Bertille & Bertille est un réjouissant cocktail de genres : à la fois profondément ancré dans le genre policier, dans le pur fantastique limite science-fiction, mais aussi dans l'Historique.
Le cadre est sa première originalité puisque l'histoire se déroule peu de temps après la Première Guerre Mondiale. L'ambiance politique de l'époque joue un rôle très présent, avec un gouvernement soucieux de montrer la France victorieuse sous son meilleur jour quitte à mentir au peuple et à mettre une arrogante pression sur ses fonctionnaires. Le héros lui-même est un ancien des tranchées qui n'a pas gardé de séquelles physiques, contrairement à son meilleur ami, mais ça l'a rendu nettement plus rude et taiseux, n'hésitant pas à faire preuve de violence pour arriver à ses fins.
Je suppose que la série comportera une suite d'histoires complètes en un tome. Pour ce qui est de la première, elle mêle deux intrigues en parallèle.
Il y a d'abord l'enquête du commissaire Bertille pour retrouver un militant anarchiste ardemment recherché par le préfet de Paris et pour comprendre ce qui se trame autour de lui. Nous sommes ici dans le cadre d'une enquête policière très réaliste, crédible et bien menée.
Et en parallèle donc, il y a tout le mystère autour de cette étrange boule rouge qui s'est écrasée dans la forêt sous les yeux du commissaire et dont il est chargé de s'occuper avant d'être remplacé par de plus hautes autorités quand il s'avère que la boule est indestructible et surtout qu'elle grandit inlassablement. Cette partie là de l'intrigue flirte nettement plus avec le fantastique et la science-fiction sans pour autant réduire le réalisme de l'ensemble. Les réactions de tous les protagonistes sont crédibles et tiennent la route du moment qu'on accepte le concept incroyable de cette boule mystérieuse.
Et c'est là qu'intervient aussi l'autre Bertille, une riche héritière un peu extravagante, elle aussi témoin de l'atterrissage de la boule. Elle va rapidement lier des liens avec le commissaire bougon, lui apporter sa légèreté, son imagination et lui ouvrir l'esprit sur une autre manière d'appréhender cet évènement fantastique. La relation entre les deux personnages fonctionne très bien et on s'attache autant à l'une qu'à l'autre.
L'ensemble est mis en scène avec un graphisme élégant, en teintes sépia marquées de rouge par-ci par-là pour rappeler la couleur de la fameuse boule. De l'ouvrage de qualité.
J'ai pris grand plaisir à lire cette BD. J'ai beaucoup apprécié sa maturité, son cadre historique, son rythme, son ton à la fois léger et sérieux, la complexité crédible et prenante de ses protagonistes, ainsi que son mélange de ton, entre le polar sérieux, la politique grinçante et le fantastique teinté d'un peu d'absurde et de poésie.
Je lirai avec grand plaisir d'autres aventures de ces deux héros là.
Mais que c’est bon cet album ! Certains diront que ce n’est pas très original. Moi je vous le dis haut et fort j'ai adoré ce polar bien noir (et blanc) pigmenté de-ci de-là par de légères pointes grenats. Visuellement c’est sublime. L’ambiance graphique est bluffante. Du grand art à l’état pur. Le trait est un peu épais mais il est doux et sobre. Les décors sont magnifiques.
Nous plongeons allégrement dans l’âge d’or hollywoodien. Cadillac, gangsters et tripot ! un combo parfait si tu rajoutes une pin-up à tomber. Deux bellâtres - le gentil et le méchant - vont se défier bien sûr, pour conquérir son cœur.
Ça pulse sous les néons des bouges dans un Philadelphie années 50 bien reconstitué. Le bon, le truand et … la starlette en quête de gloire ! et vous savez quoi, les affaires se règlent à coup de revolver !
Hâte de découvrir la suite ! là je suis resté sur ma faim ! et je suis du genre gourmand ! impatient de caresser de nouveau de mes yeux les courbes affolantes de la belle Caprice !
Autant le dire tout de suite : j’adore la montagne ! Donc, « Le Sommet des dieux » était un manga que je devais absolument lire d’autant plus que j’admire aussi le dessinateur : Jiro Taniguchi. Seul obstacle à cette lecture, et de taille : 5 gros pavés, soit environ 1 700 pages à feuilleter ! Et cette occasion de découvrir ce manga s’est présenté à la bibliothèque universitaire de ma ville… pas d’hésitation, un emprunt et avanti !
Bon sang, je ne m’attendais vraiment pas à ça : on y découvre carrément les parcours pour grimper telle ou telle montagne célèbre, c’est fou comme le récit est hyper détaillé au point qu’une fois la lecture terminée, on pourrait croire qu’on a effectué les ascensions avec les protagonistes ! Ainsi, vous saurez beaucoup de choses sur la pointe Walker dans « les grandes Jorasses », « l’Eider », Les Alpes japonaises et surtout l’Everest ! La seule chose qui me chagrine un peu est que l’éditeur n’ait pas proposé une petite carte en début ou fin de manga pour nous situer ces fameux sommets… Bref, un détail parce que l’histoire m’est apparu passionnante et attachante. Les auteurs ont eu l’intelligence de ne pas nous barder de termes techniques les aventures de nos héros montagnards.
En effet, l’auteur nous présente ce récit basé sur deux protagonistes : le photographe sportif, Fukamachi, et un alpiniste fictif hors pair, Habu Joji. Le premier va par un fabuleux hasard mettre la main sur l’appareil photo de Mallory qui fut un des premiers hommes à gravir l’Everest en 1924 et qui est mort en ces lieux sans que l’on sache s’il avait réussi à atteindre le toit du monde…. Le deuxième est un grimpeur extraordinaire dont on suivra ces péripéties au fil des tomes. Le lecteur suivra donc le destin de ces deux personnages ainsi qu’une multitude de protagonistes secondaires plus ou moins intéressants qui formeront une histoire riche et assez émouvante.
Riche parce que le récit est très proche de la réalité : on y découvre comment un groupe se prépare avant l’assaut d’une montagne, des lieux plus ou moins mystiques (notamment Katmandou et les villages de Sherpas) … Emouvante parce qu’on s’attache vachement aux personnages principaux dont le très énigmatique Habu Joji, les auteurs en ont d’ailleurs fait un héros mystique ! Tout cela a été possible grâce à une pagination conséquente qui nous fait partager le destin de ces protagonistes, leurs peines, leurs espoirs… notamment cette question lancinante autour de l’intérêt qu’homme cherche-t-il à réaliser ces défis ?
La pagination conséquente… C’est ce que reproche le plus sur ce manga les bédéphiles qui ont pu le lire, je peux les comprendre parce que le 3ème tome comporte des séquences qui ne me sont pas apparu primordiales à la trame principale du récit et il faut reconnaitre que les auteurs ont beaucoup abusé de termes élogieux sur les aventures de nos héros. Ainsi, ce coté répétitif peut vite devenir soulant pour de nombreux lecteurs. Mais, heureusement que les autres tomes sont nettement plus passionnants en particulier les deux derniers tomes et celui sur les « Grandes Jocasses ».
Je ne reviendrais pas sur le coup de patte de Jiro Taniguchi car je le trouve magnifique. Ce dessinateur a un don de la narration que je trouve exceptionnel dans le monde du 9ème art.
Adorateur de la montagne, je ne regrette nullement pas d’avoir lu « Le Sommet des dieux ». Jiro Taniguchi est, pour moi, un de mes dessinateurs et « metteur en scène » préféré. Je reconnais que le récit présente des passages pénibles à lire parce qu’on a la sensation que l’histoire avance peu mais cela ne m’a pas empêché de savourer cette magnifique aventure. Habu Joji, le héros fictif de ce manga, est tout de même un sacré personnage !
L'inattendu.
C'est un peu comme ça que je pourrais qualifier cet album, dont je ne savais presque rien avant d'entamer sa lecture. L'essentiel de l'intrigue prend pied dans une île au large de la Crête, qui servit de ghetto à des lépreux au fil du XXème siècle. Un cadre enchanteur (la lumière et l'architecture grecques), une histoire de famille sur plusieurs générations...
Une histoire de famille, mais plein de rebondissements, de trahisons, de non-dits, de regards, de passions... L'adaptation du roman de Victoria Hislop par Roger Seiter, menée de façon très délicate, et qui conserve la place prééminente des femmes, avec leurs caractères, leurs forces, leurs failles, leurs sentiments...
Au dessin, le travail très délicat de Fred Vervisch, qui ne va pas jusqu'au bout de l'encrage, qui laisse la place à l'allusif sous cette lumière, cette langueur, dans une mise en scène à la fois inventive et sage, qui peut ensorceler...
Un bel album.
Une trilogie BD qui m'a été offerte à mon dernier anniv, et je ne suis pas déçu de sa lecture.
Fort bien documenté (références aux ouvrages de Jean Mabire et Saint Loup) tant dans le récit que le réalisme des uniformes et armements dessinés.
On se retrouve en immersion dans les ruines de Berlin et ses combats de rues que menèrent les volontaires français de la Waffen SS au sein du bataillon d'assaut Charlemagne.
J'ai adoré ! A lire et à relire !
Encore un Nury, encore une brillante réussite ! On ne se lasse pas de tresser des lauriers à cet auteur, qui a signé de nombreux récits historiques, certains sous l'angle de la fantaisie (Comment faire fortune en juin 40), d'autres sur un mode beaucoup plus sérieux (La Mort de Staline). Charlotte impératrice relève de la deuxième tendance.
Fabien Nury s'ingénie ici à nous retracer le destin tragique de l'impératrice Charlotte de Belgique, épouse de l'archiduc Maximilien de Habsbourg, présenté ici un peu comme le mouton noir de la célèbre dynastie autrichienne. On n'en est actuellement qu'à la moitié de la saga, mais indéniablement, on est face à du grand Nury ! Les personnages sont travaillés, attachants ou repoussants, mais aucun ne laisse indifférent. Si tout est vu à travers les yeux de la princesse Charlotte, donc, la nuance est là. Ainsi, on est tour-à-tour pris de sympathie, puis de pitié, d'horreur ou de dégoût face à la personnalité fantasque de Maximilien de Habsbourg. Sorte de monstre composite créé par un pouvoir visiblement sclérosé, il est à la fois une victime d'un système dont il aimerait s'extraire, et bourreau par vengeance, voulant faire ressentir aux autres le poids des sacrifices auxquels son destin l'a forcé.
Cette nuance se retrouve partout dans le récit, et il est appréciable que Nury n'ait pas fait passer une quelconque vision politique anachronique avant sa reconstitution historique. Ainsi, on craint que Charlotte ne soit présentée comme une sainte de vitrail victime des abus d'un pouvoir corrompu de toutes parts, mais c'est plus subtil. Bien sûr, on plaint Charlotte bien plus qu'on ne la déteste, et c'est normal. Mais la personnalité de la princesse se révèle également très complexe, n'hésitant pas à faire preuve de cruauté envers son mari en le laissant foncer droit dans un mur qu'elle voit depuis longtemps, ou dans le deuxième tome, en faisant chanter une pauvre fille innocente pour l'utiliser comme espionne.
Ainsi, on évite la dialectique de la pauvre héroïne sans peur et sans reproches face aux affres d'un pouvoir castrateur et intégralement mauvais. Les actions apparemment mauvaises des personnages sont, sinon justifiées, au moins expliquées (brillante scène où Charlotte accuse un officier de tuer des innocents juste avant que celui-ci ne la sauve de l'attentat qu'un de ces "innocents" allait faire sur elle), et même les personnages qui auraient pu sembler être totalement bons révèlent avoir une part obscure au contact du pouvoir.
Le deuxième tome est sans doute le plus intéressant des deux parus à ce jour, car il nous montre l'évolution de Charlotte, à la fois sur le plan intime, mais aussi et surtout politique. On assiste alors avec horreur au parcours d'une femme forte qui veut changer son destin, mais ne peut y parvenir. La manière qu'elle a de vouloir imposer des mesures qui nous semblent bonnes vues du XXIe siècle (fin de l'esclavage, liberté de culte, etc.) dans un pays en guerre où lesdites mesures sont en réalité inapplicables est brillamment décrite par les auteurs. Ce n'est pas sans évoquer le destin d'une reine complètement de fiction, Daenerys, dans cet excellent arc narratif de Game of Thrones où elle essaye d'imposer la démocratie dans une sorte de Moyen-Orient qui en est au strict opposé. Comme elle, Charlotte se casse les dents au Mexique, car sa seule alternative se résume à : imposer la liberté par la force, mais alors ce n'est plus vraiment la liberté, ou imposer la liberté par la douceur, mais c'est strictement impossible dans un pays où les habitants sont écrasés par les rebelles et par le pouvoir.
Assister au triste spectacle de cette princesse artificiellement devenue impératrice se cassant les dents face à de complexes logiques de pouvoir est sans doute la plus belle réussite de cette grande œuvre que signe Nury et Bonhomme. La dure réalité de la guerre est parfaitement illustrée dans ce récit où chaque personnage doit naviguer entre l'idéalisme, l'action, et le défaitisme sans jamais se briser sur un de ces écueils. Arrivé à ce point de la saga, Charlotte est évidemment le personnage qui semble y arriver le mieux (avec le prêtre devenu son confesseur, et qui la guide sagement), mais la fin du deuxième tome et sa terrible scène de sexe a l'air porteur de mauvais augures pour l'héroïne, nous laissant en tête plusieurs questions atroces : le viol est-il réel ou simplement imaginé par Charlotte ? Etait-ce un viol ou un acte finalement consenti par l'impératrice ? Difficile de faire la part des choses dans cette conclusion qui semble annoncer la chute de l'héroïne dans la folie, fin inévitable pour ce personnage historique, qui sera sans aucun doute traité dans le dernier tome de la saga, et préparé dans l'avant-dernier.
Je n'ai parlé ici que de Fabien Nury, mais plus que dans n'importe laquelle autre de ses bandes dessinées, la réussite de celle-ci est évidemment due au fabuleux dessin de Matthieu Bonhomme. Ce dernier a un trait d'une beauté qui confine au sublime. On le savait déjà, mais pour moi, Charlotte impératrice est sa plus belle réussite graphique à ce jour. Qu'il s'agisse d'illustrer la légèreté des premiers émois amoureux, les premières hésitations de la vie conjugale, le soleil chaleureux de l'Italie ou le soleil de plomb du Mexique, l'horreur de la guerre... Matthieu Bonhomme est parfait dans tout ! La souplesse de son trait est d'une aisance assez incroyable, qui sert mieux que jamais le récit qu'il illustre.
Il faut également mentionner la coloriste Isabelle Merlet. C'est aussi grâce à elle et aux couleurs chatoyantes qu'elle apporte au récit que Charlotte impératrice doit sa réussite. Les yeux se régalent à chaque case, à chaque planche, il y a là une alchimie entre le dessin, les couleurs et l'histoire qui est le signe qu'on est bel et bien face à une grande œuvre.
Quant à savoir s'il s'agira d'un chef-d'œuvre, attendons encore les deux prochains tomes pour le savoir...
Je suis un peu étonné du peu d'échos que cet ouvrage de Nicolas Wild a suscité. Nicolas Wild s'affirme de plus en plus au fil de ses productions comme un très bon dans sa catégorie reportage/documentaire.
Comme il le décrit, il a longtemps hésité et a souvent voulu abandonner ce projet tellement cela le sortait de sa zone de confort et tellement ça le bougeait.
Ce n'est pas si facile de se rendre compte qu'il n'y a nul besoin de faire 10 h d'avion pour caricaturer des vilaines dictatures qui pratiquent la torture, l'humiliation et le manque le plus élémentaire des droits humains.
Cela se passe sous notre nez mais nous sommes aveugles et coupables d'impuissance pour empêcher des faits qui sont dans notre rue.
Le reportage de Nicolas Wild le montre bien, 35 millions d'habitantes de la métropole peuvent être sous la menace d'actes présentés comme les pires stéréotypes moyenâgeux.
Nicolas Wild a eu le grand mérite de trouver l'exacte distance entre deux mondes qui se côtoient en cette remarquable maison des femmes de Saint-Denis (93). Le monde des victimes, toutes des femmes. Bien sûr la présence des hommes est toujours en ombres portées.
Présence souvent malveillante mais quelquefois salvatrice comme JB qui risque sa vie pour sauver sa Lyla aimée. Impossible de hiérarchiser les épreuves et les souffrances endurées par Grace, Lyla, Sophie ou Valentine. Elles ont toutes vécues un chemin de croix dans la durée.
La seule satisfaction que l'on peut avoir en refermant le livre, c'est qu'elles s'en soient sorties vivantes avec une possibilité d'avenir.
Pour écouter et aider ces victimes, Nicolas Wild nous montre le monde des soignant(e)s. Un monde un peu déroutant pour un néophyte car il semble assez distant bien que très compétent.
Nicolas Wild insiste sur la grande cohésion de ces professionnelles formidables qui savent que l'efficacité de leurs actions dépend de leur sang-froid et de la capacité de se protéger de se laisser submerger par une empathie légitime mais souvent déstabilisatrice et contreproductive.
Pour avoir côtoyé du public de CHRS, je sais combien ce travail est difficile et souvent peu valorisé.
C'est le grand mérite de Nicolas Wild de mettre en lumière l'énorme travail du Dr Ghada Hatem et de ses collègues qui brassent la réalité concrète d'un quotidien déprimant.
Travail de soins, d'organisation, de management, de communication et de lobbying pour que la structure dure et essaime.
Comme à son habitude Wild se met en scène avec humour. C'est vraiment très fort qu'il puisse incorporer un zest d'humour graphique ou dans son langage pour libérer la pression qu'impose l'ouvrage.
L'auteur est tellement dans le ton de l'ambiance du lieu qu'il nous livre une confidence qui abasourdit ses interlocutrices (et ses lecteurs).
Je considère que dans cet exercice de reportage qui ne doit pas tomber dans le voyeurisme ni travailler pour sa gloire perso, mais se mettre au service des victimes, Monsieur Nicolas Wild réussit un sans-faute.
Un Must pour comprendre le monde qui nous entoure.
Cet album est extraordinaire.
Extraordinaire car il nous relate la vie d’un personnage ordinaire animé par un rêve peu banal.
Extraordinaire car il nous relate la vie d’un peuple ordinaire confronté depuis toujours à une nature extraordinairement inhospitalière.
Extraordinaire car il nous relate la fin d’une civilisation, d’une culture, et la disparition de savoirs ancestraux au nom de la mondialisation et de l’uniformisation des modes de vie.
Cet album est extraordinaire car il m’a ému comme peu y parviennent.
Et puis il y a l’inventivité de Simon Hureau pour nous conter la destinée de Max, usant de narrateurs peu banals, employant un ton léger pour nous parler de choses parfois extrêmement sombres, dramatiques, déprimantes.
Et puis il y a le fait que cet album nous présente un peuple extrêmement écologiste mais d’une écologie de terrain si éloignée de notre vision souvent trop idéalisée de l’écologie. Leur rapport à la chasse, les liens qui les unissent à leurs chiens, la violence de certains rapports de force choquent autant que la solidarité qui unit les membres de cette communauté, le respect et l’écoute de la nature dont ils font preuve fascinent.
Et puis il y a ce personnage de Max, qui est allé au bout de son rêve et qui aujourd’hui transmet à son tour le savoir qui lui a été transmis à son arrivée.
Enfin il y a le fait que cette histoire est réelle, qu’il ne s’agit en rien d’une fiction et qu’elle constitue un extraordinaire témoignage d’une culture appelée à disparaître mais pour laquelle certains se battent avec l’énergie du désespoir.
Dois-je vraiment vous préciser que j’ai adoré ?
C'est toujours aussi bon de relire du Redolfi et plus particulièrement ce Holy Wood.
Un portrait de Marilyn Monroe à la limite du fantastique et pour bien en comprendre toutes les subtilités, il vaut mieux bien connaître son parcours et pas seulement celui d'actrice.
Tommy Redolfi nous dévoile son cheminement de Norma Jean Baker à celui de sexe symbole. Dans un monde imaginaire, il dépeint certaines étapes de sa vie de façon onirique. Et le monde de Holy Wood est tout sauf un monde de bisounours. Les hommes qui gravitent autour d'elle sont pour la plupart des requins qui ne veulent que profiter de son image, de sa popularité, de son corps.
On découvre une femme attachante qui veut être une vraie comédienne et non la blonde potiche à la poitrine avantageuse.
Une narration émouvante, sombre et inquiétante, j'ai particulièrement apprécié la relation entre Marilyn et cette petite fille, le reflet de son enfance et de ses fêlures. Elle se refugiera dans un monde parallèle pour fuir ses démons par le biais de médicaments et/ou d'alcool. Un appel au secours. Il restera sans réponse.
Le dessin de Redolfi se reconnaît au premier coup d'œil avec ses visages particuliers. Son trait est fin, précis et fluide. La colorisation apporte cette ambiance étrange et lugubre. Que c'est beau.
Très, très recommandable.
Je réécris mon avis après avoir lu et relu tous les albums de cette merveilleuse série.
Un des éléments qui fait que Batman est mon super-héros préféré est la galerie de méchant qu'il affronte. J'adore la plupart des méchants de Batman et j'étais bien content lorsqu’Urban Comics a annoncé ses 6 albums mettant en vedette des méchants importants de l'univers Batman (le Joker ne s'y retrouve pas car il y a déjà eu droit à sa propre anthologie).
Les histoires choisies sont globalement bonnes même si évidemment il y a du bon et du moins bon comme c'est le cas dans tout album de recueil. Je dois dire que les quelques histoires des années 50-60 m'ont laissé indifférent et la plupart des récits des années 2010 ne m'ont pas paru bon. Enfin, c'est quand même pas mal d'avoir des récits de différents périodes, cela permet d'avoir un survole de l'histoire des comics et voir comment Batman a évolué au fil du temps.
Les trois seuls gros reproches que j'ai sont:
1. Le Pingouin n'a droit qu'à deux histoires parus durant l'Age d'or (les années 40 et le début des années 50) alors que c'était le second méchant le plus récurrent de cette période et en plus je trouve que la plupart des histoires du Pingouin font parti du haut du panier des comics de cette époque. C'est incompréhensible lorsqu'on voit que Double-Face a droit à 5 histoires tirés de cette période (alors que les deux dernières ne sont pas terribles) et le Joker en avait autant dans sa propre anthologie. Le pire est qu'Urban Comics lance cette année une intégrale Batman commençant en 1987 et que l'album du Pingouin est dominé par des récits de la fin des années 80 et le début des années 90, et ben d'ici quelques temps son album va être remplit d'histoires qu'on peut trouver dans d'autres albums disponibles en français.
2, Je ne comprends pas qu'on ait pas mis le récit des années 60 qui marquait le retour du Sphinx. C'est pas que le récit soit particulièrement mémorable, mais ce récit est arrivé pile lorsqu'on commençait la production de la série Batman avec Adam West et cette histoire avait attiré l'attention des producteurs et cela a servit de base pour le premier double épisode et c'est la série qui va propulsé le Sphinx au rang des ennemis les plus connus et les plus importants de Batman alors ce récit est très important dans la biographie du méchant.
3. J’aurais aimé plus de récit issue de l'Age de bronze (les années 70- milieu des années 80) parce que c'est une période que j'aime bien. Il y a un récit de cette époque avec Double-Face qui est très bon par exemple. Au moins, j'aurais mis un récit de Poison Ivy de cette époque pour bien montrer comment elle était un personnage bien différent à l'époque, comme ils l'ont fait dans l'album avec Mister Freeze.
Mais bon ce sont des reproches d'un type qui connait bien Batman. Le lecteur lambda qui ne connait pas trop les comics sera juste content d'avoir des albums qui leur permettront de mieux connaitre les méchants les plus connus de la chauve-souris. Pour moi, cela reste malgré tout un très bon travail éditorial remplient de récits que j'aime relire de temps à autre. Il y a seulement l'album de Poison Ivy que je trouve vraiment moyen (seulement trois récits m'ont paru très bons). Mon intérêt variait aussi selon si j'adorais un méchant plus que d'autres (le Pingouin est mon méchant préféré parmi les 6 et comme par hasard son album est celui que je préfère).
Donc voilà il y a des défauts, mais aussi beaucoup de qualités et comme fan de Batman je trouve ses albums cultes alors je mets la note maximum. Je précise que pour aimer il faut être fan de récits de super-héros. Si vous n'aimez pas les codes du genre vous allez vite vous ennuyez. Il faut aussi accepter quelques éléments un peu trop récurrent par moment (sérieux la moitié des histoires de l'Épouvantail finissent avec l'Épouvantail victime de son propre gaz et maintenant il a peur). Je conseillerais aussi de commencer par l'album du méchant qui vous intéresse le plus !
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Bertille & Bertille
Bertille & Bertille est un réjouissant cocktail de genres : à la fois profondément ancré dans le genre policier, dans le pur fantastique limite science-fiction, mais aussi dans l'Historique. Le cadre est sa première originalité puisque l'histoire se déroule peu de temps après la Première Guerre Mondiale. L'ambiance politique de l'époque joue un rôle très présent, avec un gouvernement soucieux de montrer la France victorieuse sous son meilleur jour quitte à mentir au peuple et à mettre une arrogante pression sur ses fonctionnaires. Le héros lui-même est un ancien des tranchées qui n'a pas gardé de séquelles physiques, contrairement à son meilleur ami, mais ça l'a rendu nettement plus rude et taiseux, n'hésitant pas à faire preuve de violence pour arriver à ses fins. Je suppose que la série comportera une suite d'histoires complètes en un tome. Pour ce qui est de la première, elle mêle deux intrigues en parallèle. Il y a d'abord l'enquête du commissaire Bertille pour retrouver un militant anarchiste ardemment recherché par le préfet de Paris et pour comprendre ce qui se trame autour de lui. Nous sommes ici dans le cadre d'une enquête policière très réaliste, crédible et bien menée. Et en parallèle donc, il y a tout le mystère autour de cette étrange boule rouge qui s'est écrasée dans la forêt sous les yeux du commissaire et dont il est chargé de s'occuper avant d'être remplacé par de plus hautes autorités quand il s'avère que la boule est indestructible et surtout qu'elle grandit inlassablement. Cette partie là de l'intrigue flirte nettement plus avec le fantastique et la science-fiction sans pour autant réduire le réalisme de l'ensemble. Les réactions de tous les protagonistes sont crédibles et tiennent la route du moment qu'on accepte le concept incroyable de cette boule mystérieuse. Et c'est là qu'intervient aussi l'autre Bertille, une riche héritière un peu extravagante, elle aussi témoin de l'atterrissage de la boule. Elle va rapidement lier des liens avec le commissaire bougon, lui apporter sa légèreté, son imagination et lui ouvrir l'esprit sur une autre manière d'appréhender cet évènement fantastique. La relation entre les deux personnages fonctionne très bien et on s'attache autant à l'une qu'à l'autre. L'ensemble est mis en scène avec un graphisme élégant, en teintes sépia marquées de rouge par-ci par-là pour rappeler la couleur de la fameuse boule. De l'ouvrage de qualité. J'ai pris grand plaisir à lire cette BD. J'ai beaucoup apprécié sa maturité, son cadre historique, son rythme, son ton à la fois léger et sérieux, la complexité crédible et prenante de ses protagonistes, ainsi que son mélange de ton, entre le polar sérieux, la politique grinçante et le fantastique teinté d'un peu d'absurde et de poésie. Je lirai avec grand plaisir d'autres aventures de ces deux héros là.
Noir burlesque
Mais que c’est bon cet album ! Certains diront que ce n’est pas très original. Moi je vous le dis haut et fort j'ai adoré ce polar bien noir (et blanc) pigmenté de-ci de-là par de légères pointes grenats. Visuellement c’est sublime. L’ambiance graphique est bluffante. Du grand art à l’état pur. Le trait est un peu épais mais il est doux et sobre. Les décors sont magnifiques. Nous plongeons allégrement dans l’âge d’or hollywoodien. Cadillac, gangsters et tripot ! un combo parfait si tu rajoutes une pin-up à tomber. Deux bellâtres - le gentil et le méchant - vont se défier bien sûr, pour conquérir son cœur. Ça pulse sous les néons des bouges dans un Philadelphie années 50 bien reconstitué. Le bon, le truand et … la starlette en quête de gloire ! et vous savez quoi, les affaires se règlent à coup de revolver ! Hâte de découvrir la suite ! là je suis resté sur ma faim ! et je suis du genre gourmand ! impatient de caresser de nouveau de mes yeux les courbes affolantes de la belle Caprice !
Le Sommet des dieux
Autant le dire tout de suite : j’adore la montagne ! Donc, « Le Sommet des dieux » était un manga que je devais absolument lire d’autant plus que j’admire aussi le dessinateur : Jiro Taniguchi. Seul obstacle à cette lecture, et de taille : 5 gros pavés, soit environ 1 700 pages à feuilleter ! Et cette occasion de découvrir ce manga s’est présenté à la bibliothèque universitaire de ma ville… pas d’hésitation, un emprunt et avanti ! Bon sang, je ne m’attendais vraiment pas à ça : on y découvre carrément les parcours pour grimper telle ou telle montagne célèbre, c’est fou comme le récit est hyper détaillé au point qu’une fois la lecture terminée, on pourrait croire qu’on a effectué les ascensions avec les protagonistes ! Ainsi, vous saurez beaucoup de choses sur la pointe Walker dans « les grandes Jorasses », « l’Eider », Les Alpes japonaises et surtout l’Everest ! La seule chose qui me chagrine un peu est que l’éditeur n’ait pas proposé une petite carte en début ou fin de manga pour nous situer ces fameux sommets… Bref, un détail parce que l’histoire m’est apparu passionnante et attachante. Les auteurs ont eu l’intelligence de ne pas nous barder de termes techniques les aventures de nos héros montagnards. En effet, l’auteur nous présente ce récit basé sur deux protagonistes : le photographe sportif, Fukamachi, et un alpiniste fictif hors pair, Habu Joji. Le premier va par un fabuleux hasard mettre la main sur l’appareil photo de Mallory qui fut un des premiers hommes à gravir l’Everest en 1924 et qui est mort en ces lieux sans que l’on sache s’il avait réussi à atteindre le toit du monde…. Le deuxième est un grimpeur extraordinaire dont on suivra ces péripéties au fil des tomes. Le lecteur suivra donc le destin de ces deux personnages ainsi qu’une multitude de protagonistes secondaires plus ou moins intéressants qui formeront une histoire riche et assez émouvante. Riche parce que le récit est très proche de la réalité : on y découvre comment un groupe se prépare avant l’assaut d’une montagne, des lieux plus ou moins mystiques (notamment Katmandou et les villages de Sherpas) … Emouvante parce qu’on s’attache vachement aux personnages principaux dont le très énigmatique Habu Joji, les auteurs en ont d’ailleurs fait un héros mystique ! Tout cela a été possible grâce à une pagination conséquente qui nous fait partager le destin de ces protagonistes, leurs peines, leurs espoirs… notamment cette question lancinante autour de l’intérêt qu’homme cherche-t-il à réaliser ces défis ? La pagination conséquente… C’est ce que reproche le plus sur ce manga les bédéphiles qui ont pu le lire, je peux les comprendre parce que le 3ème tome comporte des séquences qui ne me sont pas apparu primordiales à la trame principale du récit et il faut reconnaitre que les auteurs ont beaucoup abusé de termes élogieux sur les aventures de nos héros. Ainsi, ce coté répétitif peut vite devenir soulant pour de nombreux lecteurs. Mais, heureusement que les autres tomes sont nettement plus passionnants en particulier les deux derniers tomes et celui sur les « Grandes Jocasses ». Je ne reviendrais pas sur le coup de patte de Jiro Taniguchi car je le trouve magnifique. Ce dessinateur a un don de la narration que je trouve exceptionnel dans le monde du 9ème art. Adorateur de la montagne, je ne regrette nullement pas d’avoir lu « Le Sommet des dieux ». Jiro Taniguchi est, pour moi, un de mes dessinateurs et « metteur en scène » préféré. Je reconnais que le récit présente des passages pénibles à lire parce qu’on a la sensation que l’histoire avance peu mais cela ne m’a pas empêché de savourer cette magnifique aventure. Habu Joji, le héros fictif de ce manga, est tout de même un sacré personnage !
L'Île des Oubliés
L'inattendu. C'est un peu comme ça que je pourrais qualifier cet album, dont je ne savais presque rien avant d'entamer sa lecture. L'essentiel de l'intrigue prend pied dans une île au large de la Crête, qui servit de ghetto à des lépreux au fil du XXème siècle. Un cadre enchanteur (la lumière et l'architecture grecques), une histoire de famille sur plusieurs générations... Une histoire de famille, mais plein de rebondissements, de trahisons, de non-dits, de regards, de passions... L'adaptation du roman de Victoria Hislop par Roger Seiter, menée de façon très délicate, et qui conserve la place prééminente des femmes, avec leurs caractères, leurs forces, leurs failles, leurs sentiments... Au dessin, le travail très délicat de Fred Vervisch, qui ne va pas jusqu'au bout de l'encrage, qui laisse la place à l'allusif sous cette lumière, cette langueur, dans une mise en scène à la fois inventive et sage, qui peut ensorceler... Un bel album.
Berlin sera notre tombeau
Une trilogie BD qui m'a été offerte à mon dernier anniv, et je ne suis pas déçu de sa lecture. Fort bien documenté (références aux ouvrages de Jean Mabire et Saint Loup) tant dans le récit que le réalisme des uniformes et armements dessinés. On se retrouve en immersion dans les ruines de Berlin et ses combats de rues que menèrent les volontaires français de la Waffen SS au sein du bataillon d'assaut Charlemagne. J'ai adoré ! A lire et à relire !
Charlotte Impératrice
Encore un Nury, encore une brillante réussite ! On ne se lasse pas de tresser des lauriers à cet auteur, qui a signé de nombreux récits historiques, certains sous l'angle de la fantaisie (Comment faire fortune en juin 40), d'autres sur un mode beaucoup plus sérieux (La Mort de Staline). Charlotte impératrice relève de la deuxième tendance. Fabien Nury s'ingénie ici à nous retracer le destin tragique de l'impératrice Charlotte de Belgique, épouse de l'archiduc Maximilien de Habsbourg, présenté ici un peu comme le mouton noir de la célèbre dynastie autrichienne. On n'en est actuellement qu'à la moitié de la saga, mais indéniablement, on est face à du grand Nury ! Les personnages sont travaillés, attachants ou repoussants, mais aucun ne laisse indifférent. Si tout est vu à travers les yeux de la princesse Charlotte, donc, la nuance est là. Ainsi, on est tour-à-tour pris de sympathie, puis de pitié, d'horreur ou de dégoût face à la personnalité fantasque de Maximilien de Habsbourg. Sorte de monstre composite créé par un pouvoir visiblement sclérosé, il est à la fois une victime d'un système dont il aimerait s'extraire, et bourreau par vengeance, voulant faire ressentir aux autres le poids des sacrifices auxquels son destin l'a forcé. Cette nuance se retrouve partout dans le récit, et il est appréciable que Nury n'ait pas fait passer une quelconque vision politique anachronique avant sa reconstitution historique. Ainsi, on craint que Charlotte ne soit présentée comme une sainte de vitrail victime des abus d'un pouvoir corrompu de toutes parts, mais c'est plus subtil. Bien sûr, on plaint Charlotte bien plus qu'on ne la déteste, et c'est normal. Mais la personnalité de la princesse se révèle également très complexe, n'hésitant pas à faire preuve de cruauté envers son mari en le laissant foncer droit dans un mur qu'elle voit depuis longtemps, ou dans le deuxième tome, en faisant chanter une pauvre fille innocente pour l'utiliser comme espionne. Ainsi, on évite la dialectique de la pauvre héroïne sans peur et sans reproches face aux affres d'un pouvoir castrateur et intégralement mauvais. Les actions apparemment mauvaises des personnages sont, sinon justifiées, au moins expliquées (brillante scène où Charlotte accuse un officier de tuer des innocents juste avant que celui-ci ne la sauve de l'attentat qu'un de ces "innocents" allait faire sur elle), et même les personnages qui auraient pu sembler être totalement bons révèlent avoir une part obscure au contact du pouvoir. Le deuxième tome est sans doute le plus intéressant des deux parus à ce jour, car il nous montre l'évolution de Charlotte, à la fois sur le plan intime, mais aussi et surtout politique. On assiste alors avec horreur au parcours d'une femme forte qui veut changer son destin, mais ne peut y parvenir. La manière qu'elle a de vouloir imposer des mesures qui nous semblent bonnes vues du XXIe siècle (fin de l'esclavage, liberté de culte, etc.) dans un pays en guerre où lesdites mesures sont en réalité inapplicables est brillamment décrite par les auteurs. Ce n'est pas sans évoquer le destin d'une reine complètement de fiction, Daenerys, dans cet excellent arc narratif de Game of Thrones où elle essaye d'imposer la démocratie dans une sorte de Moyen-Orient qui en est au strict opposé. Comme elle, Charlotte se casse les dents au Mexique, car sa seule alternative se résume à : imposer la liberté par la force, mais alors ce n'est plus vraiment la liberté, ou imposer la liberté par la douceur, mais c'est strictement impossible dans un pays où les habitants sont écrasés par les rebelles et par le pouvoir. Assister au triste spectacle de cette princesse artificiellement devenue impératrice se cassant les dents face à de complexes logiques de pouvoir est sans doute la plus belle réussite de cette grande œuvre que signe Nury et Bonhomme. La dure réalité de la guerre est parfaitement illustrée dans ce récit où chaque personnage doit naviguer entre l'idéalisme, l'action, et le défaitisme sans jamais se briser sur un de ces écueils. Arrivé à ce point de la saga, Charlotte est évidemment le personnage qui semble y arriver le mieux (avec le prêtre devenu son confesseur, et qui la guide sagement), mais la fin du deuxième tome et sa terrible scène de sexe a l'air porteur de mauvais augures pour l'héroïne, nous laissant en tête plusieurs questions atroces : le viol est-il réel ou simplement imaginé par Charlotte ? Etait-ce un viol ou un acte finalement consenti par l'impératrice ? Difficile de faire la part des choses dans cette conclusion qui semble annoncer la chute de l'héroïne dans la folie, fin inévitable pour ce personnage historique, qui sera sans aucun doute traité dans le dernier tome de la saga, et préparé dans l'avant-dernier. Je n'ai parlé ici que de Fabien Nury, mais plus que dans n'importe laquelle autre de ses bandes dessinées, la réussite de celle-ci est évidemment due au fabuleux dessin de Matthieu Bonhomme. Ce dernier a un trait d'une beauté qui confine au sublime. On le savait déjà, mais pour moi, Charlotte impératrice est sa plus belle réussite graphique à ce jour. Qu'il s'agisse d'illustrer la légèreté des premiers émois amoureux, les premières hésitations de la vie conjugale, le soleil chaleureux de l'Italie ou le soleil de plomb du Mexique, l'horreur de la guerre... Matthieu Bonhomme est parfait dans tout ! La souplesse de son trait est d'une aisance assez incroyable, qui sert mieux que jamais le récit qu'il illustre. Il faut également mentionner la coloriste Isabelle Merlet. C'est aussi grâce à elle et aux couleurs chatoyantes qu'elle apporte au récit que Charlotte impératrice doit sa réussite. Les yeux se régalent à chaque case, à chaque planche, il y a là une alchimie entre le dessin, les couleurs et l'histoire qui est le signe qu'on est bel et bien face à une grande œuvre. Quant à savoir s'il s'agira d'un chef-d'œuvre, attendons encore les deux prochains tomes pour le savoir...
À la Maison des femmes
Je suis un peu étonné du peu d'échos que cet ouvrage de Nicolas Wild a suscité. Nicolas Wild s'affirme de plus en plus au fil de ses productions comme un très bon dans sa catégorie reportage/documentaire. Comme il le décrit, il a longtemps hésité et a souvent voulu abandonner ce projet tellement cela le sortait de sa zone de confort et tellement ça le bougeait. Ce n'est pas si facile de se rendre compte qu'il n'y a nul besoin de faire 10 h d'avion pour caricaturer des vilaines dictatures qui pratiquent la torture, l'humiliation et le manque le plus élémentaire des droits humains. Cela se passe sous notre nez mais nous sommes aveugles et coupables d'impuissance pour empêcher des faits qui sont dans notre rue. Le reportage de Nicolas Wild le montre bien, 35 millions d'habitantes de la métropole peuvent être sous la menace d'actes présentés comme les pires stéréotypes moyenâgeux. Nicolas Wild a eu le grand mérite de trouver l'exacte distance entre deux mondes qui se côtoient en cette remarquable maison des femmes de Saint-Denis (93). Le monde des victimes, toutes des femmes. Bien sûr la présence des hommes est toujours en ombres portées. Présence souvent malveillante mais quelquefois salvatrice comme JB qui risque sa vie pour sauver sa Lyla aimée. Impossible de hiérarchiser les épreuves et les souffrances endurées par Grace, Lyla, Sophie ou Valentine. Elles ont toutes vécues un chemin de croix dans la durée. La seule satisfaction que l'on peut avoir en refermant le livre, c'est qu'elles s'en soient sorties vivantes avec une possibilité d'avenir. Pour écouter et aider ces victimes, Nicolas Wild nous montre le monde des soignant(e)s. Un monde un peu déroutant pour un néophyte car il semble assez distant bien que très compétent. Nicolas Wild insiste sur la grande cohésion de ces professionnelles formidables qui savent que l'efficacité de leurs actions dépend de leur sang-froid et de la capacité de se protéger de se laisser submerger par une empathie légitime mais souvent déstabilisatrice et contreproductive. Pour avoir côtoyé du public de CHRS, je sais combien ce travail est difficile et souvent peu valorisé. C'est le grand mérite de Nicolas Wild de mettre en lumière l'énorme travail du Dr Ghada Hatem et de ses collègues qui brassent la réalité concrète d'un quotidien déprimant. Travail de soins, d'organisation, de management, de communication et de lobbying pour que la structure dure et essaime. Comme à son habitude Wild se met en scène avec humour. C'est vraiment très fort qu'il puisse incorporer un zest d'humour graphique ou dans son langage pour libérer la pression qu'impose l'ouvrage. L'auteur est tellement dans le ton de l'ambiance du lieu qu'il nous livre une confidence qui abasourdit ses interlocutrices (et ses lecteurs). Je considère que dans cet exercice de reportage qui ne doit pas tomber dans le voyeurisme ni travailler pour sa gloire perso, mais se mettre au service des victimes, Monsieur Nicolas Wild réussit un sans-faute. Un Must pour comprendre le monde qui nous entoure.
Sermilik - Là où naissent les glaces
Cet album est extraordinaire. Extraordinaire car il nous relate la vie d’un personnage ordinaire animé par un rêve peu banal. Extraordinaire car il nous relate la vie d’un peuple ordinaire confronté depuis toujours à une nature extraordinairement inhospitalière. Extraordinaire car il nous relate la fin d’une civilisation, d’une culture, et la disparition de savoirs ancestraux au nom de la mondialisation et de l’uniformisation des modes de vie. Cet album est extraordinaire car il m’a ému comme peu y parviennent. Et puis il y a l’inventivité de Simon Hureau pour nous conter la destinée de Max, usant de narrateurs peu banals, employant un ton léger pour nous parler de choses parfois extrêmement sombres, dramatiques, déprimantes. Et puis il y a le fait que cet album nous présente un peuple extrêmement écologiste mais d’une écologie de terrain si éloignée de notre vision souvent trop idéalisée de l’écologie. Leur rapport à la chasse, les liens qui les unissent à leurs chiens, la violence de certains rapports de force choquent autant que la solidarité qui unit les membres de cette communauté, le respect et l’écoute de la nature dont ils font preuve fascinent. Et puis il y a ce personnage de Max, qui est allé au bout de son rêve et qui aujourd’hui transmet à son tour le savoir qui lui a été transmis à son arrivée. Enfin il y a le fait que cette histoire est réelle, qu’il ne s’agit en rien d’une fiction et qu’elle constitue un extraordinaire témoignage d’une culture appelée à disparaître mais pour laquelle certains se battent avec l’énergie du désespoir. Dois-je vraiment vous préciser que j’ai adoré ?
Holy Wood - Portrait fantasmé de Marilyn Monroe
C'est toujours aussi bon de relire du Redolfi et plus particulièrement ce Holy Wood. Un portrait de Marilyn Monroe à la limite du fantastique et pour bien en comprendre toutes les subtilités, il vaut mieux bien connaître son parcours et pas seulement celui d'actrice. Tommy Redolfi nous dévoile son cheminement de Norma Jean Baker à celui de sexe symbole. Dans un monde imaginaire, il dépeint certaines étapes de sa vie de façon onirique. Et le monde de Holy Wood est tout sauf un monde de bisounours. Les hommes qui gravitent autour d'elle sont pour la plupart des requins qui ne veulent que profiter de son image, de sa popularité, de son corps. On découvre une femme attachante qui veut être une vraie comédienne et non la blonde potiche à la poitrine avantageuse. Une narration émouvante, sombre et inquiétante, j'ai particulièrement apprécié la relation entre Marilyn et cette petite fille, le reflet de son enfance et de ses fêlures. Elle se refugiera dans un monde parallèle pour fuir ses démons par le biais de médicaments et/ou d'alcool. Un appel au secours. Il restera sans réponse. Le dessin de Redolfi se reconnaît au premier coup d'œil avec ses visages particuliers. Son trait est fin, précis et fluide. La colorisation apporte cette ambiance étrange et lugubre. Que c'est beau. Très, très recommandable.
Batman Arkham
Je réécris mon avis après avoir lu et relu tous les albums de cette merveilleuse série. Un des éléments qui fait que Batman est mon super-héros préféré est la galerie de méchant qu'il affronte. J'adore la plupart des méchants de Batman et j'étais bien content lorsqu’Urban Comics a annoncé ses 6 albums mettant en vedette des méchants importants de l'univers Batman (le Joker ne s'y retrouve pas car il y a déjà eu droit à sa propre anthologie). Les histoires choisies sont globalement bonnes même si évidemment il y a du bon et du moins bon comme c'est le cas dans tout album de recueil. Je dois dire que les quelques histoires des années 50-60 m'ont laissé indifférent et la plupart des récits des années 2010 ne m'ont pas paru bon. Enfin, c'est quand même pas mal d'avoir des récits de différents périodes, cela permet d'avoir un survole de l'histoire des comics et voir comment Batman a évolué au fil du temps. Les trois seuls gros reproches que j'ai sont: 1. Le Pingouin n'a droit qu'à deux histoires parus durant l'Age d'or (les années 40 et le début des années 50) alors que c'était le second méchant le plus récurrent de cette période et en plus je trouve que la plupart des histoires du Pingouin font parti du haut du panier des comics de cette époque. C'est incompréhensible lorsqu'on voit que Double-Face a droit à 5 histoires tirés de cette période (alors que les deux dernières ne sont pas terribles) et le Joker en avait autant dans sa propre anthologie. Le pire est qu'Urban Comics lance cette année une intégrale Batman commençant en 1987 et que l'album du Pingouin est dominé par des récits de la fin des années 80 et le début des années 90, et ben d'ici quelques temps son album va être remplit d'histoires qu'on peut trouver dans d'autres albums disponibles en français. 2, Je ne comprends pas qu'on ait pas mis le récit des années 60 qui marquait le retour du Sphinx. C'est pas que le récit soit particulièrement mémorable, mais ce récit est arrivé pile lorsqu'on commençait la production de la série Batman avec Adam West et cette histoire avait attiré l'attention des producteurs et cela a servit de base pour le premier double épisode et c'est la série qui va propulsé le Sphinx au rang des ennemis les plus connus et les plus importants de Batman alors ce récit est très important dans la biographie du méchant. 3. J’aurais aimé plus de récit issue de l'Age de bronze (les années 70- milieu des années 80) parce que c'est une période que j'aime bien. Il y a un récit de cette époque avec Double-Face qui est très bon par exemple. Au moins, j'aurais mis un récit de Poison Ivy de cette époque pour bien montrer comment elle était un personnage bien différent à l'époque, comme ils l'ont fait dans l'album avec Mister Freeze. Mais bon ce sont des reproches d'un type qui connait bien Batman. Le lecteur lambda qui ne connait pas trop les comics sera juste content d'avoir des albums qui leur permettront de mieux connaitre les méchants les plus connus de la chauve-souris. Pour moi, cela reste malgré tout un très bon travail éditorial remplient de récits que j'aime relire de temps à autre. Il y a seulement l'album de Poison Ivy que je trouve vraiment moyen (seulement trois récits m'ont paru très bons). Mon intérêt variait aussi selon si j'adorais un méchant plus que d'autres (le Pingouin est mon méchant préféré parmi les 6 et comme par hasard son album est celui que je préfère). Donc voilà il y a des défauts, mais aussi beaucoup de qualités et comme fan de Batman je trouve ses albums cultes alors je mets la note maximum. Je précise que pour aimer il faut être fan de récits de super-héros. Si vous n'aimez pas les codes du genre vous allez vite vous ennuyez. Il faut aussi accepter quelques éléments un peu trop récurrent par moment (sérieux la moitié des histoires de l'Épouvantail finissent avec l'Épouvantail victime de son propre gaz et maintenant il a peur). Je conseillerais aussi de commencer par l'album du méchant qui vous intéresse le plus !