C'est une histoire de ritals, ceux de Cavanna ont bercé mon enfance. Mon père aimait me les lire à haute voix, et le père de mon mari faisait de même avec son fils (nous ne l'avons appris que longtemps après s'être mariés) sans doute parce que nous avions chacun en grand-parent italien. Je suis donc la cible parfaite pour ce genre d'album qui interroge le parcours de ces pauvres italiens venus gagner leur pain en France.
Baru est connu pour ses "années Spoutnik", qui retracent l'enfance d'un gamin dans une cité minière du nord de la France dans les années 60. (j'ai moi aussi grandi dans une cité minière mais au sud de Grenoble, et vingt ans plus tard, avec des immigrés turcs et magrébins, et des enfants de ritals encore).
Son génie réside principalement dans la description d'engueulades, de matches et de batailles en culottes courtes, avec les joues rosies par une aquarelle vive et débordante, dans les jurons hétéroclites (générations et provenances géographiques mélangées, parents, grands-parents, enfants, polonais, italiens et chtimis )
Ici c'est le même outil qui décrit les débats familiaux à l'occasion d'une communion solennelle. Les vieilles histoires ressortent, les épisodes graves comme les moments cocasses affleurent à la surface de la conversation au gré des boissons et de l'heure avançant. Les visages déformés par la colère succèdent aux grands éclats de rire, le tiramisu clôt les débats comme les capelettes les avaient commencés (les vraies recettes sont dedans !)
Bref je ne suis pas objective, c'est un peu décousu par moment, donc j'en reste à 3 étoiles mais je mets un coup de cœur, parce que c'est vraiment le cas.
Élégant, émoustillant et malin : Rabaté est en grande forme.
Le dessin d'abord : le trait noir et fragile (et tellement humain !) rehaussé d'un ombrage de pèche sur les peaux. La couleur atténuée, presque bicolore bleu pâle et bistre. Dans l'ensemble une sorte de clarté lunaire qui rappelle peut-être un passé glorieux à l'auteur, les années 60.
Ce décor surexposé met en scène la confrontation de brocanteurs douteux et issus de parcours peu enviables avec la jeunesse dorée d'un village de bord de mer. Dans ce scénario, vaguement anarchiste, où les enfants des rupins s'encanaillent, un seul se rebelle véritablement contre son avenir de militaire fils de gradé.
C'est l'amour impromptu qui fait dérailler les projets et l'ordre social en même temps. Comme on aimerait que cette historiette puisse être vraie...
Peut-être l'est-elle finalement ?
Je suis toute émue après la lecture de cet album.
Tous les aspects de l'histoire m'ont plu. Les dialogues, le décor, le déroulement de l'histoire comme les personnages.
Ce livre n'est pas un conte pour enfant. En tout cas pas seulement. Le dessin (fort empâtement, couleurs vives et silhouettes un peu caricaturales) et le titre qui semblent s'adresser plutôt aux enfants, le volume lui-même (compact avec sa tranche bleue) nous dirigent sur une fausse piste. Il raconte une belle histoire avec des personnages touchants, mais parle aussi d'aujourd'hui et d'hier.
Le scénario est plutôt simple, mais enrichi de petites branches malicieuses et culturelles : Il faut sauver quelques livres de l'autodafé prévu par le Vizir Al Mansour. Ce qui est réussi, c'est que les motivations de chacun, y compris du méchant, sont abordées, et on peut les comprendre voire les partager. C'est l'apanage des livres historiques d'aujourd'hui, on peut se mettre à la place de l'autre, tout en restant attaché aux héros.
Le décor, la ville de Cordoue en 976, sa mosquée, son palais, ses jardins.
Les personnages :
La mule qui rappelle l'Anatole de Philémon, par son rôle espiègle mais muet.
Le voleur, toujours utile dans une histoire drôle, beau gosse roublard et néanmoins looser.
Le vieil érudit, rond, chauve et perché mais qui a une longue histoire derrière lui...
La belle Lubna, esclave copiste, bien à l'abri dans la bibliothèque de Cordoue, jusqu'à ce que cette histoire commence
Et le Vizir Al Mansour, et sa malfaisante ambition.
A mettre entre toutes les mains !
Un western hors norme, nous avons un colt 45 et un héros qui sait le manier mieux que tout le monde, les codes du genre sont donc respectés mais le traitement de notre histoire sort des standards que nous avons l'habitude de lire.
Notre héros est emprisonné pendant toute l'histoire et à l'aide de flash-back, nous découvrons qui est cet homme. Son passé militaire le pousse à se racheter en aidant les plus pauvres et rendre une justice personnelle dans un pays où la loi du plus fort est la règle.
Deux histoires sont imbriquées, l'auteur nous guide patiemment et au fil des pages et nous comprenons de plus en plus les événements qui ont conduit à l'arrestation de notre tueur à gages et des adversaires des forces de l'ordre.
Le départ de cette aventure est muet, mettant en évidence un style graphique et la qualité du dessin.
Le dessin est encore plus original que le scénario, le rythme de lecture varie suivant les passages parfois sans parole ou des doubles pages qui invitent parfois à l'analyse des graphiques ou un dessin minimaliste. Un noir et blanc qui participe à l'ambiance de far west avec tous ces visages abîmés par leurs vies qui ne leur épargnent rien.
Un niveau de qualité scénaristique et visuel surprenant, je ne connaissais pas cet auteur. Un album acheté sur le stand de l'éditeur qui me l'a présenté comme faisant partie d'une trilogie dont le thème est l'enfermement le premier album est Renégat et le second Revanche.
Après son excellent Dracula (Bess), j'étais curieux de découvrir son Frankenstein.
C'est la troisième adaptation du roman de Mary Shelley que je lis et toutes sont en noir et blanc : Frankenstein (Petit à Petit), Frankenstein - Le monstre est vivant et aujourd'hui celle-ci. Un choix gagnant à mes yeux.
Frankenstein est le premier roman de Mary Shelley, publié en 1818. En 1816 un groupe de jeunes "romantiques" sont en vacances en Suisse. Pour passer le temps, ils doivent écrire une histoire d'épouvante. Mary alors âgée de 19 ans gagne ce petit jeu avec son Frankenstein. Il y avait aussi un certain Lord Byron qui lui brouillonne un texte qui sera repris et amélioré plus tard par John Polodori sous le nom de Le Vampire.
Frankenstein fût un roman précurseur pour le fantastique et la science fiction.
Un nombre incalculable d'adaptations dont celles cinématographiques avec Boris Karloff (1931) ou Robert de Niro (1994) pour ne citer que les plus connus.
Une œuvre qui est entrée dans la culture populaire.
Bess reste fidèle au roman. Roman que j'ai lu il y a une trentaine d'années. Pas de grosses surprises à attendre et cela me va à ravir.
Une narration faite en majorité par la voix off de Victor Frankenstein qui donne une atmosphère d'étrangeté, de voyeurisme. Un côté malsain qui m'a beaucoup plu. J'ai été vampirisé de bout en bout.
J'ai ressenti la douleur, la peur et la fureur de ce monstre créé de chair humaine. Je suis passé par toutes les émotions, comment rester insensible ?
Une naissance par expérience scientifique et de suite rejeté par son "père", puis par le reste de la population. Une solitude qui fera de lui un monstre. Mais qui sont réellement les monstres ?
Et maintenant le dessin et là on touche au merveilleux. Quel réalisme.
Un noir et blanc sublime, un trait fin, précis et fourmillant de détails. Il suffit de regarder la page 53 avec sa pluie battante ou les yeux du monstre qui retranscrivent à eux seuls ses émotions.
Une mise en page somptueuse.
Un graphisme qui ensorcelle au point de ne plus pouvoir décrocher avant la dernière planche.
Du gothique à l'état pur.
Un sans faute. Coup de cœur et 5 étoiles.
Je m'étais promis de dédier mon centième avis à Linda mon très bel avatar. Soda est ma série crevette. Je coupe la tête et la queue, je déguste le reste.
La tête, à cause des dessins de Luc Warnant que je trouve brouillons accompagnés de couleurs bien fades.
La queue à cause du scénario de Tome à la théorie très complotiste sur le 11/9 que je ne partage pas du tout. Il y a bien aussi ce "macaques à Spanish harlem" qui abîme la belle bouche de Linda en T3 p18. Pour le reste c'est un délice.
Les dessins de Gazzotti me plaisent beaucoup. Dynamiques, rythmés des dessins qui prennent toutes leurs vigueurs au fil des albums surtout pour les personnages secondaires importants comme Linda ou Pronzini. Dans un autre style j'apprécie le dessin de Dan qui colle bien à l'atmosphère très sombre du T13.
Les couleurs pâlottes au début prennent heureusement de la force à partir du T4.
J'aime beaucoup le travail de Tome sur ses scénarii bien élaborés. Le costume de pasteur est une trouvaille dans un pays où être pasteur est une marque de prestige respectée.
Cela ouvre à Solomon un champ d'actions imprévues dans les églises ou monastères de façons sympathiques, amusantes et crédibles.
Mais en parallèle du lieutenant Solomon, la vedette est la ville de NY. Une ville croquée sur plusieurs époques, des maires Koch, Dinkins et Giuliani.
Trois époques bien différentes et bien marquées dans la série. Koch avec un NY à la mauvaise réputation et des affaires de corruptions supposées faisant les délices des auteurs.
Puis l'épisode sur Dinkins que j'aime beaucoup, annonçant un attentat du type Boston. Puis la période du "zero tolerance" de Giuliani qui rend Ny "trop propre" au goût de Soda (T12 P17).
Cela se traduit dans les scenarii de la fin de la série sur les lois sécuritaires de plus en plus nombreuses.
Une mention sur le tome 7 qui touche à la peine de mort. Mais de nombreux numéros sont vraiment excellents, souvent cyniques et sombres heureusement embellis par beaucoup d'humour et par la présence de la très belle Linda.
Je trouve cet album irrésistible sur plusieurs plans. De présenter des "héros" vieillissants est un peu tendance en ce moment. Ici quel régal. Est-ce parce que j'ai un fils Carolomacérien ? Un autre fils métis ? Un tonton para en Indochine démobilisé comme Max ?
Ou alors cette bonne ville de Lille que j'aime beaucoup et cette chaleur des Nordistes ? Toujours est-il que cette série m'a fait vibrer.
Je viens de divulguer une partie du scénario qui est à la fois original, drôle, tendre et plein de sens. Ce type de récit me fait penser au "Choucas" avec un enquêteur improbable sur une recherche biscornue. J'adore.
Les dessins et couleurs sont au niveau, excellents. Des "gueules" de type caricatures qui expriment tous les sentiments possibles. Ces paysages du Nord si bien représentés.
Faire d'un notaire un personnage aussi sympathique que notre Amédée est déjà une prouesse. Il y a des passages tellement drôles (le coup de fil aux archives) et d'autres tellement émouvants (la rencontre avec Jo) que j'applaudis à tous ces dosages de registres.
Oui ! Amédée vivre ! Vivre encore une fois, au soir de sa vie, une vraie aventure. Une aventure qui vous fait sentir la morsure du soleil, le regard des belles filles, celle qui vous confronte à vos limites ou à vos peurs ? Celle que vous n'avez jamais osé entreprendre depuis votre pavillon cossu Marnais.
Pour apporter un sourire dans cette chienne de vie. C'est bien cela qui restera au bout de la route.
En lisant le tome 2 avant le 1, commande oblige, j'ai trouvé la lecture plus facile.
C'est un peu de la triche mais cela permet de rentrer immédiatement dans l'histoire en connaissant bien ce « Ménage à trois ».
Voilà un triangle amical et amoureux à la fois soudé mais aussi détruit par la guerre.
Insaisissable Shirley, la femme aux multiples métamorphoses qui s'engage mais se dérobe aux moments décisifs.
A vouloir trop maîtriser on peut passer à côté de son histoire.
Art lui, accepte ce qui se présente "ne te projette pas Art" bien lui en fasse.
Une exploration des comportements suite à des chocs d’expériences de vie traumatisantes de la guerre mais pas seulement.
Un scénario toujours fouillé abordant des thèmes assez sensibles sans jugement de la part de Cosey. Sur le thème de l'avortement cela fait presque contrepoids avec Zeke raconte des histoires.
Des paysages des Rocheuses ou des falaises italiennes. Des lumières ou des nuits pluvieuses qui donnent des ambiances à vouloir prendre le premier vol pour Denver ou Tarente.
Une très bonne BD signée par maître Cosey.
Non je n'ai pas lu les 126 albums de la série. Je ne connaissais pas avant que ma CE2 m'en fasse la publicité. J'ai donc trouvé quelques volumes et je ne suis pas déçu.
Comme j'ai des petits numéros et des plus élevés cela me permet de voir la cohérence graphique de la série. C'est un atout pour les enfants qui s'habituent vite à un goût (Essayez de changer de marque de ketchup !).
J'aime bien le petit format facile à manipuler, à ranger dans le cartable ou dans un sac de ballade. Le graphisme n'est pas de ceux que je préfère mais rien de repoussant pour autant.
J'aime bien ces couleurs un peu gouaches qui peuvent parler aux petits peintres.
Comme dit dans les avis précédents, un numéro pour un thème dominant. 33 pages d'histoire et un petit dossier un peu interactif à la fin. La longueur du récit permet à l'autrice d'aborder le thème de façon suffisamment complète pour un écolier du primaire.
C'est un vrai texte à lire avec des mots à expliquer. Pas de jugement, pas de ton moralisateur et une approche de certains sujets très sensibles. Par exemple j'ai noté une approche de mise en garde sur la pédophilie ou l'inceste (42- Les câlins).
Je pense qu'une partie du livre s'adresse aussi aux parents. Par exemple ne pas s'énerver pendant les devoirs.
Une bonne série à lire ensemble. Même les premiers thèmes sont toujours d'actualité.
Perso je continuerai à les chercher d'occasion car cela fait un beau budget si vous n'avez pas une bibliothèque municipale à proximité.
Avec "Le Journal d'Un Ingénu" Emile Bravo commence son remarquable cycle de Spirou affrontant ces années noires 1939-1945.
Le parti pris de monsieur Bravo a pu en choquer plus d'un car il déconstruit des personnages mythiques de la bd franco-belge pour nous en présenter des facettes originales multiformes. C'est surtout vrai pour Fantasio.
Ici notre Spirou sort de l'enfance dans des conditions particulières car il n'a pas de parents pour le guider dans ses choix. Il n'est pas seul pour autant car Fantasio l'accompagne (et pas si mal que ça !).
Un Fantasio parfois aussi irritant qu'un ado de nos jours qui ne veut en faire qu'à sa tête.
Des choix qui engagent, Spirou va devoir en faire de nombreux jusqu'au plus profond de lui-même.
Entresol ou Dewilde, Choukroune ou Von Glaubitz, Kassandra ou... Kassandra et puis toujours Fantasio. Pas de choix en amitié, elle est indéfectible même si on sert les dents (et sa ceinture) quelques fois.
"Hi hi, Qu'est-ce que tu connais aux femmes, toi ?" ricane Kassandra "Rien" mais pas seulement aux femmes mon pauvre Spirou.
Mais non Spirou possède la connaissance essentielle, celle du grand cœur.
J’adore le fond mais j'apprécie aussi la forme. Des dessins épurés montrant des personnages efflanqués inquiets dans des temps mauvais.
Des couleurs dans les gris, ocre ou marron. Quelques couleurs vives pour célébrer le printemps de l'amour chez Spirou, c'est peu et beaucoup à la fois.
Pour finir sur Fantasio, aucun regret très cher, le loup enragé était prêt à sauter sur sa proie avec ses Panzer, ses avions et ses jeunes hommes fanatisés.
La meilleure bonne foi et bonne idée du monde de Spirou n'y auraient rien changé.
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Bella ciao
C'est une histoire de ritals, ceux de Cavanna ont bercé mon enfance. Mon père aimait me les lire à haute voix, et le père de mon mari faisait de même avec son fils (nous ne l'avons appris que longtemps après s'être mariés) sans doute parce que nous avions chacun en grand-parent italien. Je suis donc la cible parfaite pour ce genre d'album qui interroge le parcours de ces pauvres italiens venus gagner leur pain en France. Baru est connu pour ses "années Spoutnik", qui retracent l'enfance d'un gamin dans une cité minière du nord de la France dans les années 60. (j'ai moi aussi grandi dans une cité minière mais au sud de Grenoble, et vingt ans plus tard, avec des immigrés turcs et magrébins, et des enfants de ritals encore). Son génie réside principalement dans la description d'engueulades, de matches et de batailles en culottes courtes, avec les joues rosies par une aquarelle vive et débordante, dans les jurons hétéroclites (générations et provenances géographiques mélangées, parents, grands-parents, enfants, polonais, italiens et chtimis ) Ici c'est le même outil qui décrit les débats familiaux à l'occasion d'une communion solennelle. Les vieilles histoires ressortent, les épisodes graves comme les moments cocasses affleurent à la surface de la conversation au gré des boissons et de l'heure avançant. Les visages déformés par la colère succèdent aux grands éclats de rire, le tiramisu clôt les débats comme les capelettes les avaient commencés (les vraies recettes sont dedans !) Bref je ne suis pas objective, c'est un peu décousu par moment, donc j'en reste à 3 étoiles mais je mets un coup de cœur, parce que c'est vraiment le cas.
Sous les galets la plage
Élégant, émoustillant et malin : Rabaté est en grande forme. Le dessin d'abord : le trait noir et fragile (et tellement humain !) rehaussé d'un ombrage de pèche sur les peaux. La couleur atténuée, presque bicolore bleu pâle et bistre. Dans l'ensemble une sorte de clarté lunaire qui rappelle peut-être un passé glorieux à l'auteur, les années 60. Ce décor surexposé met en scène la confrontation de brocanteurs douteux et issus de parcours peu enviables avec la jeunesse dorée d'un village de bord de mer. Dans ce scénario, vaguement anarchiste, où les enfants des rupins s'encanaillent, un seul se rebelle véritablement contre son avenir de militaire fils de gradé. C'est l'amour impromptu qui fait dérailler les projets et l'ordre social en même temps. Comme on aimerait que cette historiette puisse être vraie... Peut-être l'est-elle finalement ?
La Bibliomule de Cordoue
Je suis toute émue après la lecture de cet album. Tous les aspects de l'histoire m'ont plu. Les dialogues, le décor, le déroulement de l'histoire comme les personnages. Ce livre n'est pas un conte pour enfant. En tout cas pas seulement. Le dessin (fort empâtement, couleurs vives et silhouettes un peu caricaturales) et le titre qui semblent s'adresser plutôt aux enfants, le volume lui-même (compact avec sa tranche bleue) nous dirigent sur une fausse piste. Il raconte une belle histoire avec des personnages touchants, mais parle aussi d'aujourd'hui et d'hier. Le scénario est plutôt simple, mais enrichi de petites branches malicieuses et culturelles : Il faut sauver quelques livres de l'autodafé prévu par le Vizir Al Mansour. Ce qui est réussi, c'est que les motivations de chacun, y compris du méchant, sont abordées, et on peut les comprendre voire les partager. C'est l'apanage des livres historiques d'aujourd'hui, on peut se mettre à la place de l'autre, tout en restant attaché aux héros. Le décor, la ville de Cordoue en 976, sa mosquée, son palais, ses jardins. Les personnages : La mule qui rappelle l'Anatole de Philémon, par son rôle espiègle mais muet. Le voleur, toujours utile dans une histoire drôle, beau gosse roublard et néanmoins looser. Le vieil érudit, rond, chauve et perché mais qui a une longue histoire derrière lui... La belle Lubna, esclave copiste, bien à l'abri dans la bibliothèque de Cordoue, jusqu'à ce que cette histoire commence Et le Vizir Al Mansour, et sa malfaisante ambition. A mettre entre toutes les mains !
Revanche (The Hootchie Coochie)
Un western hors norme, nous avons un colt 45 et un héros qui sait le manier mieux que tout le monde, les codes du genre sont donc respectés mais le traitement de notre histoire sort des standards que nous avons l'habitude de lire. Notre héros est emprisonné pendant toute l'histoire et à l'aide de flash-back, nous découvrons qui est cet homme. Son passé militaire le pousse à se racheter en aidant les plus pauvres et rendre une justice personnelle dans un pays où la loi du plus fort est la règle. Deux histoires sont imbriquées, l'auteur nous guide patiemment et au fil des pages et nous comprenons de plus en plus les événements qui ont conduit à l'arrestation de notre tueur à gages et des adversaires des forces de l'ordre. Le départ de cette aventure est muet, mettant en évidence un style graphique et la qualité du dessin. Le dessin est encore plus original que le scénario, le rythme de lecture varie suivant les passages parfois sans parole ou des doubles pages qui invitent parfois à l'analyse des graphiques ou un dessin minimaliste. Un noir et blanc qui participe à l'ambiance de far west avec tous ces visages abîmés par leurs vies qui ne leur épargnent rien. Un niveau de qualité scénaristique et visuel surprenant, je ne connaissais pas cet auteur. Un album acheté sur le stand de l'éditeur qui me l'a présenté comme faisant partie d'une trilogie dont le thème est l'enfermement le premier album est Renégat et le second Revanche.
Frankenstein (Bess)
Après son excellent Dracula (Bess), j'étais curieux de découvrir son Frankenstein. C'est la troisième adaptation du roman de Mary Shelley que je lis et toutes sont en noir et blanc : Frankenstein (Petit à Petit), Frankenstein - Le monstre est vivant et aujourd'hui celle-ci. Un choix gagnant à mes yeux. Frankenstein est le premier roman de Mary Shelley, publié en 1818. En 1816 un groupe de jeunes "romantiques" sont en vacances en Suisse. Pour passer le temps, ils doivent écrire une histoire d'épouvante. Mary alors âgée de 19 ans gagne ce petit jeu avec son Frankenstein. Il y avait aussi un certain Lord Byron qui lui brouillonne un texte qui sera repris et amélioré plus tard par John Polodori sous le nom de Le Vampire. Frankenstein fût un roman précurseur pour le fantastique et la science fiction. Un nombre incalculable d'adaptations dont celles cinématographiques avec Boris Karloff (1931) ou Robert de Niro (1994) pour ne citer que les plus connus. Une œuvre qui est entrée dans la culture populaire. Bess reste fidèle au roman. Roman que j'ai lu il y a une trentaine d'années. Pas de grosses surprises à attendre et cela me va à ravir. Une narration faite en majorité par la voix off de Victor Frankenstein qui donne une atmosphère d'étrangeté, de voyeurisme. Un côté malsain qui m'a beaucoup plu. J'ai été vampirisé de bout en bout. J'ai ressenti la douleur, la peur et la fureur de ce monstre créé de chair humaine. Je suis passé par toutes les émotions, comment rester insensible ? Une naissance par expérience scientifique et de suite rejeté par son "père", puis par le reste de la population. Une solitude qui fera de lui un monstre. Mais qui sont réellement les monstres ? Et maintenant le dessin et là on touche au merveilleux. Quel réalisme. Un noir et blanc sublime, un trait fin, précis et fourmillant de détails. Il suffit de regarder la page 53 avec sa pluie battante ou les yeux du monstre qui retranscrivent à eux seuls ses émotions. Une mise en page somptueuse. Un graphisme qui ensorcelle au point de ne plus pouvoir décrocher avant la dernière planche. Du gothique à l'état pur. Un sans faute. Coup de cœur et 5 étoiles.
Soda
Je m'étais promis de dédier mon centième avis à Linda mon très bel avatar. Soda est ma série crevette. Je coupe la tête et la queue, je déguste le reste. La tête, à cause des dessins de Luc Warnant que je trouve brouillons accompagnés de couleurs bien fades. La queue à cause du scénario de Tome à la théorie très complotiste sur le 11/9 que je ne partage pas du tout. Il y a bien aussi ce "macaques à Spanish harlem" qui abîme la belle bouche de Linda en T3 p18. Pour le reste c'est un délice. Les dessins de Gazzotti me plaisent beaucoup. Dynamiques, rythmés des dessins qui prennent toutes leurs vigueurs au fil des albums surtout pour les personnages secondaires importants comme Linda ou Pronzini. Dans un autre style j'apprécie le dessin de Dan qui colle bien à l'atmosphère très sombre du T13. Les couleurs pâlottes au début prennent heureusement de la force à partir du T4. J'aime beaucoup le travail de Tome sur ses scénarii bien élaborés. Le costume de pasteur est une trouvaille dans un pays où être pasteur est une marque de prestige respectée. Cela ouvre à Solomon un champ d'actions imprévues dans les églises ou monastères de façons sympathiques, amusantes et crédibles. Mais en parallèle du lieutenant Solomon, la vedette est la ville de NY. Une ville croquée sur plusieurs époques, des maires Koch, Dinkins et Giuliani. Trois époques bien différentes et bien marquées dans la série. Koch avec un NY à la mauvaise réputation et des affaires de corruptions supposées faisant les délices des auteurs. Puis l'épisode sur Dinkins que j'aime beaucoup, annonçant un attentat du type Boston. Puis la période du "zero tolerance" de Giuliani qui rend Ny "trop propre" au goût de Soda (T12 P17). Cela se traduit dans les scenarii de la fin de la série sur les lois sécuritaires de plus en plus nombreuses. Une mention sur le tome 7 qui touche à la peine de mort. Mais de nombreux numéros sont vraiment excellents, souvent cyniques et sombres heureusement embellis par beaucoup d'humour et par la présence de la très belle Linda.
Tananarive
Je trouve cet album irrésistible sur plusieurs plans. De présenter des "héros" vieillissants est un peu tendance en ce moment. Ici quel régal. Est-ce parce que j'ai un fils Carolomacérien ? Un autre fils métis ? Un tonton para en Indochine démobilisé comme Max ? Ou alors cette bonne ville de Lille que j'aime beaucoup et cette chaleur des Nordistes ? Toujours est-il que cette série m'a fait vibrer. Je viens de divulguer une partie du scénario qui est à la fois original, drôle, tendre et plein de sens. Ce type de récit me fait penser au "Choucas" avec un enquêteur improbable sur une recherche biscornue. J'adore. Les dessins et couleurs sont au niveau, excellents. Des "gueules" de type caricatures qui expriment tous les sentiments possibles. Ces paysages du Nord si bien représentés. Faire d'un notaire un personnage aussi sympathique que notre Amédée est déjà une prouesse. Il y a des passages tellement drôles (le coup de fil aux archives) et d'autres tellement émouvants (la rencontre avec Jo) que j'applaudis à tous ces dosages de registres. Oui ! Amédée vivre ! Vivre encore une fois, au soir de sa vie, une vraie aventure. Une aventure qui vous fait sentir la morsure du soleil, le regard des belles filles, celle qui vous confronte à vos limites ou à vos peurs ? Celle que vous n'avez jamais osé entreprendre depuis votre pavillon cossu Marnais. Pour apporter un sourire dans cette chienne de vie. C'est bien cela qui restera au bout de la route.
Le Voyage en Italie
En lisant le tome 2 avant le 1, commande oblige, j'ai trouvé la lecture plus facile. C'est un peu de la triche mais cela permet de rentrer immédiatement dans l'histoire en connaissant bien ce « Ménage à trois ». Voilà un triangle amical et amoureux à la fois soudé mais aussi détruit par la guerre. Insaisissable Shirley, la femme aux multiples métamorphoses qui s'engage mais se dérobe aux moments décisifs. A vouloir trop maîtriser on peut passer à côté de son histoire. Art lui, accepte ce qui se présente "ne te projette pas Art" bien lui en fasse. Une exploration des comportements suite à des chocs d’expériences de vie traumatisantes de la guerre mais pas seulement. Un scénario toujours fouillé abordant des thèmes assez sensibles sans jugement de la part de Cosey. Sur le thème de l'avortement cela fait presque contrepoids avec Zeke raconte des histoires. Des paysages des Rocheuses ou des falaises italiennes. Des lumières ou des nuits pluvieuses qui donnent des ambiances à vouloir prendre le premier vol pour Denver ou Tarente. Une très bonne BD signée par maître Cosey.
Max et Lili (Ainsi va la vie)
Non je n'ai pas lu les 126 albums de la série. Je ne connaissais pas avant que ma CE2 m'en fasse la publicité. J'ai donc trouvé quelques volumes et je ne suis pas déçu. Comme j'ai des petits numéros et des plus élevés cela me permet de voir la cohérence graphique de la série. C'est un atout pour les enfants qui s'habituent vite à un goût (Essayez de changer de marque de ketchup !). J'aime bien le petit format facile à manipuler, à ranger dans le cartable ou dans un sac de ballade. Le graphisme n'est pas de ceux que je préfère mais rien de repoussant pour autant. J'aime bien ces couleurs un peu gouaches qui peuvent parler aux petits peintres. Comme dit dans les avis précédents, un numéro pour un thème dominant. 33 pages d'histoire et un petit dossier un peu interactif à la fin. La longueur du récit permet à l'autrice d'aborder le thème de façon suffisamment complète pour un écolier du primaire. C'est un vrai texte à lire avec des mots à expliquer. Pas de jugement, pas de ton moralisateur et une approche de certains sujets très sensibles. Par exemple j'ai noté une approche de mise en garde sur la pédophilie ou l'inceste (42- Les câlins). Je pense qu'une partie du livre s'adresse aussi aux parents. Par exemple ne pas s'énerver pendant les devoirs. Une bonne série à lire ensemble. Même les premiers thèmes sont toujours d'actualité. Perso je continuerai à les chercher d'occasion car cela fait un beau budget si vous n'avez pas une bibliothèque municipale à proximité.
Le Spirou d'Emile Bravo - Le journal d'un ingénu
Avec "Le Journal d'Un Ingénu" Emile Bravo commence son remarquable cycle de Spirou affrontant ces années noires 1939-1945. Le parti pris de monsieur Bravo a pu en choquer plus d'un car il déconstruit des personnages mythiques de la bd franco-belge pour nous en présenter des facettes originales multiformes. C'est surtout vrai pour Fantasio. Ici notre Spirou sort de l'enfance dans des conditions particulières car il n'a pas de parents pour le guider dans ses choix. Il n'est pas seul pour autant car Fantasio l'accompagne (et pas si mal que ça !). Un Fantasio parfois aussi irritant qu'un ado de nos jours qui ne veut en faire qu'à sa tête. Des choix qui engagent, Spirou va devoir en faire de nombreux jusqu'au plus profond de lui-même. Entresol ou Dewilde, Choukroune ou Von Glaubitz, Kassandra ou... Kassandra et puis toujours Fantasio. Pas de choix en amitié, elle est indéfectible même si on sert les dents (et sa ceinture) quelques fois. "Hi hi, Qu'est-ce que tu connais aux femmes, toi ?" ricane Kassandra "Rien" mais pas seulement aux femmes mon pauvre Spirou. Mais non Spirou possède la connaissance essentielle, celle du grand cœur. J’adore le fond mais j'apprécie aussi la forme. Des dessins épurés montrant des personnages efflanqués inquiets dans des temps mauvais. Des couleurs dans les gris, ocre ou marron. Quelques couleurs vives pour célébrer le printemps de l'amour chez Spirou, c'est peu et beaucoup à la fois. Pour finir sur Fantasio, aucun regret très cher, le loup enragé était prêt à sauter sur sa proie avec ses Panzer, ses avions et ses jeunes hommes fanatisés. La meilleure bonne foi et bonne idée du monde de Spirou n'y auraient rien changé.