Je ne connaissais pas Kazuo Kamimura, dont la bibliographie semble assez étonnante et intéressante, mais j'avais envie de lire la série "Maria" depuis longtemps, attiré par les couvertures, le nom de l'auteur et surtout parce qu'elle n'était pas sur le site BDthèque.
La lecture fut étonnante, autant sur l'histoire que sur le dessin et surtout le sujet. La Bd date du début des années 70 (la première version du moins) et malgré ses cinquante ans aujourd'hui, elle reste terriblement d'actualité. Qu'a donc vécu Kamimura pour écrire une histoire de ce genre ?
Le scénario est très flottant, dans une ambiance qui ne se pose jamais véritablement. On passe d'une lycéenne qui semble se donner facilement à une fille qui l'aime à un conflit familial, puis à une errance dans le Japon, le temps de se poser dans un petit village et la fin arrive, loin de tout. Je ne saurais pas retranscrire exactement l'ambiance, mélancolique et désenchantée. C'est assez étrange à lire mais très prenant.
Le dessin frappe d'entrée de jeu. Entre le portrait de Maria, en finesse et visiblement inspiré par des peintures japonaises et son trait qui est assez typé dans le genre du vieux manga, c'est un étonnant mélange mais dont la finesse fait ressortir la beauté qu'il veut fixer. Il y a un vrai travail de composition et de caractérisation par le dessin (j'y reviendrai). C'est d'autant plus étonnant qu'il ne s'embarrasse souvent pas de décors ou d'éléments concrets entourant son personnage. Le vide de l'existence est ici symboliquement présent partout.
Au-delà de ces qualités, la vraie force de l'œuvre, c'est son propos. Maria est une jeune femme très évanescente mais aussi diablement concrète. Elle refuse de jouer le rôle qu'on lui a assigné dans la société japonaise : mauvaise fille, mauvaise élève, mauvaise mère, mauvaise amie, elle n'est jamais la femme idéale. Pourtant sa beauté saisit tout les hommes et femmes qui croisent sa route. Elle est révélatrice de l'hypocrisie de cette société, en déclenchant chez les autres les comportements que l'auteur condamne. C'est particulièrement net dans le regard des hommes, qui la voient tous comme une femme hautement désirable voir parfois la femme de leur vie. Ces comportements machistes et puérils sont mis en lumière dans le regard, l'attitude, les gestes, les propositions déplacées… Maria navigue dans un monde où sa condition de femme est une souffrance, mais qu'elle se refuse à porter.
Il y a de nombreux sujets évoqués : la dualité mère-putain, assez explicite dans le récit, mais aussi plein de sujets que je ne m'attendais pas à voir explorer par un mangaka des années 70 : homosexualité (masculine et féminine), divorce (Kamimura semble partisan de celui-ci), pouvoir détenu par les hommes, prostitution, inceste, viols, violence éducative, craintes superstitieuses… C'est sombre, très sombre, à ne pas mettre entre toutes les mains.
Et pourtant, le manga est positif, malgré toute cette noirceur. Comme une nouvelle naissance, Kamimura s'empare de son personnage pour rejeter une société qu'il n'aime pas. Une société qui opprime les femmes en les confinant au rôle de mère/épouse ou de putain de service pour assouvir les besoins des hommes, toujours seigneurs et maitres. Il critique également le rôle bien trop important de la famille ainsi que ce qu'il faut y sacrifier. Le tout est exposé par une Maria qui sait jouer de son corps pour rendre fou les hommes, mais se pose aussi des questions sur l'éducation qu'on donne aux jeunes hommes. Son personnage est un véritable catalyseur de tout ce qui dysfonctionne, mais met aussi en lumière ce qu'il y a de bon dans l'être humain. Plusieurs histoires semblent presque anecdotiques dans le récit mais renvoient, selon moi, à ce que Kamimura déteste de sa société.
Mais sa fin heureuse, en tout cas positive, invite à un nouvel espoir. Peut-être porté par les idéaux de la période (nous sommes juste après mai 68) il semble annoncer une jeunesse qui va vivre différemment. Et cet espoir final est très beau.
Inspiré de cinéastes, sans aucun doute, Kamimura fait de son histoire un pamphlet que je ne peux m'empêcher de trouver féministe, non pas en avance sur son temps mais intemporel. La place de Maria dans la société, sa vie et ses choix sont étonnants mais résonnent terriblement justes. Vouloir être autre chose que ce qu'on attend de nous ne sera pas sans heurts.
Je suis très volubile, mais la lecture de ce manga a été un petit choc. J'en suis ressorti sonné, avec un long moment de réflexion et de regard dans le vide. Je crois bien qu'il y a là quelque chose qui m'a touché. Quelle corde sensible ? Impossible de le dire immédiatement, mais cette lecture va résonner encore en moi. Je ne regrette ni l'achat ni la lecture de ce manga qui me semble incroyablement bon.
Je me suis permis de remodifier cet avis après moults relecture et y avoir longuement réfléchi. Parce que cette série est marquante à plus d'un titre.
Et surtout, je suis étonné du peu d'avis concernant cette série, surtout portant sur sa globalité. Car si il elle a bien quelque chose de remarquable, c'est qu'elle n'est vraiment considérable que dans son ensemble. Et c'est dommage que si peu d'avis en parlent.
Si je lui accorde une telle note, c'est que je considère qu'elle réussit un tour de force avec tout ce qu'elle a à disposition. L'auteur a réussi à faire une fin qui donne à elle seule la saveur à la série, en donnant envie de relire l'ensemble des neufs tomes pour redécouvrir l'histoire sous son nouveau jour. Et c'est brillamment réussi, car nous découvrons tout les indices semés par l'auteur au fur et à mesure de la lecture. C'est mené d'une main de maitre tout au long des différents tomes. Sa tenue est telle qu'il parait évident que l'auteur l'avait parfaitement en tête tout au long de l'écriture. L'ensemble se tient comme une seule grande histoire découpée en chapitres successifs.
L'histoire est intelligente, partant d'une idée semblant déjà vue mais qui poursuit dans une direction résolument adulte et psychologique, loin de toute considération humoristique (l'humour étant absent du manga). Cette histoire développe d'ailleurs une ambiance assez sombre, tirant vers le glauque par moment. Les thèmes développés vont de l'adolescence et de la sexualité aux différences entre hommes et femmes, avec des problématiques autour du point de vue (social, moral …). La question du sexisme est abordée d'une façon originale, par exemple.
Le dessin, lui, s'étoffe au fur et à mesure, donnant de magnifiques cases très chargées en émotion, jouant même avec des peintures dans le volet final. L'évolution du dessin passe notamment par les cadrages, soignés et travaillés, qui jouent sur le regard et le point de vue, dans une mise en scène immersive. Nous sommes de plein pied dans la question du regard : regard sur soi, sur les autres, voyeurisme et point de vue.
D'ailleurs il transparait parfois quelque chose de presque beau même si l'ensemble reste baigné d'étrangeté. C'est difficile à expliquer, mais il dégage une impression de beauté par le malaise. Dans l'histoire, c'est justifié mais ça crée un décalage assez saisissant. On joue en permanence sur deux tableaux, l'étrangeté de la beauté et le malaise du corps, dans un regard très ambiguë.
Ce manga est passé un peu inaperçu, du moins j'en ai l'impression en voyant le peu de commentaires ou d'avis que je peux trouver sur le net, et je trouve ça dommage. Car une série qui a réussit à la fois à être aussi prenante et surprenante, aussi profonde et aussi chargée, c'est rare. Surtout que je l'ai relu plusieurs fois en connaissant cette fin, et que le manga ne perd pas un iota de sa force.
Il s'agit sans doute d'une série qui m'a marquée durablement et profondément. Je m'en rends compte plusieurs années après avoir écrit mon premier avis parce que je suis désormais en train de l'offrir à des jeunes filles de ma famille comme cadeau. Parce qu'après l'avoir fait lire à ma copine, il m'apparait clairement que la série est d'une grande force pour une jeune femme qui se cherche. C'est le genre de manga qui apprend à grandir, mais pas de la façon dont beaucoup l'imaginent. C'est plus cru, plus collé au corps mais aussi aux émotions.
Si encore aujourd'hui ce manga reste marquant dans la somme de lecture que j'ai englouti ces dernières années, c'est qu'il est traversé de quelque chose de puissant. Je ne le pensais pas à la première lecture, mais mon premier avis date d'il y a 6 ans maintenant, et je continue de considérer ce manga comme un de plus importants de mes lectures.
Oui, indubitablement, il m'a marqué.
Et pourtant ça ne partait pas gagnant...
J'ai lu l'intégrale des trois tomes en 2 fois, la première session correspondait au premier tome et la seconde session au deux suivants (ça a son importance pour la suite).
Bayou Bastardise c'est l'histoire d'un groupe d'individus vivant dans les bayous de la Nouvelle Orléans, on suit ici une communauté de redneck, white trash pour certains sur fond de violence, de drogue et d'argent.
Et c'était passionnant, un attention particulière a été mise dans la caractérisation de chaque personnage, et il y en a beaucoup, et certains meurent plus ou moins vite... De telle sorte qu'on ne peut pas prédire le destin d'aucun d'entre eux. Assez paradoxalement, les personnages font des choses horribles humainement parlant les uns envers les autres, et pourtant on s'y attache, il y a même un peu d'espoir inattendu à la fin, de telle sorte qu'on referme le livre avec un étrange sentiment feel good... Alors que ce qui vient de se passer est d'une rare violence... Mais les arcs narratifs sont bouclés et on a un sentiment de satisfaction qui ne m'était pas arrivé depuis bien longtemps.
Alors pourquoi 4 et pas 5 ? Parce que le tome 1 m'a quasiment fait décrocher : on va multiplier les personnages à l'excès, certains on ne va les suivre que quelques pages, avant leur mort, et on finit par se perdre, diluer fortement l'intrigue. C'est généreux mais à l'excès, indigeste du coup. Je pense que le scénariste s'en est rendu compte car le tome deux part dans une autre direction et fait la part belle à la notion de communauté, généralement ça ne me touche pas vraiment, mais là étonnamment ça a marché…
Ajouté à cela des dessins qui ont grandement évolué, le trait s'est précisé, les cases agrandies… On a le sentiment d'une prise de maturité tant au niveau du scénario que du dessin.
Bref un excellent moment ! Une intrigue intéressante, mais où on s'intéresse d'abord et avant tout aux personnages, à leur part d'humanité, leurs faiblesses, leurs forces, la notion de groupe et d'individus, de symboles et de représentation. Loin des clichés du genre c'était une escale inattendue et particulièrement plaisante dans un univers qui avait tout pour me maintenir à distance.
Bravo aux auteurs et merci de m'avoir fait passer un si bon moment.
Je regarde le thème « On en parle », et je vois que XIII est à 199 avis… alors c’est trop tentant, je serais celui qui lui fait son deux centième avis, et qui par la même occasion fera de XIII la première série à franchise la barre des 200 avis sur ce site !
XIII, j’ai découvert ado, c’est le copain de ma sœur à ce moment là qui m’avait prêté les 7 ou 8 premiers albums.
Oulala! Mais comme je ne m’y attendais pas, comme j’ai été surpris de découvrir une si bonne série, quelle claque, je découvrais à peine la BD pour ado et adulte, (autre chose que les BDs jeunesses type Les Tuniques Bleues et compagnie), et je tombe sur ça! Autant dire que ça m’a conforté dans le goût et la passion de la BD.
Puis des années plus tard je me suis acheté la série (jusqu’au tome 19 je tiens à le préciser, je n’ai jamais lu plus loin que cet album, ni aucune série dérivée).
Van Hamme utilise ici tous ses talents de scénariste, et oserais je dire qu’il atteint ici l’apothéose de son talent…? Allez, j’ose, c’est un deux centième avis quand même, alors je me lache!
De l’action, des mystères, des questionnements, des rebondissements, tout! Tout y est présent et parfaitement écrit, dosé, millimétré! Un vrai travail d’orfèvre.
Quand au dessin de Vance, et bien je continue sur mon enthousiasme, également il atteint le point culminant de son talent pour cette série. Tout y est splendide, fait avec précision et passion !
Et lorsqu’on voit qu’elle a atteint les 200 avis, avec une moyenne aussi élevé, des adaptations télé (que je n’ai pas vu), des adaptations jeux vidéos (et oui moi aussi j’y ai joué sur Game Cube et PS2), on ne peut qu’objectivement considérer que c’est une série culte, qui mérite largement ses 5 étoiles, même si elle peut ne pas être apprécié, ça serait être de mauvaise fois de nier l’influence qu’elle a eu sur la culture BD.
Si vous n’aviez jamais lu XIII, je vous laisse lire les nombreux avis élogieux, ils vous convaincront. Enfin non, ne perdez pas de temps à les lire, lisez la série directement, foncez-y même!!! Que faites vous encore sur ce site ??? Vous devriez déjà être en train d’arriver chez votre libraire !
Cette série fait partie des séries qui m’ont forgé ma passion pour la bande dessinée, alors Monsieur Van Hamme, Monsieur Vance, merci de tout cœur !!!
Ce comics est tout sauf une histoire de super-héros. Il se rapproche davantage au roman graphique.
Pour commencer, Daredevil a un rôle mineur dans cette histoire (seulement quelques planches), tout comme le Caïd. Par contre, Wolverine aura un rôle important dans la seconde partie du récit.
C'est bien Maya Lopez, alias Echo, qui en est la vedette. Je découvre ce personnage avec cette BD, elle fait sa première apparition dans Daredevil (vol 2) #9 en 1999 avec Joe Quesada au dessin et David Mack au scénario. Elle est amérindienne et sourde, ce qui n'est pas courant dans le monde des super-héros. Elle a la particularité d'avoir des réflexes photographiques ce qui lui permet d'assimiler et de reproduire tout ce qu'elle voit, des techniques de combat à jouer du piano.
Echo doit renouer avec son passé pour donner un sens à sa vie, et la culture amérindienne sera au centre de l'histoire. On va suivre le cheminement de sa quête d'identité.
Rien de révolutionnaire donc, mais la réalisation est hors norme !
David Mack est à la baguette et il va bousculer tous les codes de la narration.
D'abord le texte, aidé du langage des signes, il n'est pas seulement dans les bulles, il est partout, il vous faudra même retourner la BD pour le lire. Ensuite le dessin, plusieurs styles graphiques, tous maîtrisés et magnifiques, il peut changer d'une planche à l'autre et même d'une case à l'autre, de même pour la colorisation qui suit l'évolution du dessin. Et enfin, une mise en page éclatée. Mais rien n'est gratuit, on est ainsi au plus proche de l'introspection d'Echo, de ses émotions.
Un récit dense qui joue sur l'identité amérindienne, la différence, le spirituel avec la quête hallucinogène d'Echo, mais aussi sur les langages à travers la gestuelle, la musique et la peinture, d'ailleurs de nombreuses cases vous feront penser à des peintres célèbres : Gustav Klimt, Pablo Picasso ou Vincent van Gogh entre autres.
Du très grand art.
Les expérimentations de David Mack ne feront pas l'unanimité, mais ce comics est une formidable porte d'entrée pour découvrir le génie de cet artiste.
Et comme le dit si bien Ems ci-dessous : cette œuvre ne se lit pas, elle se ressent.
Gros coup de cœur.
"Tu es le shaman d'une tribu sans frontières".
J'ai lu les 3 tomes de cette série dans la semaine. Je pense qu'ils mériteraient de ne faire qu'une entrée sur le site de bdthèque et pas une par titre. En effet, l'unité de l'ensemble de cette oeuvre tant en style graphique, en atmosphère, en genre d'histoire et en personnages est trop forte pour les dissocier les unes des autres.
Vous comprendrez, mon avis porte donc sur les trois bouquins.
Ces oeuvres sont à la croisée de plusieurs genres de la fiction. Tout d'abord le réalisme fin 19ème (bienvenu chez Zola), teinté de romantisme idéaliste, largement pourvu de fantastique, et mené comme un thriller (très) sanglant voir sadique. Bien que les trois histoires soient longues, foisonnent de personnages et de sous intrigues, Gess a réussit à maintenir en équilibre tout cela sans être répétitif ou brouillon. On reste captivé jusqu'à la dernière page. Et la qualité des dessins ne faiblit pas sur la durée. C'est très très impressionnant.
Je m'aperçois que je n'ai jamais avisé Aya alors que cela me semble être la série culte par excellence, et alors que je viens de lire le 8ème tome, j'en ressors toujours aussi avide de lire la suite. J'ai lu des avis qui trouvaient que la série aurait du s’arrêter à deux tomes, et au moment de la sortie j'étais peut-être sur les mêmes positions (autour de 2007).
Mais à l'heure des séries Netflix, il me semble que nous avons changé d'attentes vis-à-vis des séries. Le modèle n'est plus le manga, où il ne se passe pas grand chose mais où les actions se répètent dans un monde imaginaire.
Ici nous allons plutôt dans l'accompagnement quotidien, qui mine de rien, nous fait avaler pas mal de pilules qui pouvaient sembler amères à la majorité (les divorces, les seconds bureaux, l'homosexualité, la transidentité, la famille monoparentale, les mariages entre cultures différentes, etc...) C'est un nouveau type de composition, effectivement assez décomposé au sens où personne ne songerait à imaginer des épisodes avec une montée dramatique autour d'un enjeu difficile à résoudre et se finirait par la solution du problème. Ici mille problèmes se posent en même temps, certains sont en voie de solution, d'autres sont juste découverts, certains soulèvent des hauts cris, d'autres sont acceptés, etc...Comme dans la vraie vie, l'imprévu est le maître.
C'est une sorte d'image de la vie qui dédramatise les mouvements de la société et nous les fait voir ici chez Aya d'un point de vue humoristique et touchant. Aya est celle qui représente le bon sens rationnel que notre approche du XXIème siècle européen présente comme désirable. Marguerite Abouet prend comme paysage la banlieue d'Abidjan de son enfance, le parlé local et son folklore. Ces particularismes nous font rire et l'humanité des personnages nous touche.
Bref c'est drôle, caricatural, en même temps que juste. C'est un monde qu'on aime retrouver. Le dessin, et la couleur, de Clément Oubrerie me plaisent aussi beaucoup (comme dans Pablo, Zazie dans le métro ou Isadora) , il maîtrise les regards à la perfection et a su croquer les silhouettes africaines, dans leur variété. (pas de problème pour identifier les personnages, pourtant très nombreux)
Juste un petit rappel : la seconde partie est parue (j'entends beaucoup sur France-Culture : "a" paru qui est sensé exprimer l'exceptionnalité de la chose, mais m'agace considérablement, vu que l'exception se répète à chaque heure de la programmation) et continue dans la même veine, je n'ai pas grand chose à ajouter sur mon premier avis qui étais déjà très long.
Lorsqu'on aime un album, c'est souvent parce qu'il se relie à notre histoire par un biais ou un autre. Et souvent par plusieurs. C'est donc délicat de parler du livre sans parler de soi ... Et risquer d'être ennuyeux.
Pour ceux qui ne sauraient pas qui est Celeste Albaret, c'était la gouvernante d'un écrivain dandy et exceptionnel : Marcel Proust. Il est resté au lit une bonne partie de sa courte vie et y a écrit une série psychologique et sociale sur le "monde" parisien du début du XXème siècle : La recherche du temps perdu. Il y décrit les salons parisiens, avec leurs hiérarchies de valeurs qui évoluent au fil du temps et des évolutions géopolitiques (première guerre mondiale notamment) au fil des mariages, des réussites et des échecs de chaque personnage. Son tableau navigue entre le portrait intérieur depuis l'enfance, en passant par l'adolescence du héros, jusqu'à la moquerie, pince sans rire, devant le ridicule passager des conventions sociales. On ne sait jamais vraiment s'il raconte sa vie ou s'il la réinvente complètement. Certains trouvent ce monde bien éloigné du nôtre mais en fait il y décrit aussi ce que chacun peut expérimenter en arrivant dans un groupe social donné, ses difficultés à y trouver sa place, à former un couple, à expérimenter des élans affectifs, qui s'avèrent aussi intenses que fluctuants et douloureux, il y explore les stratégies des personnages pour avancer dans la vie et vieillir, en se fatiguant, en s'accomplissant, en se compromettant, en se réinventant, en restant égal à soi-même. Bref toute une palette d'outils pour affronter la vie qui m'ont été fort utiles et m'ont accompagnés à chaque moment délicat.
J'ai donc lu "La recherche du temps perdu", d'abord sur l'invitation de ma mère qui en faisait grand cas et m'avait offert le premier tome illustré dans une collection grand format de Gallimard, puis les tomes suivant au long de mes études. Puis "le temps retrouvé", dernier tome, au moment où moi-même je revenais dans un monde que j'avais quitté (comme le narrateur Marcel du roman) en tant que professeure là où j'avais été étudiante (alors que Marcel revenait comme écrivain, là où il n'avait été qu'un jeune homme prometteur parmi d'autres).
Bref si vous avez aimé "La recherche", vous serez forcément curieux d'approcher la gouvernante de Marcel, qui apparait tout au long du roman à épisodes, et vous ne serez pas déçu.
Chloé Cruchaudet m'avait impressionnée dans Mauvais genre, et c'est par cet avis que j'ai sauté le pas, et commencé ma collaboration à BDthèque, c'est dire si le deuxième fil est solide. Sa délicatesse dans le dessin comme dans le propos, l'étonnement frais qu'elle réussit toujours à créer devant chaque nouvelle situation, continue la précision psychologique de Proust mais avec un rythme beaucoup plus fluide et léger. Là où Marcel ne sait pas lâcher le fil de sa pensée, et rajoute sans cesse de nouvelles propositions qui précisent le propos jusqu'à nous perdre (quelle était la proposition principale, et y en avait-il une, d'ailleurs ?) Chloé Cruchaudet avance par petits faits quotidiens et inattendus à la fois, qui font percevoir le snobisme inventif de son maître, sans s'attacher à sa pensée. Céleste est une fille simple et ouverte à toute les excentricités de Marcel. Elle ne le juge jamais, et sa fantaisie est si divertissante pour elle , et si loin de la bonhomie simple de son mari, qu'on sent qu'elle penche vers un amour platonique que Marcel n'a pas envie de prendre en considération.
Chaque case est une tache de lavis, dans des couleurs peu réalistes, (violet, rose, turquoise...) où le fil conducteur est le visage lunaire de Céleste, jeune dans ses souvenirs ou vieille devant les antiquaires qui viennent lui tirer les vers du nez...
L’ambiguïté abordée dans Mauvais genre est sans doute continuée dans cette dévotion de Céleste pour un homme si "féminin" : fin de constitution, frileux et fragile, soucieux de propreté, de la finesse des tissus de ses mouchoirs... Et Celeste elle-même, qui ne sait pas faire la cuisine, n'aime pas particulièrement les toilettes, mais fait preuve de sens pratique pour ajouter les paperoles de Marcel à son manuscrit : ce sont deux prototypes humains, qui ne rentrent pas vraiment dans les cases prévues.
Bref si vous n'avez pas lu "La recherche", c'est peut-être la bonne porte pour y entrer... et en tout cas c'est un bon moment de lecture, drôle et frais.
En contrepoint de la couverture nimbée d’une douceur toute méditerranéenne, le titre, « Maltempo », se place comme un bémol. « Maltempo », c’est d’abord le patronyme de Mimmo, ce jeune garçon qui s’accroche à son rêve de devenir une star du rock, et qui se traduit par « mauvais temps ». Mais ce terme italien pourrait suggérer aussi, en référence à un langage musical universel, le mauvais tempo, cette « cassure rythmique » qui freine Mimmo dans son ascension vers la célébrité, et parallèlement vers cette liberté qui lui permettrait de s’extirper définitivement d’un quotidien miné par la misère et le désœuvrement, des maux accentués par la mafia. Une plaie sociale systémique qui, comme le souligne discrètement Alfred au cours du récit, réveille la nostalgie d’une période politique autant fantasmée qu’infamante, le fascisme italien sous Mussolini, réincarné récemment avec l’arrivée au pouvoir de Georgia Meloni.
Malgré ce contexte social peu engageant, ce dernier volet de la fameuse trilogie italienne d’Alfred vient nous enchanter comme les deux précédents. Si comme le suggère la chanson, la misère est moins dure au soleil, elle n’en est pas moins âpre, et le charme du décor, évident pour le lecteur vivant dans des contrées à la météo moins souriante, ne suffit pas à remplir les estomacs. Ce que semble nous dire Alfred, c’est peut-être de nous méfier des cartes postales !
Pourtant, on ne va pas bouder son plaisir ! L’auteur, qui par sa trilogie — où chaque histoire se lit indépendamment, il est bon de le préciser — a cherché à raviver ses souvenirs d’enfance dans l’Italie d’où son père était originaire, nous propose une histoire belle et simple. « Maltempo », c’est un conte de fées moderne où la seule baguette magique est contenue dans les rêves de Mimmo, des rêves très puissants qui vont se livrer à une sorte de match avec un destin revêche, symbolisé par cette meute de chiens errants au regard malveillant n’apparaissant que dans l’imagination du jeune garçon. Une fois de plus, l’auteur a conçu une galerie de personnages très bien campés, parmi lesquels on n’oubliera pas l’adorable gamin à la tignasse afro, qui n’hésitera pas à jouer David contre Goliath face aux tourmenteurs de Mimmo…
Comme pour Come Prima et Senso, le décor évoquant cette Italie est presque un personnage à lui seul, mais aussi une véritable invitation au rêve, ainsi qu’un hommage, conscient ou pas, aux origines paternelles de l’auteur. Le dessin y est évidemment pour beaucoup, avec cette ligne claire stylisée que vient sublimer la palette de couleurs lumineuses et nuancées de Laurence Croix, qui sait moduler les atmosphères en fonction des heures du jour ou de la nuit, provoquant en nos rétines un délicieux enchantement faisant oublier la rigueur du contexte lié au récit. Assurément, l’enfer sait mentir et peut aussi se parer des plus beaux atours.
« Maltempo » vient compléter harmonieusement ce somptueux puzzle à trois pièces. Alfred réussit de nouveau à nous émerveiller avec un ouvrage rafraichissant et vibrant d’électricité grâce aux riffs telluriques de Mimmo, star du rock en devenir… Un des très beaux albums de l’année 2023, tout simplement.
Clairement déjà une œuvre pas pour tout le monde, un mélange baroque et gothique avec des décors saturés d’idées plus hallucinées les unes que les autres. Requiem n’est pas une histoire linéaire et agréable à suivre, requiem est un train fantôme fou nous faisant visité un enfer ou valeurs morales et chronologie sont inversées. Ici, le bien est une maladie, l’ordre est un fléau, « on rejette le progrès et on embrasse la décadence », attendez vous donc à ça, une décadence totale magnifiée par le trait brillant de Ledroit et par un univers sincèrement passionnant à visiter. Je conseillerais d’essayer au moins avec le tome 1, cela dit, le gore et l’aspect éclaté du récit et des dessins ne sont véritablement pas pour tout le monde, j’espère que c’est aussi fait pour vous, en tous cas c’était fait pour moi…
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Maria
Je ne connaissais pas Kazuo Kamimura, dont la bibliographie semble assez étonnante et intéressante, mais j'avais envie de lire la série "Maria" depuis longtemps, attiré par les couvertures, le nom de l'auteur et surtout parce qu'elle n'était pas sur le site BDthèque. La lecture fut étonnante, autant sur l'histoire que sur le dessin et surtout le sujet. La Bd date du début des années 70 (la première version du moins) et malgré ses cinquante ans aujourd'hui, elle reste terriblement d'actualité. Qu'a donc vécu Kamimura pour écrire une histoire de ce genre ? Le scénario est très flottant, dans une ambiance qui ne se pose jamais véritablement. On passe d'une lycéenne qui semble se donner facilement à une fille qui l'aime à un conflit familial, puis à une errance dans le Japon, le temps de se poser dans un petit village et la fin arrive, loin de tout. Je ne saurais pas retranscrire exactement l'ambiance, mélancolique et désenchantée. C'est assez étrange à lire mais très prenant. Le dessin frappe d'entrée de jeu. Entre le portrait de Maria, en finesse et visiblement inspiré par des peintures japonaises et son trait qui est assez typé dans le genre du vieux manga, c'est un étonnant mélange mais dont la finesse fait ressortir la beauté qu'il veut fixer. Il y a un vrai travail de composition et de caractérisation par le dessin (j'y reviendrai). C'est d'autant plus étonnant qu'il ne s'embarrasse souvent pas de décors ou d'éléments concrets entourant son personnage. Le vide de l'existence est ici symboliquement présent partout. Au-delà de ces qualités, la vraie force de l'œuvre, c'est son propos. Maria est une jeune femme très évanescente mais aussi diablement concrète. Elle refuse de jouer le rôle qu'on lui a assigné dans la société japonaise : mauvaise fille, mauvaise élève, mauvaise mère, mauvaise amie, elle n'est jamais la femme idéale. Pourtant sa beauté saisit tout les hommes et femmes qui croisent sa route. Elle est révélatrice de l'hypocrisie de cette société, en déclenchant chez les autres les comportements que l'auteur condamne. C'est particulièrement net dans le regard des hommes, qui la voient tous comme une femme hautement désirable voir parfois la femme de leur vie. Ces comportements machistes et puérils sont mis en lumière dans le regard, l'attitude, les gestes, les propositions déplacées… Maria navigue dans un monde où sa condition de femme est une souffrance, mais qu'elle se refuse à porter. Il y a de nombreux sujets évoqués : la dualité mère-putain, assez explicite dans le récit, mais aussi plein de sujets que je ne m'attendais pas à voir explorer par un mangaka des années 70 : homosexualité (masculine et féminine), divorce (Kamimura semble partisan de celui-ci), pouvoir détenu par les hommes, prostitution, inceste, viols, violence éducative, craintes superstitieuses… C'est sombre, très sombre, à ne pas mettre entre toutes les mains. Et pourtant, le manga est positif, malgré toute cette noirceur. Comme une nouvelle naissance, Kamimura s'empare de son personnage pour rejeter une société qu'il n'aime pas. Une société qui opprime les femmes en les confinant au rôle de mère/épouse ou de putain de service pour assouvir les besoins des hommes, toujours seigneurs et maitres. Il critique également le rôle bien trop important de la famille ainsi que ce qu'il faut y sacrifier. Le tout est exposé par une Maria qui sait jouer de son corps pour rendre fou les hommes, mais se pose aussi des questions sur l'éducation qu'on donne aux jeunes hommes. Son personnage est un véritable catalyseur de tout ce qui dysfonctionne, mais met aussi en lumière ce qu'il y a de bon dans l'être humain. Plusieurs histoires semblent presque anecdotiques dans le récit mais renvoient, selon moi, à ce que Kamimura déteste de sa société. Mais sa fin heureuse, en tout cas positive, invite à un nouvel espoir. Peut-être porté par les idéaux de la période (nous sommes juste après mai 68) il semble annoncer une jeunesse qui va vivre différemment. Et cet espoir final est très beau. Inspiré de cinéastes, sans aucun doute, Kamimura fait de son histoire un pamphlet que je ne peux m'empêcher de trouver féministe, non pas en avance sur son temps mais intemporel. La place de Maria dans la société, sa vie et ses choix sont étonnants mais résonnent terriblement justes. Vouloir être autre chose que ce qu'on attend de nous ne sera pas sans heurts. Je suis très volubile, mais la lecture de ce manga a été un petit choc. J'en suis ressorti sonné, avec un long moment de réflexion et de regard dans le vide. Je crois bien qu'il y a là quelque chose qui m'a touché. Quelle corde sensible ? Impossible de le dire immédiatement, mais cette lecture va résonner encore en moi. Je ne regrette ni l'achat ni la lecture de ce manga qui me semble incroyablement bon.
Dans l'intimité de Marie
Je me suis permis de remodifier cet avis après moults relecture et y avoir longuement réfléchi. Parce que cette série est marquante à plus d'un titre. Et surtout, je suis étonné du peu d'avis concernant cette série, surtout portant sur sa globalité. Car si il elle a bien quelque chose de remarquable, c'est qu'elle n'est vraiment considérable que dans son ensemble. Et c'est dommage que si peu d'avis en parlent. Si je lui accorde une telle note, c'est que je considère qu'elle réussit un tour de force avec tout ce qu'elle a à disposition. L'auteur a réussi à faire une fin qui donne à elle seule la saveur à la série, en donnant envie de relire l'ensemble des neufs tomes pour redécouvrir l'histoire sous son nouveau jour. Et c'est brillamment réussi, car nous découvrons tout les indices semés par l'auteur au fur et à mesure de la lecture. C'est mené d'une main de maitre tout au long des différents tomes. Sa tenue est telle qu'il parait évident que l'auteur l'avait parfaitement en tête tout au long de l'écriture. L'ensemble se tient comme une seule grande histoire découpée en chapitres successifs. L'histoire est intelligente, partant d'une idée semblant déjà vue mais qui poursuit dans une direction résolument adulte et psychologique, loin de toute considération humoristique (l'humour étant absent du manga). Cette histoire développe d'ailleurs une ambiance assez sombre, tirant vers le glauque par moment. Les thèmes développés vont de l'adolescence et de la sexualité aux différences entre hommes et femmes, avec des problématiques autour du point de vue (social, moral …). La question du sexisme est abordée d'une façon originale, par exemple. Le dessin, lui, s'étoffe au fur et à mesure, donnant de magnifiques cases très chargées en émotion, jouant même avec des peintures dans le volet final. L'évolution du dessin passe notamment par les cadrages, soignés et travaillés, qui jouent sur le regard et le point de vue, dans une mise en scène immersive. Nous sommes de plein pied dans la question du regard : regard sur soi, sur les autres, voyeurisme et point de vue. D'ailleurs il transparait parfois quelque chose de presque beau même si l'ensemble reste baigné d'étrangeté. C'est difficile à expliquer, mais il dégage une impression de beauté par le malaise. Dans l'histoire, c'est justifié mais ça crée un décalage assez saisissant. On joue en permanence sur deux tableaux, l'étrangeté de la beauté et le malaise du corps, dans un regard très ambiguë. Ce manga est passé un peu inaperçu, du moins j'en ai l'impression en voyant le peu de commentaires ou d'avis que je peux trouver sur le net, et je trouve ça dommage. Car une série qui a réussit à la fois à être aussi prenante et surprenante, aussi profonde et aussi chargée, c'est rare. Surtout que je l'ai relu plusieurs fois en connaissant cette fin, et que le manga ne perd pas un iota de sa force. Il s'agit sans doute d'une série qui m'a marquée durablement et profondément. Je m'en rends compte plusieurs années après avoir écrit mon premier avis parce que je suis désormais en train de l'offrir à des jeunes filles de ma famille comme cadeau. Parce qu'après l'avoir fait lire à ma copine, il m'apparait clairement que la série est d'une grande force pour une jeune femme qui se cherche. C'est le genre de manga qui apprend à grandir, mais pas de la façon dont beaucoup l'imaginent. C'est plus cru, plus collé au corps mais aussi aux émotions. Si encore aujourd'hui ce manga reste marquant dans la somme de lecture que j'ai englouti ces dernières années, c'est qu'il est traversé de quelque chose de puissant. Je ne le pensais pas à la première lecture, mais mon premier avis date d'il y a 6 ans maintenant, et je continue de considérer ce manga comme un de plus importants de mes lectures. Oui, indubitablement, il m'a marqué.
Bayou Bastardise
Et pourtant ça ne partait pas gagnant... J'ai lu l'intégrale des trois tomes en 2 fois, la première session correspondait au premier tome et la seconde session au deux suivants (ça a son importance pour la suite). Bayou Bastardise c'est l'histoire d'un groupe d'individus vivant dans les bayous de la Nouvelle Orléans, on suit ici une communauté de redneck, white trash pour certains sur fond de violence, de drogue et d'argent. Et c'était passionnant, un attention particulière a été mise dans la caractérisation de chaque personnage, et il y en a beaucoup, et certains meurent plus ou moins vite... De telle sorte qu'on ne peut pas prédire le destin d'aucun d'entre eux. Assez paradoxalement, les personnages font des choses horribles humainement parlant les uns envers les autres, et pourtant on s'y attache, il y a même un peu d'espoir inattendu à la fin, de telle sorte qu'on referme le livre avec un étrange sentiment feel good... Alors que ce qui vient de se passer est d'une rare violence... Mais les arcs narratifs sont bouclés et on a un sentiment de satisfaction qui ne m'était pas arrivé depuis bien longtemps. Alors pourquoi 4 et pas 5 ? Parce que le tome 1 m'a quasiment fait décrocher : on va multiplier les personnages à l'excès, certains on ne va les suivre que quelques pages, avant leur mort, et on finit par se perdre, diluer fortement l'intrigue. C'est généreux mais à l'excès, indigeste du coup. Je pense que le scénariste s'en est rendu compte car le tome deux part dans une autre direction et fait la part belle à la notion de communauté, généralement ça ne me touche pas vraiment, mais là étonnamment ça a marché… Ajouté à cela des dessins qui ont grandement évolué, le trait s'est précisé, les cases agrandies… On a le sentiment d'une prise de maturité tant au niveau du scénario que du dessin. Bref un excellent moment ! Une intrigue intéressante, mais où on s'intéresse d'abord et avant tout aux personnages, à leur part d'humanité, leurs faiblesses, leurs forces, la notion de groupe et d'individus, de symboles et de représentation. Loin des clichés du genre c'était une escale inattendue et particulièrement plaisante dans un univers qui avait tout pour me maintenir à distance. Bravo aux auteurs et merci de m'avoir fait passer un si bon moment.
XIII
Je regarde le thème « On en parle », et je vois que XIII est à 199 avis… alors c’est trop tentant, je serais celui qui lui fait son deux centième avis, et qui par la même occasion fera de XIII la première série à franchise la barre des 200 avis sur ce site ! XIII, j’ai découvert ado, c’est le copain de ma sœur à ce moment là qui m’avait prêté les 7 ou 8 premiers albums. Oulala! Mais comme je ne m’y attendais pas, comme j’ai été surpris de découvrir une si bonne série, quelle claque, je découvrais à peine la BD pour ado et adulte, (autre chose que les BDs jeunesses type Les Tuniques Bleues et compagnie), et je tombe sur ça! Autant dire que ça m’a conforté dans le goût et la passion de la BD. Puis des années plus tard je me suis acheté la série (jusqu’au tome 19 je tiens à le préciser, je n’ai jamais lu plus loin que cet album, ni aucune série dérivée). Van Hamme utilise ici tous ses talents de scénariste, et oserais je dire qu’il atteint ici l’apothéose de son talent…? Allez, j’ose, c’est un deux centième avis quand même, alors je me lache! De l’action, des mystères, des questionnements, des rebondissements, tout! Tout y est présent et parfaitement écrit, dosé, millimétré! Un vrai travail d’orfèvre. Quand au dessin de Vance, et bien je continue sur mon enthousiasme, également il atteint le point culminant de son talent pour cette série. Tout y est splendide, fait avec précision et passion ! Et lorsqu’on voit qu’elle a atteint les 200 avis, avec une moyenne aussi élevé, des adaptations télé (que je n’ai pas vu), des adaptations jeux vidéos (et oui moi aussi j’y ai joué sur Game Cube et PS2), on ne peut qu’objectivement considérer que c’est une série culte, qui mérite largement ses 5 étoiles, même si elle peut ne pas être apprécié, ça serait être de mauvaise fois de nier l’influence qu’elle a eu sur la culture BD. Si vous n’aviez jamais lu XIII, je vous laisse lire les nombreux avis élogieux, ils vous convaincront. Enfin non, ne perdez pas de temps à les lire, lisez la série directement, foncez-y même!!! Que faites vous encore sur ce site ??? Vous devriez déjà être en train d’arriver chez votre libraire ! Cette série fait partie des séries qui m’ont forgé ma passion pour la bande dessinée, alors Monsieur Van Hamme, Monsieur Vance, merci de tout cœur !!!
Daredevil / Echo - Quête de Vision (Daredevil - Echo)
Ce comics est tout sauf une histoire de super-héros. Il se rapproche davantage au roman graphique. Pour commencer, Daredevil a un rôle mineur dans cette histoire (seulement quelques planches), tout comme le Caïd. Par contre, Wolverine aura un rôle important dans la seconde partie du récit. C'est bien Maya Lopez, alias Echo, qui en est la vedette. Je découvre ce personnage avec cette BD, elle fait sa première apparition dans Daredevil (vol 2) #9 en 1999 avec Joe Quesada au dessin et David Mack au scénario. Elle est amérindienne et sourde, ce qui n'est pas courant dans le monde des super-héros. Elle a la particularité d'avoir des réflexes photographiques ce qui lui permet d'assimiler et de reproduire tout ce qu'elle voit, des techniques de combat à jouer du piano. Echo doit renouer avec son passé pour donner un sens à sa vie, et la culture amérindienne sera au centre de l'histoire. On va suivre le cheminement de sa quête d'identité. Rien de révolutionnaire donc, mais la réalisation est hors norme ! David Mack est à la baguette et il va bousculer tous les codes de la narration. D'abord le texte, aidé du langage des signes, il n'est pas seulement dans les bulles, il est partout, il vous faudra même retourner la BD pour le lire. Ensuite le dessin, plusieurs styles graphiques, tous maîtrisés et magnifiques, il peut changer d'une planche à l'autre et même d'une case à l'autre, de même pour la colorisation qui suit l'évolution du dessin. Et enfin, une mise en page éclatée. Mais rien n'est gratuit, on est ainsi au plus proche de l'introspection d'Echo, de ses émotions. Un récit dense qui joue sur l'identité amérindienne, la différence, le spirituel avec la quête hallucinogène d'Echo, mais aussi sur les langages à travers la gestuelle, la musique et la peinture, d'ailleurs de nombreuses cases vous feront penser à des peintres célèbres : Gustav Klimt, Pablo Picasso ou Vincent van Gogh entre autres. Du très grand art. Les expérimentations de David Mack ne feront pas l'unanimité, mais ce comics est une formidable porte d'entrée pour découvrir le génie de cet artiste. Et comme le dit si bien Ems ci-dessous : cette œuvre ne se lit pas, elle se ressent. Gros coup de cœur. "Tu es le shaman d'une tribu sans frontières".
Célestin et le coeur de Vendrezanne
J'ai lu les 3 tomes de cette série dans la semaine. Je pense qu'ils mériteraient de ne faire qu'une entrée sur le site de bdthèque et pas une par titre. En effet, l'unité de l'ensemble de cette oeuvre tant en style graphique, en atmosphère, en genre d'histoire et en personnages est trop forte pour les dissocier les unes des autres. Vous comprendrez, mon avis porte donc sur les trois bouquins. Ces oeuvres sont à la croisée de plusieurs genres de la fiction. Tout d'abord le réalisme fin 19ème (bienvenu chez Zola), teinté de romantisme idéaliste, largement pourvu de fantastique, et mené comme un thriller (très) sanglant voir sadique. Bien que les trois histoires soient longues, foisonnent de personnages et de sous intrigues, Gess a réussit à maintenir en équilibre tout cela sans être répétitif ou brouillon. On reste captivé jusqu'à la dernière page. Et la qualité des dessins ne faiblit pas sur la durée. C'est très très impressionnant.
Aya de Yopougon
Je m'aperçois que je n'ai jamais avisé Aya alors que cela me semble être la série culte par excellence, et alors que je viens de lire le 8ème tome, j'en ressors toujours aussi avide de lire la suite. J'ai lu des avis qui trouvaient que la série aurait du s’arrêter à deux tomes, et au moment de la sortie j'étais peut-être sur les mêmes positions (autour de 2007). Mais à l'heure des séries Netflix, il me semble que nous avons changé d'attentes vis-à-vis des séries. Le modèle n'est plus le manga, où il ne se passe pas grand chose mais où les actions se répètent dans un monde imaginaire. Ici nous allons plutôt dans l'accompagnement quotidien, qui mine de rien, nous fait avaler pas mal de pilules qui pouvaient sembler amères à la majorité (les divorces, les seconds bureaux, l'homosexualité, la transidentité, la famille monoparentale, les mariages entre cultures différentes, etc...) C'est un nouveau type de composition, effectivement assez décomposé au sens où personne ne songerait à imaginer des épisodes avec une montée dramatique autour d'un enjeu difficile à résoudre et se finirait par la solution du problème. Ici mille problèmes se posent en même temps, certains sont en voie de solution, d'autres sont juste découverts, certains soulèvent des hauts cris, d'autres sont acceptés, etc...Comme dans la vraie vie, l'imprévu est le maître. C'est une sorte d'image de la vie qui dédramatise les mouvements de la société et nous les fait voir ici chez Aya d'un point de vue humoristique et touchant. Aya est celle qui représente le bon sens rationnel que notre approche du XXIème siècle européen présente comme désirable. Marguerite Abouet prend comme paysage la banlieue d'Abidjan de son enfance, le parlé local et son folklore. Ces particularismes nous font rire et l'humanité des personnages nous touche. Bref c'est drôle, caricatural, en même temps que juste. C'est un monde qu'on aime retrouver. Le dessin, et la couleur, de Clément Oubrerie me plaisent aussi beaucoup (comme dans Pablo, Zazie dans le métro ou Isadora) , il maîtrise les regards à la perfection et a su croquer les silhouettes africaines, dans leur variété. (pas de problème pour identifier les personnages, pourtant très nombreux)
Celeste
Juste un petit rappel : la seconde partie est parue (j'entends beaucoup sur France-Culture : "a" paru qui est sensé exprimer l'exceptionnalité de la chose, mais m'agace considérablement, vu que l'exception se répète à chaque heure de la programmation) et continue dans la même veine, je n'ai pas grand chose à ajouter sur mon premier avis qui étais déjà très long. Lorsqu'on aime un album, c'est souvent parce qu'il se relie à notre histoire par un biais ou un autre. Et souvent par plusieurs. C'est donc délicat de parler du livre sans parler de soi ... Et risquer d'être ennuyeux. Pour ceux qui ne sauraient pas qui est Celeste Albaret, c'était la gouvernante d'un écrivain dandy et exceptionnel : Marcel Proust. Il est resté au lit une bonne partie de sa courte vie et y a écrit une série psychologique et sociale sur le "monde" parisien du début du XXème siècle : La recherche du temps perdu. Il y décrit les salons parisiens, avec leurs hiérarchies de valeurs qui évoluent au fil du temps et des évolutions géopolitiques (première guerre mondiale notamment) au fil des mariages, des réussites et des échecs de chaque personnage. Son tableau navigue entre le portrait intérieur depuis l'enfance, en passant par l'adolescence du héros, jusqu'à la moquerie, pince sans rire, devant le ridicule passager des conventions sociales. On ne sait jamais vraiment s'il raconte sa vie ou s'il la réinvente complètement. Certains trouvent ce monde bien éloigné du nôtre mais en fait il y décrit aussi ce que chacun peut expérimenter en arrivant dans un groupe social donné, ses difficultés à y trouver sa place, à former un couple, à expérimenter des élans affectifs, qui s'avèrent aussi intenses que fluctuants et douloureux, il y explore les stratégies des personnages pour avancer dans la vie et vieillir, en se fatiguant, en s'accomplissant, en se compromettant, en se réinventant, en restant égal à soi-même. Bref toute une palette d'outils pour affronter la vie qui m'ont été fort utiles et m'ont accompagnés à chaque moment délicat. J'ai donc lu "La recherche du temps perdu", d'abord sur l'invitation de ma mère qui en faisait grand cas et m'avait offert le premier tome illustré dans une collection grand format de Gallimard, puis les tomes suivant au long de mes études. Puis "le temps retrouvé", dernier tome, au moment où moi-même je revenais dans un monde que j'avais quitté (comme le narrateur Marcel du roman) en tant que professeure là où j'avais été étudiante (alors que Marcel revenait comme écrivain, là où il n'avait été qu'un jeune homme prometteur parmi d'autres). Bref si vous avez aimé "La recherche", vous serez forcément curieux d'approcher la gouvernante de Marcel, qui apparait tout au long du roman à épisodes, et vous ne serez pas déçu. Chloé Cruchaudet m'avait impressionnée dans Mauvais genre, et c'est par cet avis que j'ai sauté le pas, et commencé ma collaboration à BDthèque, c'est dire si le deuxième fil est solide. Sa délicatesse dans le dessin comme dans le propos, l'étonnement frais qu'elle réussit toujours à créer devant chaque nouvelle situation, continue la précision psychologique de Proust mais avec un rythme beaucoup plus fluide et léger. Là où Marcel ne sait pas lâcher le fil de sa pensée, et rajoute sans cesse de nouvelles propositions qui précisent le propos jusqu'à nous perdre (quelle était la proposition principale, et y en avait-il une, d'ailleurs ?) Chloé Cruchaudet avance par petits faits quotidiens et inattendus à la fois, qui font percevoir le snobisme inventif de son maître, sans s'attacher à sa pensée. Céleste est une fille simple et ouverte à toute les excentricités de Marcel. Elle ne le juge jamais, et sa fantaisie est si divertissante pour elle , et si loin de la bonhomie simple de son mari, qu'on sent qu'elle penche vers un amour platonique que Marcel n'a pas envie de prendre en considération. Chaque case est une tache de lavis, dans des couleurs peu réalistes, (violet, rose, turquoise...) où le fil conducteur est le visage lunaire de Céleste, jeune dans ses souvenirs ou vieille devant les antiquaires qui viennent lui tirer les vers du nez... L’ambiguïté abordée dans Mauvais genre est sans doute continuée dans cette dévotion de Céleste pour un homme si "féminin" : fin de constitution, frileux et fragile, soucieux de propreté, de la finesse des tissus de ses mouchoirs... Et Celeste elle-même, qui ne sait pas faire la cuisine, n'aime pas particulièrement les toilettes, mais fait preuve de sens pratique pour ajouter les paperoles de Marcel à son manuscrit : ce sont deux prototypes humains, qui ne rentrent pas vraiment dans les cases prévues. Bref si vous n'avez pas lu "La recherche", c'est peut-être la bonne porte pour y entrer... et en tout cas c'est un bon moment de lecture, drôle et frais.
Maltempo
En contrepoint de la couverture nimbée d’une douceur toute méditerranéenne, le titre, « Maltempo », se place comme un bémol. « Maltempo », c’est d’abord le patronyme de Mimmo, ce jeune garçon qui s’accroche à son rêve de devenir une star du rock, et qui se traduit par « mauvais temps ». Mais ce terme italien pourrait suggérer aussi, en référence à un langage musical universel, le mauvais tempo, cette « cassure rythmique » qui freine Mimmo dans son ascension vers la célébrité, et parallèlement vers cette liberté qui lui permettrait de s’extirper définitivement d’un quotidien miné par la misère et le désœuvrement, des maux accentués par la mafia. Une plaie sociale systémique qui, comme le souligne discrètement Alfred au cours du récit, réveille la nostalgie d’une période politique autant fantasmée qu’infamante, le fascisme italien sous Mussolini, réincarné récemment avec l’arrivée au pouvoir de Georgia Meloni. Malgré ce contexte social peu engageant, ce dernier volet de la fameuse trilogie italienne d’Alfred vient nous enchanter comme les deux précédents. Si comme le suggère la chanson, la misère est moins dure au soleil, elle n’en est pas moins âpre, et le charme du décor, évident pour le lecteur vivant dans des contrées à la météo moins souriante, ne suffit pas à remplir les estomacs. Ce que semble nous dire Alfred, c’est peut-être de nous méfier des cartes postales ! Pourtant, on ne va pas bouder son plaisir ! L’auteur, qui par sa trilogie — où chaque histoire se lit indépendamment, il est bon de le préciser — a cherché à raviver ses souvenirs d’enfance dans l’Italie d’où son père était originaire, nous propose une histoire belle et simple. « Maltempo », c’est un conte de fées moderne où la seule baguette magique est contenue dans les rêves de Mimmo, des rêves très puissants qui vont se livrer à une sorte de match avec un destin revêche, symbolisé par cette meute de chiens errants au regard malveillant n’apparaissant que dans l’imagination du jeune garçon. Une fois de plus, l’auteur a conçu une galerie de personnages très bien campés, parmi lesquels on n’oubliera pas l’adorable gamin à la tignasse afro, qui n’hésitera pas à jouer David contre Goliath face aux tourmenteurs de Mimmo… Comme pour Come Prima et Senso, le décor évoquant cette Italie est presque un personnage à lui seul, mais aussi une véritable invitation au rêve, ainsi qu’un hommage, conscient ou pas, aux origines paternelles de l’auteur. Le dessin y est évidemment pour beaucoup, avec cette ligne claire stylisée que vient sublimer la palette de couleurs lumineuses et nuancées de Laurence Croix, qui sait moduler les atmosphères en fonction des heures du jour ou de la nuit, provoquant en nos rétines un délicieux enchantement faisant oublier la rigueur du contexte lié au récit. Assurément, l’enfer sait mentir et peut aussi se parer des plus beaux atours. « Maltempo » vient compléter harmonieusement ce somptueux puzzle à trois pièces. Alfred réussit de nouveau à nous émerveiller avec un ouvrage rafraichissant et vibrant d’électricité grâce aux riffs telluriques de Mimmo, star du rock en devenir… Un des très beaux albums de l’année 2023, tout simplement.
Requiem - Chevalier Vampire
Clairement déjà une œuvre pas pour tout le monde, un mélange baroque et gothique avec des décors saturés d’idées plus hallucinées les unes que les autres. Requiem n’est pas une histoire linéaire et agréable à suivre, requiem est un train fantôme fou nous faisant visité un enfer ou valeurs morales et chronologie sont inversées. Ici, le bien est une maladie, l’ordre est un fléau, « on rejette le progrès et on embrasse la décadence », attendez vous donc à ça, une décadence totale magnifiée par le trait brillant de Ledroit et par un univers sincèrement passionnant à visiter. Je conseillerais d’essayer au moins avec le tome 1, cela dit, le gore et l’aspect éclaté du récit et des dessins ne sont véritablement pas pour tout le monde, j’espère que c’est aussi fait pour vous, en tous cas c’était fait pour moi…