Les derniers avis (32308 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Monde à tes pieds
Le Monde à tes pieds

Très très joli album que celui-ci. J'avais flashé dessus depuis un petit moment et la lecture fut particulièrement savoureuse. Je n'ai encore lu aucun récit de Nadar, mais je sens ici une touche plus personnelle qui n'est pas pour me déplaire. J'ai bien sur entendu parler de la crise économique espagnol, qui fit tant de ravages dans le pays. Le chômage des jeunes a explosé littéralement, donnant des scènes de milliers de jeunes dans les rues, désœuvrés et attendant de trouver un travail s'il en reste. C'est une vision assez dure dont je garde des souvenirs. Ici, la BD se concentre sur trois personnages différents qui vivent cette crise de l'intérieur. Ou plutôt qui subissent un changement de société qui s'amorce en Espagne. Une façon de comprendre que désormais, il est possible que nos études deviennent inutiles, qu'on fasse des boulots alimentaires à la chaine sans passion, que l'on déménage du jour au lendemain pour correspondre au offres du marché, que l'on doive se couper de ses liens familiaux, amicaux, tout ça pour suivre l'emploi, le saint emploi. Évidemment, vu mes convictions politiques, cette BD est dans l'axe que je connais déjà. Mais elle sait se faire intéressante en présentant trois façons différentes d'aborder ces soucis, mais aussi en nous représentant les diverses façons d'être coincé : question de couples, de reprises d'études, de personne à charge, de parents inquiets pour l'avenir de leurs enfants ... Tant de choses que je peux comprendre pour en avoir fait (ah, le management des centres d'appels ... horrible souvenirs) mais aussi que j'ai vu autour de moi. Les sur-diplômés qui vendent des sandwichs ou se retrouvent à marteler des chiffres sur un clavier jusqu'à l'abrutissement, j'en ai vu. Et je comprends tout les points soulevés par la BD : "je mérite mieux, enfin, je crois. Après tout, c'est pire ailleurs. Et qui me dit que demain ça sera pas encore pire ? J'ai déjà ça, c'est bien." Cette situation provoque des colères, des envies envers ceux qui ont plus, du ressenti envers soi-même. Mais rien n'est question de mérite ou de travail, surtout de chance, comme le dit si bien la fin de la BD. Une stupide chance que certains ont et d'autre non, tout simplement. Je n'en ai pas tant parlé, mais les histoires sont très sympathique. Des tranches de vie mais qui sont toutes avec une fin, ce que j'apprécie, et une sorte d’optimisme final qui prédomine. C'est aussi très lisible au niveau du dessin, qui exploite peu le format à l'italienne mais qui utilise surtout des très grandes cases assez aérés, une façon de faire que je n'avais pas vu depuis très longtemps. C'est le genre de BD qui n’intéressera que des gens déjà intéressés par le roman graphique de base, mais reste dans les bons crus du genre. Lisible, clair, au propos très sympathique, assez bavard aussi, mais avec de la tendresse. C'est un bon aperçu de ce que peut être la vie de jeunes gens d'aujourd'hui, une vie ni ratée ni réussie, une vie ordinaire. J'ai beaucoup aimé !

11/01/2023 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Elliot au collège
Elliot au collège

L'ambition de Théo Grosjean avec cette série est de suivre la jeunesse d'un garçon année après année, à raison d'un tome par an, en commençant à son entrée au collège et en allant aussi loin que le monde de l'édition le lui permettra, en changeant si possible de format d'album selon l'âge du garçon pour mieux s'approcher des goûts des lecteurs selon leur âge. Ce garçon, c'est Elliott, alter ego de l'auteur qui raconte à travers lui une partie de ses propres souvenirs de jeunesse. Et avec le tome 1, c'est en particulier la difficile adaptation au collège qui est mise en scène, notamment l'angoisse des jeunes pré-ados qui ont du mal à s'intégrer aux différentes bandes déjà formées et menées par des leaders charismatiques. Cette angoisse prend vie sous la forme d'une sorte d'animal, ami imaginaire d'Elliott qui lui soufflera en permanence les innombrables raisons de ne pas avoir confiance en lui. L'effet est réaliste puisqu'on ressent bien à quel point ces messages insidieux viennent parasiter le comportement de l'ado et décourager les rares moments où il pensait pouvoir s'en sortir correctement. En même temps, le jeune Elliott ne se laisse pas faire et cherche autant que possible à faire taire cette angoisse et à passer outre ses mauvais présages permanents. Le tout est raconté sur le ton de l'humour. Le trait est une ligne claire très propre et agréablement colorisée. L'album est structuré en gags en une page qui forment une histoire sur la longueur. Les souvenirs de collège jaillissent naturellement de cette lecture qui pourra parler autant aux adultes qu'aux jeunes lecteurs directement concernés. Les dialogues et situations sont régulièrement cocasses tout en dégageant une réelle authenticité. On s'attache assez vite au jeune héros mais le point de vue n'est pas strictement masculin pour autant puisqu'une fille fera son apparition aux deux tiers de l'album, avec là aussi ses propres problématiques très justement racontées. C'est drôle et touchant et ça donne envie de lire la suite.

11/01/2023 (modifier)
Par Titanick
Note: 4/5
Couverture de la série Traquemage
Traquemage

Un bon moment de détente où on ne se prend pas le chou, ça fait plaisir. De la fantasy pour de rire dans cet univers rural moyenâgeux. Les mages sont les puissants de ce monde et leurs guerres intestines provoquent des catastrophes chez les paysans. Quoi de plus normal que de se révolter lorsque l’on est un petit fromager qui a presque tout perdu. Quel trio improbable, le berger pas bien futé, sa biquette déjantée seule rescapée du massacre, et la fée toujours pompette ! Leurs tribulations pour occire tous les mages de la contrée, sont sacrément plaisantes à suivre. J’ai trouvé le premier tome pas tout à fait convaincant, le héros passablement antipathique au départ, un peu imbu de sa personne, dénigrant l’aide des villageois mais la fée et la biquette valent le déplacement. Dans le deuxième tome les choses s’emballent et j’ai beaucoup aimé la rencontre avec ce premier mage. La confrontation est haute en couleurs. Notre héros se laisse bercer par les sirènes de l’ultralibéralisme… jouissif. À propos de sirènes, elles sont à croquer d’ailleurs ! Le tome trois ne m’a pas déçue, au contraire. Mention spéciale pour Dieu en personne. Vous l’aurez compris, à lire juste pour le plaisir. Le dessin n’est pas en reste, beaux décors et trognes au petit poil, surtout la biquette !

11/01/2023 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Blue in green
Blue in green

Ram V nous propose un album d’une profondeur inouïe, où la musique, et plus particulièrement le jazz, occupe une place centrale (« Blue in green » est d’ailleurs le nom d’une chanson de Miles Davis). L’histoire débute comme une fable familiale assez classique, mais « dérape » assez rapidement avec l’apparition d’un spectre mystérieux qui va changer le cours de la vie du protagoniste. Sa quête d’identité nous fera réfléchir sur rôle de la musique (et de l’art de manière plus générale) dans nos vies... une thématique par ailleurs chère à Dave McKean, un auteur que j’adore (voir Cages par exemple). Le lecteur se fera sa propre interprétation sur la nature du spectre : j’y ai personnellement vu une métaphore de la souffrance et de la dépression de l’artiste, de la difficulté à créer. La réalisation est impeccable. La narration est parfaite, alors que les auteurs expliquent avoir improvisé le scenario, ce qui est quand même fort ! Et la mise en image de Anand RK et John Pearson est exemplaire, dans un style cauchemardesque qui lorgne lui aussi vers Dave McKean ou encore Martin Simmonds dans The Department of Truth. En tout cas les planches ont de la gueule. Un coup de maître(s), et un album que je recommande aux amateurs de ce genre de thèmes.

11/01/2023 (modifier)
Couverture de la série Partitions irlandaises
Partitions irlandaises

Un bel album que ce 1er tome. Déjà il m’aura fait connaître le football gaélique ;) Je ne connaissais que la partie Fantasy de la carrière de Vincent Bailly qui m’avait moyennement emballé. Ici une impression de le découvrir véritablement, j’ai beaucoup aimé son trait et ses couleurs, le rendu fait lâché et vivant. Le genre contemporain lui va à ravir, il amène pas mal d’ambiance et de poésie au récit de Kris. L’histoire n’est pas en reste, j’ai particulièrement savouré la construction de ce premier couplet, il faut dire que je m’y suis lancé en aveugle même si je m’attendais aux ingrédients proposés, Irlande oblige. Des personnages intéressants, de bons dialogues pour une montée en puissance du récit. Le charme a opéré sur moi, je suivrai ces partitions.

10/01/2023 (modifier)
Couverture de la série Rocking chair
Rocking chair

Oh la chouette balade !! Un beau duo que cette association d’auteurs. Peyraud que j’apprécie beaucoup nous sert un western atypique, une promenade dans le grand ouest via le parcours d’un rocking-chair. Les transitions sont très bien amenées et donnent un récit très riche au ton doux amer, avec en fil rouge la fameuse chaise qui passe dans de nombreuses mains. Le récit n’oublie pas de retomber sur ses pattes, la fin m’a beaucoup plu, ainsi que nos 2 principaux personnages. Le trait de Kokor ne m’a jamais vraiment attiré mais je réparerai cette erreur, la qualité de l’album lui est également dû. Une narration et un dessin maîtrisés qui vous attrapent en peu de temps. J’ai adoré la planche avec les loups et cette façon dont l’auteur arrive à faire « respirer » le récit. Un nombre conséquent de pages mais c’est super fluide et plaisant à suivre. Vraiment du bon boulot pour un super moment de lecture.

10/01/2023 (modifier)
Couverture de la série Les Petits Monarques
Les Petits Monarques

On a là un road-trip post-apocalypse, c’est-à-dire a priori quelque chose qui arrive sur du déjà-vu, un truc pas mal balisé. Le plaisir de lecture – bien réel – vient avant tout de la façon dont le thème est traité, sans esbroufe d’une part, et avec un angle d’attaque assez original. Le scénario est globalement assez léger. Avare de personnages (on ne croise pas grand-chose de vivant dans cette histoire !), centré sur une jeune chercheuse accompagnée d’une gamine, qui traversent une partie des États-Unis du tout début du XXIIème siècle, après une catastrophe qui a anéanti la quasi-totalité de la vie. Avare d’action aussi. L’intrigue prend son temps, on flâne avec notre gamine qui remplit une sorte de « cahier de vacances ». Obsédés de séries d’action s’abstenir ! On n’est pas dans la veine de séries comme Hombre. Et pourtant (ou alors grâce à tout ça), c’est une lecture agréable, jamais ennuyeuse. La narration est fluide, la gamine est attachante (même si je l’ai trouvé un chouia trop « adulte », mature, dans certaines de ses réactions). Même fluidité pour le dessin (quelques airs de Peeters, avec quelques personnages aux traits un peu plus rondouillards). Surtout, j’ai trouvé original et équilibré l’utilisation de données scientifiques (qui ne tombe jamais dans le charabia ou le n’importe quoi), en particulier autour des papillons monarques, des données de géolocalisation, le côté « science pour s’amuser » développée par notre jeune héroïne, le tout s’insérant très bien dans le déroulé global de l’intrigue. Quelques montées de tensions – ça reste le plus souvent sous-jacent – mais c’est quand même, dans un univers pourtant mortifère avec une menace latente (communautés d’enfouis, séisme, etc) quelque chose d’apaisé qui nous est présenté. Sans trop spoiler, le choix de l’auteur pour sa conclusion est quelque peu original, mais pas trop frustrant. Après tout, c’est le voyage qui nous a intéressé. Chouette lecture en tout cas.

10/01/2023 (modifier)
Couverture de la série L'Enfant cachée
L'Enfant cachée

J’ai vraiment bien aimé cette lecture. Je lui aurais personnellement attribué trois étoiles. Mais, même si les adultes comme moi peuvent y trouver leur bonheur, elle s’adresse avant tout à un lectorat plus jeune, et c’est à cette aune que je l’évalue finalement au cran supérieur. Traiter de la shoah, des rafles, et plus généralement de l’horreur vécue par de nombreuses personnes durant l’occupation nazie est difficile, lorsque l’on s’adresse à des jeunes. Où placer le curseur ? Comment dire et montrer les choses sans trop en dire ou en montrer ? Tout en restant intelligible. C’est un équilibre fragile, que Dauvillier est parvenu à atteindre ici, sans mièvrerie, avec des ellipses nécessaires, mais laissent deviner suffisamment les choses (c’est une grand-mère, qui raconte sa triste expérience à sa petite-fille – qui a donc le même âge qu’elle lorsqu’elle a vécu ces événements). Le parti-pris de montrer davantage certains aspects positifs (le courage de certains qui ont « caché » cette gamine juive) rend la lecture plus digérable pour les jeunes lecteurs. Jeunes lecteurs qui trouveront, avec le dessin de Lizano (personnages aux traits simples, avec une bonne grosse tête), quelque chose d’accrocheur. Lizano remettra d’ailleurs ensuite le couvert sur le même thème et pour le même public jeune, avec Un Grand-père tombé du ciel, lui aussi globalement réussi. Note réelle 3,5/5.

10/01/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Avaler la terre
Avaler la terre

Avec la réédition, j'ai enfin eu le plaisir de lire cette série que je convoitais depuis un moment mais dont les tomes en occasion faisaient claquer un PEL à eux seuls. Ce qui m'intéressait surtout, c'est ce pitch de base qui semble ô combien moderne alors qu'il accuse l'âge honorable de 54 ans. Pour le resituer, il faut se dire qu'il sort en 1968, et pourtant semble déjà bien en avance : une femme victime de la société humaine et des hommes veut abolir l'argent, les lois, la morale et faire payer aux hommes. Ça sent le récit anti-capitaliste et féministe, non ? Et c'est ce que j'ai trouvé dedans. Même si, comme l'a souligné très justement Gaston, le récit semble un peu décousu et manque parfois de liens directs. C'est une caractéristique qu'on retrouve souvent chez Tezuka, dû notamment à des impératifs de production. Mais malgré cette sensation de naviguer entre différents épisodes de séries, je trouve que l'ensemble se tient et reste cohérent. C'est une prouesse, vis-à-vis de ce qu'il nous détaille, mais c'est souvent très juste. Les épisodes intercalés, présentant simplement des moments de vide dans un monde qui change brutalement, sont déchirants et bouleversant. Je reste encore touché par l'une de ces histoires, à la fois belle et tragique. Je suis souvent très positif sur les BD de Tezuka, que j'aime énormément. Ce n'est pas pour autant que je suis fermé sur les défauts bien réels qu'il a : le dessin peut aujourd'hui rebuter, la façon dont ses personnages se déforment, les passages très cartoonesques qui font parfois tâche au milieu. Personnellement j'y suis habitué et je vois ça comme un souci de communiquer au plus vite et au plus efficace. Par les déformations, il permets de comprendre tout les enjeux et les émotions rapidement. Un autre reproche que je peux entendre concerne les personnages qui sont parfois caricaturaux et stéréotypés. Ici, le personnage principal est défini comme un alcoolique peu intéressé par la gente féminine. Ce qui ne me gêne pas non plus, puisque je vois le procédé comme un usage narratif : on représente un personnage hédoniste qui n'aime que boire, dans une simplicité de vie totale. Bref, même si je comprends les critiques que peuvent soulever les récits de Tezuka, je dois bien le dire : je passe largement outre. Car ce récit dépasse son simple pitch pour nous proposer une histoire de vengeance qui ne se finit pas bien (comme souvent) mais pas pour ceux qu'on imaginait. C'est une dénonciation du capitalisme sauvage et globalisé, de l'attrait de l'argent, du racisme et de l'absurdité du genre humain, toujours plus prompt à descendre son voisin qu'à l'aider. Là où le récit fait vraiment mouche, c'est qu'en dehors de grosses ficelles scénaristiques nécessaire (l'or extrait du continent, par exemple, où le matériel qui permets de faire une seconde peau), le récit ne fait que développer ce qu'il fournit de base, sans jamais ajouter à outrance pour relancer la machine. L'exemple de cette peau qui permets de se faire passer pour n'importe qui permets de montrer à la fois la propension de l'humain à la criminalité lorsque les conséquences disparaissent, parler de racisme, mais aussi montrer une superbe et émouvante histoire de famille qui remet en question le modèle classique (ce que l'auteur refera à la fin du livre d'ailleurs). Comme si l'auteur voulait montrer que le capitalisme qui se fait abattre dans le récit est aussi une question de société et de domination permanente. A cet égard, le traitement des femmes est remarquable : la violence sexiste omniprésente, les conventions sociales qui nécessitent de toujours être plus belle, la violence sexuelle (suggérée très fortement à plusieurs reprise dans le récit) servent à mettre en lumière l'origine de cette vengeance. Même si Tezuka semble condamner les actes de ces femmes qui vont tout faire imploser, il ne condamne pas pour autant ce qu'elle font. Les motivations sont mauvaises, mais le combat semble louable. Encore une fois, il ne se contente pas d'un récit manichéen et l'étire en tout sens pour montrer les limites de chaque chose. C'est intelligent et menée de façon assez crédible (je n'ai pas dit réaliste). En fin de compte, je dois dire que la lecture m'a perturbée. Déjà par la façon d'aborder ce sabotage en règle du capitalisme qui est présenté. Mais aussi par la violence qui baigne l’œuvre. Que ce soit autour du sexe, des femmes, de l'argent, des militaires ... Une violence que l'auteur condamne à chaque fois. Mais qui reviendra pourtant sans cesse. Je suis toujours ébahi par ce que l'auteur peut nous proposer. Autant de beauté et de noirceur dans une seule œuvre, autant de dégout de l'humanité et autant d'amour en même temps. Je sais que l'auteur à vécu la guerre et en est très clairement ressorti traumatisé, ce qui se sent dans toutes ses œuvres. Mais comment fait-il pour faire d'aussi belles histoires aussi violentes et aussi tristes ? Vraiment, Tezuka, j'ai beau essayer, je ne m'en remets pas.

10/01/2023 (modifier)
Couverture de la série Babybox
Babybox

C'est la première oeuvre de Jung que je lis et j'ai beaucoup apprécié son style graphique et narratif. Si la double recherche de ses origines (familiales et nationale) est assez classique, j'ai beaucoup aimé la façon dont Jung a traité ces sujets. Claire en tant qu'immigrée de la deuxième génération sans beaucoup de racines au pays se sent bien plus française que coréenne. Comme il n'y a pas de passif historique entre les deux pays son intégration est vraiment assez facile. C'est la découverte malheureuse de son abandon et de son adoption qui provoque un traumatisme qui remet tout en cause. J'ai trouvé le scénario très touchant capable d'induire de nombreuses questions sur la problématique de l'abandon. D'autant plus que Claire est abandonnée en 1982, époque où la Corée n'est plus le pays misérable des années 60. Jung n'apporte pas de réponse approfondie à cette problématique. C'est la reconstruction de Claire qui l'intéresse à travers la fin du récit. Cette reconstruction passe forcément par un deuil dans son passé. Jung nous propose une fin sous forme de réconciliation entre son passé et son présent qui peut paraître simpliste mais que je trouve porteuse d'avenir et qui me plait bien. J'ai découvert le graphisme de Jung qui m'a conquis immédiatement. Son trait est précis, fin et donne beaucoup de personnalité aux personnages. Ses extérieurs de Paris et surtout de Séoul créent une ambiance qui porte la dramaturgie du récit. J'aime beaucoup l'utilisation de ses gris et de ses noirs avec cette pointe de rouge qui renforce le tragique de la situation. Ses personnages sont vraiment attachants et la relation entre la soeur et le petit frère est très bien mise en image tout en lui donnant de la profondeur émotionnelle. Une superbe lecture qui me donne envie de poursuivre avec cet auteur.

10/01/2023 (modifier)