Voilà ce que j'imaginais lorsque j'ai tenu pour la première fois entre les mains Le Cycle de Tschaï.
Si les romans de la Geste des Prince Démons m'ont moins transporté que le cycle de Tschaï, j'ai tout de même passé un très agréable moment à leur lecture et je dois dire que je ne m'attendais pas à une adaptation aussi fidèle à la représentation que j'avais des lieux et de cette sacrée aventure.
Les dessins sont grandioses et augmentent énormément le plaisir de lecture.
Alors certes, peut-être que lorsque l'on a pas lu les romans, le récit pourrait paraître un peu rapide mais 2 tomes par roman (qui ne sont pas très épais au départ) me paraissent suffisants pour raconter les péripéties de Kirth Gersen.
Le seul petit bémol pourrait peut-être se situer dans l'explication du contexte qui serait un peu trop succinte. Mais comment faire, dans une bande dessinée pour que ce dernier ne vienne pas alourdir le récit ? Il faut, comme pour un film, savoir faire abstraction des choses que l'on ignore et se laisser emporter par l'aventure.
Bref, il s'agit ici, d'un Space Opera, contrairement à Tschaï qui est plutôt un Planet Opera, sur fond de vengeance et on suit l'ami Gersen dans sa quête des princes démons, entités énigmatiques qui sévissent en dehors des mondes "civilisés" de l'Oecumène. Les situations sont donc variées et on ne s'ennuie pas à la lecture.
Les auteurs ont réussi leur pari, il s'agit pour moi d'une adaptation très bien réalisée qui tire profit de son format pour nous en mettre plein les yeux.
Vivement la suite! (2 tomes par roman, donc encore 8 tomes ?)
Je viens de la relire, toujours aussi bon cette série. A mes yeux, un petit classique dans le genre aventure et historique.
Il faut s’accrocher un peu et aller au bout pour découvrir tout son sel. Je trouve l’ensemble super bien foutu et plutôt cohérent, je savoure à chaque fois.
D’entrée le dessin de Juillard est solide, un beau trait classique et les couleurs vieillissent bien je trouve, sobres, pas délavés ni tape à l’œil. L’ensemble devient de plus en plus élégant au fil des parutions, un plaisir pour les yeux.
Niveau scénario, ça peut paraître confus (beaucoup de personnages et de lieux différents) mais le tout reste très compréhensible et bien construit.
On suit en parallèle 2 intrigues dans le temps, d’un côté la vie royale parisienne, de l’autre une histoire de justicier façon Zorro en Auvergne, les 2 trames finissant par se réunir, avec comme liant la prophétie annoncée par la vieille aveugle. Un résumé assez grossier mais je suis happé à chaque fois par l’aventure, ça déroule.
J’aime les principaux personnages, pas de réels héros des hommes des femmes avec leur faiblesse, ils souffriront tous d’une certaine façon, ceux ne sont finalement que des pions sur le grand échiquier du diable.
Le seul tome qui m’ait déçu est le 4 avec cet inquisiteur samouraï (?!), ça foire tout le sérieux de l’époque qui était jusque là bien retranscrite. Le reste est très sympa avec pleins de moments forts. Le début m’a marqué par la vie d’Henri IV jusqu’à sa rencontre avec Ravaillac, un roi qui avait déjà ma sympathie mais les auteurs le magnifie je trouve, une réussite. Les autres personnages ne sont pas en reste de part leurs destins. L’excellente idée est de les faire évoluer dans le temps, ça ajoute du piment à la tragédie.
Il y a qu’un truc qui me chiffonne (mais qui ne nuit pas au plaisir de lecture), c’est de ne pas avoir de réelle certitude sur l’identité des 2 derniers éperviers (je vais relancer le sujet sur le forum, je suis friand d’hypothèse sur le sujet).
Une œuvre qui mérite lecture (mais ne vous attardez pas sur les séries dérivées). Je savais pas trop pour ma note mais finalement un petit culte, je m’y suis bien bien attaché.
Bon, Barbe-Rouge...
Là on touche à du très lourd, d'abord car c'est Charlier au scénario, et aussi parce que le dessin de Hubinon est magnifique.
Mais d'abord c'est quoi Barbe-Rouge ? Un pirate, le "démon des Caraïbes", qui va adopter un enfant dont les parents ont été massacrés pendant l'attaque d'un galion espagnol. Ce sont les aventures d'Eric que nous verrons tout au long de ces aventures. Le cadre temporel est peu précis, entre 1740 et 1760 en gros puisque quelques évènements historiques seront évoqués voire mis au centre de certaines histoires. A noter d'ailleurs que si Eric est le héros de l'histoire, c'est souvent barbe-Rouge qui est à l'origine des aventures (Trésors à découvrir, évasions, explorations ou pièges tendues au célèbre pirate seront la source de nombreuses aventures). On notera aussi la présence de Baba et Triple-Pattes, fidèles acolytes et amis d'Eric et de son père adoptif.
Bon alors que dire du dessin ? Commençons par celui de Hubinon. Je le trouve très joli, mieux que dans Buck Danny. Les navires sont superbement réalisés, on a d'ailleurs souvent droit à de grandes cases au début ou en fin d'album qui montrent tout le talent du dessinateur. Il faut dire aussi que Hubinon n'en est pas à son premier essai, il avait déjà dessiné la série Surcouf au début des années 1950. Côté personnages, si les mouvements peuvent avoir l'air parfois peu naturels, ils ne me dérangent pas tant que ça. En effet, les personnages semblent souvent figés, même si cela tend à s'améliorer dans les scènes d'actions. A la mort de Hubinon en 1979, c'est Jijé qui reprend le flambeau avec son fils Lorg. A la première lecture, je n'aimais pas du tout le dessin de Jijé en général, mais je suis revenu sur ma décision. Même s'il est en dessous de Jerry Spring à mon sens, on ne peut pas le critiquer sur la fluidité et le dynamisme des dessins. Mention spéciale aux navires qui sont très bien dessinés d'ailleurs. C'est ensuite Gaty et Pellerin qui reprennent le dessin. Je n'ai rien à dire sur les deux albums de Pellerin, ils sont très bien dessinés mais les personnages (surtout Eric) changent beaucoup de physionomie, il faut le savoir. Pellerin ne dessinera que deux albums pour se concentrer sur sa célèbre série l'Epervier. Quant à Gaty, je n'ai lu que ses premiers albums. Son dessin s'approche de celui de Jijé, je lui trouve donc les mêmes qualités. A partir du 25, je n'ai pas lu les albums. Je ne peux donc pas me prononcer sur les dessins de Bourgne mais ils sont apparemment très beaux.
Côté scénario, on retrouve du pur Charlier. Déjà les cycles à rallonge, comme dans Buck Danny ou Blueberry. J'aime beaucoup ces histoires qui tiennent en deux, trois ou quatre albums. Ca permet de bien poser l'histoire, ne pas se précipiter. Je trouve quand même quelques albums en dessous, comme le trésor de Barbe-Rouge, mais dans l'ensemble c'est du très bon. Pillages, abordages, missions secrètes et chasses aux trésors constituent l'essentiel des albums de Barbe-Rouge scénarisés par Charlier, mais on aura droit à des histoires plus originales, comme la révolte des esclaves de la Jamaïque en deux tomes (les deux dessinés par Pellerin) qui atteindra des sommets. Evidemment, qui dit Charlier dit aussi bandeaux explicatifs et dialogues à n'en plus finir. Beaucoup maintenant trouvent que c'est un défaut et que ça ralentit l'action. Et bah moi j'aime bien. D'abord, parce que la BD ne se finit pas en 20 minutes (à une époque où les BD sont de plus en plus chères et de plus en plus rapides à lire, c'est bon de retrouver des vieilles histoires qui tiennent 45 minutes voire une heure pour les plus lents), mais aussi car comme dit précédemment, ils aident à bien structurer l'histoire. Les albums que je recommande vivement : Le démon des Caraïbes, le cycle Vaisseau fantôme/L'île de l'homme mort, le cycle La mission secrète de l'épervie/Barbe-Rouge à la rescousse, le cycle de Khaïr le More jusqu'au Raid sur la Corne d'Or, et enfin le cycle Pellerin. (Tous ces albums représentent la majorité des 25 premiers tomes)
Vous l'aurez compris, Barbe-Rouge est une BD que j'adore. Je recommande donc vivement la lecture de cette série CULTE. Pour ceux qui voudraient juste la découvrir, je recommande la lecture des nouvelles intégrales dont les dossiers sont bien fournis et nous apprennent pleins de choses sur la vie des auteurs et leur manière de travailler. Pour ceux qui seraient très intéressés après leur première lecture, j'ajouterai qu'il faut prendre ABSOLUMENT les vieilles éditions (ou rééditions) rien que pour les magnifiques couvertures d'Yves Thos, puis celles de Pellerin. BD indispensable donc !
Une improbable équipe de bras cassés aidés d'un âne ayant un goût prononcé pour les livres anciens (il les dévore littéralement), un monde changeant, devenu hostile à la connaissance et une mission primordiale...voilà la recette pour une aventure mémorable.
On ne peut s'empêcher de se prendre d'affection pour ces personnages hauts en couleur et c'est dû à la fois au dessin de Chemineau et aussi au traitement très réussi de Lupano.
Ce n'est pas la première œuvre dans laquelle ce dernier parvient à créer un univers et des personnages à la fois attachants, cohérents et réalistes...Que ce soit dans Le Singe de Hartlepool, Les Vieux Fourneaux, Alim Le Tanneur ou L'Assassin qu'elle mérite, Lupano parvient en effet à créer des scénarii prenants tout en reprenant des thématiques qui lui sont chères. Les inégalités sociales, l'injustice, la bétise humaine et l'abus de pouvoir sont en effet récurrents dans ses créations.
Fort heureusement, c'est bien souvent fait avec justesse et ne détourne pas la bd de sa fonction première: le divertissement. Et c'est aussi en cela que la bibliomule de Cordoue est réussie car le récit est très prenant et toujours intéressant.
Pour revenir sur le dessin, il a son originalité et les personnages sont très expressifs. On s'y attache d'autant plus facilement car ils semblent très humains.
L'ensemble est fluide, le découpage dynamique et le tout est trait plaisant à l'oeil.
Bref, c'est intelligent, émouvant, amusant et assurément une des meilleures bd sorties ces dernières années.
Courez vite l'acheter avant qu'elle ne finisse comme la plupart des livres de la bibliothèque du Califat!
J'avais hésité à mettre 4/5 puis ai finalement opté pour un 5 car je n'arrive pas à trouver de défaut à cette série.
Le dessin est très bon et dynamique (mention spéciale à la meilleure représentation de pluie intense que j'aie vu dans une bd), les scénarii intelligents, les personnages travaillés...
Les designs sont excellents et l'ensemble très dépaysant tout en gardant une cohérence qui n'est pas présente dans d'autres (pourtant bonnes) séries comme par exemple Sillage.
On sent vraiment que les auteurs se creusent la tête pour arriver à ce résultat!
Bref, le seul défaut de cette série est qu'elle ne soit pas plus connue car j'aurais voulu la lire plus tôt...
J'espère donc que mon avis aidera à la faire découvrir au plus grand nombre.
Pour moi qui lit très très peu de bd, presque uniquement des Schuiten et Peeters, j'ai découvert avec un immense plaisir l'univers steam punk de cette série. Les dessins et les couleurs sont hyper soignés, les personnages atypiques, un mélange d'humour, de technique, et de réflexions intellectuelles, le tout baignant dans une sorte de flegme chic victorien... très dépaysant. Cette bd me transporte. J'oserais presque dire que les images sont tellement convaincantes et belles qu'elles suffisent à elles seules à conseiller la lecture de ces ouvrages aux rêveurs passionnés de sciences et de technicité.
A la base, c'est un très bel objet, comme tous les ouvrages Delcourt d'ailleurs : couverture épaisse et douce au toucher, papier épais (impression 100% française en Vendée).
Le contenu est juste ... bluffant ! Plus d'une centaine de pages qui nous expliquent en détail, et avec humour le bitcoin, la blockchain, et tout ce monde complexe.
Bossard n'en est pas à son premier coup d'essai : j'avais adoré son Largo Winch sur la Finance, mais là c'est puissance 10 ! Un concentré de pédagogie sur un sujet hyper compliqué. J'adore ! J'adore ! J'adore !
Cette BD m'avait été offerte par mon grand frère quand j'étais au lycée, elle m'a baignée, fait rire et beaucoup motivée, boostant ainsi l'idée que j'avais de me spécialiser pendant mes études dans la bande dessinée !
Simple, efficace, vivant, expressif, à lire absolument.
Je conserve avec nostalgie des pages découpées dans Femmes d'Aujourd'hui et agrafées de Moustache et Trottinette - recueils hélas incomplets, abimés et jaunis. Aussi j'ai acquis quelques rééditions de Futuropolis. La comparaison est navrante: on dirait de mauvaises photocopies ! Qu'est devenue la finesse, la qualité de trait de Calvo, son art, sa grandeur ?
On peut difficilement rapprocher cette série de la collection Cockpit si chère à Regis Hautière. Pourtant c'est le prétexte que prête le scénariste à notre si gentil moineau Abélard dans sa volonté de rencontrer les frères Wright afin de voler. Son rêve devient une quête pour aller décrocher les étoiles pour sa belle éphémère.
Le petit moineau nous propose un voyage bouleversant en guise de perte de son enfance. L'éveil de sa sensualité auprès de la mauvaise personne et la volonté de réaliser son rêve lui proposent un voyage au coeur d'un rappel à la triste et dure réalité des adultes.
Le scénario qui débute sur un mode poétique et champêtre augmente en intensité dramatique au fil des pages pour attendre son summum d'émotion sur le cargo de toutes les misères et, malgré tout, de tous les espoirs. C'est toute l'innocence des hommes qui se brise dans ce voyage onirique.
On retrouve dans ce diptyque deux éléments forts qui marquent l'oeuvre de Dillies : le tragique du destin des hommes à peine adouci par la beauté d'une véritable amitié. Un monde de brutes racistes qui rejette ses poètes et ses musiciens, qui méprise le beau et le sincère pour faire place belle à la tromperie et à la brutalité n'est-il pas un une antichambre de la mort ?
On retrouve encore une fois cette présence de la mort qui vient troubler l'harmonie du bonheur possible dans une oeuvre majeure de Dillies. À chaque fois j'en suis touché.
L'onirisme et le tragique du récit est admirablement porté par le graphisme de Dillies. Les expressions d'incompréhensions et de tristesses d'Abélard sont si puissantes qu'il n'est pas nécessaire d'y ajouter du texte. Je trouve la symbiose récit/dessin/couleur quasi parfaite ce qui montre la complicité qui a dû exister entre les trois auteurs.
Le choix du bestiaire de Dillies est parfait et ajoute à la profondeur des personnages.
Une très belle oeuvre qui fait honneur au monde du 9ème art.
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La Geste des Princes-démons
Voilà ce que j'imaginais lorsque j'ai tenu pour la première fois entre les mains Le Cycle de Tschaï. Si les romans de la Geste des Prince Démons m'ont moins transporté que le cycle de Tschaï, j'ai tout de même passé un très agréable moment à leur lecture et je dois dire que je ne m'attendais pas à une adaptation aussi fidèle à la représentation que j'avais des lieux et de cette sacrée aventure. Les dessins sont grandioses et augmentent énormément le plaisir de lecture. Alors certes, peut-être que lorsque l'on a pas lu les romans, le récit pourrait paraître un peu rapide mais 2 tomes par roman (qui ne sont pas très épais au départ) me paraissent suffisants pour raconter les péripéties de Kirth Gersen. Le seul petit bémol pourrait peut-être se situer dans l'explication du contexte qui serait un peu trop succinte. Mais comment faire, dans une bande dessinée pour que ce dernier ne vienne pas alourdir le récit ? Il faut, comme pour un film, savoir faire abstraction des choses que l'on ignore et se laisser emporter par l'aventure. Bref, il s'agit ici, d'un Space Opera, contrairement à Tschaï qui est plutôt un Planet Opera, sur fond de vengeance et on suit l'ami Gersen dans sa quête des princes démons, entités énigmatiques qui sévissent en dehors des mondes "civilisés" de l'Oecumène. Les situations sont donc variées et on ne s'ennuie pas à la lecture. Les auteurs ont réussi leur pari, il s'agit pour moi d'une adaptation très bien réalisée qui tire profit de son format pour nous en mettre plein les yeux. Vivement la suite! (2 tomes par roman, donc encore 8 tomes ?)
Les 7 vies de l'épervier
Je viens de la relire, toujours aussi bon cette série. A mes yeux, un petit classique dans le genre aventure et historique. Il faut s’accrocher un peu et aller au bout pour découvrir tout son sel. Je trouve l’ensemble super bien foutu et plutôt cohérent, je savoure à chaque fois. D’entrée le dessin de Juillard est solide, un beau trait classique et les couleurs vieillissent bien je trouve, sobres, pas délavés ni tape à l’œil. L’ensemble devient de plus en plus élégant au fil des parutions, un plaisir pour les yeux. Niveau scénario, ça peut paraître confus (beaucoup de personnages et de lieux différents) mais le tout reste très compréhensible et bien construit. On suit en parallèle 2 intrigues dans le temps, d’un côté la vie royale parisienne, de l’autre une histoire de justicier façon Zorro en Auvergne, les 2 trames finissant par se réunir, avec comme liant la prophétie annoncée par la vieille aveugle. Un résumé assez grossier mais je suis happé à chaque fois par l’aventure, ça déroule. J’aime les principaux personnages, pas de réels héros des hommes des femmes avec leur faiblesse, ils souffriront tous d’une certaine façon, ceux ne sont finalement que des pions sur le grand échiquier du diable. Le seul tome qui m’ait déçu est le 4 avec cet inquisiteur samouraï (?!), ça foire tout le sérieux de l’époque qui était jusque là bien retranscrite. Le reste est très sympa avec pleins de moments forts. Le début m’a marqué par la vie d’Henri IV jusqu’à sa rencontre avec Ravaillac, un roi qui avait déjà ma sympathie mais les auteurs le magnifie je trouve, une réussite. Les autres personnages ne sont pas en reste de part leurs destins. L’excellente idée est de les faire évoluer dans le temps, ça ajoute du piment à la tragédie. Il y a qu’un truc qui me chiffonne (mais qui ne nuit pas au plaisir de lecture), c’est de ne pas avoir de réelle certitude sur l’identité des 2 derniers éperviers (je vais relancer le sujet sur le forum, je suis friand d’hypothèse sur le sujet). Une œuvre qui mérite lecture (mais ne vous attardez pas sur les séries dérivées). Je savais pas trop pour ma note mais finalement un petit culte, je m’y suis bien bien attaché.
Barbe-Rouge
Bon, Barbe-Rouge... Là on touche à du très lourd, d'abord car c'est Charlier au scénario, et aussi parce que le dessin de Hubinon est magnifique. Mais d'abord c'est quoi Barbe-Rouge ? Un pirate, le "démon des Caraïbes", qui va adopter un enfant dont les parents ont été massacrés pendant l'attaque d'un galion espagnol. Ce sont les aventures d'Eric que nous verrons tout au long de ces aventures. Le cadre temporel est peu précis, entre 1740 et 1760 en gros puisque quelques évènements historiques seront évoqués voire mis au centre de certaines histoires. A noter d'ailleurs que si Eric est le héros de l'histoire, c'est souvent barbe-Rouge qui est à l'origine des aventures (Trésors à découvrir, évasions, explorations ou pièges tendues au célèbre pirate seront la source de nombreuses aventures). On notera aussi la présence de Baba et Triple-Pattes, fidèles acolytes et amis d'Eric et de son père adoptif. Bon alors que dire du dessin ? Commençons par celui de Hubinon. Je le trouve très joli, mieux que dans Buck Danny. Les navires sont superbement réalisés, on a d'ailleurs souvent droit à de grandes cases au début ou en fin d'album qui montrent tout le talent du dessinateur. Il faut dire aussi que Hubinon n'en est pas à son premier essai, il avait déjà dessiné la série Surcouf au début des années 1950. Côté personnages, si les mouvements peuvent avoir l'air parfois peu naturels, ils ne me dérangent pas tant que ça. En effet, les personnages semblent souvent figés, même si cela tend à s'améliorer dans les scènes d'actions. A la mort de Hubinon en 1979, c'est Jijé qui reprend le flambeau avec son fils Lorg. A la première lecture, je n'aimais pas du tout le dessin de Jijé en général, mais je suis revenu sur ma décision. Même s'il est en dessous de Jerry Spring à mon sens, on ne peut pas le critiquer sur la fluidité et le dynamisme des dessins. Mention spéciale aux navires qui sont très bien dessinés d'ailleurs. C'est ensuite Gaty et Pellerin qui reprennent le dessin. Je n'ai rien à dire sur les deux albums de Pellerin, ils sont très bien dessinés mais les personnages (surtout Eric) changent beaucoup de physionomie, il faut le savoir. Pellerin ne dessinera que deux albums pour se concentrer sur sa célèbre série l'Epervier. Quant à Gaty, je n'ai lu que ses premiers albums. Son dessin s'approche de celui de Jijé, je lui trouve donc les mêmes qualités. A partir du 25, je n'ai pas lu les albums. Je ne peux donc pas me prononcer sur les dessins de Bourgne mais ils sont apparemment très beaux. Côté scénario, on retrouve du pur Charlier. Déjà les cycles à rallonge, comme dans Buck Danny ou Blueberry. J'aime beaucoup ces histoires qui tiennent en deux, trois ou quatre albums. Ca permet de bien poser l'histoire, ne pas se précipiter. Je trouve quand même quelques albums en dessous, comme le trésor de Barbe-Rouge, mais dans l'ensemble c'est du très bon. Pillages, abordages, missions secrètes et chasses aux trésors constituent l'essentiel des albums de Barbe-Rouge scénarisés par Charlier, mais on aura droit à des histoires plus originales, comme la révolte des esclaves de la Jamaïque en deux tomes (les deux dessinés par Pellerin) qui atteindra des sommets. Evidemment, qui dit Charlier dit aussi bandeaux explicatifs et dialogues à n'en plus finir. Beaucoup maintenant trouvent que c'est un défaut et que ça ralentit l'action. Et bah moi j'aime bien. D'abord, parce que la BD ne se finit pas en 20 minutes (à une époque où les BD sont de plus en plus chères et de plus en plus rapides à lire, c'est bon de retrouver des vieilles histoires qui tiennent 45 minutes voire une heure pour les plus lents), mais aussi car comme dit précédemment, ils aident à bien structurer l'histoire. Les albums que je recommande vivement : Le démon des Caraïbes, le cycle Vaisseau fantôme/L'île de l'homme mort, le cycle La mission secrète de l'épervie/Barbe-Rouge à la rescousse, le cycle de Khaïr le More jusqu'au Raid sur la Corne d'Or, et enfin le cycle Pellerin. (Tous ces albums représentent la majorité des 25 premiers tomes) Vous l'aurez compris, Barbe-Rouge est une BD que j'adore. Je recommande donc vivement la lecture de cette série CULTE. Pour ceux qui voudraient juste la découvrir, je recommande la lecture des nouvelles intégrales dont les dossiers sont bien fournis et nous apprennent pleins de choses sur la vie des auteurs et leur manière de travailler. Pour ceux qui seraient très intéressés après leur première lecture, j'ajouterai qu'il faut prendre ABSOLUMENT les vieilles éditions (ou rééditions) rien que pour les magnifiques couvertures d'Yves Thos, puis celles de Pellerin. BD indispensable donc !
La Bibliomule de Cordoue
Une improbable équipe de bras cassés aidés d'un âne ayant un goût prononcé pour les livres anciens (il les dévore littéralement), un monde changeant, devenu hostile à la connaissance et une mission primordiale...voilà la recette pour une aventure mémorable. On ne peut s'empêcher de se prendre d'affection pour ces personnages hauts en couleur et c'est dû à la fois au dessin de Chemineau et aussi au traitement très réussi de Lupano. Ce n'est pas la première œuvre dans laquelle ce dernier parvient à créer un univers et des personnages à la fois attachants, cohérents et réalistes...Que ce soit dans Le Singe de Hartlepool, Les Vieux Fourneaux, Alim Le Tanneur ou L'Assassin qu'elle mérite, Lupano parvient en effet à créer des scénarii prenants tout en reprenant des thématiques qui lui sont chères. Les inégalités sociales, l'injustice, la bétise humaine et l'abus de pouvoir sont en effet récurrents dans ses créations. Fort heureusement, c'est bien souvent fait avec justesse et ne détourne pas la bd de sa fonction première: le divertissement. Et c'est aussi en cela que la bibliomule de Cordoue est réussie car le récit est très prenant et toujours intéressant. Pour revenir sur le dessin, il a son originalité et les personnages sont très expressifs. On s'y attache d'autant plus facilement car ils semblent très humains. L'ensemble est fluide, le découpage dynamique et le tout est trait plaisant à l'oeil. Bref, c'est intelligent, émouvant, amusant et assurément une des meilleures bd sorties ces dernières années. Courez vite l'acheter avant qu'elle ne finisse comme la plupart des livres de la bibliothèque du Califat!
Orbital
J'avais hésité à mettre 4/5 puis ai finalement opté pour un 5 car je n'arrive pas à trouver de défaut à cette série. Le dessin est très bon et dynamique (mention spéciale à la meilleure représentation de pluie intense que j'aie vu dans une bd), les scénarii intelligents, les personnages travaillés... Les designs sont excellents et l'ensemble très dépaysant tout en gardant une cohérence qui n'est pas présente dans d'autres (pourtant bonnes) séries comme par exemple Sillage. On sent vraiment que les auteurs se creusent la tête pour arriver à ce résultat! Bref, le seul défaut de cette série est qu'elle ne soit pas plus connue car j'aurais voulu la lire plus tôt... J'espère donc que mon avis aidera à la faire découvrir au plus grand nombre.
Le Voyage Extraordinaire
Pour moi qui lit très très peu de bd, presque uniquement des Schuiten et Peeters, j'ai découvert avec un immense plaisir l'univers steam punk de cette série. Les dessins et les couleurs sont hyper soignés, les personnages atypiques, un mélange d'humour, de technique, et de réflexions intellectuelles, le tout baignant dans une sorte de flegme chic victorien... très dépaysant. Cette bd me transporte. J'oserais presque dire que les images sont tellement convaincantes et belles qu'elles suffisent à elles seules à conseiller la lecture de ces ouvrages aux rêveurs passionnés de sciences et de technicité.
La Grande Aventure du Bitcoin et de la blockchain
A la base, c'est un très bel objet, comme tous les ouvrages Delcourt d'ailleurs : couverture épaisse et douce au toucher, papier épais (impression 100% française en Vendée). Le contenu est juste ... bluffant ! Plus d'une centaine de pages qui nous expliquent en détail, et avec humour le bitcoin, la blockchain, et tout ce monde complexe. Bossard n'en est pas à son premier coup d'essai : j'avais adoré son Largo Winch sur la Finance, mais là c'est puissance 10 ! Un concentré de pédagogie sur un sujet hyper compliqué. J'adore ! J'adore ! J'adore !
Anatomie de l'éponge
Cette BD m'avait été offerte par mon grand frère quand j'étais au lycée, elle m'a baignée, fait rire et beaucoup motivée, boostant ainsi l'idée que j'avais de me spécialiser pendant mes études dans la bande dessinée ! Simple, efficace, vivant, expressif, à lire absolument.
Moustache et Trottinette
Je conserve avec nostalgie des pages découpées dans Femmes d'Aujourd'hui et agrafées de Moustache et Trottinette - recueils hélas incomplets, abimés et jaunis. Aussi j'ai acquis quelques rééditions de Futuropolis. La comparaison est navrante: on dirait de mauvaises photocopies ! Qu'est devenue la finesse, la qualité de trait de Calvo, son art, sa grandeur ?
Abélard
On peut difficilement rapprocher cette série de la collection Cockpit si chère à Regis Hautière. Pourtant c'est le prétexte que prête le scénariste à notre si gentil moineau Abélard dans sa volonté de rencontrer les frères Wright afin de voler. Son rêve devient une quête pour aller décrocher les étoiles pour sa belle éphémère. Le petit moineau nous propose un voyage bouleversant en guise de perte de son enfance. L'éveil de sa sensualité auprès de la mauvaise personne et la volonté de réaliser son rêve lui proposent un voyage au coeur d'un rappel à la triste et dure réalité des adultes. Le scénario qui débute sur un mode poétique et champêtre augmente en intensité dramatique au fil des pages pour attendre son summum d'émotion sur le cargo de toutes les misères et, malgré tout, de tous les espoirs. C'est toute l'innocence des hommes qui se brise dans ce voyage onirique. On retrouve dans ce diptyque deux éléments forts qui marquent l'oeuvre de Dillies : le tragique du destin des hommes à peine adouci par la beauté d'une véritable amitié. Un monde de brutes racistes qui rejette ses poètes et ses musiciens, qui méprise le beau et le sincère pour faire place belle à la tromperie et à la brutalité n'est-il pas un une antichambre de la mort ? On retrouve encore une fois cette présence de la mort qui vient troubler l'harmonie du bonheur possible dans une oeuvre majeure de Dillies. À chaque fois j'en suis touché. L'onirisme et le tragique du récit est admirablement porté par le graphisme de Dillies. Les expressions d'incompréhensions et de tristesses d'Abélard sont si puissantes qu'il n'est pas nécessaire d'y ajouter du texte. Je trouve la symbiose récit/dessin/couleur quasi parfaite ce qui montre la complicité qui a dû exister entre les trois auteurs. Le choix du bestiaire de Dillies est parfait et ajoute à la profondeur des personnages. Une très belle oeuvre qui fait honneur au monde du 9ème art.