Visuellement c'est magnifique, c'est du grand art chaque case mérite qu'on arrête la lecture pour savourer toutes ses qualités. La couleur complète le dessin en créant une ambiance et une atmosphère digne cette aventure complètement folle.
Pour résumer, Briac est un dessinateur avec un style particulier et un talent remarquable. Je ne le connaissais pas et c'est une belle découverte, un artiste qui mérite que l'on connaisse son œuvre.
L'histoire nous emmène au cœur de la recherche scientifique en 1735, leur objectif est de déterminer la rotondité de la terre. Nous assistons avec l'une des équipes envoyées en Amazonie à une expédition dantesque qui va durer 10 années.
Nous sommes plongés dans une période où l’exploitation des peuples indigènes est la règle, l'esclavage est ancré et est vécu comme une évidence avec comme conséquence des rapports humains parfois très violents. L'équipe est composée de personnages pour certains totalement investis dans leurs missions et d'autres qui tirent profit personnellement de cette expédition, c'est une vision sans concession des hommes dans une aventure où l'auteur n'hésite pas à montrer la suffisance des Européens face aux peuples indigènes.
Une pointe d'humour réussie avec les commentaires des perroquets sur le comportement de ces hommes qui veulent tout s'approprier.
Un vrai régal pour les yeux et l'histoire n'est pas en reste.
Si l’on regarde attentivement chacune des planches réalisées par François Mutterer, le dessinateur, on s’aperçoit qu’elles relèvent très souvent de la décoration d’intérieur, avec en sus un travail sur l’architecture, très géométrique (de certains décors bien sûr, mais aussi des cases elles-mêmes).
Formellement – et visuellement, c’est très riche et varié, avec des mises en abimes, de l’itération iconique, des motifs répétés et à peine modifiés. Ce qui n’empêche pas un superbe coup de crayon ! Mutterer donne à certains de ses dessins des allures de gravures du XIXème, très détaillées, usant d’un Noir et Blanc méticuleux.
Cette très grande variation graphique joue sur le déroulement de l’histoire. D’autant plus que les quelques protagonistes n’apparaissent presque jamais, ou alors seules certaines parties de leur corps (les deux personnages principaux n’étant d’ailleurs nommés que comme « Héros » et « Héroïne » dans les textes en off qui accompagnent certaines cases). Plus généralement, il n’y a jamais de visage à proprement parler : lorsque les personnages sont représentés en entier, c’est de dos, et dans les premières planches, des sortes de photomatons floutés remplissent les pages de visages indéchiffrables, dont on ne sait s’ils représentent le public des bars ou une quelconque allégorie.
Vous l’avez compris, cet album est un peu un ovni, très original visuellement, un peu expérimental, avec des planches parfois remplies de cartes, d’extraits d’annuaires, de reproduction de documents divers, et puis de longs travellings urbains, des paysages lointains vides mais beaux, etc.
Mais ce n’est pas une illustration vaine et/ou froide, bien au contraire. Certains passages sont même très érotiques, par simple évocation : Mutterer arrive à faire passer une très grande sensualité avec une économie de moyens.
L’histoire de Martine Van elle-même joue aussi sur l’érotisme, autour d’une peuplade imaginaire et lointaine, les Arouchaks, sensés être devenus des spécialistes du genre (des cartes imaginaires, un article d’un scientifique singeant le nom de Dumézil tentent d’ancrer dans le réel cette peuplade).
Mais c’est quand même avant tout une histoire d’ambiance, qui voile d’une ombre de mystère et de décors étonnant une histoire d’amour, la rencontre de deux êtres, héros et héroïne, cherchant à exprimer et à satisfaire leur désir.
C’est en tout cas un album à réserver à des lecteurs curieux (l’imagination y est sacrément sollicitée) et un peu cérébraux. Des lecteurs qui auraient la chance de tomber dessus, sa rencontre n’étant pas courante.
Il faut en tout cas passer outre l’aspect austère du dessin !
Après cette excellente et agréable lecture, je vais me méfier de ma surconsommation de café qui m'aide à écrire des avis.
Regis Loisel rêvait de produire une oeuvre avec Mickey. Les éditions Glénat lui en ont procuré l'opportunité. Pas si facile tant l'image et le personnage mythique de Mickey en impose à tout artiste aussi talentueux soit-il.
Impossible de faire faire n'importe quoi à notre souris. Regis Loisel s'en tire admirablement bien à mon avis. Notre Mickey répond à tous les codes imposés, défenseur du bien et des victimes, courageux, galant avec sa Minnie et bon compagnon avec ses amis.
Loisel revient aux sources dans une Amérique des années 30 en pleine récession. Mickey se veut le symbole du non-découragement. Mieux, Loisel met en valeur cette aptitude d'exemplarité à ne pas subir les événements contraires et à ne pas tomber dans la tentation du Mal malgré un environnement hostile.
"Résister, résister" dit-il à lui-même et à Horace son fidèle ami. Car dans ces années 30 il y avait bien des cafés zombos sur le marché des idées pour vous décérébrer. Aujourd'hui encore, résister à Ronald et sa malbouffe ou à une déforestation incontrôlée qui ne vise que le profit à court terme.
Le scénario de Loisel est excellent, équilibrant les forces. Pat et Chicaneau sont des adversaires féroces qui rendent coup pour coup et seule l'intervention des femmes fera pencher la balance du bon côté.
J'ai trouvé le graphisme excellent aussi. Des extérieurs aux mille détails, des personnages rapides, expressifs et à la personnalité bien affirmée. De plus j'aime beaucoup les couleurs.
Pour moi un excellent ouvrage.
La malle aux images propose des titres qui s'orientent vers le domaine de l'enfance.
Comme les ouvrages ne sont pas toujours produits par des "spécialistes" de la littérature jeunesse cela donne des ouvrages originaux et intéressants.
J'ai vraiment eu un coup de coeur pour "L'Empire des Hauts Murs" de Simon Hureau. J'affectionne particulièrement le graphisme de Hureau. Son trait fin, précis et souple fait vivre ses héros de façon très convaincante.
Mais surtout Hureau soigne ses décors et ses extérieurs. Il n'est jamais meilleur qu'au milieu de vieilles pierres envahies par les ronces et peuplées d'araignées monstrueuses. (j'aime les araignées !!).
C'est le cas dans cette bâtisse aux mille fenêtres où Matteo et son frère Didi vont découvrir l'Aventure à la rencontre de cette bande de joyeux gamins menés par la Princesse pirate. Aventure pleine d'un courage de 12 ans pour se découvrir et découvrir l'autre.
Un Autre présent mais aussi un Autre absent mais qui peuple toutes ces salles abandonnées. Que de costumes, de livres, de jeux, de fêtes, de chats à découvrir, inventer et vivre.
Simon Hureau nous montre que les concepteurs de jeux vidéo n'ont rien inventé en capturant les enfants dans des jeux labyrinthes. Sauf que dans ces derniers, il manque cette intensité vécue et cette poésie du moment unique d'une nuit étoilée sur un toit, les uns à côté des autres et que l'on voudrait partager avec tous les enfants du monde.
Une très belle lecture poétique où Simon Hureau nous invite à prendre soin du monde de l'enfance et du monde de l'histoire. Car les bulldozers des promoteurs ne sont pas si différents de ceux de Daesh quand ils détruisent ce qui fait notre âme.
Je n'aime pas tellement ce titre de série, c'est trompeur, les auteurs auraient pu trouver un autre nom pour leur héros, Félix Sauvage franchement... enfin passons.
Le décor est celui du Mexique et l'époque est celle du début des années 1860 où la France appuyée par l'Espagne et l'Angleterre, profitent de la guerre de Sécession qui déchire le puissant voisin américain pour intervenir militairement au Mexique ; Napoléon III souhaitait au départ établir un empire qui contrebalancerait le pouvoir grandissant des Américains. Après des négociations, l'Espagne et l'Angleterre se retirent laissant seule la France qui continue cette implantation mexicaine ; on sait que cette intervention française au Mexique sera mal vue des Etats-Unis, c'est une période qui a été abordée dans d'autres Bd western, notamment dans Blueberry et Mac Coy, et aussi un peu au cinéma, le film le plus célèbre étant Vera Cruz en 1954.
C'est pas une période qui me passionne en western, mais ici, l'aspect politique a été laissé de côté au profit de l'aventure et d'une vengeance, ce qui donne un premier tome d'exposition efficace et accrocheur qui dans son objectif de bien introduire le sujet, veut un peu trop en faire (rythme rapide, pose de nombreux personnages, dialogues abondants, explications multiples). Passé ce premier tome introductif, l'aventure est lancée dès le tome suivant, le héros se retrouve mêlé malgré lui à un écheveau d'intrigues sur fond de guerre au Mexique, au sein de péripéties contées sur un ton romanesque dans un environnement militaire violent et pittoresque.
Les auteurs brassent plusieurs thématiques où s'entremêlent espionnage, Histoire, action, western et romance dans une intrigue tortueuse, comme si Yann avait envie de compliquer à foison cette histoire ; d'un autre côté, on sent que son récit est documenté, mais comme Charlier dans Blueberry, Yann surcharge ses dialogues qui parfois n'aident pas à la compréhension. La conclusion du premier cycle prépare en même temps la suite à venir, tout en offrant beaucoup d'action, mais le reproche qu'on peut faire à cette Bd, c'est d'être un peu trop touffue, il faut bien s'immerger dedans si on veut avoir une vision globale du contexte. Le fond historique est important, mais Yann fait en sorte qu'il ne déborde pas trop sur le reste en encombrant tel ou tel élément.
Le nouveau cycle m'a un peu moins intéressé car il place le héros au centre d'un environnement plus historique alors que le premier cycle était de la pure aventure ; le personnage a également changé et se révèle cruel, j'ai moins apprécié ce revirement, de plus à la fin on sent nettement que ça peut repartir encore sur d'autres bases. J'ai néanmoins apprécié les clins d'oeil à Blueberry qui sont sympathiques.
Au final, j'ai bien aimé cette bande, c'est dense et prenant, c'est un western au ton picaresque sur fond historique, épisode peu abordé en BD car peu reluisant pour la France. Mais je crois que je n'aurais pas pris le même plaisir s'il n'y avait eu le dessin de Meynet, auteur dont j'adore le style graphique, bien net, bien clair et au trait fougueux, il réussit une mise en images magnifique avec des contrastes de couleurs et des scènes spectaculaires ; c'est un dessin coloré, lumineux, chaleureux, très réaliste, et avec des femmes toujours très sexy, même si elles ont parfois tendance à se ressembler, et ses personnages ont des caractères bien affirmés. Tout ceci rend cette lecture très plaisante et très agréable.
Les Cent Nuits de Héro modernise le conte tout en en gardant l'essence. Un "Mille et une nuits" nouvelle formule.
Je découvre Isabel Greenberg et je ne suis pas déçu. Elle a énormément de talent.
Cherry est l'épouse de Jérôme mais celui-ci la délaisse et c'est ainsi qu'elle a pu conserver sa virginité. Héro est bien plus que sa servante, elle est son amante, elles s'aiment d'un amour véritable.
Suite à un pari, son mari va laisser son épouse en compagnie de Manfred pendant 100 jours et il va tenter de la séduire pour la déflorer, quitte à la prendre de force. C'est là que le talent de conteuse d'Héro intervient.
La narration est la qualité première de ce comics, elle est maîtrisée avec une petite touche d'humour et des dialogues savoureux. J'adore tous ces petits astérisques qui interpellent directement le lecteur.
L'amour est le thème central du récit, il sera cuisiné à toutes les sauces, de la aigre-douce à la piquante.
Un récit qui mettra à mal la religion et son obscurantisme, ainsi que la misogynie des hommes, enfin de certains hommes.
Un récit pour ne pas oublier les progrès réalisés pour les droits des femmes et que rien n'est jamais acquis. Toujours à devoir se battre, et c'est bien là le problème.
Le dessin dans un style "caricatural" au trait charbonneux me plaît beaucoup. Il ressemble par certains aspects à ceux du moyen âge.
La colorisation austère accentue l'atmosphère pesante qui plane le long du récit.
Une merveille !
Un gros coup de cœur.
Avec en toile de fond, la colonisation de l’Algérie puis la guerre d’indépendance, Jacques Ferrandez nous offre une saga familiale et historique de grande qualité. Cette série est composée de deux cycles : le premier est consacré à l’installation des premiers colons, au développement de la communauté française et à l’exploitation du pays. Le second continue l’histoire avec la guerre d’Algérie. Prenant le temps de déconstruire un certain nombre d’idées reçues ou de visions simplistes sur le sujet, Ferrandez nous embarque dans les pas d’un jeune peintre, Joseph Constant, qui débarque à Alger en 1836, puis nous raconte avec une grande humanité comment les premiers colons arrivent sur cette terre à la nature hostile. Qui sont ces gens ? Pourquoi se lancent-ils dans une aventure de laquelle ils ne savent quasiment rien ?
Au fil des albums, on suit le parcours de personnages, de générations en générations, sans rien manquer des événements qui ponctuent l’histoire de l’Algérie, sans négliger la montée des tensions entre les communautés, tensions qui viennent de loin et qui ont commencé bien avant la guerre. Déjouant les pièges habituels du sujet, Ferrandez évite le côté caricatural (les bons d’un côté et les méchants de l’autre), et s’abstient de porter des jugements. Une vision réaliste à hauteur d’homme qui permet à l’auteur d’aborder des questions historiques complexes. De ce point de vue, c’est une réussite.
Pour le dessin : ambiances algériennes et immersion du lecteur, en particulier dans le premier tome que je trouve vraiment très beau – Ferrandez est un maître en la matière. L’idée d’avoir traité certaines pages sous forme de carnet de croquis ou de revue de presse rend l’histoire vivante. On a l’impression d’en être les contemporains. Le dessin est magnifique, les paysages écrasés de chaleur et les villes bien dans le jus de l’époque. Le contraste entre les quartiers transformés par les Européens et l’habitat traditionnel des Algériens, entre les niveaux de vie des colons et celui des colonisés, entre les traditions si éloignées les unes des autres laisse penser que la cohabitation ne pourra pas durer. Jacques Ferrandez nous implique dans cette montée des tensions, semant par-ci, par-là des indices qui nous mettent en alerte. Le second cycle consacré à la guerre est plus dur, plus souvent traité en film ou en BD. On y reconnaît l’utilisation d’image d’archives bien connues et là encore, le piège d’en faire un documentaire est évité, le montage des pages étant rendu dynamique par les textes et dessins hors cases. Bref, une série majeure sur cette période de l’histoire, réussie grâce au talent de dessinateur de Jacques Ferrandez et à sa très fine connaissance du sujet. A lire, sans hésiter !
La réouverture de ma petite médiathèque communale m'a permis de rattraper cette Bd que je voulais lire, les autres bibli où je me rend ne la possédant pas, me voila donc ravi de retomber sur ces aventures captivantes.
Après Kenya et Namibia (et Scotland que j'ai commencé à lire avant), ce 3ème cycle des aventures de Kathy Austin emmène la charmante agent du MI6 au Brésil pour un cocktail toujours aussi passionnant d'aventure exotique, d'espionnage et de fantastique dans cette immédiate après-guerre, je suis ravi de retrouver Kathy dans une enquête et une quête entrant en rivalité avec un groupe d'anciens nazis qui recherchent un trésor afin de gagner l'Argentine comme l'ont fait beaucoup d'anciens nazis.
C'est un récit très classique dans la forme et le fond, il est savamment développé par ce duo de 2 roublards scénaristes que sont Léo et Rodolphe, ayant acquis une expérience sur leurs cycles précédents. Ce développement adopte un rythme qui prend son temps comme sur les autres cycles, avec plusieurs arcs narratifs, du mystère et des péripéties, il s'agit de bien meubler 5 albums. Au dessin, encore une fois, Bertrand Marchal fait du Léo par son trait fin et réaliste, plus souple, un peu moins policé par endroits, mais toujours séduisant, et il réussit quelques belles images de jungle, car l'action y a lieu à 80%.
Au fil de la narration, la part de surnaturel devient de plus en plus intrigante grâce à la créature étrange qui vit chez les Indiens d'Amazonie. Léo et Rodolphe utilisent exactement les mêmes ingrédients et les mêmes effets que sur leurs précédentes Bd, ce qui constitue évidemment un manque évident de surprise, mais malgré ce petit handicap, on est happé immédiatement par cette histoire qui au fil des albums se complique par une intrigue secondaire qui se déroule 2 ans avant l'intrigue principale, dans les Carpates en Roumanie ; sur le moment, on ne voit pas bien le rapport. Pendant ces 5 albums, les 2 scénaristes alternent révélations et brouillage de pistes entre les 2 intrigues avant qu'un troisième arc narratif à propos de la créature à l'hypertrophie crânienne et aux pouvoirs de guérison, se mette en place en 1943, au moment où elle se retrouve aux mains des nazis. A ce niveau là, on commence à avoir une petite idée du fin mot de l'histoire, mais la conclusion est à la hauteur de l'attente entretenue ; les auteurs bouclent tous les arcs narratifs de cette intrigue à tiroirs de façon cohérente et habile.
Au final, malgré de petites erreurs de continuité, et une expédition dans la jungle un peu longuette, c'est une aventure bien carrée, bien exploitée, vaguement fantastique, avec une héroïne courageuse et sympathique, et qui étrangement ne sera vue qu'une seule fois à poil, dans sa douche, c'est très inhabituel, mais l'aspect très aventureux et très compact du récit ne devait pas permettre aux auteurs de trop s'égarer. Pour moi, le plaisir de lecture est donc pleinement satisfait.
Je ne suis pas amateur de Jazz et ce style graphique très hachuré m'effraye un peu mais j'ai été très séduit par cet album de Renaud Dillies.
Si le fond est assez convenu la forme qui le soutient est franchement très bonne. Un artiste maudit, une lutte entre l'argent et l'art, l'amour ou la nature, ce sont des thèmes universels déjà souvent exploités.
La modernité et la créativité tient dans le graphisme original de l'auteur. Les couleurs d'Anne-Claire Jouvray réussissent à remplacer les notes de musique de la trompette de Rice pour nous envouter dans cette atmosphère sombre et poisseuse.
Betty expérimentera à ses dépens et à celui qu'elle aime que l'argent en soi n'est qu'une illusion qui vous coupe de la vie qui compte. La chute n'en est que plus brutale pour nos héros et pour le lecteur.
Une très bonne lecture. Les chants les plus beaux...
Merci encore aux aviseurs pour attirer notre regard sur ce duo d'auteurs avec leur avis enthousiaste. Bien content de le découvrir à travers cette histoire qui m'a complètement emporté, alors que l'intrigue me laissait une légère appréhension. Et au final, je confirme également que c'est prenant, aussi bien léger que très sérieux, intelligent. Et puis évidemment, le dessin est tout simplement magnifique.
J'aime beaucoup les scènes avec les oiseaux. J'veux commencer par là, parce-que j'adore les piafs. Donc déjà j'suis content. Et puis graphiquement, tout est réuni pour magnifier leurs mouvements et couleur. Et enfin, les auteurs leur donnent un rôle essentiel. Observateurs, capables d'échanger entre eux devant ce spectacle humain, où vous pensez bien que le jugement, ou plus précisément la consternation, va à l'encontre des européens plutôt que des amérindiens. Ils se font porte-paroles de la Nature endémique du Pérou, et c'est l'approche que j'ai trouvé la plus poétique du récit. Et puisque nous suivons essentiellement de grands scientifiques renommés de l'époque des Lumières, cette mise en scène permet de renverser l'idée reçue de l'époque : on comprend que l'intelligence rationnelle n'est pas synonyme de sagesse, et que la sagesse du Pérou n'est pas consultée, sauf par un des scientifiques.
Cette histoire pour moi sert aussi à raconter les prémices de la machine infernale de l'acculturation et de l'extinction des civilisations. Il y a eu les conquérants soldats par le passé (ici l'Espagne), mais les scientifiques-explorateurs auraient aussi, bon gré mal gré, imposés leur vision des choses sur l'environnement découvert. Ils se sont intéressés à toute chose mais sans jamais positionner l'homme autochtone au même niveau qu'eux et sans jamais se "mettre à la place de". Ont-ils tous été comme ça ? Bien sûr que non semble-t-on lire. De Jussieu en est la parfaite représentation. Il n'y a donc pas cette vision simpliste du "méchant européen" ayant tout détruit sur son passage.
Et puis, au fond, je n'ai pas vraiment détesté ne serait-ce qu'un des personnages. Leur dualité m'en empêche je crois. En effet, le point de vue donné nous rappelle qu'ils sont aussi de grands découvreurs ayant permis de créer ce Progrès permettant de mieux comprendre notre existence. Et puis même, leur personnalité ne nous permet de les rejeter en bloc parce-que grâce au scénariste, leur évolution psychologique est vraiment intéressante et la relation qu'ils alimentent entre eux également. Ils viennent tous pour une même mission à remplir, et c'est captivant de suivre les voies différentes que chacun finit par prendre. Donc du point de vue purement fictif, j'étais complètement pris dans les péripéties.
Je ne connaissais rien des faits historiques. Les auteurs semblent avoir super bien exploité leurs travaux de documentation pour en venir à créer cette fiction, car elle permet de dégager beaucoup de questionnements existentiels avec une simplicité folle. C'est à la fois facile à suivre, on peut la lire comme une histoire purement fictive, mais on peut très bien s'interroger sur des sujets profonds.
Et que dire de l'univers graphique, qui ne fait pas que nous replonger dans ce monde sauvage, où la végétation dominait encore tout. L'allégorie des oiseaux caractérise le ton poétique en partie, mais c'est bien sûr le dessin qui nous emmène dans cet environnement merveilleux, aux couleurs chatoyantes et complexes. Toute cette technique et ce travail de la matière, c'est unique de voir un truc pareil. Vraiment magnifique! On en prend plein les mirettes, on peut profiter du style fabuleux en plus de la poésie. Et même si vous feuilletez, vous remarquerez bien l'homogénéité de l'ensemble parce-que tout a été pensé: la typographie, la place du texte dans l'espace, la transparence des bulles par exemple...
Une BD accessible et très agréable, qui sait aussi tirer son épingle du jeu pour l'immersion qu'elle nous procure et les questions ou idées qu'elles dégagent chez le lecteur. J'aimerais bien lire d'autres BD comme ça. Ne manquez pas cette lecture, vraiment.
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Visuellement c'est magnifique, c'est du grand art chaque case mérite qu'on arrête la lecture pour savourer toutes ses qualités. La couleur complète le dessin en créant une ambiance et une atmosphère digne cette aventure complètement folle. Pour résumer, Briac est un dessinateur avec un style particulier et un talent remarquable. Je ne le connaissais pas et c'est une belle découverte, un artiste qui mérite que l'on connaisse son œuvre. L'histoire nous emmène au cœur de la recherche scientifique en 1735, leur objectif est de déterminer la rotondité de la terre. Nous assistons avec l'une des équipes envoyées en Amazonie à une expédition dantesque qui va durer 10 années. Nous sommes plongés dans une période où l’exploitation des peuples indigènes est la règle, l'esclavage est ancré et est vécu comme une évidence avec comme conséquence des rapports humains parfois très violents. L'équipe est composée de personnages pour certains totalement investis dans leurs missions et d'autres qui tirent profit personnellement de cette expédition, c'est une vision sans concession des hommes dans une aventure où l'auteur n'hésite pas à montrer la suffisance des Européens face aux peuples indigènes. Une pointe d'humour réussie avec les commentaires des perroquets sur le comportement de ces hommes qui veulent tout s'approprier. Un vrai régal pour les yeux et l'histoire n'est pas en reste.
Carpets' Bazaar
Si l’on regarde attentivement chacune des planches réalisées par François Mutterer, le dessinateur, on s’aperçoit qu’elles relèvent très souvent de la décoration d’intérieur, avec en sus un travail sur l’architecture, très géométrique (de certains décors bien sûr, mais aussi des cases elles-mêmes). Formellement – et visuellement, c’est très riche et varié, avec des mises en abimes, de l’itération iconique, des motifs répétés et à peine modifiés. Ce qui n’empêche pas un superbe coup de crayon ! Mutterer donne à certains de ses dessins des allures de gravures du XIXème, très détaillées, usant d’un Noir et Blanc méticuleux. Cette très grande variation graphique joue sur le déroulement de l’histoire. D’autant plus que les quelques protagonistes n’apparaissent presque jamais, ou alors seules certaines parties de leur corps (les deux personnages principaux n’étant d’ailleurs nommés que comme « Héros » et « Héroïne » dans les textes en off qui accompagnent certaines cases). Plus généralement, il n’y a jamais de visage à proprement parler : lorsque les personnages sont représentés en entier, c’est de dos, et dans les premières planches, des sortes de photomatons floutés remplissent les pages de visages indéchiffrables, dont on ne sait s’ils représentent le public des bars ou une quelconque allégorie. Vous l’avez compris, cet album est un peu un ovni, très original visuellement, un peu expérimental, avec des planches parfois remplies de cartes, d’extraits d’annuaires, de reproduction de documents divers, et puis de longs travellings urbains, des paysages lointains vides mais beaux, etc. Mais ce n’est pas une illustration vaine et/ou froide, bien au contraire. Certains passages sont même très érotiques, par simple évocation : Mutterer arrive à faire passer une très grande sensualité avec une économie de moyens. L’histoire de Martine Van elle-même joue aussi sur l’érotisme, autour d’une peuplade imaginaire et lointaine, les Arouchaks, sensés être devenus des spécialistes du genre (des cartes imaginaires, un article d’un scientifique singeant le nom de Dumézil tentent d’ancrer dans le réel cette peuplade). Mais c’est quand même avant tout une histoire d’ambiance, qui voile d’une ombre de mystère et de décors étonnant une histoire d’amour, la rencontre de deux êtres, héros et héroïne, cherchant à exprimer et à satisfaire leur désir. C’est en tout cas un album à réserver à des lecteurs curieux (l’imagination y est sacrément sollicitée) et un peu cérébraux. Des lecteurs qui auraient la chance de tomber dessus, sa rencontre n’étant pas courante. Il faut en tout cas passer outre l’aspect austère du dessin !
Mickey Mouse - Café Zombo
Après cette excellente et agréable lecture, je vais me méfier de ma surconsommation de café qui m'aide à écrire des avis. Regis Loisel rêvait de produire une oeuvre avec Mickey. Les éditions Glénat lui en ont procuré l'opportunité. Pas si facile tant l'image et le personnage mythique de Mickey en impose à tout artiste aussi talentueux soit-il. Impossible de faire faire n'importe quoi à notre souris. Regis Loisel s'en tire admirablement bien à mon avis. Notre Mickey répond à tous les codes imposés, défenseur du bien et des victimes, courageux, galant avec sa Minnie et bon compagnon avec ses amis. Loisel revient aux sources dans une Amérique des années 30 en pleine récession. Mickey se veut le symbole du non-découragement. Mieux, Loisel met en valeur cette aptitude d'exemplarité à ne pas subir les événements contraires et à ne pas tomber dans la tentation du Mal malgré un environnement hostile. "Résister, résister" dit-il à lui-même et à Horace son fidèle ami. Car dans ces années 30 il y avait bien des cafés zombos sur le marché des idées pour vous décérébrer. Aujourd'hui encore, résister à Ronald et sa malbouffe ou à une déforestation incontrôlée qui ne vise que le profit à court terme. Le scénario de Loisel est excellent, équilibrant les forces. Pat et Chicaneau sont des adversaires féroces qui rendent coup pour coup et seule l'intervention des femmes fera pencher la balance du bon côté. J'ai trouvé le graphisme excellent aussi. Des extérieurs aux mille détails, des personnages rapides, expressifs et à la personnalité bien affirmée. De plus j'aime beaucoup les couleurs. Pour moi un excellent ouvrage.
L'Empire des hauts murs
La malle aux images propose des titres qui s'orientent vers le domaine de l'enfance. Comme les ouvrages ne sont pas toujours produits par des "spécialistes" de la littérature jeunesse cela donne des ouvrages originaux et intéressants. J'ai vraiment eu un coup de coeur pour "L'Empire des Hauts Murs" de Simon Hureau. J'affectionne particulièrement le graphisme de Hureau. Son trait fin, précis et souple fait vivre ses héros de façon très convaincante. Mais surtout Hureau soigne ses décors et ses extérieurs. Il n'est jamais meilleur qu'au milieu de vieilles pierres envahies par les ronces et peuplées d'araignées monstrueuses. (j'aime les araignées !!). C'est le cas dans cette bâtisse aux mille fenêtres où Matteo et son frère Didi vont découvrir l'Aventure à la rencontre de cette bande de joyeux gamins menés par la Princesse pirate. Aventure pleine d'un courage de 12 ans pour se découvrir et découvrir l'autre. Un Autre présent mais aussi un Autre absent mais qui peuple toutes ces salles abandonnées. Que de costumes, de livres, de jeux, de fêtes, de chats à découvrir, inventer et vivre. Simon Hureau nous montre que les concepteurs de jeux vidéo n'ont rien inventé en capturant les enfants dans des jeux labyrinthes. Sauf que dans ces derniers, il manque cette intensité vécue et cette poésie du moment unique d'une nuit étoilée sur un toit, les uns à côté des autres et que l'on voudrait partager avec tous les enfants du monde. Une très belle lecture poétique où Simon Hureau nous invite à prendre soin du monde de l'enfance et du monde de l'histoire. Car les bulldozers des promoteurs ne sont pas si différents de ceux de Daesh quand ils détruisent ce qui fait notre âme.
Sauvage
Je n'aime pas tellement ce titre de série, c'est trompeur, les auteurs auraient pu trouver un autre nom pour leur héros, Félix Sauvage franchement... enfin passons. Le décor est celui du Mexique et l'époque est celle du début des années 1860 où la France appuyée par l'Espagne et l'Angleterre, profitent de la guerre de Sécession qui déchire le puissant voisin américain pour intervenir militairement au Mexique ; Napoléon III souhaitait au départ établir un empire qui contrebalancerait le pouvoir grandissant des Américains. Après des négociations, l'Espagne et l'Angleterre se retirent laissant seule la France qui continue cette implantation mexicaine ; on sait que cette intervention française au Mexique sera mal vue des Etats-Unis, c'est une période qui a été abordée dans d'autres Bd western, notamment dans Blueberry et Mac Coy, et aussi un peu au cinéma, le film le plus célèbre étant Vera Cruz en 1954. C'est pas une période qui me passionne en western, mais ici, l'aspect politique a été laissé de côté au profit de l'aventure et d'une vengeance, ce qui donne un premier tome d'exposition efficace et accrocheur qui dans son objectif de bien introduire le sujet, veut un peu trop en faire (rythme rapide, pose de nombreux personnages, dialogues abondants, explications multiples). Passé ce premier tome introductif, l'aventure est lancée dès le tome suivant, le héros se retrouve mêlé malgré lui à un écheveau d'intrigues sur fond de guerre au Mexique, au sein de péripéties contées sur un ton romanesque dans un environnement militaire violent et pittoresque. Les auteurs brassent plusieurs thématiques où s'entremêlent espionnage, Histoire, action, western et romance dans une intrigue tortueuse, comme si Yann avait envie de compliquer à foison cette histoire ; d'un autre côté, on sent que son récit est documenté, mais comme Charlier dans Blueberry, Yann surcharge ses dialogues qui parfois n'aident pas à la compréhension. La conclusion du premier cycle prépare en même temps la suite à venir, tout en offrant beaucoup d'action, mais le reproche qu'on peut faire à cette Bd, c'est d'être un peu trop touffue, il faut bien s'immerger dedans si on veut avoir une vision globale du contexte. Le fond historique est important, mais Yann fait en sorte qu'il ne déborde pas trop sur le reste en encombrant tel ou tel élément. Le nouveau cycle m'a un peu moins intéressé car il place le héros au centre d'un environnement plus historique alors que le premier cycle était de la pure aventure ; le personnage a également changé et se révèle cruel, j'ai moins apprécié ce revirement, de plus à la fin on sent nettement que ça peut repartir encore sur d'autres bases. J'ai néanmoins apprécié les clins d'oeil à Blueberry qui sont sympathiques. Au final, j'ai bien aimé cette bande, c'est dense et prenant, c'est un western au ton picaresque sur fond historique, épisode peu abordé en BD car peu reluisant pour la France. Mais je crois que je n'aurais pas pris le même plaisir s'il n'y avait eu le dessin de Meynet, auteur dont j'adore le style graphique, bien net, bien clair et au trait fougueux, il réussit une mise en images magnifique avec des contrastes de couleurs et des scènes spectaculaires ; c'est un dessin coloré, lumineux, chaleureux, très réaliste, et avec des femmes toujours très sexy, même si elles ont parfois tendance à se ressembler, et ses personnages ont des caractères bien affirmés. Tout ceci rend cette lecture très plaisante et très agréable.
Les Cent Nuits de Héro
Les Cent Nuits de Héro modernise le conte tout en en gardant l'essence. Un "Mille et une nuits" nouvelle formule. Je découvre Isabel Greenberg et je ne suis pas déçu. Elle a énormément de talent. Cherry est l'épouse de Jérôme mais celui-ci la délaisse et c'est ainsi qu'elle a pu conserver sa virginité. Héro est bien plus que sa servante, elle est son amante, elles s'aiment d'un amour véritable. Suite à un pari, son mari va laisser son épouse en compagnie de Manfred pendant 100 jours et il va tenter de la séduire pour la déflorer, quitte à la prendre de force. C'est là que le talent de conteuse d'Héro intervient. La narration est la qualité première de ce comics, elle est maîtrisée avec une petite touche d'humour et des dialogues savoureux. J'adore tous ces petits astérisques qui interpellent directement le lecteur. L'amour est le thème central du récit, il sera cuisiné à toutes les sauces, de la aigre-douce à la piquante. Un récit qui mettra à mal la religion et son obscurantisme, ainsi que la misogynie des hommes, enfin de certains hommes. Un récit pour ne pas oublier les progrès réalisés pour les droits des femmes et que rien n'est jamais acquis. Toujours à devoir se battre, et c'est bien là le problème. Le dessin dans un style "caricatural" au trait charbonneux me plaît beaucoup. Il ressemble par certains aspects à ceux du moyen âge. La colorisation austère accentue l'atmosphère pesante qui plane le long du récit. Une merveille ! Un gros coup de cœur.
Carnets d'Orient
Avec en toile de fond, la colonisation de l’Algérie puis la guerre d’indépendance, Jacques Ferrandez nous offre une saga familiale et historique de grande qualité. Cette série est composée de deux cycles : le premier est consacré à l’installation des premiers colons, au développement de la communauté française et à l’exploitation du pays. Le second continue l’histoire avec la guerre d’Algérie. Prenant le temps de déconstruire un certain nombre d’idées reçues ou de visions simplistes sur le sujet, Ferrandez nous embarque dans les pas d’un jeune peintre, Joseph Constant, qui débarque à Alger en 1836, puis nous raconte avec une grande humanité comment les premiers colons arrivent sur cette terre à la nature hostile. Qui sont ces gens ? Pourquoi se lancent-ils dans une aventure de laquelle ils ne savent quasiment rien ? Au fil des albums, on suit le parcours de personnages, de générations en générations, sans rien manquer des événements qui ponctuent l’histoire de l’Algérie, sans négliger la montée des tensions entre les communautés, tensions qui viennent de loin et qui ont commencé bien avant la guerre. Déjouant les pièges habituels du sujet, Ferrandez évite le côté caricatural (les bons d’un côté et les méchants de l’autre), et s’abstient de porter des jugements. Une vision réaliste à hauteur d’homme qui permet à l’auteur d’aborder des questions historiques complexes. De ce point de vue, c’est une réussite. Pour le dessin : ambiances algériennes et immersion du lecteur, en particulier dans le premier tome que je trouve vraiment très beau – Ferrandez est un maître en la matière. L’idée d’avoir traité certaines pages sous forme de carnet de croquis ou de revue de presse rend l’histoire vivante. On a l’impression d’en être les contemporains. Le dessin est magnifique, les paysages écrasés de chaleur et les villes bien dans le jus de l’époque. Le contraste entre les quartiers transformés par les Européens et l’habitat traditionnel des Algériens, entre les niveaux de vie des colons et celui des colonisés, entre les traditions si éloignées les unes des autres laisse penser que la cohabitation ne pourra pas durer. Jacques Ferrandez nous implique dans cette montée des tensions, semant par-ci, par-là des indices qui nous mettent en alerte. Le second cycle consacré à la guerre est plus dur, plus souvent traité en film ou en BD. On y reconnaît l’utilisation d’image d’archives bien connues et là encore, le piège d’en faire un documentaire est évité, le montage des pages étant rendu dynamique par les textes et dessins hors cases. Bref, une série majeure sur cette période de l’histoire, réussie grâce au talent de dessinateur de Jacques Ferrandez et à sa très fine connaissance du sujet. A lire, sans hésiter !
Amazonie
La réouverture de ma petite médiathèque communale m'a permis de rattraper cette Bd que je voulais lire, les autres bibli où je me rend ne la possédant pas, me voila donc ravi de retomber sur ces aventures captivantes. Après Kenya et Namibia (et Scotland que j'ai commencé à lire avant), ce 3ème cycle des aventures de Kathy Austin emmène la charmante agent du MI6 au Brésil pour un cocktail toujours aussi passionnant d'aventure exotique, d'espionnage et de fantastique dans cette immédiate après-guerre, je suis ravi de retrouver Kathy dans une enquête et une quête entrant en rivalité avec un groupe d'anciens nazis qui recherchent un trésor afin de gagner l'Argentine comme l'ont fait beaucoup d'anciens nazis. C'est un récit très classique dans la forme et le fond, il est savamment développé par ce duo de 2 roublards scénaristes que sont Léo et Rodolphe, ayant acquis une expérience sur leurs cycles précédents. Ce développement adopte un rythme qui prend son temps comme sur les autres cycles, avec plusieurs arcs narratifs, du mystère et des péripéties, il s'agit de bien meubler 5 albums. Au dessin, encore une fois, Bertrand Marchal fait du Léo par son trait fin et réaliste, plus souple, un peu moins policé par endroits, mais toujours séduisant, et il réussit quelques belles images de jungle, car l'action y a lieu à 80%. Au fil de la narration, la part de surnaturel devient de plus en plus intrigante grâce à la créature étrange qui vit chez les Indiens d'Amazonie. Léo et Rodolphe utilisent exactement les mêmes ingrédients et les mêmes effets que sur leurs précédentes Bd, ce qui constitue évidemment un manque évident de surprise, mais malgré ce petit handicap, on est happé immédiatement par cette histoire qui au fil des albums se complique par une intrigue secondaire qui se déroule 2 ans avant l'intrigue principale, dans les Carpates en Roumanie ; sur le moment, on ne voit pas bien le rapport. Pendant ces 5 albums, les 2 scénaristes alternent révélations et brouillage de pistes entre les 2 intrigues avant qu'un troisième arc narratif à propos de la créature à l'hypertrophie crânienne et aux pouvoirs de guérison, se mette en place en 1943, au moment où elle se retrouve aux mains des nazis. A ce niveau là, on commence à avoir une petite idée du fin mot de l'histoire, mais la conclusion est à la hauteur de l'attente entretenue ; les auteurs bouclent tous les arcs narratifs de cette intrigue à tiroirs de façon cohérente et habile. Au final, malgré de petites erreurs de continuité, et une expédition dans la jungle un peu longuette, c'est une aventure bien carrée, bien exploitée, vaguement fantastique, avec une héroïne courageuse et sympathique, et qui étrangement ne sera vue qu'une seule fois à poil, dans sa douche, c'est très inhabituel, mais l'aspect très aventureux et très compact du récit ne devait pas permettre aux auteurs de trop s'égarer. Pour moi, le plaisir de lecture est donc pleinement satisfait.
Betty Blues
Je ne suis pas amateur de Jazz et ce style graphique très hachuré m'effraye un peu mais j'ai été très séduit par cet album de Renaud Dillies. Si le fond est assez convenu la forme qui le soutient est franchement très bonne. Un artiste maudit, une lutte entre l'argent et l'art, l'amour ou la nature, ce sont des thèmes universels déjà souvent exploités. La modernité et la créativité tient dans le graphisme original de l'auteur. Les couleurs d'Anne-Claire Jouvray réussissent à remplacer les notes de musique de la trompette de Rice pour nous envouter dans cette atmosphère sombre et poisseuse. Betty expérimentera à ses dépens et à celui qu'elle aime que l'argent en soi n'est qu'une illusion qui vous coupe de la vie qui compte. La chute n'en est que plus brutale pour nos héros et pour le lecteur. Une très bonne lecture. Les chants les plus beaux...
Méridien
Merci encore aux aviseurs pour attirer notre regard sur ce duo d'auteurs avec leur avis enthousiaste. Bien content de le découvrir à travers cette histoire qui m'a complètement emporté, alors que l'intrigue me laissait une légère appréhension. Et au final, je confirme également que c'est prenant, aussi bien léger que très sérieux, intelligent. Et puis évidemment, le dessin est tout simplement magnifique. J'aime beaucoup les scènes avec les oiseaux. J'veux commencer par là, parce-que j'adore les piafs. Donc déjà j'suis content. Et puis graphiquement, tout est réuni pour magnifier leurs mouvements et couleur. Et enfin, les auteurs leur donnent un rôle essentiel. Observateurs, capables d'échanger entre eux devant ce spectacle humain, où vous pensez bien que le jugement, ou plus précisément la consternation, va à l'encontre des européens plutôt que des amérindiens. Ils se font porte-paroles de la Nature endémique du Pérou, et c'est l'approche que j'ai trouvé la plus poétique du récit. Et puisque nous suivons essentiellement de grands scientifiques renommés de l'époque des Lumières, cette mise en scène permet de renverser l'idée reçue de l'époque : on comprend que l'intelligence rationnelle n'est pas synonyme de sagesse, et que la sagesse du Pérou n'est pas consultée, sauf par un des scientifiques. Cette histoire pour moi sert aussi à raconter les prémices de la machine infernale de l'acculturation et de l'extinction des civilisations. Il y a eu les conquérants soldats par le passé (ici l'Espagne), mais les scientifiques-explorateurs auraient aussi, bon gré mal gré, imposés leur vision des choses sur l'environnement découvert. Ils se sont intéressés à toute chose mais sans jamais positionner l'homme autochtone au même niveau qu'eux et sans jamais se "mettre à la place de". Ont-ils tous été comme ça ? Bien sûr que non semble-t-on lire. De Jussieu en est la parfaite représentation. Il n'y a donc pas cette vision simpliste du "méchant européen" ayant tout détruit sur son passage. Et puis, au fond, je n'ai pas vraiment détesté ne serait-ce qu'un des personnages. Leur dualité m'en empêche je crois. En effet, le point de vue donné nous rappelle qu'ils sont aussi de grands découvreurs ayant permis de créer ce Progrès permettant de mieux comprendre notre existence. Et puis même, leur personnalité ne nous permet de les rejeter en bloc parce-que grâce au scénariste, leur évolution psychologique est vraiment intéressante et la relation qu'ils alimentent entre eux également. Ils viennent tous pour une même mission à remplir, et c'est captivant de suivre les voies différentes que chacun finit par prendre. Donc du point de vue purement fictif, j'étais complètement pris dans les péripéties. Je ne connaissais rien des faits historiques. Les auteurs semblent avoir super bien exploité leurs travaux de documentation pour en venir à créer cette fiction, car elle permet de dégager beaucoup de questionnements existentiels avec une simplicité folle. C'est à la fois facile à suivre, on peut la lire comme une histoire purement fictive, mais on peut très bien s'interroger sur des sujets profonds. Et que dire de l'univers graphique, qui ne fait pas que nous replonger dans ce monde sauvage, où la végétation dominait encore tout. L'allégorie des oiseaux caractérise le ton poétique en partie, mais c'est bien sûr le dessin qui nous emmène dans cet environnement merveilleux, aux couleurs chatoyantes et complexes. Toute cette technique et ce travail de la matière, c'est unique de voir un truc pareil. Vraiment magnifique! On en prend plein les mirettes, on peut profiter du style fabuleux en plus de la poésie. Et même si vous feuilletez, vous remarquerez bien l'homogénéité de l'ensemble parce-que tout a été pensé: la typographie, la place du texte dans l'espace, la transparence des bulles par exemple... Une BD accessible et très agréable, qui sait aussi tirer son épingle du jeu pour l'immersion qu'elle nous procure et les questions ou idées qu'elles dégagent chez le lecteur. J'aimerais bien lire d'autres BD comme ça. Ne manquez pas cette lecture, vraiment.