Je pensais m'attaquer à une saga mineure de Charlier, mais je me trompais du tout au tout. Tiger Joe est du très grand Charlier, au même titre que Barbe-Rouge, Buck Danny ou encore Tanguy et Laverdure, une énorme surprise pour ma part ! C'est donc à la trilogie originale que je consacre cet avis, car je ne sais pas quand j'aurais l'occasion de me plonger dans sa continuation par Greg.
En attendant, Tiger Joe période Charlier synthétise tout ce qui fait que j'aime la bande dessinée en général, et Charlier en particulier. Malgré mon amour pour ces sagas qui ont bercé mon enfance, j'avoue avoir été un peu lassé au bout d'un moment par les sagas d'aviation de l'auteur, alors c'est avec un immense plaisir que je le vois partir en des terres exotiques, ici, dans l'Afrique coloniale des années 50. Le dépaysement est garanti, et renforcé par le charme à toute épreuve de ces récits d'antan, dont j'ai parfois l'impression qu'on a perdu la recette.
Il faut dire que Charlier n'a pas son pareil pour mettre en scène l'Afrique coloniale, aidé par un Hubinon en immense forme. Le trait toujours rigoureux du dessinateur, et les couleurs chaudes du studio Leonardo recréent une Afrique de carte postale absolument fascinante, où on n'échappera certes à aucun cliché du genre, et qui, pourtant, résiste bien aux attaques du temps.
Quand je parle des clichés, j'évoque surtout les clichés narratifs, car j'ai été très agréablement surpris par la tonalité du récit et ses innombrables nuances, très loin du racisme qu'on veut à tout prix attribuer aux récits coloniaux de cette époque. Et de fait, si Tiger Joe propage évidemment une vision très colonialiste de l'Afrique (en même temps, vu le contexte, comme le lui reprocher ?), jamais Charlier ne fait jamais preuve de racisme, grâce à son talent incroyable pour l'écriture des personnages.
Déjà, chaque tome est d'une densité narrative impressionnante, on en a clairement pour son argent. C'est ce qui permet à l'auteur de multiplier les péripéties, toutes plus captivantes les unes que les autres, et d'apporter à sa vision des choses une nuance très anti-manichéenne, à laquelle on ne s'attend pas. Ainsi, jamais les auteurs ne cherchent à mettre les Blancs en situation de supériorité par rapport aux Noirs. Si on a droit aux traditionnelles images de caravanes de chasseurs blancs suivis d'une cohorte de porteurs noirs, Tiger Joe et ses acolytes les traitent toujours d'égal à égal. Si certaines tribus reculées parlent le langage petit-nègre, d'autres parlent un Français tout-à-fait correct sans fautes grammaticales. Si certains Noirs veulent la mort des Blancs à tout prix, d'autres sont amis avec eux et d'autres y sont tout simplement indifférents. Si la plupart des Blancs colonisateurs semblent des humanistes en puissance, les scénarios successifs n'oublient pas non plus de montrer la cruauté ou la corruption de certains autres Blancs.
Bref, Tiger Joe donne une vision étonnamment complète de l'Afrique colonialiste et ça fait plutôt plaisir, même s'il subsiste parfois quelques saillies plus désagréables, heureusement très rares et nuancées par tout ce que je viens de résumer. Colonialiste, oui, Tiger Joe l'est et on en pensera ce qu'on voudra, raciste, non, et c'est très bien comme ça.
Maintenant, si j'ai autant adoré Tiger Joe, c'est avant tout pour la qualité extrême des scénarios. Toujours prenants, les récits de chaque tome donnent à voir un aspect différent de l'Afrique profonde, et jouent agréablement de la mythologie typique des aventures africaines de ce genre. On aura ainsi droit au cimetière d'éléphant, aux sectes sanguinaires, aux animaux sauvages en tous genres, aux lacs meurtriers, etc.
Tout cela donne un parfum vintage absolument charmant à cette saga, qui traverse bien les âges, car Charlier n'oublie jamais de donner une dimension humaine importante à ses différentes histoires. Ainsi, le premier tome nous propose une approche des personnages très originale, car on les découvre à travers les yeux d'une femme qui n'a jamais mis le pied en Afrique et qui se heurte à la rudesse de Tiger Joe et de son acolyte. Cela la précipite évidemment dans les bras du méchant, et pendant une bonne partie du premier tome, Tiger Joe n'a pas le bon rôle, ce qui permet de mieux nous faire entrer dans la tête des personnages et de comprendre la méfiance de l'héroïne.
A cette image, Charlier donne beaucoup de sentiments à ses différents personnages, ce qui permet de les rendre toujours attachants. Cela permet au lecteur de mieux s'immiscer dans l'atmosphère fascinante d'une Afrique où le danger rôde à chaque seconde, et dont on n'est jamais sûr de sortir vivant.
Bref, Tiger Joe est clairement un gros coup de cœur, qui prouve une nouvelle fois que Charlier et son fidèle dessinateur Hubinon n'ont pas leur pareil pour mettre en scène l'Aventure dans la plus grande tradition de l'Art. On en ressort nostalgique et enthousiaste, comme au terme d'un voyage dont on aurait vécu les moindres détails. Et ça, c'est fort.
Bah oui, culte...
Culte parce que ce récit synthétise l'ensemble de mes attentes lorsque l'on me promet un récit de piraterie : de l'aventure, une base historique, des personnages charismatiques, un destin cruellement scellé dès l'entame du récit, des combats navals, de l'exotisme, une utopie proche de l'anarchie, de la passion, du souffle épique....
Culte parce que je ne pensais pas retrouver cet engouement pour un sujet que j'ai déjà lu en de multiples versions. Et pourtant ce récit m'a passionné, happé, envoûté, charmé, marqué...
Culte parce que, par delà les clichés véhiculés, ce récit a réussi à me surprendre ne fusse qu'au travers du pourtant classique journal de bord mais qui, dans le cas présent, offre une petite originalité bien plaisante, qui apporte détachement et ironie à un récit par ailleurs dramatiquement poignant.
Culte parce que rarement (en fait jamais) piraterie, esclavagisme et histoire n'ont été aussi habilement liés à mes yeux. Les personnages sont crédibles, leurs aspirations sont marquantes et leurs destins dramatiques. La psychologie des différents acteurs est bien développée et chacun agit avec sa logique propre, que l'on comprend et que l'on partage... alors même que certaines de ces aspirations s'opposent.
Le seul point faible pour moi (mais il s'agit déjà à la base d'un goût personnel) réside dans l'encrage très marqué qui donne un style proche des comics à ces planches. Mais il s'efface au fil du temps, me faisant oublier l'épaisseur du trait au profit de la souplesse des formes. Ce que le dessin perd en finesse, il le gagne en dynamisme... et au final, je ne peux qu'approuver !
Culte donc, même si les esprits chagrins ne trouveront rien de neuf dans ce récit. Mais, à titre personnel, j'ai pris mon pied !
Cette série de divertissement allie la SF, l'histoire et beaucoup d'humour. Kris et Duhamel s'essayent à un exercice périlleux.
Ils s'attaquent à la modification d'éléments historiques majeurs tout en restant crédibles et en retombant sur leurs pieds. C'est dire la qualité du scénario.
Pour les deux premiers épisodes, ils y ajoutent une touche d'explications ethnographiques sur la culture Aztèque rencontrée par les Espagnols au XVIème siècle.
Comme toujours avec Duhamel les dessins sont parfaits dans son style semi réaliste de BD jeunesse mais cachant un humour noir décapant.
La magie de chacun des ouvrages est l'imprévisibilité de la page qui suit (en tout cas pour moi).
C'est créatif, drôle et nous rappelle à la fois le côté grandiose de l'affaire, conquérir le Mexique avec 600 hommes sans aucune connaissance du terrain, et le côté meurtrier qui a suivi.
Sous ce côté récréatif Kris et Duhamel nous disent que l'histoire, qui semble linéaire, est en fin de compte très contingente. Les Japonais auraient-ils pu débarquer en Californie ou en Australie ? Peut être si l'USS Enterprise avait coulé..
Encore du haut de gamme récréatif sous les pinceaux de Duhamel et de ses collègues, scénariste et coloriste.
Pour conclure, juste mon point de vue sur la remarque légitime de Pol à propos de la déformation des noms. J'y vois plus un effet comique à la Goscinny réservé aux "brutes" dont Kallaghan , tout de suite rectifié par Montcalm.
Après Un Pacte avec Dieu (1978), "A Life Force" sort en 1988 comme deuxième épisode de Dropsie Avenue. Tout d'abord je préfère le titre original compréhensible par tous, à ce ridicule titre français.
Si Eisner compare bien la résilience des immigrés devant les obstacles majeurs et les souffrances endurées à la capacité des insectes à survivre, il n'attribue pas à Jacob Shtarkah le sobriquet de "cafard".
Au contraire, c'est "L'Homme fort" en Yiddish, celui qui repart de rien mais qui arrive à modeler son environnement d'une façon significative et bénéfique dans ce récit.
Je trouve le scénario très travaillé avec ces destins croisés d'Elton, Angelo, Rebecca ou Max. Tous viennent d'horizons très différents mais se retrouvent dans le même puits noir de la misère.
Une sucess story du rêve américain où 50 cents évitent le grand plongeon et mènent au bonheur grâce au courage.
Eisner par l'introduction de coupures de presse du NYT décrit intelligemment les effets de la grande Histoire sur la vie quotidienne.
La loi Johnson-Reed sur l'immigration (1924), le développement du PC Américain, une des priorités extérieures de Staline ou la montée du Nazisme sont des événements clés qui influencent grandement sur la vie de ces communautés pauvres et d'origines européennes.
Eisner choisit un happy end qui contraste avec tout ce qui précède et avec l'image même des cafards condamnés à rester dans leurs boîtes de conserve.
Eisner y ajoute ses interrogations sur Dieu comme une suite du premier acte.
Eisner ne dessine pas ici des héros en collants moulants avec des masques, qui vont sauver l'Amérique. Il dessine des héros plutôt vieux, plutôt laids avec des vieux fringues froissés qui vont sauver l'Amérique par leur abnégation et leur résilience.
Quelle élégance dans le geste et dans le langage corporel. La page 32 où Rifke se relève presque en dansant, n'a ni besoin de texte ni besoin de tutu pour nous la présenter en danseuse étoile.
De même son utilisation des ombres et lumières intensifie les effets dramatiques comme dans la séquence où Rebecca annonce son état à Elton et attend sa réponse vitale.
Eisner ne sait représenter que des étoiles lumineuses dans cette "Life Force", force qui nous anime.
Dans mon tour des westerns en BD, celle-ci tape à l'œil quand on la feuillette.
Parce-que le dessin est, je trouve, vraiment captivant. Le trait est acéré, les personnages ont un portrait se trouvant entre la caricature exacerbée et la trogne monstrueuse, l'usage du noir et blanc est tellement contrasté qu'il accompagne et augmente la nervosité créé par les contours anguleux. Le noir est particulièrement profond. Graphiquement, c'est un western qui saute à pieds joints dans les ténèbres.
Le mot est choisi. Car on se trouve bien en enfer. Le narrateur, Billy Wild, l'exprime d'ailleurs à de multiples reprises. Les péripéties s'enchaînent comme on peut avoir l'habitude de le voir pour ce genre, sauf que l'Apocalypse atteint des sommets à travers une dose de fantastique très bien mesurée. Et puis toute l'ambiance du récit colle parfaitement avec le graphisme : c'est franchement violent, sanglant et chimérique… Enfin, le mystère qui règne n'a rien d'un secret bien gardé, le lecteur n'est pas étonné par la fin. Au contraire, parce-que le fil rouge laisse plutôt libre cours à la fatale destinée.
C'est peut-être ce que l'on peut reprocher à cette BD. Retranscrire le destin est un jeu risqué, le risque de ne pas émouvoir le lecteur puisque, par définition, il sait ce qui va se passer. Je tends à rejoindre cette opinion, car la matière du scénario manque un petit peu à l'appel. Je suis subjugué par la qualité graphique, c'est clair, alors que le scénario, s'il m'a emporté sans déplaisir jusqu'au bout, m'a aussi frustré de ne pas avoir atteint le même niveau d'audace. D'un autre côté, je dois dire que l'écriture m'a beaucoup plu et se marie très bien avec le dessin. La violence et la noirceur par le graphisme, la destinée de chaque personnage par l'écriture.
La dernière chose qui me tracasse c'est la différence notoire que je trouve entre les 2 tomes. Le premier tome m'apparaît plus abouti (flash-back de l'enfance de Billy Wild, sa mère, relation avec son "sauveur"). Le tome 2 devient linéaire est clairement tourné vers l'action : si ça fait plaisir pour le graphisme, ça devient maigrelet côté scénar'. L'ambiance western fait que ça passe crème, mais l'approche a trop changé dans le second épisode pour que toute l'histoire soit harmonieuse à mes yeux.
Note réelle 3,5/5, j'ajoute le coup de cœur pour le dessin qui vaut définitivement la peine. Peine qui n'en est pas une d'ailleurs.
Pour les fans de western ça peut être un sacré plaisir!
Quand on me parle habituellement de poésie, on me cite des noms de grands poètes que je n’aime généralement pas… on me dit aussi qu’il faut un certain nombre de vers, de proses, de rimes pour faire un bon poème, ça me soule… et on me raconte aussi que ça permet de découvrir des mots, ok mais il ne faut pas non plus qu’on ait à consulter un dictionnaire ou wikipédia à chaque phrase ! Bon, vous avez donc compris que je ne suis pas un fan de poésie… mais quand je découvre une bande dessinée comme « Abélard » où la poésie est représentée d’une façon différente à ce qu’on a l’habitude de nous faire la découvrir sur les bancs d’école, je dis oui oui oui !
Pourquoi « Abélard » justement ? Parce que la poésie y est employée sans prise de tête et amenée simplement, parfois verbalement à travers les bouts de papier (proverbes) que notre protagoniste principal, Abélard, trouve chaque jour dans son chapeau… tantôt dans des séquences d’une rêverie, d’une sérénité exceptionnelle comme celles où Abélard regarde les étoiles… pas de mots, et on se met à visualiser également avec régal ces planches, un peu comme j’ai pu le faire en contemplant le lever du soleil sur les aiguilles de Bavella parmi de nombreux randonneurs, pas un mot, pas un bruit, on regardait tous ensemble ce moment magique avec des yeux émerveillés… tantôt dans les réactions naïves de notre attachant Abélard… ceci pour vous faire comprendre la sensation que j’ai eue à travers ces magnifiques scènes de cette bande dessinée… Et oui, ça aussi, c’est de la poésie !
Parlons maintenant du récit proprement dit : Je n’ai pas envie de vous raconter le début de cette aventure ni de quoi il s’agit… juste vous avouer que « Abélard » m’a embarqué sur des montagnes russes d’émotions ! Je suis passé du rire à la tristesse, de la tendresse à la colère… peu de bandes dessinées me font ça, donc, ça veut dire tout simplement que j’ai adoré ce diptyque d’autant plus j’apprécie beaucoup le coup de crayon et la mise en page de Renaud Dillies.
Merci Régis (Hautière), merci Renaud (Dillies) d’avoir conçu ce bijou de la bd franco-belge !
… Et merci aussi aux enfants du scénariste qui lui ont inspiré ces conversations cultes (Ah la fameuse scène des racistes !) !
Superbe BD qui mérite d'être lue, qu'on soit concerné ou non par le sujet de la bipolarité et de la cyclothymie.
D'abord parce qu'elle change la vision réductrice qu'on a sur les troubles bipolaires. En véritable support de vulgarisation scientifique, elle détaille les différentes formes de troubles bipolaires, les effets biologiques associés, les conséquences sur le moral et le comportement. On y découvre que le spectre de la bipolarité est beaucoup plus large qu'on le croit, et SURTOUT qu'on ne peut pas réduire quelqu'un au fait d'être "bipolaire" ou ici "cyclothymique", comme un critère excluant.
Ensuite, parce que le dessin est superbe, avec beaucoup de mouvement; que le jeu de couleur (noir-orange) est manié avec intelligence pour servir le propos; que très souvent dans la BD, le récit s'arrête le temps d'une case, dans laquelle on trouve un graphique, des curseurs, une balance, des poissons... des images symboliques qui appuient l'explication. Celles-ci sont très bien trouvées, très fines et touchantes.
Enfin, parce qu'on ne peut que s'attacher à Lou, qui raconte ici son propre parcours: la découverte de sa maladie, sa galère de psychologues, l'impact sur sa vie sentimentale, sur son travail...
C'est un brillant équilibre entre un ouvrage de vulgarisation scientifique et une autobiographie touchante. J'ai adoré.
Depuis quelques années, je me suis forgé une petite culture Marvel en piochant dans ma médiathèque.
L’univers est distrayant mais peu de lectures m’ont vraiment marqué. Les histoires de super héros étant extrêmement redondantes.
Pour le coup Old Man Logan tire son épingle du jeu, en nous proposant ce monde futuriste dévasté et dominé par les super vilains, 50 ans après leur victoire sur les super-héros.
Pour qui est devenu familier avec la maison des idées, cette version est extrêmement jubilatoire.
Il y a un plaisir coupable à découvrir ce monde ravagé et partagé entre puissances au fil des ans, qui domine, qui est mort etc ...
L’idée est très accrocheuse mais l’histoire reste malheureusement trop linéaire et en surface. On ne s’attarde pas, tout va très vite et fait finalement assez « carte postale ». Ça reste plaisant pour son originalité mais manque clairement de profondeur.
Pour la partie graphique, c’est pas mal du tout pour du comics, on a un seul et même dessinateur (bon point à souligner) au trait lisible, fin et détaillé. Et qui trouve son apothéose dans le final.
Je suis un peu ennuyé pour noter, beaucoup de qualité mais c’est vraiment pas sans défauts, ça reste toutefois un récit assez marquant dans l’univers.
Finalement un 3* + un petit coup de cœur pour le démarquer.
A posséder ... perso non, mais à lire certainement.
Depuis le temps que je faisais l'impasse sur cette série, j'ai enfin franchi le pas, et je ne regrette pas, même si tout ne me convient pas entièrement, mais ce qui prime avant tout dans cette Bd, c'est son ambiance, et malgré certains défauts, c'est ce qui m'a séduit. Il faut aussi éviter de lire le tome 5 afin d'éviter la déception d'un nouveau cycle dont la suite n'est jamais parue, et s'en tenir aux 4 tomes qui constituent ce premier cycle.
Bon, à première vue, je me suis dit, ça ressemble à beaucoup de bandes que j'ai déja lues sur la Bretagne merveilleuse des légendes comme Les Druides par exemple et d'autres albums de contes parus chez Soleil. Car ici, nous sommes dans une Bretagne du VIIème siècle encore un peu obscurantiste, une Bretagne où a lieu le combat des anciennes croyances païennes et de la christianisation naissante qui se veut inquisitrice, c'est une ère à l'aspect barbare aux abords de la forêt de Brocéliande avec toute la magie et les mythes qui s'y rapportent. C'est la Bretagne des druides contre celle des moines, c'est ainsi qu'on peut résumer ce récit médiéval, un conte celtique comme je les aime où se mélangent poésie, romantisme et magie.
Dès le premier tome, on est plongé dans cette époque fantastique, Konomor est un être vil, abject et pervers, c'est le mauvais absolu qui se dresse face à la pureté de Rogon, l'homme-loup défenseur des anciennes croyances et qui appartient au peuple fabuleux qui vit dans la forêt à l'abri des regards d'un monde médiéval qui se christianise.
Au sujet des seigneurs chrétiens qui construisaient leurs châteaux, je n'ai jamais lu dans mes bouquins sur l'Histoire de la Bretagne qu'ils utilisaient les pierres levées, car tout ce qui était menhirs et dolmens inspiraient une sorte de crainte ou de méfiance, et les seigneurs chrétiens nouvellement convertis au christianisme utilisaient de la pierre de schiste ou du granit pris dans des carrières, par contre lors de mes nombreux périples en Bretagne, j'ai vu plusieurs menhirs christianisés, c'est à dire qu'ils étaient surmontés d'une croix sculptée (vraisemblablement ces christianisations de menhirs ont eu lieu bien plus tard, vers les Xème ou XIème siècles lorsque la religion chrétienne avait totalement supplanté les croyances païennes) .
L'intrigue est classique, issue des légendes bretonnes, c'est comme une sorte de succédané de la Table Ronde sans Arthur, mais avec Merlin emprisonné dans le sommeil par sa bien-aimée, et Viviane plus femme que fée. Les actes de certains personnages peuvent étonner et surprendre, il y a un peu de naïveté dans certaines situations, mais dans l'ensemble, c'est une histoire qui est bien contée et qui me satisfait, Convard a su s'approprier cet univers merveilleux pour construire un récit suffisamment prenant. Je pense qu'il ne faut pas lire cette Bd à la va-vite, mais attentivement pour en saisir tous les rouages qui peuvent peut-être échapper à la première lecture.
J'en viens à la partie graphique : c'est un dessin au trait épais dès le tome 1, qui s'aère un peu ensuite, il est sombre par endroits, ce qui entraine une certaine confusion pour décrypter quelques cases, il est aussi peu précis sur les visages, et il est baigné par une sorte de voile omniprésent, avec des couleurs comme délavées, c'est très curieux. Mais ce qui est intéressant, c'est que ce dessin colle parfaitement au sujet, il imprime une sorte de mystère et restitue une atmosphère fascinante, participant ainsi grandement à l'ambiance qu'ont voulu les auteurs. Je n'avais lu de Chabert que Bourbon Street qui m'avait assez plu au niveau graphique, mais là, autant son dessin me dérange par endroits par ses imperfections, autant il me ravit pour l'ambiance restituée, je crois que c'est le grand atout de cette bande d'où se dégage une poésie fantastique nourrie par les mythes de cette vieille Bretagne.
Chabouté l’avait fait au départ d’un banc (Un peu de bois et d'acier), Jean-Philippe Peyraud et Alain Kokor s’emparent à leur tour de cette idée, mais c’est au travers du destin d’un rocking chair et au cœur d’un western cruel et désespéré qu’ils vont nous inviter à suivre différents personnages.
Et dès la scène d’introduction, j’ai été happé par ce récit. Le destin des deux adolescents qui marque la première partie de cette bande dessinée nous montre un ouest américain d’une extrême dureté, où la loi du plus fort est encore la seule respectée, avec une nature encore vierge et peu désireuse d’être domptée. Et bien sûr, lorsque leur route et celle du rocking chair se séparent, je n’ai attendu qu’une seule chose : les retrouver en fin de récit pour une conclusion émouvante…
La partie centrale du récit nous permet de croiser la route de différents personnages qui, tous, nous montrent toute la cruauté, toute la dureté de cet univers. La narration et le style graphique cassent gentiment le caractère désespérant du récit, avec à l’occasion quelques passages plus légers ou plus amusants. Des passages contemplatifs, des scènes silencieuses nous permettent d’encore mieux pénétrer cet univers hostile. Les planches n’usant qu’un minimum de couleurs, Alain Kokor ne travaillant que sur des bichromies ou des planches aux tons uniformes, notre attention se centre sur les personnages et leur destin alors même que les compositions graphiques dégagent une certaine poésie. Les amateurs de trait classique en seront pour leurs frais mais si vous êtes plutôt adepte d’un trait tout en ambiance quitte à rester quelque peu brouillon, cette bande dessinée ne peut que vous plaire, graphiquement parlant.
La conclusion a été à la hauteur de mes attentes et l’émotion a bel et bien été au rendez-vous, comme espéré mais sans tomber dans le cliché maintes fois rabâché.
Vous l’aurez compris : c’est un western que j’ai beaucoup apprécié. Pour l’originalité de son fil conducteur, pour l’image qu’il donne de cet Ouest sauvage, pour le charisme de certains personnages, pour une ourse et son ourson si rapidement croisés, pour son final touchant...
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Tiger Joe
Je pensais m'attaquer à une saga mineure de Charlier, mais je me trompais du tout au tout. Tiger Joe est du très grand Charlier, au même titre que Barbe-Rouge, Buck Danny ou encore Tanguy et Laverdure, une énorme surprise pour ma part ! C'est donc à la trilogie originale que je consacre cet avis, car je ne sais pas quand j'aurais l'occasion de me plonger dans sa continuation par Greg. En attendant, Tiger Joe période Charlier synthétise tout ce qui fait que j'aime la bande dessinée en général, et Charlier en particulier. Malgré mon amour pour ces sagas qui ont bercé mon enfance, j'avoue avoir été un peu lassé au bout d'un moment par les sagas d'aviation de l'auteur, alors c'est avec un immense plaisir que je le vois partir en des terres exotiques, ici, dans l'Afrique coloniale des années 50. Le dépaysement est garanti, et renforcé par le charme à toute épreuve de ces récits d'antan, dont j'ai parfois l'impression qu'on a perdu la recette. Il faut dire que Charlier n'a pas son pareil pour mettre en scène l'Afrique coloniale, aidé par un Hubinon en immense forme. Le trait toujours rigoureux du dessinateur, et les couleurs chaudes du studio Leonardo recréent une Afrique de carte postale absolument fascinante, où on n'échappera certes à aucun cliché du genre, et qui, pourtant, résiste bien aux attaques du temps. Quand je parle des clichés, j'évoque surtout les clichés narratifs, car j'ai été très agréablement surpris par la tonalité du récit et ses innombrables nuances, très loin du racisme qu'on veut à tout prix attribuer aux récits coloniaux de cette époque. Et de fait, si Tiger Joe propage évidemment une vision très colonialiste de l'Afrique (en même temps, vu le contexte, comme le lui reprocher ?), jamais Charlier ne fait jamais preuve de racisme, grâce à son talent incroyable pour l'écriture des personnages. Déjà, chaque tome est d'une densité narrative impressionnante, on en a clairement pour son argent. C'est ce qui permet à l'auteur de multiplier les péripéties, toutes plus captivantes les unes que les autres, et d'apporter à sa vision des choses une nuance très anti-manichéenne, à laquelle on ne s'attend pas. Ainsi, jamais les auteurs ne cherchent à mettre les Blancs en situation de supériorité par rapport aux Noirs. Si on a droit aux traditionnelles images de caravanes de chasseurs blancs suivis d'une cohorte de porteurs noirs, Tiger Joe et ses acolytes les traitent toujours d'égal à égal. Si certaines tribus reculées parlent le langage petit-nègre, d'autres parlent un Français tout-à-fait correct sans fautes grammaticales. Si certains Noirs veulent la mort des Blancs à tout prix, d'autres sont amis avec eux et d'autres y sont tout simplement indifférents. Si la plupart des Blancs colonisateurs semblent des humanistes en puissance, les scénarios successifs n'oublient pas non plus de montrer la cruauté ou la corruption de certains autres Blancs. Bref, Tiger Joe donne une vision étonnamment complète de l'Afrique colonialiste et ça fait plutôt plaisir, même s'il subsiste parfois quelques saillies plus désagréables, heureusement très rares et nuancées par tout ce que je viens de résumer. Colonialiste, oui, Tiger Joe l'est et on en pensera ce qu'on voudra, raciste, non, et c'est très bien comme ça. Maintenant, si j'ai autant adoré Tiger Joe, c'est avant tout pour la qualité extrême des scénarios. Toujours prenants, les récits de chaque tome donnent à voir un aspect différent de l'Afrique profonde, et jouent agréablement de la mythologie typique des aventures africaines de ce genre. On aura ainsi droit au cimetière d'éléphant, aux sectes sanguinaires, aux animaux sauvages en tous genres, aux lacs meurtriers, etc. Tout cela donne un parfum vintage absolument charmant à cette saga, qui traverse bien les âges, car Charlier n'oublie jamais de donner une dimension humaine importante à ses différentes histoires. Ainsi, le premier tome nous propose une approche des personnages très originale, car on les découvre à travers les yeux d'une femme qui n'a jamais mis le pied en Afrique et qui se heurte à la rudesse de Tiger Joe et de son acolyte. Cela la précipite évidemment dans les bras du méchant, et pendant une bonne partie du premier tome, Tiger Joe n'a pas le bon rôle, ce qui permet de mieux nous faire entrer dans la tête des personnages et de comprendre la méfiance de l'héroïne. A cette image, Charlier donne beaucoup de sentiments à ses différents personnages, ce qui permet de les rendre toujours attachants. Cela permet au lecteur de mieux s'immiscer dans l'atmosphère fascinante d'une Afrique où le danger rôde à chaque seconde, et dont on n'est jamais sûr de sortir vivant. Bref, Tiger Joe est clairement un gros coup de cœur, qui prouve une nouvelle fois que Charlier et son fidèle dessinateur Hubinon n'ont pas leur pareil pour mettre en scène l'Aventure dans la plus grande tradition de l'Art. On en ressort nostalgique et enthousiaste, comme au terme d'un voyage dont on aurait vécu les moindres détails. Et ça, c'est fort.
La République du Crâne
Bah oui, culte... Culte parce que ce récit synthétise l'ensemble de mes attentes lorsque l'on me promet un récit de piraterie : de l'aventure, une base historique, des personnages charismatiques, un destin cruellement scellé dès l'entame du récit, des combats navals, de l'exotisme, une utopie proche de l'anarchie, de la passion, du souffle épique.... Culte parce que je ne pensais pas retrouver cet engouement pour un sujet que j'ai déjà lu en de multiples versions. Et pourtant ce récit m'a passionné, happé, envoûté, charmé, marqué... Culte parce que, par delà les clichés véhiculés, ce récit a réussi à me surprendre ne fusse qu'au travers du pourtant classique journal de bord mais qui, dans le cas présent, offre une petite originalité bien plaisante, qui apporte détachement et ironie à un récit par ailleurs dramatiquement poignant. Culte parce que rarement (en fait jamais) piraterie, esclavagisme et histoire n'ont été aussi habilement liés à mes yeux. Les personnages sont crédibles, leurs aspirations sont marquantes et leurs destins dramatiques. La psychologie des différents acteurs est bien développée et chacun agit avec sa logique propre, que l'on comprend et que l'on partage... alors même que certaines de ces aspirations s'opposent. Le seul point faible pour moi (mais il s'agit déjà à la base d'un goût personnel) réside dans l'encrage très marqué qui donne un style proche des comics à ces planches. Mais il s'efface au fil du temps, me faisant oublier l'épaisseur du trait au profit de la souplesse des formes. Ce que le dessin perd en finesse, il le gagne en dynamisme... et au final, je ne peux qu'approuver ! Culte donc, même si les esprits chagrins ne trouveront rien de neuf dans ce récit. Mais, à titre personnel, j'ai pris mon pied !
Les Brigades du Temps
Cette série de divertissement allie la SF, l'histoire et beaucoup d'humour. Kris et Duhamel s'essayent à un exercice périlleux. Ils s'attaquent à la modification d'éléments historiques majeurs tout en restant crédibles et en retombant sur leurs pieds. C'est dire la qualité du scénario. Pour les deux premiers épisodes, ils y ajoutent une touche d'explications ethnographiques sur la culture Aztèque rencontrée par les Espagnols au XVIème siècle. Comme toujours avec Duhamel les dessins sont parfaits dans son style semi réaliste de BD jeunesse mais cachant un humour noir décapant. La magie de chacun des ouvrages est l'imprévisibilité de la page qui suit (en tout cas pour moi). C'est créatif, drôle et nous rappelle à la fois le côté grandiose de l'affaire, conquérir le Mexique avec 600 hommes sans aucune connaissance du terrain, et le côté meurtrier qui a suivi. Sous ce côté récréatif Kris et Duhamel nous disent que l'histoire, qui semble linéaire, est en fin de compte très contingente. Les Japonais auraient-ils pu débarquer en Californie ou en Australie ? Peut être si l'USS Enterprise avait coulé.. Encore du haut de gamme récréatif sous les pinceaux de Duhamel et de ses collègues, scénariste et coloriste. Pour conclure, juste mon point de vue sur la remarque légitime de Pol à propos de la déformation des noms. J'y vois plus un effet comique à la Goscinny réservé aux "brutes" dont Kallaghan , tout de suite rectifié par Montcalm.
Jacob le Cafard (55 Dropsie avenue, le Bronx)
Après Un Pacte avec Dieu (1978), "A Life Force" sort en 1988 comme deuxième épisode de Dropsie Avenue. Tout d'abord je préfère le titre original compréhensible par tous, à ce ridicule titre français. Si Eisner compare bien la résilience des immigrés devant les obstacles majeurs et les souffrances endurées à la capacité des insectes à survivre, il n'attribue pas à Jacob Shtarkah le sobriquet de "cafard". Au contraire, c'est "L'Homme fort" en Yiddish, celui qui repart de rien mais qui arrive à modeler son environnement d'une façon significative et bénéfique dans ce récit. Je trouve le scénario très travaillé avec ces destins croisés d'Elton, Angelo, Rebecca ou Max. Tous viennent d'horizons très différents mais se retrouvent dans le même puits noir de la misère. Une sucess story du rêve américain où 50 cents évitent le grand plongeon et mènent au bonheur grâce au courage. Eisner par l'introduction de coupures de presse du NYT décrit intelligemment les effets de la grande Histoire sur la vie quotidienne. La loi Johnson-Reed sur l'immigration (1924), le développement du PC Américain, une des priorités extérieures de Staline ou la montée du Nazisme sont des événements clés qui influencent grandement sur la vie de ces communautés pauvres et d'origines européennes. Eisner choisit un happy end qui contraste avec tout ce qui précède et avec l'image même des cafards condamnés à rester dans leurs boîtes de conserve. Eisner y ajoute ses interrogations sur Dieu comme une suite du premier acte. Eisner ne dessine pas ici des héros en collants moulants avec des masques, qui vont sauver l'Amérique. Il dessine des héros plutôt vieux, plutôt laids avec des vieux fringues froissés qui vont sauver l'Amérique par leur abnégation et leur résilience. Quelle élégance dans le geste et dans le langage corporel. La page 32 où Rifke se relève presque en dansant, n'a ni besoin de texte ni besoin de tutu pour nous la présenter en danseuse étoile. De même son utilisation des ombres et lumières intensifie les effets dramatiques comme dans la séquence où Rebecca annonce son état à Elton et attend sa réponse vitale. Eisner ne sait représenter que des étoiles lumineuses dans cette "Life Force", force qui nous anime.
Billy Wild
Dans mon tour des westerns en BD, celle-ci tape à l'œil quand on la feuillette. Parce-que le dessin est, je trouve, vraiment captivant. Le trait est acéré, les personnages ont un portrait se trouvant entre la caricature exacerbée et la trogne monstrueuse, l'usage du noir et blanc est tellement contrasté qu'il accompagne et augmente la nervosité créé par les contours anguleux. Le noir est particulièrement profond. Graphiquement, c'est un western qui saute à pieds joints dans les ténèbres. Le mot est choisi. Car on se trouve bien en enfer. Le narrateur, Billy Wild, l'exprime d'ailleurs à de multiples reprises. Les péripéties s'enchaînent comme on peut avoir l'habitude de le voir pour ce genre, sauf que l'Apocalypse atteint des sommets à travers une dose de fantastique très bien mesurée. Et puis toute l'ambiance du récit colle parfaitement avec le graphisme : c'est franchement violent, sanglant et chimérique… Enfin, le mystère qui règne n'a rien d'un secret bien gardé, le lecteur n'est pas étonné par la fin. Au contraire, parce-que le fil rouge laisse plutôt libre cours à la fatale destinée. C'est peut-être ce que l'on peut reprocher à cette BD. Retranscrire le destin est un jeu risqué, le risque de ne pas émouvoir le lecteur puisque, par définition, il sait ce qui va se passer. Je tends à rejoindre cette opinion, car la matière du scénario manque un petit peu à l'appel. Je suis subjugué par la qualité graphique, c'est clair, alors que le scénario, s'il m'a emporté sans déplaisir jusqu'au bout, m'a aussi frustré de ne pas avoir atteint le même niveau d'audace. D'un autre côté, je dois dire que l'écriture m'a beaucoup plu et se marie très bien avec le dessin. La violence et la noirceur par le graphisme, la destinée de chaque personnage par l'écriture. La dernière chose qui me tracasse c'est la différence notoire que je trouve entre les 2 tomes. Le premier tome m'apparaît plus abouti (flash-back de l'enfance de Billy Wild, sa mère, relation avec son "sauveur"). Le tome 2 devient linéaire est clairement tourné vers l'action : si ça fait plaisir pour le graphisme, ça devient maigrelet côté scénar'. L'ambiance western fait que ça passe crème, mais l'approche a trop changé dans le second épisode pour que toute l'histoire soit harmonieuse à mes yeux. Note réelle 3,5/5, j'ajoute le coup de cœur pour le dessin qui vaut définitivement la peine. Peine qui n'en est pas une d'ailleurs. Pour les fans de western ça peut être un sacré plaisir!
Abélard
Quand on me parle habituellement de poésie, on me cite des noms de grands poètes que je n’aime généralement pas… on me dit aussi qu’il faut un certain nombre de vers, de proses, de rimes pour faire un bon poème, ça me soule… et on me raconte aussi que ça permet de découvrir des mots, ok mais il ne faut pas non plus qu’on ait à consulter un dictionnaire ou wikipédia à chaque phrase ! Bon, vous avez donc compris que je ne suis pas un fan de poésie… mais quand je découvre une bande dessinée comme « Abélard » où la poésie est représentée d’une façon différente à ce qu’on a l’habitude de nous faire la découvrir sur les bancs d’école, je dis oui oui oui ! Pourquoi « Abélard » justement ? Parce que la poésie y est employée sans prise de tête et amenée simplement, parfois verbalement à travers les bouts de papier (proverbes) que notre protagoniste principal, Abélard, trouve chaque jour dans son chapeau… tantôt dans des séquences d’une rêverie, d’une sérénité exceptionnelle comme celles où Abélard regarde les étoiles… pas de mots, et on se met à visualiser également avec régal ces planches, un peu comme j’ai pu le faire en contemplant le lever du soleil sur les aiguilles de Bavella parmi de nombreux randonneurs, pas un mot, pas un bruit, on regardait tous ensemble ce moment magique avec des yeux émerveillés… tantôt dans les réactions naïves de notre attachant Abélard… ceci pour vous faire comprendre la sensation que j’ai eue à travers ces magnifiques scènes de cette bande dessinée… Et oui, ça aussi, c’est de la poésie ! Parlons maintenant du récit proprement dit : Je n’ai pas envie de vous raconter le début de cette aventure ni de quoi il s’agit… juste vous avouer que « Abélard » m’a embarqué sur des montagnes russes d’émotions ! Je suis passé du rire à la tristesse, de la tendresse à la colère… peu de bandes dessinées me font ça, donc, ça veut dire tout simplement que j’ai adoré ce diptyque d’autant plus j’apprécie beaucoup le coup de crayon et la mise en page de Renaud Dillies. Merci Régis (Hautière), merci Renaud (Dillies) d’avoir conçu ce bijou de la bd franco-belge ! … Et merci aussi aux enfants du scénariste qui lui ont inspiré ces conversations cultes (Ah la fameuse scène des racistes !) !
Goupil ou face
Superbe BD qui mérite d'être lue, qu'on soit concerné ou non par le sujet de la bipolarité et de la cyclothymie. D'abord parce qu'elle change la vision réductrice qu'on a sur les troubles bipolaires. En véritable support de vulgarisation scientifique, elle détaille les différentes formes de troubles bipolaires, les effets biologiques associés, les conséquences sur le moral et le comportement. On y découvre que le spectre de la bipolarité est beaucoup plus large qu'on le croit, et SURTOUT qu'on ne peut pas réduire quelqu'un au fait d'être "bipolaire" ou ici "cyclothymique", comme un critère excluant. Ensuite, parce que le dessin est superbe, avec beaucoup de mouvement; que le jeu de couleur (noir-orange) est manié avec intelligence pour servir le propos; que très souvent dans la BD, le récit s'arrête le temps d'une case, dans laquelle on trouve un graphique, des curseurs, une balance, des poissons... des images symboliques qui appuient l'explication. Celles-ci sont très bien trouvées, très fines et touchantes. Enfin, parce qu'on ne peut que s'attacher à Lou, qui raconte ici son propre parcours: la découverte de sa maladie, sa galère de psychologues, l'impact sur sa vie sentimentale, sur son travail... C'est un brillant équilibre entre un ouvrage de vulgarisation scientifique et une autobiographie touchante. J'ai adoré.
Wolverine - Old Man Logan
Depuis quelques années, je me suis forgé une petite culture Marvel en piochant dans ma médiathèque. L’univers est distrayant mais peu de lectures m’ont vraiment marqué. Les histoires de super héros étant extrêmement redondantes. Pour le coup Old Man Logan tire son épingle du jeu, en nous proposant ce monde futuriste dévasté et dominé par les super vilains, 50 ans après leur victoire sur les super-héros. Pour qui est devenu familier avec la maison des idées, cette version est extrêmement jubilatoire. Il y a un plaisir coupable à découvrir ce monde ravagé et partagé entre puissances au fil des ans, qui domine, qui est mort etc ... L’idée est très accrocheuse mais l’histoire reste malheureusement trop linéaire et en surface. On ne s’attarde pas, tout va très vite et fait finalement assez « carte postale ». Ça reste plaisant pour son originalité mais manque clairement de profondeur. Pour la partie graphique, c’est pas mal du tout pour du comics, on a un seul et même dessinateur (bon point à souligner) au trait lisible, fin et détaillé. Et qui trouve son apothéose dans le final. Je suis un peu ennuyé pour noter, beaucoup de qualité mais c’est vraiment pas sans défauts, ça reste toutefois un récit assez marquant dans l’univers. Finalement un 3* + un petit coup de cœur pour le démarquer. A posséder ... perso non, mais à lire certainement.
Rogon le leu
Depuis le temps que je faisais l'impasse sur cette série, j'ai enfin franchi le pas, et je ne regrette pas, même si tout ne me convient pas entièrement, mais ce qui prime avant tout dans cette Bd, c'est son ambiance, et malgré certains défauts, c'est ce qui m'a séduit. Il faut aussi éviter de lire le tome 5 afin d'éviter la déception d'un nouveau cycle dont la suite n'est jamais parue, et s'en tenir aux 4 tomes qui constituent ce premier cycle. Bon, à première vue, je me suis dit, ça ressemble à beaucoup de bandes que j'ai déja lues sur la Bretagne merveilleuse des légendes comme Les Druides par exemple et d'autres albums de contes parus chez Soleil. Car ici, nous sommes dans une Bretagne du VIIème siècle encore un peu obscurantiste, une Bretagne où a lieu le combat des anciennes croyances païennes et de la christianisation naissante qui se veut inquisitrice, c'est une ère à l'aspect barbare aux abords de la forêt de Brocéliande avec toute la magie et les mythes qui s'y rapportent. C'est la Bretagne des druides contre celle des moines, c'est ainsi qu'on peut résumer ce récit médiéval, un conte celtique comme je les aime où se mélangent poésie, romantisme et magie. Dès le premier tome, on est plongé dans cette époque fantastique, Konomor est un être vil, abject et pervers, c'est le mauvais absolu qui se dresse face à la pureté de Rogon, l'homme-loup défenseur des anciennes croyances et qui appartient au peuple fabuleux qui vit dans la forêt à l'abri des regards d'un monde médiéval qui se christianise. Au sujet des seigneurs chrétiens qui construisaient leurs châteaux, je n'ai jamais lu dans mes bouquins sur l'Histoire de la Bretagne qu'ils utilisaient les pierres levées, car tout ce qui était menhirs et dolmens inspiraient une sorte de crainte ou de méfiance, et les seigneurs chrétiens nouvellement convertis au christianisme utilisaient de la pierre de schiste ou du granit pris dans des carrières, par contre lors de mes nombreux périples en Bretagne, j'ai vu plusieurs menhirs christianisés, c'est à dire qu'ils étaient surmontés d'une croix sculptée (vraisemblablement ces christianisations de menhirs ont eu lieu bien plus tard, vers les Xème ou XIème siècles lorsque la religion chrétienne avait totalement supplanté les croyances païennes) . L'intrigue est classique, issue des légendes bretonnes, c'est comme une sorte de succédané de la Table Ronde sans Arthur, mais avec Merlin emprisonné dans le sommeil par sa bien-aimée, et Viviane plus femme que fée. Les actes de certains personnages peuvent étonner et surprendre, il y a un peu de naïveté dans certaines situations, mais dans l'ensemble, c'est une histoire qui est bien contée et qui me satisfait, Convard a su s'approprier cet univers merveilleux pour construire un récit suffisamment prenant. Je pense qu'il ne faut pas lire cette Bd à la va-vite, mais attentivement pour en saisir tous les rouages qui peuvent peut-être échapper à la première lecture. J'en viens à la partie graphique : c'est un dessin au trait épais dès le tome 1, qui s'aère un peu ensuite, il est sombre par endroits, ce qui entraine une certaine confusion pour décrypter quelques cases, il est aussi peu précis sur les visages, et il est baigné par une sorte de voile omniprésent, avec des couleurs comme délavées, c'est très curieux. Mais ce qui est intéressant, c'est que ce dessin colle parfaitement au sujet, il imprime une sorte de mystère et restitue une atmosphère fascinante, participant ainsi grandement à l'ambiance qu'ont voulu les auteurs. Je n'avais lu de Chabert que Bourbon Street qui m'avait assez plu au niveau graphique, mais là, autant son dessin me dérange par endroits par ses imperfections, autant il me ravit pour l'ambiance restituée, je crois que c'est le grand atout de cette bande d'où se dégage une poésie fantastique nourrie par les mythes de cette vieille Bretagne.
Rocking chair
Chabouté l’avait fait au départ d’un banc (Un peu de bois et d'acier), Jean-Philippe Peyraud et Alain Kokor s’emparent à leur tour de cette idée, mais c’est au travers du destin d’un rocking chair et au cœur d’un western cruel et désespéré qu’ils vont nous inviter à suivre différents personnages. Et dès la scène d’introduction, j’ai été happé par ce récit. Le destin des deux adolescents qui marque la première partie de cette bande dessinée nous montre un ouest américain d’une extrême dureté, où la loi du plus fort est encore la seule respectée, avec une nature encore vierge et peu désireuse d’être domptée. Et bien sûr, lorsque leur route et celle du rocking chair se séparent, je n’ai attendu qu’une seule chose : les retrouver en fin de récit pour une conclusion émouvante… La partie centrale du récit nous permet de croiser la route de différents personnages qui, tous, nous montrent toute la cruauté, toute la dureté de cet univers. La narration et le style graphique cassent gentiment le caractère désespérant du récit, avec à l’occasion quelques passages plus légers ou plus amusants. Des passages contemplatifs, des scènes silencieuses nous permettent d’encore mieux pénétrer cet univers hostile. Les planches n’usant qu’un minimum de couleurs, Alain Kokor ne travaillant que sur des bichromies ou des planches aux tons uniformes, notre attention se centre sur les personnages et leur destin alors même que les compositions graphiques dégagent une certaine poésie. Les amateurs de trait classique en seront pour leurs frais mais si vous êtes plutôt adepte d’un trait tout en ambiance quitte à rester quelque peu brouillon, cette bande dessinée ne peut que vous plaire, graphiquement parlant. La conclusion a été à la hauteur de mes attentes et l’émotion a bel et bien été au rendez-vous, comme espéré mais sans tomber dans le cliché maintes fois rabâché. Vous l’aurez compris : c’est un western que j’ai beaucoup apprécié. Pour l’originalité de son fil conducteur, pour l’image qu’il donne de cet Ouest sauvage, pour le charisme de certains personnages, pour une ourse et son ourson si rapidement croisés, pour son final touchant...