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Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Impudence des chiens
L'Impudence des chiens

Pour leur première collaboration, Nicolas Dumontheuil et Aurélien Ducoudray ont opté pour une fable burlesque haute en couleurs, en prenant pour thème une pratique qui avait cours au temps du Roi Soleil : le « Congrès » ! Méconnue pour la plupart d’entre nous et si saugrenue puisse-t-elle paraître, cette pratique permettait à une épouse d’annuler son mariage pour cause d’impuissance de son époux. Devant une assistance composée de juristes, d’ecclésiastiques (sic !) et de témoins, le mari avait pour obligation de démontrer qu’il avait la capacité d’« honorer » sa conjointe et que son « appareil reproducteur » était en état de marche. Bien sûr, aucun voyeurisme là-dedans (qu’allez-vous chercher, voyons ?), le but étant de favoriser la croissance démographique, comme le préconisaient les textes saints… Pratique odieuse et humiliante s’il en était, le « congrès » aura duré plus de cent ans (en France uniquement !) avant d’être aboli en 1677. A la lecture de l’ouvrage, on sent bien que les auteurs se sont emparés du sujet avec une certaine jubilation. Aurélien Ducoudray nous sert un scénario coquin qui suscite nos interrogations tout au long du livre : le pauvre Comte de Dardille retrouvera-t-il sa vigueur sexuelle grâce à l’intervention avisée de son ami « membré », dit « le Marquis » ? Celui-ci, persuadé qu’il peut redresser… la situation, va accompagner le Comte dans des hauts lieux de perdition prévus pour rendre sa « raideur » à un mort, tout raide soit-il déjà… Pour les textes, Ducoudray a pris un soin tout particulier à respecter le beau langage de l’époque tout en le rendant compréhensible au lecteur du XXIe siècle, se payant même le luxe de produire des rimes… Aurait-il convoqué les muses de Molière ? En tout cas, cet auteur excelle l’art des pieds et des versets, nous rappelant — au cas où on l’aurait oublié —, que la langue française est la plus belle du monde… De même, la partition graphique est gérée de main de maître par Nicolas Dumontheuil. Son trait n’a jamais été aussi énergique, tout en exubérance, et quel meilleur adjectif que « baroque » pour le qualifier ici, dans ce contexte historique « Ancien Régime » ? L’auteur de "Qui a tué l’idiot ?" ne connaît pas la ligne droite, et c’est bien ce qui rend son dessin si vivant ! Les bâtiments ont l’air de danser au rythme des personnages, eux-mêmes dotés de mines très expressives. Tout cela confère à l’ensemble un air de farandole échevelée. Et que dire de la multitude de détails qui ornent chaque page ? Nos yeux ne savent plus donner de la tête qui, elle, en reste étourdie… C’est du grand art, un plaisir de bédéphile. « L’Impudence des chiens » s’avère une fable tragi-comique réjouissante, et l’on sait gré aux auteurs de ne pas être tombés dans le piège de la lubricité, ce qui, vu le sujet traité, aurait été facile… Bien au contraire, ils ont adopté le ton juste et réussissent à s’amuser du rite odieux d’une époque heureusement révolue, dont aujourd’hui on a peine à croire qu’elle ait vraiment existé. Si par son crayon élastique, Dumontheuil aime à rendre hommage aux formes féminines, il n’en va pas de même pour les hommes, très peu à leur avantage en tenue d’Adam… et lorsqu’ils sont habillés, leurs perruques démesurées de paons ridicules ne constituent pas forcément des invitations à l’amour… Je ne dirai rien du dénouement et de la scène finale, aussi hilarants qu’inattendus, mais le petit message à l’adresse des hommes de guerre, dont l’érection semble plus souvent stimulée par les canons, est des plus — passez-moi l’expression — jouissif.

12/10/2022 (modifier)
Couverture de la série Echo
Echo

J’ai dévoré l’intégrale ! Pourtant, je ne suis pas un grand amateur de récits fantastiques, surtout lorsqu’ils lorgnent vers le genre super-héros. Pourtant le dessin en noir et blanc me paraissait assez simpliste, trop propre sur lui. Pourtant le pavé est imposant et je craignais de voir ma lecture se tirer en longueur. … Mais la vérité est que j’ai dévoré cette intégrale ! D’abord parce que si la série lorgne vers le genre super-héros (avec ici une combinaison qui dote son possesseur de capacités hors-normes), le personnage principal est tout sauf une super-héroïne. Fragile, bien souvent dépassée par ce qu’il lui arrive, ce personnage m’a beaucoup plu. J’ai aimé ses faiblesses, apprécié son caractère et son humour et admiré sa détermination. Ensuite parce que ce dessin a beau être en noir et blanc, il n’en est pas moins très efficace et agréable à lire. C’est dynamique, expressif, avec des personnages bien typés, des décors simples mais bien présents. En clair, ce n’est peut-être pas super-beau ou digne d’être accroché au mur, mais pour raconter une histoire, ça le fait ! Et puis, la narration est fluide, l’intrigue constamment relancée, les concepts scientifiques et technologiques sont originaux et ‘amusants’. Ça prend en haleine et ça tient la route (bon, la fin est un peu grosse mais c’est encore acceptable). Il y a régulièrement des petites trouvailles qui font qu’on a envie de poursuivre notre lecture, juste pour voir où ça nous mène. Ce récit en devient addictif. Vraiment chouette !

12/10/2022 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ces jours qui disparaissent
Ces jours qui disparaissent

« Ces jours qui disparaissent » est l'album qui a révélé TLB et on comprend facilement pourquoi après l'avoir lu. Dès les premières pages, le lecteur est happé par l’intrigue qui voit un jeune danseur, Lubin, confronté à des amnésies récurrentes suite à une chute lors d’une répétition. Cette histoire au départ assez ordinaire basculera rapidement vers le fantastique dès lors que Lubin se rendra compte qu’un double essaie de prendre sa place pendant son sommeil. Qui plus est, ses périodes amnésiques ne cesseront de s’amplifier avec le temps, ce qui aura des conséquences dévastatrices sur son quotidien. On ne peut en dire plus au risque de « divulgâcher » mais force est de reconnaître que Timothé Le Boucher a produit là un scénario irréprochable, où le suspense va croissant jusqu’à la fin, plongeant le lecteur dans un malaise qui pourrait même s’apparenter à de la terreur, terreur qui ne reste que psychologique car ici il n’est pas question de monstres hideux sortis tout droit de l’enfer ! Et si l’auteur suscite en nous de telles réactions, c’est parce qu’il aborde ici des thèmes qui, sous cet enrobage fantastique, font vaciller nos certitudes quant à notre identité profonde. La question du double est bien sûr dominante, un thème angoissant souvent repris par la littérature fantastique et la pop-culture, on pense notamment au célèbre « Docteur Jekyll et Mister Hyde » de R.L. Stevenson ou encore au « Portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde. Mais d’autres sujets passionnants apparaissent en filigrane tout au long du récit, tels que l’amour (qu’est-ce qui fait qu’on est aimé par notre conjoint ?), l’amitié (à l’épreuve des années…), la vieillesse et la tragique fuite du temps (une notion que les moins de 40 ans ne sauraient appréhender aisément…)... Timothé Le Boucher n’apporte pas forcément de réponses mais fait preuve d’une certaine finesse dans son approche. A ce titre, on peut ressentir une certaine frustration, car si le double de Lubin apparaît au début (la scène de la vidéo), on ne saura rien de sa réelle existence (que fait-il vraiment lorsque sa « proie » dort ?). Peut-être l’auteur a-t-il délibérément maintenu cette part de mystère pour laisser à chacun le soin d’imaginer sa propre version, et après tout, c’est bien Lubin le personnage central de l’histoire… Cette finesse dans l’approche de l’auteur se répercute dans sa ligne claire gracile aux accents manga. Certes, il n’y a rien de particulièrement innovant dans le style, et Le Boucher privilégie à l’évidence simplicité et lisibilité, mais il émane de son dessin une délicatesse qui lui est propre et charmera ceux qui sauront la percevoir. La mise en page et et la couleur sont à l’avenant, et on ne pourra qu’apprécier cette disposition de l’artiste à éviter le tape-à-l’œil et l’esbroufe. « Ces jours qui disparaissent » s’impose comme une œuvre incontournable, incontestablement la plus emblématique de Timothé Le Boucher à ce jour. Même si ses productions postérieures ne l’égalent pas en qualité, elles exercent toutes une certaine fascination, le plaçant dans la catégorie des auteurs qui comptent dans le neuvième art.

09/10/2022 (modifier)
Couverture de la série Garulfo
Garulfo

J'ai relu les six tomes de la série pour présenter mon avis. Garulfo étant classé dans le top 10 des séries du site, c'est bien le moins que l'on puisse lui accorder. J'ai trouvé cette deuxième lecture bien plus intéressante que la première. En effet en recherchant les détails plus que l'histoire on se rend compte de la grande richesse et de l'originalité de la série. Ayroles détourne l'univers des contes merveilleux de type Perrault pour nous emmener par des chemins de traverses vers un univers plus philosophique et contestataire à la Candide de Voltaire. Pour cela les deux premiers tomes étaient suffisants. La trouvaille est de créer au tome 3 le prince Romuald, double merveilleux de Garulfo. C'est le chemin initiatique de Romuald qui donnera sens et profondeur à la fois au personnage d'Héphylie et à la vraie mission de Garulfo. Car tout se lit à travers le miroir de la mare aux grenouilles dans la série. Les auteurs nous proposent une représentation drôle mais vitriolée de la chevalerie du Moyen-Âge et des années qui suivirent. Images probablement bien plus réelles que celles qui ont formaté notre pensée jusqu'à pas si longtemps. Héphylie n'est pas Elisabeth Taylor et Garulfo est un anti-Ivanhoé pour moi. Le scénario réussit la prouesse de rester cohérent, dans l'univers merveilleux bien sûr, malgré tous les rebondissements qu'il présente. Mais le couple Garulfo/Romuald - Héphylie n'est pas seul. Noémie, Hégueulard ou l'ogre étoffent psychologiquement l'oeuvre de façon très convaincante. Les dialogues sont savoureux jouant sur de nombreux registres. Maïorana apporte un graphisme un peu pointu mais qui correspond à merveille à l'esprit satirique et humoristique de la série (au second degré). Héphylie étant la seule (avec Rainette) à apporter un peu de rondeur sexy à ce monde faussement paradisiaque. Tous les décors sont admirablement travaillés de la mare aux châteaux, des paysans aux chevaliers, le nombre de détails est impressionnant. Le graphisme et le scénario sont très bien soutenus par une très belle mise en couleur de Leprévost. Son nom apparait en couverture et je trouve cela bien mérité. C'est une excellente série que je trouve un poil en dessous du Peter Pan de Loisel car il y manque un peu de violence émotionnelle.

08/10/2022 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Bathory - La Comtesse maudite
Bathory - La Comtesse maudite

Ah, voilà un album intéressant. Intéressant car il s'attache à démythifier une figure historique que des centaines d'années de n'importe quoi ont contribué à ériger comme un personnage cruel, terrifiant, à l'instar d'un Barbe-Bleue ou d'un Gilles de Rais, un personnage que l'on a fini par assimiler à un vampire, du fait de la propension du sang dans son entourage. Mais Anne-Perrine Couët, dont c'est le premier album, s'est donc évertué au sortir d'un énorme travail de recherche (comme en témoigne la bibliographie en fin d'album), à rapprocher Erszebet Bathory, comtesse transylvanienne (le voisinage géographique avec un certain Comte n'est pas étranger à cette assimilation vampirique) de la figure historique qu'elle fut. Figure historique, et surtout figure d'émancipation féminine, puisqu'en l'absence et après le décès de son mari, elle s'est attachée à prendre les rênes des nombreux domaines dont elle était la suzeraine, et ce de façon très énergique, envers et contre les usages de l'époque. ce qui a déplu à certains des ses proches collaborateurs, qui auraient sans doute espéré plus de pouvoir après le décès de leur maître. Ils ont ainsi instillé le doute, la rumeur sur les agissements de la Comtesse, qui est ici décrite comme une guérisseuse versée dans l'usage des plantes, plus orientée dans la science que dans la sorcellerie. l'album montre en grande partie l'instruction du procès (extrêmement rapide) dont elle fut l'objet au début du 17ème siècle, et qui l'a condamnée à la prison à vie, tandis que ses conseillers étaient eux condamnés à mort pour des exactions qui n'ont probablement jamais eu lieu. C'est vraiment bien raconté, et le parti pris d'Anne-Perrine Couët est bien sûr dans la défense d'Erszebet (appelée Elisabeth tout au long de l'album, comme on l'appelle en Occident). Le dessin de la jeune autrice est remarquable, c'est du crayon très fin, accompagné d'une mise en couleurs en bichromie de tons pastel déclinant l'ocre. Un certain nombre de cases sont entourées de frises d'inspiration médiévale, tandis que les scènes de prétendues tortures commises par la Comtesse et ses valets se font dans des ambiances sombres proches de la carte à gratter. Remarquable, d'autant plus que la maturité dans le dessin est déjà là. Vraiment un très bon album sur un mythe qui perdure encore aujourd'hui.

08/10/2022 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série 1972 - Des Ombres sur la glace (La Cordillère des Âmes)
1972 - Des Ombres sur la glace (La Cordillère des Âmes)

Fred Bertocchini est courageux de raconter ce fait divers qui a défrayé la chronique il y a 50 ans. Beaucoup en ont entendu parler, mais peu savent ce qu'il s'est réellement passé... Après plusieurs livres, des téléfilms, c'est donc au tour de la BD nous raconter, par le menu, ce qu'il s'est passé sur la Cordillère des Andes après le crash d'un avion transportant une équipe de rugby uruguayenne... Se basant sur les récits des survivants, le scénariste prend le temps de nous raconter son histoire, nous montrant un peu les personnages avant la catastrophe, puis le cheminement de leurs pensées après celle-ci. Je trouve étonnant que le capitaine de l'équipe soit monté au créneau aussi vite, même si par la suite d'autre leaders, notamment le narrateur, se sont dévoilés. Ce qui m'a plu le plus est l'absence de jugement sur le comportement des uns et des autres. Oh, bien sûr, les choix de certains sont décriés par d'autres, mais cela ne va pas plus loin, car ils sont tellement désemparés, leur situation est tellement désespérée que l'on peut se demander ce que l'on ferait à leur place. Et puis vient l'évènement qui a emmené ce fait divers dans une autre dimension, celle de la morale, puisque les survivants vont être amenés à manger des morceaux de leurs morts. Et c'est ce qui les a sauvés, il faut bien le dire, même si à la fin du premier volet leur situation reste très critique. Bertocchini en fait presque une péripétie comme les autres, mais il montre toutefois que cette décision n'a pas été facile à prendre. Le récit comprend bien sûr, en creux, la question de la nature humaine, de la frontière entre la raison et la barbarie, du respect dû aux morts, etc. Et puis le calvaire continue, le froid provoque des avalanches qui recouvrent le fuselage, les morts s'accumulent, et les expéditions pour retrouver la queue de l'appareil et d'éventuelles ressources reviennent bredouilles. Graphiquement il y a également beaucoup à dire. Thierry Diette est, à ma connaissance, un débutant. C'est son style qui l'a élu à cette adaptation, lui qui a un style très typé "comics". Ses personnages ont des traits anguleux, un peu trop pour des rugbymen, même s'ils vont être amenés à fondre (sans mauvais jeux de mots) par la suite. Curieusement ils ne comportent aucune ombre, comme la ligne claire franco-belge. Et autre point qui peut faire débat, les couleurs... Ce sont uniquement des aplats, et là, je ne suis pas fan. Aucune nuance, aucun dégradé. Seules deux couleurs sont présentes : du bleu et du brun. Alors bien sûr, on est dans les montagnes, la nature est cruelle, brute, mais je trouve dommage que les teints des personnages soient aussi peu contrastés... Du point de vue graphique, on se sent bien en Argentine, avec ce style nerveux, sans nuance, sans contraste. Par contre l'histoire est vraiment bien retransposée, on a envie de savoir ce qu'il va se passer par la suite pour ces naufragés de l'air...

25/11/2012 (MAJ le 08/10/2022) (modifier)
Couverture de la série China Li
China Li

J'aime les Bd du couple Charles que je suis depuis Les Pionniers du Nouveau Monde, autant dire que ça remonte ; avec cette série, ils replongent dans un récit exotique après l'Inde dans India Dreams, l'Afrique dans Africa Dreams, ou l'Egypte avec Ella Mahé... Ici, le couple Charles brasse l'histoire de la Chine moderne des années 20 et 30 qui sert de toile de fond à un récit passionnant qui suit le parcours d'une femme. La reconstitution d'époque est très documentée, assez proche de la vision d'Hergé dans le Lotus Bleu, on suit le parcours de Li, pauvre petite fille partie de rien, vendue comme du bétail et qui devient la protégée de Zhang, un puissant chef de la mafia locale à Shanghaï, et eunuque (on en apprend aussi sur le rôle important des eunuques en Chine). C'est un destin incroyable de femme merveilleusement raconté par le couple Charles. Leur description est très réaliste, l'histoire de la Chine des années 20 est vue à travers les yeux de Li, qui comprend la fin de l'ère impériale, l'occupation japonaise, la montée du communisme, Mao, la révolution culturelle, et j'imagine l'ouverture vers l'Occident qui arrivera dans les albums suivants. En plus de cette révolution maoïste, on apprend à connaître Shanghaï, ville tentaculaire tiraillée entre les triades, les Occidentaux et le pouvoir de l'Empire du Milieu naissant, avec comme enjeu économique l'opium. Aujourd'hui encore, Shanghaï reste la plus grande ville de Chine, devant Pékin et Hong Kong. Le récit est très bien construit, au travers de références historiques et de personnages réels qui lui donnent une épaisseur, Li évolue elle aussi, elle grandit en devenant une belle jeune femme, et elle a reçu une bonne éducation de la part de Zhang. Le scénario n'est pas si classique que ça car les auteurs ont délaissé l'exotisme idyllique vu dans India Dreams et l'imagerie d'Epinal habituellement attachée à l'Asie et à la Chine de cette époque pour un récit plus dramatique, marqué par la violence et la perversité humaine, mais malgré ces aspects, la série garde une atmosphère dépaysante. Les auteurs savent mêler habilement les soubresauts de l'Histoire, le choc civilisationnel, la dimension politique, la sensualité et l'exotisme de cet Extrême-Orient en ébullition, comme ils l'ont fait dans leurs autres Bd. Cette période en Chine a été déja approchée dans plusieurs bandes comme LaoWai, Tombelaine, Le Lys noir ou encore dans Tseu Hi - La Dame dragon... Tout ceci est bien conté et merveilleusement illustré par le dessin de J. F. Charles qui m'a toujours ébloui ; il utilise un dessin aquarellé, lumineux, éthéré, très fin et élégant, avec quelques pleine-pages extra, bref c'est magnifique, le visuel est formidable. Le tome 3 m'a moins attiré, il s'intéresse à 2 récits en parallèle : la rencontre de Li devenue photographe et de Mao, et l'enfance de Zhang, où on apprend notamment comment il est devenu eunuque. Cependant, mon intérêt reste entier et je lirai la suite avec autant de plaisir.

08/10/2022 (modifier)
Couverture de la série Blanc autour
Blanc autour

Je viens de refermer l’album, j’ai adoré. Je me demande encore pourquoi je ne me suis pas précipité plus tôt sur ce dernier. Le sujet sans doute ? Je me méfiais un peu. 2 auteurs au sommet de leurs arts. Stéphane Fert m’avait déjà conquis avec ses 2 précédentes œuvres en solo. Il récidive ici, on retrouve son dessin rond et coloré, ses planches sont magnifiques. C’est plein de grâce, de vie, d’une fluidité exemplaire, des couleurs bien sentis, de chouettes ambiances. Le tout est un plaisir pour les yeux. Wilfrid Lupano que l’on ne présente plus, régale avec ce one-shot. J’avais un peu peur sur ce point, une histoire engagée sur la 1ère école accueillant de jeunes filles noires dans l’Amérique du Nord de la 1ère moitié du XIXème siècle. Ici pas de lourdeur, une narration maîtrisée pour une histoire instructive, des personnages solaires face à la bêtise humaine de l’époque (le même ressenti que sur Salem). Malheureusement, le changement de mentalité ne se fait pas en claquant des doigts, la fin de cette aventure ne sera pas des plus heureuses mais reste marquante et plein d’espoir via ces jeunes pensionnaires. J’ai également fortement apprécié le personnage du petit « sauvage ». Une belle osmose entre les auteurs pour un album que j’ai trouvé lumineux. A découvrir.

08/10/2022 (modifier)
Couverture de la série Les 5 Terres
Les 5 Terres

En quête d'une bonne Bd, j'aperçois dans ma petite médiathèque communale ces "5 Terres", je me dis tiens, une énième Bd avec animaux anthropomorphiques, mais il y a le nom de Lereculey, c'est un signe d'excellence, et ça peut m'intéresser... j'ignorais alors que j'allais être totalement conquis par cette histoire d'une richesse inimaginable, il est vrai que les couvertures ne sont pas spécialement attirantes, et à l'arrivée, je me retrouve à claquer la note maximale avec coup de coeur ! Dommage que ma bibli ne possède que le 1er cycle des 6 albums, et aucune des autres bibli que je fréquente ne possède cette série, je dois donc m'en contenter, mais c'est déja beaucoup. Je ne sais par où commencer tellement cette Bd est d'une qualité que je n'avais pas rencontrée depuis mars 2021 où remonte mon dernier 5 étoiles sur Zaroff. La note maximale, je la décerne que sur les Bd cultes, les chefs-d'oeuvre ou alors celles qui m'ont vraiment retourné, et c'est le cas ici car la bande place la barre très haut. Je vois qu'elle est comparée à Game of Thrones, or comme je n'ai pas vu cette série, je n'ai pas de moyen de comparaison, ça a peut-être encore plus renforcé mon intérêt, toujours est-il que j'ai pris un très grand plaisir à lire cette saga animalière, elle est très ambitieuse, de grande ampleur et de plus dotée d'un visuel époustouflant, j'y reviendrai. Sa complexité et sa densité sont telles, son univers d'une richesse inouïe, ses personnages nombreux qu'il faut la lire en continuité sans attendre les parutions, c'est pourquoi j'ai lu les 6 albums en suivant pour bien avoir les composants en tête, mais c'est long à lire tant c'est dense et très bavard. D'ailleurs, le rythme de parution est stupéfiant, quand on pense que sortent 3 albums par an, je ne sais pas comment fait Lereculey pour tenir ce rythme, surtout en maintenant une telle qualité graphique ; d'un autre côté, je l'avais vu à Rochefort lors du Festival BD de cette ville à l'époque où il était encore sur Wollodrïn, et il m'avait dit qu'il avait une capacité de travail rapide. Dès le tome 1, on est saisi par le visuel et le sérieux de l'histoire, ainsi que par des rebondissements qui se multiplieront au fil des albums, relançant à chaque fois l'intérêt. C'est un univers soi-disant médiéval ou d'heroic fantasy, je l'appellerais plutôt médiéval-Renaissance d'après la plupart des costumes des protagonistes, bien que les méthodes de combats et les armes s'apparentent à un univers médiéval. Les architectures aussi sont bien typées, c'est des styles hybrides qui vont du Moyen Age avec des tours crénelées aux logis luxueux de palais du XVIIème siècle. La carte en pages de garde permet de bien situer les 5 Terres. On voit indéniablement que la série rejoint l'excellence d'autres séries animalières anthropomorphiques comme Le Bois des Vierges, L'Épée d'Ardenois, Le Règne ou bien sûr Blacksad et même l'amusante Max et Nina au niveau des têtes et des caractères. L'ensemble est bien conçu, l'infrastructure, les paramètres, la typologie, tout ceci est bien installé pour permettre un récit captivant avec intrigues et sous-intrigues multiples, le scénario est extrêmement touffu et complexe, avec plusieurs intrigues parallèles qui font l'objet souvent de séquences courtes, ça peut dérouter un peu, mais on sent que c'est parfaitement tenu. Le dialogue est d'une grande richesse de vocabulaire, c'est même parfois un peu redondant, seul petit reproche que je peux faire, mais surtout le récit met en scène pas moins d'une trentaine de personnages, il faut les faire tous évoluer avec un background qui tient la route et ne pas en laisser trop en cours de route. Le plus incroyable, c'est qu'on arrive à s'y retrouver parmi tous ces personnages car ils ont des caractères ou des personnalités intéressantes, que ce soit le jeune Medeirion, les ombres du roi, le chien féroce Kirill, les personnages de lions, les otages... encore que ces épisodes sur les otages soient parfois peu utiles, de même que le secret du lion Blasserius me semble un peu inutile, ça aurait pu peut-être alléger la narration qui parfois s'englue légèrement dans des séquences peu importantes, comme aussi la trop grande place accordée aux étudiants. Ces petits défauts n'entravent pas le côté constamment passionnant de cette Bd. Sinon pour le fond du récit, on se retrouve avec un jeu du pouvoir qui est composé de complots, rivalités de cour, intrigues, secrets, trahisons, révoltes sanglantes, putsch léonin, assassinats, manigances diverses... bref ça tourne beaucoup autour d'un jeu politique et des échanges commerciaux, ça rappelle un peu Star Wars la Menace fantôme, et à défaut de Game of Throne que je n'ai pas vu, ça m'a fait penser aux intrigues de cour et aux rivalités politiques de l'Empire romain, notamment en BD à Murena où la cour de Néron présente à peu près les mêmes caractéristiques. Venons-en au dessin de Lereculey, il est tout simplement somptueux ! arriver à reproduire les mêmes têtes d'animaux avec leurs expressions qui les caractérisent, c'est du grand art, on les reconnait aussitôt, et le trait ne faiblit jamais malgré le rythme de parution. Le souci du détail est très poussé, le trait est extrêmement policé sur les décors, les costumes, la mise en page avec de nombreuses vues aériennes qui permettent de situer des lieux, on peut dire que Lereculey est carrément en état de grâce avec cette saga, il est heureusement bien assisté par un encreur, un coloriste qui savent donner du corps à ces planches de toute beauté. Voila donc une grande Bd comme j'en ai peu vue en bande dessinée moderne, elle mérite les honneurs, il faudra après Angleon la Terre des félins, décrire d'aussi belle façon les autres Terres pour voir comment se comportent les autres espèces animales. A noter que le récit débute au tome 1 avec l'arrivée du jeune This qui découvre la cité d'Angleon, et il se termine au tome 6 avec sa fuite et un dernier regard vers cette cité qui a marqué un épisode de sa vie, c'est un excellent parallèle de début et de fin, et une magnifique conclusion pour ce premier cycle tant ce dernier regard est troublant.

07/10/2022 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Atom[ka]
Atom[ka]

J'aime bien les aventures de l'inspecteur Sharko, que j'ai pu lire dans deux ou trois romans de Franck Thilliez. Les voir adaptées en BD découle d'une certaine logique. Et quand on a un duo aussi talentueux que Sylvain Runberg et Luc Brahy qui s'y colle, je ne peux que me réjouir. En effet il me semble qu'ils rendent justice à la profondeur (sans toutefois l'égaler) et la qualité de ses histoires. Des meurtres étranges, des flics en proie au doute mais obstinés, une atmosphère qui mêle techno-thriller et aventure pure, parfois en pleine nature, tout est là. Sans oublier l'histoire personnelle de Sharko, tourmenté par ses démons intérieurs... Tout juste râlerai-je sur les visages dessinés par Brahy, qui manquent parfois de constance. Le boulot de Greg Lofé aux couleurs est ma foi très correct. Cette troisième collaboration entre l'auteur de thrillers à succès et cette équipe boucle en tous els cas efficacement la Trilogie de la violence, après "Le Syndrome [E] et "Gataca". Percutant.

07/10/2022 (modifier)