Adepte de l'univers Donjon, une chose m'a longtemps attiré vers la période Crépuscule : le fait que nous sommes là au bout de l'histoire, quand tout est consommé ou presque, quand les personnages ont atteint leur statut final, notamment la toute puissance du Grand Khan/Herbert. En bref, c'est le moment le plus "cool" pour un jeune mâle en quête de "ce qu'il va se passer après" et de "toujours plus forts".
Et pourtant, Crépuscule, ce n'est pas ça. C'est davantage un univers devenu sombre, une ambiance devenue mélancolique, un peu désespérée. Et les pouvoirs acquis au fil du temps sont plutôt des pouvoirs de corruption et de mal qui vont amener les personnages à plutôt tout détruire pour mieux recommencer leurs propres vies.
Pas mal dans l'idée mais j'accroche moins qu'à Donjon Zenith et à la plupart des Donjon monsters. En effet, après un départ plein de tragédie et de force, le récit a tendance à s'égarer au fil des tomes. Ca part un peu dans tous les sens sans qu'on sache tellement où les auteurs veulent en venir, et surtout si eux-mêmes savent vraiment où ils pourraient bien aller.
Et puis il y a le dessin de Sfar auquel je n'accroche vraiment pas, pas plus que celui des Kerascoet qui l'ont suivi. J'attends l'arrivée d'Obion car lui j'aime beaucoup son style.
Pour finir, j'achète toujours les tomes de Crépuscule dès leur sortie et je les lis sans déplaisir, mais j'y trouve un peu moins de satisfaction que dans d'autres albums de l'univers Donjon.
Avis tout à fait personnel et se limitant aux premiers albums (jusqu'à la moitié de la série, une grosse vingtaine quoi tout simplement parce que je n'ai jamais lu au delà).
Tout simplement parce que les 4 as sont pour beaucoup dans le fait que je sois un bdvore aujourd'hui. A bientôt 30 ans, c'est vers un tout autre genre de Bd que je me tourne (évidemment) mais j'avoue sans honte que régulièrement (4 ou 5 fois dans l'année) j'aime beaucoup me replonger dans un de ces vieux albums qui m'ont mené à la BD.
Avec ces histoires naïves (pour ne pas dire niaises), au fond "bon" et au dessin facile, ben je trouve ça sympa et reposant.
Et ça me fait bien plaisir de voir ma soeur de 12 ans lire ma vieille ébauche de collection des 4 as et trouver ça rigolo et mignon plutôt que les mangas (rarement rigolo et encore moins mignons).
Convenez-en avec moi, ça fait du bien des fois des trucs mignons qui ne vous retourne pas le moral.
C'est à ce niveau que j'en recommande l'achat de quelques uns (et sur le net on en trouve pour une bouchée de pain).
Il faut prendre cette série pour ce qu'elle est : un truc sans prétention, issue d'une autre époque où les choses "saines" avaient meilleurs cour qu'aujourd'hui.
Etait ce un mal ?
D’abord –précision- je suis un fan de Chaillet, surtout de « son » Vasco.
Mais ici j’ai découvert un autre Chaillet avec cette une série originale. A sa façon, l’auteur refait une partie de l’Histoire antique : les chrétiens ne sont plus des martyrs de Rome mais persécutent ses habitants dans une sorte d’ivresse de l’intolérance. Nos « pauvres » Romains tentent de faire survivre leurs dieux face à celui –unique- des nouveaux maîtres et, pour ce faire, mènent une lutte désespérée.
J’ai lu une histoire générale assez iconoclaste, mais surtout apprécié la force du graphisme de l’auteur, son trait réaliste vraiment efficace. Sans oublier, quand même, le scénario.
Ce dernier est une sorte de révisionnisme de l’Histoire politiquement incorrect et pourrait même heurter certaines âmes.
N’empêche : cela ne manque pas de pertinence.
Le problème –car il y en a un- : le récit général est fort ésotérique et le contenu de chaque tome est à lire VRAIMENT à son aise car le postulat de départ et ses développements ont de quoi faire rebuter plus d’un lecteur.
Mais si l’on se prête au « jeu » de Chaillet, ce que j’ai fait, on se retrouve plongé dans l’ambiance des bons vieux péplums avec l’antique Rome, « ses » combats, ses rues, ses nombreuses descriptions… une Rome prise entre deux mondes.
C’est vrai : faut aimer. Je l’ai fait.
Curieuse histoire que celle de cet album…
Will (Tif et Tondu, Isabelle) souhaitait explorer de nouvelles voies en matière de BD, surtout en travaillant en couleurs directes.
Outre d’autres publications, cet « arbre » fut mis en route dans les années 90. Mais des ennuis de santé de l’auteur firent qu’une seule planche fut réalisée.
En 1999 Will se remet au travail. Mais il décide que cette histoire fera l’objet d’un seul album et non une série comme initialement prévue. Il peint quatre pages en couleurs directes, en esquisses d’autres mais, hélas, décède en Février 2000.
Mais Will avait de nombreux et vrais amis dans le monde de la BD. Son épouse et de nombreux auteurs décident d’achever cette œuvre.
Répondront « présent » : Hermann, Franz, Danny, Derib, Roba, Hausman, Walthéry, Mézières, Loisel et une dizaine d’autres dessinateurs. Il est proposé à chacun de choisir un moment, une séquence de l’histoire qui correspond le mieux à leurs affinités.
C’était risqué… mais une sorte d’alchimie s’est produite et une véritable unité de ton est apparue malgré les divergences de styles.
J’ai ainsi lu une histoire pleine de charme et de poésie ; laquelle m’a emmené vers de magnifiques et magiques horizons ; et ce dans une réelle fluidité de l’ensemble.
Un bien bel album. Une belle histoire réalisée par une fameuse brochette de « pointures » qui rendent ci un hommage assez émouvant à un véritable artiste fort apprécié.
C’est l’histoire de Toland Polk, un jeune « héros » qui essaie de comprendre les différences entre un monde qui bascule et un monde qui s’entête. Nous sommes en effet à la fin des années 60, aux Etats-Unis, une époque où la jeunesse américaine va s’engager dans une sorte de rupture sociale. C’est la guerre du Viet-Nam, la drogue, le rock, les mouvements hippies, le « flower power »… et aussi quelque chose dont on ose parler… et vivre : l’homosexualité. Toland est homosexuel. Et dans cette ville ségrégationniste du Sud où il vit, l’homosexualité est quelque chose d’abominable.
J’ai ainsi traversé un récit fait en flash-back où j’ai assisté au combat de Toland ; lequel incarne ces minorités qui tentaient d’obtenir des droits civiques « confisqués » par un pouvoir usant de son « puritanisme ».
L’album est construit en évoquant des faits réels ; une sorte de trait d’union entre fiction et actualités de l’époque.
Le dessin ?… je n’aime pas trop. Mais le narratif est bien au dessus du graphisme dans cette BD vraiment pas comme les autres.
Un curieux album. Curieux dans le sens où Pratt a mis beaucoup de temps à le réaliser.
Un inédit que ce « Morgan », interrompu par l’auteur et ensuite repris à sa sortie de clinique où Pratt était en traitement. Pour les vrais connaisseurs, le graphisme mal assuré des dernières planches est un témoignage des difficultés qu’a eu l’auteur à les terminer.
« Morgan » ?… Pratt s’est basé sur des faits authentiques pour ensuite inventer personnages et situations. Le conflit de 40-45 est là, présent, c’est vrai. Mais il est assez distant et paraît comme une sorte de toile de fond à la présente aventure. Pratt, d’ailleurs, ne porte aucun jugement sur le conflit, le décrivant de manière distanciée.
Pratt a ici « balancé » son héros entre la Yougoslavie et Venise pour une sorte de balade dans l’absurdité de la guerre.
L’album –en EO- est en noir et blanc. J’apprécie beaucoup. Forcément « il » devait sortir un jour colorisé. C’est fait. Bien fait même. Mais il n’a pas la saveur du graphisme pur original.
N’empêche : c’est bien bon.
Ah! C'est l'une des séries avec les plus beaux dessins que j'ai vus. Andreas nous donne des planches en noir et blanc très bien exécutées. J'adore surtout les dessins sans aucun texte qui montrent en entier le magnifique coup de crayon d'Andreas. C'est une véritable galerie d'art en bd !
Quant au scénario, je l'ai trouvé quelques fois un peu confus, mais j'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce récit très passionnant. Je ne connais pas Lovecraft, mais si c'est aussi bon que cette bd je veux le lire !
Une bd un peu bizarre qui est très passionnante à lire. Ça débute lentement dans le tome 1 et ça finit de manière grandiose dans le tome 3. C'est un mélange d'humour, de tendresse, d'action et... d'histoire de super-héros ! Ou plutôt de super-fille...
Les personnages sont attachants et sont terriblement humains, surtout dans le dernier tome. J'ai tout de suite embarqué dans l'intrigue et l'auteur nous donne les solutions aux questions petit à petit sans jamais ralentir le rythme du récit.
Le dessin m'a paru moche au début, mais je me suis vite habitué et je l'ai finalement trouvé frais et dynamique.
Un one-shot très intéressant et un peu loin de la production habituelle de Van Hamme. Contrairement au très ennuyant Thorgal des mêmes auteurs, j'ai eu du plaisir à lire cette histoire et j'ai trouvé le héros très attachant.
Le dessin en noir et blanc de Rosinski est très beau et je n'ose pas imaginer à quoi ressemble la version couleur. Il y a des bds qui ne sont belles qu'en noir et blanc comme celle-ci. Les péripéties sont passionnantes et j'adore la fin qui est très cynique dans son genre.
Ouverture. Une ambiance de calme et de soleil irrigue les premières cases muettes. En compagnie de la petite Luce, gamine de six ans en vacances chez son papi, on entreprend la visite guidée d’un petit village champêtre, passage en revue obligé de lieux bucoliques et autres clichés pittoresques. Le potager du grand-père, le marché braillard, le café du coin avec ses petits vieux chamailleurs et radoteurs, une ballade qui laisse entrevoir les prémisses d’une douce peinture pastorale façon Pagnol. À un détail près : les apparitions morbides et inexpliquées d’une fillette drapée de noir et d’un homme nu décharné que Luce semble être la seule à apercevoir. La fable va vite tourner au pessimisme douloureux…
En jouant sur le contraste de l’âge, l’auteur amène à hauteur de petite fille des questionnements et des préoccupations trop adultes. Une opposition de regards entre une vision innocente remplie de candeur, de révolte très enfantine et le fatalisme voire la névrose de vieillards qui semblent avoir passé leur vie à préparer la mort, à l’oublier dans un cache-cache épuisant. Une inéluctable partie d’échecs contre une grande faucheuse qui finit tôt ou tard par les mettre mat. Et l’on redoute d’entrevoir notre reflet dans ce miroir dérangeant.
Car la force de l’œuvre, c’est l’empathie profonde et intense qui transpire. La narration prend son temps, étire les instants dérisoires, embrassant d’une poésie morose tous les petits riens du quotidien pour mieux nous faire éprouver la solitude et le sentiment d’abandon. En s’attardant sur les petits détails, elle évoque en nous tous ces souvenirs de campagne où chacun retrouvera sa madeleine proustienne (la bouteille de Pschitt, le pain de deux, le détour que l’on fait dans le jardin pour éviter le canard barjot, cette vieille télé noir et blanc qui débite invariablement la voix des animateurs de jeux à l’heure des repas…). Et puis il y a ce grand format avec ses cadrages et ses gros plans démesurés qui nous rapprochent tellement des personnages et nous font littéralement pénétrer dans les cases. Un degré d’intimisme tel que, dans certaines scènes, l’on se sent voyeur, si gêné d’être là.
La compassion est d’autant plus violente que l’auteur contourne une sensiblerie et une pleurnicherie trop faciles en laissant parler son dessin. Une ligne très belle, magnétique, dont la justesse, la précision et l’expressivité font exploser en non-dits toute la brutalité et la puissance des émotions. Mais c’est également une grande fraîcheur que l’on ressent, quand, complices, on accompagne ces quelques protagonistes se raccrochant aux rares et insignifiants moments de bonheur que l’existence voudra encore leur accorder.
Une œuvre magnifique, déchirante et méditative. Luce c’était nous. Ces vieux le sont-ils déjà aussi ?
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Donjon Crépuscule
Adepte de l'univers Donjon, une chose m'a longtemps attiré vers la période Crépuscule : le fait que nous sommes là au bout de l'histoire, quand tout est consommé ou presque, quand les personnages ont atteint leur statut final, notamment la toute puissance du Grand Khan/Herbert. En bref, c'est le moment le plus "cool" pour un jeune mâle en quête de "ce qu'il va se passer après" et de "toujours plus forts". Et pourtant, Crépuscule, ce n'est pas ça. C'est davantage un univers devenu sombre, une ambiance devenue mélancolique, un peu désespérée. Et les pouvoirs acquis au fil du temps sont plutôt des pouvoirs de corruption et de mal qui vont amener les personnages à plutôt tout détruire pour mieux recommencer leurs propres vies. Pas mal dans l'idée mais j'accroche moins qu'à Donjon Zenith et à la plupart des Donjon monsters. En effet, après un départ plein de tragédie et de force, le récit a tendance à s'égarer au fil des tomes. Ca part un peu dans tous les sens sans qu'on sache tellement où les auteurs veulent en venir, et surtout si eux-mêmes savent vraiment où ils pourraient bien aller. Et puis il y a le dessin de Sfar auquel je n'accroche vraiment pas, pas plus que celui des Kerascoet qui l'ont suivi. J'attends l'arrivée d'Obion car lui j'aime beaucoup son style. Pour finir, j'achète toujours les tomes de Crépuscule dès leur sortie et je les lis sans déplaisir, mais j'y trouve un peu moins de satisfaction que dans d'autres albums de l'univers Donjon.
Les 4 As
Avis tout à fait personnel et se limitant aux premiers albums (jusqu'à la moitié de la série, une grosse vingtaine quoi tout simplement parce que je n'ai jamais lu au delà). Tout simplement parce que les 4 as sont pour beaucoup dans le fait que je sois un bdvore aujourd'hui. A bientôt 30 ans, c'est vers un tout autre genre de Bd que je me tourne (évidemment) mais j'avoue sans honte que régulièrement (4 ou 5 fois dans l'année) j'aime beaucoup me replonger dans un de ces vieux albums qui m'ont mené à la BD. Avec ces histoires naïves (pour ne pas dire niaises), au fond "bon" et au dessin facile, ben je trouve ça sympa et reposant. Et ça me fait bien plaisir de voir ma soeur de 12 ans lire ma vieille ébauche de collection des 4 as et trouver ça rigolo et mignon plutôt que les mangas (rarement rigolo et encore moins mignons). Convenez-en avec moi, ça fait du bien des fois des trucs mignons qui ne vous retourne pas le moral. C'est à ce niveau que j'en recommande l'achat de quelques uns (et sur le net on en trouve pour une bouchée de pain). Il faut prendre cette série pour ce qu'elle est : un truc sans prétention, issue d'une autre époque où les choses "saines" avaient meilleurs cour qu'aujourd'hui. Etait ce un mal ?
La dernière Prophétie
D’abord –précision- je suis un fan de Chaillet, surtout de « son » Vasco. Mais ici j’ai découvert un autre Chaillet avec cette une série originale. A sa façon, l’auteur refait une partie de l’Histoire antique : les chrétiens ne sont plus des martyrs de Rome mais persécutent ses habitants dans une sorte d’ivresse de l’intolérance. Nos « pauvres » Romains tentent de faire survivre leurs dieux face à celui –unique- des nouveaux maîtres et, pour ce faire, mènent une lutte désespérée. J’ai lu une histoire générale assez iconoclaste, mais surtout apprécié la force du graphisme de l’auteur, son trait réaliste vraiment efficace. Sans oublier, quand même, le scénario. Ce dernier est une sorte de révisionnisme de l’Histoire politiquement incorrect et pourrait même heurter certaines âmes. N’empêche : cela ne manque pas de pertinence. Le problème –car il y en a un- : le récit général est fort ésotérique et le contenu de chaque tome est à lire VRAIMENT à son aise car le postulat de départ et ses développements ont de quoi faire rebuter plus d’un lecteur. Mais si l’on se prête au « jeu » de Chaillet, ce que j’ai fait, on se retrouve plongé dans l’ambiance des bons vieux péplums avec l’antique Rome, « ses » combats, ses rues, ses nombreuses descriptions… une Rome prise entre deux mondes. C’est vrai : faut aimer. Je l’ai fait.
L'Arbre des deux printemps
Curieuse histoire que celle de cet album… Will (Tif et Tondu, Isabelle) souhaitait explorer de nouvelles voies en matière de BD, surtout en travaillant en couleurs directes. Outre d’autres publications, cet « arbre » fut mis en route dans les années 90. Mais des ennuis de santé de l’auteur firent qu’une seule planche fut réalisée. En 1999 Will se remet au travail. Mais il décide que cette histoire fera l’objet d’un seul album et non une série comme initialement prévue. Il peint quatre pages en couleurs directes, en esquisses d’autres mais, hélas, décède en Février 2000. Mais Will avait de nombreux et vrais amis dans le monde de la BD. Son épouse et de nombreux auteurs décident d’achever cette œuvre. Répondront « présent » : Hermann, Franz, Danny, Derib, Roba, Hausman, Walthéry, Mézières, Loisel et une dizaine d’autres dessinateurs. Il est proposé à chacun de choisir un moment, une séquence de l’histoire qui correspond le mieux à leurs affinités. C’était risqué… mais une sorte d’alchimie s’est produite et une véritable unité de ton est apparue malgré les divergences de styles. J’ai ainsi lu une histoire pleine de charme et de poésie ; laquelle m’a emmené vers de magnifiques et magiques horizons ; et ce dans une réelle fluidité de l’ensemble. Un bien bel album. Une belle histoire réalisée par une fameuse brochette de « pointures » qui rendent ci un hommage assez émouvant à un véritable artiste fort apprécié.
Stuck Rubber Baby (Un Monde de différence)
C’est l’histoire de Toland Polk, un jeune « héros » qui essaie de comprendre les différences entre un monde qui bascule et un monde qui s’entête. Nous sommes en effet à la fin des années 60, aux Etats-Unis, une époque où la jeunesse américaine va s’engager dans une sorte de rupture sociale. C’est la guerre du Viet-Nam, la drogue, le rock, les mouvements hippies, le « flower power »… et aussi quelque chose dont on ose parler… et vivre : l’homosexualité. Toland est homosexuel. Et dans cette ville ségrégationniste du Sud où il vit, l’homosexualité est quelque chose d’abominable. J’ai ainsi traversé un récit fait en flash-back où j’ai assisté au combat de Toland ; lequel incarne ces minorités qui tentaient d’obtenir des droits civiques « confisqués » par un pouvoir usant de son « puritanisme ». L’album est construit en évoquant des faits réels ; une sorte de trait d’union entre fiction et actualités de l’époque. Le dessin ?… je n’aime pas trop. Mais le narratif est bien au dessus du graphisme dans cette BD vraiment pas comme les autres.
Morgan (Pratt)
Un curieux album. Curieux dans le sens où Pratt a mis beaucoup de temps à le réaliser. Un inédit que ce « Morgan », interrompu par l’auteur et ensuite repris à sa sortie de clinique où Pratt était en traitement. Pour les vrais connaisseurs, le graphisme mal assuré des dernières planches est un témoignage des difficultés qu’a eu l’auteur à les terminer. « Morgan » ?… Pratt s’est basé sur des faits authentiques pour ensuite inventer personnages et situations. Le conflit de 40-45 est là, présent, c’est vrai. Mais il est assez distant et paraît comme une sorte de toile de fond à la présente aventure. Pratt, d’ailleurs, ne porte aucun jugement sur le conflit, le décrivant de manière distanciée. Pratt a ici « balancé » son héros entre la Yougoslavie et Venise pour une sorte de balade dans l’absurdité de la guerre. L’album –en EO- est en noir et blanc. J’apprécie beaucoup. Forcément « il » devait sortir un jour colorisé. C’est fait. Bien fait même. Mais il n’a pas la saveur du graphisme pur original. N’empêche : c’est bien bon.
Cromwell Stone
Ah! C'est l'une des séries avec les plus beaux dessins que j'ai vus. Andreas nous donne des planches en noir et blanc très bien exécutées. J'adore surtout les dessins sans aucun texte qui montrent en entier le magnifique coup de crayon d'Andreas. C'est une véritable galerie d'art en bd ! Quant au scénario, je l'ai trouvé quelques fois un peu confus, mais j'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce récit très passionnant. Je ne connais pas Lovecraft, mais si c'est aussi bon que cette bd je veux le lire !
Mertownville
Une bd un peu bizarre qui est très passionnante à lire. Ça débute lentement dans le tome 1 et ça finit de manière grandiose dans le tome 3. C'est un mélange d'humour, de tendresse, d'action et... d'histoire de super-héros ! Ou plutôt de super-fille... Les personnages sont attachants et sont terriblement humains, surtout dans le dernier tome. J'ai tout de suite embarqué dans l'intrigue et l'auteur nous donne les solutions aux questions petit à petit sans jamais ralentir le rythme du récit. Le dessin m'a paru moche au début, mais je me suis vite habitué et je l'ai finalement trouvé frais et dynamique.
Le Grand Pouvoir du Chninkel
Un one-shot très intéressant et un peu loin de la production habituelle de Van Hamme. Contrairement au très ennuyant Thorgal des mêmes auteurs, j'ai eu du plaisir à lire cette histoire et j'ai trouvé le héros très attachant. Le dessin en noir et blanc de Rosinski est très beau et je n'ose pas imaginer à quoi ressemble la version couleur. Il y a des bds qui ne sont belles qu'en noir et blanc comme celle-ci. Les péripéties sont passionnantes et j'adore la fin qui est très cynique dans son genre.
Les Funérailles de Luce
Ouverture. Une ambiance de calme et de soleil irrigue les premières cases muettes. En compagnie de la petite Luce, gamine de six ans en vacances chez son papi, on entreprend la visite guidée d’un petit village champêtre, passage en revue obligé de lieux bucoliques et autres clichés pittoresques. Le potager du grand-père, le marché braillard, le café du coin avec ses petits vieux chamailleurs et radoteurs, une ballade qui laisse entrevoir les prémisses d’une douce peinture pastorale façon Pagnol. À un détail près : les apparitions morbides et inexpliquées d’une fillette drapée de noir et d’un homme nu décharné que Luce semble être la seule à apercevoir. La fable va vite tourner au pessimisme douloureux… En jouant sur le contraste de l’âge, l’auteur amène à hauteur de petite fille des questionnements et des préoccupations trop adultes. Une opposition de regards entre une vision innocente remplie de candeur, de révolte très enfantine et le fatalisme voire la névrose de vieillards qui semblent avoir passé leur vie à préparer la mort, à l’oublier dans un cache-cache épuisant. Une inéluctable partie d’échecs contre une grande faucheuse qui finit tôt ou tard par les mettre mat. Et l’on redoute d’entrevoir notre reflet dans ce miroir dérangeant. Car la force de l’œuvre, c’est l’empathie profonde et intense qui transpire. La narration prend son temps, étire les instants dérisoires, embrassant d’une poésie morose tous les petits riens du quotidien pour mieux nous faire éprouver la solitude et le sentiment d’abandon. En s’attardant sur les petits détails, elle évoque en nous tous ces souvenirs de campagne où chacun retrouvera sa madeleine proustienne (la bouteille de Pschitt, le pain de deux, le détour que l’on fait dans le jardin pour éviter le canard barjot, cette vieille télé noir et blanc qui débite invariablement la voix des animateurs de jeux à l’heure des repas…). Et puis il y a ce grand format avec ses cadrages et ses gros plans démesurés qui nous rapprochent tellement des personnages et nous font littéralement pénétrer dans les cases. Un degré d’intimisme tel que, dans certaines scènes, l’on se sent voyeur, si gêné d’être là. La compassion est d’autant plus violente que l’auteur contourne une sensiblerie et une pleurnicherie trop faciles en laissant parler son dessin. Une ligne très belle, magnétique, dont la justesse, la précision et l’expressivité font exploser en non-dits toute la brutalité et la puissance des émotions. Mais c’est également une grande fraîcheur que l’on ressent, quand, complices, on accompagne ces quelques protagonistes se raccrochant aux rares et insignifiants moments de bonheur que l’existence voudra encore leur accorder. Une œuvre magnifique, déchirante et méditative. Luce c’était nous. Ces vieux le sont-ils déjà aussi ?