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Carpets' Bazaar

Note: 3/5
(3/5 pour 1 avis)

Quête amoureuse étrange.


Un matin, je décide de jouer au nabab en prétendant m'acheter un tapis. J'échoue... dans la caverne d'Ali Baba et je demande à voir les plus chers, les plus anciens, les plus beaux des tapétions. Ah !... Le claquement mat des tapis, jetés à terre, et s'ouvrant au regard ! J'étais malade de ne rien acheter. J'avise subitement, sur une planche, un paquet de vieux rouleaux... - que veux-tu ? dit le marchand. - Ça ! - Ça, monsieur, ça vient des Arouchaks ! (quatrième de couverture)

Scénariste
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution Mai 1983
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Carpets' Bazaar © Futuropolis 1983

09/07/2022 | Noirdésir
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Si l’on regarde attentivement chacune des planches réalisées par François Mutterer, le dessinateur, on s’aperçoit qu’elles relèvent très souvent de la décoration d’intérieur, avec en sus un travail sur l’architecture, très géométrique (de certains décors bien sûr, mais aussi des cases elles-mêmes). Formellement – et visuellement, c’est très riche et varié, avec des mises en abimes, de l’itération iconique, des motifs répétés et à peine modifiés. Ce qui n’empêche pas un superbe coup de crayon ! Mutterer donne à certains de ses dessins des allures de gravures du XIXème, très détaillées, usant d’un Noir et Blanc méticuleux. Cette très grande variation graphique joue sur le déroulement de l’histoire. D’autant plus que les quelques protagonistes n’apparaissent presque jamais, ou alors seules certaines parties de leur corps (les deux personnages principaux n’étant d’ailleurs nommés que comme « Héros » et « Héroïne » dans les textes en off qui accompagnent certaines cases). Plus généralement, il n’y a jamais de visage à proprement parler : lorsque les personnages sont représentés en entier, c’est de dos, et dans les premières planches, des sortes de photomatons floutés remplissent les pages de visages indéchiffrables, dont on ne sait s’ils représentent le public des bars ou une quelconque allégorie. Vous l’avez compris, cet album est un peu un ovni, très original visuellement, un peu expérimental, avec des planches parfois remplies de cartes, d’extraits d’annuaires, de reproduction de documents divers, et puis de longs travellings urbains, des paysages lointains vides mais beaux, etc. Mais ce n’est pas une illustration vaine et/ou froide, bien au contraire. Certains passages sont même très érotiques, par simple évocation : Mutterer arrive à faire passer une très grande sensualité avec une économie de moyens. L’histoire de Martine Van elle-même joue aussi sur l’érotisme, autour d’une peuplade imaginaire et lointaine, les Arouchaks, sensés être devenus des spécialistes du genre (des cartes imaginaires, un article d’un scientifique singeant le nom de Dumézil tentent d’ancrer dans le réel cette peuplade). Mais c’est quand même avant tout une histoire d’ambiance, qui voile d’une ombre de mystère et de décors étonnant une histoire d’amour, la rencontre de deux êtres, héros et héroïne, cherchant à exprimer et à satisfaire leur désir. C’est en tout cas un album à réserver à des lecteurs curieux (l’imagination y est sacrément sollicitée) et un peu cérébraux. Des lecteurs qui auraient la chance de tomber dessus, sa rencontre n’étant pas courante. Il faut en tout cas passer outre l’aspect austère du dessin !

09/07/2022 (modifier)