Voila un bon gros pavé (392 planches) entre thriller et fantastique comme je les aime et une des très belles découvertes de 2023.
Le premier chapitre, bien qu’assez dérangeant, reste très classique dans son déroulé. La suite se révèlera tortueuse à souhait, pleine de faux-semblants, l’auteur jouera du début à la fin sur la réalité des situations. Le lecteur va affronter ce challenge permanent, d’apprivoiser les personnages, leurs enjeux et d’essayer d’éclaircir les fils de ce récit (bien aidé par les différentes propositions de dessin/couleurs qui aident à la temporalité et à la compréhension).
Le jeu en vaut la chandelle car le scénario se veut particulièrement malin et abouti. Une deuxième lecture (au moins) est d’ailleurs souhaitable pour apprécier pleinement ce livre. Pas étonnant qu’il ait fallu environ neuf ans à l’auteur pour le ficeler.
Certains citent Lynch ou Cronenberg coté ressemblance/influence, je confirme, on n’en est pas très loin même si la fin que je trouve résolument optimiste diffère du ton que j’associe à ces deux auteurs.
Un bijou indé destiné à devenir culte.
Note Réelle: 04.5/5
Vous trouvez les adaptations de Luc Ferry et Clotilde Bruneau un brin scolaires ou conventionnelles ? La Guerre des Dieux de Valérie Mangin un peu barré à l’inverse ? Le Coeur des Amazones est joli mais ça tourne trop autour du fiac ? Le Troie de Nicolas Jarry sauce heroic fantasy, un soufflé qui fait « pshitt » ? N’en jetez plus, peut être que ce qu’il vous faut c’est la guerre de Troie avec une approche historique mêlée d’un soupçon de souffle épique. Il y a plus de 15 ans de cela et ma lecture de la trilogie romanesque, Troie, signée feu David Gemmell, ce Wiloucha est ce que j’ai lu de plus captivant depuis.
J’ai beaucoup apprécié le fait que l’auteur Mikael Coadou encre son récit vers 1270 av. JC, là où les archéologues soupçonnent le déroulement de la véritable guerre de Troie. Court rappel pour les néophytes, on situe différents sites archéologiques dont le « Troie VIIa » se place entre 1300 et 1180 av. JC, et où ont été remarqué des traces d’incendies par exemple. Bref, c’était aussi un peu le parti pris de Wolgang Petersen pour le film de 2004, celui avec Brad Pitt. Un traitement historique donc dans la timeline mais aussi dans son approche visuel : bon je ne suis pas du tout expert mais j’ai trouvé que décors et costumes étaient suffisamment soft pour ne pas que ça fasse tape à l’œil, et néanmoins suffisamment inventifs pour que ça claque un minimum et que le lecteur sente le souffle chaud du récit épique et légendaire. Avis aux amateurs de récit « conanesque », la philosophie nihiliste de la nature humaine qui transpirait chez Howard (le créateur de Conan le cimmérien) est très présente dans Wiloucha et on sent les auteurs influencés par le film de John Milius.
Alors, parmi les quelques « mauvais points » que je pourrai accorder, je regrette le choix de conserver le classique cheval de Troie qui fait 10 mètres de haut et dont bien entendu, aucun troyen ne s’imagine qu’il est piégé de soldats grecs. C’est gros comme une maison et ça casse un peu l’approche réaliste, j’aurai aimé être surpris par quelque chose d’inattendue et moins invraisemblable. Quand le prêtre d’Apollon se fait zigouiller avec ses fils par des murènes on se dit « oh bah ça tombe bien ça alors ! ». C’est ce qu’on appelle un scénario capillotracté, mais bon… faut bien que les troyens trouvent une excuse pourrie pour le faire rentrer ce put@in de cheval. On n’évoquera à peine la durée du conflits parce que hein, un siège de 10 ans, ça me ferait presque sortir de ma lecture.
Un récit "réaliste", brutale, en cela il est servi par un dessin tout à fait approprié de Blasco-Martinez, un encrage puissant, profond, et un design gore qui met souvent le lecteur mal à l’aise, preuve d’une réussite totale à ce niveau là. Du bel ouvrage, sale, mais beau.
Et pour finir sur cette bonne lancé, l’approche géopolitique du conflit a été un point déterminant dans mon appréciation de l’album, car on a droit à 2 volets en quelque sorte. D’un côté la bataille en elle-même, la ruse d’Ulysse et le carnage grec qui s’en suit. De l’autre la guerre du trône de l’empire Hittite qui s’intéresse à la question de la passivité de cette puissance militaire réputée comme la meilleure à l’époque. Car plutôt qu’une cité-Etat indépendante, il est fort probable que Troie en ces temps-là soit davantage une cité satellite de l’empire Hittite et qu’elle aurait dû en cela bénéficié d’un soutien immédiat. Les motifs grecs par ailleurs vont au-delà de l’excuse des beaux yeux d’Hélène… mais je vous laisse les découvrir.
Un one shot sympathique, bien chiadé, différent, et captivant. Fortement recommandé !
Conan, qu'il y a-t-il de mieux dans la vie ?
- Ecraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes.
- C'est bien.
Conan le cimmérien, ou Gengis Kahn de base.
Sur un sujet scandaleux et « brûlant », les auteurs ont bâti un excellent documentaire, qui allie toutes les qualités requises pour ce genre d’entreprise.
D’abord un sujet bien maîtrisé, sous toutes ses facettes, étayé par d’importantes recherches (confirmées par la bibliographie finale). C’est très complet au niveau historique, scientifique et médiatique.
Ensuite une narration qui évite l’écueil donneur de leçon, ou l’exposé rébarbatif. Au contraire, c’est très fluide, et la lecture est aérée et agréable. L’idée de mettre au centre un personnage fictif, Mister Nico, qui nous raconte tout, est excellente. Avec son cynisme décomplexé, il accompagne très bien le lecteur vers les informations distillées en quantité dans l’album.
Mais si la lecture est aussi fluide, c’est aussi grâce au dessin de Brangier, vraiment très bon. Dynamique, jouant du réalisme et de la caricature, il est un parfait complément au récit.
Récit qui joue aussi la carte humoristique. Mais c’est un rire jaune – comme les dents des gros fumeurs – qui s’étend alors. Reste une sale odeur de tabac froid à la fin. Car le système se propage désormais (avec la bénédiction des pays riches) parmi les populations des pays pauvres). Mais aussi parce qu’on comprend bien que la stratégie du dénie, du doute scientifique et judiciaire est aussi utilisée par d’autres industries (pharmaceutique, des engrais et autres produits chimiques, voire pour tout ce qui tourne autour du dérèglement climatique).
Instructif, ludique, écœurant du début jusqu’à la fin. A lire et à faire lire !
Tome 1
Si l’on peut rarement se fier à la couverture d’un livre pour juger de la qualité de son contenu, dans le cas de « The Nice House on the lake », c’est l’exception qui confirme la règle. En examinant sa couverture, notre regard est comme aimanté par cette villa d’architecte représentée de nuit et évoquant la célèbre « maison sur la cascade » de Frank Lloyd Wright, cocon de lumière se reflétant dans les eaux en contrebas. C’est donc dans cette demeure (et son proche périmètre) que va se dérouler cette histoire absolument captivante.
Pour concevoir son scénario aux petits oignons, James Tynion IV a intégré plusieurs ingrédients imparables. La villa de luxe paradisiaque, bien sûr, qui s’avérera très vite n’être qu’une cage dorée, dans laquelle va se jouer un huis-clos tendu, sorte de remake des « Dix Petits Nègres », où les protagonistes, affublés chacun d’un symbole par leur hôte et « ami » Walter, ne meurent pas (car ils ne peuvent pas mourir…), avec en toile de fond une fin du monde abominable dont on ne verra que de rares vidéos et photos sur les smartphones des invités. Ces derniers, sous l’égide dudit Walter, qui a « tombé le masque » et ne fera que des apparitions très ponctuelles mais perturbantes, vont se voir entraînés malgré eux dans un étrange jeu de piste aux rares indices, si ce n’est la présence de ces sculptures très énigmatiques qui semblent se livrer à une danse insolente.
Si le trait épais et charbonneux d’Álvaro Martinez n’est pas particulièrement remarquable, il a le mérite de l’efficacité pour être au diapason du récit par son âpreté et son cadrage millimétré, totalement en phase avec les codes du comics US.
Non seulement ce premier volet nous happe dès les premières pages, mais il nous tient en haleine jusqu’au bout. Irrigué par mille et un mystères, ce récit impressionne par ses qualités narratives de haute volée, servies par une imagination foisonnante. Il va sans dire qu’on a hâte de découvrir la suite de ce diptyque.
Tome 2
L’apocalypse terrestre a eu lieu, et les « amis » de Walter continuent à s’interroger. Pourquoi celui-ci les avaient-ils sélectionnés pour les mettre à l’abri dans ce luxueux sanctuaire coupé d’un monde en train d’agoniser ? Peu à peu, les indices sont apparus et quelques réponses distillées au fil du récit sur les raisons de leur présence.
Le plan était préparé depuis longtemps, et le groupe avait été choisi parce qu’il représentait « un échantillon stable de la population humaine ». De plus, leur nouveau statut leur conférait l’immortalité, suicide ou meurtre n’étant plus une option au cas où les choses tourneraient mal… Walter n’est donc pas humain, on l’aura vite compris, pas non plus un extra-terrestre, mais « quelque chose d’autre, difficile à décrire » dans une « langue ne [disposant] pas des mots adéquats ». Des révélations « flippantes », qui ne font que renforcer un peu plus le mystère de l’intrigue…
Et c’est pour ce mystère même que l’on est indiscutablement happé par cette histoire. « The Nice House on the lake », c’est du lourd assurément, avec cette grosse et vieille question métaphysique à la clé, revisitée à l’aune des évolutions technologiques : qui sommes-nous et qui nous a créés ? Ne serions-nous que des créatures modélisées et programmables selon les désirs de nos démiurges ? Une question qui, à l’heure où l’intelligence artificielle est en train de coloniser et chambouler fondamentalement notre univers familier, se fait de plus en plus prégnante, à l’instar du livre d’Hervé Le Tellier, « L’Anomalie », qui évoque un événement « quantique » perturbant remettant en cause notre existence réelle et interroge la possibilité selon laquelle les êtres humains ne seraient que des « simulations ».
Des questionnements extrêmement passionnants qui font le sel de cet ambitieux diptyque, du lourd donc, et c’est aussi un peu le revers de la médaille, le terme pouvant s’appliquer à la narration. Car au-delà du fond, le scénariste James Tynion IV a produit quelque chose d’assez touffu dans la forme, en intégrant mille intrications psychologiques entre les différents personnages en rapport avec la notion d’amitié, à savoir : une amitié authentique en apparence, en l’occurrence celle de Walter, ne pourrait-elle être sous-tendue que par le calcul et la manipulation ? De quoi devenir réellement parano, même si Walter, lui, semble très sincère… Bref, il faut bien reconnaître que la fluidité fait quelque peu défaut à la narration, même si l’on espérait après lecture du premier tome qu’il en soit autrement.
Là où le bât blesse peut-être, c’est le fait que le récit soit encombré d’un trop grand nombre de personnages. A titre personnel, hormis Walter et deux ou trois protagonistes (Norah et Reg, Ryan à la limite…), j’ai eu quelques difficultés à distinguer les autres membres du groupe, qui n’ont pas une personnalité des plus marquantes, et leur représentation n’y contribue guère. Certes, Alvaro Martinez possède un trait assuré même s’il s’inscrit dans un certain académisme, mais l’aspect imprécis des expressions nuit à leur identification, obligeant souvent à un retour vers les premières pages du tome 1, où de petites fiches sont apposées à côté de chaque personnage. Si l’on parvient à faire abstraction de cela, on pourra apprécier sa trouvaille « baconienne » visant à faire ressortir l’étrangeté extra-humaine de Walter, mais aussi la puissance visuelle de son dessin et de la mise en page associée.
Ce second volet de « The Nice House on the lake » se termine sur un coup de théâtre dont on ne révélera évidemment rien, mais ouvre la perspective d’un nouveau cycle. Malgré les bémols évoqués plus haut, on se dit qu’on aura FORCEMENT envie de le découvrir. Et c’est sans doute dans ce constat — le lecteur est bel et bien piégé dans cette « jolie maison » — que se tient la réussite des auteurs et la force de cette œuvre, qui incontestablement aura marqué l’année de son empreinte.
Retour aux créations originales Disney de chez Glénat pour Alexis Nesme, mais cette fois sans Lewis Trondheim au scénario. Cette absence ne se remarque en rien, et l'album est vraiment au même niveau que le précédent, voire un peu au-dessus.
Le gros atout de ce récit, c'est le nombre important de références que l'auteur-dessinateur s'amuse à glisser dans son récit. Un nombre peut-être trop important, d'ailleurs, car parfois, elles semblent introduites un peu au forceps, notamment toutes les péripéties à la Indiana Jones à l'intérieur du temple. Néanmoins, ces allusions sont souvent judicieuses et très amusantes, et rythment agréablement le récit.
Par ailleurs, l'autre gros atout de cet album, c'est évidemment son dessin. Alexis Nesme a une patte graphique d'une élégance que n'égale que son aisance. Le dessin est extrêmement agréable à l'œil, et le dessinateur nous offre en outre des planches occupant parfois jusqu'à une double-page qui sont d'une beauté incroyable, remplie de détails qu'on s'amusera à déceler en s'y attardant bien volontiers.
Toutefois, comme dans le premier tome, les nœuds scénaristiques sont plaisants mais se révèlent un peu trop faciles lorsqu'ils sont enfin dénoués. De même, la présence de Pat Hibulaire et de son avocat est quasiment réduite à un running gag (fort amusant au demeurant), même si le scénario essaye de la justifier dans le retournement final.
C'est probablement ce qui empêche à nouveau cette création originale Glénat de se hisser plus haut et de prétendre au titre de chef-d'œuvre ou tout simplement d'excellente bande dessinée. Elle reste une lecture plaisante, qui ne dépare en rien dans une bonne bibliothèque.
Oh ! C'est … c'est beau. Vraiment beau, même.
Il y a des BD, comme ça, dont le final semble laisser un délicieux gout dans la tête tandis qu'on flotte dans un autre monde. "Dans la forêt - d'après le roman de Jean Hegland" est de celle-là. C'est le genre de BD que j'aurais envie de proposer aux gens de lire simplement en disant que c'est très beau, et puis c'est tout. Parce que parfois il faut savoir se passer de mot pour dire ce qu'on a apprécié.
Mais si je dois en dire quelque chose de plus que ce qui a déjà été relevée par d'autres commentaires, je dirais que c'est proche de Femme sauvage, que c'est une BD qui parle d'écologie et de résilience mais surtout de repartir après un traumatisme. Le huis clos est un parti pris complet de la BD, puisqu'on se rendra compte que celui-ci est le cœur de la BD. Enfermées dans la forêt oppressante, deux sœurs vont apprendre à sortir de leur cage qui les enferme, casser les murs qu'elles se sont bâties pour s'échapper sans vraiment partir. Je suis admiratif du message, lié au fond, à la forme et aux thématiques. La fin du monde est présentée comme étrangement lointaine, détachée. Tout se joue sur cette relation sororelle, esquissé par petites touches entre le présent et le passée. Chacune à son caractère, sa façon d'être, ses faiblesses et ses forces. Mais c'est ensemble qu'elles vont réussir à passer au-delà.
La BD est complété par ce dessin, qui m'a surpris d'un bout à l'autre. Il est détaillé, précis, esquissant les ombrages et les nuances dans un seul gris, mais mettant aussi en valeur le paysage, donnée cruciale de cette histoire. Tout est maitrisé, du détail au général. J'ai apprécié les cases aérées, qui créent un sentiment de folle liberté combiné à une oppression crée par les cadrages. Comment ne pas se sentir petit, écrasé par tant de grandeur environnante ?
C'est aussi les personnages, leurs regards, leurs attitudes. Dans la danse, dans la souffrance, dans les détails, tout passe par des postures, des subtils détails qui plongent dans le récit. Oui, je trouve qu'il y a du beau dans tout ça.
Maintenant que tout cela est dit, je dois bien dire que le plus important reste le message. Certes, il y a bien quelques points qui font tiquer, comme l'a souligné NoirDesir. Mais je n'arrive pas à les considérer comme de véritables obstacles. C'est surtout un message sur le fait de rebondir, repartir de l'avant. Les incidents sont nombreux, il faudra savoir les éviter et repartir, vivre à nouveau. Revivre, c'est le message de cette BD, revivre mieux, revivre avec moins, revivre avec l'essentiel. C'est une BD dans l'air du temps, une BD qui rappelle que nous n'avons finalement besoin que de l'essentiel, et que celui-ci peut-être si peu.
Rarement j'aurais lu une aussi belle apocalypse, un effondrement aussi lent. C'est beau, vraiment. La BD m'a fait ressentir quelque chose de fort à la lecture, quelque chose que je n'ai pas envie de brouiller par une autre lecture. Je me sens plus enclin à mettre une musique, tant que c'est encore possible, à m'écouter un album que j'aime bien et à me laisser rêver.
Pourquoi parler plus ? Parfois, je suis juste content qu'une BD me fasse fermer ma grande bouche.
C'est une très belle BD, lisez là.
Aussi loin que je me souvienne, dès la première page, j’ai eu un gros coup de cœur, par les couleurs, le coup de crayon. Je me suis senti aspiré par cet univers. L’histoire, qui se déroule sur une planète lointaine, m’a captivé tout de suite, me laissant souvent éveillé tard dans la nuit, incapable de résister à l’envie de tourner la page suivante.
L’immersion est totale, je pouvais presque entendre les sons de la jungle inconnue. Les personnages m’ont paru incroyablement réels, avec ses failles et ses forces, me faisant ressentir leurs joies, leurs peurs et leurs espoirs comme si c’étaient les miens. La relation naissante de Kim et Marc une constante évolution émotionnelle.
Le coup du maitre, c’est la façon dont cette bande dessinée mélange habilement science-fiction et problématiques actuelles.
Chaque twist de l’intrigue m’a surpris, chaque nouvelle créature m’a émerveillé, et chaque dilemme éthique m’a fait questionner.
Aldébaran n’est pas seulement une lecture, c’est une expérience qui m’a transporté. Pour tout amateur de science-fiction, c’est une œuvre à ne pas manquer, un voyage inoubliable qui laisse une marque durable.
Un incontournable à découvrir absolument !
Pourquoi c’est un coup de cœur ? Pour sa narration exceptionnelle, la complexité des personnages, la qualité artistique et visuelle, des thèmes pertinents et sur tout par l’originalité de cet univers.
Quel plaisir ! Mais quel plaisir ! Je viens tout juste de redécouvrir cette série dont j'ai lu, relu et re-relu les deux premiers épisodes quand j'étais enfant. A l'époque, quel pied je prenais ! J'aurais mis 5/5 sans hésiter un seul instant. Aujourd'hui, il est évident que le regard d'adulte doit revenir sur quelques éléments que je n'avais pas quand j'étais petit. Néanmoins, cette bouffée de nostalgie et de magie m'a à nouveau embarqué !
Il faut dire que les deux premiers épisodes sont excellents. Mickey se fait emporter dans un livre magique qui l'amène dans un monde de fantasy vraiment fascinant. Au début, c'est classique, mais le deuxième chapitre est brillant : l'intervention de ce moine silencieux, vieillard à l'apparence d'enfant, de cet aigle télépathe qui crée de l'orage, de ce temple à l'architecture impossible où la gravité n'existe pas, de ce sorcier et de sa mystérieuse boule de cristal... Tout cela est absolument génial, et j'ai ressenti le même coup de cœur que quand j'étais enfant, vraiment.
Malheureusement, les chapitres suivants que je n'avais encore jamais lus, ramènent l'histoire dans des sentiers plus balisés. Rien de mauvais, mais c'est déjà plus ou moins vu. Heureusement, les auteurs s'y entendent pour faire exister les méchants et leur donner une certaine ampleur, ce qui reste appréciable.
Mais le problème, c'est qu'une fois adulte, on voit tous les raccourcis narratifs. On constate que les idées scénaristiques sont géniales, mais que leur mise en œuvre est trop rapide. On bondit d'une scène à l'autre sans avoir le temps de s'étendre sur les personnages (pourtant ultra-puissants) ou de développer les arcs narratifs.
Au bilan, cela reste une bande dessinée agréable à lire. L'univers est excellent et même s'il n'est pas assez développé, on arrive quand même à entrer dedans. Simplement, il est dommage que la narration soit aussi rapide, et que plus on avance dans le récit, plus on retombe sur des schémas narratifs trop connus. En tous cas, pour moi qui avais plusieurs chapitres enfants, la puissance nostalgique de cet album reste bel et bien intacte.
Je ne peux pas ne pas finir sur un petit coup de gueule : je suis rarement à cheval sur le travail éditorial, mais celui de Glénat est proprement scandaleux. L'image de couverture est d'une laideur incommensurable, le corps de Mickey tout déformé et les traits épais ne reflètent en rien la qualité graphique du récit (même si elle n'a rien de révolutionnaire, c'est du sérieux, dedans). Et de manière générale, quand on tient l'album en main, on a l'impression de tenir un livre pour enfants imprimé à la va-vite sans aucune ambition. Quand on voit le degré d'ambition du récit, on ne peut que regretter que le travail éditorial lui rende aussi peu hommage à ce point...
Voilà une œuvre captivante qui fusionne le génie de Christophe Bec au scénario et le talent graphique exceptionnel de l'auteur italien Stefano Raffaele. Je le dis haut et fort ce duo est au panthéon de la BD fantastique. Leur collaboration, déjà fructueuse, atteint ici des sommets créatifs. Christophe Bec tisse une trame complexe et immersive où le fantastique se mêle habilement à l'émotion humaine. C’est sans doute ça le génie.
Les rebondissements astucieusement orchestrés vous maintiendront en haleine à chaque page. Stéfano Raffaele déploie un coup de crayon magistral, donnant vie à des mondes et des personnages d'une richesse visuelle éblouissante. Les détails soignés et la fluidité de son trait participent à l'envoûtement graphique de la série. La double page des chutes du Niagara est juste sublissime.
Ensemble les deux compères créent une synergie artistique indéniable, vous transportant dans un univers où l'extraordinaire devient palpable. Sarah s'inscrit comme une œuvre incontournable dans le genre fantastique, confirmant brillamment la cohésion artistique et narrative de ce duo d'exception.
Si vous n’avez pas encore acheté vos cadeaux de Noel, n’hésitez pas une seule seconde à vous procurer l’intégral. Vous ferez des heureux assurément.
Si les histoires d'indiens ne me tentent pas trop d'ordinaire, je ne pouvais pas passer à côté d'avis positifs aussi unanimes au sujet de cet album. Et force est de constater que c'est vraiment une chouette BD.
L'histoire est dense, réaliste et mature. Le récit aborde l'identité indienne et le passage vers le monde moderne de manière intelligente, mêlant la réflexion et l'amertume des sentiments à de la pure aventure. Les décors sont magnifiques, beaucoup m'ayant replongé dans l'ambiance que j'avais aimée dans Red Dead Redemption 2 qui se déroule à peu près à la même époque et visiblement dans des lieux très similaires. J'ai été à la fois dépaysé par ce récit épique et intéressé tout du long par le développement de son intrigue, la justesse de ses dialogues et des comportements des protagonistes, ainsi que par les quelques retournements de situations inattendus qui ont fait que je n'aurais pas pu deviner comment les choses allaient se passer.
Excellent western crépusculaire à l'intrigue finement ciselée et au dessin de grande qualité.
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Ultrasons
Voila un bon gros pavé (392 planches) entre thriller et fantastique comme je les aime et une des très belles découvertes de 2023. Le premier chapitre, bien qu’assez dérangeant, reste très classique dans son déroulé. La suite se révèlera tortueuse à souhait, pleine de faux-semblants, l’auteur jouera du début à la fin sur la réalité des situations. Le lecteur va affronter ce challenge permanent, d’apprivoiser les personnages, leurs enjeux et d’essayer d’éclaircir les fils de ce récit (bien aidé par les différentes propositions de dessin/couleurs qui aident à la temporalité et à la compréhension). Le jeu en vaut la chandelle car le scénario se veut particulièrement malin et abouti. Une deuxième lecture (au moins) est d’ailleurs souhaitable pour apprécier pleinement ce livre. Pas étonnant qu’il ait fallu environ neuf ans à l’auteur pour le ficeler. Certains citent Lynch ou Cronenberg coté ressemblance/influence, je confirme, on n’en est pas très loin même si la fin que je trouve résolument optimiste diffère du ton que j’associe à ces deux auteurs. Un bijou indé destiné à devenir culte. Note Réelle: 04.5/5
Wiloucha - Les dernières heures de Troie
Vous trouvez les adaptations de Luc Ferry et Clotilde Bruneau un brin scolaires ou conventionnelles ? La Guerre des Dieux de Valérie Mangin un peu barré à l’inverse ? Le Coeur des Amazones est joli mais ça tourne trop autour du fiac ? Le Troie de Nicolas Jarry sauce heroic fantasy, un soufflé qui fait « pshitt » ? N’en jetez plus, peut être que ce qu’il vous faut c’est la guerre de Troie avec une approche historique mêlée d’un soupçon de souffle épique. Il y a plus de 15 ans de cela et ma lecture de la trilogie romanesque, Troie, signée feu David Gemmell, ce Wiloucha est ce que j’ai lu de plus captivant depuis. J’ai beaucoup apprécié le fait que l’auteur Mikael Coadou encre son récit vers 1270 av. JC, là où les archéologues soupçonnent le déroulement de la véritable guerre de Troie. Court rappel pour les néophytes, on situe différents sites archéologiques dont le « Troie VIIa » se place entre 1300 et 1180 av. JC, et où ont été remarqué des traces d’incendies par exemple. Bref, c’était aussi un peu le parti pris de Wolgang Petersen pour le film de 2004, celui avec Brad Pitt. Un traitement historique donc dans la timeline mais aussi dans son approche visuel : bon je ne suis pas du tout expert mais j’ai trouvé que décors et costumes étaient suffisamment soft pour ne pas que ça fasse tape à l’œil, et néanmoins suffisamment inventifs pour que ça claque un minimum et que le lecteur sente le souffle chaud du récit épique et légendaire. Avis aux amateurs de récit « conanesque », la philosophie nihiliste de la nature humaine qui transpirait chez Howard (le créateur de Conan le cimmérien) est très présente dans Wiloucha et on sent les auteurs influencés par le film de John Milius. Alors, parmi les quelques « mauvais points » que je pourrai accorder, je regrette le choix de conserver le classique cheval de Troie qui fait 10 mètres de haut et dont bien entendu, aucun troyen ne s’imagine qu’il est piégé de soldats grecs. C’est gros comme une maison et ça casse un peu l’approche réaliste, j’aurai aimé être surpris par quelque chose d’inattendue et moins invraisemblable. Quand le prêtre d’Apollon se fait zigouiller avec ses fils par des murènes on se dit « oh bah ça tombe bien ça alors ! ». C’est ce qu’on appelle un scénario capillotracté, mais bon… faut bien que les troyens trouvent une excuse pourrie pour le faire rentrer ce put@in de cheval. On n’évoquera à peine la durée du conflits parce que hein, un siège de 10 ans, ça me ferait presque sortir de ma lecture. Un récit "réaliste", brutale, en cela il est servi par un dessin tout à fait approprié de Blasco-Martinez, un encrage puissant, profond, et un design gore qui met souvent le lecteur mal à l’aise, preuve d’une réussite totale à ce niveau là. Du bel ouvrage, sale, mais beau. Et pour finir sur cette bonne lancé, l’approche géopolitique du conflit a été un point déterminant dans mon appréciation de l’album, car on a droit à 2 volets en quelque sorte. D’un côté la bataille en elle-même, la ruse d’Ulysse et le carnage grec qui s’en suit. De l’autre la guerre du trône de l’empire Hittite qui s’intéresse à la question de la passivité de cette puissance militaire réputée comme la meilleure à l’époque. Car plutôt qu’une cité-Etat indépendante, il est fort probable que Troie en ces temps-là soit davantage une cité satellite de l’empire Hittite et qu’elle aurait dû en cela bénéficié d’un soutien immédiat. Les motifs grecs par ailleurs vont au-delà de l’excuse des beaux yeux d’Hélène… mais je vous laisse les découvrir. Un one shot sympathique, bien chiadé, différent, et captivant. Fortement recommandé ! Conan, qu'il y a-t-il de mieux dans la vie ? - Ecraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes. - C'est bien. Conan le cimmérien, ou Gengis Kahn de base.
Cigarettes - Le Dossier sans filtre
Sur un sujet scandaleux et « brûlant », les auteurs ont bâti un excellent documentaire, qui allie toutes les qualités requises pour ce genre d’entreprise. D’abord un sujet bien maîtrisé, sous toutes ses facettes, étayé par d’importantes recherches (confirmées par la bibliographie finale). C’est très complet au niveau historique, scientifique et médiatique. Ensuite une narration qui évite l’écueil donneur de leçon, ou l’exposé rébarbatif. Au contraire, c’est très fluide, et la lecture est aérée et agréable. L’idée de mettre au centre un personnage fictif, Mister Nico, qui nous raconte tout, est excellente. Avec son cynisme décomplexé, il accompagne très bien le lecteur vers les informations distillées en quantité dans l’album. Mais si la lecture est aussi fluide, c’est aussi grâce au dessin de Brangier, vraiment très bon. Dynamique, jouant du réalisme et de la caricature, il est un parfait complément au récit. Récit qui joue aussi la carte humoristique. Mais c’est un rire jaune – comme les dents des gros fumeurs – qui s’étend alors. Reste une sale odeur de tabac froid à la fin. Car le système se propage désormais (avec la bénédiction des pays riches) parmi les populations des pays pauvres). Mais aussi parce qu’on comprend bien que la stratégie du dénie, du doute scientifique et judiciaire est aussi utilisée par d’autres industries (pharmaceutique, des engrais et autres produits chimiques, voire pour tout ce qui tourne autour du dérèglement climatique). Instructif, ludique, écœurant du début jusqu’à la fin. A lire et à faire lire !
The Nice House on the lake
Tome 1
Si l’on peut rarement se fier à la couverture d’un livre pour juger de la qualité de son contenu, dans le cas de « The Nice House on the lake », c’est l’exception qui confirme la règle. En examinant sa couverture, notre regard est comme aimanté par cette villa d’architecte représentée de nuit et évoquant la célèbre « maison sur la cascade » de Frank Lloyd Wright, cocon de lumière se reflétant dans les eaux en contrebas. C’est donc dans cette demeure (et son proche périmètre) que va se dérouler cette histoire absolument captivante.
Pour concevoir son scénario aux petits oignons, James Tynion IV a intégré plusieurs ingrédients imparables. La villa de luxe paradisiaque, bien sûr, qui s’avérera très vite n’être qu’une cage dorée, dans laquelle va se jouer un huis-clos tendu, sorte de remake des « Dix Petits Nègres », où les protagonistes, affublés chacun d’un symbole par leur hôte et « ami » Walter, ne meurent pas (car ils ne peuvent pas mourir…), avec en toile de fond une fin du monde abominable dont on ne verra que de rares vidéos et photos sur les smartphones des invités. Ces derniers, sous l’égide dudit Walter, qui a « tombé le masque » et ne fera que des apparitions très ponctuelles mais perturbantes, vont se voir entraînés malgré eux dans un étrange jeu de piste aux rares indices, si ce n’est la présence de ces sculptures très énigmatiques qui semblent se livrer à une danse insolente.
Si le trait épais et charbonneux d’Álvaro Martinez n’est pas particulièrement remarquable, il a le mérite de l’efficacité pour être au diapason du récit par son âpreté et son cadrage millimétré, totalement en phase avec les codes du comics US.
Non seulement ce premier volet nous happe dès les premières pages, mais il nous tient en haleine jusqu’au bout. Irrigué par mille et un mystères, ce récit impressionne par ses qualités narratives de haute volée, servies par une imagination foisonnante. Il va sans dire qu’on a hâte de découvrir la suite de ce diptyque.
Tome 2
L’apocalypse terrestre a eu lieu, et les « amis » de Walter continuent à s’interroger. Pourquoi celui-ci les avaient-ils sélectionnés pour les mettre à l’abri dans ce luxueux sanctuaire coupé d’un monde en train d’agoniser ? Peu à peu, les indices sont apparus et quelques réponses distillées au fil du récit sur les raisons de leur présence.
Le plan était préparé depuis longtemps, et le groupe avait été choisi parce qu’il représentait « un échantillon stable de la population humaine ». De plus, leur nouveau statut leur conférait l’immortalité, suicide ou meurtre n’étant plus une option au cas où les choses tourneraient mal… Walter n’est donc pas humain, on l’aura vite compris, pas non plus un extra-terrestre, mais « quelque chose d’autre, difficile à décrire » dans une « langue ne [disposant] pas des mots adéquats ». Des révélations « flippantes », qui ne font que renforcer un peu plus le mystère de l’intrigue…
Et c’est pour ce mystère même que l’on est indiscutablement happé par cette histoire. « The Nice House on the lake », c’est du lourd assurément, avec cette grosse et vieille question métaphysique à la clé, revisitée à l’aune des évolutions technologiques : qui sommes-nous et qui nous a créés ? Ne serions-nous que des créatures modélisées et programmables selon les désirs de nos démiurges ? Une question qui, à l’heure où l’intelligence artificielle est en train de coloniser et chambouler fondamentalement notre univers familier, se fait de plus en plus prégnante, à l’instar du livre d’Hervé Le Tellier, « L’Anomalie », qui évoque un événement « quantique » perturbant remettant en cause notre existence réelle et interroge la possibilité selon laquelle les êtres humains ne seraient que des « simulations ».
Des questionnements extrêmement passionnants qui font le sel de cet ambitieux diptyque, du lourd donc, et c’est aussi un peu le revers de la médaille, le terme pouvant s’appliquer à la narration. Car au-delà du fond, le scénariste James Tynion IV a produit quelque chose d’assez touffu dans la forme, en intégrant mille intrications psychologiques entre les différents personnages en rapport avec la notion d’amitié, à savoir : une amitié authentique en apparence, en l’occurrence celle de Walter, ne pourrait-elle être sous-tendue que par le calcul et la manipulation ? De quoi devenir réellement parano, même si Walter, lui, semble très sincère… Bref, il faut bien reconnaître que la fluidité fait quelque peu défaut à la narration, même si l’on espérait après lecture du premier tome qu’il en soit autrement.
Là où le bât blesse peut-être, c’est le fait que le récit soit encombré d’un trop grand nombre de personnages. A titre personnel, hormis Walter et deux ou trois protagonistes (Norah et Reg, Ryan à la limite…), j’ai eu quelques difficultés à distinguer les autres membres du groupe, qui n’ont pas une personnalité des plus marquantes, et leur représentation n’y contribue guère. Certes, Alvaro Martinez possède un trait assuré même s’il s’inscrit dans un certain académisme, mais l’aspect imprécis des expressions nuit à leur identification, obligeant souvent à un retour vers les premières pages du tome 1, où de petites fiches sont apposées à côté de chaque personnage. Si l’on parvient à faire abstraction de cela, on pourra apprécier sa trouvaille « baconienne » visant à faire ressortir l’étrangeté extra-humaine de Walter, mais aussi la puissance visuelle de son dessin et de la mise en page associée.
Ce second volet de « The Nice House on the lake » se termine sur un coup de théâtre dont on ne révélera évidemment rien, mais ouvre la perspective d’un nouveau cycle. Malgré les bémols évoqués plus haut, on se dit qu’on aura FORCEMENT envie de le découvrir. Et c’est sans doute dans ce constat — le lecteur est bel et bien piégé dans cette « jolie maison » — que se tient la réussite des auteurs et la force de cette œuvre, qui incontestablement aura marqué l’année de son empreinte.
Terror-Island - Une terrifiante aventure de Mickey Mouse
Retour aux créations originales Disney de chez Glénat pour Alexis Nesme, mais cette fois sans Lewis Trondheim au scénario. Cette absence ne se remarque en rien, et l'album est vraiment au même niveau que le précédent, voire un peu au-dessus. Le gros atout de ce récit, c'est le nombre important de références que l'auteur-dessinateur s'amuse à glisser dans son récit. Un nombre peut-être trop important, d'ailleurs, car parfois, elles semblent introduites un peu au forceps, notamment toutes les péripéties à la Indiana Jones à l'intérieur du temple. Néanmoins, ces allusions sont souvent judicieuses et très amusantes, et rythment agréablement le récit. Par ailleurs, l'autre gros atout de cet album, c'est évidemment son dessin. Alexis Nesme a une patte graphique d'une élégance que n'égale que son aisance. Le dessin est extrêmement agréable à l'œil, et le dessinateur nous offre en outre des planches occupant parfois jusqu'à une double-page qui sont d'une beauté incroyable, remplie de détails qu'on s'amusera à déceler en s'y attardant bien volontiers. Toutefois, comme dans le premier tome, les nœuds scénaristiques sont plaisants mais se révèlent un peu trop faciles lorsqu'ils sont enfin dénoués. De même, la présence de Pat Hibulaire et de son avocat est quasiment réduite à un running gag (fort amusant au demeurant), même si le scénario essaye de la justifier dans le retournement final. C'est probablement ce qui empêche à nouveau cette création originale Glénat de se hisser plus haut et de prétendre au titre de chef-d'œuvre ou tout simplement d'excellente bande dessinée. Elle reste une lecture plaisante, qui ne dépare en rien dans une bonne bibliothèque.
Dans la forêt - d'après le roman de Jean Hegland
Oh ! C'est … c'est beau. Vraiment beau, même. Il y a des BD, comme ça, dont le final semble laisser un délicieux gout dans la tête tandis qu'on flotte dans un autre monde. "Dans la forêt - d'après le roman de Jean Hegland" est de celle-là. C'est le genre de BD que j'aurais envie de proposer aux gens de lire simplement en disant que c'est très beau, et puis c'est tout. Parce que parfois il faut savoir se passer de mot pour dire ce qu'on a apprécié. Mais si je dois en dire quelque chose de plus que ce qui a déjà été relevée par d'autres commentaires, je dirais que c'est proche de Femme sauvage, que c'est une BD qui parle d'écologie et de résilience mais surtout de repartir après un traumatisme. Le huis clos est un parti pris complet de la BD, puisqu'on se rendra compte que celui-ci est le cœur de la BD. Enfermées dans la forêt oppressante, deux sœurs vont apprendre à sortir de leur cage qui les enferme, casser les murs qu'elles se sont bâties pour s'échapper sans vraiment partir. Je suis admiratif du message, lié au fond, à la forme et aux thématiques. La fin du monde est présentée comme étrangement lointaine, détachée. Tout se joue sur cette relation sororelle, esquissé par petites touches entre le présent et le passée. Chacune à son caractère, sa façon d'être, ses faiblesses et ses forces. Mais c'est ensemble qu'elles vont réussir à passer au-delà. La BD est complété par ce dessin, qui m'a surpris d'un bout à l'autre. Il est détaillé, précis, esquissant les ombrages et les nuances dans un seul gris, mais mettant aussi en valeur le paysage, donnée cruciale de cette histoire. Tout est maitrisé, du détail au général. J'ai apprécié les cases aérées, qui créent un sentiment de folle liberté combiné à une oppression crée par les cadrages. Comment ne pas se sentir petit, écrasé par tant de grandeur environnante ? C'est aussi les personnages, leurs regards, leurs attitudes. Dans la danse, dans la souffrance, dans les détails, tout passe par des postures, des subtils détails qui plongent dans le récit. Oui, je trouve qu'il y a du beau dans tout ça. Maintenant que tout cela est dit, je dois bien dire que le plus important reste le message. Certes, il y a bien quelques points qui font tiquer, comme l'a souligné NoirDesir. Mais je n'arrive pas à les considérer comme de véritables obstacles. C'est surtout un message sur le fait de rebondir, repartir de l'avant. Les incidents sont nombreux, il faudra savoir les éviter et repartir, vivre à nouveau. Revivre, c'est le message de cette BD, revivre mieux, revivre avec moins, revivre avec l'essentiel. C'est une BD dans l'air du temps, une BD qui rappelle que nous n'avons finalement besoin que de l'essentiel, et que celui-ci peut-être si peu. Rarement j'aurais lu une aussi belle apocalypse, un effondrement aussi lent. C'est beau, vraiment. La BD m'a fait ressentir quelque chose de fort à la lecture, quelque chose que je n'ai pas envie de brouiller par une autre lecture. Je me sens plus enclin à mettre une musique, tant que c'est encore possible, à m'écouter un album que j'aime bien et à me laisser rêver. Pourquoi parler plus ? Parfois, je suis juste content qu'une BD me fasse fermer ma grande bouche. C'est une très belle BD, lisez là.
Aldébaran
Aussi loin que je me souvienne, dès la première page, j’ai eu un gros coup de cœur, par les couleurs, le coup de crayon. Je me suis senti aspiré par cet univers. L’histoire, qui se déroule sur une planète lointaine, m’a captivé tout de suite, me laissant souvent éveillé tard dans la nuit, incapable de résister à l’envie de tourner la page suivante. L’immersion est totale, je pouvais presque entendre les sons de la jungle inconnue. Les personnages m’ont paru incroyablement réels, avec ses failles et ses forces, me faisant ressentir leurs joies, leurs peurs et leurs espoirs comme si c’étaient les miens. La relation naissante de Kim et Marc une constante évolution émotionnelle. Le coup du maitre, c’est la façon dont cette bande dessinée mélange habilement science-fiction et problématiques actuelles. Chaque twist de l’intrigue m’a surpris, chaque nouvelle créature m’a émerveillé, et chaque dilemme éthique m’a fait questionner. Aldébaran n’est pas seulement une lecture, c’est une expérience qui m’a transporté. Pour tout amateur de science-fiction, c’est une œuvre à ne pas manquer, un voyage inoubliable qui laisse une marque durable. Un incontournable à découvrir absolument ! Pourquoi c’est un coup de cœur ? Pour sa narration exceptionnelle, la complexité des personnages, la qualité artistique et visuelle, des thèmes pertinents et sur tout par l’originalité de cet univers.
Mickey - L'épée magique d'Excalidor
Quel plaisir ! Mais quel plaisir ! Je viens tout juste de redécouvrir cette série dont j'ai lu, relu et re-relu les deux premiers épisodes quand j'étais enfant. A l'époque, quel pied je prenais ! J'aurais mis 5/5 sans hésiter un seul instant. Aujourd'hui, il est évident que le regard d'adulte doit revenir sur quelques éléments que je n'avais pas quand j'étais petit. Néanmoins, cette bouffée de nostalgie et de magie m'a à nouveau embarqué ! Il faut dire que les deux premiers épisodes sont excellents. Mickey se fait emporter dans un livre magique qui l'amène dans un monde de fantasy vraiment fascinant. Au début, c'est classique, mais le deuxième chapitre est brillant : l'intervention de ce moine silencieux, vieillard à l'apparence d'enfant, de cet aigle télépathe qui crée de l'orage, de ce temple à l'architecture impossible où la gravité n'existe pas, de ce sorcier et de sa mystérieuse boule de cristal... Tout cela est absolument génial, et j'ai ressenti le même coup de cœur que quand j'étais enfant, vraiment. Malheureusement, les chapitres suivants que je n'avais encore jamais lus, ramènent l'histoire dans des sentiers plus balisés. Rien de mauvais, mais c'est déjà plus ou moins vu. Heureusement, les auteurs s'y entendent pour faire exister les méchants et leur donner une certaine ampleur, ce qui reste appréciable. Mais le problème, c'est qu'une fois adulte, on voit tous les raccourcis narratifs. On constate que les idées scénaristiques sont géniales, mais que leur mise en œuvre est trop rapide. On bondit d'une scène à l'autre sans avoir le temps de s'étendre sur les personnages (pourtant ultra-puissants) ou de développer les arcs narratifs. Au bilan, cela reste une bande dessinée agréable à lire. L'univers est excellent et même s'il n'est pas assez développé, on arrive quand même à entrer dedans. Simplement, il est dommage que la narration soit aussi rapide, et que plus on avance dans le récit, plus on retombe sur des schémas narratifs trop connus. En tous cas, pour moi qui avais plusieurs chapitres enfants, la puissance nostalgique de cet album reste bel et bien intacte. Je ne peux pas ne pas finir sur un petit coup de gueule : je suis rarement à cheval sur le travail éditorial, mais celui de Glénat est proprement scandaleux. L'image de couverture est d'une laideur incommensurable, le corps de Mickey tout déformé et les traits épais ne reflètent en rien la qualité graphique du récit (même si elle n'a rien de révolutionnaire, c'est du sérieux, dedans). Et de manière générale, quand on tient l'album en main, on a l'impression de tenir un livre pour enfants imprimé à la va-vite sans aucune ambition. Quand on voit le degré d'ambition du récit, on ne peut que regretter que le travail éditorial lui rende aussi peu hommage à ce point...
Sarah
Voilà une œuvre captivante qui fusionne le génie de Christophe Bec au scénario et le talent graphique exceptionnel de l'auteur italien Stefano Raffaele. Je le dis haut et fort ce duo est au panthéon de la BD fantastique. Leur collaboration, déjà fructueuse, atteint ici des sommets créatifs. Christophe Bec tisse une trame complexe et immersive où le fantastique se mêle habilement à l'émotion humaine. C’est sans doute ça le génie. Les rebondissements astucieusement orchestrés vous maintiendront en haleine à chaque page. Stéfano Raffaele déploie un coup de crayon magistral, donnant vie à des mondes et des personnages d'une richesse visuelle éblouissante. Les détails soignés et la fluidité de son trait participent à l'envoûtement graphique de la série. La double page des chutes du Niagara est juste sublissime. Ensemble les deux compères créent une synergie artistique indéniable, vous transportant dans un univers où l'extraordinaire devient palpable. Sarah s'inscrit comme une œuvre incontournable dans le genre fantastique, confirmant brillamment la cohésion artistique et narrative de ce duo d'exception. Si vous n’avez pas encore acheté vos cadeaux de Noel, n’hésitez pas une seule seconde à vous procurer l’intégral. Vous ferez des heureux assurément.
Hoka Hey !
Si les histoires d'indiens ne me tentent pas trop d'ordinaire, je ne pouvais pas passer à côté d'avis positifs aussi unanimes au sujet de cet album. Et force est de constater que c'est vraiment une chouette BD. L'histoire est dense, réaliste et mature. Le récit aborde l'identité indienne et le passage vers le monde moderne de manière intelligente, mêlant la réflexion et l'amertume des sentiments à de la pure aventure. Les décors sont magnifiques, beaucoup m'ayant replongé dans l'ambiance que j'avais aimée dans Red Dead Redemption 2 qui se déroule à peu près à la même époque et visiblement dans des lieux très similaires. J'ai été à la fois dépaysé par ce récit épique et intéressé tout du long par le développement de son intrigue, la justesse de ses dialogues et des comportements des protagonistes, ainsi que par les quelques retournements de situations inattendus qui ont fait que je n'aurais pas pu deviner comment les choses allaient se passer. Excellent western crépusculaire à l'intrigue finement ciselée et au dessin de grande qualité.