Angoulême 2022 prix Goscinny du meilleur scénario. " une BD ? Mais c'est pour les mômes !! " éructa Madeleine Riffaud après la proposition de JD Morvan.
Heureusement madame Riffaud, vous avez changé d'avis pour le plus grand bien des lecteurs et du monde de la BD où votre témoignage va prendre place parmi les étoiles.
Ce premier tome d'une trilogie qui fait le récit de votre action comme résistante parisienne de 17 ans est une merveille.
C'est si rare d'avoir le récit vécu d'une personne considérée comme Terroriste, sortie des griffes de la Gestapo, qu'on ne peut qu'être admiratif au tableau de vos actions.
Le récit est tellement fluide, tellement logique dans les enchaînements que cela donne l'impression que JD Morvan a été le déclencheur heureux d'une aspiration à la vérité que vous n'aviez pas pu encore mettre en forme.
J'ai l'impression que JD Morvan par son écoute humble, attentive, bienveillante et professionnelle a su livrer un récit dramatique, cohérent et incroyablement vivant pour construire cet album.
C'est très émouvant et poignant car les personnages que vous décrivez ne sont pas âmes de papier mais bel et bien vos amis qui sont tombés sous la barbarie et qui vivront longtemps dans nos souvenirs grâce à cet album.
J'ai beaucoup aimé l'hommage que vous rendez à ces soldats de l'ombre qui n'avaient pas vocation pour cela, les médecins, les prêtres ou les cheminots. Tous probablement d'opinions très différentes mais ici unis par l'amour de la liberté chérie.
Il existe des hommes qui réussissent à transformer leurs lectures les plus chères que ce soient les poésies d'Eluard ou d’Aragon ou les Evangiles en véritables actions affranchies de toute peur.
C'est un récit de courage et de femme moderne. Être une femme dans ces moments c'est double risque, et l'histoire le montre bien en plusieurs endroits. Aucune courtoisie à attendre, au contraire les tortionnaires savent se montrer doublement sadiques.
Devant une telle histoire on aurait pu craindre que Dominique Bertail au dessin soit écrasé par le récit. C'est tout le contraire. Je trouve le dessin formidable. Par contraste dans cette atmosphère de mort et de maladie, il n'y a que beauté.
Beauté de la campagne picarde et du village, beauté du massif de la Chartreuse, beauté des extérieurs d'un Paris occupé et bien sûr beauté d'une jeune fille de 17 ans avec son amoureux. La mise en page est très moderne avec des doubles pages magnifiques.
Je ne crois pas prendre un grand risque en pensant que le grand Goscinny doit être fier d'avoir le nom de Madeleine Riffaud alias Rainer dans sa liste de lauréat(e)s.
Une bien belle série à faire lire "aux mômes" dès le collège mais pas que (loin de là)
Après la lecture du tome 2 je confirme ma note qui reflète l'excellence du récit de Madeleine Riffaud très bien mis en scène par Morvan. Madeleine alias Rainer (un nom allemand !) a pris des responsabilités au sein de la Résistance parisienne du Quartier Latin.
Le récit est de plus en plus prenant dans ce tome qui se focalise sur les rouages des groupes de résistants et le danger des actions menées. En cette année 44, l'ambiance change mais les risques sont toujours aussi grands.
Le graphisme de Bertail dans un mode réaliste nous emmène aux côtés de Rainer et de ses amis dans un Paris à la fois familier et si différent.
À lire, absolument
Depuis La Fille dans l'écran je suis assidument Lou Lubie et ses publications, qui m'intéressent toutes autant qu'elles soient et même si Lou Lubie explore divers sujets toujours différents. Son talent de vulgarisation m'avait captivé dans Goupil ou face, mais elle fait encore plus fort avec cet album, que j'ai lu juste après avoir fini Fables et qui porte sur la même thématique : les contes de fées.
J'ai personnellement un grand attrait pour les contes (la plupart sans fée) et j'ai beaucoup de vieux recueils à la maison. J'aime les contes paysans, les contes paillards, les contes merveilleux etc ... Mais pour autant, j'ai rarement vu de Disney, la plupart des grands classiques m'étant inconnu. J'ai souvent une vision décalée de la plupart des gens sur les contes, nourris plus à la Petite sirène de Andersen qu'a son adaptation.
Si je digresse autant sur moi, c'est que j'ai retrouvé dans cet ouvrage la synthèse parfaite de ce que j'ai découvert avec le temps : comment Disney a façonné un imaginaire et l'a cloisonné à ses propres représentations, comment les contes évoluent et sont représentatifs de la société (et du conteur), mais aussi ce qu'ils contiennent, pourquoi ils sont si important pour nous.
Là où la BD est géniale, c'est qu'on a en permanence des présentations de contes (parfois des différentes versions) puis des considérations et commentaires entre. On aura un aperçu historique, psychologique (et les critiques qu'on peut émettre dessus d'ailleurs), sociale, sociétale de toute la richesse des contes. Pour ma part, j'en connaissais déjà une partie mais je suis ravi de voir cette mise en lumière d'une façon aussi simple et efficace. Lou Lubie a un dessin qui convient à merveille à la vulgarisation dans ce style. C'est clair, lisible et extrèmement bien mis en scène. L'humour fait mouche autant dans les dialogues que dans les mises en scène.
Ce que j'apprécie encore plus et m'a fait discerner le coup de cœur, c'est l'édition du bouzin qui est sublime : la tranche dorée, la couverture épaisse qui donne l'impression de ressortir un vieux livre de contes de fées perdus dans la bibliothèque de grand-mère. Une édition qui attire l’œil et vaut franchement le détour. C'est un très bel objet qu'on a envie d'avoir, et c'est pour cela que je l'ai glissé dans mon calendrier de l'avent. Un achat que je ne regrette pas !
Pour ma part, je suis toujours aussi content de lire des BD de Lou Lubie et Comme un oiseau dans un bocal — Portraits de surdoués m'attends sur ma pile à lire. Une auteure que je recommande !
Rien à dire sur ce western qui sort un peu des histoires de western "classique", avec comme sujet principal la mort accidentelle d'un jeune enfant.
J'ai trouvé un scénario très bien trouvé, mais surtout un dessin et des couleurs exceptionnelles !
Quelle bonne surprise ! Je me retrouve entièrement dans l'avis de Canarde après la lecture du fauve d'or 2022.
Prix bien mérité à mes yeux tellement j'ai été happé par ce roman de Marcello Quintanilha. Comme de nombreux lecteurs, la couverture psychédélique façon puzzle et collage ne m'engageait pas trop.
Au bout de cinq pages, j'ai totalement changé de point de vue tellement les personnalités de Màrcia, Jacqueline et Aluìsio m'ont saisi par leur justesse de ton et d'attitude.
Probablement que mon passé associatif a influencé ma lecture mais j'ai tout de suite été immergé dans l'ambiance à travers cette violente dispute mère/fille dans un dialogue qui résonne de vécu.
Marcello nous entraîne dans un Brésil loin des cartes postales de la plage de Copacabana avec ses parties de foot entre apollons où se promènent des bimbos taille 36 en mini bikinis.
Màrcia et Jacqueline sont loin des barbies standardisées que l'on trouve dans la plupart des séries et pourtant elles sont tellement plus représentatives d'une partie de la population mondiale qui plonge dans le surpoids. Ce qui n'empêche pas des aspirations à la féminité comme l'auteur le souligne en de nombreux endroits. J'ai bien aimé les deux parties où le récit passe du social au policier d'une façon si logique que cela semble le quotidien des favelas.
Les scènes de vie de l'infirmière Màrcia faite de dévouement, solidarité, fatigue et dangers m'ont beaucoup marqué. J'y ai retrouvé le quotidien de beaucoup d'aides-soignantes que je connais. La scène du viol manqué est d'une intensité dramatique époustouflante avec des cadrages et un rythme incroyable.
Car la violence est omniprésente dans cet univers brésilien. Toutefois Marcello ne tombe ni dans le piège du voyeurisme morbide ni dans les sanglots des journalistes occidentaux qui font un tour et puis s'en vont.
Malgré la dureté des situations son récit reste résolument optimiste avec une conclusion, certes conventionnelle, mais très émotionnelle et bien amenée.
Le graphisme est vraiment déroutant quand on ouvre la série mais très vite je me suis laissé séduire par cette mise en couleur psy qui donne une personnalité si singulière à l'oeuvre de Marcello.
Il ne faut pas oublier que nous sommes au Brésil, pays de lumière, de couleurs naturelles et de couleurs de peaux, pays de brassages et de démesures. Marcello propose des personnages lilas qui me sont devenus une évidence au bout de quelques cases.
Pour finir, un mot sur le texte et la traduction. Bien sûr le langage est familier mais les dialogues ne sont jamais vulgaires sans correspondre à une situation de vraisemblance totale. Le langage de Jacqueline porte à lui seul une grande partie de l'ambiance de la série.
C'est juste et souvent drôle. Tout au long de la série les dialogues sont incisifs et donnent un excellent rythme à la narration.
Une excellente lecture qui m'a souvent fait vibrer.
J'ai longtemps été frustré car ma bibliothèque municipale ne possédait que le tome 1 de la série. L'excellent avis de Gruizzli m'a décidé à acheter l'intégrale et je ne le regrette pas.
J'ai été soulagé que l'intégrale conserve le superbe avant-propos de Claudio Strinati qui nous ouvre à une lecture intelligente du diptyque de Manara.
Comme le souligne Gruizzli, Manara nous propose bien plus qu'une biographie universitaire et savante de la vie du Maître. Manara nous propose une sorte de connexion vivante entre lui et son illustre devancier de 400 ans son aîné.
C'est l'artiste incarné qui vit sous les magnifiques traits du peintre (lequel ?) avec sa violence créatrice qu'il puise dans son temps mais aussi dans une image supérieure qui touche au sacré. Manara nous fait parfaitement voir comment le vulgaire de son temps (la catin, la prison, la brute, le vieillard) peut se transformer sous un éclairage que l'artiste est seul à percevoir en image de la Grâce.
On sent une profonde réflexion intérieure chez Manara, artiste d'une beauté féminine incorruptible malgré la pestilence du monde qui l'entoure.
Le scénario coule de source et n'a que se laisser porter par une vie aussi féconde en aventures, en créations et en dramaturgies.
Le graphisme de Manara donne le meilleur de lui-même à la fois en hommage au Maître de la Renaissance à travers les nombreuses répliques de ses oeuvres mais aussi dans les décors somptueux de Rome, Naples ou Malte avec les ambiances qui y correspondent.
Si Manara nous présente un art sacré éblouissant de lumière et de spiritualité dans une approche presque catéchistique, il n'oublie pas de rendre un vibrant hommage à son art profane à travers les merveilleux portraits féminins et masculins aux poses érotiques et langoureuses. C'est l'amalgame de ces deux représentations qui donne vie à ce monde de beauté.
Chaque case rend le récit plus crédible au fur et à mesure de la lecture.
Une oeuvre remarquable qui m'a fait vibrer intensément.
Une fois encore, Jean Dytar aura réussi à nous surprendre avec ces « Illuminés ». En s’associant avec LF Bollée pour le scénario, déjà connu pour quelques beaux albums parus ces dernières années (La Bombe, Terra Australis…), il s’attaque à un épisode de la vie de ces trois écorchés vifs qui avaient la poésie chevillée au corps et à l’âme. Rimbaud, parti vers des contrées lointaines, avait abandonné un célèbre manuscrit pas encore publié et auréolé de mystère, « Les Illuminations », un document maudit qui semblait encombrer ses deux amis. Si l’on connaît Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, notamment à travers leur liaison à la fois fusionnelle et toxique, on connaît moins bien Germain Nouveau, qui figure pourtant ici comme l’un des membres à part entière du trio. D’une moindre notoriété que les deux autres, celui-ci n’en était pas moins un poète talentueux et digne d’intérêt, mais il a eu quelque peu tendance à se faire oublier, et on va comprendre pourquoi à la lecture de l’album.
Cette biographie triangulaire coche toutes les cases d’une œuvre réussie, à commencer par le format de narration très original. Le pari était risqué de dérouler plusieurs fils narratifs cote à cote (deux ou trois en fonction des passages, centrés sur chacun des poètes), mais les auteurs ont su éviter la confusion grâce à différents codes couleur, s’en tenant à une structure de mise en page basique. Et contre toute attente, cela fonctionne à merveille. La lecture est d’une fluidité impeccable, avec, double trouvaille, des correspondances ponctuelles entre les différents fils, certaines évidentes (exemple p.110), d’autres plus suggérées pour la participation active du lecteur. C’est extrêmement bien vu voire addictif !
Quant au dessin, il faudra se réfréner pour ne pas tomber dans un éloge par trop déraisonnable ! Jean Dytar, véritable explorateur graphique et conteur hors pair, nous a prouvé son talent de caméléon créatif avec ses albums précédents. Il adopte ici un style réaliste, avec une technique au fusain et des tonalités sepia évoquant des œuvres du XIXe siècle. Si l’on apprécie les portraits des trois hommes, très ressemblants, on restera admiratifs devant les paysages naturels et les scènes urbaines : Londres s’estompant sous le « fog » des usines, le Pont neuf étincelant sous un féérique croissant de lune, un jardin bruxellois fantomatique dans la brume nocturne, ou encore un navire voguant sur une mer exotique. C’est tout simplement superbe !
Les doubles pages itératives du porche de la cathédrale d’Aix-en-Provence inaugurant chaque chapitre et la fin de l’album donnent à penser que les auteurs ont cherché en quelque sorte à réhabiliter cet artiste méconnu qu’était Germain Nouveau — une telle approche étant à l’évidence moins justifiée pour Verlaine et Rimbaud. Et nous, lecteurs, sommes heureux de faire connaissance avec ce poète qui ne voulut jamais être publié de son vivant et termina sa vie en clochard céleste dans sa Provence bien aimée. Finalement, ne serait-ce pas lui, Nouveau, le véritable poète ?
« Les Illuminés » restera comme une des œuvres marquantes de cette année 2023, parvenant à allier modernité et intemporalité. Jean Dytar se révèle au fil de ses publications comme un artiste qui compte sans calculer, un artiste-conteur à qui l’audace graphique réussit à tous les coups. L’auteur de Florida et du « Sourire des marionnettes » est de la race des artisans-bâtisseurs avec ce je-ne-sais-quoi de médiéval, un peu hors du temps, construisant patiemment une palette d’univers très différents assortie à un propos toujours passionnant.
Une des rares séries de Vance que je n’avais pas lues. Et bien c’est chose faite suite à la sortie en cette fin d’année 2023 d’une magnifique intégrale regroupant les 9 tomes publiés en albums, ainsi que les tomes 10 et 11 qui n’avaient été édités à ma connaissance qu’une seule foi dans l’intégrale "Tout Vance" sortie en 2011, il s’agit de "la Louve d'Arnac" et "la Tour d'Arnac".
L’histoire ce place en pleine Reconquista espagnole, à la fin du XIIème siècle, et l’on suit les aventures d’un bâtard d’un des rois des royaumes chrétiens.
À savoir que cette intégrale reprend les histoires telles qu’elles ont été publiées en albums, et non pas telles qu’elles ont été prépubliées dans le magazine Femme d’Aujourd’hui.
Et elles ont été beaucoup remaniées.
On note aussi l’absence totale des dossiers, dessins explicatifs qu’il y avait à l’origine.
Lorsque je vois le petit mot de Greg dans la fiche de présentation de l’album, parlant d’un récit très historique, où tout est vrai, cela me faire sourire. Je m’explique. Je ne doute pas qu’à l’époque, dans les années 70, les séries historiques se faisaient rares. Et c’était assez novateur de faire ça. Et d’intégrer beaucoup de notes et de références au contexte dans lequel se passe l’intrigue. Mais honnêtement, dès le 1er cycle de plusieurs albums (donc le tome 3), on a quand même un Espagnol qui part en Amérique et en revient marié, et avec sa femme amérindienne… bon… même si théoriquement ce n’est pas impossible, on est loin de l’historique quand même…
Sûrement que dans la version de Femme d’Aujourd’hui avec tous les à côtés qui donnaient des précisions, le sentiment et le ressenti devait être différent.
Dans tous les cas, j’ai vraiment ressenti les prémices de ce qui donnera par la suite la collection Vécu chez Glénat qui dans les années 80 et 90 se spécialisera dans ce genre de récit.
Le scénario est vraiment agréable à lire, mais surtout, le dessin de Vance est un pur plaisir, il atteint dans cette série une vraie maturité, sans fausse note, c’est un plaisir à chaque instant de se plonger dans ses planches.
Je conseille vraiment à tous les amateurs du dessin de Vance, ou à tous les amateurs de BD d’aventure historique, mêlant la petite histoire et la grande histoire.
J’aurais pu mettre 5 étoiles pour culte, mais Ramiro est clairement passé à côté de son public, alors que c’est une série pionnière dans son genre, aventure historique, avec une histoire à suivre sur plusieurs tomes.
Elle est arrivée peut être trop tôt et au mauvais endroit (Femme d’Aujourd’hui n’était pas l’idéal pour se faire remarquer des lecteurs de BD).
Nicolas Juncker s'est fait une spécialité des séries nous montrant petits et hauts faits de l'Histoire de façon originale et/ou décalée (comme dans Malet, ou plus récemment dans "Dragon Dragon ").
C'est encore le cas ici, toujours avec une belle réussite, même s'il ne s'attache (ou s'attaque) qu'à deux grandes figures historiques, et s'il ne prend finalement pas tant de libertés que ça avec ce que nous savons être la réalité.
Présentés dans un beau coffret, les deux albums se complètent parfaitement, et l'on peut commencer la lecture par l'un ou l'autre au choix.
Sur cette période charnière de l'Histoire de l'Angleterre, Juncker nous propose un diptyque plein de verve, de truculent, et bien sûr de violence et de visées machiavéliques. Sa narration est agréable, des pointes d'humour relevant un plat déjà épicé. J'ai vraiment bien aimé son récit et ses choix narratifs.
Le dessin est lui aussi agréable, proche de celui de Tronchet parfois (la colorisation les rapprochent aussi).
Je m'étonne qu'il y ait si peu d'avis sur cette série, qui mérite qu'on y jette un coup d'œil.
Note réelle 3,5/5.
Maruo est un des rares mangakas qui m'attirent systématiquement, tant son œuvre est originale et forte.
Ce diptyque est très représentatif de son travail. Il peut donc rebuter, mais j'y ai trouvé au contraire de grandes qualités.
Maruo est un des grands maîtres de l'ero-guro. Si ici l'érotisme est moins présent, on y trouve par contre beaucoup de sadisme, une esthétique s'inspirant de l'expressionnisme, du surréalisme (tendance Bellmer). Mais aussi du cinéma noir et sadique, mais bourré de poésie de Tod Browning.
C'est ainsi que toute la première partie se déroule dans l'univers des barraques de foire des cirques de freaks, qu'intègrent deux jumeaux, dont Tomino donc.
Un monde pervers et violent. Mais la deuxième partie l'est tout autant, culminant dans l'apocalypse nucléaire de Nagasaki.
L'histoire est difficile à résumer, et part dans tous les sens (en particulier Maruo ajoute à 'imagerie évoquée plus haut celle des chrétiens japonais), mais l'esthétique est emballante.
Et, comme toujours, le trait très fin et précis, minutieux, de Maruo donne à ses personnages des airs de poupées de porcelaine (la encore Bellmer !), avec une fragilité qui contraste avec le gore, le malsain, l'étrange qui dominent et éclairent d'une lumière noire ces deux gros albums.
Tout d’abord, un grand bravo aux éditions 404 pour la qualité d’édition de ce livre.
Le livre en lui-même est un très bel exercice de style. Le concept est assez astucieux i.e. placé H.P. Lovecraft au seuil de sa mort sur son lit d’hôpital et le ramener à revivre et commenter certaines rencontres, étapes (lieux) et aspects de sa vie à travers l’apparition de différents personnages (Réels et/ou imaginaires).
Le tout est régulièrement entrecoupé par des lettres de H.P. Lovecraft, pratique qu'il affectionnait particulièrement (De mémoire, sa correspondance avoisinerait les plus de 30000 lettres (sur internet je trouve près de 90000!!).
Vous l'aurez compris, cette bande dessinée fleurte plus sur une biographie de l'auteur que sur un récit inspiré de son univers. Donc, pas besoin de forcément connaitre l'oeuvre ou être un fan inconditionnel pour en profitez.
Les dessins de Jakub Rebelka sont impressionnants de maitrise et de personnalité, rappelant toutefois par moment le grand Guillaume Sorel. Son style onirique et organique sied parfaitement à l'univers du maitre de Providence et illustre le propos de fort belle manière.
A noter pour finir, que bien qu'étant un cousin pas si éloigné que ça de Cthulhu (i.e. Très familier avec Lovecraft la vie/son oeuvre), quelques approfondissements et recherches pour déterminer le vrai du faux et mieux cerner l'apport fictifs des deux auteurs me semble nécessaire.
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Angoulême 2022 prix Goscinny du meilleur scénario. " une BD ? Mais c'est pour les mômes !! " éructa Madeleine Riffaud après la proposition de JD Morvan. Heureusement madame Riffaud, vous avez changé d'avis pour le plus grand bien des lecteurs et du monde de la BD où votre témoignage va prendre place parmi les étoiles. Ce premier tome d'une trilogie qui fait le récit de votre action comme résistante parisienne de 17 ans est une merveille. C'est si rare d'avoir le récit vécu d'une personne considérée comme Terroriste, sortie des griffes de la Gestapo, qu'on ne peut qu'être admiratif au tableau de vos actions. Le récit est tellement fluide, tellement logique dans les enchaînements que cela donne l'impression que JD Morvan a été le déclencheur heureux d'une aspiration à la vérité que vous n'aviez pas pu encore mettre en forme. J'ai l'impression que JD Morvan par son écoute humble, attentive, bienveillante et professionnelle a su livrer un récit dramatique, cohérent et incroyablement vivant pour construire cet album. C'est très émouvant et poignant car les personnages que vous décrivez ne sont pas âmes de papier mais bel et bien vos amis qui sont tombés sous la barbarie et qui vivront longtemps dans nos souvenirs grâce à cet album. J'ai beaucoup aimé l'hommage que vous rendez à ces soldats de l'ombre qui n'avaient pas vocation pour cela, les médecins, les prêtres ou les cheminots. Tous probablement d'opinions très différentes mais ici unis par l'amour de la liberté chérie. Il existe des hommes qui réussissent à transformer leurs lectures les plus chères que ce soient les poésies d'Eluard ou d’Aragon ou les Evangiles en véritables actions affranchies de toute peur. C'est un récit de courage et de femme moderne. Être une femme dans ces moments c'est double risque, et l'histoire le montre bien en plusieurs endroits. Aucune courtoisie à attendre, au contraire les tortionnaires savent se montrer doublement sadiques. Devant une telle histoire on aurait pu craindre que Dominique Bertail au dessin soit écrasé par le récit. C'est tout le contraire. Je trouve le dessin formidable. Par contraste dans cette atmosphère de mort et de maladie, il n'y a que beauté. Beauté de la campagne picarde et du village, beauté du massif de la Chartreuse, beauté des extérieurs d'un Paris occupé et bien sûr beauté d'une jeune fille de 17 ans avec son amoureux. La mise en page est très moderne avec des doubles pages magnifiques. Je ne crois pas prendre un grand risque en pensant que le grand Goscinny doit être fier d'avoir le nom de Madeleine Riffaud alias Rainer dans sa liste de lauréat(e)s. Une bien belle série à faire lire "aux mômes" dès le collège mais pas que (loin de là) Après la lecture du tome 2 je confirme ma note qui reflète l'excellence du récit de Madeleine Riffaud très bien mis en scène par Morvan. Madeleine alias Rainer (un nom allemand !) a pris des responsabilités au sein de la Résistance parisienne du Quartier Latin. Le récit est de plus en plus prenant dans ce tome qui se focalise sur les rouages des groupes de résistants et le danger des actions menées. En cette année 44, l'ambiance change mais les risques sont toujours aussi grands. Le graphisme de Bertail dans un mode réaliste nous emmène aux côtés de Rainer et de ses amis dans un Paris à la fois familier et si différent. À lire, absolument
Et à la fin, ils meurent
Depuis La Fille dans l'écran je suis assidument Lou Lubie et ses publications, qui m'intéressent toutes autant qu'elles soient et même si Lou Lubie explore divers sujets toujours différents. Son talent de vulgarisation m'avait captivé dans Goupil ou face, mais elle fait encore plus fort avec cet album, que j'ai lu juste après avoir fini Fables et qui porte sur la même thématique : les contes de fées. J'ai personnellement un grand attrait pour les contes (la plupart sans fée) et j'ai beaucoup de vieux recueils à la maison. J'aime les contes paysans, les contes paillards, les contes merveilleux etc ... Mais pour autant, j'ai rarement vu de Disney, la plupart des grands classiques m'étant inconnu. J'ai souvent une vision décalée de la plupart des gens sur les contes, nourris plus à la Petite sirène de Andersen qu'a son adaptation. Si je digresse autant sur moi, c'est que j'ai retrouvé dans cet ouvrage la synthèse parfaite de ce que j'ai découvert avec le temps : comment Disney a façonné un imaginaire et l'a cloisonné à ses propres représentations, comment les contes évoluent et sont représentatifs de la société (et du conteur), mais aussi ce qu'ils contiennent, pourquoi ils sont si important pour nous. Là où la BD est géniale, c'est qu'on a en permanence des présentations de contes (parfois des différentes versions) puis des considérations et commentaires entre. On aura un aperçu historique, psychologique (et les critiques qu'on peut émettre dessus d'ailleurs), sociale, sociétale de toute la richesse des contes. Pour ma part, j'en connaissais déjà une partie mais je suis ravi de voir cette mise en lumière d'une façon aussi simple et efficace. Lou Lubie a un dessin qui convient à merveille à la vulgarisation dans ce style. C'est clair, lisible et extrèmement bien mis en scène. L'humour fait mouche autant dans les dialogues que dans les mises en scène. Ce que j'apprécie encore plus et m'a fait discerner le coup de cœur, c'est l'édition du bouzin qui est sublime : la tranche dorée, la couverture épaisse qui donne l'impression de ressortir un vieux livre de contes de fées perdus dans la bibliothèque de grand-mère. Une édition qui attire l’œil et vaut franchement le détour. C'est un très bel objet qu'on a envie d'avoir, et c'est pour cela que je l'ai glissé dans mon calendrier de l'avent. Un achat que je ne regrette pas ! Pour ma part, je suis toujours aussi content de lire des BD de Lou Lubie et Comme un oiseau dans un bocal — Portraits de surdoués m'attends sur ma pile à lire. Une auteure que je recommande !
Jusqu'au dernier
Rien à dire sur ce western qui sort un peu des histoires de western "classique", avec comme sujet principal la mort accidentelle d'un jeune enfant. J'ai trouvé un scénario très bien trouvé, mais surtout un dessin et des couleurs exceptionnelles !
Ecoute, Jolie Márcia
Quelle bonne surprise ! Je me retrouve entièrement dans l'avis de Canarde après la lecture du fauve d'or 2022. Prix bien mérité à mes yeux tellement j'ai été happé par ce roman de Marcello Quintanilha. Comme de nombreux lecteurs, la couverture psychédélique façon puzzle et collage ne m'engageait pas trop. Au bout de cinq pages, j'ai totalement changé de point de vue tellement les personnalités de Màrcia, Jacqueline et Aluìsio m'ont saisi par leur justesse de ton et d'attitude. Probablement que mon passé associatif a influencé ma lecture mais j'ai tout de suite été immergé dans l'ambiance à travers cette violente dispute mère/fille dans un dialogue qui résonne de vécu. Marcello nous entraîne dans un Brésil loin des cartes postales de la plage de Copacabana avec ses parties de foot entre apollons où se promènent des bimbos taille 36 en mini bikinis. Màrcia et Jacqueline sont loin des barbies standardisées que l'on trouve dans la plupart des séries et pourtant elles sont tellement plus représentatives d'une partie de la population mondiale qui plonge dans le surpoids. Ce qui n'empêche pas des aspirations à la féminité comme l'auteur le souligne en de nombreux endroits. J'ai bien aimé les deux parties où le récit passe du social au policier d'une façon si logique que cela semble le quotidien des favelas. Les scènes de vie de l'infirmière Màrcia faite de dévouement, solidarité, fatigue et dangers m'ont beaucoup marqué. J'y ai retrouvé le quotidien de beaucoup d'aides-soignantes que je connais. La scène du viol manqué est d'une intensité dramatique époustouflante avec des cadrages et un rythme incroyable. Car la violence est omniprésente dans cet univers brésilien. Toutefois Marcello ne tombe ni dans le piège du voyeurisme morbide ni dans les sanglots des journalistes occidentaux qui font un tour et puis s'en vont. Malgré la dureté des situations son récit reste résolument optimiste avec une conclusion, certes conventionnelle, mais très émotionnelle et bien amenée. Le graphisme est vraiment déroutant quand on ouvre la série mais très vite je me suis laissé séduire par cette mise en couleur psy qui donne une personnalité si singulière à l'oeuvre de Marcello. Il ne faut pas oublier que nous sommes au Brésil, pays de lumière, de couleurs naturelles et de couleurs de peaux, pays de brassages et de démesures. Marcello propose des personnages lilas qui me sont devenus une évidence au bout de quelques cases. Pour finir, un mot sur le texte et la traduction. Bien sûr le langage est familier mais les dialogues ne sont jamais vulgaires sans correspondre à une situation de vraisemblance totale. Le langage de Jacqueline porte à lui seul une grande partie de l'ambiance de la série. C'est juste et souvent drôle. Tout au long de la série les dialogues sont incisifs et donnent un excellent rythme à la narration. Une excellente lecture qui m'a souvent fait vibrer.
Le Caravage
J'ai longtemps été frustré car ma bibliothèque municipale ne possédait que le tome 1 de la série. L'excellent avis de Gruizzli m'a décidé à acheter l'intégrale et je ne le regrette pas. J'ai été soulagé que l'intégrale conserve le superbe avant-propos de Claudio Strinati qui nous ouvre à une lecture intelligente du diptyque de Manara. Comme le souligne Gruizzli, Manara nous propose bien plus qu'une biographie universitaire et savante de la vie du Maître. Manara nous propose une sorte de connexion vivante entre lui et son illustre devancier de 400 ans son aîné. C'est l'artiste incarné qui vit sous les magnifiques traits du peintre (lequel ?) avec sa violence créatrice qu'il puise dans son temps mais aussi dans une image supérieure qui touche au sacré. Manara nous fait parfaitement voir comment le vulgaire de son temps (la catin, la prison, la brute, le vieillard) peut se transformer sous un éclairage que l'artiste est seul à percevoir en image de la Grâce. On sent une profonde réflexion intérieure chez Manara, artiste d'une beauté féminine incorruptible malgré la pestilence du monde qui l'entoure. Le scénario coule de source et n'a que se laisser porter par une vie aussi féconde en aventures, en créations et en dramaturgies. Le graphisme de Manara donne le meilleur de lui-même à la fois en hommage au Maître de la Renaissance à travers les nombreuses répliques de ses oeuvres mais aussi dans les décors somptueux de Rome, Naples ou Malte avec les ambiances qui y correspondent. Si Manara nous présente un art sacré éblouissant de lumière et de spiritualité dans une approche presque catéchistique, il n'oublie pas de rendre un vibrant hommage à son art profane à travers les merveilleux portraits féminins et masculins aux poses érotiques et langoureuses. C'est l'amalgame de ces deux représentations qui donne vie à ce monde de beauté. Chaque case rend le récit plus crédible au fur et à mesure de la lecture. Une oeuvre remarquable qui m'a fait vibrer intensément.
Les Illuminés
Une fois encore, Jean Dytar aura réussi à nous surprendre avec ces « Illuminés ». En s’associant avec LF Bollée pour le scénario, déjà connu pour quelques beaux albums parus ces dernières années (La Bombe, Terra Australis…), il s’attaque à un épisode de la vie de ces trois écorchés vifs qui avaient la poésie chevillée au corps et à l’âme. Rimbaud, parti vers des contrées lointaines, avait abandonné un célèbre manuscrit pas encore publié et auréolé de mystère, « Les Illuminations », un document maudit qui semblait encombrer ses deux amis. Si l’on connaît Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, notamment à travers leur liaison à la fois fusionnelle et toxique, on connaît moins bien Germain Nouveau, qui figure pourtant ici comme l’un des membres à part entière du trio. D’une moindre notoriété que les deux autres, celui-ci n’en était pas moins un poète talentueux et digne d’intérêt, mais il a eu quelque peu tendance à se faire oublier, et on va comprendre pourquoi à la lecture de l’album. Cette biographie triangulaire coche toutes les cases d’une œuvre réussie, à commencer par le format de narration très original. Le pari était risqué de dérouler plusieurs fils narratifs cote à cote (deux ou trois en fonction des passages, centrés sur chacun des poètes), mais les auteurs ont su éviter la confusion grâce à différents codes couleur, s’en tenant à une structure de mise en page basique. Et contre toute attente, cela fonctionne à merveille. La lecture est d’une fluidité impeccable, avec, double trouvaille, des correspondances ponctuelles entre les différents fils, certaines évidentes (exemple p.110), d’autres plus suggérées pour la participation active du lecteur. C’est extrêmement bien vu voire addictif ! Quant au dessin, il faudra se réfréner pour ne pas tomber dans un éloge par trop déraisonnable ! Jean Dytar, véritable explorateur graphique et conteur hors pair, nous a prouvé son talent de caméléon créatif avec ses albums précédents. Il adopte ici un style réaliste, avec une technique au fusain et des tonalités sepia évoquant des œuvres du XIXe siècle. Si l’on apprécie les portraits des trois hommes, très ressemblants, on restera admiratifs devant les paysages naturels et les scènes urbaines : Londres s’estompant sous le « fog » des usines, le Pont neuf étincelant sous un féérique croissant de lune, un jardin bruxellois fantomatique dans la brume nocturne, ou encore un navire voguant sur une mer exotique. C’est tout simplement superbe ! Les doubles pages itératives du porche de la cathédrale d’Aix-en-Provence inaugurant chaque chapitre et la fin de l’album donnent à penser que les auteurs ont cherché en quelque sorte à réhabiliter cet artiste méconnu qu’était Germain Nouveau — une telle approche étant à l’évidence moins justifiée pour Verlaine et Rimbaud. Et nous, lecteurs, sommes heureux de faire connaissance avec ce poète qui ne voulut jamais être publié de son vivant et termina sa vie en clochard céleste dans sa Provence bien aimée. Finalement, ne serait-ce pas lui, Nouveau, le véritable poète ? « Les Illuminés » restera comme une des œuvres marquantes de cette année 2023, parvenant à allier modernité et intemporalité. Jean Dytar se révèle au fil de ses publications comme un artiste qui compte sans calculer, un artiste-conteur à qui l’audace graphique réussit à tous les coups. L’auteur de Florida et du « Sourire des marionnettes » est de la race des artisans-bâtisseurs avec ce je-ne-sais-quoi de médiéval, un peu hors du temps, construisant patiemment une palette d’univers très différents assortie à un propos toujours passionnant.
Ramiro
Une des rares séries de Vance que je n’avais pas lues. Et bien c’est chose faite suite à la sortie en cette fin d’année 2023 d’une magnifique intégrale regroupant les 9 tomes publiés en albums, ainsi que les tomes 10 et 11 qui n’avaient été édités à ma connaissance qu’une seule foi dans l’intégrale "Tout Vance" sortie en 2011, il s’agit de "la Louve d'Arnac" et "la Tour d'Arnac". L’histoire ce place en pleine Reconquista espagnole, à la fin du XIIème siècle, et l’on suit les aventures d’un bâtard d’un des rois des royaumes chrétiens. À savoir que cette intégrale reprend les histoires telles qu’elles ont été publiées en albums, et non pas telles qu’elles ont été prépubliées dans le magazine Femme d’Aujourd’hui. Et elles ont été beaucoup remaniées. On note aussi l’absence totale des dossiers, dessins explicatifs qu’il y avait à l’origine. Lorsque je vois le petit mot de Greg dans la fiche de présentation de l’album, parlant d’un récit très historique, où tout est vrai, cela me faire sourire. Je m’explique. Je ne doute pas qu’à l’époque, dans les années 70, les séries historiques se faisaient rares. Et c’était assez novateur de faire ça. Et d’intégrer beaucoup de notes et de références au contexte dans lequel se passe l’intrigue. Mais honnêtement, dès le 1er cycle de plusieurs albums (donc le tome 3), on a quand même un Espagnol qui part en Amérique et en revient marié, et avec sa femme amérindienne… bon… même si théoriquement ce n’est pas impossible, on est loin de l’historique quand même… Sûrement que dans la version de Femme d’Aujourd’hui avec tous les à côtés qui donnaient des précisions, le sentiment et le ressenti devait être différent. Dans tous les cas, j’ai vraiment ressenti les prémices de ce qui donnera par la suite la collection Vécu chez Glénat qui dans les années 80 et 90 se spécialisera dans ce genre de récit. Le scénario est vraiment agréable à lire, mais surtout, le dessin de Vance est un pur plaisir, il atteint dans cette série une vraie maturité, sans fausse note, c’est un plaisir à chaque instant de se plonger dans ses planches. Je conseille vraiment à tous les amateurs du dessin de Vance, ou à tous les amateurs de BD d’aventure historique, mêlant la petite histoire et la grande histoire. J’aurais pu mettre 5 étoiles pour culte, mais Ramiro est clairement passé à côté de son public, alors que c’est une série pionnière dans son genre, aventure historique, avec une histoire à suivre sur plusieurs tomes. Elle est arrivée peut être trop tôt et au mauvais endroit (Femme d’Aujourd’hui n’était pas l’idéal pour se faire remarquer des lecteurs de BD).
La Vierge et la Putain
Nicolas Juncker s'est fait une spécialité des séries nous montrant petits et hauts faits de l'Histoire de façon originale et/ou décalée (comme dans Malet, ou plus récemment dans "Dragon Dragon "). C'est encore le cas ici, toujours avec une belle réussite, même s'il ne s'attache (ou s'attaque) qu'à deux grandes figures historiques, et s'il ne prend finalement pas tant de libertés que ça avec ce que nous savons être la réalité. Présentés dans un beau coffret, les deux albums se complètent parfaitement, et l'on peut commencer la lecture par l'un ou l'autre au choix. Sur cette période charnière de l'Histoire de l'Angleterre, Juncker nous propose un diptyque plein de verve, de truculent, et bien sûr de violence et de visées machiavéliques. Sa narration est agréable, des pointes d'humour relevant un plat déjà épicé. J'ai vraiment bien aimé son récit et ses choix narratifs. Le dessin est lui aussi agréable, proche de celui de Tronchet parfois (la colorisation les rapprochent aussi). Je m'étonne qu'il y ait si peu d'avis sur cette série, qui mérite qu'on y jette un coup d'œil. Note réelle 3,5/5.
Tomino la maudite
Maruo est un des rares mangakas qui m'attirent systématiquement, tant son œuvre est originale et forte. Ce diptyque est très représentatif de son travail. Il peut donc rebuter, mais j'y ai trouvé au contraire de grandes qualités. Maruo est un des grands maîtres de l'ero-guro. Si ici l'érotisme est moins présent, on y trouve par contre beaucoup de sadisme, une esthétique s'inspirant de l'expressionnisme, du surréalisme (tendance Bellmer). Mais aussi du cinéma noir et sadique, mais bourré de poésie de Tod Browning. C'est ainsi que toute la première partie se déroule dans l'univers des barraques de foire des cirques de freaks, qu'intègrent deux jumeaux, dont Tomino donc. Un monde pervers et violent. Mais la deuxième partie l'est tout autant, culminant dans l'apocalypse nucléaire de Nagasaki. L'histoire est difficile à résumer, et part dans tous les sens (en particulier Maruo ajoute à 'imagerie évoquée plus haut celle des chrétiens japonais), mais l'esthétique est emballante. Et, comme toujours, le trait très fin et précis, minutieux, de Maruo donne à ses personnages des airs de poupées de porcelaine (la encore Bellmer !), avec une fragilité qui contraste avec le gore, le malsain, l'étrange qui dominent et éclairent d'une lumière noire ces deux gros albums.
Le Dernier Jour de Howard Phillips Lovecraft
Tout d’abord, un grand bravo aux éditions 404 pour la qualité d’édition de ce livre. Le livre en lui-même est un très bel exercice de style. Le concept est assez astucieux i.e. placé H.P. Lovecraft au seuil de sa mort sur son lit d’hôpital et le ramener à revivre et commenter certaines rencontres, étapes (lieux) et aspects de sa vie à travers l’apparition de différents personnages (Réels et/ou imaginaires). Le tout est régulièrement entrecoupé par des lettres de H.P. Lovecraft, pratique qu'il affectionnait particulièrement (De mémoire, sa correspondance avoisinerait les plus de 30000 lettres (sur internet je trouve près de 90000!!). Vous l'aurez compris, cette bande dessinée fleurte plus sur une biographie de l'auteur que sur un récit inspiré de son univers. Donc, pas besoin de forcément connaitre l'oeuvre ou être un fan inconditionnel pour en profitez. Les dessins de Jakub Rebelka sont impressionnants de maitrise et de personnalité, rappelant toutefois par moment le grand Guillaume Sorel. Son style onirique et organique sied parfaitement à l'univers du maitre de Providence et illustre le propos de fort belle manière. A noter pour finir, que bien qu'étant un cousin pas si éloigné que ça de Cthulhu (i.e. Très familier avec Lovecraft la vie/son oeuvre), quelques approfondissements et recherches pour déterminer le vrai du faux et mieux cerner l'apport fictifs des deux auteurs me semble nécessaire. Vu que c'est de saison, un très beau cadeau de Noël au pied du sapin...pour vous même!