(mais 3 si vous avez lu le court, limpide mais dense roman de Zweig)
La rencontre autour d'une partie d'échecs entre un maître et un inconnu ayant pénétré les arcanes du jeu.
Les personnages sont brièvement décrits mais assez pour le récit, l'équilibre est bien dosé. Mais si l'ouvrage est assez fidèle à l'histoire, il passe trop vite sur la période cruciale de bascule psychologue de cet énigmatique, qui est ici pourtant très joliment mise en image.
Les contours doux des dessins souvent de profil et la palette des couleurs pastel rendent un bel effet Art déco qui colle à l'époque de cette croisière.
Oui, une belle lecture (qui suivra et ne doit pas précéder la lecture du récit originel) qui me donne sacrément envie d'en savoir plus sur Thomas Humeau.
Ce récit historique est très sympa avec son dessin et ses couleurs semi-réalistes. Historiquement, c'est fiable et les petites touches d'humour allègent un biopic assez complet sur le personnage de Guillaume. On en profite pour faire un petit tour dans la Normandie et dans l'Angleterre du XIe siècle ! A noter, un dossier documentaire en fin d'album et un quizz !
En effet, c'est une BD particulière, qui ne plaira pas à tout le monde. On peut même affirmer qu'elle ne plaira pas au plus grand monde.
Point de vue accessibilité déjà, c'est pas évident. Difficile de choper l'ouvrage en bibli (expérience vécue), alors il vous reste un proche qui peut vous le prêter, sinon comptez... 60€ pour le posséder. Si on peut se permettre cela, s'ensuit la forme qui sort presque du cadre de la bande dessinée : roman lourd de plusieurs centaines de pages, une bichromie particulière portée par un dessin à l'apparence d'esquisse, une variété de supports graphiques, un scénario qui ne se veut pas intelligible, etc. Tout ça peut ne pas plaire.
Mais va-t'en donc savoir pourquoi, alors même que je me trouvais parfois dans l'incompréhension la plus totale, j'ai plongé les 2 pieds dans cette histoire. Il m'a fallu du temps pour entrer dans le récit et pourtant j'aimais déjà ce mystère qui, bien qu'abscons, m'a donné envie de poursuivre la lecture. Le dessin, que je trouve plein de vie, est aussi ce qui m'a attiré au premier coup d'œil. Ce qui m'a énormément plu aussi, c'est l'écriture et le style narratif. Le texte dégage beaucoup de puissance et ainsi accentue la tension dramatique, la réflexion ou encore l'humour... Humour que l'on retrouve un peu tout du long et qui m'a particulièrement plu.
Enfin sur le fond, je ne vais pas prétendre avoir tout compris, loin s'en faut. Mais j'ai ce sentiment d'incompréhension curieuse, qui ne demande qu'à être réduite à mesure que je serai amené à relire ce récit qui, paradoxalement, se lit d'une facilité sans nom. L'environnement, les cases muettes, les discours et le tempo sont autant de facteurs qui m'ont entraîné dans une réflexion intellectuelle sans douleurs. L'Art est-il dangereux ? Est ce que la vie d'artiste c'est vivre libre ? D'où nait la créativité ? L'origine de la création et sa fin ? Pourquoi lier tant la Mort et l'Art ? A travers un peintre, un musicien, un critique d'art, un écrivain... nous sommes amenés à toutes ses réflexions proprement philosophiques. Moi ça m'plaît
Plutôt que de chercher à comprendre objectivement ce que l'auteur a voulu exprimer, peut-être faut-il laisser plutôt libre cours à son interprétation, en acceptant l'idée que les zones d'ombre se traduisent finalement par une couleur de plus à ce magnifique tableau, riche de mystères et de sens.
C'est à lire au moins une fois. Attention à l'achat compulsif vous pourriez vous en vouloir. Il ne faudra pas se lasser de le relire car c'est un bijou de prise de recul et de réflexions, non sans un ton de légèreté et d'étrangeté attirante.
Je me suis régalé à lire cette série "aux couleurs de l'Afrique". C'est pour le moment la série de la collection Harmattan BD que je préfère.
Cette histoire peut être lue à partir de 8 ans et les adultes y trouveront de quoi aiguillonner leur curiosité sur l'histoire du thé. J'ai trouvé le scénario d'Elanni et de Djaï très réussi.
L'histoire d'Adjoua, jeune Ivoirienne moderne et courageuse s'articule autour des trois parties d'un proverbe Touareg sur le thé : "Fort comme le vie, amer comme l'amour et suave comme la mort".
Le scénario mêle des éléments historiques qui nous emmènent du Maroc à la Sierra Léone et ses blood diamants pour finir en Chine berceau historique d'une plante qui a fait couler beaucoup de sang.
Le récit est bien structuré, nerveux et rapide. Les auteurs ont su équilibrer les passages historiques très intéressants avec une partie romanesque à fort tension émotionnelle. Le personnage d'Adjoua est vraiment attachant et son côté ouverte au monde m'a séduit.
Le graphisme de Koffi Roger s'inscrit dans un style réaliste un peu naïf qui ouvre le récit aux enfants aussi bien qu'aux adultes. Son trait un peu figé me rappelle les séries 80's mais c'est compensé par une modernité d'esprit.
Une lecture rapide ouverte à tous qui m'a beaucoup plu.
D'un point de vue graphique, c'est un très bel album avec des pages de dessins presque oniriques ou fantastiques, d'autres qui mettent en scène des actions, et d'autres qui donnent des vues pleines de détails de ce monde futur où nous sommes plongés (paysages, perspectives, habitats...).
Les personnages constituent une belle galerie de trognes, mais ils sont très bien dessinés et reconnaissables sans difficulté, avec des personnalités variées.
Le sujet est très actuel (une société en voie d'effondrement dans un monde inondé). Heureusement, la vision plutôt lucide et pessimiste de la probable réaction des humains confrontés à la pénurie et à l'effondrement est contrebalancée par l'humour, et par la vitalité qui se dégage de nombreux personnages qui choisissent de lutter chacun à leur façon. Enfin le récit comporte une dose de mystère fantastique par la présence de l'énigmatique chien bleu sur lequel on devrait certainement en savoir plus dans la suite.
Quelques années après avoir lu Economix, et quelque mois après la lecture d'Le Monde sans fin, j'ai un peu trainé à acheter celui-ci. Je me disais "est-ce que je vais apprendre quelque chose de nouveau ? " Eh bien oui. Le questionnement est plus proche de économix : comment en arrive-t-on à autant d'inégalités sociales, pourquoi l'économie finance-t-elle si mal nos hôpitaux et nos écoles ? Mais c'est une étude historique qui va jusqu'à des propositions, ce qui nous laisse moins dans la déprime, et en ces temps, c'est plutôt une bonne chose ! La prise en compte du fait que notre vieille Europe s'est construite sur l'esclavage, nous mènera assurément vers des solutions différentes de celles de Jancovici qui insidieusement continue dans cette voie...
1. le parti graphique est très efficace et agréable. Les lecteurs de la revue dessinée retrouveront les pages pastelles et souvent bicolores de Benjamin Adam, où les contrastes forts de valeur entre les cases donnent un rythme visuel et un cadre sécurisant. Dans le même esprit, les bulles noires ou blanches aident à suivre les personnages dans leurs dialogues. Chaque chapitre s'appuie sur un fond de couleur différente, ce qui fait qu'on pourra le retrouver (intéressant dans une BD/thèse, où le fond est roboratif et complexe, il faut parfois faire des retours en arrière)
2. l'idée de découper les étapes de l'histoire suivant les aventures d'une famille aurait pu sembler artificielle, et même si les anachronismes langagiers ne manquent pas, le sous-texte de l'histoire familiale nous aide vraiment à fixer notre attention. Les caractères des personnages, installés dans leur généalogie et leur environnement social et historique, réussissent à nous toucher malgré leur discours parfois didactique. On ressent que les choix idéologiques sont liés à des habitudes familiales mais aussi à des intérêts financiers qui se modifient avec les évolutions géopolitiques du monde.
3. Quelques chiffres, quelques dates, , on prend parfois à parti le lecteur, et c'est une histoire de l'économie en France jusqu'à nous en 2020 ! Après le covid, après me-too, l'album se termine par 6 propositions de Thomas Piketty pour diminuer les inégalités sociales au niveau européen. Des propositions de modification du droit social des entreprises, de la fiscalité du patrimoine, une taxe carbone progressive (et non proportionnelle) , bref des outils atteignables.
Contrairement au "monde sans fin" de Blain et Jancovici qui assoient leur solution sur la continuation du pillage de l'uranium dans des pays lointains, sans se soucier de la légitimité de ce choix, ici l'objectif est bien de réduire les inégalités d'abord. Redistribuer différemment et éduquer mieux, pour que les décisions puissent être prise de manière légitime. Bel objectif, qui me parle plus en tout cas !
Pas bcp de choses à rajouter à ce qu'a dit MacKott.
Une bio d'EPJ dans le style d'EPJ, une belle réussite, indéniablement.
Néanmoins, tout ceci est bien lisse. Je connais un peu la vie de ce dessinateur, et le côté sombre de celui-ci a souvent été zappé. Mis à part "Van Melk" et une rapide évocation des Funkens, certaines collaborations ont été oubliées. La rupture avec Hergé est évacuée, et l'accrochage avec Martin aussi. Tout au plus, avons-nous des informations indirectes. Mis à part ces "oublis", c'est une bonne bio.
Néanmoins, c'est un bel ouvrage plaisant à lire, du beau boulot.
Zep a depuis quelques temps publié des albums qui le font sortir des cours de récréation, pour s’adresser aussi aux adultes. Avec cet Esmera, il ne s’adresse plus qu’à eux, et je pense que c’est ce que j’ai lu de meilleur de lui !
D’abord parce que cet album propose une vraie histoire, que ce n’est pas du tout un simple empilement de scènes de sexe (alors même que tout l’album et une bonne partie des cases ne parlent que de ça !). Ensuite parce que cette histoire justement, est assez originale et captivante.
A partir du moment où « Esmera » découvre sa singularité (aucune explication ne nous est donnée du pourquoi, et du pourquoi à partir de ce moment-là seulement, mais en fait on s’en fiche !), elle et son double vont apprendre à se connaitre, à s’apprivoiser, à gérer les innombrables problèmes et frustrations qui vont les mettre en difficulté. L’humour n’est pas oublié, certaines situations restant cocasses.
Placée en pleine période de révolution sexuelle post-soixante-huitarde, cette histoire met en avant la recherche du plaisir, l’absence de tabou (je regrette juste que le sida, évoqué au détour d’une phrase, soit escamoté, tant il a forcément dû impacter une personne à l’activité sexuelle aussi intense et débridée !).
Si l’album est un succès, il le doit aussi au dessin de Vince, que j’ai trouvé excellent, bien plus réussi que ce que je connaissais de lui. Et la colorisation, jouant sur des dégradés de gris et de marron est, elle aussi, très chouette.
C’est clairement une belle réussite du genre.
Adapté du roman d’Olivier Guez « La Disparition de Joseph Mengele (prix Renaudot 1987), cet album raconte la cavale d’un des hauts responsables des horreurs commises par les Nazis : le tristement célèbre « médecin d’Auschwitz ». Resté dans l’histoire comme celui qui a pratiqué des expériences médicales souvent mortelles sur des hommes, des femmes et même des enfants, Mengele a réussi à passer à travers les mailles du filet et à fuir en Amérique Latine. L’histoire commence alors que Mengele alias Helmut Gregor débarque en Argentine, pays d’accueil des Nazis en fuite. Le récit est très bien construit, avec des flash-backs très noirs qui rappellent le rôle qu’il a joué à Auschwitz. Dans un premier temps, on assiste assez médusés à la vie d’expat des Nazis qui n'ont rien perdu de leurs convictions idéologiques et qui, depuis leurs résidences luxueuses, envisagent la renaissance de l’Allemagne nazie sous le nom de IVe Reich. Dans un second temps, la pression des services secrets israéliens et l’enlèvement d’Eichmann font basculer le récit dans une fuite sans répit jusqu’à la mort. Le scénario est fidèle à l’histoire, un peu rapide sur certains points mais on ne peut pas tout développer. Il aborde aussi la question des procès, de l’après-guerre en Allemagne et de la place des anciens Nazis dans la société ainsi que le rôle des familles de Nazis qui tout en soutenant financièrement leur parent en exil ont, elles aussi, repris une vie normale sans être inquiétées. Le scénario est très cohérent et se développe chronologiquement puisqu’on suit le personnage jusqu’à sa mort. Le très beau dessin restitue parfaitement ces ambiances lourdes que ce soit à Auschwitz avec des couleurs presque noires ou en Amérique du Sud. Mailliet fait d’ailleurs un usage du noir tout à fait intéressant le faisant apparaitre là où on ne l’attend pas forcément, alourdissant les ambiances même quand la scène se déroule au soleil. Un très bon album qui remet en lumière la grande question de la justice internationale pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
J'avais vraiment apprécié Nob dans les souvenirs de Mamette. Dad est un tout autre genre. Je trouve que l'exercice des strips/gags part avec un handicap sous la forme album. J'essaye d'être plus souple dans mes avis.
Ici Dad se présente sous la personne d'un papa célibataire qui élève seul ses quatre filles aux âges et tempéraments bien différents.
J'aime bien l'idée qui permet à la fois de créer des situations comiques grâce aux rapport père/filles mais aussi grâce aux égratignures de l'image de l'homme (le gag du slip Kangooroo m'a fait mourir de rire).
À la marge on peut y lire un hommage au travail ménager des femmes qui doivent souvent assurer seule une deuxième journée. Les gags sont gentils les personnages attachants (surtout Efix et Bébérénice) et cela se renouvèle plutôt bien.
J'aime ce type de graphisme rond bien soutenu par des belles couleurs vives et variées. Les scènes d'extérieur sont bien décorées ainsi que l'appartement de Dad.
Une série tendre et sympa à lire par petits fragments pour en garder la fraîcheur.
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Le Joueur d'échecs
(mais 3 si vous avez lu le court, limpide mais dense roman de Zweig) La rencontre autour d'une partie d'échecs entre un maître et un inconnu ayant pénétré les arcanes du jeu. Les personnages sont brièvement décrits mais assez pour le récit, l'équilibre est bien dosé. Mais si l'ouvrage est assez fidèle à l'histoire, il passe trop vite sur la période cruciale de bascule psychologue de cet énigmatique, qui est ici pourtant très joliment mise en image. Les contours doux des dessins souvent de profil et la palette des couleurs pastel rendent un bel effet Art déco qui colle à l'époque de cette croisière. Oui, une belle lecture (qui suivra et ne doit pas précéder la lecture du récit originel) qui me donne sacrément envie d'en savoir plus sur Thomas Humeau.
Guillaume le Conquérant en bande dessinée
Ce récit historique est très sympa avec son dessin et ses couleurs semi-réalistes. Historiquement, c'est fiable et les petites touches d'humour allègent un biopic assez complet sur le personnage de Guillaume. On en profite pour faire un petit tour dans la Normandie et dans l'Angleterre du XIe siècle ! A noter, un dossier documentaire en fin d'album et un quizz !
Cages
En effet, c'est une BD particulière, qui ne plaira pas à tout le monde. On peut même affirmer qu'elle ne plaira pas au plus grand monde. Point de vue accessibilité déjà, c'est pas évident. Difficile de choper l'ouvrage en bibli (expérience vécue), alors il vous reste un proche qui peut vous le prêter, sinon comptez... 60€ pour le posséder. Si on peut se permettre cela, s'ensuit la forme qui sort presque du cadre de la bande dessinée : roman lourd de plusieurs centaines de pages, une bichromie particulière portée par un dessin à l'apparence d'esquisse, une variété de supports graphiques, un scénario qui ne se veut pas intelligible, etc. Tout ça peut ne pas plaire. Mais va-t'en donc savoir pourquoi, alors même que je me trouvais parfois dans l'incompréhension la plus totale, j'ai plongé les 2 pieds dans cette histoire. Il m'a fallu du temps pour entrer dans le récit et pourtant j'aimais déjà ce mystère qui, bien qu'abscons, m'a donné envie de poursuivre la lecture. Le dessin, que je trouve plein de vie, est aussi ce qui m'a attiré au premier coup d'œil. Ce qui m'a énormément plu aussi, c'est l'écriture et le style narratif. Le texte dégage beaucoup de puissance et ainsi accentue la tension dramatique, la réflexion ou encore l'humour... Humour que l'on retrouve un peu tout du long et qui m'a particulièrement plu. Enfin sur le fond, je ne vais pas prétendre avoir tout compris, loin s'en faut. Mais j'ai ce sentiment d'incompréhension curieuse, qui ne demande qu'à être réduite à mesure que je serai amené à relire ce récit qui, paradoxalement, se lit d'une facilité sans nom. L'environnement, les cases muettes, les discours et le tempo sont autant de facteurs qui m'ont entraîné dans une réflexion intellectuelle sans douleurs. L'Art est-il dangereux ? Est ce que la vie d'artiste c'est vivre libre ? D'où nait la créativité ? L'origine de la création et sa fin ? Pourquoi lier tant la Mort et l'Art ? A travers un peintre, un musicien, un critique d'art, un écrivain... nous sommes amenés à toutes ses réflexions proprement philosophiques. Moi ça m'plaît Plutôt que de chercher à comprendre objectivement ce que l'auteur a voulu exprimer, peut-être faut-il laisser plutôt libre cours à son interprétation, en acceptant l'idée que les zones d'ombre se traduisent finalement par une couleur de plus à ce magnifique tableau, riche de mystères et de sens. C'est à lire au moins une fois. Attention à l'achat compulsif vous pourriez vous en vouloir. Il ne faudra pas se lasser de le relire car c'est un bijou de prise de recul et de réflexions, non sans un ton de légèreté et d'étrangeté attirante.
Légère amertume (une histoire du thé)
Je me suis régalé à lire cette série "aux couleurs de l'Afrique". C'est pour le moment la série de la collection Harmattan BD que je préfère. Cette histoire peut être lue à partir de 8 ans et les adultes y trouveront de quoi aiguillonner leur curiosité sur l'histoire du thé. J'ai trouvé le scénario d'Elanni et de Djaï très réussi. L'histoire d'Adjoua, jeune Ivoirienne moderne et courageuse s'articule autour des trois parties d'un proverbe Touareg sur le thé : "Fort comme le vie, amer comme l'amour et suave comme la mort". Le scénario mêle des éléments historiques qui nous emmènent du Maroc à la Sierra Léone et ses blood diamants pour finir en Chine berceau historique d'une plante qui a fait couler beaucoup de sang. Le récit est bien structuré, nerveux et rapide. Les auteurs ont su équilibrer les passages historiques très intéressants avec une partie romanesque à fort tension émotionnelle. Le personnage d'Adjoua est vraiment attachant et son côté ouverte au monde m'a séduit. Le graphisme de Koffi Roger s'inscrit dans un style réaliste un peu naïf qui ouvre le récit aux enfants aussi bien qu'aux adultes. Son trait un peu figé me rappelle les séries 80's mais c'est compensé par une modernité d'esprit. Une lecture rapide ouverte à tous qui m'a beaucoup plu.
L'Âge d'eau
D'un point de vue graphique, c'est un très bel album avec des pages de dessins presque oniriques ou fantastiques, d'autres qui mettent en scène des actions, et d'autres qui donnent des vues pleines de détails de ce monde futur où nous sommes plongés (paysages, perspectives, habitats...). Les personnages constituent une belle galerie de trognes, mais ils sont très bien dessinés et reconnaissables sans difficulté, avec des personnalités variées. Le sujet est très actuel (une société en voie d'effondrement dans un monde inondé). Heureusement, la vision plutôt lucide et pessimiste de la probable réaction des humains confrontés à la pénurie et à l'effondrement est contrebalancée par l'humour, et par la vitalité qui se dégage de nombreux personnages qui choisissent de lutter chacun à leur façon. Enfin le récit comporte une dose de mystère fantastique par la présence de l'énigmatique chien bleu sur lequel on devrait certainement en savoir plus dans la suite.
Capital & Idéologie
Quelques années après avoir lu Economix, et quelque mois après la lecture d'Le Monde sans fin, j'ai un peu trainé à acheter celui-ci. Je me disais "est-ce que je vais apprendre quelque chose de nouveau ? " Eh bien oui. Le questionnement est plus proche de économix : comment en arrive-t-on à autant d'inégalités sociales, pourquoi l'économie finance-t-elle si mal nos hôpitaux et nos écoles ? Mais c'est une étude historique qui va jusqu'à des propositions, ce qui nous laisse moins dans la déprime, et en ces temps, c'est plutôt une bonne chose ! La prise en compte du fait que notre vieille Europe s'est construite sur l'esclavage, nous mènera assurément vers des solutions différentes de celles de Jancovici qui insidieusement continue dans cette voie... 1. le parti graphique est très efficace et agréable. Les lecteurs de la revue dessinée retrouveront les pages pastelles et souvent bicolores de Benjamin Adam, où les contrastes forts de valeur entre les cases donnent un rythme visuel et un cadre sécurisant. Dans le même esprit, les bulles noires ou blanches aident à suivre les personnages dans leurs dialogues. Chaque chapitre s'appuie sur un fond de couleur différente, ce qui fait qu'on pourra le retrouver (intéressant dans une BD/thèse, où le fond est roboratif et complexe, il faut parfois faire des retours en arrière) 2. l'idée de découper les étapes de l'histoire suivant les aventures d'une famille aurait pu sembler artificielle, et même si les anachronismes langagiers ne manquent pas, le sous-texte de l'histoire familiale nous aide vraiment à fixer notre attention. Les caractères des personnages, installés dans leur généalogie et leur environnement social et historique, réussissent à nous toucher malgré leur discours parfois didactique. On ressent que les choix idéologiques sont liés à des habitudes familiales mais aussi à des intérêts financiers qui se modifient avec les évolutions géopolitiques du monde. 3. Quelques chiffres, quelques dates, , on prend parfois à parti le lecteur, et c'est une histoire de l'économie en France jusqu'à nous en 2020 ! Après le covid, après me-too, l'album se termine par 6 propositions de Thomas Piketty pour diminuer les inégalités sociales au niveau européen. Des propositions de modification du droit social des entreprises, de la fiscalité du patrimoine, une taxe carbone progressive (et non proportionnelle) , bref des outils atteignables. Contrairement au "monde sans fin" de Blain et Jancovici qui assoient leur solution sur la continuation du pillage de l'uranium dans des pays lointains, sans se soucier de la légitimité de ce choix, ici l'objectif est bien de réduire les inégalités d'abord. Redistribuer différemment et éduquer mieux, pour que les décisions puissent être prise de manière légitime. Bel objectif, qui me parle plus en tout cas !
Edgar P. Jacobs - Le Rêveur d'apocalypses
Pas bcp de choses à rajouter à ce qu'a dit MacKott. Une bio d'EPJ dans le style d'EPJ, une belle réussite, indéniablement. Néanmoins, tout ceci est bien lisse. Je connais un peu la vie de ce dessinateur, et le côté sombre de celui-ci a souvent été zappé. Mis à part "Van Melk" et une rapide évocation des Funkens, certaines collaborations ont été oubliées. La rupture avec Hergé est évacuée, et l'accrochage avec Martin aussi. Tout au plus, avons-nous des informations indirectes. Mis à part ces "oublis", c'est une bonne bio. Néanmoins, c'est un bel ouvrage plaisant à lire, du beau boulot.
Esmera
Zep a depuis quelques temps publié des albums qui le font sortir des cours de récréation, pour s’adresser aussi aux adultes. Avec cet Esmera, il ne s’adresse plus qu’à eux, et je pense que c’est ce que j’ai lu de meilleur de lui ! D’abord parce que cet album propose une vraie histoire, que ce n’est pas du tout un simple empilement de scènes de sexe (alors même que tout l’album et une bonne partie des cases ne parlent que de ça !). Ensuite parce que cette histoire justement, est assez originale et captivante. A partir du moment où « Esmera » découvre sa singularité (aucune explication ne nous est donnée du pourquoi, et du pourquoi à partir de ce moment-là seulement, mais en fait on s’en fiche !), elle et son double vont apprendre à se connaitre, à s’apprivoiser, à gérer les innombrables problèmes et frustrations qui vont les mettre en difficulté. L’humour n’est pas oublié, certaines situations restant cocasses. Placée en pleine période de révolution sexuelle post-soixante-huitarde, cette histoire met en avant la recherche du plaisir, l’absence de tabou (je regrette juste que le sida, évoqué au détour d’une phrase, soit escamoté, tant il a forcément dû impacter une personne à l’activité sexuelle aussi intense et débridée !). Si l’album est un succès, il le doit aussi au dessin de Vince, que j’ai trouvé excellent, bien plus réussi que ce que je connaissais de lui. Et la colorisation, jouant sur des dégradés de gris et de marron est, elle aussi, très chouette. C’est clairement une belle réussite du genre.
La Disparition de Josef Mengele
Adapté du roman d’Olivier Guez « La Disparition de Joseph Mengele (prix Renaudot 1987), cet album raconte la cavale d’un des hauts responsables des horreurs commises par les Nazis : le tristement célèbre « médecin d’Auschwitz ». Resté dans l’histoire comme celui qui a pratiqué des expériences médicales souvent mortelles sur des hommes, des femmes et même des enfants, Mengele a réussi à passer à travers les mailles du filet et à fuir en Amérique Latine. L’histoire commence alors que Mengele alias Helmut Gregor débarque en Argentine, pays d’accueil des Nazis en fuite. Le récit est très bien construit, avec des flash-backs très noirs qui rappellent le rôle qu’il a joué à Auschwitz. Dans un premier temps, on assiste assez médusés à la vie d’expat des Nazis qui n'ont rien perdu de leurs convictions idéologiques et qui, depuis leurs résidences luxueuses, envisagent la renaissance de l’Allemagne nazie sous le nom de IVe Reich. Dans un second temps, la pression des services secrets israéliens et l’enlèvement d’Eichmann font basculer le récit dans une fuite sans répit jusqu’à la mort. Le scénario est fidèle à l’histoire, un peu rapide sur certains points mais on ne peut pas tout développer. Il aborde aussi la question des procès, de l’après-guerre en Allemagne et de la place des anciens Nazis dans la société ainsi que le rôle des familles de Nazis qui tout en soutenant financièrement leur parent en exil ont, elles aussi, repris une vie normale sans être inquiétées. Le scénario est très cohérent et se développe chronologiquement puisqu’on suit le personnage jusqu’à sa mort. Le très beau dessin restitue parfaitement ces ambiances lourdes que ce soit à Auschwitz avec des couleurs presque noires ou en Amérique du Sud. Mailliet fait d’ailleurs un usage du noir tout à fait intéressant le faisant apparaitre là où on ne l’attend pas forcément, alourdissant les ambiances même quand la scène se déroule au soleil. Un très bon album qui remet en lumière la grande question de la justice internationale pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Dad
J'avais vraiment apprécié Nob dans les souvenirs de Mamette. Dad est un tout autre genre. Je trouve que l'exercice des strips/gags part avec un handicap sous la forme album. J'essaye d'être plus souple dans mes avis. Ici Dad se présente sous la personne d'un papa célibataire qui élève seul ses quatre filles aux âges et tempéraments bien différents. J'aime bien l'idée qui permet à la fois de créer des situations comiques grâce aux rapport père/filles mais aussi grâce aux égratignures de l'image de l'homme (le gag du slip Kangooroo m'a fait mourir de rire). À la marge on peut y lire un hommage au travail ménager des femmes qui doivent souvent assurer seule une deuxième journée. Les gags sont gentils les personnages attachants (surtout Efix et Bébérénice) et cela se renouvèle plutôt bien. J'aime ce type de graphisme rond bien soutenu par des belles couleurs vives et variées. Les scènes d'extérieur sont bien décorées ainsi que l'appartement de Dad. Une série tendre et sympa à lire par petits fragments pour en garder la fraîcheur.