la solitude ontologique de l'homme face à sa libre destinée. Cette solitude est d'autant plus grande que cet homme est un artiste comme Cristobal. Incompris de son père et de ses concitoyens, il ne peut trouver refuge que dans son art et la nature. Je lis "Le Retour" presque comme une œuvre philosophique écologique. De plus j'aime le dessin et ses couleurs. Duhamel prend toujours autant de soin à ses décors. Ici il y a un méga-plus avec les dessins de sculptures qu'il nous propose. Si ces propositions de sculptures sont les vôtres, monsieur Duhamel lancez-vous !!! Vôtre « Esclave » et vôtre « Christ » sont d'une beauté saisissante. Je trouve tout beau dans cet album, la couverture, l'introduction, l'histoire où le présent est sans couleur et le passé si riche malgré cette part d'ombre. Seulement quatre étoiles mais tout mon coeur. Punaise je me sens l'âme d'un affreux touriste pour visiter Lanzarote.

06/02/2022 (modifier)
Couverture de la série Saccage
Saccage

On est sans doute là à la limite de la BD – même si je pense que c’en est une. Un léger fil narratif unit les images qui nous sont données à voir. Comme le titre pouvait le laisser pressentir, Peeters nous livre ici une vision sacrément noire d’un univers qui pourrait être le nôtre (qui ne devrait pas l’être en fait). Ça peut se lire comme un recueil de cauchemars, de visions hallucinées d’un monde en déliquescence, un portfolio dans lequel un artiste chercherait à exorciser sa déprime. Par contre visuellement, c’est à la fois fort et beau ! Clairement inspirés d’artistes de différentes époques (je n’avais pas repéré toutes les références, mais Peeters livre les clés en fin d’album), ces dessins sont vraiment très chouettes. Et la colorisation (ainsi que le travail éditorial d’Atrabile) habillent superbement les visions de Peeters. Un imaginaire franchement influencé par le surréalisme sur plusieurs tableaux, une esthétique proche de celle de Burns ou de Micol je trouve, j’ai vraiment été captivé par cette lecture – très rapide, mais aussi inspirée et inspirante. A découvrir !

05/02/2022 (modifier)
Couverture de la série Oumpah-Pah
Oumpah-Pah

YAK YAK YAK!!Après le décollage de Jehan Pistolet, le second étage de la fusée qui va mettre Astérix au firmament de la BD franco-belge est bien lancé. Il s'appelle Oumpah-pah, le puma est son totem et Double-scalp son ami. Il est aussi le grand frère d'un certain Astérix et de son ami Obélix. Il préfère les poulettes aux petits chiens et possède la sagesse d'un petit gaulois et la force d'un plus costaud. Cinq épisodes dont les trois derniers s'enchaînent. Que dire de "La mission secrète" et de "Foie-Malade" ? "Vormitable!" "Egzdraordinaire!", on dit Kulte aujourd'hui. Tout est déjà en place, les dessins vifs et tranchants d'Uderzo accompagnés de dialogues sublimes, modèles de second degré et d'auto-dérision. Un Foie-Malade qui a un air de Petit-René, travesti en Napoléon belliciste qui va proposé son aide aux Prussiens, lui le chef sournois des "Yeux-Bochés" (oups "Yeux-pochés" pardon). Les camps retranchés, le festin final, la distribution de baffes, les noms humoristiques, cet esprit pacifiste qui sourde derrière la bêtise des conflits, il ne manquait que d'être du bon côté de la Résistance. "Diantre", nous sommes fiers de vous, "monsieur Ktazenblummerswishundwagenplaftembomm", en 60 ans vous n'avez pas pris une ride. YAK YAK YAK.

04/02/2022 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Royaume des Brumes
Le Royaume des Brumes

Tiens, voilà un one-shot fort sympathique... Tous les ingrédients de la fantasy pour ado sont présents : trahison familiale, deuil, créatures bienveillantes et malveillantes, un soupçon de magie, d'êtres élémentaires (un peu à la Princesse Mononoke)... C'est frais, c'est remuant (on ne s'ennuie jamais et il y a des surprises), et Gherd est un personnage qui emporte facilement l'adhésion. Le dessin ne dépareillerait pas dans un "Donjon", c'est franchement très sympa et lisible, avec de belles couleurs, c'est mon petit coup de coeur du moment.

03/02/2022 (modifier)
Couverture de la série Kochka
Kochka

La violence et le chaos dans la démesure. C'est comme cela que je résumerais le diptyque "Kochka" de Brrémaud et Duhamel si je devais n'écrire qu'une phrase. Plus je lis les œuvres de Duhamel et plus je trouve son travail intelligent et recherché. Nombreux sont ceux qui louent son dessin et j'abonde dans ce sens. J'aime beaucoup le contraste entre les couleurs chaudes, une dynamique assez comique au départ de l'action mais qui vire vite à l'acte froid et d'une cruauté absolue. J'ai en tête la scène où Hans ramène un déserteur à 8 dollars qui a fait une première mauvaise rencontre avec un alligator. De nombreuses scènes sont sur ce schéma. Le scénario est très technique dans ma compréhension. 3 histoires qui s'entrechoquent et se nourrissent les unes les autres. Le fil rouge est la désertion de Sanders, fils et petit-fils de très riches planteurs. Cela permet de mettre en scène Mullighan à la tête de son unité anti-désertion. Plus proche d'un Quantrill que de Steve McQueen en Josh Randall, il est la représentation même de l'horreur froide qui s'exprime dans ces périodes de folies meurtrières. Le cadre est un épisode peu connu de la Civil War US. Merci aux auteurs, car la victoire de l'Union à La Nouvelle-Orléans faisait partie des priorités de Lincoln. Il s'agissait d'entamer la maîtrise du Mississipi, voie de communication et d'approvisionnement numéro1 des armées Confédérées. D'où l'importance des forces marines souvent sous-estimées dans d'autres récits. Cela permet aussi de montrer la particularité de cette ville qui aurait pu être ville neutre. Ville Catholique et Animiste, avec un brassage de population assez unique à cette époque dans le Sud, indéfendable, elle s'est rendue sans combattre dès le printemps 1862. De plus c'est de là que furent créés 3 régiments d'infanteries Afro-américains avec des officiers Noirs. On y promulgua des lois favorables aux Afro-américains qui incitèrent les esclaves des états Confédérés à s'y réfugier et ainsi affaiblir considérablement la force de travail des armées sudistes. Enfin Kochka, le chat, que je lis comme une sorte de Bastet, à la fois protectrice et symbole de la séduction qu'est Michka. Mais aussi dévastatrice lorsqu'elle se transforme en véritable lion. Mais lorsque Kochka croisera les forces de l'ordre bien aveugles son pouvoir de protection disparaîtra. Du comique au tragique, on vous avait prévenus : violence et chaos.

03/02/2022 (modifier)
Couverture de la série Jehan Pistolet
Jehan Pistolet

Les premières armes (de corsaires) du duo Uderzo/Goscinny a produit ces albums racontant une petite équipe de corsaires bien farfelus. Si on lit cet ouvrage hors contexte des années 50, je crains que l'on manque beaucoup du sel de ces histoires. Scénarii classiques? Je n'en suis pas si sûr. En effet je trouve que Goscinny introduit dans ses créations un humour décalé peut être moins visible aujourd'hui mais très novateur pour la BD de l'époque. Nous sommes loin d'un héros à la Eroll Flynn comme dans Barracuda qui était le lot de nombreuses publications. Au contraire nous voila avec une équipe de bras cassés qui multiplie les situations burlesques. Jehan en voit de toutes les couleurs ( de corsaire) avant de retomber sur ses pieds avec l'aide de son perroquet. Nous sommes dans la dérision irréaliste assumée ( pauvre Petit René ravalé au rôle du simple matelot gauche et sans initiative) avec des gags toutes les deux pages bien soutenus par le dessin très dynamique d'Uderzo. Il y a nombre de cases qui annoncent Astérix. Il y a bien quelques hiatus comme le quartier maître qui disparaît au cours de l'épisode du "Corsaire du Roy", l'océan à Nantes ou quelques dessins moins finis. Mais autrement c'est un régal. Pour finir ce que je considère comme la cerise et la graine en germe du génie de Goscinny. L'épisode de "L'Espion" pensé par Goscinny comme "Pistolet colonisateur" puis heureusement débaptisé ( voir L'Intégrale). Jehan part de Nantes, premier port européen de l'époque à cause de l'infamante traite négrière, avec pour mission de coloniser un bout d'Afrique. Goscinny et Uderzo retournent, par un coup de génie, la situation en nous présentant des Africains lettrés, cultivés et pacifiques qui refusent d'être les porteurs de Jehan et de son équipage. Qui sont les sauvages ? Mais ce sont les Blancs des autres bateaux, ces furieux Européens qui s'entretuent pour la richesse de la nouvelle colonie convoitée. Et Jehan qui finit par se ranger aux côtés et défendre ses nouveaux amis Africains. Il finit ami-ami avec le roi Africain, d'égal à égal, une larme à l'œil au départ. Cela écrit et dessiné dans ces années de décolonisations meurtrières avec des soldats belges, français, portugais ou anglais dans presque tous les pays d'Afrique. Sous mes yeux ébahis vient de naître LE thème vertébral de l'œuvre du duo. Hubert de la Pâte Feuilletée sera un colonisateur qui deviendra l'élève-ami de Oumpah-Pah et apprendra de la culture Indienne. Pour finir à Astérix le Résistant. Un thème qui nous colle à la peau encore aujourd'hui, militairement, culturellement ou commercialement. Chapeaux bas messieurs.

03/02/2022 (modifier)
Par Peter7580
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Petit Noël
Le Petit Noël

C'est un merveilleux comte de Noël pour enfant à la fois tendre et naïf. Un excellent équilibre entre histoire et pédagogie, caractère et sensibilité amenant progressivement avec chaleur de l'humanité et de la poésie dans le quotidien. Un peu de recul fait du bien. Les personnages sont bien campés et l'Elaoin a une forte personnalité pour une machine. A noter que elaoin sdrétu n'est pas un assemblage de lettres au hasard mais les lettres des deux premières colonnes de caractères d'une linotype.

02/02/2022 (modifier)
Couverture de la série Un shiba en plus !
Un shiba en plus !

EXCELLENT ! Voici un histoire très touchante et émouvante. Elle met en scène la bêtise humaine qui condamne la différence et exclut ce que l'on considère comme "anormal" ou "hors normes". Le dessin est stylé et les expressions des personnages bien tracés. Ce manga gagne à être lu et transmis à beaucoup de personnes car il nous offre une VRAIE leçon de vie. Je recommande vivement !

02/02/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Bouddha d'Azur
Le Bouddha d'Azur

Très belle série que l'histoire de cette petite oursonne qui sait se mettre en boule pour défendre sa vie. A travers cette magnifique histoire d'amour entre Lhahl la Tibétaine et Porridge l'Anglais, Cosey défend une fois de plus la liberté d'un peuple à choisir ses croyances, ses pensées et son mode de vie. Une fois de plus son talent explose au service de la nature montagneuse et neigeuse qu'il peint comme nul autre. Toujours dans son registre de bleu-blanc-jaune, il y ajoute malheureusement des pages rouges qui fendent le cœur. Comme pour Jonathan, Cosey évite le manichéisme en séparant système politique et individu libre et responsable grâce au rôle très actif de la Chinoise Fang. Il faut accepter le rythme de la narration qui s'adapte à l'environnement. Lent au début puis qui s'accélère avec la montée de l'intensité dramatique du récit. Entre Beatles et Longchenpa, Cosey nous guide vers une ouverture à l'autre. Encore une série très agréable. Pour conclure, j'aime beaucoup la façon dont Cosey dessine les femmes asiatiques. Il n'a pas besoin de les dénuder pour leur donner une charge érotique intense. Un regard suffit.

02/02/2022 (modifier)