Joli titre, belle aquarelle tout du long, un album post apocalyptique avec une jeune héroïne rousse à queue de renard et bottes de pluie.
C'est sympathique.
Cependant, dans ce monde de pénurie, des clans se combattent et ont choisi un rituel de jeu de ballon prisonnier pour décider qui a raison.
Comme McClure, je trouve que le fonctionnement politique est un peu simplifié, voire passe à l'arrière plan, et finalement sert de prétexte à des combats "à la manga" avec des pattes en l'air et des tourne boule. "Du pain et des jeux", plutôt qu'"un autre monde et possible".
Mais ce qui sauve l'ensemble ce sont les qualités graphiques, l'épaisseur des personnages, une intrigue familiale, une histoire d'amour, pas de discrimination de genre, une ode à l'équipe, un humour juvénile et rafraichissant.
bref un excellent cadeau pour un.e pré-ado !
Cet album peut sans doute sauver des vies .... Il raconte la dérive d'une adolescente lambda qui se retrouve dans une situation familiale très désagréable et ne réussit pas du tout à y faire face.
L'ennui, l'angoisse, l'absence de désir de l’adolescence est très bien rendu, et nous sommes tous et toutes passé.e.s par là. Les dialogues, les situations sont bien choisies et reflètent parfaitement notre société. On se rend compte à la lecture de l'album, qu'il s'en faut de peu pour que cet état normal d'une période hormonale spécifique puisse dériver sourdement vers des addictions, des rencontres avec d'autres êtres dans le même balancement marginal, puis vers des spirales dangereuses et une perte des simples réflexes de survie. C'est un âge où on ne sait plus demander de l'aide (et peut-être a-t-on toujours subvenu à nos besoin, si bien qu'on n'a jamais rien eu à demander ? Alors comment faire ? On n'a jamais appris !)
Le noir et blanc tranché (jamais de zones grises, quelques hachures) à la limite du schématique réussit quand même à rester sensible. Avec si peu de moyen, c'est une gageure.
Bref c'est à conseiller autant pour les enfants qui abordent l'adolescence, que pour les parents qui ne mesurent pas le degré de contrôle qu'ils sont sensés imprimer sur leur enfant, et finalement pour tout le monde qui pourra reconnaître des personnages de sa propre vie.
Bonjour
Ce récit m'a fait du bien. Il m'a ramené à mes 30 ans de kayak de mer en Finistère. Il m'a ouvert sur l'immensité du Canada-ouest et de l'Alaska. Les dessins et surtout les couleurs sont magnifiques. Les auteurs sont dinguos : venir s'entrainer au Conquet et Molène comme débutant puis partir seuls dans ce fjord. Chapeau !!!! Votre équipée donne des envies de retourner sur l'eau...
La période de l'exode en 1940, puis de l'armistice peu après, qui introduit l'Occupation allemande en France avec les 2 zones libre et occupée, a déja été évoquée dans l'excellente Bd Les Combattants. Mais ici, ça va un peu plus loin car si dans Les Combattants, les personnages se focalisaient sur une seule mission, ici il se passe beaucoup de choses et les actions s'enchainent sans temps morts où tout est finement observé, c'est sûrement dû à une solide documentation sur cette période sombre. C'est pas une période qui me passionne vraiment, mais je sais pas comment, les auteurs ont le don de nous y intéresser par une succession d'éléments et d'événements bien relatés et un dessin agréable.
De ce fait, au lieu de combats incessants montrés dans d'autres Bd de guerre, "le Merlu" s'intéresse plus aux personnages et à l'aspect humain. Ces 2 albums n'abordent pas des faits connus, tout est imaginé, mais on sent que ça s'appuie sur de l'authentique, je crois très sincèrement qu'il y a eu des gens comme Georges Colin, comme monsieur Leduc, comme Simon ou Fabrizzio ou encore comme ce salopard de Jean-Claude. Cette période de la guerre a révélé bien des caractères : lâcheté, haine aveugle, antisémitisme, mais aussi générosité et entraide face à un ennemi qui progressait chez nous. On découvre que des gars comme Georges Colin traversaient une partie du pays pour assurer des transports malgré ce contexte d'Occupation, et le trajet Paris-Lyon via Chalon, ça fait quand même une sacrée trotte, d'ailleurs les auteurs simplifient cet aspect car la fatigue, le roulage de nuit et l'enchainement presque simultané des parcours ne laissent pas beaucoup de temps pour dormir et se reposer, d'autant plus qu'en 1941, il n'y avait pas encore d'autoroute, que les routes étaient dans un état très relatif et qu'il fallait traverser des régions vallonées comme le Morvan, et en plus avec un Berliet au gazogène à un rythme d'escargot.
Le scénario du tome 1 prend le temps d'installer le contexte historique et les personnages, j'aime particulièrement cet album par rapport au tome 2 qui montre des opérations de la Résistance qui s'organise avec ses réseaux pour affaiblir et déstabiliser les chleus. On perçoit aussi dès le début une relation sentimentale entre Georges et Marie-Jeanne, et par la suite la description des Pétainistes qui veulent collaborer avec l'Occupant est bien perçue à travers le personnage détestable de Jean-Claude. On fait connaissance avec un tas de braves gens qui se débrouillent comme ils peuvent, bref tout ceci est remarquablement élaboré, sans compter une sorte de cliffhanger étonnant à la fin du tome 1.
Le dessinateur que je ne connaissais pas est très adroit, j'aime son dessin, c'est une sorte de néo-Ligne claire mais très personnelle, parsemée de clins d'oeil puisqu'on aperçoit Benoit Brisefer, Gil Jourdan et plusieurs personnages de Spirou qui situent les références du dessinateur. Ses cases sont très remplies et riches de détails que j'ai aimé scruter, de même que les décors sont réalistes et les têtes des personnages typiques de cette époque, rien d'anachronique ne vient troubler ce dessin appliqué.
Une très bonne série qui m'a rappelé le film le Train, grosse production américaine tournée en France par John Frankenheimer (avec pas mal d'acteurs français) qui décrivait les actions de la Résistance ; j'aurais vu la Bd plus en historique qu'en aventure car elle se déroule dans un contexte historique bien défini, je lirai avec plaisir le dernier tome.
200ème avis.
Mon choix se porte sur une série qui m’est chère, vous l’aurez compris à la vue de mon avatar.
Découverte au fil de ses parutions, je l’ai relue récemment et mon ressenti est identique à celui d’Alix. Qu’est ce que c’est bon !!
Une série qui me ravit, et qui monte en puissance à chaque tome. Je trouve le tout excessivement, magistralement, terriblement bien fait.
David Petersen m’impressionne, il assure tout lui même (scénario, dessin et couleur) et n’arrête pas de s’améliorer.
Son univers « Légendes de la garde » est juste magique à mes yeux, c’est mis en scène avec soin et dans une grande cohérence. Je peux comprendre que certains lecteurs ne s’y retrouvent pas, rien de super original ni bien sorcier au final, mais je ne sais pas trop comment expliquer, cette création résonne en moi, je trouve juste ça tout simplement génial. Vous savez, c’est quand vous avez cette petite voix dans votre tête pendant la lecture avec des : ah ouais, oh putain, ouah, trop bon, pfff (de bonheur) … à chaque page.
J’ai adoré cette transposition « moyenâgeuse » à la société « animale », l’auteur maîtrise son sujet et ses références pour nous proposer de la grande aventure à la taille de nos héros. J’ai été soufflé des combats contre les prédateurs, je les ai trouvé épiques. J’ai aimé me perdre dans cet univers, lire les bonus, suivre la carte des territoires, découvrir les différentes villes, les poèmes entre chapitres, reconstituer la chronologie, faire connaissance avec une multitude de personnages … le tout est d’une richesse incroyable.
On peut reprocher à l’œuvre certains défauts, un dessin un peu approximatif à ses débuts ou figé, une difficulté à reconnaître les personnages, un ton enfantin … mais qui ne m’ont absolument pas gêné tant le plaisir de lecture était là, du très très bon comics.
Bref une œuvre qui me parle et me touche, l’impression de retrouver mon âme d’enfant à chaque fois. Elle possède une belle place dans ma bibliothèque, et j’aime beaucoup la taille et la qualité des albums. Allez hop, soyons pas avare, culte et coup de cœur !!
Par contre, bien déçu que Gallimard ne traduise pas le recueil collectif :(
C'est le dernier album de Mosquito regroupant les récits courts western de Serpieri qu'il me restait à lire, ces récits sont parus dans des revues italiennes au cours des années 80, mais n'avaient pas été prépubliés dans une revue en France ; je désespérais de le lire depuis sa parution, mais c'est chose faite. Et c'est pas plus mal de le lire en dernier, car de tous les albums en mode western que j'ai lus de Serpieri, celui-ci est le plus sombre.
Des 3 récits, je suis bien ennuyé pour les départager, pour moi ils sont d'égale qualité, je ne peux avoir qu'une préférence, et cette préférence va au récit qui donne son titre à l'album : John and Mary, qui est le plus long. Il s'agit d'une touchante réunion de 2 êtres solitaires malmenés par la vie, j'ai trouvé ce récit très poétique et triste, plein d'amertume. Mais les 2 autres m'ont aussi laissé une forte impression, le premier m'a rappelé un peu le superbe western de Howard Hawks, la Captive aux yeux clairs. Ces 3 récits témoignent des aléas d'une époque rude et impitoyable dans ce vieux Far West et ont en commun la confrontation des personnages avec leur passé souvent douloureux, c'est aussi une réflexion sur les actes injustes ou odieux commis envers les Indiens ou d'autres subis par des pionniers. Ces thèmes qui dégagent une certaine humanité sont rarement traités en western.
La psychologie de ces histoires alliée au ton historique sont rehaussés par le crayonné unique et ultra reconnaissable de Serpieri dans son réalisme époustouflant qui restitue la dureté du Far West ; ce noir & blanc somptueux qui souligne la beauté grave des visages en gros plan est exceptionnel, je suis toujours en admiration devant le talent du maître italien qui a su illustrer le western à sa façon très personnelle. Un album magistral !
Voilà bien longtemps qu'une BD historique ne m'avait pas fait si bonne impression !
Le dessin de Fafner n'y est pas pour rien et c'est un réel plaisir de découvrir le talent de cet auteur qui rend merveilleusement grâce au scénario que lui a concocté Jean-Pierre Pécau. Les découpages et les cadrages sont biens pensés, sont trait est aussi affirmé que son personnage principal et la mise en couleur un peu froide est de toute beauté tout en sachant composer avec des contrastes bien pensés. Ça part plutôt très très bien de ce côté là, on pourra juste noter que tous ses personnages principaux ont quand même de sacrés corps d'athlètes pour les hommes et de déesses pour les femmes.
Lorsque Coax, notre personnage principal, mercenaire et pirate de profession, très investi dans son travail, enlève un noble romain pour demander une forte rançon, il est loin de se douter qu'ils se retrouveront rapidement, comme il lui en a pourtant fait la promesse à sa libération. Ce jeune romain ambitieux n'est autre que César, et César tient toujours ses promesses... César joue finement pour éviter la mort de Coax aux arènes et ainsi pouvoir racheter ce nouvel esclave prometteur ; les rôles ont changé ! Et c'est en s'achetant la vengeance de Coax que César s'entoure d'un atout de poids pour mener à bien ses stratégies de conquêtes... Duels et batailles rangées vont alors s'enchaîner pour satisfaire d'un côté une soif de vengeance et de l'autre celle de conquête en nous proposant des planches assez folles de toute beauté !
C'est beau, ça gicle, l'histoire est prenante : voilà donc un très bon début de série qui je l'espère saura garder cet équilibre trouvé entre histoire et aventure, servies par un dessin des plus efficace. Je recommande chaudement !
*** Tome 2 ***
Après un premier tome tonitruant et impressionnant, j'étais pressé de retrouver Coax, notre montagne gauloise au service de César.
Après avoir permis à Coax d'assouvir sa vengeance, César a de nouveau besoin de ses services pour démêler les intrigues qui l'entourent et affament Rome. Tout est forcément question de pouvoir et de trahisons, mais si de nouveaux protagonistes important s'imposent en filigrane, d'autres figures connues du premier album tissent aussi leur toile à des fins personnelles... Croax est toujours aussi prompt à se mettre dans des situations périlleuses qu'à les régler à coup de masse d'arme ou de glaive, et le bougre excelle plutôt dans ce domaine.
Ce second opus fait donc office de transition et plante le décor d'une intrigue de grande envergure entre Rome et l'Egypte. Le graphisme de Fafner est toujours aussi grandiose et sa colorisation particulière jouant beaucoup sur les contrastes donne à ses planches une singularité remarquable. J'ai juste trouvé certaines de ses cases en dessous de l'ensemble sans trop comprendre pourquoi. Certains visages donnent l'impression d'avoir été surligné au noir, ou je ne sais quoi...
J'ai également beaucoup apprécié le rôle des personnages secondaires et le soin qui leur est porté ; mention spéciale au légionnaire Titus qui joue les intermédiaires entre Coax et César ; j'adore leur relation compliquée.
J'attends donc maintenant la suite avec impatience, car là, on reste sur notre fin, comme coupé en plein élan...
*** Tome 3 ***
Voilà donc le tome conclusif de cette courte série historique.
Toujours aussi impressionnante graphiquement, (Fafner est décidément très bon tant dans la réalisation que dans la composition de ses planches), la fin de cette trilogie s'appuie sur une trame historique plus prégnante. Jean-Pierre Pécau place malicieusement notre gaulois de Coax à une période charnière de la république romaine. Cette dernière vacille en effet sous les coups de boutoir de ses principaux dirigeants prêts à tout pour assouvir leur soif de pouvoir ; la chienne d'Hadès qui intrigue subtilement dans l'ombre n'y est pas étrangère non plus... Car derrière ces luttes de pouvoir c'est bien la vengeance qui fait office de fil conducteur de cette série, chaque protagoniste ayant à cœur de mener à bien sa vendetta personnelle.
C'est donc une série rondement menée, efficace et qui s'appuie sur un graphisme remarquable qui fera le bonheur tant des amateurs de BD historique que d'aventure : un récit homérique de toute splendeur !
Le seul vrai super héros de bande dessinée.
Eh bien oui, aucun effet spécial ne permettra de le voir arriver sur nos petits ou grands écrans, celui-là ! Et c’est ça qui est bon.
Non seulement l’exercice de style très oubapien est excellent, notre ami se joue des cases de la planche, en arrive à se dédoubler et à provoquer des paradoxes temporels, mais cette contrainte ne paraît même pas forcée tant le gag fait mouche, pour ma part en tout cas.
On aurait pu croire que ce type d’exercice aurait conduit à des séquences « artificielles » avec des ajouts de cases pour que le personnage tombe pile mais il n’en est rien ! Génie de l’auteur ou heures de travail acharné ? Sans doute les deux.
Pas vraiment de redondance non plus, quelques personnages secondaires ont aussi quelques super pouvoirs tout aussi bien traités, un régal.
Et ce héros, nul besoin pour lui d’enfiler son costume, il le garde en permanence, même pour faire ses courses au marché ou manger le dimanche chez sa mémé. Je l’adore.
« - Faisons vite, j’ai promis à Mr Dutilleul d’aller bêcher son potager.
- Bêcher son potager ? Avec vos super-pouvoirs ?
- Euh non, avec une bêche. »
Mouahahahah… je sens que je vais le relire souvent.
Merci aux aviseurs de ce joli site de m’avoir fait découvrir que je pouvais aimer les super-héros aux super-pouvoirs en costume.
On ne peut pas suspecter Christian Lax d'antirépublicanisme et pourtant son "Pain d'Alouette" fait l'éloge de trois reines.
La petite reine, le vélo, pour qui les durs à cuire issus de la Grande Guerre sont prêts à tous les sacrifices pour la tenir dans leurs solides mains de guerriers.
La reine des Classiques, Paris-Roubaix, dont la participation vous impose la souffrance de ces terres d'efforts et d'amertume.
Enfin Reine Fario la fille de l'Aigle sans orteil qui est devenue pupille de la Nation en 1918.
Pain d'Alouette se présente bien comme une digne suite de l'Aigle sans orteil même si le côté cyclisme est un peu moins prononcé.
Lax nous décrit toute une galerie de caractères forts et très fouillés dans cette période d'après-guerre mais pas d'après souffrance. Poirier le capitaine plusieurs fois blessés reconverti en directeur d'orphelinat qu'il dirige comme une caserne.
Camille l'ami fidèle d'Amédée, figure d'une France généreuse et pacifiste qui n'aura de cesse de sauver Reine.
Dehauve le porion mal aimé qui pourtant prouvera sa grandeur... et sa bassesse. Sans oublier la famille Ternois issue tout droit d'un Germinal.
Car si l’Aigle nous faisait voler sur les cimes pyrénéennes, notre alouette se promène au fond des puits du pays noir des Ch'ti. L'aristocratie du vélo côtoie l'aristocratie du monde ouvrier et les deux pour l'honneur de la France et d'une Marseillaise que Lax nous présente sous son jour problématique.
Juste une pique de Lax pour nous montrer où le patriotisme irréfléchi peut nous égarer.
Mais Lax aime la République, laïque et mixte. Ce qui le conduit à nous proposer ce beau destin de Reine, une pionnière pour trouver sa place dans des domaines réservés.
Un très beau scénario avec beaucoup d'intensité dramatique, des situations injustes et sa créativité pour faire coller la petite histoire de nos héros à la grande histoire de "l'enfer du Nord".
Je trouve que le graphisme de Lax est à son meilleur, sec nerveux précis sans relâche à l'image de ces guerriers du pavé.
Lax nous gratifie en plus de paysages du pays minier absolument magnifiques. Pour qui aime cette région, il retrouvera le charme de ces campagnes parsemées d'îlots en briques rouges et gardées par les sentinelles des puits.
Une histoire qui mêle récit sportif et récit social toujours empreinte d'une grande humanité.
Une excellente lecture.
Mic Mac Adam est un détective privé écossais en kilt et au gros nez qui fera le bonheur de Spirou de 1978 à 1988.
A priori, on peut penser que ce postulat fait de Mic (je vais l'appeler ainsi pour faire plus simple) une série usuelle suivant les canons en vigueur à l'époque.
Erreur, d'abord visuellement, seul Mic a ce fameux groz nez, une trait probablement voulu caricatural afin d'essayer de rendre le personnage plus inoffensif qu'il ne l'est vraiment.
En effet, Mic se révèle rapidement un homme intelligent, ouvert aux solutions inhabituelles et surtout n'hésitant pas à prendre des décisions drastiques, voire cruelles quand il le faut (ce dernier trait est particulièrement criant dans le dernier "vrai" tome, "les 5 miroirs").
Mais l'une des grandes particularités de la série, c'est son côté adulte, voire sanglant assumé : sans être gores, les meurtres se succèdent, et souvent de manière assez graphique, n'épargnant personne, surtout les plus innocents (une histoire courte nous confronte même au meurtre d'un enfant, encore une fois c'est Spirou, même en 1984 il fallait oser..).
L'autre élément détonnant, c'est l'irruption très rapide du fantastique le plus pur, et ce dès le premier tome, Mic affrontant souvent le mal à l'état brut sous ses formes les plus variées (esprit, démon, sorcières...mais les êtres les plus monstrueux demeurent au final les simples bourreaux humains que Mic croise).
Le paroxysme sera atteint avec une histoire courte qui est de mon point de vue un chef d’œuvre absolu à la fois au niveau de l'image et du scénario, "le jugement d'Ahriman", où Mic devra aider des âmes perdues à réussir l'épreuve imposée par des dieux mésopotamiens, car en cas d'échec ils appartiendrons à Ahriman, incarnation et inspiration du diable. Non seulement cette histoire fait montre d'une documentation approfondie, mais l'une des dernières images, toute en ombre, mettant Mic face à Ahriman, est de toute beauté.
Bref je recommande fortement!
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Joli titre, belle aquarelle tout du long, un album post apocalyptique avec une jeune héroïne rousse à queue de renard et bottes de pluie. C'est sympathique. Cependant, dans ce monde de pénurie, des clans se combattent et ont choisi un rituel de jeu de ballon prisonnier pour décider qui a raison. Comme McClure, je trouve que le fonctionnement politique est un peu simplifié, voire passe à l'arrière plan, et finalement sert de prétexte à des combats "à la manga" avec des pattes en l'air et des tourne boule. "Du pain et des jeux", plutôt qu'"un autre monde et possible". Mais ce qui sauve l'ensemble ce sont les qualités graphiques, l'épaisseur des personnages, une intrigue familiale, une histoire d'amour, pas de discrimination de genre, une ode à l'équipe, un humour juvénile et rafraichissant. bref un excellent cadeau pour un.e pré-ado !
Le Muret
Cet album peut sans doute sauver des vies .... Il raconte la dérive d'une adolescente lambda qui se retrouve dans une situation familiale très désagréable et ne réussit pas du tout à y faire face. L'ennui, l'angoisse, l'absence de désir de l’adolescence est très bien rendu, et nous sommes tous et toutes passé.e.s par là. Les dialogues, les situations sont bien choisies et reflètent parfaitement notre société. On se rend compte à la lecture de l'album, qu'il s'en faut de peu pour que cet état normal d'une période hormonale spécifique puisse dériver sourdement vers des addictions, des rencontres avec d'autres êtres dans le même balancement marginal, puis vers des spirales dangereuses et une perte des simples réflexes de survie. C'est un âge où on ne sait plus demander de l'aide (et peut-être a-t-on toujours subvenu à nos besoin, si bien qu'on n'a jamais rien eu à demander ? Alors comment faire ? On n'a jamais appris !) Le noir et blanc tranché (jamais de zones grises, quelques hachures) à la limite du schématique réussit quand même à rester sensible. Avec si peu de moyen, c'est une gageure. Bref c'est à conseiller autant pour les enfants qui abordent l'adolescence, que pour les parents qui ne mesurent pas le degré de contrôle qu'ils sont sensés imprimer sur leur enfant, et finalement pour tout le monde qui pourra reconnaître des personnages de sa propre vie.
Le Passage intérieur
Bonjour Ce récit m'a fait du bien. Il m'a ramené à mes 30 ans de kayak de mer en Finistère. Il m'a ouvert sur l'immensité du Canada-ouest et de l'Alaska. Les dessins et surtout les couleurs sont magnifiques. Les auteurs sont dinguos : venir s'entrainer au Conquet et Molène comme débutant puis partir seuls dans ce fjord. Chapeau !!!! Votre équipée donne des envies de retourner sur l'eau...
Le Merlu
La période de l'exode en 1940, puis de l'armistice peu après, qui introduit l'Occupation allemande en France avec les 2 zones libre et occupée, a déja été évoquée dans l'excellente Bd Les Combattants. Mais ici, ça va un peu plus loin car si dans Les Combattants, les personnages se focalisaient sur une seule mission, ici il se passe beaucoup de choses et les actions s'enchainent sans temps morts où tout est finement observé, c'est sûrement dû à une solide documentation sur cette période sombre. C'est pas une période qui me passionne vraiment, mais je sais pas comment, les auteurs ont le don de nous y intéresser par une succession d'éléments et d'événements bien relatés et un dessin agréable. De ce fait, au lieu de combats incessants montrés dans d'autres Bd de guerre, "le Merlu" s'intéresse plus aux personnages et à l'aspect humain. Ces 2 albums n'abordent pas des faits connus, tout est imaginé, mais on sent que ça s'appuie sur de l'authentique, je crois très sincèrement qu'il y a eu des gens comme Georges Colin, comme monsieur Leduc, comme Simon ou Fabrizzio ou encore comme ce salopard de Jean-Claude. Cette période de la guerre a révélé bien des caractères : lâcheté, haine aveugle, antisémitisme, mais aussi générosité et entraide face à un ennemi qui progressait chez nous. On découvre que des gars comme Georges Colin traversaient une partie du pays pour assurer des transports malgré ce contexte d'Occupation, et le trajet Paris-Lyon via Chalon, ça fait quand même une sacrée trotte, d'ailleurs les auteurs simplifient cet aspect car la fatigue, le roulage de nuit et l'enchainement presque simultané des parcours ne laissent pas beaucoup de temps pour dormir et se reposer, d'autant plus qu'en 1941, il n'y avait pas encore d'autoroute, que les routes étaient dans un état très relatif et qu'il fallait traverser des régions vallonées comme le Morvan, et en plus avec un Berliet au gazogène à un rythme d'escargot. Le scénario du tome 1 prend le temps d'installer le contexte historique et les personnages, j'aime particulièrement cet album par rapport au tome 2 qui montre des opérations de la Résistance qui s'organise avec ses réseaux pour affaiblir et déstabiliser les chleus. On perçoit aussi dès le début une relation sentimentale entre Georges et Marie-Jeanne, et par la suite la description des Pétainistes qui veulent collaborer avec l'Occupant est bien perçue à travers le personnage détestable de Jean-Claude. On fait connaissance avec un tas de braves gens qui se débrouillent comme ils peuvent, bref tout ceci est remarquablement élaboré, sans compter une sorte de cliffhanger étonnant à la fin du tome 1. Le dessinateur que je ne connaissais pas est très adroit, j'aime son dessin, c'est une sorte de néo-Ligne claire mais très personnelle, parsemée de clins d'oeil puisqu'on aperçoit Benoit Brisefer, Gil Jourdan et plusieurs personnages de Spirou qui situent les références du dessinateur. Ses cases sont très remplies et riches de détails que j'ai aimé scruter, de même que les décors sont réalistes et les têtes des personnages typiques de cette époque, rien d'anachronique ne vient troubler ce dessin appliqué. Une très bonne série qui m'a rappelé le film le Train, grosse production américaine tournée en France par John Frankenheimer (avec pas mal d'acteurs français) qui décrivait les actions de la Résistance ; j'aurais vu la Bd plus en historique qu'en aventure car elle se déroule dans un contexte historique bien défini, je lirai avec plaisir le dernier tome.
Légendes de la Garde
200ème avis. Mon choix se porte sur une série qui m’est chère, vous l’aurez compris à la vue de mon avatar. Découverte au fil de ses parutions, je l’ai relue récemment et mon ressenti est identique à celui d’Alix. Qu’est ce que c’est bon !! Une série qui me ravit, et qui monte en puissance à chaque tome. Je trouve le tout excessivement, magistralement, terriblement bien fait. David Petersen m’impressionne, il assure tout lui même (scénario, dessin et couleur) et n’arrête pas de s’améliorer. Son univers « Légendes de la garde » est juste magique à mes yeux, c’est mis en scène avec soin et dans une grande cohérence. Je peux comprendre que certains lecteurs ne s’y retrouvent pas, rien de super original ni bien sorcier au final, mais je ne sais pas trop comment expliquer, cette création résonne en moi, je trouve juste ça tout simplement génial. Vous savez, c’est quand vous avez cette petite voix dans votre tête pendant la lecture avec des : ah ouais, oh putain, ouah, trop bon, pfff (de bonheur) … à chaque page. J’ai adoré cette transposition « moyenâgeuse » à la société « animale », l’auteur maîtrise son sujet et ses références pour nous proposer de la grande aventure à la taille de nos héros. J’ai été soufflé des combats contre les prédateurs, je les ai trouvé épiques. J’ai aimé me perdre dans cet univers, lire les bonus, suivre la carte des territoires, découvrir les différentes villes, les poèmes entre chapitres, reconstituer la chronologie, faire connaissance avec une multitude de personnages … le tout est d’une richesse incroyable. On peut reprocher à l’œuvre certains défauts, un dessin un peu approximatif à ses débuts ou figé, une difficulté à reconnaître les personnages, un ton enfantin … mais qui ne m’ont absolument pas gêné tant le plaisir de lecture était là, du très très bon comics. Bref une œuvre qui me parle et me touche, l’impression de retrouver mon âme d’enfant à chaque fois. Elle possède une belle place dans ma bibliothèque, et j’aime beaucoup la taille et la qualité des albums. Allez hop, soyons pas avare, culte et coup de cœur !! Par contre, bien déçu que Gallimard ne traduise pas le recueil collectif :(
John and Mary
C'est le dernier album de Mosquito regroupant les récits courts western de Serpieri qu'il me restait à lire, ces récits sont parus dans des revues italiennes au cours des années 80, mais n'avaient pas été prépubliés dans une revue en France ; je désespérais de le lire depuis sa parution, mais c'est chose faite. Et c'est pas plus mal de le lire en dernier, car de tous les albums en mode western que j'ai lus de Serpieri, celui-ci est le plus sombre. Des 3 récits, je suis bien ennuyé pour les départager, pour moi ils sont d'égale qualité, je ne peux avoir qu'une préférence, et cette préférence va au récit qui donne son titre à l'album : John and Mary, qui est le plus long. Il s'agit d'une touchante réunion de 2 êtres solitaires malmenés par la vie, j'ai trouvé ce récit très poétique et triste, plein d'amertume. Mais les 2 autres m'ont aussi laissé une forte impression, le premier m'a rappelé un peu le superbe western de Howard Hawks, la Captive aux yeux clairs. Ces 3 récits témoignent des aléas d'une époque rude et impitoyable dans ce vieux Far West et ont en commun la confrontation des personnages avec leur passé souvent douloureux, c'est aussi une réflexion sur les actes injustes ou odieux commis envers les Indiens ou d'autres subis par des pionniers. Ces thèmes qui dégagent une certaine humanité sont rarement traités en western. La psychologie de ces histoires alliée au ton historique sont rehaussés par le crayonné unique et ultra reconnaissable de Serpieri dans son réalisme époustouflant qui restitue la dureté du Far West ; ce noir & blanc somptueux qui souligne la beauté grave des visages en gros plan est exceptionnel, je suis toujours en admiration devant le talent du maître italien qui a su illustrer le western à sa façon très personnelle. Un album magistral !
L'Espion de César
Voilà bien longtemps qu'une BD historique ne m'avait pas fait si bonne impression ! Le dessin de Fafner n'y est pas pour rien et c'est un réel plaisir de découvrir le talent de cet auteur qui rend merveilleusement grâce au scénario que lui a concocté Jean-Pierre Pécau. Les découpages et les cadrages sont biens pensés, sont trait est aussi affirmé que son personnage principal et la mise en couleur un peu froide est de toute beauté tout en sachant composer avec des contrastes bien pensés. Ça part plutôt très très bien de ce côté là, on pourra juste noter que tous ses personnages principaux ont quand même de sacrés corps d'athlètes pour les hommes et de déesses pour les femmes. Lorsque Coax, notre personnage principal, mercenaire et pirate de profession, très investi dans son travail, enlève un noble romain pour demander une forte rançon, il est loin de se douter qu'ils se retrouveront rapidement, comme il lui en a pourtant fait la promesse à sa libération. Ce jeune romain ambitieux n'est autre que César, et César tient toujours ses promesses... César joue finement pour éviter la mort de Coax aux arènes et ainsi pouvoir racheter ce nouvel esclave prometteur ; les rôles ont changé ! Et c'est en s'achetant la vengeance de Coax que César s'entoure d'un atout de poids pour mener à bien ses stratégies de conquêtes... Duels et batailles rangées vont alors s'enchaîner pour satisfaire d'un côté une soif de vengeance et de l'autre celle de conquête en nous proposant des planches assez folles de toute beauté ! C'est beau, ça gicle, l'histoire est prenante : voilà donc un très bon début de série qui je l'espère saura garder cet équilibre trouvé entre histoire et aventure, servies par un dessin des plus efficace. Je recommande chaudement ! *** Tome 2 *** Après un premier tome tonitruant et impressionnant, j'étais pressé de retrouver Coax, notre montagne gauloise au service de César. Après avoir permis à Coax d'assouvir sa vengeance, César a de nouveau besoin de ses services pour démêler les intrigues qui l'entourent et affament Rome. Tout est forcément question de pouvoir et de trahisons, mais si de nouveaux protagonistes important s'imposent en filigrane, d'autres figures connues du premier album tissent aussi leur toile à des fins personnelles... Croax est toujours aussi prompt à se mettre dans des situations périlleuses qu'à les régler à coup de masse d'arme ou de glaive, et le bougre excelle plutôt dans ce domaine. Ce second opus fait donc office de transition et plante le décor d'une intrigue de grande envergure entre Rome et l'Egypte. Le graphisme de Fafner est toujours aussi grandiose et sa colorisation particulière jouant beaucoup sur les contrastes donne à ses planches une singularité remarquable. J'ai juste trouvé certaines de ses cases en dessous de l'ensemble sans trop comprendre pourquoi. Certains visages donnent l'impression d'avoir été surligné au noir, ou je ne sais quoi... J'ai également beaucoup apprécié le rôle des personnages secondaires et le soin qui leur est porté ; mention spéciale au légionnaire Titus qui joue les intermédiaires entre Coax et César ; j'adore leur relation compliquée. J'attends donc maintenant la suite avec impatience, car là, on reste sur notre fin, comme coupé en plein élan... *** Tome 3 *** Voilà donc le tome conclusif de cette courte série historique. Toujours aussi impressionnante graphiquement, (Fafner est décidément très bon tant dans la réalisation que dans la composition de ses planches), la fin de cette trilogie s'appuie sur une trame historique plus prégnante. Jean-Pierre Pécau place malicieusement notre gaulois de Coax à une période charnière de la république romaine. Cette dernière vacille en effet sous les coups de boutoir de ses principaux dirigeants prêts à tout pour assouvir leur soif de pouvoir ; la chienne d'Hadès qui intrigue subtilement dans l'ombre n'y est pas étrangère non plus... Car derrière ces luttes de pouvoir c'est bien la vengeance qui fait office de fil conducteur de cette série, chaque protagoniste ayant à cœur de mener à bien sa vendetta personnelle. C'est donc une série rondement menée, efficace et qui s'appuie sur un graphisme remarquable qui fera le bonheur tant des amateurs de BD historique que d'aventure : un récit homérique de toute splendeur !
Imbattable
Le seul vrai super héros de bande dessinée. Eh bien oui, aucun effet spécial ne permettra de le voir arriver sur nos petits ou grands écrans, celui-là ! Et c’est ça qui est bon. Non seulement l’exercice de style très oubapien est excellent, notre ami se joue des cases de la planche, en arrive à se dédoubler et à provoquer des paradoxes temporels, mais cette contrainte ne paraît même pas forcée tant le gag fait mouche, pour ma part en tout cas. On aurait pu croire que ce type d’exercice aurait conduit à des séquences « artificielles » avec des ajouts de cases pour que le personnage tombe pile mais il n’en est rien ! Génie de l’auteur ou heures de travail acharné ? Sans doute les deux. Pas vraiment de redondance non plus, quelques personnages secondaires ont aussi quelques super pouvoirs tout aussi bien traités, un régal. Et ce héros, nul besoin pour lui d’enfiler son costume, il le garde en permanence, même pour faire ses courses au marché ou manger le dimanche chez sa mémé. Je l’adore. « - Faisons vite, j’ai promis à Mr Dutilleul d’aller bêcher son potager. - Bêcher son potager ? Avec vos super-pouvoirs ? - Euh non, avec une bêche. » Mouahahahah… je sens que je vais le relire souvent. Merci aux aviseurs de ce joli site de m’avoir fait découvrir que je pouvais aimer les super-héros aux super-pouvoirs en costume.
Pain d'Alouette
On ne peut pas suspecter Christian Lax d'antirépublicanisme et pourtant son "Pain d'Alouette" fait l'éloge de trois reines. La petite reine, le vélo, pour qui les durs à cuire issus de la Grande Guerre sont prêts à tous les sacrifices pour la tenir dans leurs solides mains de guerriers. La reine des Classiques, Paris-Roubaix, dont la participation vous impose la souffrance de ces terres d'efforts et d'amertume. Enfin Reine Fario la fille de l'Aigle sans orteil qui est devenue pupille de la Nation en 1918. Pain d'Alouette se présente bien comme une digne suite de l'Aigle sans orteil même si le côté cyclisme est un peu moins prononcé. Lax nous décrit toute une galerie de caractères forts et très fouillés dans cette période d'après-guerre mais pas d'après souffrance. Poirier le capitaine plusieurs fois blessés reconverti en directeur d'orphelinat qu'il dirige comme une caserne. Camille l'ami fidèle d'Amédée, figure d'une France généreuse et pacifiste qui n'aura de cesse de sauver Reine. Dehauve le porion mal aimé qui pourtant prouvera sa grandeur... et sa bassesse. Sans oublier la famille Ternois issue tout droit d'un Germinal. Car si l’Aigle nous faisait voler sur les cimes pyrénéennes, notre alouette se promène au fond des puits du pays noir des Ch'ti. L'aristocratie du vélo côtoie l'aristocratie du monde ouvrier et les deux pour l'honneur de la France et d'une Marseillaise que Lax nous présente sous son jour problématique. Juste une pique de Lax pour nous montrer où le patriotisme irréfléchi peut nous égarer. Mais Lax aime la République, laïque et mixte. Ce qui le conduit à nous proposer ce beau destin de Reine, une pionnière pour trouver sa place dans des domaines réservés. Un très beau scénario avec beaucoup d'intensité dramatique, des situations injustes et sa créativité pour faire coller la petite histoire de nos héros à la grande histoire de "l'enfer du Nord". Je trouve que le graphisme de Lax est à son meilleur, sec nerveux précis sans relâche à l'image de ces guerriers du pavé. Lax nous gratifie en plus de paysages du pays minier absolument magnifiques. Pour qui aime cette région, il retrouvera le charme de ces campagnes parsemées d'îlots en briques rouges et gardées par les sentinelles des puits. Une histoire qui mêle récit sportif et récit social toujours empreinte d'une grande humanité. Une excellente lecture.
Mic Mac Adam
Mic Mac Adam est un détective privé écossais en kilt et au gros nez qui fera le bonheur de Spirou de 1978 à 1988. A priori, on peut penser que ce postulat fait de Mic (je vais l'appeler ainsi pour faire plus simple) une série usuelle suivant les canons en vigueur à l'époque. Erreur, d'abord visuellement, seul Mic a ce fameux groz nez, une trait probablement voulu caricatural afin d'essayer de rendre le personnage plus inoffensif qu'il ne l'est vraiment. En effet, Mic se révèle rapidement un homme intelligent, ouvert aux solutions inhabituelles et surtout n'hésitant pas à prendre des décisions drastiques, voire cruelles quand il le faut (ce dernier trait est particulièrement criant dans le dernier "vrai" tome, "les 5 miroirs"). Mais l'une des grandes particularités de la série, c'est son côté adulte, voire sanglant assumé : sans être gores, les meurtres se succèdent, et souvent de manière assez graphique, n'épargnant personne, surtout les plus innocents (une histoire courte nous confronte même au meurtre d'un enfant, encore une fois c'est Spirou, même en 1984 il fallait oser..). L'autre élément détonnant, c'est l'irruption très rapide du fantastique le plus pur, et ce dès le premier tome, Mic affrontant souvent le mal à l'état brut sous ses formes les plus variées (esprit, démon, sorcières...mais les êtres les plus monstrueux demeurent au final les simples bourreaux humains que Mic croise). Le paroxysme sera atteint avec une histoire courte qui est de mon point de vue un chef d’œuvre absolu à la fois au niveau de l'image et du scénario, "le jugement d'Ahriman", où Mic devra aider des âmes perdues à réussir l'épreuve imposée par des dieux mésopotamiens, car en cas d'échec ils appartiendrons à Ahriman, incarnation et inspiration du diable. Non seulement cette histoire fait montre d'une documentation approfondie, mais l'une des dernières images, toute en ombre, mettant Mic face à Ahriman, est de toute beauté. Bref je recommande fortement!