Je suis un grand fan de la série de Spirou d'Emile Bravo. J'étais donc très curieux de découvrir ce que cet artiste pouvait proposer pour un public assez jeune.
Je n'ai pas été déçu. Sa relecture des nombreux contes populaires qui ont bercé notre enfance m'a vraiment beaucoup plu. J'ai la chance d'avoir lu les quatre récits à la suite via la dernière intégrale chez Seuil Jeunesse (à un prix très abordable).
Je conseille donc aux futurs lecteurs/lectrices le choix de cette intégrale qui crée un ensemble favorisant la dynamique du récit. J'ai compté 16 références aux contes les plus célèbre de la littérature européenne (j'en ai peut-être zappé).
La mise en scène est si minutieuse que toutes ces princesses, princes, fées, veaux-vaches-cochons s'articulent avec brio et humour autour de nos sept oursons aussi empathiques que nos premiers nounours.
Série pour les enfants peut-être mais les grands y trouvent leur compte tellement l'humour apporté par les détournements des oeuvres premières est drôle.
Le graphisme d'Emile Bravo est à la hauteur du récit : très bon. C'est un peu déroutant en début de lecture car ce n'est pas dans les standards d'un dessin pour enfants assez jeunes.
Bravo joue constamment dans son dessin avec les contrastes entre deux mondes : le monde merveilleux et féérique pour enfants (les belles robes, les châteaux ou trésors) et un arrière-plan réaliste plus sombre (les oursons émaciés, Hansel et Gretel au look un peu brun).
L'excellente mise en couleur renforce ce contraste entre les cases très colorées et celle beaucoup plus grises ou brunes qui préfigurent certains passages de Spirou sous l'Occupation.
Un mot sur le découpage qui nous offre une grande variété de cases et beaucoup de pleines pages très belles, détaillées qui sont de véritables invites à entrer dans le récit.
Cette série est pour moi une des meilleures série Jeunesse que j'ai lu. Elle se distingue de mes autres préférées (Bergères Guerrières, Lulu et Nelson) par un esprit d'humour qui favorise le développement du sens critique.
Incontestablement un ouvrage à avoir dans sa bibliothèque pour tous.
Le mot qui me vient immédiatement à l'esprit: Fascinant.
Un 5/5 oui mais dans sa catégorie, celle du vice et de la perversion. Ici, tous les fluides existants se mêlent, se déversent dans des pages N&B ultra-chargées.
J'ai vu que Caceres dessine aussi en couleur mais elles se retrouvent noyées par tout ce noir claustrophobique qui enferme les personnages dans leurs cases. Le blanc y est tout à sa place.
Dans ce récit cependant, on ne voit pas beaucoup de gens blanc sur soi, disons plutôt que certains sont plus sadiques que d'autres. Et pourtant tous sont sacrément inventifs! Etonnant que les corps ne restent pas difformes après les actes commis mais on peut mettre cela sur le compte du surnaturel qui enveloppe l'intrigue. Une intrigue touffue, trop touffue, mais qui donne une belle couche mythologique. Après tout, les Grecs ont anticipé avec leurs satyres lubriques et charmeurs (il y a aussi parfois charme mais 1 phrase suffit à obtenir tout ce qu'un corps est capable d'offrir). Et avec un humour mordant pour ne pas sombrer dans le glauque gratuit. On voit qu'il avait potassé les livres de Sade avant même d'attaquer son album Justine & Juliette de Sade.
Ce qui est stupéfiant dans ce livre A NE VRAIMENT PAS METTRE DANS TOUTES LES MAINS (les images proposées sur cette page ne sont qu'une cacahuète d'apéro comparé à ce qui vous attend), c'est l'énergie qui se dégage de chaque action. Une décharge (ou plutôt de nombreuses décharges) de vitalité atteint son paroxysme et disparaît sur chaque double-page, sans que cela vienne atténuer l'impact de la double-page suivante.
Vraiment je ne suis pas client de cette catégorie littéraire mais ce bouquin me laisse bouche bée. De plus, l'auteur est à l'opposé complet de ce qu'il met sous presse et offre de magnifiques dédicaces. Chapeau l'artiste.
Je ne pouvais pas passer à côté de la série à succès de Marguerite Abouet. Ce "Dallas" made in Abidjan mérite à mon avis tout le bien écrit et dit sur cette série.
Ce type de récit soap n'est pas l'apanage des TV mexicaines ou brésiliennes. Les producteurs nigérians, camerounais ou ivoiriens savent très bien en proposer à leurs publics qui en sont friands.
Il n'est donc pas surprenant que l'autrice ait pu puiser dans cette veine. Ici les auteurs s'adressent avant tout à un public français qui ne possède pas forcément toutes les clés de compréhension des traditions familiales africaines.
La magie du scénario de Marguerite Abouet est que son récit possède une vitalité, une authenticité et une fraicheur qui suffisent à captiver le lecteur. Il y a une prouesse au niveau de la mise en scène et du découpage pour faire intervenir quatre familles principales plus des personnages (importants) isolés sans que cela ne devienne un horrible imbroglio incompréhensible.
On pourrait un peu reprocher à l'autrice, pour des raisons scénaristiques, de réduire les fratries à quelque chose de rare en Afrique, voire quelque chose d'incongru. En effet un homme d'importance peut difficilement accepter de se contenter d'un ou deux enfants. C'est un peu la seule entorse à l'authenticité africaine du récit que je note.
Pour le reste, c'est un vrai régal. Maguerite Abouet fait rentrer pendant les six premiers tomes, le pays, le quartier et le village dans nos froids salons européens. Tout y est, l'autorité par strate générationnelle, les relations au sein d'un même groupe horizontal (les frères et soeurs au sens africain), les problèmes avec le village et son chef qui possède une autorité incontournable. Il y a beaucoup d'autres thématiques développées avec un plein d'humour, ce qui alimente le rythme de la série.
Le tome 7 ne m'a pas autant enthousiasmé car les auteurs reprennent la série avec des thématiques plus européennes à mon goût (politique et manifs). Il y a aussi une perte dans la personnalité de certains personnages comme Moussa, Adjoua ou Mamadou.
Car dans les six premiers tomes on suit le parcours d'un nombre important de personnages avec un équilibre remarquable. Aya n'est même que secondaire dans beaucoup de parcours. J'ai beaucoup aimé les récits autour d'Innocent, de Moussa et particulièrement celui du retour forcé de Félicité.
Bien sûr le plus de la série tient dans les dialogues truculents et fruités que nous délivre l'autrice. Entendre chanter cette langue franco-ivoirienne m'a procuré des émotions dignes des meilleures poésies et des rires à n'en plus finir.
Le graphisme de Clément Oubrerie n'est pas, pour moi, à ce niveau d'excellence, mais il fait bien le travail dans un style humoristique. Les personnages sont bien reconnaissables, leurs gestuelles sont bien dans les rôles attribués à chacun. Le travail des regards est très bon et donne une formidable expressivité aux intervenants.
La mise en couleur participe au récit en soulignant les différences entre Paris et Abidjan.
Cette série est une vraie réussite et procure une lecture plaisir qui réchauffe le coeur.
Baf ! Grosse claque dans la tronche. J’ai tout aimé dans ce pavé.
L‘histoire, sombre et désespérée au possible, se déroule dans une ancienne communauté minière pauvre et rongée par l’alcool et la drogue. Le lecteur suit le quotidien d’un groupe d’ados un peu rebelles et abandonnés à eux-mêmes, qui se retrouvent mêlés à une sombre histoire de meurtres. Les personnages sont attachants et l’intrigue est passionnante - la fin m’a pris à la gorge, je tournais les pages à toute vitesse pour arriver au dénouement… dénouement un peu trop ouvert pour moi, mais ça n’a pas du tout gâché ma lecture. J’ai beaucoup aimé le chapitre sur le passé du meurtrier, c’est vraiment bien vu.
Je ne suis généralement pas fan de la lecture en musique, j’aime le silence pour me concentrer… cet album propose cependant une playlist Spotify (une chanson par chapitre) que j’ai écoutée lors de ma lecture, et je dois avouer que les morceaux (adaptés à chaque scène) ont vraiment contribué à l’ambiance. Génial ! C’est mon genre de musique en même temps (rock, grunge, punk). Je suis d’ailleurs en train de la réécouter en écrivant cet avis. Dommage d’avoir mis le lien en fin d’album, par contre.
La mise en image est parfaite. Le noir et blanc colle parfaitement à l’atmosphère du récit.
Un gros coup de cœur !
Le dessin est très beau et la luminosité de la colorisation apporte un petit plus non négligeable. Le résultat est tout simplement superbe, avec de grandes illustrations qui sont autant de fenêtres vers cet ‘ailleurs’ que tout lecteur de bande dessinée recherche. Le temps d’une lecture, j’ai été dans ces plaines du far west, chevauchant aux côtés des personnages.
Le scénario est aussi classique qu’efficace, porté par des personnages attachants. Les blancs ont ici le sale rôle alors que les indiens Lakota nous apparaissent comme justes dans leur obstination à garder leur identité et à ne pas se plier devant la loi du plus fort. Le caractère désespéré de leur quête, annonciateur d’une fin inéluctable, stimule d’autant plus notre empathie.
La progression est très bien dosée, tant au niveau des caractères qui se dévoilent petit à petit qu’au niveau de la relation qui va se nouer entre Little Knife et Georges ou qu’au niveau de la fuite en avant de l’équipée peu à peu rattrapée par un implacable tueur à gage (et même ce dernier se verra doté d’une personnalité moins évidente qu’il n’y paraissait au premier regard).
La fin en deux temps est des plus réussies, jouant de notre espérance en un avenir apaisé et de notre envie de justice. C'est le genre de fin que l'on garde en mémoire tant elle éveille en nous des sentiments contradictoires.
Franchement, je n’ai aucun reproche à formuler. Alors culte ? Oui ! D’abord parce que c’est un album que j’ai adoré, ensuite parce qu’il semble faire l’unanimité alors même qu’il sort un peu de nulle part.
Alors ça, c'est le coup de cœur ! Un énorme coup de cœur, aussi fort et puissant que peut l'être cette bande dessinée...
Autant le dessin de Moreau m'avait légèrement déçu sur Le Discours de la panthère, autant il est ici d'une justesse qui frôle la perfection. Evidemment, il a toujours cette particularité qui le rend parfois presque abstrait, mais cela ressemble plus à une touche impressionniste, qui colle merveilleusement avec l'atmosphère si unique des paysages d'Islande.
Chaque case dégage une ambiance à la fois grandiose, oppressante et tragique. Trois mots qui décrivent parfaitement l'ensemble de cette bande dessinée. Le récit inventé par Moreau est digne des sagas nordiques auxquelles il se réfère sans cesse. Se situant sur un délicat fil entre réalisme et fantastique, La Saga de Grimr réussit à mêler ces deux éléments avec un brio indéniable. Tout ce qui arrive à Grimr perçoit un écho immédiat dans la nature, comme si ces deux-là étaient connectés par une force intime et irrésistible.
Les dialogues de Moreau, absolument magiques, développent en outre tout une réflexion sur ce que doit être une saga (au sens littéraire du terme), comment raconter une histoire et son rapport avec la réalité. Cette quête mythologique de l'auteur (Jérémie Moreau mais aussi sa mise en abyme dans le récit) trouve ainsi son aboutissement dans le parcours tragique et héroïque de Grimr et sa quête existentielle. La présence du mystérieux personnage de l'ancien barde est alors comme une tutelle établie par Moreau sur le personnage qu'il a lui-même créé. Ainsi, le héros façonne son propre parcours, guidé et encouragé par l'auteur, sans qui il ne deviendrait jamais une légende.
Ainsi, tout, du début à la fin de cette bande dessinée, tient du prodige. Le style graphique de Moreau établit avec son style narratif une osmose impressionnante de justesse. Un souffle épique anime ce récit de la première à la dernière image, et concourt à faire de cette Saga de Grimr un récit incontournable pour tous les amateurs de grandes œuvres romanesques qui impriment la mémoire. La mémoire individuelle, bien sûr, mais on espère qu'elle imprimera tout autant la mémoire collective, pour s'imposer au fil du temps comme un jalon immense de la bande dessinée. En un mot, une œuvre culte.
La bataille des Thermopyles revue (et déformée) par Frank Miller et mise en couleurs par Lynn Varley.
J'ai hésité à ne pas mettre 5/5 pour certains des propos qui ressortent de cette bd (et du film qui en a été tiré). Parce que oui, Frank Miller est un enfoiré, en tout cas selon mes critères. Et oui, dans 300, Miller se laisse un peu aller. Je ne cautionne pas les propos homophobes, racistes ou autres que l'on peut voir dans cette œuvre. Quand on connaît un peu le bonhomme, c'est volontaire et ce n'est pas forcément de la provoc'.
Mais.
300 est une fiction, en rien une réalité historique.
Et surtout, 300 est une masterclass graphique. Tout en violence. Et c'est pour cela que je la classe comme culte. Le découpage (avec son format à l'italienne) est d'une efficacité redoutable. Et même si certaines planches manquent un peu de clarté, d'autres sont d'une beauté absolue. Le dessin - et ses ombres, ce gras -, typique de Franck Miller, nous happe. Les tableaux de batailles nous font combattre avec les Spartiates. D'ailleurs, je l'avais déjà remarqué avec Miller mais il est parfois curieux de voir l'application qu'il met à dessiner les visages des morts alors que certains des visages des vivants sont réduits au minimum. Comme si c'était le sacrifice qui a le plus de valeur à ses yeux. Et c'est exactement le propos du livre.
Les couleurs de Lynn Varley sont dans la même veine et sublime l'ensemble.
Non vraiment, si vous le voulez, ne lisez pas 300 mais regardez-le, tout simplement.
Après, j'entends les critiques sur le côté peut-être un peu feignant de certaines planches ou cases. Pas de problèmes, j'y souscris également mais j'aime à penser que pour chaque planche, Miller a un parti-pris. Une scène de bataille vue de haut ? Pas la peine de s'embêter à détailler les hommes, ce qui compte c'est le mouvement, le nombre, la violence. Une scène de tuerie ? Pas la peine de détailler les personnages et leurs mouvements, ce qui compte c'est le sang qui gicle. Etc.
Côté scénario, je ne vais pas en rajouter, l'avis du Grand A ci dessous est très complet et je ne ferai pas mieux. Je vous y renvoie.
Indéniablement, 300 est une œuvre culte. Pour son récit, pour son graphisme, pour le bonhomme derrière tout ça.
Jours de sable est un one-shot particulièrement travaillé, que ce soit au niveau de la documentation (l'autrice y a passé 4 ans, à voyager et interviewer beaucoup de gens, dont la fameuse "Migrant mother") ou au niveau artistique. J'ai adoré cette BD qui est émouvante et raconte beaucoup de choses sur une période méconnue de l'histoire des Etats-Unis. Jours de sable traite du Dust Bowl, cette région au centre des USA qui pendant les années 30 a subi 10 ans de sécheresse, de tempêtes de sable et de poussière. Plus de deux millions de personnes ont dû émigrer et accepter un travail pénible. D'autres sont morts de faim ou de pneumonie. Ce fléau de poussière est en partie dû à l'agriculture intensive qui a retiré l'herbe des terres. Ainsi, au moindre coup de vent les particules s'élèvent dans les airs et ne retombent jamais, car tout est plat sur des centaines de kilomètres.
L'autrice a su retranscrire le caractère dramatique de cette période tragique, via son héros, un jeune photographe qui vient dans l'Oklahoma pour faire un reportage du phénomène. Le contact est difficile, il doit revoir entièrement sa méthode, et on s'attache à ce personnage qui se pose beaucoup de questions sur la moralité de sa démarche. Il s'inquiète pour les habitants, et finalement la photographie passe presque au second plan, tant il est ému par ces familles en déclin, condamnées à fuir ou mourir.
Visuellement, c'est généreux puisque Jours de sable contient de nombreuses pleines pages pour mieux décrire l'ampleur du phénomène climatique. J'aime beaucoup l'économie des bulles de dialogue, pour avoir lu beaucoup de BD qui ressemblent à des romans illustrés. La plupart du temps, la page est découpée en trois rangées seulement, ce qui donne beaucoup d'espace pour la mise en scène. Le découpage est plutôt sobre, avec quelques diagonales pour marques des transitions. Des photographies réelles viennent compléter le récit.
Ca m'a initié à cette période de l'histoire, je me suis empressé de regarder le documentaire Arte sur le Dust Bowl.
C'est un vrai coup de coeur pour moi, j'ai hâte de découvrir le reste de son travail.
Je ne vais pas trop faire dans l'originalité en disant qu'Astérix est la Bande Dessinée qui m'a donné le goût de la lecture en général et plus particulièrement pour le genre.
Je ne serai certainement pas objectif en disant que cette série reste la meilleure que j'ai lu mais quand on est nostalgique de notre tendre enfance c'est pardonnable.
Je vais également appuyer les commentaires de beaucoup en disant que le duo Goscinny/Uderzo a produit la véritable identité d'Astérix même si certains albums d'Uderzo "seul" m'ont enchanté, à savoir "le Grand Fossé" et "Astérix chez Rahàzade".
La relève Ferri/Conrad n'apporte aucun intérêt à la suite de la série mais j'ai été, comme beaucoup je pense, un des premiers à me les approprier à leur sortie. Prévu pour le 40ème tome, le nouveau duo Fabcaro/Conrad n'arrangera, à mon avis, rien à la médiocrité de ces derniers albums.
Série culte pour tout ce qu'elle m'a apporté dans ma jeunesse.
J'ai connu cet ouvrage par le biais des Bulles de Sang d'encre où RIP était finaliste en 2019. Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que le duo Gaet's/Julien Monier allait remporter ce titre haut la main. Mesdames et messieurs, nous avons ici à faire à un chef d'œuvre.
Tout d'abord, l'originalité du scénario avec Derrick (pour le T1) et ses collègues qui composent une équipe chargée de nettoyer les logements des personnes mortes sans héritiers. Un thème glauque et d'une noirceur sans nom qui accompagne un scénario passionnant avec une fin qui vous laisse sans voix (pour le T1).
Ensuite, la construction des six volumes, où chaque tome reprend la même histoire avec un angle différent selon la narrateur choisi, est divinement orchestré.
Pour terminer, le style d'écriture avec des dialogues courts mais salement géniaux, des dessins aux couleurs particulièrement maîtrisées qui vous plongent aisément dans l'univers de la mort et de ses odeurs répugnantes, font de RIP mon coup de cœur de ces dernières années.
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Les Sept Ours Nains
Je suis un grand fan de la série de Spirou d'Emile Bravo. J'étais donc très curieux de découvrir ce que cet artiste pouvait proposer pour un public assez jeune. Je n'ai pas été déçu. Sa relecture des nombreux contes populaires qui ont bercé notre enfance m'a vraiment beaucoup plu. J'ai la chance d'avoir lu les quatre récits à la suite via la dernière intégrale chez Seuil Jeunesse (à un prix très abordable). Je conseille donc aux futurs lecteurs/lectrices le choix de cette intégrale qui crée un ensemble favorisant la dynamique du récit. J'ai compté 16 références aux contes les plus célèbre de la littérature européenne (j'en ai peut-être zappé). La mise en scène est si minutieuse que toutes ces princesses, princes, fées, veaux-vaches-cochons s'articulent avec brio et humour autour de nos sept oursons aussi empathiques que nos premiers nounours. Série pour les enfants peut-être mais les grands y trouvent leur compte tellement l'humour apporté par les détournements des oeuvres premières est drôle. Le graphisme d'Emile Bravo est à la hauteur du récit : très bon. C'est un peu déroutant en début de lecture car ce n'est pas dans les standards d'un dessin pour enfants assez jeunes. Bravo joue constamment dans son dessin avec les contrastes entre deux mondes : le monde merveilleux et féérique pour enfants (les belles robes, les châteaux ou trésors) et un arrière-plan réaliste plus sombre (les oursons émaciés, Hansel et Gretel au look un peu brun). L'excellente mise en couleur renforce ce contraste entre les cases très colorées et celle beaucoup plus grises ou brunes qui préfigurent certains passages de Spirou sous l'Occupation. Un mot sur le découpage qui nous offre une grande variété de cases et beaucoup de pleines pages très belles, détaillées qui sont de véritables invites à entrer dans le récit. Cette série est pour moi une des meilleures série Jeunesse que j'ai lu. Elle se distingue de mes autres préférées (Bergères Guerrières, Lulu et Nelson) par un esprit d'humour qui favorise le développement du sens critique. Incontestablement un ouvrage à avoir dans sa bibliothèque pour tous.
Elisabeth Bathory (Caceres)
Le mot qui me vient immédiatement à l'esprit: Fascinant. Un 5/5 oui mais dans sa catégorie, celle du vice et de la perversion. Ici, tous les fluides existants se mêlent, se déversent dans des pages N&B ultra-chargées. J'ai vu que Caceres dessine aussi en couleur mais elles se retrouvent noyées par tout ce noir claustrophobique qui enferme les personnages dans leurs cases. Le blanc y est tout à sa place. Dans ce récit cependant, on ne voit pas beaucoup de gens blanc sur soi, disons plutôt que certains sont plus sadiques que d'autres. Et pourtant tous sont sacrément inventifs! Etonnant que les corps ne restent pas difformes après les actes commis mais on peut mettre cela sur le compte du surnaturel qui enveloppe l'intrigue. Une intrigue touffue, trop touffue, mais qui donne une belle couche mythologique. Après tout, les Grecs ont anticipé avec leurs satyres lubriques et charmeurs (il y a aussi parfois charme mais 1 phrase suffit à obtenir tout ce qu'un corps est capable d'offrir). Et avec un humour mordant pour ne pas sombrer dans le glauque gratuit. On voit qu'il avait potassé les livres de Sade avant même d'attaquer son album Justine & Juliette de Sade. Ce qui est stupéfiant dans ce livre A NE VRAIMENT PAS METTRE DANS TOUTES LES MAINS (les images proposées sur cette page ne sont qu'une cacahuète d'apéro comparé à ce qui vous attend), c'est l'énergie qui se dégage de chaque action. Une décharge (ou plutôt de nombreuses décharges) de vitalité atteint son paroxysme et disparaît sur chaque double-page, sans que cela vienne atténuer l'impact de la double-page suivante. Vraiment je ne suis pas client de cette catégorie littéraire mais ce bouquin me laisse bouche bée. De plus, l'auteur est à l'opposé complet de ce qu'il met sous presse et offre de magnifiques dédicaces. Chapeau l'artiste.
Aya de Yopougon
Je ne pouvais pas passer à côté de la série à succès de Marguerite Abouet. Ce "Dallas" made in Abidjan mérite à mon avis tout le bien écrit et dit sur cette série. Ce type de récit soap n'est pas l'apanage des TV mexicaines ou brésiliennes. Les producteurs nigérians, camerounais ou ivoiriens savent très bien en proposer à leurs publics qui en sont friands. Il n'est donc pas surprenant que l'autrice ait pu puiser dans cette veine. Ici les auteurs s'adressent avant tout à un public français qui ne possède pas forcément toutes les clés de compréhension des traditions familiales africaines. La magie du scénario de Marguerite Abouet est que son récit possède une vitalité, une authenticité et une fraicheur qui suffisent à captiver le lecteur. Il y a une prouesse au niveau de la mise en scène et du découpage pour faire intervenir quatre familles principales plus des personnages (importants) isolés sans que cela ne devienne un horrible imbroglio incompréhensible. On pourrait un peu reprocher à l'autrice, pour des raisons scénaristiques, de réduire les fratries à quelque chose de rare en Afrique, voire quelque chose d'incongru. En effet un homme d'importance peut difficilement accepter de se contenter d'un ou deux enfants. C'est un peu la seule entorse à l'authenticité africaine du récit que je note. Pour le reste, c'est un vrai régal. Maguerite Abouet fait rentrer pendant les six premiers tomes, le pays, le quartier et le village dans nos froids salons européens. Tout y est, l'autorité par strate générationnelle, les relations au sein d'un même groupe horizontal (les frères et soeurs au sens africain), les problèmes avec le village et son chef qui possède une autorité incontournable. Il y a beaucoup d'autres thématiques développées avec un plein d'humour, ce qui alimente le rythme de la série. Le tome 7 ne m'a pas autant enthousiasmé car les auteurs reprennent la série avec des thématiques plus européennes à mon goût (politique et manifs). Il y a aussi une perte dans la personnalité de certains personnages comme Moussa, Adjoua ou Mamadou. Car dans les six premiers tomes on suit le parcours d'un nombre important de personnages avec un équilibre remarquable. Aya n'est même que secondaire dans beaucoup de parcours. J'ai beaucoup aimé les récits autour d'Innocent, de Moussa et particulièrement celui du retour forcé de Félicité. Bien sûr le plus de la série tient dans les dialogues truculents et fruités que nous délivre l'autrice. Entendre chanter cette langue franco-ivoirienne m'a procuré des émotions dignes des meilleures poésies et des rires à n'en plus finir. Le graphisme de Clément Oubrerie n'est pas, pour moi, à ce niveau d'excellence, mais il fait bien le travail dans un style humoristique. Les personnages sont bien reconnaissables, leurs gestuelles sont bien dans les rôles attribués à chacun. Le travail des regards est très bon et donne une formidable expressivité aux intervenants. La mise en couleur participe au récit en soulignant les différences entre Paris et Abidjan. Cette série est une vraie réussite et procure une lecture plaisir qui réchauffe le coeur.
Colorado train
Baf ! Grosse claque dans la tronche. J’ai tout aimé dans ce pavé. L‘histoire, sombre et désespérée au possible, se déroule dans une ancienne communauté minière pauvre et rongée par l’alcool et la drogue. Le lecteur suit le quotidien d’un groupe d’ados un peu rebelles et abandonnés à eux-mêmes, qui se retrouvent mêlés à une sombre histoire de meurtres. Les personnages sont attachants et l’intrigue est passionnante - la fin m’a pris à la gorge, je tournais les pages à toute vitesse pour arriver au dénouement… dénouement un peu trop ouvert pour moi, mais ça n’a pas du tout gâché ma lecture. J’ai beaucoup aimé le chapitre sur le passé du meurtrier, c’est vraiment bien vu. Je ne suis généralement pas fan de la lecture en musique, j’aime le silence pour me concentrer… cet album propose cependant une playlist Spotify (une chanson par chapitre) que j’ai écoutée lors de ma lecture, et je dois avouer que les morceaux (adaptés à chaque scène) ont vraiment contribué à l’ambiance. Génial ! C’est mon genre de musique en même temps (rock, grunge, punk). Je suis d’ailleurs en train de la réécouter en écrivant cet avis. Dommage d’avoir mis le lien en fin d’album, par contre. La mise en image est parfaite. Le noir et blanc colle parfaitement à l’atmosphère du récit. Un gros coup de cœur !
Hoka Hey !
Le dessin est très beau et la luminosité de la colorisation apporte un petit plus non négligeable. Le résultat est tout simplement superbe, avec de grandes illustrations qui sont autant de fenêtres vers cet ‘ailleurs’ que tout lecteur de bande dessinée recherche. Le temps d’une lecture, j’ai été dans ces plaines du far west, chevauchant aux côtés des personnages. Le scénario est aussi classique qu’efficace, porté par des personnages attachants. Les blancs ont ici le sale rôle alors que les indiens Lakota nous apparaissent comme justes dans leur obstination à garder leur identité et à ne pas se plier devant la loi du plus fort. Le caractère désespéré de leur quête, annonciateur d’une fin inéluctable, stimule d’autant plus notre empathie. La progression est très bien dosée, tant au niveau des caractères qui se dévoilent petit à petit qu’au niveau de la relation qui va se nouer entre Little Knife et Georges ou qu’au niveau de la fuite en avant de l’équipée peu à peu rattrapée par un implacable tueur à gage (et même ce dernier se verra doté d’une personnalité moins évidente qu’il n’y paraissait au premier regard). La fin en deux temps est des plus réussies, jouant de notre espérance en un avenir apaisé et de notre envie de justice. C'est le genre de fin que l'on garde en mémoire tant elle éveille en nous des sentiments contradictoires. Franchement, je n’ai aucun reproche à formuler. Alors culte ? Oui ! D’abord parce que c’est un album que j’ai adoré, ensuite parce qu’il semble faire l’unanimité alors même qu’il sort un peu de nulle part.
La Saga de Grimr
Alors ça, c'est le coup de cœur ! Un énorme coup de cœur, aussi fort et puissant que peut l'être cette bande dessinée... Autant le dessin de Moreau m'avait légèrement déçu sur Le Discours de la panthère, autant il est ici d'une justesse qui frôle la perfection. Evidemment, il a toujours cette particularité qui le rend parfois presque abstrait, mais cela ressemble plus à une touche impressionniste, qui colle merveilleusement avec l'atmosphère si unique des paysages d'Islande. Chaque case dégage une ambiance à la fois grandiose, oppressante et tragique. Trois mots qui décrivent parfaitement l'ensemble de cette bande dessinée. Le récit inventé par Moreau est digne des sagas nordiques auxquelles il se réfère sans cesse. Se situant sur un délicat fil entre réalisme et fantastique, La Saga de Grimr réussit à mêler ces deux éléments avec un brio indéniable. Tout ce qui arrive à Grimr perçoit un écho immédiat dans la nature, comme si ces deux-là étaient connectés par une force intime et irrésistible. Les dialogues de Moreau, absolument magiques, développent en outre tout une réflexion sur ce que doit être une saga (au sens littéraire du terme), comment raconter une histoire et son rapport avec la réalité. Cette quête mythologique de l'auteur (Jérémie Moreau mais aussi sa mise en abyme dans le récit) trouve ainsi son aboutissement dans le parcours tragique et héroïque de Grimr et sa quête existentielle. La présence du mystérieux personnage de l'ancien barde est alors comme une tutelle établie par Moreau sur le personnage qu'il a lui-même créé. Ainsi, le héros façonne son propre parcours, guidé et encouragé par l'auteur, sans qui il ne deviendrait jamais une légende. Ainsi, tout, du début à la fin de cette bande dessinée, tient du prodige. Le style graphique de Moreau établit avec son style narratif une osmose impressionnante de justesse. Un souffle épique anime ce récit de la première à la dernière image, et concourt à faire de cette Saga de Grimr un récit incontournable pour tous les amateurs de grandes œuvres romanesques qui impriment la mémoire. La mémoire individuelle, bien sûr, mais on espère qu'elle imprimera tout autant la mémoire collective, pour s'imposer au fil du temps comme un jalon immense de la bande dessinée. En un mot, une œuvre culte.
300
La bataille des Thermopyles revue (et déformée) par Frank Miller et mise en couleurs par Lynn Varley. J'ai hésité à ne pas mettre 5/5 pour certains des propos qui ressortent de cette bd (et du film qui en a été tiré). Parce que oui, Frank Miller est un enfoiré, en tout cas selon mes critères. Et oui, dans 300, Miller se laisse un peu aller. Je ne cautionne pas les propos homophobes, racistes ou autres que l'on peut voir dans cette œuvre. Quand on connaît un peu le bonhomme, c'est volontaire et ce n'est pas forcément de la provoc'. Mais. 300 est une fiction, en rien une réalité historique. Et surtout, 300 est une masterclass graphique. Tout en violence. Et c'est pour cela que je la classe comme culte. Le découpage (avec son format à l'italienne) est d'une efficacité redoutable. Et même si certaines planches manquent un peu de clarté, d'autres sont d'une beauté absolue. Le dessin - et ses ombres, ce gras -, typique de Franck Miller, nous happe. Les tableaux de batailles nous font combattre avec les Spartiates. D'ailleurs, je l'avais déjà remarqué avec Miller mais il est parfois curieux de voir l'application qu'il met à dessiner les visages des morts alors que certains des visages des vivants sont réduits au minimum. Comme si c'était le sacrifice qui a le plus de valeur à ses yeux. Et c'est exactement le propos du livre. Les couleurs de Lynn Varley sont dans la même veine et sublime l'ensemble. Non vraiment, si vous le voulez, ne lisez pas 300 mais regardez-le, tout simplement. Après, j'entends les critiques sur le côté peut-être un peu feignant de certaines planches ou cases. Pas de problèmes, j'y souscris également mais j'aime à penser que pour chaque planche, Miller a un parti-pris. Une scène de bataille vue de haut ? Pas la peine de s'embêter à détailler les hommes, ce qui compte c'est le mouvement, le nombre, la violence. Une scène de tuerie ? Pas la peine de détailler les personnages et leurs mouvements, ce qui compte c'est le sang qui gicle. Etc. Côté scénario, je ne vais pas en rajouter, l'avis du Grand A ci dessous est très complet et je ne ferai pas mieux. Je vous y renvoie. Indéniablement, 300 est une œuvre culte. Pour son récit, pour son graphisme, pour le bonhomme derrière tout ça.
Jours de sable
Jours de sable est un one-shot particulièrement travaillé, que ce soit au niveau de la documentation (l'autrice y a passé 4 ans, à voyager et interviewer beaucoup de gens, dont la fameuse "Migrant mother") ou au niveau artistique. J'ai adoré cette BD qui est émouvante et raconte beaucoup de choses sur une période méconnue de l'histoire des Etats-Unis. Jours de sable traite du Dust Bowl, cette région au centre des USA qui pendant les années 30 a subi 10 ans de sécheresse, de tempêtes de sable et de poussière. Plus de deux millions de personnes ont dû émigrer et accepter un travail pénible. D'autres sont morts de faim ou de pneumonie. Ce fléau de poussière est en partie dû à l'agriculture intensive qui a retiré l'herbe des terres. Ainsi, au moindre coup de vent les particules s'élèvent dans les airs et ne retombent jamais, car tout est plat sur des centaines de kilomètres. L'autrice a su retranscrire le caractère dramatique de cette période tragique, via son héros, un jeune photographe qui vient dans l'Oklahoma pour faire un reportage du phénomène. Le contact est difficile, il doit revoir entièrement sa méthode, et on s'attache à ce personnage qui se pose beaucoup de questions sur la moralité de sa démarche. Il s'inquiète pour les habitants, et finalement la photographie passe presque au second plan, tant il est ému par ces familles en déclin, condamnées à fuir ou mourir. Visuellement, c'est généreux puisque Jours de sable contient de nombreuses pleines pages pour mieux décrire l'ampleur du phénomène climatique. J'aime beaucoup l'économie des bulles de dialogue, pour avoir lu beaucoup de BD qui ressemblent à des romans illustrés. La plupart du temps, la page est découpée en trois rangées seulement, ce qui donne beaucoup d'espace pour la mise en scène. Le découpage est plutôt sobre, avec quelques diagonales pour marques des transitions. Des photographies réelles viennent compléter le récit. Ca m'a initié à cette période de l'histoire, je me suis empressé de regarder le documentaire Arte sur le Dust Bowl. C'est un vrai coup de coeur pour moi, j'ai hâte de découvrir le reste de son travail.
Astérix
Je ne vais pas trop faire dans l'originalité en disant qu'Astérix est la Bande Dessinée qui m'a donné le goût de la lecture en général et plus particulièrement pour le genre. Je ne serai certainement pas objectif en disant que cette série reste la meilleure que j'ai lu mais quand on est nostalgique de notre tendre enfance c'est pardonnable. Je vais également appuyer les commentaires de beaucoup en disant que le duo Goscinny/Uderzo a produit la véritable identité d'Astérix même si certains albums d'Uderzo "seul" m'ont enchanté, à savoir "le Grand Fossé" et "Astérix chez Rahàzade". La relève Ferri/Conrad n'apporte aucun intérêt à la suite de la série mais j'ai été, comme beaucoup je pense, un des premiers à me les approprier à leur sortie. Prévu pour le 40ème tome, le nouveau duo Fabcaro/Conrad n'arrangera, à mon avis, rien à la médiocrité de ces derniers albums. Série culte pour tout ce qu'elle m'a apporté dans ma jeunesse.
RIP
J'ai connu cet ouvrage par le biais des Bulles de Sang d'encre où RIP était finaliste en 2019. Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que le duo Gaet's/Julien Monier allait remporter ce titre haut la main. Mesdames et messieurs, nous avons ici à faire à un chef d'œuvre. Tout d'abord, l'originalité du scénario avec Derrick (pour le T1) et ses collègues qui composent une équipe chargée de nettoyer les logements des personnes mortes sans héritiers. Un thème glauque et d'une noirceur sans nom qui accompagne un scénario passionnant avec une fin qui vous laisse sans voix (pour le T1). Ensuite, la construction des six volumes, où chaque tome reprend la même histoire avec un angle différent selon la narrateur choisi, est divinement orchestré. Pour terminer, le style d'écriture avec des dialogues courts mais salement géniaux, des dessins aux couleurs particulièrement maîtrisées qui vous plongent aisément dans l'univers de la mort et de ses odeurs répugnantes, font de RIP mon coup de cœur de ces dernières années. En d'autres termes, en attendant le numéro 6, foncez acheter ces œuvres!!!