Les derniers avis (32302 avis)

Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Comment je ne suis pas devenu un salaud
Comment je ne suis pas devenu un salaud

Amateur de récits autobiographiques, à plus forte raison quand ceux-ci s'attardent sur l'enfance, je connaissais le Val des Ânes. J'avais beaucoup apprécié ce petit récit touchant d'une enfance sauvage racontée crument et servi par le trait tout aussi sauvage de Matthieu Blanchin. C'est avec plaisir que j'ai découvert ce nouvel essai qui prolonge Le Val des Ânes en lui donnant une perspective. En effet, ici, nous ne sommes plus seulement dans le souvenir. L'auteur achève quelque chose, ou plutôt il fait la paix avec des cadavres qui semblent l'avoir pourchassé jusqu'au début de ce millénaire. Le récit de Matthieu Blanchin est cruel, sans concession. La sincérité avec laquelle il se livre tout entier, projetant une lumière crue dans les zones d'ombre que généralement l'on préfère garder sous un épais silence, est extrêmement touchante. Plusieurs fois, j'ai eu des frissons à la lecture. Est-ce lié au fait que, par un curieux hasard qui n'en est pas un (le hasard n'existe pas, hein ?), il se trouve que nous avons tous deux vécus des expériences très similaires ? Toujours est-il que j'ai adoré ce flux narratif qui vous emporte comme un tourbillon, avec cette même sensation éprouvée à l'adolescence de se retrouver soudain le cul entre deux chaises : d'un côté, on a quitté définitivement les terres insouciantes de l'enfance qui néanmoins s'accroche encore, telle une brume au fond de la vallée, et de l'autre on débarque un peu brutalement dans un univers où la responsabilité vous tombe sur le coin du nez comme un voleur au coin d'une ruelle sombre. C'est le temps des choix qui nécessite d'abandonner des illusions, celui des incertitudes qui s'ouvre sur une jungle inextricable. Tout cela, son dessin semblant tout droit extrait de la matière brute le donne à voir et à ressentir. Blanchin partage l'intime avec nous, à savoir des situations qui ont scellé un lourd passif dont lui-même eut toutes les peines du monde à s'extraire, transcendant les souffrances. Il lui fallut des années de thérapies en tous genres pour y parvenir. Oui, la sincérité désarmante dont il fait preuve est rare et fait de ce récit un terreau fertile pour qui cherche à éclairer l'avenir à la lueur des erreurs passées. Pourquoi Matthieu n'est-il pas devenu un salaud ? Il faudra lire cette BD dont le titre lui fut suggéré, et qui laisse deviner que le passé n'est pas si rigide mais au contraire une matière meuble susceptible de créer de nouvelles formes sur notre propre chemin.

21/02/2023 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Charly 9
Charly 9

4.5 L'adaptation du roman de Teulé sur la vie hors normes d'un roi que peu connaissaient vraiment avant, Charles IX. Et pourtant il s'en est passé des trucs de dingues durant son règne relativement court : massacre de la St-Barthélémy, nouveau calendrier, tradition du 1er avril, fausse monnaie au niveau monarchique, histoires et complots de famille (mais ça c'est le lot de tout monarque), illumination et démence. Un cocktail explosif ici rendu à la perfection. Une retranscription de roman mais réapproprié même si la trame est reprise en tout point. L'ambiance et le trait de chaque chapitre collent parfaitement : l'expression des visages, les couleurs... tout, aucun faux-pas. Pour une fois, aucun regret si vous hésitez entre le roman ou l'adaptation en BD, vous ne serez déçu par aucun des 2 !

21/02/2023 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Serre
Serre

Un maître caricaturiste. Talentueux, élégant et faisant mouche. Les années 2000 ont consacré Le Chat, les 70s-80s nous ont offerts les beaux tableaux de Mr Serre. Au moment où Reiser passait le karcher à l'aide de coups de pinceau diablement efficaces et économes, Serre offrait un dessin semi-réaliste qui savait aussi être sale s'il le fallait. Mais contrairement à Reiser, il pouvait aussi facilement se montrer sensible et poétique. Les albums sont thématiques, on peut cibler ses préférences pour être encore plus sûr de faire des bonnes découvertes. Ils se lisent vite, c'est vrai mais la subtilité de certains dessins font qu'on les relira plus tard avec plaisir. Ils trouveront parfaitement leur place entre un receuil du New-Yorker et des séries de croquis de Tomi Ungerer.

21/02/2023 (modifier)
Couverture de la série Les Animaux dénaturés
Les Animaux dénaturés

Je suis d’accord avec Mac Arthur pour dire que la couverture n’est pas engageante, mais qu’il faut passer outre, car le contenu l’est bien davantage ! En effet, c’est une lecture qui s’est révélée à la fois agréable et intéressante. La fluidité n’empêchant pas de nourrir certains questionnements philosophiques – quelques touches d’humour agrémentant le tout. Certains passages m’ont fait penser à la controverse de Valladolid, lorsqu’au milieu du XVIème siècle, des religieux avaient débattu des relations entre Indiens et colons, et si les Indiens pouvaient être considérés comme des hommes comme les autres. On retrouve ici à un moment le même questionnement avec la découverte d’une nouvelle espèce d’hominidés (et, comme au XVIème siècle, ceux que les scrupules n’étouffent pas entendent exploiter ces « êtres » qui ne seraient pas des humains, et qui du coup ne bénéficieraient pas des mêmes droits – et salaires !). Même s’il y a quelques longueurs, je trouve l’histoire assez rythmée. Le dessin, simple mais très dynamique, est très efficace, y compris lorsque des personnages s’énervent, il tombe alors dans la caricature amusante. Surtout, l’intrigue maintient un bon équilibre entre les parties « philosophiques », éthiques, et le roman graphique pur, vaguement mâtiné d’aventure. Même remarque pour la longue séquence du procès dans le dernier tiers de l’album. Certes, il y a des longueurs, mais dialogues et dessin aèrent par un humour très présent les discours scientifiques et judiciaires qui sans cela auraient été barbants. Une chouette lecture en tout cas.

21/02/2023 (modifier)
Couverture de la série Ama - Le Souffle des femmes
Ama - Le Souffle des femmes

Cette lecture offre un intérêt triple. D’une part la fiction permet de suivre le destin de plusieurs personnages. D’autre part, l’organisation particulière de cette société insulaire suscite la réflexion quant au statut des femmes. Enfin, découvrir cette île du Pacifique, ses habitant.e.s, l’organisation de cette petite société, la pratique de la pêche en apnée dans le Japon des années ’60 et '70 apporte au récit une dimension historique non négligeable. Tout d’abord, la fiction, donc. J’ai bien aimé cet aspect même si on tombe dans un récit de vie assez classique, avec cette jeune femme qui débarque sur l’île et va progressivement se dévoiler aux autres en même temps qu’elle apprend à apprécier la vie sur l’île et ses habitantes. Le récit est bien mené, très fluide du point de vue de la narration et les dialogues sont peu envahissants. A ce niveau, déjà, ce récit est donc plaisant. La réflexion sur la situation des femmes ensuite. Cette île propose en effet une microsociété assez particulière, dans laquelle les femmes jouent un rôle majeur (ce sont elles qui font tourner la baraque en pêchant en apnée tandis que les hommes assurent juste le bon déroulement de ces plongées), développent un caractère fort… mais restent dans l’obligation de se trouver un mari, qui à la fois semble être plus à leur service que l’inverse mais conserve dans le même temps une situation privilégiée. L’arrivée de la jeune héroïne permet ainsi de susciter notre questionnement sur cette étrange dualité domination/dépendance dans laquelle se retrouvent ces femmes. J’ai trouvé ce récit intéressant de ce point de vue. Enfin vient l’aspect historique. Cette pratique de la pêche aux ormeaux pratiquée sans aucun équipement nous vaut de très belles planches et nous plonge dans un autre temps. La structure du récit nous permet de découvrir cette époque depuis son âge d’or jusqu’à son déclin et l’arrivée d’autres pratiques de pêche. On retrouve alors cette classique opposition entre tradition et modernisme, entre respect de la nature et nécessité d’une exploitation plus intensive des ressources. A nouveau, cet aspect du livre m’a bien plu, et surtout cette lecture m’a fait découvrir une pratique dont j’ignorais tout. Au final, l’air de rien, j’ai trouvé ce récit très riche alors qu’il se lit très rapidement. Le dessin est agréable, la narration est fluide, l’aspect historique est intéressant, le sujet nous pousse à réfléchir aux rapports homme/femme et le destin des différents personnages est touchant même si assez classique. Une bien chouette lecture. J’étais parti pour mettre 3/5 mais après réflexion, je vais pousser jusque 4/5. Il y a trop de richesses pour se limiter à un simple « pas mal ».

21/02/2023 (modifier)
Par Patoun
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Talion
Talion

Cela fait moins d'un an que cette première de couverture du tome 1 (aux allures du village de la pluie dans Naruto) m'est apparue au détour d'une navigation internet à la recherche de BD d'occasion. Je m'empresse alors de venir ici pour m'en faire une idée plus précise mais je m'aperçois qu'elle n'est pas référencée. Le temps passe, je la croise de nouveau, une fois, deux fois... puis je me décide finalement à faire l'acquisition du tome 1. Après lecture, je suis vraiment sous le charme de cette série SF post-apocalyptique à l'identité cyberpunk. Le dessin est sombre et dynamique et je trouve le scénario (dans la composition des éléments) assez original. En revanche, il est évident que le schéma narratif semble être, à ce stade, plutôt classique. Ce qui m'a vraiment fait accrocher, c'est le mystère qui règne autour des différents personnages. On se demande parfois si certains passages ne sont pas des flash-backs, sans jamais en être sûr pour autant. La BD est tout en subtilité et m'évoque, pour des raisons diverses, de nombreux souvenirs cinématographiques et littéraires comme 'Cloud Atlas', 'Gunnm', 'Blame!'... et j'en passe ! Bref, un univers riche et très prometteur ! PS : A noter que le tome 3 sort très prochainement (mai 2023)

20/02/2023 (modifier)
Couverture de la série Amabilia
Amabilia

Avis après les 4 premiers tomes, l’histoire peut s’arrêter là mais un 5eme est annoncé … et j’en serai avec grand plaisir. (Petite MàJ après m’être rendu compte que les tomes lus sont dans une édition de 2015 avec une pagination beaucoup plus faible, en gros je n’ai lu qu’un tome et demi, peut être 2 ? Finalement une bonne nouvelle, je vais pouvoir découvrir la suite du récit bien plus rapidement :) Une série de très très grande qualité, pas compliqué à mes yeux le top du top dans le genre bd « strictement pour adulte », un coup de cœur !! C’est sensuel, érotique, d’une classe absolu malgré le fond. Tout ça dans une osmose parfaite entre dessins/couleurs et voix off. Du porno chic sublime dans sa réalisation. Les 2ers tomes sont tout simplement cultes, les 2 suivants (surprise en moins) restent de très haut niveau. Bravo aux auteurs. Les précédents posteurs ne s’y sont pas trompés, je vous renvoie à leurs chouettes avis.

20/02/2023 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Le Joueur d'échecs
Le Joueur d'échecs

(mais 3 si vous avez lu le court, limpide mais dense roman de Zweig) La rencontre autour d'une partie d'échecs entre un maître et un inconnu ayant pénétré les arcanes du jeu. Les personnages sont brièvement décrits mais assez pour le récit, l'équilibre est bien dosé. Mais si l'ouvrage est assez fidèle à l'histoire, il passe trop vite sur la période cruciale de bascule psychologue de cet énigmatique, qui est ici pourtant très joliment mise en image. Les contours doux des dessins souvent de profil et la palette des couleurs pastel rendent un bel effet Art déco qui colle à l'époque de cette croisière. Oui, une belle lecture (qui suivra et ne doit pas précéder la lecture du récit originel) qui me donne sacrément envie d'en savoir plus sur Thomas Humeau.

20/02/2023 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5
Couverture de la série Guillaume le Conquérant en bande dessinée
Guillaume le Conquérant en bande dessinée

Ce récit historique est très sympa avec son dessin et ses couleurs semi-réalistes. Historiquement, c'est fiable et les petites touches d'humour allègent un biopic assez complet sur le personnage de Guillaume. On en profite pour faire un petit tour dans la Normandie et dans l'Angleterre du XIe siècle ! A noter, un dossier documentaire en fin d'album et un quizz !

20/02/2023 (modifier)
Par Solo
Note: 4/5
Couverture de la série Cages
Cages

En effet, c'est une BD particulière, qui ne plaira pas à tout le monde. On peut même affirmer qu'elle ne plaira pas au plus grand monde. Point de vue accessibilité déjà, c'est pas évident. Difficile de choper l'ouvrage en bibli (expérience vécue), alors il vous reste un proche qui peut vous le prêter, sinon comptez... 60€ pour le posséder. Si on peut se permettre cela, s'ensuit la forme qui sort presque du cadre de la bande dessinée : roman lourd de plusieurs centaines de pages, une bichromie particulière portée par un dessin à l'apparence d'esquisse, une variété de supports graphiques, un scénario qui ne se veut pas intelligible, etc. Tout ça peut ne pas plaire. Mais va-t'en donc savoir pourquoi, alors même que je me trouvais parfois dans l'incompréhension la plus totale, j'ai plongé les 2 pieds dans cette histoire. Il m'a fallu du temps pour entrer dans le récit et pourtant j'aimais déjà ce mystère qui, bien qu'abscons, m'a donné envie de poursuivre la lecture. Le dessin, que je trouve plein de vie, est aussi ce qui m'a attiré au premier coup d'œil. Ce qui m'a énormément plu aussi, c'est l'écriture et le style narratif. Le texte dégage beaucoup de puissance et ainsi accentue la tension dramatique, la réflexion ou encore l'humour... Humour que l'on retrouve un peu tout du long et qui m'a particulièrement plu. Enfin sur le fond, je ne vais pas prétendre avoir tout compris, loin s'en faut. Mais j'ai ce sentiment d'incompréhension curieuse, qui ne demande qu'à être réduite à mesure que je serai amené à relire ce récit qui, paradoxalement, se lit d'une facilité sans nom. L'environnement, les cases muettes, les discours et le tempo sont autant de facteurs qui m'ont entraîné dans une réflexion intellectuelle sans douleurs. L'Art est-il dangereux ? Est ce que la vie d'artiste c'est vivre libre ? D'où nait la créativité ? L'origine de la création et sa fin ? Pourquoi lier tant la Mort et l'Art ? A travers un peintre, un musicien, un critique d'art, un écrivain... nous sommes amenés à toutes ses réflexions proprement philosophiques. Moi ça m'plaît Plutôt que de chercher à comprendre objectivement ce que l'auteur a voulu exprimer, peut-être faut-il laisser plutôt libre cours à son interprétation, en acceptant l'idée que les zones d'ombre se traduisent finalement par une couleur de plus à ce magnifique tableau, riche de mystères et de sens. C'est à lire au moins une fois. Attention à l'achat compulsif vous pourriez vous en vouloir. Il ne faudra pas se lasser de le relire car c'est un bijou de prise de recul et de réflexions, non sans un ton de légèreté et d'étrangeté attirante.

20/02/2023 (modifier)