J'ai beaucoup apprécié la lecture de cette touchante série de Philippe Charlot qui adapte le roman de Marc Dugain. Je n'ai pas lu le roman et je le regrette.
Je trouve que Charlot réussit une vraie prouesse d'adaptation car c'est typiquement un récit qui se plait dans l'exposition de pensées et de sentiments pouvant avoir plusieurs pages de développement.
De plus l'horreur des blessures et des situations ne sont jamais plus fortes que par l'imagination. Ici les dessins d'Alain Grand nous familiarisent avec la "laideur" des Gueules cassées jusqu'à nous les rendre empathiques.
C'est d'ailleurs une des réussites de la série de nous faire dépasser le paraître pour ne garder que l'irréductible de la condition humaine. Charlot ne s'appesantit pas sur l'absurdité des événements commandés par de "vieux séniles" bien au chaud dans leurs bureaux.
Le scénario fait de nous des spectateurs vigilants car si la proximité de ces malheurs inutiles nous fait penser que cela ne se reproduira jamais, les auteurs montrent que la mémoire collective peut avoir des aveuglements tragiques.
Le graphisme d'Alain Grand est agréable. Son option semi réaliste rend la lecture accessible à un lectorat élargi. Ses personnages sont peu bavards à cause de leurs blessures mais les expressions soutiennent un texte off d'une très bonne qualité littéraire.
Une lecture très touchante qui peut débuter dès le collège en complément du roman.
Argh, il va falloir être patient.
Par le biais de cet avis (basé uniquement sur le tome 1), je confirme tout le bien que vous pourrez entendre sur ce premier album de Petit Rapace.
Un dessin super dynamique et efficace. Ne pas se fier à son côté enfantin, l'album est clairement destiné à un public ado/adulte. La violence y étant omniprésente. Le récit est très fluide et bien que proposant une grosse pagination, on dévore l'album rapidement.
Côté scénario, ça reste assez basique mais l'introduction du "fantastique" dans la seconde partie du récit nous désarçonne un peu. Le champ des possibles pour la suite ne s'en rendant que plus large, on a hâte de voir où l'auteur va nous emmener.
Pour résumer: encore un album de qualité pour le label 619. Vivement la suite.
Cela fait longtemps qu'une série manga ne m'avait pas enthousiasmé comme celle-là. Je la rapproche de l'ambiance de Bathtub Brothers pour l'univers post-apo mais avec une grosse dose d'humour. Ici un jeune homme qui était l'archétype du salary man japonais qui ne faisait que travailler sans profiter de la vie décide lorsque survient une inexpliquée invasion zombie d'établir une liste improbable de 100 choses à faire avant d'y passer lui aussi. Une Bucket list donc. Par exemple faire du camping-car, de la moto ou boire un verre avec des hôtesses de l'air. Certains défis paraissent compliqués si ce n'est impossibles dans un tel monde mais le héros est un éternel optimiste.
Il se trouve un copain bien barré qui se met nu à la moindre occasion puis d'autres survivants dont une jeune fille plutôt indépendante. J'avais lu le premier tome il y a quelques mois et j'ai enchaîné jusqu'au tome 8 à ce jour. C'est drôle, parfois scato, c'est rythmé, c'est aussi moins léger comme quand il décide de retourner dans le village de ses parents. Il y a également un aspect culturel et découverte du pays. Le héros par exemple veut visiter ce qu'il n'a jamais pu faire avant comme l'île d'Hokkaido tout au nord du Japon et quand il y arrive s'extasie sur les particularités locales. Ou quand l'équipe se retrouve dans un bar à saké, c'est l'occasion d'une petite ode à la variété de cet alcool - puis à une gueule de bois. Globalement très caricatural dans certains personnages comme son patron tyrannique, mais une bonne série de détente.
En sept. 2025, j'en suis au tome 16.
Malgré une couverture un peu vieillotte j'ai apprécié cette ancienne série de Michel Riu. On se retrouve dans une atmosphère digne d'un Servais avec ce village assailli par des loups affamés.
Le scénario renvoie à la crainte du loup presque millénaire en Europe. Le village pourrait être Ardennais mais aussi Polonais ou de n'importe quelle campagne européenne. Cela donne un caractère universel au récit. C'est la même adversité contre le froid, la disette et le prédateur qui a hanté les cauchemars des européens des siècles durant.
J'ai beaucoup aimé l'approche de Riu qui ne rentre pas dans une morale du bien et du mal sur les actions commises. Riu invite à penser la nécessité devant la faim ou la défense de la vie. Le texte est économe mais l'expressivité des silences permet de s'imprégner du récit.
Le graphisme en N&B convient bien à ce style de scénario. Riu nous plonge dans un hiver sans couleur comme sans espoir. La lumière des feux nous fait découvrir la minutie des détails de ce petit village ou de la bergerie. Le trait est fin, précis et expressif dans un monde où la parole est rare.
Une série ancienne qui n'a rien perdu de son charme.
Cette BD est à la fois un exercice de style et un tour de force remarquable. Je pense qu'il est difficile d'imaginer la somme de travail qu'a constitué un tel prodige.
Je dis prodige, car il est franchement incongru d'avoir osé faire ça. Quelle maestra de sa part, sur autant de cases et autant de pages, de tenir l'idée sans jamais fléchir ! Alors certes, tout n'est pas parfait et les phrases sonnent vite comme des contrepets foireux, très tournés autour du sexe. Mais bon, c'est un être humain, il ne pense qu'à ça … Et c'est plus facile aussi de faire des sous-entendus dans un sens graveleux.
Non, la force c'est que cette BD est impressionnante à lire lorsqu'on a compris vers où l'on va, et il est encore plus notable de relire ensuite le tout en s'amusant de la façon dont elle est construite.
Le style de dessin de Lecroart fonctionne parfaitement avec ce genre d'idées et l'ensemble tient d'un bout à l'autre au niveau des enchainements. C'est un autre point remarquable, puisque les cases ne donnent pas l'impression d'enchainement forcés (sauf rares cas). On sent que tout a été réfléchi pour fonctionner dans les deux sens.
Un exercice de style OuBaPien maitrisé de bout en bout, remarquable par sa façon de se tenir et qui m'impressionne toujours autant après les ans. Mais quelle idée de faire ça, aussi !
Je retrouve Ruillier sur un sujet qui lui tient à cœur après Les Mohamed. Ici il n’adapte pas le livre d’une autre, mais fait œuvre originale. Si cela le prive des témoignages forts des Mohamed, cela lui laisse plus de liberté pour la narration, qui du coup est plus intéressante, là où le format BD des Mohamed ne se justifiait pas forcément.
Mais il y a quelques constantes, outre le sujet (l’immigration), en particulier au niveau du dessin, là encore très minimaliste, et l’utilisation de tête animalières pour les personnages. Ces deux aspects ne gênent en rien la lecture.
Au final, ce « roman graphique » fortement inspiré de « faits » ou de « personnages » réels est agréable à lire, et donne une véritable humanité à un phénomène traité souvent de façon lapidaire et instrumentalisé dans beaucoup de médias, à savoir l’immigration.
Une lecture rapide, que j’ai bien aimée en tout cas.
Note réelle 3,5/5.
La belle surprise que voilà !
Nous avons déjà eu de belles séries sur l'époque romaine, mais il semble qu'il y ait encore des histoires intenses à raconter. Le début de celle-ci fait d'ailleurs penser au film Gladiator : un général romain (mais originaire d'Espagne), couvert de gloire, n'aspire qu'à couler une retraite tranquille dans sa famille. Mais ses idées progressistes en font potentiellement un traître à la nation, incarnée par l'Empereur.
Il se trouve que celui-ci qui occupe depuis peu cette fonction est peut-être le pire de tous : Caligula. Après un début de règne plutôt salué par son peuple et le Sénat, il vire dingue et organise des jeux de massacre pour tromper son ennui... Et Falco va devoir faire appel à toute sa science du combat, de la stratégie et son sens de l'honneur pour espérer retrouver sa famille.
Au-delà de la chasse à l'homme qui constitue l'essentiel de ce premier tome, se cache une véritable satire sociale au sujet des dictatures, et non une simple glorification de la force brute. En effet les deux personnages physiquement les plus forts se trouvent également être les plus malins. Bon ok, c'est bien pratique, mais c'est plutôt finement amené. Un détail qui m'a un peu agacé : la vaste disparité d'origine des six survivants de la phase de la chasse à l'homme : un Romain, un Nubien, un Gaulois, un Mauritanien... A côté de ça j'ai trouvé les obstacles auxquels se heurtent les fugitifs assez inventifs, et on ne s'ennuie pas.
Salva Rubio, la scénariste, a trouvé en Mateo Guerrero (Dragonseed et Gloria Victis) un dessinateur d'une grande force graphique, très à l'aise dans les scènes d'action et très appliqué dans les décors de la Rome antique. L'histoire se termine en deux tomes, je suis curieux de voir comment elle se termine...
Le nom de Fabien Toulmé ne m'était pas inconnu et je le connais comme auteur de BD assez installé. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir par la suite que cette BD est la première qu'il ait faite ! Parce que pour une BD d'ouverture, c'est assez remarquable. Il y a une maitrise de la narration, du dessin et du scénario qui fait plaisir à lire.
La BD parle d'un sujet douloureux, mais je suis agréablement surpris que Toulmé nous évoque tout ce qui a pu exister dans ce moment difficile qu'a été la naissance de sa fille trisomique. Il n'hésite pas à se montrer sous un jour peu favorable, dévasté par la nouvelle qui le met dans un état dépressif, mais aussi la violence des pensées qu'il peut avoir. Espérer que son enfant meure pour ne pas devoir supporter de l'élever, ne pas arriver à le prendre dans ses bras ou la laver au début, c'est ce qui déconstruit l'image de l'amour filial instinctif. Mais c'est salutaire de rendre compte des émotions réelles sans jugement ni honte : Fabien Toulmé parle de ce qu'il a été, sans le maquiller, et c'est sans doute ce qu'il faut que d'autres personnes voient également. Je n'ai pas eut d'enfant, mais je me doute que de nombreuses questions traversent l'esprit une fois le bébé là, d'autant plus lors de malformation ou de handicap lourd.
Cette BD est donc à la fois salutaire pour des personnes ayant été touchées par ce problème, en montrant comment s'en sortir, comment avancer et ce que la vie peut offrir malgré tout. Mais c'est aussi un beau plaidoyer sur la différence et les handicaps, une tolérance vis-à-vis de la "déviance" d'une norme bien trop présente. Mine de rien, la BD parle beaucoup de l'acceptation de ce qui est étrange, différent, hors-norme. C'est une belle part d'humanité que d'accepter ce qui ne nous ressemble pas et penser avant tout à quelqu'un comme un être humain plutôt qu'un "handicapé", mot si vaste par ce qu'il recouvre.
Servi par son dessin précis et efficace, qui permet de retranscrire les émotions autant que les silences, le temps qui passe et les sous-textes, Fabien Toulmé nous livre une très belle histoire, prenante et touchante. Elle fait du bien à lire, elle apporte un message qu'il est bon d'entendre. Que puis-je ajouter si ce n'est qu'une lecture est recommandée ?
J'ai bien apprécié la redécouverte de cette vieille série des années 90. On peut reprocher à Colwell de faire un peu dans le sexe intello mais je trouve qu'il y a une vraie réflexion dans le scénario sur la marchandisation du corps de la femme.
Bien sûr Colwell travaille dans l'explicite et cela reste pour adultes mais ses scènes sont très classiques sans perversité et relativement peu nombreuses pour les 108 planches de l'ouvrage.
Colwell évite un scénario à la Pinocchio et reste bien ancré dans son époque technologique. Je pourrais même y lire une vision assez prémonitoire de l'influence de la technologie sur le commerce de la sexualité au tournant des années 90.
En effet ''l'âge d'or'' de la pornographie des années 70/80 avec des femmes jeunes mais naturelles dans un cinéma assez classique laisse la place à des actrices modelées façon "Poupée" pour répondre aux frustrations d'une population masculine avide de consommation facile et pas chère via la vidéo et bientôt internet.
Il y a donc un vrai scénario personnel dans la proposition de Caldwell ce qui rend sa série assez singulière pour le genre.
Le graphisme est assez réaliste avec un trait simple, fin même si les intervenants sont relativement figés et quelques perspectives aléatoires. La lecture reste agréable. Le trait de Colwell est devenu plus "commercial" 20 ans après ses débuts provocateurs de Inner City Romance. De même on peut lire dans Poupée un certain désenchantement sur ce que devient une sexualité prisonnière du monde consumériste et commercial.
Une œuvre singulière pour le genre qui mérite une lecture et une réflexion. 3.5
Ce genre d'ouvrage est salutaire à plus d'un titre. Vous aimez Poutine ? Ce grand homme, si gentil et charmant, conspué par un méchant occident qui ne rêve que de voir l'URSS … pardon, la Russie bruler et mourir ? Bon, la blague marche moins bien depuis que Poutine a marché lui sur l'Ukraine, mais le personnage jouissait il y a encore deux ans d'une certaine aura de sympathie même en France. On se rappellera que des présidents sont allés lui serrer la main et l'appeler leur "ami".
Anna Politkovskaïa est journaliste, mais plus que tout, elle est journaliste indépendante du pouvoir russe et raconte les mensonges d'Etat, les crimes de guerre et la réalité des massacres. Pour ses investigations sur le conflit Tchétchènes, pour ses recherches sur les attentats menés en Russie, elle sera assassinée dans son hall d'immeuble le jour de l'anniversaire de Poutine. "La folle de Moscou" a fini d'emmerder le monde, dirait on ! Quelle hypocrisie de la part du gouvernement russe qui se vante de défendre une démocratie attaqué par l'occident ...
Poutine est un monstre, j'en suis persuadé, et ce livre nous présente le parcours "ordinaire" de ces journalistes russes qui risquent leur vie pour simplement informer, faire correctement leur travail en dénonçant la guerre absurde, la boucherie, les mensonges d'état. La partie BD est très courte mais suffisante. Le moment où l'on se rend compte qu'elle va y rester, que sa vie sera brève et déjà terminée, le tout sous des puissants qui trinquent en célébrant sa mort, c'est ignoble. Mais cette partie BD est complétée par les discours des auteurs derrière qui ajoutent encore à l'ensemble. Il est facile de critiquer Poutine et son régime, d'autant plus depuis la reprise de la guerre en Europe, mais il est facile aussi d'oublier que d'autres pays peuvent subir la même chose.
Que dire de l'Italie, où les attentats furent légions et en partie organisés par les services secrets italiens, ou au moins avec leurs complicités ? A ce niveau là, le pays n'a rien à envier à la Russie. Et combien de journalistes ont pu mourir pour leur métier, même en France ? Rappelons nous que la liberté d'informations se fait au prix de certaines vies, de journalistes qui peuvent en mourir. Anna Politivskaïa est une des centaines de femmes et d'hommes qui sont morts en Russie depuis la fin de l'URSS, simplement pour avoir écrit des articles. Elle reste un rappel vivant de ce que nous devons préserver. Aucun pouvoir autoritaire ne supporte l'expression libre.
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La Chambre des officiers
J'ai beaucoup apprécié la lecture de cette touchante série de Philippe Charlot qui adapte le roman de Marc Dugain. Je n'ai pas lu le roman et je le regrette. Je trouve que Charlot réussit une vraie prouesse d'adaptation car c'est typiquement un récit qui se plait dans l'exposition de pensées et de sentiments pouvant avoir plusieurs pages de développement. De plus l'horreur des blessures et des situations ne sont jamais plus fortes que par l'imagination. Ici les dessins d'Alain Grand nous familiarisent avec la "laideur" des Gueules cassées jusqu'à nous les rendre empathiques. C'est d'ailleurs une des réussites de la série de nous faire dépasser le paraître pour ne garder que l'irréductible de la condition humaine. Charlot ne s'appesantit pas sur l'absurdité des événements commandés par de "vieux séniles" bien au chaud dans leurs bureaux. Le scénario fait de nous des spectateurs vigilants car si la proximité de ces malheurs inutiles nous fait penser que cela ne se reproduira jamais, les auteurs montrent que la mémoire collective peut avoir des aveuglements tragiques. Le graphisme d'Alain Grand est agréable. Son option semi réaliste rend la lecture accessible à un lectorat élargi. Ses personnages sont peu bavards à cause de leurs blessures mais les expressions soutiennent un texte off d'une très bonne qualité littéraire. Une lecture très touchante qui peut débuter dès le collège en complément du roman.
Slum kids
Argh, il va falloir être patient. Par le biais de cet avis (basé uniquement sur le tome 1), je confirme tout le bien que vous pourrez entendre sur ce premier album de Petit Rapace. Un dessin super dynamique et efficace. Ne pas se fier à son côté enfantin, l'album est clairement destiné à un public ado/adulte. La violence y étant omniprésente. Le récit est très fluide et bien que proposant une grosse pagination, on dévore l'album rapidement. Côté scénario, ça reste assez basique mais l'introduction du "fantastique" dans la seconde partie du récit nous désarçonne un peu. Le champ des possibles pour la suite ne s'en rendant que plus large, on a hâte de voir où l'auteur va nous emmener. Pour résumer: encore un album de qualité pour le label 619. Vivement la suite.
Bucket List of the dead
Cela fait longtemps qu'une série manga ne m'avait pas enthousiasmé comme celle-là. Je la rapproche de l'ambiance de Bathtub Brothers pour l'univers post-apo mais avec une grosse dose d'humour. Ici un jeune homme qui était l'archétype du salary man japonais qui ne faisait que travailler sans profiter de la vie décide lorsque survient une inexpliquée invasion zombie d'établir une liste improbable de 100 choses à faire avant d'y passer lui aussi. Une Bucket list donc. Par exemple faire du camping-car, de la moto ou boire un verre avec des hôtesses de l'air. Certains défis paraissent compliqués si ce n'est impossibles dans un tel monde mais le héros est un éternel optimiste. Il se trouve un copain bien barré qui se met nu à la moindre occasion puis d'autres survivants dont une jeune fille plutôt indépendante. J'avais lu le premier tome il y a quelques mois et j'ai enchaîné jusqu'au tome 8 à ce jour. C'est drôle, parfois scato, c'est rythmé, c'est aussi moins léger comme quand il décide de retourner dans le village de ses parents. Il y a également un aspect culturel et découverte du pays. Le héros par exemple veut visiter ce qu'il n'a jamais pu faire avant comme l'île d'Hokkaido tout au nord du Japon et quand il y arrive s'extasie sur les particularités locales. Ou quand l'équipe se retrouve dans un bar à saké, c'est l'occasion d'une petite ode à la variété de cet alcool - puis à une gueule de bois. Globalement très caricatural dans certains personnages comme son patron tyrannique, mais une bonne série de détente. En sept. 2025, j'en suis au tome 16.
Les Loups
Malgré une couverture un peu vieillotte j'ai apprécié cette ancienne série de Michel Riu. On se retrouve dans une atmosphère digne d'un Servais avec ce village assailli par des loups affamés. Le scénario renvoie à la crainte du loup presque millénaire en Europe. Le village pourrait être Ardennais mais aussi Polonais ou de n'importe quelle campagne européenne. Cela donne un caractère universel au récit. C'est la même adversité contre le froid, la disette et le prédateur qui a hanté les cauchemars des européens des siècles durant. J'ai beaucoup aimé l'approche de Riu qui ne rentre pas dans une morale du bien et du mal sur les actions commises. Riu invite à penser la nécessité devant la faim ou la défense de la vie. Le texte est économe mais l'expressivité des silences permet de s'imprégner du récit. Le graphisme en N&B convient bien à ce style de scénario. Riu nous plonge dans un hiver sans couleur comme sans espoir. La lumière des feux nous fait découvrir la minutie des détails de ce petit village ou de la bergerie. Le trait est fin, précis et expressif dans un monde où la parole est rare. Une série ancienne qui n'a rien perdu de son charme.
Cercle vicieux
Cette BD est à la fois un exercice de style et un tour de force remarquable. Je pense qu'il est difficile d'imaginer la somme de travail qu'a constitué un tel prodige. Je dis prodige, car il est franchement incongru d'avoir osé faire ça. Quelle maestra de sa part, sur autant de cases et autant de pages, de tenir l'idée sans jamais fléchir ! Alors certes, tout n'est pas parfait et les phrases sonnent vite comme des contrepets foireux, très tournés autour du sexe. Mais bon, c'est un être humain, il ne pense qu'à ça … Et c'est plus facile aussi de faire des sous-entendus dans un sens graveleux. Non, la force c'est que cette BD est impressionnante à lire lorsqu'on a compris vers où l'on va, et il est encore plus notable de relire ensuite le tout en s'amusant de la façon dont elle est construite. Le style de dessin de Lecroart fonctionne parfaitement avec ce genre d'idées et l'ensemble tient d'un bout à l'autre au niveau des enchainements. C'est un autre point remarquable, puisque les cases ne donnent pas l'impression d'enchainement forcés (sauf rares cas). On sent que tout a été réfléchi pour fonctionner dans les deux sens. Un exercice de style OuBaPien maitrisé de bout en bout, remarquable par sa façon de se tenir et qui m'impressionne toujours autant après les ans. Mais quelle idée de faire ça, aussi !
L'Étrange
Je retrouve Ruillier sur un sujet qui lui tient à cœur après Les Mohamed. Ici il n’adapte pas le livre d’une autre, mais fait œuvre originale. Si cela le prive des témoignages forts des Mohamed, cela lui laisse plus de liberté pour la narration, qui du coup est plus intéressante, là où le format BD des Mohamed ne se justifiait pas forcément. Mais il y a quelques constantes, outre le sujet (l’immigration), en particulier au niveau du dessin, là encore très minimaliste, et l’utilisation de tête animalières pour les personnages. Ces deux aspects ne gênent en rien la lecture. Au final, ce « roman graphique » fortement inspiré de « faits » ou de « personnages » réels est agréable à lire, et donne une véritable humanité à un phénomène traité souvent de façon lapidaire et instrumentalisé dans beaucoup de médias, à savoir l’immigration. Une lecture rapide, que j’ai bien aimée en tout cas. Note réelle 3,5/5.
Nemoralia
La belle surprise que voilà ! Nous avons déjà eu de belles séries sur l'époque romaine, mais il semble qu'il y ait encore des histoires intenses à raconter. Le début de celle-ci fait d'ailleurs penser au film Gladiator : un général romain (mais originaire d'Espagne), couvert de gloire, n'aspire qu'à couler une retraite tranquille dans sa famille. Mais ses idées progressistes en font potentiellement un traître à la nation, incarnée par l'Empereur. Il se trouve que celui-ci qui occupe depuis peu cette fonction est peut-être le pire de tous : Caligula. Après un début de règne plutôt salué par son peuple et le Sénat, il vire dingue et organise des jeux de massacre pour tromper son ennui... Et Falco va devoir faire appel à toute sa science du combat, de la stratégie et son sens de l'honneur pour espérer retrouver sa famille. Au-delà de la chasse à l'homme qui constitue l'essentiel de ce premier tome, se cache une véritable satire sociale au sujet des dictatures, et non une simple glorification de la force brute. En effet les deux personnages physiquement les plus forts se trouvent également être les plus malins. Bon ok, c'est bien pratique, mais c'est plutôt finement amené. Un détail qui m'a un peu agacé : la vaste disparité d'origine des six survivants de la phase de la chasse à l'homme : un Romain, un Nubien, un Gaulois, un Mauritanien... A côté de ça j'ai trouvé les obstacles auxquels se heurtent les fugitifs assez inventifs, et on ne s'ennuie pas. Salva Rubio, la scénariste, a trouvé en Mateo Guerrero (Dragonseed et Gloria Victis) un dessinateur d'une grande force graphique, très à l'aise dans les scènes d'action et très appliqué dans les décors de la Rome antique. L'histoire se termine en deux tomes, je suis curieux de voir comment elle se termine...
Ce n'est pas toi que j'attendais
Le nom de Fabien Toulmé ne m'était pas inconnu et je le connais comme auteur de BD assez installé. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir par la suite que cette BD est la première qu'il ait faite ! Parce que pour une BD d'ouverture, c'est assez remarquable. Il y a une maitrise de la narration, du dessin et du scénario qui fait plaisir à lire. La BD parle d'un sujet douloureux, mais je suis agréablement surpris que Toulmé nous évoque tout ce qui a pu exister dans ce moment difficile qu'a été la naissance de sa fille trisomique. Il n'hésite pas à se montrer sous un jour peu favorable, dévasté par la nouvelle qui le met dans un état dépressif, mais aussi la violence des pensées qu'il peut avoir. Espérer que son enfant meure pour ne pas devoir supporter de l'élever, ne pas arriver à le prendre dans ses bras ou la laver au début, c'est ce qui déconstruit l'image de l'amour filial instinctif. Mais c'est salutaire de rendre compte des émotions réelles sans jugement ni honte : Fabien Toulmé parle de ce qu'il a été, sans le maquiller, et c'est sans doute ce qu'il faut que d'autres personnes voient également. Je n'ai pas eut d'enfant, mais je me doute que de nombreuses questions traversent l'esprit une fois le bébé là, d'autant plus lors de malformation ou de handicap lourd. Cette BD est donc à la fois salutaire pour des personnes ayant été touchées par ce problème, en montrant comment s'en sortir, comment avancer et ce que la vie peut offrir malgré tout. Mais c'est aussi un beau plaidoyer sur la différence et les handicaps, une tolérance vis-à-vis de la "déviance" d'une norme bien trop présente. Mine de rien, la BD parle beaucoup de l'acceptation de ce qui est étrange, différent, hors-norme. C'est une belle part d'humanité que d'accepter ce qui ne nous ressemble pas et penser avant tout à quelqu'un comme un être humain plutôt qu'un "handicapé", mot si vaste par ce qu'il recouvre. Servi par son dessin précis et efficace, qui permet de retranscrire les émotions autant que les silences, le temps qui passe et les sous-textes, Fabien Toulmé nous livre une très belle histoire, prenante et touchante. Elle fait du bien à lire, elle apporte un message qu'il est bon d'entendre. Que puis-je ajouter si ce n'est qu'une lecture est recommandée ?
La Poupée - "L'Amour monstre"
J'ai bien apprécié la redécouverte de cette vieille série des années 90. On peut reprocher à Colwell de faire un peu dans le sexe intello mais je trouve qu'il y a une vraie réflexion dans le scénario sur la marchandisation du corps de la femme. Bien sûr Colwell travaille dans l'explicite et cela reste pour adultes mais ses scènes sont très classiques sans perversité et relativement peu nombreuses pour les 108 planches de l'ouvrage. Colwell évite un scénario à la Pinocchio et reste bien ancré dans son époque technologique. Je pourrais même y lire une vision assez prémonitoire de l'influence de la technologie sur le commerce de la sexualité au tournant des années 90. En effet ''l'âge d'or'' de la pornographie des années 70/80 avec des femmes jeunes mais naturelles dans un cinéma assez classique laisse la place à des actrices modelées façon "Poupée" pour répondre aux frustrations d'une population masculine avide de consommation facile et pas chère via la vidéo et bientôt internet. Il y a donc un vrai scénario personnel dans la proposition de Caldwell ce qui rend sa série assez singulière pour le genre. Le graphisme est assez réaliste avec un trait simple, fin même si les intervenants sont relativement figés et quelques perspectives aléatoires. La lecture reste agréable. Le trait de Colwell est devenu plus "commercial" 20 ans après ses débuts provocateurs de Inner City Romance. De même on peut lire dans Poupée un certain désenchantement sur ce que devient une sexualité prisonnière du monde consumériste et commercial. Une œuvre singulière pour le genre qui mérite une lecture et une réflexion. 3.5
Anna Politkovskaïa - Journaliste dissidente
Ce genre d'ouvrage est salutaire à plus d'un titre. Vous aimez Poutine ? Ce grand homme, si gentil et charmant, conspué par un méchant occident qui ne rêve que de voir l'URSS … pardon, la Russie bruler et mourir ? Bon, la blague marche moins bien depuis que Poutine a marché lui sur l'Ukraine, mais le personnage jouissait il y a encore deux ans d'une certaine aura de sympathie même en France. On se rappellera que des présidents sont allés lui serrer la main et l'appeler leur "ami". Anna Politkovskaïa est journaliste, mais plus que tout, elle est journaliste indépendante du pouvoir russe et raconte les mensonges d'Etat, les crimes de guerre et la réalité des massacres. Pour ses investigations sur le conflit Tchétchènes, pour ses recherches sur les attentats menés en Russie, elle sera assassinée dans son hall d'immeuble le jour de l'anniversaire de Poutine. "La folle de Moscou" a fini d'emmerder le monde, dirait on ! Quelle hypocrisie de la part du gouvernement russe qui se vante de défendre une démocratie attaqué par l'occident ... Poutine est un monstre, j'en suis persuadé, et ce livre nous présente le parcours "ordinaire" de ces journalistes russes qui risquent leur vie pour simplement informer, faire correctement leur travail en dénonçant la guerre absurde, la boucherie, les mensonges d'état. La partie BD est très courte mais suffisante. Le moment où l'on se rend compte qu'elle va y rester, que sa vie sera brève et déjà terminée, le tout sous des puissants qui trinquent en célébrant sa mort, c'est ignoble. Mais cette partie BD est complétée par les discours des auteurs derrière qui ajoutent encore à l'ensemble. Il est facile de critiquer Poutine et son régime, d'autant plus depuis la reprise de la guerre en Europe, mais il est facile aussi d'oublier que d'autres pays peuvent subir la même chose. Que dire de l'Italie, où les attentats furent légions et en partie organisés par les services secrets italiens, ou au moins avec leurs complicités ? A ce niveau là, le pays n'a rien à envier à la Russie. Et combien de journalistes ont pu mourir pour leur métier, même en France ? Rappelons nous que la liberté d'informations se fait au prix de certaines vies, de journalistes qui peuvent en mourir. Anna Politivskaïa est une des centaines de femmes et d'hommes qui sont morts en Russie depuis la fin de l'URSS, simplement pour avoir écrit des articles. Elle reste un rappel vivant de ce que nous devons préserver. Aucun pouvoir autoritaire ne supporte l'expression libre.