Je suis depuis des années un passionné d'Achille Talon. Il est réputé, à juste titre, pour ses textes, mais Greg est aussi un redoutable physionomiste. La panoplie d'expressions faciales dont il a doté Achille est quasi phénoménale quand on considère la simplicité relative des traits de son héros. J'ai un faible pour les albums fleuve. 40 ans après leur publication "Le trésor de Virgule", "Le roi des Zôtres", "Viva Papa" et "Le grain de la folie" constituent encore d'amusantes critiques socio-politiques, parfaites pour initier les jeunes ados. Je relis Achille régulièrement et certaines scènes me font encore rigoler à tous les coups.
J'ai une longue histoire avec L'Arabe du futur, semée d'échecs de lecture, de rejets vis à vis de comportements et de mentalités insupportables à mes yeux et souvent à désespérer d'atteindre un jour la paix entre les peuples et le respect de la nature dont nous ne sommes qu'un élément parmi tant d'autres.
Et puis Riad Sattouf a été invité sur France Inter en cette fin d'année 2022 pour parler de la sortie du dernier tome de la série et tout ce qu'il en a dit m'a fortement donné envie de retenter le coup. Relecture du tome 1 d'abord, j'y ai retrouvé ce qui m'avait fait buter les premières fois, mais j'ai continué et j'ai dévoré la suite en quelques jours, une lecture presque boulimique, parfois en état de sidération face à cette vie et ces épreuves incroyables.
Cela ne m'a pas redonné espoir pour la paix dans le monde mais plutôt ouvert les yeux sur une impossibilité assez déprimante tant nos différences et convictions sont ancrées en nous dès le plus jeune âge par notre éducation et l'environnement dans lequel on grandit... ce qui les rend bien difficile à nuancer par la suite quand l'occasion pourrait se présenter.
Il n'y a heureusement pas que ça dans l'Arabe du futur. C'est toute une vie simple et complexe à la fois, semée de moments forts et de déchirements, le tout illustré dans un style à la fois drôle, efficace et poétique.
Une série marquante à tous points de vue.
Mon avis porte sur les 3 cycles ( Aldebaran / Betelgeuse / Antares ) .
Grosse surprise cette BD j'ai adoré, j'y pense quelques fois en journée et j'aimerais que ça ne s'arrête jamais tellement j'aime cette thématique de découverte d'autres planètes. Le fait de suivre les mêmes personnage au fil des cycles rend encore plus accro et la lecture plaisante.
N'étant pas fan du dessin j'avais peur de ne pas rentrer dans l'histoire, que nenni ! On est vite plongé dans ce monde et les créatures assez simplistes sont au final assez détaillées pour remplir notre imagination. Si j'ai un reproche à faire c'est ce côté redondant de toujours avoir un perso ou un groupe complètement à côté de la plaque avec des réactions plus bêtes les unes que les autres. Mais bon en réalité c'est plutôt une bonne représentation d'une partie des humains, donc pourquoi pas, on y retrouve donc tous les ingrédients des héros malins et des méchants idiots.
Un autre point négatif serait cette redondance des mecs qui tombent amoureux de la même personne, et cette manie de trop souvent y revenir ou mettre du sexe ou quelques poitrines par-ci par-là puis de créer un dialogue autour de ça. Perte de temps inutile à mon sens quand on voit le potentiel de la thématique.
Mise à part ça, c'est pour moi une petite pépite qui j'espère va durer encore longtemps.
Incroyable si vous êtes un fan du Seigneur des Anneaux et que vous avec un humour varié ( c’est à dire vous comprenez bien la culture autour du seigneur des anneaux ça devrait le faire ). Le seul défaut c’est que c’est pas en anglais et qu’ils peuvent pas en profiter!!
Wash ! Il est trop fort ce Jérémie Moreau ! Ça fait mine de rien des années qu'il enquille les chefs d'œuvre. C'est comme avec le gars Gomont, sauf qu'au lieu de travailler un style, Jérémie explore. Il est en mouvement permanent. Il le prouve une fois encore avec Les Pizzlys qui se trouve en même temps être sa meilleure Œuvre à ce jour. Punaise ! Que de bonnes choses parues cette année ! Que de "meilleures BD" ! Rochette a sorti cette année sa meilleure, tout comme Inker...
Les Pizzlys est une œuvre en lien avec l'ambiance de fin de monde que nous connaissons actuellement. A travers les personnes d’Étienne et Zoé, frère et sœur tous deux incapables de lâcher leur téléphone portable, Moreau parle de notre civilisation qui s'oublie dans le numérique dont l'industrie est à ce jour le plus gros émetteur de CO2. Le propos est tragique, on-ne-peut-plus réaliste. Ça glace les sangs. Néanmoins, Moreau capte un truc, comme une possibilité, un espoir, une étincelle. On n'évitera rien, mais on peut s'y préparer, et préparer l'après qui est déjà là, en fait.
Côté dessins, Moreau reprend grosso modo ce qui avait conféré tant de poésie au Discours de la panthère, son œuvre précédente, à savoir des couleurs très psychédéliques mais avec lesquelles il drape ici un scénario qui monte lentement vers une acmé paroxystique où la réalité des choses se confronte à une sagesse extrêmement mature. On sent des choses qui étaient en germe sur Penss et les plis du Monde mais que, sans doute, la maturité aidant, il est parvenu à déployer dans une histoire très accrocheuse qu'il fait fleurir avec la puissance du printemps. Je ne sais pas pourquoi j'ai écrit ça ; ça m'est venu tout seul. C'est ce que je ressens. Zou !
Les urnes sont closes, et alors qu’on distribue déjà les récompenses, on a oublié qu’on continue pourtant de sortir des albums même à la toute fin de l’année. Et c’est fin novembre, dans la dernière ligne droite, qu’est donc parue celui que je considère comme l’ovni de l’année 2022. Assurément, tout est réussi dans cette bd. Analyse :
Pour commencer, matez un peu la qualité du bouzin, le contenu est certes plus important que le contenant, mais déjà l’aspect de l’objet tout en dorure avec un style d’illustration très XIXème siècle fait qu’on est déjà content rien que de le tenir en main. C’est du beau bouquin rendant hommage à l’époque dans laquelle s’ancre l’histoire. Le découpage des chapitres avec pareil cette mise en page style imprimerie d’incunables est franchement agréable à l’œil et renforce l’immersion.
Plus concrètement maintenant, je crois que les auteurs sont au top et au sommet de leur art. C’est le même duo ayant officié sur Le Troisième Testament – Julius, quoique il me semble que Dorison s’était mis un peu en retrait du scénario pour Alex Alice mais bref, moi j’ai senti une maturité qui se dégageait de leur travail respectif. Vous vous souvenez du tome 2 de Long John Silver avec cette tension permanente entre les membres d’équipage, entre les marins d’un côté et les officiers de l’autre qui ont tout pouvoir ?… Dorison joue dans un registre qu’il a déjà arpenté mais ici c’est beaucoup plus âpre, viscéral, tendu. Le voyage n’a rien d’une sinécure, c’est une mission suicide le long du Styx, ça sent la sueur, la merde et le sang, vraiment les personnages vivent un enfer. Tu sens que quand ça va péter, ça va dézinguer et suriner à tout va. Le nombre de pages bien plus conséquent aide pas mal à mettre en place cette montée de la violence c’est vrai, toujours est-il que l’orage gronde, ça marche du tonnerre. On sent que Dorison a de la bouteille désormais, puisqu’il reprend ses thématiques chères aperçues dans Human Stock Exchange par exemple, où les grandes corporations (ici la Compagnie des Indes Orientales, plus puissantes que les États) édictent leurs propres lois, y compris sur les individus, lesquels à l’état naturel ne sont pas spécialement bons pour autant entre eux. « L’homme est un loup pour l’homme » disait Hobbes, les naufragés du Batavia en ont fait la regrettable expérience…
Quant à Thim Montaigne, faut-il encore le présenter ? Si on est amateur d’encrage puissant façon Lauffray (Montaigne est suffisamment talentueux pour se faire un nom tout seul mais citer Lauffray je sais que ça parle direct niveau style), on est à bonne adresse. C’est très expressif et on en prend plein la longue-vue. Apparemment ce n’est pas lui aux couleurs, donc chapeau bas à Clara Tessier, c’est magnifique. Bon et puis hein, puisque je suis en plein cirage de pompe, bravo à tous ceux qui ont bossé de près ou de loin sur cet album.
Ça c’est de la bd, là je suis content de dépenser mes florins !
Je n'ai pas lu "Les Raisins de la Colère" et je ne connaissais pas cet épisode de l'histoire américaine liée au New Deal. C'est l'un des nombreux mérites de l'oeuvre d'Aimée De Jongh de me donner l'envie de me plonger dans l'oeuvre de Steinbeck.
J'ai trouvé le récit de l'auteure empreint d'une très forte humanité. De Jongh aborde ainsi de nombreux thèmes qui traversent notre actualité avec beaucoup de justesse et de pertinence. C'est paradoxal pour une histoire qui se passe il y a 85 ans.
Ainsi dans notre civilisation où l'image est devenue reine à travers les différents média et les réseaux sociaux, De Jongh nous propose une vraie réflexion sur la vérité véhiculée par une photo.
Bien des pages majeures de notre histoire contemporaine ont été écrites grâce ou à cause d'une photo qui a bouleversé une partie de "l'opinion" Je pense au Vietnam, à la Roumanie ou à la Syrie par exemple.
Mais De Jong à travers ce scénario à forte valeur émotionnelle ajoutée ne se contente pas de créer ce troublant roman d'amour, elle nous propose à partir du patrimoine photographique du Sénat américain une image inhabituelle du Sud profond.
Elle nous peint une population attachante et courageuse au "sang fort". Une image qui n'élude pas le problème racial mais qui rappelle une population de migrants climatiques aux yeux bleus. Ce rappel des erreurs inconscientes de nos parents ne peut que résonner très fort face aux défis qui se dressent devant nos enfants.
J'ai trouvé le graphisme agréable. D'une facture assez réaliste, il s'appuie sur les photos intercalées dans le récit. Son trait est précis et fin. Ses extérieurs de tempêtes ou les pauvres intérieurs des paysans du Nomansland sont d'un réalisme saisissant et provoquent une atmosphère très crédible.
Ma seule réserve porte sur les visages des personnages que je trouve trop poupons pour des conditions de vie aussi difficiles.
En conclusion j'ai trouvé cette lecture excellente. Elle propose non seulement une tension dramatique forte mais aussi un récit à base historique très intéressant. Un vrai moment de bonheur de lecture. 4.5
(Coucou, ça va spoiler un peu / beaucoup.. vous êtes prévenus).
Alors tout d'abord, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de laisser quelques mots ici après avoir fini la lecture il n'y a que 24h.
Pour rentrer directement dans le vif du sujet, ce C&S est la quintessence de SF que j'aime.
Alors oui, Bablet emprunte des routes scénaristiques connues, mais de mon côté j'étais persuadé que l'un des 2 protagonistes allait e rebeller de manière plus agressive vis à vis du système et des hommes.
Ici Bablet est sur un autre créneau, celui de la préservation et du respect des droits. On y retrouve d'ailleurs quelques clins d'œil à certaines situations que l'on pourrait qualifier de "woke" en 2022.
J'ai trouvé ces cent premières pages parfaites. La relation avec la scientifique, le fait qu'elle même se coupe de son monde (celui des humains, avec ce mari qui à juste titre sent la dérive de sa femme) au profit de son "œuvre" jusqu'à sa mort exclusivement corporelle était pour moi une étape tellement forte que je me suis demandé ce qu'allait pouvoir nous proposer la BD ensuite. Je me suis senti un peu comme dans ces rares séries qui arrivent à m'emporter d'épisodes en épisodes sans forcément tout mettre dans les 90 dernières secondes. Alors oui cet "après" pourra paraitre long à chacun... mais cela a pour but de renforcer la connexion entre les 2 protagonistes. Là encore Bablet m'a agréablement surpris à ne pas tomber dans la facilité du déjà-fait / déja-vu et à faire des bonds temporels exponentiels. L'œuvre est condensée en 250 ans (soit 17/18 vies de chat ;)) et cela rend encore plus impactantes les "évolutions" humaines et leurs interconnexions avec les machines, jusqu'à ne faire plus qu'un.
J'ai retrouvé un souffle d'Asimov mais aussi de K. Dick et de son adaptation la plus connue dans ces pages, les thèmes de la durée de vie et donc de la survie lorsque l'on a la "connaissance" de l'amour, mais aussi de la vision complexe du progrès et de la déliquescence technologique des corps mais également des esprits.
Chose assez rare me concernant, j'ai noté bon nombre de phrases que j'ai réellement trouvées magnifiques, sans tomber dans le pathos ou la leçon de morale.
Je finirai cet avis décousu sur les dessins. J'ai vu quelques avis négatifs sur ce point et je les comprends. Le parti pris ici n'est pas de faire une nouvelle œuvre de SF-sombre. Bablet utilise parfaitement toute la palette graphique (certaines utilisations des couleurs m'ont fait penser au traitement de Villeneuve dans Blade Runner 2) mise à disposition. Ce n'est certes pas mon trait de crayon de prédilection, mais le principal (les expressions, les volumes, les modifications, les ambiances...) est présent.
Pour finir, clairement Bablet a réalisé une œuvre qui restera en haute place dans ma bédéthèque, et que je reprendrais plaisir à lire sous un olivier (ah non zut, on en a pas beaucoup en Picardie).
Fils de Goldorak (enfin de l'époque), je suis parti dans la lecture de ce tome très confiant. En effet Xavier Dorison est l'un des scénaristes qui réussit quasiment systématiquement à m'embarquer dans ces histoires.
D'ailleurs depuis que j'ai repris la lecture de BD, j'apprécie d'autant plus le niveau de qualité qu'il continue à produire.
Ici je ne spoilerai pas l'histoire, mais je me félicite du traitement des personnages de notre (mon) enfance avec une histoire détaillée et pertinente dans l'univers de Goldorak.
Sans en faire une BD pour adultes, l'équipe a réussi à en faire une BD "adulte", avec une vraie construction narrative et la partie dessin tient parfaitement la dragée aux dialogues et à l'univers.
C'est donc une vraie réussite qui avait mis toutes les chances de son côté en s'entourant des bonnes personnes.
Il y a de fortes chances que l’amateur de BD lambda soit quelque peu dérouté par cet étrange objet, vaguement inquiétant, noir comme un écran de smartphone, à l’extérieur comme à l’intérieur, hormis quelques éclipses inversées qui font surgir ça et là des images imprécises au cours de la narration. Les trois-quarts du livre sont constitués de cases noires où seuls les phylactères d’un dialogue mystérieux révèlent très progressivement la teneur du récit. A ce stade, impossible d’en dire trop au risque de gâcher l’effet de surprise qui fait tout le sel de l’ouvrage. On pourra tout au plus dire que le début de l’histoire rappelle ce film terrifiant des années 70, « Johnny s’en va en guerre », d’ailleurs évoqué brièvement, dans lequel un soldat se réveille sur un lit d’hôpital, aveugle et dans l’incapacité de communiquer avec le monde extérieur.
Certains reprocheront peut-être cette « paresse graphique » de la part de l’auteur, mais l’approche résolument oubapienne de ce dernier, laquelle est depuis longtemps sa marque de fabrique, le place hors d’atteinte des critiques fondées sur les codes normatifs de la bande dessinée. Marc-Antoine Mathieu nous met d’emblée dans la peau (si l’on peut dire…) du narrateur, privé de la vue et de la parole. Plongé dans un noir d’encre inquiétant, celui-ci entend des personnages dialoguer autour de lui sans pouvoir décrypter leurs propos énigmatiques, tandis que ceux-ci ne l’entendent pas. Le lecteur, qui est le seul à prendre connaissance de ses états d’âme, sera vite happé par l’intrigue, désireux de connaître le fin mot de l’histoire.
Avec « Deep Me », titre au nom évocateur qui fait visiblement référence à la fameuse « IA » joueuse d’échec des années 90, Mathieu nous livre une œuvre où il prouve de nouveau avec brio sa capacité à aborder les domaines les plus pointus de la métaphysique tout en tentant de les vulgariser avec son œil d’artiste-poète. L’auteur nous soumet ici les grandes questions ontologiques concernant la conscience, l’immortalité et la nature profonde de l’homme, et bien sûr la question de Dieu, se contentant d’y répondre par des hypothèses à la fois merveilleusement poétiques et terriblement vertigineuses, comme lui seul sait le faire.
Ceux qui ont la chance (pourrait-on parler de privilège ?) de connaître — et d’apprécier — le travail de MAM, seront enchantés de cette nouvelle œuvre. Quant aux autres, du moins ceux qui sont fascinés par ces questions ou qui privilégient les ouvrages requérant une certaine participation du lecteur, ils sont vivement invités à la découvrir, ainsi que l’ensemble de sa bibliographie, à commencer par la série Julius Corentin Acquefacques, un OVNI culte et emblématique de son auteur. A ce titre, « Deep Me » nous aura « profondément » comblés.
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Achille Talon
Je suis depuis des années un passionné d'Achille Talon. Il est réputé, à juste titre, pour ses textes, mais Greg est aussi un redoutable physionomiste. La panoplie d'expressions faciales dont il a doté Achille est quasi phénoménale quand on considère la simplicité relative des traits de son héros. J'ai un faible pour les albums fleuve. 40 ans après leur publication "Le trésor de Virgule", "Le roi des Zôtres", "Viva Papa" et "Le grain de la folie" constituent encore d'amusantes critiques socio-politiques, parfaites pour initier les jeunes ados. Je relis Achille régulièrement et certaines scènes me font encore rigoler à tous les coups.
L'Arabe du futur
J'ai une longue histoire avec L'Arabe du futur, semée d'échecs de lecture, de rejets vis à vis de comportements et de mentalités insupportables à mes yeux et souvent à désespérer d'atteindre un jour la paix entre les peuples et le respect de la nature dont nous ne sommes qu'un élément parmi tant d'autres. Et puis Riad Sattouf a été invité sur France Inter en cette fin d'année 2022 pour parler de la sortie du dernier tome de la série et tout ce qu'il en a dit m'a fortement donné envie de retenter le coup. Relecture du tome 1 d'abord, j'y ai retrouvé ce qui m'avait fait buter les premières fois, mais j'ai continué et j'ai dévoré la suite en quelques jours, une lecture presque boulimique, parfois en état de sidération face à cette vie et ces épreuves incroyables. Cela ne m'a pas redonné espoir pour la paix dans le monde mais plutôt ouvert les yeux sur une impossibilité assez déprimante tant nos différences et convictions sont ancrées en nous dès le plus jeune âge par notre éducation et l'environnement dans lequel on grandit... ce qui les rend bien difficile à nuancer par la suite quand l'occasion pourrait se présenter. Il n'y a heureusement pas que ça dans l'Arabe du futur. C'est toute une vie simple et complexe à la fois, semée de moments forts et de déchirements, le tout illustré dans un style à la fois drôle, efficace et poétique. Une série marquante à tous points de vue.
Aldébaran
Mon avis porte sur les 3 cycles ( Aldebaran / Betelgeuse / Antares ) . Grosse surprise cette BD j'ai adoré, j'y pense quelques fois en journée et j'aimerais que ça ne s'arrête jamais tellement j'aime cette thématique de découverte d'autres planètes. Le fait de suivre les mêmes personnage au fil des cycles rend encore plus accro et la lecture plaisante. N'étant pas fan du dessin j'avais peur de ne pas rentrer dans l'histoire, que nenni ! On est vite plongé dans ce monde et les créatures assez simplistes sont au final assez détaillées pour remplir notre imagination. Si j'ai un reproche à faire c'est ce côté redondant de toujours avoir un perso ou un groupe complètement à côté de la plaque avec des réactions plus bêtes les unes que les autres. Mais bon en réalité c'est plutôt une bonne représentation d'une partie des humains, donc pourquoi pas, on y retrouve donc tous les ingrédients des héros malins et des méchants idiots. Un autre point négatif serait cette redondance des mecs qui tombent amoureux de la même personne, et cette manie de trop souvent y revenir ou mettre du sexe ou quelques poitrines par-ci par-là puis de créer un dialogue autour de ça. Perte de temps inutile à mon sens quand on voit le potentiel de la thématique. Mise à part ça, c'est pour moi une petite pépite qui j'espère va durer encore longtemps.
La Terre du Milieu mais un peu sur la gauche
Incroyable si vous êtes un fan du Seigneur des Anneaux et que vous avec un humour varié ( c’est à dire vous comprenez bien la culture autour du seigneur des anneaux ça devrait le faire ). Le seul défaut c’est que c’est pas en anglais et qu’ils peuvent pas en profiter!!
Les Pizzlys
Wash ! Il est trop fort ce Jérémie Moreau ! Ça fait mine de rien des années qu'il enquille les chefs d'œuvre. C'est comme avec le gars Gomont, sauf qu'au lieu de travailler un style, Jérémie explore. Il est en mouvement permanent. Il le prouve une fois encore avec Les Pizzlys qui se trouve en même temps être sa meilleure Œuvre à ce jour. Punaise ! Que de bonnes choses parues cette année ! Que de "meilleures BD" ! Rochette a sorti cette année sa meilleure, tout comme Inker... Les Pizzlys est une œuvre en lien avec l'ambiance de fin de monde que nous connaissons actuellement. A travers les personnes d’Étienne et Zoé, frère et sœur tous deux incapables de lâcher leur téléphone portable, Moreau parle de notre civilisation qui s'oublie dans le numérique dont l'industrie est à ce jour le plus gros émetteur de CO2. Le propos est tragique, on-ne-peut-plus réaliste. Ça glace les sangs. Néanmoins, Moreau capte un truc, comme une possibilité, un espoir, une étincelle. On n'évitera rien, mais on peut s'y préparer, et préparer l'après qui est déjà là, en fait. Côté dessins, Moreau reprend grosso modo ce qui avait conféré tant de poésie au Discours de la panthère, son œuvre précédente, à savoir des couleurs très psychédéliques mais avec lesquelles il drape ici un scénario qui monte lentement vers une acmé paroxystique où la réalité des choses se confronte à une sagesse extrêmement mature. On sent des choses qui étaient en germe sur Penss et les plis du Monde mais que, sans doute, la maturité aidant, il est parvenu à déployer dans une histoire très accrocheuse qu'il fait fleurir avec la puissance du printemps. Je ne sais pas pourquoi j'ai écrit ça ; ça m'est venu tout seul. C'est ce que je ressens. Zou !
1629 ou l'effrayante histoire des naufragés du Jakarta
Les urnes sont closes, et alors qu’on distribue déjà les récompenses, on a oublié qu’on continue pourtant de sortir des albums même à la toute fin de l’année. Et c’est fin novembre, dans la dernière ligne droite, qu’est donc parue celui que je considère comme l’ovni de l’année 2022. Assurément, tout est réussi dans cette bd. Analyse : Pour commencer, matez un peu la qualité du bouzin, le contenu est certes plus important que le contenant, mais déjà l’aspect de l’objet tout en dorure avec un style d’illustration très XIXème siècle fait qu’on est déjà content rien que de le tenir en main. C’est du beau bouquin rendant hommage à l’époque dans laquelle s’ancre l’histoire. Le découpage des chapitres avec pareil cette mise en page style imprimerie d’incunables est franchement agréable à l’œil et renforce l’immersion. Plus concrètement maintenant, je crois que les auteurs sont au top et au sommet de leur art. C’est le même duo ayant officié sur Le Troisième Testament – Julius, quoique il me semble que Dorison s’était mis un peu en retrait du scénario pour Alex Alice mais bref, moi j’ai senti une maturité qui se dégageait de leur travail respectif. Vous vous souvenez du tome 2 de Long John Silver avec cette tension permanente entre les membres d’équipage, entre les marins d’un côté et les officiers de l’autre qui ont tout pouvoir ?… Dorison joue dans un registre qu’il a déjà arpenté mais ici c’est beaucoup plus âpre, viscéral, tendu. Le voyage n’a rien d’une sinécure, c’est une mission suicide le long du Styx, ça sent la sueur, la merde et le sang, vraiment les personnages vivent un enfer. Tu sens que quand ça va péter, ça va dézinguer et suriner à tout va. Le nombre de pages bien plus conséquent aide pas mal à mettre en place cette montée de la violence c’est vrai, toujours est-il que l’orage gronde, ça marche du tonnerre. On sent que Dorison a de la bouteille désormais, puisqu’il reprend ses thématiques chères aperçues dans Human Stock Exchange par exemple, où les grandes corporations (ici la Compagnie des Indes Orientales, plus puissantes que les États) édictent leurs propres lois, y compris sur les individus, lesquels à l’état naturel ne sont pas spécialement bons pour autant entre eux. « L’homme est un loup pour l’homme » disait Hobbes, les naufragés du Batavia en ont fait la regrettable expérience… Quant à Thim Montaigne, faut-il encore le présenter ? Si on est amateur d’encrage puissant façon Lauffray (Montaigne est suffisamment talentueux pour se faire un nom tout seul mais citer Lauffray je sais que ça parle direct niveau style), on est à bonne adresse. C’est très expressif et on en prend plein la longue-vue. Apparemment ce n’est pas lui aux couleurs, donc chapeau bas à Clara Tessier, c’est magnifique. Bon et puis hein, puisque je suis en plein cirage de pompe, bravo à tous ceux qui ont bossé de près ou de loin sur cet album. Ça c’est de la bd, là je suis content de dépenser mes florins !
Jours de sable
Je n'ai pas lu "Les Raisins de la Colère" et je ne connaissais pas cet épisode de l'histoire américaine liée au New Deal. C'est l'un des nombreux mérites de l'oeuvre d'Aimée De Jongh de me donner l'envie de me plonger dans l'oeuvre de Steinbeck. J'ai trouvé le récit de l'auteure empreint d'une très forte humanité. De Jongh aborde ainsi de nombreux thèmes qui traversent notre actualité avec beaucoup de justesse et de pertinence. C'est paradoxal pour une histoire qui se passe il y a 85 ans. Ainsi dans notre civilisation où l'image est devenue reine à travers les différents média et les réseaux sociaux, De Jongh nous propose une vraie réflexion sur la vérité véhiculée par une photo. Bien des pages majeures de notre histoire contemporaine ont été écrites grâce ou à cause d'une photo qui a bouleversé une partie de "l'opinion" Je pense au Vietnam, à la Roumanie ou à la Syrie par exemple. Mais De Jong à travers ce scénario à forte valeur émotionnelle ajoutée ne se contente pas de créer ce troublant roman d'amour, elle nous propose à partir du patrimoine photographique du Sénat américain une image inhabituelle du Sud profond. Elle nous peint une population attachante et courageuse au "sang fort". Une image qui n'élude pas le problème racial mais qui rappelle une population de migrants climatiques aux yeux bleus. Ce rappel des erreurs inconscientes de nos parents ne peut que résonner très fort face aux défis qui se dressent devant nos enfants. J'ai trouvé le graphisme agréable. D'une facture assez réaliste, il s'appuie sur les photos intercalées dans le récit. Son trait est précis et fin. Ses extérieurs de tempêtes ou les pauvres intérieurs des paysans du Nomansland sont d'un réalisme saisissant et provoquent une atmosphère très crédible. Ma seule réserve porte sur les visages des personnages que je trouve trop poupons pour des conditions de vie aussi difficiles. En conclusion j'ai trouvé cette lecture excellente. Elle propose non seulement une tension dramatique forte mais aussi un récit à base historique très intéressant. Un vrai moment de bonheur de lecture. 4.5
Carbone & Silicium
(Coucou, ça va spoiler un peu / beaucoup.. vous êtes prévenus). Alors tout d'abord, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de laisser quelques mots ici après avoir fini la lecture il n'y a que 24h. Pour rentrer directement dans le vif du sujet, ce C&S est la quintessence de SF que j'aime. Alors oui, Bablet emprunte des routes scénaristiques connues, mais de mon côté j'étais persuadé que l'un des 2 protagonistes allait e rebeller de manière plus agressive vis à vis du système et des hommes. Ici Bablet est sur un autre créneau, celui de la préservation et du respect des droits. On y retrouve d'ailleurs quelques clins d'œil à certaines situations que l'on pourrait qualifier de "woke" en 2022. J'ai trouvé ces cent premières pages parfaites. La relation avec la scientifique, le fait qu'elle même se coupe de son monde (celui des humains, avec ce mari qui à juste titre sent la dérive de sa femme) au profit de son "œuvre" jusqu'à sa mort exclusivement corporelle était pour moi une étape tellement forte que je me suis demandé ce qu'allait pouvoir nous proposer la BD ensuite. Je me suis senti un peu comme dans ces rares séries qui arrivent à m'emporter d'épisodes en épisodes sans forcément tout mettre dans les 90 dernières secondes. Alors oui cet "après" pourra paraitre long à chacun... mais cela a pour but de renforcer la connexion entre les 2 protagonistes. Là encore Bablet m'a agréablement surpris à ne pas tomber dans la facilité du déjà-fait / déja-vu et à faire des bonds temporels exponentiels. L'œuvre est condensée en 250 ans (soit 17/18 vies de chat ;)) et cela rend encore plus impactantes les "évolutions" humaines et leurs interconnexions avec les machines, jusqu'à ne faire plus qu'un. J'ai retrouvé un souffle d'Asimov mais aussi de K. Dick et de son adaptation la plus connue dans ces pages, les thèmes de la durée de vie et donc de la survie lorsque l'on a la "connaissance" de l'amour, mais aussi de la vision complexe du progrès et de la déliquescence technologique des corps mais également des esprits. Chose assez rare me concernant, j'ai noté bon nombre de phrases que j'ai réellement trouvées magnifiques, sans tomber dans le pathos ou la leçon de morale. Je finirai cet avis décousu sur les dessins. J'ai vu quelques avis négatifs sur ce point et je les comprends. Le parti pris ici n'est pas de faire une nouvelle œuvre de SF-sombre. Bablet utilise parfaitement toute la palette graphique (certaines utilisations des couleurs m'ont fait penser au traitement de Villeneuve dans Blade Runner 2) mise à disposition. Ce n'est certes pas mon trait de crayon de prédilection, mais le principal (les expressions, les volumes, les modifications, les ambiances...) est présent. Pour finir, clairement Bablet a réalisé une œuvre qui restera en haute place dans ma bédéthèque, et que je reprendrais plaisir à lire sous un olivier (ah non zut, on en a pas beaucoup en Picardie).
Goldorak
Fils de Goldorak (enfin de l'époque), je suis parti dans la lecture de ce tome très confiant. En effet Xavier Dorison est l'un des scénaristes qui réussit quasiment systématiquement à m'embarquer dans ces histoires. D'ailleurs depuis que j'ai repris la lecture de BD, j'apprécie d'autant plus le niveau de qualité qu'il continue à produire. Ici je ne spoilerai pas l'histoire, mais je me félicite du traitement des personnages de notre (mon) enfance avec une histoire détaillée et pertinente dans l'univers de Goldorak. Sans en faire une BD pour adultes, l'équipe a réussi à en faire une BD "adulte", avec une vraie construction narrative et la partie dessin tient parfaitement la dragée aux dialogues et à l'univers. C'est donc une vraie réussite qui avait mis toutes les chances de son côté en s'entourant des bonnes personnes.
Deep Me
Il y a de fortes chances que l’amateur de BD lambda soit quelque peu dérouté par cet étrange objet, vaguement inquiétant, noir comme un écran de smartphone, à l’extérieur comme à l’intérieur, hormis quelques éclipses inversées qui font surgir ça et là des images imprécises au cours de la narration. Les trois-quarts du livre sont constitués de cases noires où seuls les phylactères d’un dialogue mystérieux révèlent très progressivement la teneur du récit. A ce stade, impossible d’en dire trop au risque de gâcher l’effet de surprise qui fait tout le sel de l’ouvrage. On pourra tout au plus dire que le début de l’histoire rappelle ce film terrifiant des années 70, « Johnny s’en va en guerre », d’ailleurs évoqué brièvement, dans lequel un soldat se réveille sur un lit d’hôpital, aveugle et dans l’incapacité de communiquer avec le monde extérieur. Certains reprocheront peut-être cette « paresse graphique » de la part de l’auteur, mais l’approche résolument oubapienne de ce dernier, laquelle est depuis longtemps sa marque de fabrique, le place hors d’atteinte des critiques fondées sur les codes normatifs de la bande dessinée. Marc-Antoine Mathieu nous met d’emblée dans la peau (si l’on peut dire…) du narrateur, privé de la vue et de la parole. Plongé dans un noir d’encre inquiétant, celui-ci entend des personnages dialoguer autour de lui sans pouvoir décrypter leurs propos énigmatiques, tandis que ceux-ci ne l’entendent pas. Le lecteur, qui est le seul à prendre connaissance de ses états d’âme, sera vite happé par l’intrigue, désireux de connaître le fin mot de l’histoire. Avec « Deep Me », titre au nom évocateur qui fait visiblement référence à la fameuse « IA » joueuse d’échec des années 90, Mathieu nous livre une œuvre où il prouve de nouveau avec brio sa capacité à aborder les domaines les plus pointus de la métaphysique tout en tentant de les vulgariser avec son œil d’artiste-poète. L’auteur nous soumet ici les grandes questions ontologiques concernant la conscience, l’immortalité et la nature profonde de l’homme, et bien sûr la question de Dieu, se contentant d’y répondre par des hypothèses à la fois merveilleusement poétiques et terriblement vertigineuses, comme lui seul sait le faire. Ceux qui ont la chance (pourrait-on parler de privilège ?) de connaître — et d’apprécier — le travail de MAM, seront enchantés de cette nouvelle œuvre. Quant aux autres, du moins ceux qui sont fascinés par ces questions ou qui privilégient les ouvrages requérant une certaine participation du lecteur, ils sont vivement invités à la découvrir, ainsi que l’ensemble de sa bibliographie, à commencer par la série Julius Corentin Acquefacques, un OVNI culte et emblématique de son auteur. A ce titre, « Deep Me » nous aura « profondément » comblés.