En retombant sur cette BD dans ma collection, je me refais une lecture et je cogite quelques minutes. Décidément, cette BD est excellente, et j'ai maintenant plus de bagage que lors de mon premier avis pour pouvoir dire qu'elle contient une excellente critique d'un système capitaliste.
A la relecture, ça m'a frappé : cette BD, basée sur un livre de Fabcaro qui n'a pas encore connu le succès énorme des ses BD humoristiques et tragiques, est une lecture cruelle et tragique d'un monde capitaliste et ses dérives.
L'histoire de cet homme seul, presque sans amis et sans amour, dans une société où l'ultraconsommation est valorisé, est le résultat d'un capitalisme libéral effréné. Figurec est l'entreprise des influenceurs par excellence, celle qui fait vendre et acheter. Un monde où l'amour devient denrée marchande, où parler librement est risqué, dans lequel tout coute cher, très cher. Une société de paraitre (aux yeux des autres, de sa famille notamment), mais surtout une société qui n'arrive plus à communiquer. C'est un monde qui rend malheureux, profondément malheureux, alors que se dévoile sa facticité.
J'ai relu cette BD en ayant de très bon souvenirs, mais je la trouve encore plus désespéré aujourd'hui. Fabcaro a saisit une air du temps triste et solitaire, celle de ces gens piégés dans une société de consommation qui nous fait croire que le bonheur c'est d'avoir, de l'avoir plein nos armoires. Il comprend avant leur explosion le piège des réseaux sociaux : cette apparence qui prend le pas sur tout le reste, l'envie d'être parfait aux yeux de tout le monde, d'avoir la vie dont les autres rêves. Mais tout se paye ...
C'est une BD réellement intelligente et qui montre qu'en 2006 se dessinaient déjà les germes de notre monde actuel. Avec près de 18 ans d'avance, il parlait de l'humain prisonnier d'un monde d'apparence, de consommation et de solitude. Si la BD est toujours aussi actuelle, c'est que nous n'avons vu ces penchants se renforcer encore plus, par de nouveaux outils modernes.
Le dessin de De Metter renforce cette mélancolie sourde, ce ton acide et sombre d'une journée d'automne sans fin. Il ajoute au récit sa part de grotesque tragique, dans des gueules typées, des sourires faux et hypocrites, des gags potaches qui font le contrepoint du reste.
Comme un polar grotesque et ridicule, Figurec est une manifestation de ce que Fabcaro développera ensuite avec humour dans ses BD : l'humain, la solitude, la consommation, la famille, le rêve du bonheur ... Sans jamais être tragique, il fait pourtant une véritable tragédie de notre monde. Et je suis impressionné aujourd'hui de la pertinence de son propos. Une BD qui m'avait marqué et me marque encore, une grande BD.
C'est une BD choc. Je ne connais pas le roman historique de Jean Teulé mais j'ai lu sur les guerres de religions dont la Saint Barthélémy est l'épisode ( macabre) le plus célèbre. Il faut dire qu'en 1998 les quatre cents ans de l'édit de Nantes ont rafraîchi la mémoire de beaucoup.
Pour revenir à la série de Guérineau, j'ai trouvé le récit très prenant avec une introduction choc très réussie. Les dialogues sont du domaine de la fiction mais ont une certaine crédibilité et surtout posent la personnalité du roi Charles 9 de façon complexe et plutôt touchante. Le reste du récit découle de cette scène initiale qui mêle le tragique de l'horreur de la situation avec une distance presque comique comme un rire nerveux devant une scène atroce. Le savoir faire de l'auteur réussit à inverser ma vision des personnages. Pour "fou" qu'il soit perçu, Charles est le seul sincère, son entourage étant lui prisonnier d'un protocole ou d'une politique criminelle. C'est très finement réalisé avec un auteur plus observateur que partie prenante. La thématique est très lourde et Guérineau introduit quelques épisodes (Johan, Lucky Luke) ou anecdotes (le premier janvier, le muguet) qui ont à la fois encore une lecture tragi-comique.
Le graphisme semi réaliste rond de l'auteur accentue cette dualité du tragique et du comique. Les personnages sont très expressifs avec un fort dynamisme. Les extérieurs toujours très détaillés et travaillés.
Pour finir une note sur les dialogues qui mêlent le contemporain avec l'esprit du XVIème siècle dans un hommage à cette poésie qui va imposer la langue française avec le groupe de la Pléiade face au latin ou à l'italien.
Une lecture intelligente sur un épisode douloureux de notre histoire.
Robert, c'est une sorte de Jean-Claude Dusse au sortir de l'adolescence. Il ne pense qu'à conclure. Et il est à "ça " de réussir ! Il essaye tout. Mais ce gros loser se prend veste sur veste.
La quasi totalité des gags tournent autour du même principe. Robert drague, est sûr de conclure, et ça foire lamentablement, connement.
S'il y a peut-être un ou deux gags qui usent de ressorts proches, Zep a plutôt bien réussi à se renouveler. Et surtout la très grande majorité des histoires sont amusantes, avec une chute drôle et percutante. Rares sont les gags qui tombent à plat.
Un des meilleurs si ce n'est le meilleur Zep que j'ai lu. De l'humour gentiment con réussi. Au point que j'aurais volontiers vu ce gros loser de Robert continuer à se prendre des râteaux sur d'autres albums.
(Je précise que j'ai lu la première version parue sous le titre de "Les filles électriques " dans la collection Humour Libre, je ne sais pas ce qui a été modifié dans la réédition opportuniste surfant sur le succès des "Happy...").
Dans le genre science-fiction, c'est du haut de gamme.
Ram V fait partie des très rares scénaristes dont je surveille chaque publication. Il a cette faculté de m'embarquer dans des histoires très différentes, toujours pleine d'humanité. Il a aussi une autre faculté, qui pour moi est primordial pour prendre du plaisir, celle de s'entourer de dessinateurs de talent, et Evan Cagle ne déroge pas à la règle.
Dans un futur indéterminé où les nations ont laissé place à des corporations sans scrupules, un portail qui ouvre sur un autre univers est apparu en Amérique Centrale. Et pour ce prémunir des monstres géants qui en sortent, les Tetzas, un rempart de 2900 kilomètres de long et 30 mètres de haut a été construit. Mais pour éliminer ces Tetzas qui sortent régulièrement du portail, les Corporations ont créé les IK (Iron Kings), des robots géants pilotés par un être de chair et de sang. Anita Marr est la meilleure dans ce rôle et elle va se voir attribuer un nouvel IK à la technologie révolutionnaire : Dawnrunner. Des combats qui passent à la télévision devant des millions de téléspectateurs, ils sont devenus les nouveaux jeux du cirque.
Rien de révolutionnaire donc à priori, mais un récit qui prendra des directions inattendues avec l'interface femme/machine et sur les motivations des Tetzas. L'intrigue est palpitante, la tension ne cesse de monter au fil des pages et les personnages sont attachants et non manichéens. Une histoire humaine et très touchante avec en parallèle le destin d'Anita et sa fille et celui d'un père et de ses deux enfants malgré le siècle qui les sépare.
Même si quelques questions restent en suspens, la conclusion me satisfait pleinement et ne se termine pas sur un bel happy end.
La partie graphique est monstrueuse, c'est le cas de le dire, un dessin au trait métallique et organique. Métallique avec ce monde cyberpunk si réaliste et ces robots aux formes disproportionnées. Organique avec ces Tetzas aux différentes formes et aux chairs déchiquetées. Les scènes de combats sont magnifiques, on devine le bruit des tôles froissées et des carapaces qui se brisent.
Une mise en scène cinématographique, de somptueuses couleurs et des décors qui en mettent plein les yeux font de la partie graphique un petit bijou visuel.
Je ne peux que recommander aux amateurs du genre.
Coup de cœur.
Musique d’ambiance : Ghost in the Shell – Nightstalker
Dans le making-of, Guillaume – Blaky – Singelin évoque des films d’animations tels qu’Akira ou Ghost in the Shell entre autres, parmi ses inspirations du décorum de P.T.S.D. et c’est effectivement ce qui m’a le plus frappé à ma lecture, je voulais donc l’évoquer en premier. L’action se situe dans une ville tentaculaire, étouffante de par le climat mais aussi parce que ça grouille d’êtres humains, la pauvreté, la misère sont partout, du plus bas de la ville parmi les rats et les miséreux, jusqu’au sommet des buildings tenus par les gangs.
J’ai grandement apprécié les inspirations asiatiques sur cet aspect là, qui sont aussi présents concernant le charadesign des personnages, quasi mangagesques avec leurs grands yeux expressifs. Les scènes de bouffe également ont un côté très « Miyazaki » dans l’approche, ça réchauffe les cœurs et pense les blessures aussi bien physiques que mentales. Les proportions des corps sont parfois un peu chelou mais cela fait partie du style du dessinateur, plutôt cool. Et puis ça contraste avec le code couleurs, très chaud souvent, exotique, c’est la ville dans la jungle on a l’impression. Et comme on nous raconte l’histoire d’une soldate sniper d’élite jamais totalement revenue de la guerre (qui s’apparente à celle du Vietnam), c’est un choix assez pertinent et intelligent.
L’histoire donc, c’est la fusion de First Blood, L’échelle de Jacob et Dredd, c’est G.I. Jane à la confrontation des gangs de rue. Mais que fait la police d’ailleurs?!
Enfin ça c’est pour les apparences, il y a tout un récit sur la rédemption, qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, un discours aussi sur l’entraide, le fait qu’on est plus fort ensemble que seul dans son coin. Certains trouveront ça un peu bateau peut être, moi j’ai trouvé que c’était une bonne piqûre de rappel, et puis que c’était bougrement bien mené. C’est tour à tour touchant et violent.
À ne pas rater.
Ah ben moi aussi j'ai bien aimé cette BD pour enfant, et avant tout parce qu'elle traite de questions a priori "adultes" en les mettant à portée des plus jeunes, en l'occurrence la catastrophe de Fukushima, principalement. Mais les auteurs traitent également de la mort des parents. Pourtant, rien n'est glauque parce que tout est mis au niveau sans pour autant édulcorer.
L'histoire est chouette : j'ai aimé suivre ces deux mômes (un frère et sa grande sœur) qui s'enfoncent dans la zone interdite et hautement contaminée pour rejoindre la demeure de leurs grand-parents afin d'y déposer les cendres de leur grand-mère qui les élevaient après la disparition de leurs parents dans la catastrophe. Tout est très crédible, si l'on veut bien faire exception de la présence des yokaïs. Mais là encore, on pourra y voir une allusion à la naïveté de l'enfance, ou bien à la réalité tangible d'un monde invisible auquel les enfants sont encore sensibles (alors que les adultes à de rares exceptions, n'y croient plus)
Le dessin est très correct, dans un style très proche du manga, la mise en couleurs n'est pas tape à l'œil mais au contraire rend au mieux les impressions de lumière des différentes parties du jour et de la nuit, et les dialogues évitent habilement de gagatiser.
C'est une très bonne BD jeunesse, avec un scénario à la fois crédible et flirtant avec le fantastique juste ce qu'il faut.
« Qui sauve une Vie sauve l'humanité entière ». Cette phrase tirée du Talmud pourrait parfaitement résumer ce diptyque.
Sauver une vie à tout prix, quitte à tout risquer: sa propre vie - pour l'Institutrice d'abord, puis celle des autres enfants de sa classe. C'est un des aspects le plus intéressant de cette BD j'ai trouvé: jusqu'où aller pour sauver une vie? Peut on risquer la vie d'une dizaine d'enfants pour n'en sauver qu'un? Il y a une fuite en avant qui va crescendo dans ces 2 tomes et qui pose très bien cette question. Et la détermination et le courage de l'institutrice virent peu à peu à l'obstination et au déni, jusqu'au moment où elle finit par prendre conscience de façon assez brutale des risques insensés qu'elle fait prendre aux autres enfants.
Le dessin est très lisible et facilite grandement une lecture qu'on veut rapide et nerveuse, vu le suspense qui traverse le récit. Seul bémol pour moi au niveau scenario: la petite partie d'acrobranche un peu facile: tout un groupe de jeunes enfants arrive à grimper facilement à un arbre à plusieurs mètres du sol et se balade d'arbre en arbre avec milice et chiens aux fesses.
Pour le reste c'est un sans faute.
Enfin, c'est une belle lecture pour les enfants. Ma fille de 10 ans a adoré autant qu'elle a été happée par l'histoire.
Encore un Lou Lubie ?! Décidément, Melle est au taquet ! Après l'excellent Racines (primé au Festival Quai des Bulles de St Malo le week-end dernier), c'est cette fois-ci en temps que scénariste que Lou Lubie nous revient. Il s'agit en fait d'un très vieux projet qu'elle avait dans les cartons et qu'elle a fini par réaliser en confiant le dessin à Solen Guivre, que je découvre avec cet album.
Lou Lubie nous propose donc une version revisitée du mythe d'Eurydice et Orphée. On est loin de ses précédents albums qui oscillaient entre le roman graphique et la BD documentaire, mais on retrouve son sens du récit, de la narration et de la mise en page (c'est elle qui a réalisé le storyboard). Sa vision du mythe est pertinente, trouvant le juste équilibre entre le récit antique et une vision plus contemporaine de nos sociétés et de la place des individus.
Et c'est là que toute la magie du dessin de Solen Guivre intervient. Si je n'aime pas vraiment la couverture de cet album, ses planches sont de véritables petits bijoux ! Derrière ce coup de crayon et cette colorisation qui font très dessin animé, l'autrice nous embarque dans des réalisations visuelles assez époustouflantes ! C'est lumineux, fluide dans les lignes autant que dans la narration et on se laisse embarquer page après page. C'est plein de bonnes trouvailles ; la représentation du chant d'Orphée en étant le meilleur exemple !
J'ai également vraiment apprécié la représentation des personnages ou des créatures ; que ce soit Calliopé (la soeur d'Orphée) toute en chair, Galatée (la créature crée par Pygmalion) polymorphe, Charon ou encore Cerbère (Wow ! Alors lui, il claque !), cette galerie de personnages est assez bluffante !
Bref, une très bonne surprise que ce mythe revisité, agrémenté d'un cahier graphique très intéressant sur le mythe d'origine et sur les recherches préparatoires de l'album.
Un avis pour donner un habit à ces corps dépecés, désarticulés, demembrés, souillés, profanés, dénudés, niés.
Le génocide des Tutsis au Rwanda par les Hutus, du 7 avril au 17 juillet 1994, a fait un million de morts (hommes, femmes et enfants). Un million de morts en 102 jours. En seulement 102 jours, soit 9803 morts par jour. Un nombre affolant qui n'est qu'une moyenne, il faut savoir que 80% des massacres étaient accompli à la mi-mai. La machine d'extermination mise en place pour le pouvoir rwandais a été d'une efficacité mortifère. Et pendant ces crimes, la communauté internationale était dans l'inaction et la France a fermé les yeux, en raison des liens historiques entre Paris et le régime du président rwandais, sous la présidence du controversé François Mitterrand. Une France qui accueillera entre 200 à 400 de ces génocidaires en toute impunité. Et c'est justement pour cela qu'Alain et Dafroza Gauthier se battent, ils veulent faire comparaître devant les tribunaux les individus ayant joué un rôle actif dans le génocide. En 2001, ils vont créer le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR). Ils déposent des plaintes contre ces individus résidants en France, mais c'est un combat de chaque instant. ils se rendent plusieurs fois par an au Rwanda pour trouver des témoignages, ils se heurtent à la lenteur de la justice, le premier procès n'aura lieu qu'en 2014.
Je ne peux être qu'admiratif devant le courage de ce couple et de sa pugnacité à vouloir rendre justice à ce million de voix éteintes.
Un album instructif qui se lit facilement malgré la dureté du sujet. Mais surtout, un album qui questionne... sur nos politiques, sur le peu de médiatisation, sur la haine de l'autre et de la monstruosité dont l'homme est capable. Heureusement, Alain et Dafroza Gauthier sont la petite flamme qui donne espoir en un monde meilleur.
Un dessin qui ne fait pas partie de ceux qui me met des étoiles dans les yeux. Mais un dessin efficace, qui va droit à l'essentiel avec son trait charbonneux très expressif et une couleur ocre omniprésente, une couleur de désolation. Un dessin qui nous montre l'horreur sans jamais tomber dans la surenchère du sordide.
Une chronologie qui résume très bien les racines de cette haine Hutus/Tutsis en fin d'album.
Une lecture plus que recommandable.
Tome 1:Nemesis
Je lis ici ou là beaucoup d'avis réservés sur ce nouvel album de Mathieu Lauffray, car je pense que certains l'ont lu à l'aune de Long John Silver, série ô combien réussie de ces dernières années.
Pour ma part, j'ai passé un très agréable moment à la lecture de cet opus.
Avec un incipit faisant furieusement songer à la première page de "La magicienne trahie" (Thorgal), Lauffray frappe fort.
Les premières pages d'introduction, jusqu'à l'explosion du navire, font office d'un générique bien amené.
Mais ce qui fait l'intérêt de ce premier opus réside dans l'audace de l'auteur. Avec une mise en page osée et très cinématographique à plusieurs reprises, Mathieu Lauffray réussit à capter le lecteur que je suis. Mais je ne suis pas très objectif dans la mesure où je suis très fan du dessin de Lauffray (je possède d'ailleurs différentes éditions de Prophet - noir et blanc, grand format, albums et intégrale - , par exemple, sans compter les tirages de luxe grand format de Long John Silver).
Je ne me suis pas ennuyé une seconde en lisant ce premier volume, même si j'ai été frustré qu'il s'achève si vite.
Le récit, il est vrai, obéit aux codes des aventures de pirates et ne révolutionne pas le genre, mais laisse augurer de beaux affrontements entre Raven et Lady Darksee.
Si comme moi, vous aimez les histoires de pirates et de chasse au trésor, cette nouvelle série de Mathieu Lauffray est pour vous.
tome 2: les contrées infernales
Autant j'avais trouvé que le tome 1 était bien rythmé, avec un début accrocheur, autant j'ai eu du mal entamer le tome 2 où l'intrigue (la recherche du trésor) met du temps à se mettre en place. (d'où une baisse de ma note initiale )
Il faut arriver au milieu de l'album pour que l'action et l'aventure l'emportent sur des dialogues parfois inutiles.
L'auteur prend le parti de nous offrir une histoire de pirates se déroulant sur la terre ferme comme dans le film "le corsaire rouge" ou plus récemment dans la bd Barracuda(Dufaux/Jeremy), mais cela ne me dérange pas..
Le dessin de Lauffray nous fait oublier les petites faiblesses du scénario ou certaines facilités (comment le jeune Arthur a-t-il réussi à suivre le groupe de pirate dans la jungle hostile?), mais ne boudons pas notre plaisir avec cette série qui a le mérite de nous divertir.
Furies
Ce troisième tome vient clore cette histoire de pirates en beauté. Autant j'avais des réserves sur le précédent volume, autant ce dernier opus m'a passionné. Pourtant l'incipit de cet album peut à priori, désarçonner le lecteur avec des révélations sur l'enfance de Raven.
Avec une pagination plus conséquente que précédemment, Lauffray prend le temps de nous livrer une conclusion digne de ce nom.
Si le personnage de Darksee semble prendre moins de place ici, en revanche Anne fait preuve de tempérament indéniable, jusqu'à éclipser lady Darksee.
Outre, une course au trésor bien amenée, la force de cet album en particulier, et la cette série en général, réside dans le dessin enlevé, et reconnaissable entre tous, de Mathieu Lauffray .
Il nous offre ici de magnifiques planches : celles sous la pluie, par exemple, ou encore avec l'incendie du fortin.
Contrairement à certains, je pense que la fin proposée suffit en elle-même, et qu'il serait inutile de prolonger dans un nouveau cycle.
Même si elle n'égale pas à mes yeux Long John Silver, cette série est de très bonne qualité, et j'aurai grand plaisir à la relire.
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Figurec
En retombant sur cette BD dans ma collection, je me refais une lecture et je cogite quelques minutes. Décidément, cette BD est excellente, et j'ai maintenant plus de bagage que lors de mon premier avis pour pouvoir dire qu'elle contient une excellente critique d'un système capitaliste. A la relecture, ça m'a frappé : cette BD, basée sur un livre de Fabcaro qui n'a pas encore connu le succès énorme des ses BD humoristiques et tragiques, est une lecture cruelle et tragique d'un monde capitaliste et ses dérives. L'histoire de cet homme seul, presque sans amis et sans amour, dans une société où l'ultraconsommation est valorisé, est le résultat d'un capitalisme libéral effréné. Figurec est l'entreprise des influenceurs par excellence, celle qui fait vendre et acheter. Un monde où l'amour devient denrée marchande, où parler librement est risqué, dans lequel tout coute cher, très cher. Une société de paraitre (aux yeux des autres, de sa famille notamment), mais surtout une société qui n'arrive plus à communiquer. C'est un monde qui rend malheureux, profondément malheureux, alors que se dévoile sa facticité. J'ai relu cette BD en ayant de très bon souvenirs, mais je la trouve encore plus désespéré aujourd'hui. Fabcaro a saisit une air du temps triste et solitaire, celle de ces gens piégés dans une société de consommation qui nous fait croire que le bonheur c'est d'avoir, de l'avoir plein nos armoires. Il comprend avant leur explosion le piège des réseaux sociaux : cette apparence qui prend le pas sur tout le reste, l'envie d'être parfait aux yeux de tout le monde, d'avoir la vie dont les autres rêves. Mais tout se paye ... C'est une BD réellement intelligente et qui montre qu'en 2006 se dessinaient déjà les germes de notre monde actuel. Avec près de 18 ans d'avance, il parlait de l'humain prisonnier d'un monde d'apparence, de consommation et de solitude. Si la BD est toujours aussi actuelle, c'est que nous n'avons vu ces penchants se renforcer encore plus, par de nouveaux outils modernes. Le dessin de De Metter renforce cette mélancolie sourde, ce ton acide et sombre d'une journée d'automne sans fin. Il ajoute au récit sa part de grotesque tragique, dans des gueules typées, des sourires faux et hypocrites, des gags potaches qui font le contrepoint du reste. Comme un polar grotesque et ridicule, Figurec est une manifestation de ce que Fabcaro développera ensuite avec humour dans ses BD : l'humain, la solitude, la consommation, la famille, le rêve du bonheur ... Sans jamais être tragique, il fait pourtant une véritable tragédie de notre monde. Et je suis impressionné aujourd'hui de la pertinence de son propos. Une BD qui m'avait marqué et me marque encore, une grande BD.
Charly 9
C'est une BD choc. Je ne connais pas le roman historique de Jean Teulé mais j'ai lu sur les guerres de religions dont la Saint Barthélémy est l'épisode ( macabre) le plus célèbre. Il faut dire qu'en 1998 les quatre cents ans de l'édit de Nantes ont rafraîchi la mémoire de beaucoup. Pour revenir à la série de Guérineau, j'ai trouvé le récit très prenant avec une introduction choc très réussie. Les dialogues sont du domaine de la fiction mais ont une certaine crédibilité et surtout posent la personnalité du roi Charles 9 de façon complexe et plutôt touchante. Le reste du récit découle de cette scène initiale qui mêle le tragique de l'horreur de la situation avec une distance presque comique comme un rire nerveux devant une scène atroce. Le savoir faire de l'auteur réussit à inverser ma vision des personnages. Pour "fou" qu'il soit perçu, Charles est le seul sincère, son entourage étant lui prisonnier d'un protocole ou d'une politique criminelle. C'est très finement réalisé avec un auteur plus observateur que partie prenante. La thématique est très lourde et Guérineau introduit quelques épisodes (Johan, Lucky Luke) ou anecdotes (le premier janvier, le muguet) qui ont à la fois encore une lecture tragi-comique. Le graphisme semi réaliste rond de l'auteur accentue cette dualité du tragique et du comique. Les personnages sont très expressifs avec un fort dynamisme. Les extérieurs toujours très détaillés et travaillés. Pour finir une note sur les dialogues qui mêlent le contemporain avec l'esprit du XVIème siècle dans un hommage à cette poésie qui va imposer la langue française avec le groupe de la Pléiade face au latin ou à l'italien. Une lecture intelligente sur un épisode douloureux de notre histoire.
Happy Girls (Les Filles Electriques)
Robert, c'est une sorte de Jean-Claude Dusse au sortir de l'adolescence. Il ne pense qu'à conclure. Et il est à "ça " de réussir ! Il essaye tout. Mais ce gros loser se prend veste sur veste. La quasi totalité des gags tournent autour du même principe. Robert drague, est sûr de conclure, et ça foire lamentablement, connement. S'il y a peut-être un ou deux gags qui usent de ressorts proches, Zep a plutôt bien réussi à se renouveler. Et surtout la très grande majorité des histoires sont amusantes, avec une chute drôle et percutante. Rares sont les gags qui tombent à plat. Un des meilleurs si ce n'est le meilleur Zep que j'ai lu. De l'humour gentiment con réussi. Au point que j'aurais volontiers vu ce gros loser de Robert continuer à se prendre des râteaux sur d'autres albums. (Je précise que j'ai lu la première version parue sous le titre de "Les filles électriques " dans la collection Humour Libre, je ne sais pas ce qui a été modifié dans la réédition opportuniste surfant sur le succès des "Happy...").
Dawnrunner
Dans le genre science-fiction, c'est du haut de gamme. Ram V fait partie des très rares scénaristes dont je surveille chaque publication. Il a cette faculté de m'embarquer dans des histoires très différentes, toujours pleine d'humanité. Il a aussi une autre faculté, qui pour moi est primordial pour prendre du plaisir, celle de s'entourer de dessinateurs de talent, et Evan Cagle ne déroge pas à la règle. Dans un futur indéterminé où les nations ont laissé place à des corporations sans scrupules, un portail qui ouvre sur un autre univers est apparu en Amérique Centrale. Et pour ce prémunir des monstres géants qui en sortent, les Tetzas, un rempart de 2900 kilomètres de long et 30 mètres de haut a été construit. Mais pour éliminer ces Tetzas qui sortent régulièrement du portail, les Corporations ont créé les IK (Iron Kings), des robots géants pilotés par un être de chair et de sang. Anita Marr est la meilleure dans ce rôle et elle va se voir attribuer un nouvel IK à la technologie révolutionnaire : Dawnrunner. Des combats qui passent à la télévision devant des millions de téléspectateurs, ils sont devenus les nouveaux jeux du cirque. Rien de révolutionnaire donc à priori, mais un récit qui prendra des directions inattendues avec l'interface femme/machine et sur les motivations des Tetzas. L'intrigue est palpitante, la tension ne cesse de monter au fil des pages et les personnages sont attachants et non manichéens. Une histoire humaine et très touchante avec en parallèle le destin d'Anita et sa fille et celui d'un père et de ses deux enfants malgré le siècle qui les sépare. Même si quelques questions restent en suspens, la conclusion me satisfait pleinement et ne se termine pas sur un bel happy end. La partie graphique est monstrueuse, c'est le cas de le dire, un dessin au trait métallique et organique. Métallique avec ce monde cyberpunk si réaliste et ces robots aux formes disproportionnées. Organique avec ces Tetzas aux différentes formes et aux chairs déchiquetées. Les scènes de combats sont magnifiques, on devine le bruit des tôles froissées et des carapaces qui se brisent. Une mise en scène cinématographique, de somptueuses couleurs et des décors qui en mettent plein les yeux font de la partie graphique un petit bijou visuel. Je ne peux que recommander aux amateurs du genre. Coup de cœur.
P.T.S.D.
Musique d’ambiance : Ghost in the Shell – Nightstalker Dans le making-of, Guillaume – Blaky – Singelin évoque des films d’animations tels qu’Akira ou Ghost in the Shell entre autres, parmi ses inspirations du décorum de P.T.S.D. et c’est effectivement ce qui m’a le plus frappé à ma lecture, je voulais donc l’évoquer en premier. L’action se situe dans une ville tentaculaire, étouffante de par le climat mais aussi parce que ça grouille d’êtres humains, la pauvreté, la misère sont partout, du plus bas de la ville parmi les rats et les miséreux, jusqu’au sommet des buildings tenus par les gangs. J’ai grandement apprécié les inspirations asiatiques sur cet aspect là, qui sont aussi présents concernant le charadesign des personnages, quasi mangagesques avec leurs grands yeux expressifs. Les scènes de bouffe également ont un côté très « Miyazaki » dans l’approche, ça réchauffe les cœurs et pense les blessures aussi bien physiques que mentales. Les proportions des corps sont parfois un peu chelou mais cela fait partie du style du dessinateur, plutôt cool. Et puis ça contraste avec le code couleurs, très chaud souvent, exotique, c’est la ville dans la jungle on a l’impression. Et comme on nous raconte l’histoire d’une soldate sniper d’élite jamais totalement revenue de la guerre (qui s’apparente à celle du Vietnam), c’est un choix assez pertinent et intelligent. L’histoire donc, c’est la fusion de First Blood, L’échelle de Jacob et Dredd, c’est G.I. Jane à la confrontation des gangs de rue. Mais que fait la police d’ailleurs?! Enfin ça c’est pour les apparences, il y a tout un récit sur la rédemption, qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, un discours aussi sur l’entraide, le fait qu’on est plus fort ensemble que seul dans son coin. Certains trouveront ça un peu bateau peut être, moi j’ai trouvé que c’était une bonne piqûre de rappel, et puis que c’était bougrement bien mené. C’est tour à tour touchant et violent. À ne pas rater.
Retour à Tomioka
Ah ben moi aussi j'ai bien aimé cette BD pour enfant, et avant tout parce qu'elle traite de questions a priori "adultes" en les mettant à portée des plus jeunes, en l'occurrence la catastrophe de Fukushima, principalement. Mais les auteurs traitent également de la mort des parents. Pourtant, rien n'est glauque parce que tout est mis au niveau sans pour autant édulcorer. L'histoire est chouette : j'ai aimé suivre ces deux mômes (un frère et sa grande sœur) qui s'enfoncent dans la zone interdite et hautement contaminée pour rejoindre la demeure de leurs grand-parents afin d'y déposer les cendres de leur grand-mère qui les élevaient après la disparition de leurs parents dans la catastrophe. Tout est très crédible, si l'on veut bien faire exception de la présence des yokaïs. Mais là encore, on pourra y voir une allusion à la naïveté de l'enfance, ou bien à la réalité tangible d'un monde invisible auquel les enfants sont encore sensibles (alors que les adultes à de rares exceptions, n'y croient plus) Le dessin est très correct, dans un style très proche du manga, la mise en couleurs n'est pas tape à l'œil mais au contraire rend au mieux les impressions de lumière des différentes parties du jour et de la nuit, et les dialogues évitent habilement de gagatiser. C'est une très bonne BD jeunesse, avec un scénario à la fois crédible et flirtant avec le fantastique juste ce qu'il faut.
L'Institutrice
« Qui sauve une Vie sauve l'humanité entière ». Cette phrase tirée du Talmud pourrait parfaitement résumer ce diptyque. Sauver une vie à tout prix, quitte à tout risquer: sa propre vie - pour l'Institutrice d'abord, puis celle des autres enfants de sa classe. C'est un des aspects le plus intéressant de cette BD j'ai trouvé: jusqu'où aller pour sauver une vie? Peut on risquer la vie d'une dizaine d'enfants pour n'en sauver qu'un? Il y a une fuite en avant qui va crescendo dans ces 2 tomes et qui pose très bien cette question. Et la détermination et le courage de l'institutrice virent peu à peu à l'obstination et au déni, jusqu'au moment où elle finit par prendre conscience de façon assez brutale des risques insensés qu'elle fait prendre aux autres enfants. Le dessin est très lisible et facilite grandement une lecture qu'on veut rapide et nerveuse, vu le suspense qui traverse le récit. Seul bémol pour moi au niveau scenario: la petite partie d'acrobranche un peu facile: tout un groupe de jeunes enfants arrive à grimper facilement à un arbre à plusieurs mètres du sol et se balade d'arbre en arbre avec milice et chiens aux fesses. Pour le reste c'est un sans faute. Enfin, c'est une belle lecture pour les enfants. Ma fille de 10 ans a adoré autant qu'elle a été happée par l'histoire.
Eurydice
Encore un Lou Lubie ?! Décidément, Melle est au taquet ! Après l'excellent Racines (primé au Festival Quai des Bulles de St Malo le week-end dernier), c'est cette fois-ci en temps que scénariste que Lou Lubie nous revient. Il s'agit en fait d'un très vieux projet qu'elle avait dans les cartons et qu'elle a fini par réaliser en confiant le dessin à Solen Guivre, que je découvre avec cet album. Lou Lubie nous propose donc une version revisitée du mythe d'Eurydice et Orphée. On est loin de ses précédents albums qui oscillaient entre le roman graphique et la BD documentaire, mais on retrouve son sens du récit, de la narration et de la mise en page (c'est elle qui a réalisé le storyboard). Sa vision du mythe est pertinente, trouvant le juste équilibre entre le récit antique et une vision plus contemporaine de nos sociétés et de la place des individus. Et c'est là que toute la magie du dessin de Solen Guivre intervient. Si je n'aime pas vraiment la couverture de cet album, ses planches sont de véritables petits bijoux ! Derrière ce coup de crayon et cette colorisation qui font très dessin animé, l'autrice nous embarque dans des réalisations visuelles assez époustouflantes ! C'est lumineux, fluide dans les lignes autant que dans la narration et on se laisse embarquer page après page. C'est plein de bonnes trouvailles ; la représentation du chant d'Orphée en étant le meilleur exemple ! J'ai également vraiment apprécié la représentation des personnages ou des créatures ; que ce soit Calliopé (la soeur d'Orphée) toute en chair, Galatée (la créature crée par Pygmalion) polymorphe, Charon ou encore Cerbère (Wow ! Alors lui, il claque !), cette galerie de personnages est assez bluffante ! Bref, une très bonne surprise que ce mythe revisité, agrémenté d'un cahier graphique très intéressant sur le mythe d'origine et sur les recherches préparatoires de l'album.
Rwanda - À la poursuite des génocidaires
Un avis pour donner un habit à ces corps dépecés, désarticulés, demembrés, souillés, profanés, dénudés, niés. Le génocide des Tutsis au Rwanda par les Hutus, du 7 avril au 17 juillet 1994, a fait un million de morts (hommes, femmes et enfants). Un million de morts en 102 jours. En seulement 102 jours, soit 9803 morts par jour. Un nombre affolant qui n'est qu'une moyenne, il faut savoir que 80% des massacres étaient accompli à la mi-mai. La machine d'extermination mise en place pour le pouvoir rwandais a été d'une efficacité mortifère. Et pendant ces crimes, la communauté internationale était dans l'inaction et la France a fermé les yeux, en raison des liens historiques entre Paris et le régime du président rwandais, sous la présidence du controversé François Mitterrand. Une France qui accueillera entre 200 à 400 de ces génocidaires en toute impunité. Et c'est justement pour cela qu'Alain et Dafroza Gauthier se battent, ils veulent faire comparaître devant les tribunaux les individus ayant joué un rôle actif dans le génocide. En 2001, ils vont créer le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR). Ils déposent des plaintes contre ces individus résidants en France, mais c'est un combat de chaque instant. ils se rendent plusieurs fois par an au Rwanda pour trouver des témoignages, ils se heurtent à la lenteur de la justice, le premier procès n'aura lieu qu'en 2014. Je ne peux être qu'admiratif devant le courage de ce couple et de sa pugnacité à vouloir rendre justice à ce million de voix éteintes. Un album instructif qui se lit facilement malgré la dureté du sujet. Mais surtout, un album qui questionne... sur nos politiques, sur le peu de médiatisation, sur la haine de l'autre et de la monstruosité dont l'homme est capable. Heureusement, Alain et Dafroza Gauthier sont la petite flamme qui donne espoir en un monde meilleur. Un dessin qui ne fait pas partie de ceux qui me met des étoiles dans les yeux. Mais un dessin efficace, qui va droit à l'essentiel avec son trait charbonneux très expressif et une couleur ocre omniprésente, une couleur de désolation. Un dessin qui nous montre l'horreur sans jamais tomber dans la surenchère du sordide. Une chronologie qui résume très bien les racines de cette haine Hutus/Tutsis en fin d'album. Une lecture plus que recommandable.
Raven
Tome 1:Nemesis Je lis ici ou là beaucoup d'avis réservés sur ce nouvel album de Mathieu Lauffray, car je pense que certains l'ont lu à l'aune de Long John Silver, série ô combien réussie de ces dernières années. Pour ma part, j'ai passé un très agréable moment à la lecture de cet opus. Avec un incipit faisant furieusement songer à la première page de "La magicienne trahie" (Thorgal), Lauffray frappe fort. Les premières pages d'introduction, jusqu'à l'explosion du navire, font office d'un générique bien amené. Mais ce qui fait l'intérêt de ce premier opus réside dans l'audace de l'auteur. Avec une mise en page osée et très cinématographique à plusieurs reprises, Mathieu Lauffray réussit à capter le lecteur que je suis. Mais je ne suis pas très objectif dans la mesure où je suis très fan du dessin de Lauffray (je possède d'ailleurs différentes éditions de Prophet - noir et blanc, grand format, albums et intégrale - , par exemple, sans compter les tirages de luxe grand format de Long John Silver). Je ne me suis pas ennuyé une seconde en lisant ce premier volume, même si j'ai été frustré qu'il s'achève si vite. Le récit, il est vrai, obéit aux codes des aventures de pirates et ne révolutionne pas le genre, mais laisse augurer de beaux affrontements entre Raven et Lady Darksee. Si comme moi, vous aimez les histoires de pirates et de chasse au trésor, cette nouvelle série de Mathieu Lauffray est pour vous. tome 2: les contrées infernales Autant j'avais trouvé que le tome 1 était bien rythmé, avec un début accrocheur, autant j'ai eu du mal entamer le tome 2 où l'intrigue (la recherche du trésor) met du temps à se mettre en place. (d'où une baisse de ma note initiale ) Il faut arriver au milieu de l'album pour que l'action et l'aventure l'emportent sur des dialogues parfois inutiles. L'auteur prend le parti de nous offrir une histoire de pirates se déroulant sur la terre ferme comme dans le film "le corsaire rouge" ou plus récemment dans la bd Barracuda(Dufaux/Jeremy), mais cela ne me dérange pas.. Le dessin de Lauffray nous fait oublier les petites faiblesses du scénario ou certaines facilités (comment le jeune Arthur a-t-il réussi à suivre le groupe de pirate dans la jungle hostile?), mais ne boudons pas notre plaisir avec cette série qui a le mérite de nous divertir. Furies Ce troisième tome vient clore cette histoire de pirates en beauté. Autant j'avais des réserves sur le précédent volume, autant ce dernier opus m'a passionné. Pourtant l'incipit de cet album peut à priori, désarçonner le lecteur avec des révélations sur l'enfance de Raven. Avec une pagination plus conséquente que précédemment, Lauffray prend le temps de nous livrer une conclusion digne de ce nom. Si le personnage de Darksee semble prendre moins de place ici, en revanche Anne fait preuve de tempérament indéniable, jusqu'à éclipser lady Darksee. Outre, une course au trésor bien amenée, la force de cet album en particulier, et la cette série en général, réside dans le dessin enlevé, et reconnaissable entre tous, de Mathieu Lauffray . Il nous offre ici de magnifiques planches : celles sous la pluie, par exemple, ou encore avec l'incendie du fortin. Contrairement à certains, je pense que la fin proposée suffit en elle-même, et qu'il serait inutile de prolonger dans un nouveau cycle. Même si elle n'égale pas à mes yeux Long John Silver, cette série est de très bonne qualité, et j'aurai grand plaisir à la relire.