Les derniers avis (9592 avis)

Par Steffy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Play with fire
Play with fire

J’ai attendu avec hâte la version française, souhaitant comprendre les subtilités des dialogues. Les questionnements dans ce livre sur la sexualité et le genre sont évoqués avec beaucoup de justesse, nous renvoyant à nos propres questionnements bien au-delà de la thématique. Sur notre perception corporelle, nos relations aux autres, les choix passés ou futurs de notre vie, etc. C’est une plongée au cœur de soi et c’est un vrai bonheur à lire. Les illustrations sont dynamiques, certaines pages sont juste sublimes de spontanéité et de beauté. Beaucoup d’émotions dans cette histoire que j’ai adoré lire.

28/07/2022 (modifier)
Par PAco
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Sideshow
Sideshow

Houuuuu mais c'est que ça part très très bien cette nouvelle série ! Voilà longtemps que Corbeyran n'avait pas réussi à m'embarquer d'emblée dans une de ses séries ! Il faut dire que le trait semi réaliste d'Emmanuel Despujol et la superbe colorisation de Fabien Alquier y sont aussi pour quelque chose. L'album s'ouvre sur une scène d'enterrement un peu pathétique, une seule personne est présente aux obsèques de Charly. Arrive alors au dernier moment une femme : Trixie. Ne se connaissant pas ils décident d'aller manger un bout pour faire connaissance, car s'ils ont tous deux connus Charly, ils ne se sont jamais rencontré. Commence alors le récit de la découverte du "pouvoir" de Charly qui va lui permettre pendant cette période très dure de la Grande Dépression américaine de s'en sortir plutôt pas mal grâce à son aptitude à annihiler les pouvoirs des créatures surnaturelles. C'est d'ailleurs au cours d'une de ses missions qu'il fera la connaissance de Trixie, une femme tatouée de la tête aux pieds faisant partie d'une troupe de Freaks qui tourne dans le Sud profond américain. C'est dans cette caravane de Monstres que Charly va trouver refuge avec la petite fille qui l'accompagne ; mais ce n'est pas sa fille : c'est sa prisonnière... J'ai vraiment apprécié la construction narrative de cet album où temps présent et flashbacks sont vraiment bien gérés et donnent au récit toute la fluidité attendue. De même, l'équilibre entre réalité historique et personnages fantastiques est bien dosé rendant la lecture de ce premier tome très agréable. Ajoutez à cela le graphisme de Despujol et la mise en couleur de Fabien Alquier qui à eux deux imposent des ambiances qui collent à merveille au récit que leur a servi Corbeyran, et nous avons là un très bon album qui lance une série déjà très haut en orbite ! Il ne reste plus qu'à espérer que la suite soit du même tenant, en tout cas pour ma part j'attends la suite avec impatience ! *** Tome 2 *** Enthousiasmé par le premier volet de cette courte série, j'avoue sortir de ce diptyque un brin déçu. Si le trait de Despujol et la mise en couleur de Fabien Alquier restent de très bonne facture, c'est du côté du scénario de Corbeyran que l'intrigue s'éparpille trop à mon goût. A vouloir aller piocher dans trop de gamelles à la fois, la soupe qu'on nous sert au final est plutôt insipide, et ce qui faisait le sel et le piquant du premier tome perd largement en saveur et en originalité. On se demande même ce que vient faire notre bon vieux Lovecraft dans cette histoire... Caution fantastique de renom, certes, mais qui tombe un peu comme un poil de Luc dans la soupe ! Bref, une série en deux tomes qui démarre très fort, mais qui fait un peu pschittt dans le second. Très dommage, ça partait pourtant très bien ! Je descends ma note à 3/5 pour le coup.

18/06/2021 (MAJ le 27/07/2022) (modifier)
Couverture de la série Valérian - L'Armure du Jakolass
Valérian - L'Armure du Jakolass

Valérian et Laureline font partie de mes héros favoris. Leurs aventures m’ont régalé plus jeune et il m’arrive encore de les relire (je souligne car ce n’est pas le cas d’autres héros bien plus célèbres). Cette revisite, concoctée par un Larcenet des grands jours, m’a plus que ravi. Nous ne sommes pas sur une simple déclinaison de nos héros spatio-temporels, l’auteur mélange son univers à celui de Mezières et Christin. Au final, une réussite, je prends mon pied à chaque lecture. Lors de ma 1ère lecture, je m’étais fait avoir par le petit twist final, cette idée me plaît bien, un rien iconoclaste. J’aime beaucoup comment Larcenet utilise le matériau de base pour proposer sa version, de l’aventure humoristique mâtinée de Chez Francisque (pas ce que je préfère de l’auteur mais ici ça passe bien), l’utilisation des Shingouzs est juste magique, et nous voyons que très peu nos 2 héros finalement, ce qui ne m’a pas déplu, ni manqué, l’histoire fonctionnant très bien sans. Au dessin, on retrouve son trait Bill Baroud, efficace et humoristique, de sacré bonnes bouilles. Mais ce dernier est sublimé par les couleurs de Jeff Pourquié, franchement réussies, elles participent grandement au plaisir de lecture. A noter qu’une petite vingtaine d’auteurs (Dumontheuil, Trondheim, Libon, Edika, Cosey, Petillon …) ont participé à l’album, bien malin à celui qui saura identifier sans faute leurs apparitions. Voilà un chouette hommage à la série mère, sous forme de faux pastiche. J’adore.

26/07/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Bibliomule de Cordoue
La Bibliomule de Cordoue

Tarid, Lubna et Marwan nous emmènent dans un magnifique « mule-trip » à la fois émouvant et captivant. Et pourtant, sur leur mule, ils ne transportent que des livres. Comment ça « que des livres ! » ? Ces livres, c’est l’histoire de l’humanité, les premiers philosophes, les premiers mathématiciens, les premiers biologistes… le berceau de nos cultures. Mais le savoir est en danger. Comme le démontrent les auteurs à la fin de l’album, les livres sont trop facilement détruits par ceux qui prêchent la pensée unique et refusent la science qui remet en question ce qui s’expliquait par les actions divines ou les hommes providentiels. Et cela, de l’Antiquité à nos jours. Ancré dans un contexte historique solide, bien implanté géographiquement dans la ville de Cordoue dont on reconnaît encore quelques quartiers et la grande mosquée, La Bibliomule de Cordoue est un hymne à l’intelligence, à la science, à l’ouverture d’esprit, au respect de l’autre et à l’éducation. L’album, en lui-même, est un très bel objet rappelant les livres précieux et uniques dont il est question dans le récit. C’est écrit simplement, le dessin est vraiment très beau et les couleurs chaudes. Un bel écrin graphique pour une très belle histoire. Je venais de relire « Le Singe de Hartlepool » et Lupano me confronte à nouveau à l’intolérance, l’inculture et la haine aveugle. C’est superbe et je recommande chaudement la lecture de ce beau conte andalou.

26/07/2022 (modifier)
Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Journal
Journal

C’est sous l’impulsion sagace de David Chauvel que les éditions Delcourt nous offrent une séance de rattrapage pour cette excellente autobiographie de Fabrice Neaud, publiée à l’origine dans les années 90. Journal 1 Si vous appréciez les histoires simples, je vais vous faire gagner du temps : vous pouvez passer votre chemin ! Ce journal est une œuvre exigeante qui atteint un niveau d’introspection rarement vu dans une autobiographie. Fabrice Neaud, à l’époque âgé de 24 ans, y évoque ses débuts artistiques difficiles, au début des années 90, dans sa ville de province (dont il ne citera jamais le nom) : travaux de commande peu gratifiants, engueulades récurrentes avec son associé Alain, galère de thunes… l’auteur y parle aussi d’une vie amoureuse peu satisfaisante, de ses sorties vaines dans le bar homo de la ville, de ses rencontres nocturnes furtives dans le parc voisin, des jeux de drague qui se terminent parfois mal, les « casseurs de pédés » ayant toujours su où aller pour assouvir leur pulsions haineuses et masquer leur frustration sexuelle… L’ouvrage va très vite se centrer sur sa relation avec Stéphane, un jeune appelé du contingent rencontré dans le parc en question et à qui il demandera de poser dans le cadre de son travail. Stéphane se prêtant gracieusement au jeu, Fabrice va très vite s’enticher de ce garçon dont la flamme ne sera pas vraiment réciproque. Mais Fabrice, malgré sa passion croissante, sait rester lucide et comprend que la rupture est inévitable. Plus il se fait insistant, plus Stéphane s’éloigne, inexorablement. Ses visites s’espacent, toujours à l’improviste. Pour Fabrice, la situation devient insupportable. Dans un acte quasi suicidaire, il commettra l’irréparable en lui adressant lettre sur lettre, laissant exploser le pire de lui-même… Journal 2 Plus court que le précédent, ce second volet est un récit de transition. L’auteur tente de se remettre de sa rupture avec Stéphane. Il nous confie ses états d’âme sur une multitude de sujets, évoque sa solitude et son désir irréfréné des hommes bien charpentés, lui, le type au « corps mort » en dehors des rares moments de baise. Fabrice Neaud y retrace également les débuts de sa collaboration avec Loïc Néhou, admirable fondateur d’« Ego comme X », qui débouchera quelques années plus tard sur la sortie du « Journal » ici présent. Vers la fin, les plus observateurs pourront apercevoir l’image furtive de son prochain amour, Dominique, qui sera le sujet principal du volet suivant. Journal 3 Fabrice Neaud évoque ici sa rencontre avec Dominique, qui comme lui se lance dans une carrière artistique après avoir étudié aux Beaux-arts. C’est l’histoire d’un coup de foudre unilatéral, né dans une zone indéterminée se situant entre malentendu et ambigüité, l’histoire d’un amour passionnel à sens unique qui emportera l’auteur vers des gouffres infernaux, vers un point de non retour sans rémission. S’il y a comme un air de déjà vu, le contexte et les bases de ce « Journal 3 » sont différents. Dans le premier volet, la relation avec Stéphane était liée à une rencontre dans un lieu de drague nocturne, un jardin public. Ici, l’auteur fait la connaissance de Dominique dans son bar habituel, à côté de chez lui. Aucun sous-entendu sexuel ni amoureux, et les premiers instants de la rencontre ne sont pas détaillés, mais on imagine qu’à force de l’y croiser, parmi la clientèle de profs et d’étudiants des Beaux-arts, une vague complicité s’est installée progressivement entre les deux jeunes hommes autour de leur amour de l’art. Ce faisant, Fabrice passe de plus en plus de temps avec « le Doumé », comme se plaisent à le surnommer ses connaissances, et comme avec Stéphane, il se met à en faire des portraits, après l’avoir mitraillé de son objectif. Sauf qu’avec Stéphane, la relation était beaucoup plus superficielle, faite de silences et de non-dits, le jeune militaire étant davantage porté sur le sexuel que l’artistique… Ce volet va ainsi être centré sur ce nouvel « amant » qui ne le sera qu’à un stade potentiel. Et à en juger seulement par l’épaisseur du livre, on peut en déduire que cette histoire aura marqué durablement son auteur. La lecture de ce pavé exutoire de 400 pages viendra confirmer que ce dernier aura laissé quelques plumes dans cet épisode houleux et tourmenté de son existence. Journal 4 : Les Riches Heures S’il est difficile de résumer ce quatrième tome, la couverture, en plus du titre aux accents positifs, le fait plutôt bien. L’auteur s’y représente avec un papillon effleurant sa joue, son visage exprimant un mélange d’étonnement et d’amusement. Et quoi de mieux que le plus beau de tous les insectes pour symboliser la légèreté et la métamorphose ? Cette année 1996 intitulée « Les Riches Heures » peut ainsi s’envisager comme un point de basculement, un nouveau départ de Fabrice, après sa relation tumultueuse avec Dominique où il aura perdu quelques plumes… Ainsi, Neaud revient à un format narratif plus dilué, qui n’est plus centré seulement autour d’un personnage, l’objet (l’homme-objet ?) d’une passion, quelque chose qui s’apparenterait plus à un journal « ordinaire », où les soubresauts amoureux font place à un quotidien plus homogène. De manière significative, le récit s’ouvre sur une évocation du Pays basque, une véritable déclaration d’amour, principalement géographique et moins risquée cette fois ( !), pour une région où l’auteur se plaît à arpenter la campagne et les douces collines. Dans une longue séquence muette et contemplative, le lecteur se voit immerger dans une nature réconfortante où la beauté se décline à toutes les échelles, de la plante la plus fragile aux ciels prodigieux des Pyrénées avoisinantes. La suite du livre nous parle en quelque sorte de son processus de « reconstruction », en alternant des portraits de ses connaissances, amitiés nouvelles et potentielles via le fameux « Poney Club », prétexte à des discussions enflammées entre « collègues » autour d’un apéro ou d’un gueuleton. D’autres scènes aléatoires s’égrènent au fil des pages. Les anecdotes les plus banales ouvrent la porte à mille et une réflexions de la part de l’auteur, qui ne fait que confirmer son regard pénétrant sur les choses. En vrac, il y parle de la « pudeur » et de ses « malentendus », des relations humaines dans le cadre d’un groupe, de la perception d’un individu biaisée par les codes socioculturels, de l’amitié, ce « sentiment qui se manifeste mais ne s’énonce pas »… Bref, difficile de tout énumérer mais cela reste toujours passionnant, même quand parfois le sujet est plus pointu. Quant aux souvenirs de ses relations passées, ils y sont peu évoqués, de façon assez compréhensible, l’auteur ayant choisi de s’abriter derrière ses amitiés professionnelles. En les rattachant à son vécu, Fabrice Neaud aborde des problématiques humaines et philosophiques, à la base peu conçues pour le divertissement, et pourtant celui-ci parvient étrangement à nous captiver malgré la densité de l’ouvrage et son épaisseur qui pourrait faire peur (plus de 200 pages tout de même). Alors comment l’expliquer ? Ce qu’on apprécie particulièrement chez cet auteur, c’est l’honnêteté et la franchise avec laquelle il se livre, sans fards, parfois crument, sans pudibonderie de midinette. Et cette fameuse thématique de la pudeur qui lui tient tant à cœur, il la développe savamment en partant de sa libido qu’il a mis en veilleuse (en ne conservant que les fantasmes) pour déboucher sur la fascination qu’il éprouve vis-à-vis d’un acteur porno gay ayant suspendu sa brillante carrière de culturiste. Neaud met sa talentueuse patte au service de sa passion pour les corps nus de « brutes viriles » (et je serais le dernier à m’en plaindre…). Son dessin réaliste en noir et blanc reste superbe, dénué de vulgarité, et reste sexy tout en évitant de faire appel aux instincts bassement lubriques. La pornographie, les bites et les culs musclés, il les honore avec classe, y va franco et détruit toutes les culpabilités propres aux homosexualités refoulées ou non assumées. Un véritable travail de salut public. Plus globalement, Fabrice Neaud nous happe dans son journal, non seulement par sa sincérité et son audace. La diversité des questions abordées n’a d’égale que la fantaisie avec laquelle il illustre ses propos. Par l’humour dont il fait preuve ici et qui était moins flagrant auparavant, on a réellement le sentiment qu’il est passé à autre chose, un humour souvent caustique qui insuffle une certaine légèreté (de papillon ?) par rapport à la tournure « mélodramatique » des précédents tomes. L’auteur parvient ici à canaliser ses agacements avec des représentations plus « cartoonesques », pas de doute, ses chakras se sont ouverts… C’est sans doute aussi pour cette raison qu’il a choisi le véhicule de la bande dessinée, qui permet d’exprimer si bien des sentiments antagonistes lorsque comme ici l’alliance du texte et du dessin fonctionne à plein. Au final, ce dont nous fait part Fabrice Neaud ici, c’est son amour de la vie. Comme il le dit très bien dans les premières pages, « dessiner, c’est aimer ». Et cet amour, tout lecteur normalement constitué devrait le sentir à chaque page. Au bout de quatre tomes, ce « Journal » est devenu un ami. Et c’est avec une impatience très peu feinte que l’on attend la sortie cet automne, plus de vingt après (!), du cinquième tome (« Les Guerres immobiles »), car oui, la bonne nouvelle, c’est que l’artiste a décidé de remettre les couverts, et là on sera reparti pour un nouveau cycle intitulé « Le Dernier Sergent » ! ----- Fabrice Neaud nous offre ici une autobiographie peu commune, où il se livre à cœur ouvert, sans faux semblants, sans cette pudeur de façade trop souvent pratiquée dans ce type d’ouvrage. Ce n’est pas un journal de poseur, et l’auteur ne s’y montre pas forcément sous son meilleur jour. Il ne se fait pas de cadeaux, pas plus à lui-même qu’aux autres personnages jalonnant le récit. De plus, Neaud parvient à maintenir une tension inattendue dans des histoires dont on devine pourtant l’issue tragique, tension sans doute due à son côté écorché vif et entier, qui l’expose à des revers violents résultant d’actes qui ne le sont pas moins. Fabrice aime les hommes, les « vrais », les « brutes », et n’est attiré ni par les « folles » ni par les machos-cuir, et c’est bien là son drame. Il aime les types bien bâtis, virils et éventuellement poilus, au look « hétéro », et ne rentre donc pas dans les cases. D’autant qu’il n’exprime pas une solidarité particulière pour ses semblables, lesquels font parfois preuve d’un sectarisme incluant des codes qui ne sont pas caractérisés par la bienveillance, bien au contraire, ne faisant que reproduire les travers d’une société hétérosexuelle qui ne fait que les tolérer et qu’ils déplorent eux-mêmes. En outre, Fabrice Neaud dessine le désir homosexuel avec brio, magnifiant les portraits tirés de ses clichés photographiques, saisissant parfaitement les sentiments derrière les regards et les sourires. Son trait noir et blanc, à la base réaliste mais davantage centré sur les personnages que sur les décors, rend les émotions vibrantes en recourant à une technique quasi impressionniste : visage floutés, hachurés, rayés ou littéralement effacés. Son sens accompli du découpage fait le reste, Neaud établissant un dialogue permanent, toujours plein d’a-propos, entre dessin et texte. A travers cette autobiographie qui n’a pas pris une ride, l’auteur se livre à mille et une réflexions aussi pointues que passionnantes sur son rapport aux autres, sur la façon dont il se perçoit dans le monde et sa difficulté à y trouver sa place, sur cet « exil », « lot de la solitude », et peut-être, son inaptitude à l’amour… Fabrice Neaud, animal certes atrabilaire, nous parle de tout cela via le scalpel de son hypersensibilité, avec justesse, audace et honnêteté, sans aucun pathos. Il y aborde également quelques problématiques sociales, notamment la précarisation rampante et la montée des inégalités, des problématiques qui plus de vingt ans après, n’ont rien perdu de leur actualité, bien au contraire…

24/07/2022 (modifier)
Par Solo
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ar-Men - L'Enfer des enfers
Ar-Men - L'Enfer des enfers

Ahhh Emmanuel Lepage, il ne faut décidément pas louper ses créations. Même si le sujet principal reste Ar-Men, phare érigé à l'extrémité Ouest de l'île de Sein en Bretagne, n'allez pas penser qu'il n'y ait que ça à retenir, oh que non! En réalité, l'auteur nous fait voyager à travers les âges pour mettre en lumière toute une histoire régionale. La prise de recul offerte par la narration nous permet d'apprendre plein de choses. Mais ne pensez toujours pas que c'est juste une BD-docu! Toutes ces histoires sont des aventures, inspirantes et extraordinaires, dont il faut en extraire l'essence et les faire confronter entre elles pour saisir tout l'intérêt du bouquin. Après, c'est du Lepage tout craché (tout bisou plutôt, parce-que je l'adore) : pour une 4ème découverte de cet auteur, il est encore et toujours question du rapport entre l'Homme, son histoire, son orgueil face à la nature, la nature elle-même et ce que l'individu pourrait tirer de tout cela, à commencer par le lecteur. On retrouve aussi ce travail de mémoire, cette volonté de partager des connaissances et de nous faire grandir. Bref, ce sont des thèmes ancestraux et éternels qui permettent à Lepage, je trouve, d'avoir des BD intemporelles et à portée universelle. La petite chose en deçà que j'ai en tête, c'est mon intérêt porté sur le personnage principal. J'ai l'habitude de lire Lepage se mettre en scène et structurer ses pensées. Ici, nous suivons Germain, personnage fictif. Le ton est donc forcément plus impersonnel, ce qui m'a fait prendre quelques distances. Et même si j'ai beaucoup d'intérêt pour les solitaires, je n'ai pas été convaincu dans l'absolu, trouvant cette partie d'histoire trop accessoire ou sous-exploitée. On commence à connaître le gaillard: si Lepage avait eu l'opportunité de vivre 30 jours dans le phare par exemple, il se serait mit en scène j'en suis sûr, et le récit aurait été autrement grandiose! Et par-dessus tout, je suis toujours ébahi par la magnificence du dessin, qui nous fait rendre compte de la fragile ou dévastatrice beauté de ce qui nous entoure. Lepage m'émerveille par ses planches absolument somptueuses. Comment ne pas voir, même ressentir, le fracas des vagues contre le phare, ces tempêtes sur le récif, ces oiseaux virevoltant au-dessus des rochers indissolubles, ces plans larges avec l'océan pour seul horizon... La notion d'émerveillement est toujours là graphiquement, moins scénaristiquement (aussi parce-que nous ne retrouvons pas l'œil de l'auteur, cf. paragraphe précédent). C'est intelligent, sensible, immersif et contemplatif. Du Lepage comme on aime. Ca s'achète les yeux fermés.

24/07/2022 (modifier)
Couverture de la série Urbex - Pep et Djou, fouineurs de mémoires
Urbex - Pep et Djou, fouineurs de mémoires

Quelle belle surprise que cette petite série naissante. La très jolie Djou et son copain Pep allient la modernité du numérique avec l'amour du patrimoine ancien. Le patrimoine dans son sens le plus large, les bâtiments : fortifications, théâtres chapelles ou bâtisses particulières, mais aussi le patrimoine poétique et surtout un patrimoine humain. "La Captive" rend hommage aux "Zitelli" Corses tandis que " La Nuit de la Trinité" nous éclaire sur les béates du Velay. Deux histoires très peu connues qui ont marqué un coin des Vosges et l'autre un coin du Velay et du Forez. Dom Corrieras mêle très habilement toutes ces informations culturelles, grâce au personnage de Pep, autour d'une véritable intrigue qui tient en haleine. Même si le public visé est plutôt jeune ado, j'ai vraiment été captivé par ces deux histoires qui se passent dans deux très belles régions assez loin des circuits touristiques classiques. Le graphisme de serge Annequin est bon. L'auteur a su choisir et peindre un couple moderne très empathique. On aimerait bien être à la place de Pep, mais son côté poète rêveur est craquant et la gageure est de nous distiller sa science insondable de façon toute naturelle et sans suffisance. Je trouve que c'est très réussi avec un graphisme qui colle à sa personnalité. J'apprécie aussi les couleurs douces et franches. Les paysages sont soignés même s’ils ne sont pas détaillés au maximum. Le rythme est élevé et les récits se lisent vraiment avec plaisir sans temps mort. Quelques pages de documentations en fin d'ouvrages pour approfondir les éléments principaux du récit ou les grandes figures littéraires citées par Pep. Une lecture pour tous vraiment très plaisante.

23/07/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Encyclopédie des débuts de la Terre
L'Encyclopédie des débuts de la Terre

De Isabel Greenberg j’ai beaucoup aimé Les Cent Nuits de Héro mais aussi « Glass Town » (encore non paru en français à l’heure où j’écris ces lignes). Je me suis donc tout naturellement procuré cet album bien noté sur le site, et je ressors ravi de ma lecture. Il ne s’agit certes « que » de contes, mais la narration m’a beaucoup plu, avec cette façon d’imbriquer une histoire dans une autre, sans jamais perdre le lecteur, qui est guidé par le fil narratif du jeune conteur. J’ai apprécié les références aux différentes cultures et mythologies réelles (viking, chrétiens etc.) et les touches d’humour sont bienvenues et de bon goût. Et puis surtout l’autrice fait preuve d’une imagination et d’une créativité époustouflante, y compris au niveau de la mise en image. Un album recommandable, sauf si vous êtes vraiment allergique aux contes.

22/07/2022 (modifier)
Couverture de la série Chansons de Jacques Higelin en bandes dessinées
Chansons de Jacques Higelin en bandes dessinées

Je suis un grand fan de Jacques Higelin et ce petit ouvrage m'a procuré beaucoup de plaisir à la redécouverte des merveilleuses chansons de l'artiste. Quelle créativité, quel rythme, quelle poésie et quelle inventivité on trouve chez cet artiste vraiment inclassable. Y a-t-il plus drôle et plus décalé que "Attentat à la pudeur" avec une chute d'anthologie "Quel membre et quelle tige ! / Quel litige". Cet exemple montre combien Higelin a su travailler sur les sons, allitérations, assonances, associations improbables, mots compliqués rythmés et scandés, c'est un régal pour l'oreille et pour l'esprit de finesse. Oui mais ici c'est un texte lu ? Objection mon colon ! Les dessins par leurs styles et leurs rythmes collent parfaitement aux univers poétiques et déjantés d'Higelin. Il y en a pour tous. Découvrez "Coup de Lune" et imaginez de la chanter/lire avec vos enfants un soir d’Halloween. Alors vous serez "réunis en grand conciliabule.../Les adeptes les plus selects de la secte des insectes." et ce sera "Champagne" pour vous les "Vampires éblouis par de lubriques vestales". Que d'émotion quand j'entends la fosse du Bataclan chanter en 2007 avec Higelin "Il a du coeur, il aime la vie/ ET LA MORT NE LUI FAIT PAS PEUR" (Pars). Cela me donne le frisson. Pour moi dans cette collection « les chansons de ... en BD » pour le moment c'est l'opus que je préfère. Évidemment à lire en écoutant l'artiste et sa bande.

21/07/2022 (modifier)
Par Ivan
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Sang des automates
Le Sang des automates

Un album très original que ne ressemble à aucun autre. Une histoire à couper au couteau (ou au tournevis) dont on ne sort pas indemne. A mille lieues des poncifs de la surproduction actuelle. Mais l'album risque de beaucoup décontenancer les lecteurs classiques de BD, car De Flandre ne retient quasi aucune des conventions de la BD et les réinvente. A découvrir.

21/07/2022 (modifier)