Connectez-vous pour cacher cette bannière publicitaire.

Le Monde à tes pieds

Note: 3.67/5
(3.67/5 pour 3 avis)

Un triptyque chargé d’intensité et d’émotions qui dessine le portrait lucide d’un mal-être social.


Auteurs espagnols Format à l’italienne La Boite à Bulles

Chronique de l’Espagne contemporaine en trois chapitres, Le Monde à tes pieds se penche sur le malaise de trois existences. Celle de Carlos — ingénieur surdiplômé contraint d’émigrer en Estonie au détriment de son couple — de David — chômeur depuis 4 ans et dont la seule opportunité financière devient une femme mûre en mal d’amour — et de Sara — promise à un brillant avenir mais finalement devenue une démarcheuse téléphonique aux ressources insuffisantes... Ils ne se connaissent pas mais partagent le même mal-être, les mêmes ressentiments, les mêmes vies éclaboussées par l’échec. Chacun se bat à sa façon contre une société en pleine crise économique où joindre les deux bouts passe avant la recherche du bonheur personnel. Incarnations d’une génération sacrifiée à qui l’on a fait miroiter un futur radieux, Carlos, David, Sara — et tous les autres — cherchent leur place et cet avenir fait d’opulence et de joie qu’on leur avait promis. Texte : Editeur.

Scénariste
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 29 Mars 2017
Statut histoire Histoires courtes 1 tome paru
Couverture de la série Le Monde à tes pieds
Les notes (3)
Cliquez pour lire les avis

25/04/2017 | Alix
Modifier


L'avatar du posteur Mac Arthur

Comme le dit très justement Alix, « Le monde à tes pieds » est à conseiller aux amateurs de romans graphiques. Je serais même enclin à le déconseiller aux autres tant nous sommes là face à un récit du plus pur des quotidiens. Trois histoires (pas spécialement courtes car l’album est volumineux) pour nous parler de trois parcours de jeunes adultes en quête d’une place dans une société espagnole en pleine crise économique. Je me demande si d’ici une vingtaine d’année, cet album n’aura pas gagné en intérêt tant il saisit avec justesse un problème d’actualité et le ressenti de ces jeunes adultes. Ces trois récits offrent trois profils différents. Le premier va devoir s’expatrier pour pouvoir exercer ce pour quoi il a été formé. Le découpage de ce récit, qui fonctionne sur deux lignes temporelles distinctes, est original et permet d’accrocher l’attention du lecteur malgré la banalité de la situation et des propos. Dans le deuxième récit, le personnage, sans réelle formation, va devoir se créer son propre emploi. C’est le récit le plus farfelu à mes yeux, qui veut dénoncer le confort bourgeois d’une certaine classe sociale espagnole face au désastre économique subit par les jeunes en quête d’emploi. La critique est ici plus agressive mais le personnage ne me touche pas. Pas plus que le troisième personnage, objet de toutes les attentions du troisième récit. Celle-là est vraiment énervante. Oui, elle a un boulot de merde (opératrice en démarchage téléphonique), et elle espérait bien mieux grâce à ses études... Mais de là à devenir aussi agressive et rancunière ! C’est le récit qui m’a le moins parlé... Je ne dis pas qu’il n’est pas juste mais ce personnage est tellement irritant... Ca a beau être le sujet de ce récit (la transformation d'un caractère et l'évolution de la rancune suite à la frustration, puis la prise de conscience et enfin l'acceptation de la situation... qui à la fin de ce récit ressemble à de la résignation), ce type de personnage ne me parle pas, il ne m'intéresse pas. En résumé : Je n’ai pas été spécialement touché par les personnages (dont certains sont plus irritants que touchants). Je n’ai pas été interpellé par les situations décrites (que je connais trop bien à force de les croiser au quotidien). Je n’ai pas été subjugué par le dessin (même si, pour ce genre de sujet, il est très bon et offre des cadrages variés). J’ai beaucoup aimé le découpage. Le format à l’italienne apporte un plus et certaines idées graphiques m’ont vraiment bien plu (notamment pour la description du caractère mécanique du démarchage téléphonique). Je ne me suis pas ennuyé mais je n’ai pas été passionné. Je n’ai rien lu de neuf mais je pense que cet album permettra dans un avenir éloigné de comprendre l’état d’esprit des jeunes adultes à une certaine époque. Pas mal en somme… mais sans plus pour moi. Je ne déconseillerais pas l'achat mais uniquement si vous êtes fans de romans graphiques... ou si nous sommes en 2050 et si vous aimeriez savoir comment les jeunes Espagnols ont vécu la crise économique des années 2010.

29/10/2018 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Erik

Les auteurs espagnols sont manifestement assez marqués par la crise qui a touché violemment l’Espagne durant la décennie 2007-2017. Sur le même sujet, un auteur comme Miguelanxo Prado avec ses « Proies faciles » ne m’avait guère convaincu. J’ai découvert Nadar en 2015 avec l’excellent Papier froissé. Je viens d’enchaîner sur cette œuvre que je qualifie d’excellente à tous les points de vue. Il a fait coup double. C’est un autre auteur espagnol plus jeune et très prometteur. Bref, au lieu de se pencher sur les vieux de la vieille qui nous ont laissé ce monde pourri, on ferait mieux de découvrir de jeunes porteurs d’espoir. Cela ne vaut pas que pour la bd. Il faut dire que j’adhère totalement à ce discours de l’auteur. Par ailleurs, il développe une thématique qui m’est très cher pour l’avoir également connu à savoir le déclassement professionnel. Vous êtes hyper diplômés de type Bac+5 major de promotion en droit et vous vous retrouvez à servir du café pour des ignares, faute d’avoir de bonnes relations surtout lorsque vous venez d’un milieu défavorisé. C’est le lot de milliers de jeunes en Espagne mais je dirai également en France. L’avenir se situe dans le fait d’accepter des boulots à l’étranger et pourquoi pas à Tallin en Estonie où il fait -4 degrés. D’ailleurs, cette œuvre se sépare en trois récits et trois jeunes ayant un parcours différents pour faire face à cette crise. Le premier Carlos doit partir en Estonie et émigrer dans un pays dont il ne parle même pas la langue en sacrifiant la personne qu’il aime et qui partageait sa vie. Le second à savoir David n’a pas d’autres choix que de se prostituer pour satisfaire des vieilles bourgeoises en manque de sexe tout en cachant cette lucrative activité à sa pauvre maman qui a placé beaucoup d’espoir en lui. La dernière à savoir Sarah, diplômée en histoire, s’apitoie sur son sort de vendeuse par téléphone sur des plateformes dédiées à l’assurance-vie. C’est difficile d’entrer sur le monde du travail dans une société en crise et d’essayer de construire un couple et pourquoi pas une famille. J’ai bien aimé la façon dont Sarah remet à leur place ses parents qui font la morale dans une scène que je qualifierai d’anthologie. La génération Y est très souvent décriée. Cependant, c’est la génération précédente qui a eu droit à la retraite à 60 ans en bénéficiant des 30 Glorieuses et qui nous laisse à gérer les conséquences de leurs actes. La nouvelle génération a du mal à avoir le même niveau de vie que les parents et c’est quand même un problème. L’auteur a su gérer tout cela à merveille en évitant le pathos. Il a su trouver l’équilibre exact dans sa réflexion sur l’Espagne contemporaine. Par ailleurs, il apporte des réponses ou des pistes. C’est clair que cela passera par des efforts et le sens du sacrifice.

15/05/2017 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
L'avatar du posteur Alix

Cet album regroupe 3 histoires sur un thème similaire : le monde du travail, les choix difficiles que les jeunes doivent faire de nos jours, les attentes et les déceptions. Sans être nommé, le thème du « déclassement » est central, cad selon la postface « le décalage défavorable entre le niveau de formation et la position sur le marché du travail. » Les différents protagonistes sont diplômés, remplis de rêves et d’espoirs, mais se retrouvent confrontés à la dure réalité du monde du travail… Se mêlent à tout ça des problèmes plus personnels, la famille, les relations amoureuses etc… Bref, le ton est donc très humain, et très juste, même si certains personnages sont un peu horripilants par moments. La mise en image est réussie, j’aime beaucoup les couleurs un peu flashy et le format à l’italienne, cela donne un certain charme à l’album. Deuxième album du jeune espagnol Nadar après Papier froissé chez Futuro, et deuxième réussite… à recommander aux amateurs de romans graphiques !

25/04/2017 (modifier)