Voilà bien une BD d’enquête politique comme on les aime ! Publié conjointement par Delcourt et l’excellente Revue dessinée, « Très chers élus » est le fruit d’un travail méticuleux d'Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet, tous deux journalistes de la cellule investigation de Radio France. Le duo s’est appuyé sur des archives diverses (de presse, audiovisuelles ou institutionnelles), des dossiers judiciaires rendus publics et des interviews. Le résultat est un ouvrage salutaire et indispensable, de nature à faire avancer le schmilblick politique et peut-être réduire un tant soit peu le taux d’abstention qui en France ne cesse de croître d’élection en élection…
Une fois passée la courte et édifiante introduction montrant Macron implorant la larme à l’œil un parterre de financiers pour l’aider à financer sa campagne de 2017, tout commence un peu à la manière d’un film d’espionnage, avec la rencontre « incognito » des deux journalistes avec un mystérieux Monsieur X, imper, chapeau, écharpe et lunettes rouges, dont on saura seulement qu’il a « tout vu de l’arrière-boutique des partis sous la Ve République ». Des valises de billets aux origines douteuses, des fonds spéciaux Matignon ou de la Françafrique, l’homme, dont la fonction lui a permis de côtoyer les hautes sphères, semble en connaître un rayon sur la question sulfureuse du financement des partis politiques ! Et aucun n’y échappe, y compris Jean-Luc Mélenchon…
En résumé, l’ouvrage nous remet en mémoire des affaires qui ont fait la Une ces dernières décennies, notamment les fraudes dans le financement des campagnes de Chirac et Balladur en 1995, à coup de mallettes et autres rétrocommissions (remember Karachi ?). Mais le champion toutes catégories, nous rappelle-t-on, reste Sarkozy, qui avait dépensé en 2012 deux fois plus que la limite autorisée (Bygmalion, ça vous parle ?). Sans parler des factures étrangement gonflées. Tout cela ne serait « rien » si les frais de campagne n’étaient pas remboursés par l’Etat = nos impôts.
Cette enquête nous livre également quelques éléments éclairants sur la vie politique :
- Les « formations » plus ou moins bidon, en marge des universités politiques (les fameuses universités d’été notamment !) sont entièrement prises en charge par les collectivités locales = nos impôts.
- Les micro-partis qui fleurissent avant chaque campagne ne servent qu’à permettre la multiplicité des sources de financement, les donateurs étant bien sûr remboursés, quelque soit le montant engagé (ce qui évidemment profite beaucoup aux plus riches qui ne savent pas toujours quoi faire de leur argent), dans le cadre des réductions d’impôts = nos impôts.
Le livre reviendra également sur les frais de mandat dont certains ont profité abusivement jusqu’à gratter le moindre centime, et dont découlent bien souvent les fameux emplois fictifs ou familiaux (cf. le « Penelopegate ») = nos impôts.
S’il pourra conforter un moment ceux qui aiment à rabâcher à l’envi l’argument du « tous pourris », cet ouvrage, qui ne tombe pas dans ce piège démagogique, tempérera bien vite leur ardeur à casser systématiquement du politique. De plus, ceux qui sont tentés par les votes extrêmes pour mieux clamer leur ras-le-bol réaliseront que le RN (ex-FN) est loin d’avoir les mains aussi propres qu’il le prétend. Bien sûr, tout ça n’est pas très glorieux pour notre République, mais les auteurs insistent sur le fait que si ces malversations concernent tous les partis, elles n’impliquent pas pour autant individuellement la majorité des hommes et femmes politiques. L’espoir est donc permis, même si la tâche est ardue et que les institutions ont tendance à privilégier une certaine opacité ! Mais d’année en année l’étau se resserre, souvent plus lentement que dans d’autres pays voisins plus pragmatiques (c’est ça la France !), à chaque fois en réponse à la magouille. Des fraudes autrefois tolérées sont de plus en plus remises en cause par la justice… quand bien sûr on lui donne les moyens de faire son travail (Monsieur Macron, un avis ?).
« Très chers élus » prouve tout son intérêt en ne se contentant pas de dénoncer mais en fournissant la piste à suivre pour atteindre cette transparence qui semble toujours un peu utopique dans l’Hexagone. Et cette piste nous vient des Britanniques, eux aussi confrontés à ce type d’affaires, lesquels ont mis à disposition du citoyen un site où il est possible de consulter les notes de frais de chaque député.
Indéniablement, la trame narrative est très maligne. Plutôt que d’aligner faits et assertions de manière linéaire et fastidieuse, les auteurs, en s’adjoignant les services d’Erwann Terrier, ont su parfaitement utiliser les codes et atouts de la bande dessinée pour embarquer le lecteur, y compris le plus récalcitrant (« Moué… Encore une BD politique chiante par des journalistes à la botte des « merdias » ? »). Ainsi, Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet nous livrent une enquête claire et passionnante qui, loin de vous donner des maux de tête, fonctionne en grande partie grâce à son schéma ternaire : d’un côté les deux journalistes qui remplissent leur mission en restant à la fois factuels et "candides", d’un autre ce Monsieur X, qui balance ses infos tout en se faisant paradoxalement l’avocat du diable (et qui parfois s’agace des propos de ses interlocuteurs), et enfin du troisième, le dessinateur Erwann Terrier dont l’excellent trait réaliste effleure subtilement la caricature et répond aux textes avec une causticité jubilatoire – certains portraits peuvent même déclencher des fous-rires incontrôlés ! Un ouvrage chaudement recommandé !
Un témoignage sur le quotidien d'un homme dans le couloir de la mort.
L'autrice prend contact avec un prisonnier condamné à la peine capitale par l'intermédiaire d'une association pour correspondre avec lui. Elle s'applique à retranscrire le plus fidèlement possible les rêves, les espoirs et les envies du prisonnier. Au fil des années, le fruit de cette correspondance devient une bd qui nous fait vivre l'évolution des relations entre les deux auteurs.
Une œuvre remarquable par l'engagement dans la durée de l'autrice et par le sujet traité, la force de cette bd c'est sa capacité a nous faire ressentir les sentiments des personnages et à ne rien cacher de la vie de ces prisonniers spéciaux.
L'autrice ne juge pas le prisonnier, son récit n'est pas un réquisitoire contre la peine de mort mais elle dénonce les excès du système carcéral qu'elle souhaiterait exemplaire.
Le dessin à quatre mains est d'une qualité supérieure aux autres bd documentaires. Un noir et blanc avec quelques rares couleurs qui font ressentir l'émotion entre Valentine Cuny Le Callet et Renaldo McGirth et qui mettent en valeur la richesse de leurs échanges par courrier malgré les contraintes de la censure et des matériaux utilisés par Renaldo pour dessiner.
Une bd qui questionne sur le fonctionnement de la peine de mort aux Etats Unis et de l'utilité d'une durée d'attente aléatoire pour tous les prisonniers avant leur exécution.
Entre espoir et désespoir, le quotidien de Renaldo nous est révélé et se résume au titre "Perpendiculaire au soleil" qui signifie toujours vivant mais pour combien de temps.
Un gros coup de cœur pour l’originalité et la créativité de certaines illustrations, toujours parfaitement en adéquation avec les propos mais qui nous les montrent avec un angle de vue très personnel et souvent poétique.
L’histoire, elle, prend la forme d’une fable. Une fable par laquelle les autrices pointent du doigt les mécanismes et les dangers du conformisme et invitent de ce fait les jeunes lectrices et jeunes lecteurs à réfléchir à ce qui leur est proposé/imposé par la société, à ce qui est acceptable, à ce qui a un sens. Et cette histoire de boucle d’oreille est très bien pensée, de ce point de vue. C’est à la fois absurde et proche du quotidien des jeunes (la pression sur les codes vestimentaires à respecter à l’école –tant par la direction que par les copines et copains de classe- est une réalité malheureusement bien connue).
Au niveau de la narration, nous nous situons à mi-chemin entre le livre illustré et la bande dessinée. Le résultat est agréable à regarder, facile à lire, mais très vite lu. La progression scénaristique est assez abrupte mais dans le cadre d’un livre destiné à de jeunes lecteurs, ce n’est pas plus mal.
En définitive, je trouve vraiment que c’est un récit intéressant. Il invitera les lectrices et lecteurs à réfléchir à leur propre réalité quotidienne. Il propose de belles illustrations. Peut-être lui manque-t-il juste une pointe d’humour devant l’absurdité de la situation (mais c’est juste pour pinailler).
Un album des plus recommandables !
Une adaptation bd de Hawkmoon, ça faisait bien 10 ans que j’en entendais parler, depuis ma rencontre avec les auteurs d’Elric (Glénat) chez le même éditeur à un stand de dédicace. Et enfin, ça y est, avec une autre équipe, tout aussi talentueuse d’ailleurs, cette autre série culte appartenant au multivers du champion éternel du sieur Michael Moorcock voit le jour.
Je croise les doigts pour que l’équipe d’auteurs demeure la même, c’est à dire Jérôme Le Gris dans le rôle de maître du jeu, le duo qui se complète à merveille Benoît Dellac et Didier Poli (seul rescapé d’Elric) au dessin, et Bruno Tatti qui sublime tout cela avec sa palette de couleurs. Déjà sur le premier tome d’Elric il y avait du sacré level avec Recht, Bastide, Poli et Blondel, mais je suis très impressionné car j’ai bien l’impression qu’on est parti sur la même dynamique. Je veux dire par la que « Oh putain de bordel de merde, qu’est-ce que c’est beau ! ». J’avais lu les bouquins d’Elric le nécromancien, bien aimé les années pulp mais la suite sans plus, pas lu en revanche Hawkmoon, c’est l’occasion de se rattraper. C’est un univers un peu bâtard, et pour essayer d’en donner une définition c’est du post-apocalyptique (voir même en pleine apocalypse) se déroulant dans notre réalité, où la société est retournée à un état médiéval-féodal dystopique, mais où subsiste néanmoins des bribes d’une technologie plus avancée par rapport à la notre. Pas de trace de magie pour le moment mais si cet élément apparaît à l’avenir on pourra parler d’une série dark-science fantasy. C’est un projet ambitieux donc, avec Dellac et Poli on sort les poids lourds et les mecs assurent mais grave. Londra est flippante, on la croirait sortie de l’imaginaire de Clive Barker où les « pike head » d’Hellraiser dirigent cet empire destructeur et dévoreur. Les vaisseaux sont stylés façon Star Wars donc plutôt cool, les tenues et armures sont inspirées à fond par la fantasy plus que le médiéval historique, sachant qu’en plus on y ajoute des pistolets du XVIIIème siècle (mais qui crachent autre chose que de la poudre à canon, plus puissant) ; on a donc un univers visuel qui fait très « fourbi » mais qui reste cohérent et digeste. Et pour terminer là-dessus j’adore le style graphique, voilà si on connaît un peu le dessin de Dellac sur Nottingham ou Serpent Dieu, y aura pas de soucis, c’est un vrai régal. Respect à lui de sortir autant de séries de cette qualité dans ce laps de temps quand d’autres mettent des années à sortir un album… Force à toi mec, merci.
Quant à l’histoire, bon, j’imagine qu’on se dirige vers un Elric bis : le mythe du champion éternel où le héros est le jouet des dieux et de puissances qui le dépasse, la Loi contre le Chaos, critique intelligente contre tout type d’impérialisme rampant, le multivers tout ça… Je l’ai déjà lu, oui, mais si c’est bien raconté et que ça reste aussi bien chiadé que ce premier numéro, je veux être de la partie. La série est culte, donc en ce moment c’est la mode on adapte les grands classiques de la fantasy. Après je trouve quand même parfois les dialogues un peu poussiéreux et les péripéties ont été tellement rabâché que s’en est devenu cliché avec le temps : avec le héros qui nous fait sa victime durant trois plombs, le méchant qui est vraiment très très méchant et qui ne peut pas s’empêcher de faire le cake en toute circonstance, le héros a qui on laisse toujours la vie sauve tu te demandes pourquoi, etc. Bon, si les éditeurs manquent d’idées de cycles de fantasy de moins de 20 ans à adapter, où de grands auteurs n’ayant jamais été adapté, je peux leurs souffler quelques tuyaux…
En tout cas, pour tout amateur de fantasy, à lire impérativement. Combien la série va durer par contre je n’ai pas tout compris. J’ai lu que selon Dellac chaque roman sera divisé en deux albums. Si je compte bien, il y a sept romans, soit quatorze albums, mais pour l’instant l’éditeur prévoit d’adapter un premier cycle de quatre albums. Ça va se terminer comme Elric, je le sens bien (ou mal).
Comme le sous-titre l’indique, il s’agit d’une histoire, au fil des âges, des relations entre les humains et les autres animaux.
Le documentaire est excellent, il faut bien le dire mais … qu’est-ce que c’est dur de se faire mettre le nez dans le caca comme ça.
Parce qu’on s’en doute, dans l’immense majorité des cas, la cohabitation n’a pas été de tout repos, pour les animaux s’entend. L’auteure est une spécialiste du comportement animal et des relations que nous entretenons avec nos colocataires sur cette planète.
Tout y passe, ou presque. L’époque chasseur-cueilleur paraît somme toute la plus équilibrée dans cette difficile histoire que nous partageons de gré ou de force. L’émergence de l’agriculture et de l’élevage a permis – et surtout permet encore – les pires exactions vis à vis des animaux vus en tant que ressources alimentaires. Et tout ça, même s’il y a des prises de conscience des opinions publiques, ne s’arrange pas au fil du temps, ne serait-ce qu’en terme d’échelle globale.
Là comme ailleurs, la rentabilité restant le maître mot, l’humanité (le sentiment j’entends) n’a pas toujours pas droit de cité.
Les animaux-aliments, mais aussi les animaux bêtes de somme, les chevaux dans les mines, les animaux compagnons qui ne sont pas toujours respectés, les animaux destinés aux spectacles pas mieux lotis voire pire…
On se doute aussi que ce rapport de domination débouche également sur le problème écologique du maintien des écosystèmes favorables à la faune sauvage, et là, on ne peut pas dire qu’on va dans la bonne direction… Tout est lié.
L’humanité (l’espèce cette fois) est et reste capable du pire, même si les auteurs nous montrent aussi quelques exemples d’humains qui essaient désespérément de faire comprendre aux autres que nos compagnons de planète ne sont pas que de bêtes bêtes.
Édifiant. Franchement bien réalisé et documenté. Le propos est dur, mais la lecture est aisée, même si agréable n’est pas forcément le mot le plus approprié, on s’en doute. Pour faire passer leur message, les auteurs ont inséré des pointes d’humour dans les dialogues des animaux. J’avoue qu’elles sont les bienvenues, j’ai apprécié.
Et le dessin n’est pas en reste. Beau, très beau même, mais dur quand il faut l’être. Ça saigne et ça fait mal parce que ce n’est pas de la fiction.
Je suis dure, parce que le récit montre également quelques, trop rares, cohabitations qui sont harmonieuses pour tous, hommes et animaux.
À lire, à faire lire. Même si ce sont des faits que l’on connaît tous inconsciemment ou pas. Il est toujours bon de se rappeler qu’il faut continuer de se mobiliser, d’exiger d’autres pratiques et de s’interroger sur nos modes de vie.
(désolée d’avoir été aussi longue et aussi chiante et moralisatrice, c’est un petit coup de gueule)
C’est suite à la lecture de l’avis de Mac Arthur que je me suis procuré cet album. Un grand merci Mac parce qu’avec sunlight je me suis régalé comme jamais.
C’est du Christophe Bec pur jus. Le scénario reprend les mêmes ingrédients que dans Bikini Atoll mais comme je suis fan de ces huis clos dramatiques, ma lecture a été délicieuse. Le suspens progresse au fil des pages. Les tensions entre les protagonistes s’exacerbent davantage plus l’histoire avance. Le côte noir et blanc souligne le côté éprouvant de ces trois spéléologues en difficulté qui luttent pour survivre dans une mine abandonnée. Frissons assurés ! Tensions omniprésentes ! Hummm mais que c’est bon !
Certains diront que cette histoire est très conventionnelle et qu’il n’y a pas grand chose de nouveau à se mettre sous la pupille. Ils ont raison. Mais c’est ma came et au final j’ai savouré l’album de la première à la dernière page sublimé par le trait de Bernard Khattou.
Je ne peux que conseiller ce pavé angoissant de 160 planches. Les claustrophobes vont déguster !
Personnellement, j'ai beaucoup aimé ce manga; contrairement aux autres avis (mais je ne les contredis absolument pas) ! Effectivement si on ne lis que les premiers tomes on ne voit pas beaucoup les personnages se développer, le début est plutôt lent mais j'apprécie cela, car on s'immerge ainsi plus facilement de mon avis. Je m'identifie un peu au personnage principal, ses hésitations et sa manière de penser en font un personnage que je trouve plutôt attachant au fil des livres; et les autres personnages ne sont pas en reste ! Certains lecteurs n'apprécient sans doute pas la personnalité du bibliothécaire (Oui j'ai oublié son nom désolé), mais encore une fois c'est largement compensé par ses talents de bibliothécaire et notamment sa gentillesse (qui ne ressort pas souvent mais tout de même) ! Les deux autres bibliothécaires sont très attachantes; et les "clients" de la bibliothèque le sont tout aussi ! On trouve rapidement des personnages préférés je trouve. Et ce livre nous fait découvrir la littérature enfantine, livres que les grands ne lisent plus du tout, et ce manga fait réfléchir: devons-nous réduire nos lectures et la découverte d'ouvrages, car nous sommes "trop grands" pour en profiter ! Voilà c'est mon avis, mais à vous d'avoir le vôtre.
L'adaptation du roman de Thibault Vermot, j'en découvre la trame avec cet album.
Un bled perdu au fin fond du Colorado où la misère se dévoile à chaque coin de rue.
Une bande d'adolescents paumés, mais attachants, où le personnage de Suzy se détache à mes yeux, la seule nana du groupe, androgyne et fille d'un shérif alcoolique. Une bande qui va être mêlée à une sordide histoire de meurtre qui évoluera progressivement vers un thriller horrifique.
Un récit qui nous plonge dans un monde glauque où les méfaits de la drogue, de l'alcool mais aussi de la maltraitance côtoieront une violence omniprésente.
Une narration maîtrisée faite de petits chapitres séparés à chaque fois par une pleine page où le dessin d'une cassette audio est accompagnée d'un titre de chanson, un univers musical très grunge (Metallica, The Cure, Aerosmith ...). Les chapitres sont numérotés en nombre de clous, ces clous qui sont plantés dans les traverses des chemins de fer. La voie ferrée serpentant ces paysages désolés jusqu'à cet immense triage qui sera la gueule du reptile.
L'histoire ne serait pas aussi prenante sans ce magnifique noir et blanc au trait charbonneux et crasseux qui retranscrit à merveille l'ambiance oppressante. Des jeux d'ombres aux personnages, on découvre le travail de fourmis qu'a réalisé Alex W. Inker, jusqu'aux visages où on voit la différence entre les bouilles "sympathiques" de nos ados et les gueules abîmées des adultes.
Une mise en page qui fait grimper crescendo la tension.
Du bonheur !
Une adaptation réussie qui plaira aux amateurs de polars.
Un QR code en fin d'album reprenant la playlist des chansons nommant les chapitres.
Étonnant album que ce roman graphique proposé par l'autrice coréenne Yudori ! On est en effet loin des mangas "classiques" qu'on a l'habitude de croiser dans les rayons de nos libraires.
L'objet en lui même surprend par sa qualité éditoriale : format moyen cartonné avec un dos toilé agrémenté d'un signet pour les quelques pauses nécessaires à la lecture de ce petit pavé de plus de 300 pages ; une couverture que je trouve magnifique, qui rend parfaitement hommage à ce qui nous attends au fil des pages... Rares sont les mangas nous proposant un si bel écrin.
Et puis on rentre dans l'univers singulier d'Amélie, jeune catholique hollandaise du XVIe siècle. Issue de la noblesse, elle a pourtant du se résoudre à se marier avec un riche marchand, Hans, pour des intérêts financier. Le jour où ce dernier va ramener une jeune esclave asiatique d'un de ces voyages commerciaux sa vie va changer radicalement. Une étrange relation va naitre entre ces deux femmes que tout oppose pourtant...
J'ai déjà adoré la découverte de cette hollande du XVIe siècle, surtout du point de vu sociologique. Les relations entre maîtres et servant(e)s n'ont rien à voir avec ce que nous avons vécu en France par exemple. La maîtresse de maison se devait par exemple de participer aux tâche journalière de la maisonnée, que ce soit le marché ou encore les tâches ménagères. De même les relations entre époux et la place de chacun divergent aussi, même si évidemment pour l'époque, la femme restait sous la coupe de son mari. Et c'est là que tout l'intérêt de cet album va se former. Car l'introduction de la jeune esclave dans la maisonnée va bouleverser tout ce petit monde. Amélie qui n'a jamais trop supporté l'autorité de son mari (voire l'autorité et la place réservée aux femmes tout court) va commencer par jalouser et prendre en grippe la nouvelle arrivée. Mais petit à petit une relation singulière va finir par s'instaurer entre les deux femmes, qui, dans des situations respectives très différentes, vont pourtant s'entendre sur beaucoup de choses. Leur aspiration commune à la survie et à la liberté sera leur fanal commun...
Yudori nous propose donc au travers de cet album, un récit profondément féministe, où la réflexion sur la place et la condition féminine transpirent au fil des pages. Et quelque soit la condition des femmes, esclave ou bourgeoise installée, les problèmes de fond restent les mêmes pour l'époque, même si la forme change. Il n'est ensuite qu'un pas à franchir pour faire la comparaison avec la condition féminine aujourd'hui ; si les lignes bougent dans certains pays, on est encore loin d'une équité de traitement entre le beau sexe et la gente masculine.
Un album surprenant et engagé qui fait plaisir à lire !
Après avoir obtenu la récompense suprême à Angoulême pour son exaltante "Saga de Grimr", Jérémie Moreau avait-il encore quelque chose à prouver ? A 35 ans, celui-ci fait désormais partie des créateurs les plus originaux de sa génération en matière de 9e art, et cet album vient une nouvelle fois le confirmer, non sans panache. Jérémie Moreau est de ceux qui explorent et tentent constamment de se renouveler, et si l’on ressentait une certaine déception avec Penss et les plis du monde, malgré ses qualités indéniables, Le Discours de la panthère est venu nous rassurer sur sa capacité à nous surprendre. Avec « Les Pizzlys », il s'attaque au sujet du moment, de plus en plus prégnant et souvent anxiogène, le réchauffement climatique, en situant l’action en Alaska, là où les effets sont encore plus visibles et spectaculaires que sous nos latitudes.
La magnifique et mystérieuse couverture à elle seule peut résumer la sensation qui nous étreint à la lecture, celle d’être transporté à travers la flamboyance d’une aurore boréale aux couleurs époustouflantes. Quant au titre, l’auteur fait référence à ces ours issus d’un croisement entre grizzlys et ours polaires, des ours au pelage marbré de blanc et de marron qui ne sont qu’un des effets du changement climatique dans le Grand nord, les ours blancs quittant les pôles en raison de la fonte des glaces. Ainsi, Jérémie Moreau reprend un de ses thèmes de prédilection : l’action de l’Homme sur son environnement et la perte progressive de ses racines favorisée par une technologie toujours plus sophistiquée.
Pour ce faire, l’auteur va nous mettre dans les pas de plusieurs personnages : Nathan, jeune chauffeur de taxi en charge de son frère Etienne et sa sœur Zoé, suite à la mort vraisemblable de ses parents. Lors d’un accident dû au surmenage, il va faire connaissance avec Annie, l’une de ses clientes qui s'apprête à prendre l’avion pour retourner dans son pays natal, l’Alaska. Prise d’empathie pour ces orphelins en proie à la confusion, la vieille dame, d’origine indienne, va les emmener dans sa « cabane » perdue du Grand Nord, où elle n’avait pas remis les pieds depuis son mariage avec un occidental il y a quarante ans. Obligée de laisser derrière elle tous ses repères, la fratrie va devoir réapprendre ce qu’est la vie dans un environnement radicalement différent, loin du tumulte du monde « civilisé ». Le choc est rude, et les écrans tactiles restent le plus souvent noirs. Passée une difficile période de « sevrage technologique », les jeunes enfants finiront par s’accoutumer à leur nouvelle vie, contrairement à Nathan qui ne parvient pas à s’extraire d’un brouillard psychique qui le laisse tel un pantin désarticulé, sans boussole…
Comme souvent seul aux manettes, Moreau nous offre une narration fluide et bien construite, sans surcharge de dialogues, servie par une ligne claire ronde et délicate qui laisse transparaître les influences manga de son auteur. Le tout confère une touche très moderne à l’objet, mais qui ne se limite pas au dessin. A ce titre, c’est le travail sur la couleur qui est juste renversant. L’auteur recourt à une palette audacieuse alliant des tonalités très chamarrées avec des incursions fluos, qui étonnamment ne piquent pas les yeux. Le résultat est même somptueux et ces assemblages atypiques donnent lieu à des planches de toute beauté. Comme on le sait, l’auteur travaille sur ordinateur et apporte ici la preuve que l’on peut le faire à bon escient. Ce traitement numérique des grands espaces nord-américains nous en fait saisir toute leur magnificence mais aussi les bouleversements dramatiques qui les menacent, tels ce terrible feu de forêt représenté vers la fin de l’ouvrage. De même, les séquences décrivant les sensations ou les rêves des personnages sont de véritables œuvres d’art — osons ce terme généralement réservé au domaine musical — néo-psychédéliques, où poésie et chamanisme ne font qu’un — précisons que dans le récit, les habitants de cette région d'Alaska sont d’origine indienne. Et comme Jérémie Moreau ne laisse rien au hasard, sa mise en page est aussi libre que réfléchie : cases de guingois hyper-morcelées alliées à un cadrage dynamique zoomé au max, vues cinématographiques époustouflantes sur deux pages, notre homme ne s’interdit rien…
Si avec « Les Pizzlys » Jérémie Moreau nous éblouit, il nous interroge et nous bouscule aussi, s’abstenant de tout jugement péremptoire et préférant évoquer une responsabilité collective concernant l’impact de l’activité humaine sur l’environnement. La situation qu’il décrit est un constat, effrayant certes, mais encore une fois, l’auteur ne joue pas sur la peur, qui comme chacun sait, inhibe l’action et peut réveiller nos instincts les plus primaires. Ainsi, la conclusion est assez inattendue, ni pessimiste ni optimiste, pour décrire quelque chose qui nous dépasse et devrait nous rendre plus humbles, désarmés que nous sommes face à la toute puissance de la nature qui ne fait que nous renvoyer les conséquences de nos actes. En ces temps anxiogènes où la confusion semble parfois gagner les esprits, notamment à travers les réseaux sociaux où "fake news", haine et peur font figure de trio infernal, cette bande dessinée est une véritable bouffée d’oxygène. A l’instar de J.R.R. Tolkien, Jérémie Moreau s’efforce de réenchanter le monde, en réconciliant l’Homme moderne avec le « temps du mythe » et la sagesse ancestrale des peuples autochtones. Inutile d’ergoter davantage, « les Pizzlys », par ses qualités artistiques et son propos intelligent qui arrive pile-poil après une période hors-normes (canicules, incendies, sécheresse…), n’est rien de moins que l’album de l’année, un chef d’œuvre « pré-apocalyptique » qui réussit même à surpasser La Saga de Grimr.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Très chers élus - 40 ans de financement politique
Voilà bien une BD d’enquête politique comme on les aime ! Publié conjointement par Delcourt et l’excellente Revue dessinée, « Très chers élus » est le fruit d’un travail méticuleux d'Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet, tous deux journalistes de la cellule investigation de Radio France. Le duo s’est appuyé sur des archives diverses (de presse, audiovisuelles ou institutionnelles), des dossiers judiciaires rendus publics et des interviews. Le résultat est un ouvrage salutaire et indispensable, de nature à faire avancer le schmilblick politique et peut-être réduire un tant soit peu le taux d’abstention qui en France ne cesse de croître d’élection en élection… Une fois passée la courte et édifiante introduction montrant Macron implorant la larme à l’œil un parterre de financiers pour l’aider à financer sa campagne de 2017, tout commence un peu à la manière d’un film d’espionnage, avec la rencontre « incognito » des deux journalistes avec un mystérieux Monsieur X, imper, chapeau, écharpe et lunettes rouges, dont on saura seulement qu’il a « tout vu de l’arrière-boutique des partis sous la Ve République ». Des valises de billets aux origines douteuses, des fonds spéciaux Matignon ou de la Françafrique, l’homme, dont la fonction lui a permis de côtoyer les hautes sphères, semble en connaître un rayon sur la question sulfureuse du financement des partis politiques ! Et aucun n’y échappe, y compris Jean-Luc Mélenchon… En résumé, l’ouvrage nous remet en mémoire des affaires qui ont fait la Une ces dernières décennies, notamment les fraudes dans le financement des campagnes de Chirac et Balladur en 1995, à coup de mallettes et autres rétrocommissions (remember Karachi ?). Mais le champion toutes catégories, nous rappelle-t-on, reste Sarkozy, qui avait dépensé en 2012 deux fois plus que la limite autorisée (Bygmalion, ça vous parle ?). Sans parler des factures étrangement gonflées. Tout cela ne serait « rien » si les frais de campagne n’étaient pas remboursés par l’Etat = nos impôts. Cette enquête nous livre également quelques éléments éclairants sur la vie politique : - Les « formations » plus ou moins bidon, en marge des universités politiques (les fameuses universités d’été notamment !) sont entièrement prises en charge par les collectivités locales = nos impôts. - Les micro-partis qui fleurissent avant chaque campagne ne servent qu’à permettre la multiplicité des sources de financement, les donateurs étant bien sûr remboursés, quelque soit le montant engagé (ce qui évidemment profite beaucoup aux plus riches qui ne savent pas toujours quoi faire de leur argent), dans le cadre des réductions d’impôts = nos impôts. Le livre reviendra également sur les frais de mandat dont certains ont profité abusivement jusqu’à gratter le moindre centime, et dont découlent bien souvent les fameux emplois fictifs ou familiaux (cf. le « Penelopegate ») = nos impôts. S’il pourra conforter un moment ceux qui aiment à rabâcher à l’envi l’argument du « tous pourris », cet ouvrage, qui ne tombe pas dans ce piège démagogique, tempérera bien vite leur ardeur à casser systématiquement du politique. De plus, ceux qui sont tentés par les votes extrêmes pour mieux clamer leur ras-le-bol réaliseront que le RN (ex-FN) est loin d’avoir les mains aussi propres qu’il le prétend. Bien sûr, tout ça n’est pas très glorieux pour notre République, mais les auteurs insistent sur le fait que si ces malversations concernent tous les partis, elles n’impliquent pas pour autant individuellement la majorité des hommes et femmes politiques. L’espoir est donc permis, même si la tâche est ardue et que les institutions ont tendance à privilégier une certaine opacité ! Mais d’année en année l’étau se resserre, souvent plus lentement que dans d’autres pays voisins plus pragmatiques (c’est ça la France !), à chaque fois en réponse à la magouille. Des fraudes autrefois tolérées sont de plus en plus remises en cause par la justice… quand bien sûr on lui donne les moyens de faire son travail (Monsieur Macron, un avis ?). « Très chers élus » prouve tout son intérêt en ne se contentant pas de dénoncer mais en fournissant la piste à suivre pour atteindre cette transparence qui semble toujours un peu utopique dans l’Hexagone. Et cette piste nous vient des Britanniques, eux aussi confrontés à ce type d’affaires, lesquels ont mis à disposition du citoyen un site où il est possible de consulter les notes de frais de chaque député. Indéniablement, la trame narrative est très maligne. Plutôt que d’aligner faits et assertions de manière linéaire et fastidieuse, les auteurs, en s’adjoignant les services d’Erwann Terrier, ont su parfaitement utiliser les codes et atouts de la bande dessinée pour embarquer le lecteur, y compris le plus récalcitrant (« Moué… Encore une BD politique chiante par des journalistes à la botte des « merdias » ? »). Ainsi, Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet nous livrent une enquête claire et passionnante qui, loin de vous donner des maux de tête, fonctionne en grande partie grâce à son schéma ternaire : d’un côté les deux journalistes qui remplissent leur mission en restant à la fois factuels et "candides", d’un autre ce Monsieur X, qui balance ses infos tout en se faisant paradoxalement l’avocat du diable (et qui parfois s’agace des propos de ses interlocuteurs), et enfin du troisième, le dessinateur Erwann Terrier dont l’excellent trait réaliste effleure subtilement la caricature et répond aux textes avec une causticité jubilatoire – certains portraits peuvent même déclencher des fous-rires incontrôlés ! Un ouvrage chaudement recommandé !
Perpendiculaire au soleil
Un témoignage sur le quotidien d'un homme dans le couloir de la mort. L'autrice prend contact avec un prisonnier condamné à la peine capitale par l'intermédiaire d'une association pour correspondre avec lui. Elle s'applique à retranscrire le plus fidèlement possible les rêves, les espoirs et les envies du prisonnier. Au fil des années, le fruit de cette correspondance devient une bd qui nous fait vivre l'évolution des relations entre les deux auteurs. Une œuvre remarquable par l'engagement dans la durée de l'autrice et par le sujet traité, la force de cette bd c'est sa capacité a nous faire ressentir les sentiments des personnages et à ne rien cacher de la vie de ces prisonniers spéciaux. L'autrice ne juge pas le prisonnier, son récit n'est pas un réquisitoire contre la peine de mort mais elle dénonce les excès du système carcéral qu'elle souhaiterait exemplaire. Le dessin à quatre mains est d'une qualité supérieure aux autres bd documentaires. Un noir et blanc avec quelques rares couleurs qui font ressentir l'émotion entre Valentine Cuny Le Callet et Renaldo McGirth et qui mettent en valeur la richesse de leurs échanges par courrier malgré les contraintes de la censure et des matériaux utilisés par Renaldo pour dessiner. Une bd qui questionne sur le fonctionnement de la peine de mort aux Etats Unis et de l'utilité d'une durée d'attente aléatoire pour tous les prisonniers avant leur exécution. Entre espoir et désespoir, le quotidien de Renaldo nous est révélé et se résume au titre "Perpendiculaire au soleil" qui signifie toujours vivant mais pour combien de temps.
La Boucle d'oreille rose
Un gros coup de cœur pour l’originalité et la créativité de certaines illustrations, toujours parfaitement en adéquation avec les propos mais qui nous les montrent avec un angle de vue très personnel et souvent poétique. L’histoire, elle, prend la forme d’une fable. Une fable par laquelle les autrices pointent du doigt les mécanismes et les dangers du conformisme et invitent de ce fait les jeunes lectrices et jeunes lecteurs à réfléchir à ce qui leur est proposé/imposé par la société, à ce qui est acceptable, à ce qui a un sens. Et cette histoire de boucle d’oreille est très bien pensée, de ce point de vue. C’est à la fois absurde et proche du quotidien des jeunes (la pression sur les codes vestimentaires à respecter à l’école –tant par la direction que par les copines et copains de classe- est une réalité malheureusement bien connue). Au niveau de la narration, nous nous situons à mi-chemin entre le livre illustré et la bande dessinée. Le résultat est agréable à regarder, facile à lire, mais très vite lu. La progression scénaristique est assez abrupte mais dans le cadre d’un livre destiné à de jeunes lecteurs, ce n’est pas plus mal. En définitive, je trouve vraiment que c’est un récit intéressant. Il invitera les lectrices et lecteurs à réfléchir à leur propre réalité quotidienne. Il propose de belles illustrations. Peut-être lui manque-t-il juste une pointe d’humour devant l’absurdité de la situation (mais c’est juste pour pinailler). Un album des plus recommandables !
Hawkmoon
Une adaptation bd de Hawkmoon, ça faisait bien 10 ans que j’en entendais parler, depuis ma rencontre avec les auteurs d’Elric (Glénat) chez le même éditeur à un stand de dédicace. Et enfin, ça y est, avec une autre équipe, tout aussi talentueuse d’ailleurs, cette autre série culte appartenant au multivers du champion éternel du sieur Michael Moorcock voit le jour. Je croise les doigts pour que l’équipe d’auteurs demeure la même, c’est à dire Jérôme Le Gris dans le rôle de maître du jeu, le duo qui se complète à merveille Benoît Dellac et Didier Poli (seul rescapé d’Elric) au dessin, et Bruno Tatti qui sublime tout cela avec sa palette de couleurs. Déjà sur le premier tome d’Elric il y avait du sacré level avec Recht, Bastide, Poli et Blondel, mais je suis très impressionné car j’ai bien l’impression qu’on est parti sur la même dynamique. Je veux dire par la que « Oh putain de bordel de merde, qu’est-ce que c’est beau ! ». J’avais lu les bouquins d’Elric le nécromancien, bien aimé les années pulp mais la suite sans plus, pas lu en revanche Hawkmoon, c’est l’occasion de se rattraper. C’est un univers un peu bâtard, et pour essayer d’en donner une définition c’est du post-apocalyptique (voir même en pleine apocalypse) se déroulant dans notre réalité, où la société est retournée à un état médiéval-féodal dystopique, mais où subsiste néanmoins des bribes d’une technologie plus avancée par rapport à la notre. Pas de trace de magie pour le moment mais si cet élément apparaît à l’avenir on pourra parler d’une série dark-science fantasy. C’est un projet ambitieux donc, avec Dellac et Poli on sort les poids lourds et les mecs assurent mais grave. Londra est flippante, on la croirait sortie de l’imaginaire de Clive Barker où les « pike head » d’Hellraiser dirigent cet empire destructeur et dévoreur. Les vaisseaux sont stylés façon Star Wars donc plutôt cool, les tenues et armures sont inspirées à fond par la fantasy plus que le médiéval historique, sachant qu’en plus on y ajoute des pistolets du XVIIIème siècle (mais qui crachent autre chose que de la poudre à canon, plus puissant) ; on a donc un univers visuel qui fait très « fourbi » mais qui reste cohérent et digeste. Et pour terminer là-dessus j’adore le style graphique, voilà si on connaît un peu le dessin de Dellac sur Nottingham ou Serpent Dieu, y aura pas de soucis, c’est un vrai régal. Respect à lui de sortir autant de séries de cette qualité dans ce laps de temps quand d’autres mettent des années à sortir un album… Force à toi mec, merci. Quant à l’histoire, bon, j’imagine qu’on se dirige vers un Elric bis : le mythe du champion éternel où le héros est le jouet des dieux et de puissances qui le dépasse, la Loi contre le Chaos, critique intelligente contre tout type d’impérialisme rampant, le multivers tout ça… Je l’ai déjà lu, oui, mais si c’est bien raconté et que ça reste aussi bien chiadé que ce premier numéro, je veux être de la partie. La série est culte, donc en ce moment c’est la mode on adapte les grands classiques de la fantasy. Après je trouve quand même parfois les dialogues un peu poussiéreux et les péripéties ont été tellement rabâché que s’en est devenu cliché avec le temps : avec le héros qui nous fait sa victime durant trois plombs, le méchant qui est vraiment très très méchant et qui ne peut pas s’empêcher de faire le cake en toute circonstance, le héros a qui on laisse toujours la vie sauve tu te demandes pourquoi, etc. Bon, si les éditeurs manquent d’idées de cycles de fantasy de moins de 20 ans à adapter, où de grands auteurs n’ayant jamais été adapté, je peux leurs souffler quelques tuyaux… En tout cas, pour tout amateur de fantasy, à lire impérativement. Combien la série va durer par contre je n’ai pas tout compris. J’ai lu que selon Dellac chaque roman sera divisé en deux albums. Si je compte bien, il y a sept romans, soit quatorze albums, mais pour l’instant l’éditeur prévoit d’adapter un premier cycle de quatre albums. Ça va se terminer comme Elric, je le sens bien (ou mal).
L'Incroyable Histoire des Animaux
Comme le sous-titre l’indique, il s’agit d’une histoire, au fil des âges, des relations entre les humains et les autres animaux. Le documentaire est excellent, il faut bien le dire mais … qu’est-ce que c’est dur de se faire mettre le nez dans le caca comme ça. Parce qu’on s’en doute, dans l’immense majorité des cas, la cohabitation n’a pas été de tout repos, pour les animaux s’entend. L’auteure est une spécialiste du comportement animal et des relations que nous entretenons avec nos colocataires sur cette planète. Tout y passe, ou presque. L’époque chasseur-cueilleur paraît somme toute la plus équilibrée dans cette difficile histoire que nous partageons de gré ou de force. L’émergence de l’agriculture et de l’élevage a permis – et surtout permet encore – les pires exactions vis à vis des animaux vus en tant que ressources alimentaires. Et tout ça, même s’il y a des prises de conscience des opinions publiques, ne s’arrange pas au fil du temps, ne serait-ce qu’en terme d’échelle globale. Là comme ailleurs, la rentabilité restant le maître mot, l’humanité (le sentiment j’entends) n’a pas toujours pas droit de cité. Les animaux-aliments, mais aussi les animaux bêtes de somme, les chevaux dans les mines, les animaux compagnons qui ne sont pas toujours respectés, les animaux destinés aux spectacles pas mieux lotis voire pire… On se doute aussi que ce rapport de domination débouche également sur le problème écologique du maintien des écosystèmes favorables à la faune sauvage, et là, on ne peut pas dire qu’on va dans la bonne direction… Tout est lié. L’humanité (l’espèce cette fois) est et reste capable du pire, même si les auteurs nous montrent aussi quelques exemples d’humains qui essaient désespérément de faire comprendre aux autres que nos compagnons de planète ne sont pas que de bêtes bêtes. Édifiant. Franchement bien réalisé et documenté. Le propos est dur, mais la lecture est aisée, même si agréable n’est pas forcément le mot le plus approprié, on s’en doute. Pour faire passer leur message, les auteurs ont inséré des pointes d’humour dans les dialogues des animaux. J’avoue qu’elles sont les bienvenues, j’ai apprécié. Et le dessin n’est pas en reste. Beau, très beau même, mais dur quand il faut l’être. Ça saigne et ça fait mal parce que ce n’est pas de la fiction. Je suis dure, parce que le récit montre également quelques, trop rares, cohabitations qui sont harmonieuses pour tous, hommes et animaux. À lire, à faire lire. Même si ce sont des faits que l’on connaît tous inconsciemment ou pas. Il est toujours bon de se rappeler qu’il faut continuer de se mobiliser, d’exiger d’autres pratiques et de s’interroger sur nos modes de vie. (désolée d’avoir été aussi longue et aussi chiante et moralisatrice, c’est un petit coup de gueule)
Sunlight
C’est suite à la lecture de l’avis de Mac Arthur que je me suis procuré cet album. Un grand merci Mac parce qu’avec sunlight je me suis régalé comme jamais. C’est du Christophe Bec pur jus. Le scénario reprend les mêmes ingrédients que dans Bikini Atoll mais comme je suis fan de ces huis clos dramatiques, ma lecture a été délicieuse. Le suspens progresse au fil des pages. Les tensions entre les protagonistes s’exacerbent davantage plus l’histoire avance. Le côte noir et blanc souligne le côté éprouvant de ces trois spéléologues en difficulté qui luttent pour survivre dans une mine abandonnée. Frissons assurés ! Tensions omniprésentes ! Hummm mais que c’est bon ! Certains diront que cette histoire est très conventionnelle et qu’il n’y a pas grand chose de nouveau à se mettre sous la pupille. Ils ont raison. Mais c’est ma came et au final j’ai savouré l’album de la première à la dernière page sublimé par le trait de Bernard Khattou. Je ne peux que conseiller ce pavé angoissant de 160 planches. Les claustrophobes vont déguster !
Le Maître des livres
Personnellement, j'ai beaucoup aimé ce manga; contrairement aux autres avis (mais je ne les contredis absolument pas) ! Effectivement si on ne lis que les premiers tomes on ne voit pas beaucoup les personnages se développer, le début est plutôt lent mais j'apprécie cela, car on s'immerge ainsi plus facilement de mon avis. Je m'identifie un peu au personnage principal, ses hésitations et sa manière de penser en font un personnage que je trouve plutôt attachant au fil des livres; et les autres personnages ne sont pas en reste ! Certains lecteurs n'apprécient sans doute pas la personnalité du bibliothécaire (Oui j'ai oublié son nom désolé), mais encore une fois c'est largement compensé par ses talents de bibliothécaire et notamment sa gentillesse (qui ne ressort pas souvent mais tout de même) ! Les deux autres bibliothécaires sont très attachantes; et les "clients" de la bibliothèque le sont tout aussi ! On trouve rapidement des personnages préférés je trouve. Et ce livre nous fait découvrir la littérature enfantine, livres que les grands ne lisent plus du tout, et ce manga fait réfléchir: devons-nous réduire nos lectures et la découverte d'ouvrages, car nous sommes "trop grands" pour en profiter ! Voilà c'est mon avis, mais à vous d'avoir le vôtre.
Colorado train
L'adaptation du roman de Thibault Vermot, j'en découvre la trame avec cet album. Un bled perdu au fin fond du Colorado où la misère se dévoile à chaque coin de rue. Une bande d'adolescents paumés, mais attachants, où le personnage de Suzy se détache à mes yeux, la seule nana du groupe, androgyne et fille d'un shérif alcoolique. Une bande qui va être mêlée à une sordide histoire de meurtre qui évoluera progressivement vers un thriller horrifique. Un récit qui nous plonge dans un monde glauque où les méfaits de la drogue, de l'alcool mais aussi de la maltraitance côtoieront une violence omniprésente. Une narration maîtrisée faite de petits chapitres séparés à chaque fois par une pleine page où le dessin d'une cassette audio est accompagnée d'un titre de chanson, un univers musical très grunge (Metallica, The Cure, Aerosmith ...). Les chapitres sont numérotés en nombre de clous, ces clous qui sont plantés dans les traverses des chemins de fer. La voie ferrée serpentant ces paysages désolés jusqu'à cet immense triage qui sera la gueule du reptile. L'histoire ne serait pas aussi prenante sans ce magnifique noir et blanc au trait charbonneux et crasseux qui retranscrit à merveille l'ambiance oppressante. Des jeux d'ombres aux personnages, on découvre le travail de fourmis qu'a réalisé Alex W. Inker, jusqu'aux visages où on voit la différence entre les bouilles "sympathiques" de nos ados et les gueules abîmées des adultes. Une mise en page qui fait grimper crescendo la tension. Du bonheur ! Une adaptation réussie qui plaira aux amateurs de polars. Un QR code en fin d'album reprenant la playlist des chansons nommant les chapitres.
Le Ciel pour conquête
Étonnant album que ce roman graphique proposé par l'autrice coréenne Yudori ! On est en effet loin des mangas "classiques" qu'on a l'habitude de croiser dans les rayons de nos libraires. L'objet en lui même surprend par sa qualité éditoriale : format moyen cartonné avec un dos toilé agrémenté d'un signet pour les quelques pauses nécessaires à la lecture de ce petit pavé de plus de 300 pages ; une couverture que je trouve magnifique, qui rend parfaitement hommage à ce qui nous attends au fil des pages... Rares sont les mangas nous proposant un si bel écrin. Et puis on rentre dans l'univers singulier d'Amélie, jeune catholique hollandaise du XVIe siècle. Issue de la noblesse, elle a pourtant du se résoudre à se marier avec un riche marchand, Hans, pour des intérêts financier. Le jour où ce dernier va ramener une jeune esclave asiatique d'un de ces voyages commerciaux sa vie va changer radicalement. Une étrange relation va naitre entre ces deux femmes que tout oppose pourtant... J'ai déjà adoré la découverte de cette hollande du XVIe siècle, surtout du point de vu sociologique. Les relations entre maîtres et servant(e)s n'ont rien à voir avec ce que nous avons vécu en France par exemple. La maîtresse de maison se devait par exemple de participer aux tâche journalière de la maisonnée, que ce soit le marché ou encore les tâches ménagères. De même les relations entre époux et la place de chacun divergent aussi, même si évidemment pour l'époque, la femme restait sous la coupe de son mari. Et c'est là que tout l'intérêt de cet album va se former. Car l'introduction de la jeune esclave dans la maisonnée va bouleverser tout ce petit monde. Amélie qui n'a jamais trop supporté l'autorité de son mari (voire l'autorité et la place réservée aux femmes tout court) va commencer par jalouser et prendre en grippe la nouvelle arrivée. Mais petit à petit une relation singulière va finir par s'instaurer entre les deux femmes, qui, dans des situations respectives très différentes, vont pourtant s'entendre sur beaucoup de choses. Leur aspiration commune à la survie et à la liberté sera leur fanal commun... Yudori nous propose donc au travers de cet album, un récit profondément féministe, où la réflexion sur la place et la condition féminine transpirent au fil des pages. Et quelque soit la condition des femmes, esclave ou bourgeoise installée, les problèmes de fond restent les mêmes pour l'époque, même si la forme change. Il n'est ensuite qu'un pas à franchir pour faire la comparaison avec la condition féminine aujourd'hui ; si les lignes bougent dans certains pays, on est encore loin d'une équité de traitement entre le beau sexe et la gente masculine. Un album surprenant et engagé qui fait plaisir à lire !
Les Pizzlys
Après avoir obtenu la récompense suprême à Angoulême pour son exaltante "Saga de Grimr", Jérémie Moreau avait-il encore quelque chose à prouver ? A 35 ans, celui-ci fait désormais partie des créateurs les plus originaux de sa génération en matière de 9e art, et cet album vient une nouvelle fois le confirmer, non sans panache. Jérémie Moreau est de ceux qui explorent et tentent constamment de se renouveler, et si l’on ressentait une certaine déception avec Penss et les plis du monde, malgré ses qualités indéniables, Le Discours de la panthère est venu nous rassurer sur sa capacité à nous surprendre. Avec « Les Pizzlys », il s'attaque au sujet du moment, de plus en plus prégnant et souvent anxiogène, le réchauffement climatique, en situant l’action en Alaska, là où les effets sont encore plus visibles et spectaculaires que sous nos latitudes. La magnifique et mystérieuse couverture à elle seule peut résumer la sensation qui nous étreint à la lecture, celle d’être transporté à travers la flamboyance d’une aurore boréale aux couleurs époustouflantes. Quant au titre, l’auteur fait référence à ces ours issus d’un croisement entre grizzlys et ours polaires, des ours au pelage marbré de blanc et de marron qui ne sont qu’un des effets du changement climatique dans le Grand nord, les ours blancs quittant les pôles en raison de la fonte des glaces. Ainsi, Jérémie Moreau reprend un de ses thèmes de prédilection : l’action de l’Homme sur son environnement et la perte progressive de ses racines favorisée par une technologie toujours plus sophistiquée. Pour ce faire, l’auteur va nous mettre dans les pas de plusieurs personnages : Nathan, jeune chauffeur de taxi en charge de son frère Etienne et sa sœur Zoé, suite à la mort vraisemblable de ses parents. Lors d’un accident dû au surmenage, il va faire connaissance avec Annie, l’une de ses clientes qui s'apprête à prendre l’avion pour retourner dans son pays natal, l’Alaska. Prise d’empathie pour ces orphelins en proie à la confusion, la vieille dame, d’origine indienne, va les emmener dans sa « cabane » perdue du Grand Nord, où elle n’avait pas remis les pieds depuis son mariage avec un occidental il y a quarante ans. Obligée de laisser derrière elle tous ses repères, la fratrie va devoir réapprendre ce qu’est la vie dans un environnement radicalement différent, loin du tumulte du monde « civilisé ». Le choc est rude, et les écrans tactiles restent le plus souvent noirs. Passée une difficile période de « sevrage technologique », les jeunes enfants finiront par s’accoutumer à leur nouvelle vie, contrairement à Nathan qui ne parvient pas à s’extraire d’un brouillard psychique qui le laisse tel un pantin désarticulé, sans boussole… Comme souvent seul aux manettes, Moreau nous offre une narration fluide et bien construite, sans surcharge de dialogues, servie par une ligne claire ronde et délicate qui laisse transparaître les influences manga de son auteur. Le tout confère une touche très moderne à l’objet, mais qui ne se limite pas au dessin. A ce titre, c’est le travail sur la couleur qui est juste renversant. L’auteur recourt à une palette audacieuse alliant des tonalités très chamarrées avec des incursions fluos, qui étonnamment ne piquent pas les yeux. Le résultat est même somptueux et ces assemblages atypiques donnent lieu à des planches de toute beauté. Comme on le sait, l’auteur travaille sur ordinateur et apporte ici la preuve que l’on peut le faire à bon escient. Ce traitement numérique des grands espaces nord-américains nous en fait saisir toute leur magnificence mais aussi les bouleversements dramatiques qui les menacent, tels ce terrible feu de forêt représenté vers la fin de l’ouvrage. De même, les séquences décrivant les sensations ou les rêves des personnages sont de véritables œuvres d’art — osons ce terme généralement réservé au domaine musical — néo-psychédéliques, où poésie et chamanisme ne font qu’un — précisons que dans le récit, les habitants de cette région d'Alaska sont d’origine indienne. Et comme Jérémie Moreau ne laisse rien au hasard, sa mise en page est aussi libre que réfléchie : cases de guingois hyper-morcelées alliées à un cadrage dynamique zoomé au max, vues cinématographiques époustouflantes sur deux pages, notre homme ne s’interdit rien… Si avec « Les Pizzlys » Jérémie Moreau nous éblouit, il nous interroge et nous bouscule aussi, s’abstenant de tout jugement péremptoire et préférant évoquer une responsabilité collective concernant l’impact de l’activité humaine sur l’environnement. La situation qu’il décrit est un constat, effrayant certes, mais encore une fois, l’auteur ne joue pas sur la peur, qui comme chacun sait, inhibe l’action et peut réveiller nos instincts les plus primaires. Ainsi, la conclusion est assez inattendue, ni pessimiste ni optimiste, pour décrire quelque chose qui nous dépasse et devrait nous rendre plus humbles, désarmés que nous sommes face à la toute puissance de la nature qui ne fait que nous renvoyer les conséquences de nos actes. En ces temps anxiogènes où la confusion semble parfois gagner les esprits, notamment à travers les réseaux sociaux où "fake news", haine et peur font figure de trio infernal, cette bande dessinée est une véritable bouffée d’oxygène. A l’instar de J.R.R. Tolkien, Jérémie Moreau s’efforce de réenchanter le monde, en réconciliant l’Homme moderne avec le « temps du mythe » et la sagesse ancestrale des peuples autochtones. Inutile d’ergoter davantage, « les Pizzlys », par ses qualités artistiques et son propos intelligent qui arrive pile-poil après une période hors-normes (canicules, incendies, sécheresse…), n’est rien de moins que l’album de l’année, un chef d’œuvre « pré-apocalyptique » qui réussit même à surpasser La Saga de Grimr.