Les derniers avis (32292 avis)

Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Les Enquêtes de Nicolas Le Floch
Les Enquêtes de Nicolas Le Floch

J'avais vu le nom de Jean-François Parot sur les étals de librairie, rayon polar historique, et noté que c'était un auteur apprécié dans le genre. Il n'est donc pas étonnant de le voir adapté en BD comme nombre de ses confrères. C'est Dobbs, scénariste éclectique et besogneux (mais qui aime bien les histoires avec des gros calibres) qui s'en est chargé. Hélas, Parot est disparu peu de temps avant la sortie du premier tome, mais je pense qu'il aurait été satisfait de cette itération de son héros fétiche. En effet les affaires présentent des cas variés, avec une galerie de personnages assez intéressante, dans une ambiance historique assez particulière. C'est en effet plutôt prenant, le personnage de Le Floch est un fin limier qui s'entoure d'un réseau d'experts solides et dignes de confiance, une constante dans le genre. On remarquera tout de même de belles coïncidences, des rencontres fortuites qui permettent à l'inspecteur du Châtelet de rapidement progresser dans ses enquêtes. de même, la protection de Mme de Pompadour est bien pratique lorsque vos investigations vous amènent un peu près des cercles du pouvoir. Ce qui m'a semblé un peu étrange c'est que Le Floch semblait bien installé dans sa position statutaire confortable, alors qu'il début ou presque dans le métier. J'imagine que Dobbs a dû faire des raccourcis pour faire entre le premier roman dans un album de 62 planches. Mais la suite lui donne raison, ce sont des polars bien foutus, avec des conclusions qui ne semblent pas sorties de nulle part. A noter que Dobbs a passé la main à Corbeyran pour le tome 3, avec un résultat tout aussi réussi. C'est Chaiko, un dessinateur basé à Shanghai, qui a mis en images ces enquêtes. On voit bien les influences chinoises du dessinateur, notamment sutr le travail des visages, d'une finesse toute particulière. Pour ma part je lui ai trouvé une ascendance graphique chez Paul Gillon... En tous les cas c'est un style élégant, tout à fait adapté à l'époque traitée. Une trilogie de polars historiques tout à fait plaisante, je recommande.

10/09/2023 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Institutrice
L'Institutrice

Je n'aurais jamais lu cette série sans l'avis de Cacal69. Dommage que cette série soit passée en-dessous des radars lors de sa parution. Est-ce parce que depuis une décennie il y a des dizaines de BD sur le thème de la seconde guerre mondiale qui sortent chaque année ? Ici, on met en vedette une institutrice qui va tout faire pour sauver l'enfant juif de sa classe des miliciens et pour cela elle va devoir se cacher avec tous les enfants dont elle a la charge. Le scénario commence tout doucement durant une bonne partie du premier tome et puis cela s'emballage lorsque l'institutrice part en foret avec sa classe. La tension monte et le scénario devient passionnant. Il y a du vrai suspense, je ne savais jamais ce qui allait se passer, et j'ai vraiment eu l'impression que cela aurait pu mal tourner et finir en drame. Disons que cela fait changement de certaines vieilles comédies où on sait que les héros vont toujours gagner contre les méchants nazis même si toute l'armée allemande est à leurs poursuites. Ce que j'ai surtout apprécié est à quel point tout semble réaliste. Je pense notamment au comportement de certains enfants qui répètent les propos antisémites de leurs parents sans vraiment réfléchir à ce qu'ils disent. Le dessin est vraiment magnifique, j'adore les couleurs !

10/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Plastok
Plastok

On a là une énième histoire se déroulant dans un univers post-apocalypse, mais dont le traitement est suffisamment original pour captiver les lecteurs. Les hommes ont disparu, et semble-t-il, sans que cela soit mentionné, tous les autres animaux, exception des insectes, qui ont su recréer une société proche de celle des humains. Le décor et certaines situations font penser à la vie et aux intrigues de cour et de pouvoir dans l’Empire romain, avec uniquement des insectes en guise de personnages. Un puceron (soupçonné à tort d’avoir éliminé la grande prêtresse) et une mante religieuse (toujours l’idée du duo mal assorti) s’évadent des geôles impériales, et sont dès lors traqués, ce qui donne du rythme à cette histoire dépaysante – alors même que le thème central est assez commun. Le plastique (ou plastok) qui donne son titre à la série est une richesse qui rappelle les anciens dieux (humains), et qui prend de l’importance en toute fin de ce tome inaugural. Le dessin est très fluide et agréable. La colorisation informatique n’est pas mon truc, mais elle colle bien au dessin. Une série qui démarre bien en tout cas. Note réelle 3,5/5.

10/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Le Fils de Pan
Le Fils de Pan

Un album que je n’attendais absolument pas, Le Dieu vagabond se suffisant à lui même, je fus étonné de trouver cette suite déguisée sur les étals. Cependant je n’ai pas hésité longtemps avant de craquer, ayant grandement apprécié la première aventure de notre satyre. Verdict : même si moins envoutant, le fils de Pan se révèle plein de charme. J’ai dégusté ma lecture, la surprise ne joue plus, mais un plaisir de retrouver ce personnage et cette vision de la mythologie. Une histoire (peut être ?) moins forte, la quête de notre satyre sera moins « épique », il jouera le rôle de baby-sitter, mais elle n’en reste pas moins agréable à suivre. J’y ai trouvé le même équilibre subtil dans le ton entre loufoquerie, érudition… à la fois sombre et lumineux. J’aime beaucoup ce petit monde, cette fois nous ferons la connaissance d’Athèna, d’Asterios, Hermès… le récit sera moins linéaire, l’auteur se permettant de jouer avec sa narration mais l’ensemble reste fluide et se recoupe. La partie graphique est toujours aussi plaisante à suivre, mention pour les couleurs et quelques pages de dingues, je me régale à chaque fois de ce talent. Ça marche du feu de Dieu avec l’univers mis en place, j’aime m’y perdre. Les seuls petits points noirs descellés (et toujours en comparaison avec Le Dieu vagabond) sont : que pour savourer cette suite, il vaut mieux connaître la première aventure d’Eustis; que l’histoire y est un peu plus décousue malgré un nombre de pages bien plus conséquent, et que la couleur jaune si lumineuse et douce se fait un peu plus pâle ici (normale vous me direz, ça se passe en hiver). Sinon bah c’est du tout bon, une chouette ballade tant graphique qu’onirique.

10/09/2023 (modifier)
Couverture de la série La Fille du professeur
La Fille du professeur

J'ai été étonné et séduit par les propositions scénaristiques et graphiques des auteurs. Pour le moment je reste rarement insensible au travail de Sfar. Il arrive que je n'aime pas mais je lui trouve souvent une originalité créatrice vraiment intéressante. C'est le cas pour la fille du professeur. "Rationalistes doctrinaires passez votre chemin ! " semblent dire deux auteurs facétieux. Sfar se moque avec un humour parfois noir et souvent très pince sans rire d'un modèle sociétal guindé, sclérosé voire momifié dans ses traditions. J'ai eu l'impression de retrouver une pointe d'humour à la Jim Henson ou à la Monty Python assez corrosive sous son aspect aristocratique. Je me rends compte que la série a été reclassifier en "conte" après avoir été classée en "humour". Personnellement je ne suis pas convaincu par ce changement. Sfar travaille sur un humour qui ne correspond pas à nos habitudes mais c'est cet humour très british détourné qui fait tout le sel de l'album. Mais cela prouve aussi qu'il est très difficile de mettre cette série dans une case bien établie. Cela en fait une partie de son charme car elle a un extraordinaire pouvoir de surprendre. Je suis élogieux sur le scénario qui a reçu un prix mais il est légitime d'admirer le graphisme qui a aussi été récompensé. Je ne sais pas si Guibert pouvait mieux illustrer l'originalité du récit que par la singularité du dessin qu'il nous propose. Chaque case n'est qu'élégance, mouvement, création et découverte. Les dégradés, la variation des teintes dominantes ou les éclairages, tout nous entraine dans une féérie sensuelle. C'est expressif dans les gestuelles et dans les ambiances de ce Londres Victorien. Une oeuvre singulière qui porte un message de création artistique mais aussi un message de critique sociétale.

10/09/2023 (modifier)
Couverture de la série L'Âme au bord des cheveux
L'Âme au bord des cheveux

Je ne connaissais pas l'oeuvre de Séra. J'ai lu qu'il a déjà une impressionnante bibliographie sur le drame cambodgien. Cette série est dans la continuité de son réquisitoire contre la barbarie khmer rouge dont il a eu à subir les crimes. Ici il mêle d'une façon très sensible des éléments autobiographiques aux événements d'une histoire qui a dépassé des millions de personnes broyées par une Histoire façonnée par une minorité animée d'une idéologie criminelle atroce. L'élément romanesque n'est pas présent dans le récit. Séra nous livre un reportage conçu à partir de souvenirs d'enfance et d'adolescence, de revues de presse, de discours politiques ou d'oeuvres d'art (film, chansons ou romans) qui reflètent l'esprit de l'époque. On retrouve dans la série un grand nombre des personnalités qui sont intervenues dans cet épisode historique, homme politiques, soldats, journalistes partagent le triste quotidien d'une population et d'une civilisation que l'on mène au génocide. J'y ai retrouvé l'ambiance d'un de mes films préférés (La Déchirure/ The Killing Fields) qui m'avait bouleversé. L'émotion que j'ai ressenti à la lecture du récit de Séra montre que mon indignation et mon empathie pour ce peuple opprimé n'a pas diminué d'un pouce. Le graphisme de Séra travaille dans un réalisme quasi photographique. L'auteur s'ingénie à proposer des plans qui donnent l'impression d'un reportage sur le vif, avec des images volées ou chocs. Cela immerge le lecteur/rice dans cette atmosphère de folie meurtrière que rien de raisonnable ne saurait arrêter. Un vrai moment d'histoire qui ne concerne pas seulement un petit pays du Sud-Est asiatique mais l'ensemble de la politique mondiale menée par les "Grands ?" et qui est potentiellement encore d'actualité. Un ouvrage qui m'invite à découvrir plus avant l'oeuvre de Séra.

09/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Mister Cerveau
Mister Cerveau

Le sujet est captivant, mais peut tout aussi bien devenir aride et compliqué. Je trouve que cet album évite la plupart des travers qui le menaçaient. En effet, il est complet – dans les limites du médium (mais ceux qui souhaitent approfondir peuvent se référer à la bibliographie placée en fin de volume). Il brasse pas mal de thématiques, et traite de façon très large le sujet. Histoire, sciences sont utilisées pour développer nos connaissances. Le sujet sous toutes ses coutures. Son fonctionnement, ses capacités, comment l’entretenir, ce qui le menace, etc. Et je trouve que le dessin de Duhoo (ainsi que ses choix narratifs) est très adapté à ce genre de projet – comme Montaigne le fait avec un trait différent, mais aussi simple et rigolo. En tout cas j’ai trouvé l’ensemble fluide, même lorsque les questions abordées sont à la base complexes. Note réelle 3,5/5.

09/09/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Love Addict - Confessions d'un tombeur en série
Love Addict - Confessions d'un tombeur en série

J'ai découvert l'auteur avec plusieurs de ses BD (L'Éveil du Maître du Donjon et Le Voyageur) sans noter que c'était le même dessinateur. Ce récit m'intéressait quand même au vu des avis. J'ai eu la chance de le trouver à la bibliothèque et franchement, je pense que je vais essayer de me le trouver plus tard parce que j'ai bien aimé ! C'est du roman graphique, avec un air de déjà vu par rapport à d'autres du genre. Je pense surtout à De mal en pis, sur la jeunesse New-yorkaise dans leurs vies et leurs amours, et "Cute girl network" par rapport aux histoires d'amour et surtout le coloc dragueur obsessionnel (et franchement malsain). Le récit explore la découverte par un type plutôt banal (il se considère comme un nerd mais franchement, à part travailler dans l'animation ça ne ressort pas vraiment) des applications de rencontre, parodie à peine dissimulée de Tinder. Le récit va ensuite développer les différentes rencontres que ce garçon un peu timide et pas à l'aise avec les relations aux femmes, entre personnalités excentriques voir problématique et plan q qui s'enchainent. Je trouve personnellement que le récit arrive à éviter l'écueil du "c'est de la merde", puisque finalement cette application va lui permettre de prendre confiance en lui et surtout de se retrouver une relation stable. La fin est ouverte mais heureuse avec une petite pointe de critique de Tinder, bien sur, et une constatation sur le monde qui a évolué. Je trouve personnellement que le récit fait plus la part aux doutes et interrogations sur ces nouvelles technologies qui changent brutalement les relations humaines. Que dire de ces hommes qui draguent comme ils pêchent, à la recherche du plus beau poisson à montrer aux potes ? Ou de ces femmes prêtes à envoyer des photos déjà bien dénudées avant même de rencontrer l'autre personne ? Ce que je trouve malin c'est que le récit porte une critique de la technologie mal utilisée et de ce qu'elle peut provoquer comme comportement. L'algorithme n'est pas notre amie, ça c'est sur. Le récit construit quelques petites notes plutôt positives : le mec devient un vrai connard avec cette obsession de la conquête que son coloc cultive, mais il reste avant tout intéressé par quelque chose de plus classique. En soi, j'ai l'impression de voir réalisé le fantasme de plein de mecs (coucher avec des bombes tout les soirs) et montrant que c'est illusoire. Un bon message ! Le dessin se marie à l'ambiance et m'a vraiment fait penser à ce qu'on peut trouver avec De mal en pis. Les couleurs se marient bien à l'ensemble, c'est lisible et clair, mais jamais sexy non plus. On reste sur quelque chose de plus cartoon, même dans les scènes de sexes (assez nombreuses d'ailleurs, à ne pas mettre entre les mains d'enfants !). J'aime bien ce que le récit dit et montre. Il arrive à comprendre ce que peuvent faire toutes ces applications, pas mauvaises en soi (et il y a des bons côtés dedans) mais qui peuvent transformer n'importe qui en connard dragueur. Une jeunesse peut se retrouver prise au piège de ce genre de réseau facilement, et je ne parle pas de tout les effets secondaires qui peuvent en découler. On parle rapidement des MST mais il y a aussi d'autres conséquences, psychologiques et physiques. Quelques défauts émaillent de ci-de là, comme la photo gênante qui débarque lorsqu'on ne veut pas (j'ai du mal à croire qu'il l'ai intégré sans s'en rendre compte dans une présentation aussi importante) ou encore le colocataire qui reste presque trop monodimensionnel. Mais dans la globalité, j'ai bien aimé. Un rappel qu'il ne faut surtout pas se laisser séduire par les sirènes des machines à algorithme et qu'il est important de garder le pouvoir sur notre propre réalité.

08/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Cour royale
Cour royale

Eh bien moi, j’ai vraiment bien aimé cet album. Jamais hilarant, mais amusant de bout en bout, avec des passages assez jouissifs. Veyron a pondu un scénario malin, qui caricature très bien la cour de Louis XIV. Les courtisans bien sûr, mais aussi le langage précieux du « grand siècle », avec des dialogues réellement savoureux et drôles. Intrigues de cour, jalousies, mode (maquillage, perruques surtout), tout y est, mais totalement exagéré, parfois grotesque - remarque valable pour les dialogues aussi. Du coup l’intrigue est presque secondaire (elle n’est pas hyper élaborée d’ailleurs), mais le lecteur ne s’ennuie jamais. Une lecture très plaisante en tout cas !

08/09/2023 (modifier)
Couverture de la série Gisèle Halimi - Une jeunesse tunisienne
Gisèle Halimi - Une jeunesse tunisienne

Gisèle Halimi est un personnage intéressant, en tant que femme engagée et qu’individu tout simplement. Ses combats contre la torture au moment de la guerre d’Algérie, contre l’interdiction de l’avortement ensuite en ont fait une personnalité forte, presque iconique (son engagement s’est d’ailleurs poursuivi avec son fils Serge, dont je suis les écrits depuis longtemps). Mais l’intérêt de cet album réside dans le fait qu’il ne traite que de l’enfance de Gisèle Halimi, c’est-à-dire sa « période tunisienne », avant qu’elle n’arrive en France pour finir ses études d’avocate juste après la seconde guerre mondiale. Je ne connaissais pas du tout ce pan de sa vie, pourtant très éclairant. C’est en effet dans une relative adversité (sociétale et familiale – voir les relations tendues avec une mère très « traditionaliste ») qu’elle va forger son caractère et ses convictions. En effet, on retrouve là à peu près tout ce qui va ensuite nourrir ses plaidoiries et son action publique : l’émancipation de la femme, la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, le soutien des mouvement anticolonialistes, etc. Un album instructif et très intéressant donc, qui ne frustre pas par son parti pris chronologique : la suite est plus « connue » de toute façon, et cet album complètera parfaitement d’autres traitant de ses activités d’avocate. Note réelle 3,5/5

07/09/2023 (modifier)