Une fois de plus les éditions de la Gouttière savent proposer une excellente série aux enfants primo-lecteurs. Cette petite série de cinq tomes indépendants est un vrai régal pour une lecture à partager.
Croquette le meilleur trappeur de tous les temps...ou pas, accompagné de ses amis Georgie et Mike vont d'aventures en aventures poussés par la créativité de Pog. C'est frais, tonique et enchanteur.
On reste dans des thématiques chères aux enfants comme l'amitié, la nature, les animaux, la paix. Nos trois amis sont bien plus doués pour cueillir des champignons ou observer les papillons que pour tirer sur quoi que ce soit.
Le graphisme de Thomas Priou est un régal dans les rondeurs expressives et le dynamisme jovial. Même une déception sentimentale n'entame pas longtemps la bonne humeur ambiante.
Le découpage et la mise en scène est moderne alternant des cases classiques avec des pleines pages pleines de détails et de couleurs chatoyantes.
Une excellente série à partager avec ses enfants.
J’ai découvert le travail de Fabien Toulmé grâce à sa série « L’Odyssée d’Hakim » que j’ai adorée. J’avais très envie de découvrir le reste de son travail, notamment ce premier album au sujet très personnel.
Fabien Toulmé y livre avec beaucoup de sincérité et d’humilité un pan de sa vie qui débute à la naissance de sa seconde fille, atteinte de trisomie. L’annonce de la trisomie de sa fille est un véritable choc qu’il a du mal à surmonter ; s’en suit un long et difficile cheminement pour accepter sa fille.
La sincérité avec laquelle Fabien Toulmé raconte l’évolution de sa relation avec sa fille fait toute la force et la beauté de l’album. Il n’hésite pas à montrer ses travers, la difficulté avec laquelle il accepte la maladie de sa fille, et même son incapacité à l’aimer au début. Il n’a pas dû être évident pour lui de se montrer ainsi, car on peut dire qu’il ne se donne pas le beau rôle. Mais c’est justement tout l’intérêt de cet album. Je l’ai trouvé très touchant avec ses peurs et ses faiblesses. Bien sûr il finit par s’attacher à sa fille, l’aimer, et il est intéressant d’observer le parallèle entre les réactions qu’il avait face à des enfants trisomiques avant l’arrivée de sa fille, et les sentiments qu’il éprouve lorsqu’il se retrouve lui-même face à ce genre de réactions.
En fin de compte, cet album plein de sensibilité est un formidable témoignage d’amour à l’égard de sa fille. C’est un album que je recommande chaudement aussi bien aux parents confrontés à la même situation, qu’à toutes les personnes qui souhaitent s’ouvrir l’esprit et porter un regard différent sur la trisomie.
Une horreur épurée détruit tout ce qui est intemporel à Riverdale.
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Ce tome contient les épisodes 1 à 5 de la série, initialement parus en 2013/2014, écrits par Roberto Aguirre-Sacasa, dessinés, encrés et mis en couleurs par Francesco Francavilla. Il n'est pas besoin d'avoir une connaissance préalable des personnages pour apprécier le récit. Néanmoins connaître leurs prénoms et leur type de relation (par exemple Archie partagé entre Betty et Veronica) permet de comprendre la situation plus rapidement.
Un soir, Jughead (Forsythe Pendleton Jones III) vient toquer à la porte de Sabrina Spellman, avec le cadavre de son chien dans les bras. Il vient d'être renversé par un chauffard. Malgré ses réticences (et les règles basique de la magie), Sabrina finit par accepter de le ressusciter.
Le lendemain, c'est Halloween. Au lycée de Riverdale, Betty et Veronica comparent leurs idées de déguisement, et elles se disputent pour savoir laquelle aura Archie comme cavalier. Dans les vestiaires, du lycée, le lecteur apprend qui a renversé le chien de Jughead.
Le soir, la fête bat son plein, Veronica est déguisée en Vampirella, et Betty en infirmière sexy. Dilton Doiley et Chuck Clayton comparent les mérites de Freddy Krueger et Jason Voorhees. Geraldine Grundy et Waldo Weatherbee évoquent des souvenirs de jeunesse. Jughead fait son apparition à la fête : c'est le début de l'infestation de zombies.
Archie Andrews est un personnage qui a été créé en 1941, et qui a bénéficié d'un ou plusieurs titres mensuels depuis, à destination d'un jeune lectorat. Depuis quelques années, l'éditeur a publié des projets à destination d'un lectorat un peu plus âgé. Afterlife with Archie s'inscrit dans cette démarche.
Roberto Aguirre-Sacasa utilise une narration linéaire, très factuelle, et très directe. Elle est simple sans être simpliste. Rapidement, il introduit 2 groupes distincts : celui avec Archie, et celui composé de Cheryl et Jason Blossom. Il déploie un groupe de personnages assez important : Archie, Betty, Veronica, Jughead, Mary Andrews (la maman d'Archie), Hiram Lodge (le père de Veronica), Dilton Doiley, Reggie Mantle, Smithers, Kevin Keller, Cheryl et Jason Blossom. Chacun de ces personnages est réduit à un trait de caractère principal, facilitant la reconnaissance et l'assimilation. Il y trois retours en arrière, deux consacrés à Hiram et Hermione Lodge, l'autre à Archie.
Certes tous ces personnages sont de race blanche et propres sur eux, évoluant dans une petite ville américaine avec une légère patine rétro et intemporelle. Il s'agit donc d'un environnement très lisse où la seule provocation est le personnage de Kevin Keller (et encore seuls les lecteurs connaissant sa particularité - son orientation sexuelle - s'en rendront compte).
Malgré tout Aguirre-Sacasa réussit à insuffler des émotions dans ces personnages. Il s'agit de sentiments essentiels, tels que l'amitié, la solitude, le sens du devoir, le courage. La personnalité peut développée de chaque protagoniste facilite la projection du lecteur dans un personnage ou un autre. Cette bande de copains évolue dans une Amérique qui relève plus du mythe et d'un certain âge d'or, que de la réalité. de ce fait l'histoire n'est pas loin du domaine du conte, côtoyant des aspects universels de la condition humaine.
Francesco Francavilla utilise une approche graphique en totale adéquation avec la narration d'Aguirre- Sacasa : des dessins très simples en apparence, une utilisation de couleurs soutenues dans des teintes qu'il affectionne (rouge orangé, violet, orange pâle, jaune poussin, violet héliotrope, lavande, etc.), de copieux aplats de noir, des traits simplifiés pour les visages.
Loin de paraître simplistes, ses pages bénéficient du mariage de ces différentes caractéristiques pour être essentielles et viscérales. Francavilla incorpore les stéréotypes visuels du genre "Horreur", dans une narration très personnelle. En feuilletant rapidement ce tome, le lecteur repère immédiatement ces images passées ayant acquis le statut de clichés : Jughead dans l'embrasure d'une porte en contrejour, le chien au milieu de la route pris dans le faisceau des phares d'une voiture, l'individu en ombre chinoise se promenant de nuit, avec le faisceau de sa lampe torche, Archie tenant à la main une batte de baseball ensanglantée avec des tâches de sang sur le mur derrière, la jeune femme en robe de chambre se promenant dans de longs couloirs un chandelier à la main, un chien avec la bave aux lèvres et les crocs ensanglantés, etc.
L'art de Francavilla réside dans sa mise en scène, son découpage de chaque séquence, et sa maîtrise de l'éclairage. Il est un peu moins dans le détail que pour sa propre création The Black Beetle, et un peu moins dans l'action que pour Tales of the fox (des aventures de Zorro). Il a donc légèrement simplifié ses dessins pour les rendre plus rapidement lisibles, s'adaptant au lectorat cible de cette histoire. Ici simplifié n'est pas synonyme de fade. Tout au long de ces pages, le lecteur pourra repérer des éléments personnels et particuliers : très beau fauteuil dans la maison des Lodge, tenues vestimentaires différentes pour chaque personnage, une belle Rolls Royce, superbe décoration psychédélique de la chambre de Jason Blossom, etc.
Francavilla adapte son découpage en cases à la nature de l'action passant de planche comprenant jusqu'à 10 cases, à un dessin pleine page. Il gère ainsi l'écoulement du temps : plus de cases lorsqu'il s'agit de décrire un enchaînement d'actions rapides, ou une case plus grosse pour que le lecteur s'arrête sur un moment choc, ou au contraire une émotion intime.
Avec cette histoire, Archie Andrews passe de l'enfance (ou de la très jeune adolescence) à l'adolescence, au travers d'un récit d'horreur. Roberto Aguirre-Sacasa et Francesco Francavilla n'en profitent pas pour massacrer ses icônes américaines dans une débauche de gore. Ils utilisent l'épidémie de zombies pour faire ressortir les qualités intemporelles de cette série, au fur et à mesure que les zombies tuent des êtres chers, ou détruisent ce qui rendaient la vie douce à Riverdale.
Que faire de mes superpouvoirs ?
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Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2017, écrits par Aleš Kot, dessinés et encrés par André Lima Araújo, avec une mise en couleurs réalisée par Chris O'Halloran.
En 2020, Ellena Ferrante et Nick sont allongés dans l'herbe, sous la lumière de la Lune, de nuit. Ils parlent de leurs émotions, de se contrôler et de Carl Sagan. le lendemain, Akio, un génie scientifique évoque l'érosion de la position de pouvoir des États-Unis sur l'échiquier mondial, et la possibilité d'inventer de nouvelles armes qui pourront enrayer cette érosion, devant des militaires haut gradés. Il leur présente un diaporama sur le projet Utopie, expliquant comment tout dans l'existence peut être ramené à de l'information qui peut elle-même être écrite sous forme de code. Il prend comme exemple les ouvrages dont la lecture peut changer une vie. Il indique qu'il est convaincu de la possibilité d'utiliser des langages codés assimilables par l'être humain provoquant d'autres types de transformation de l'intérieur pouvant déclencher l'apparition de capacités assimilables à des superpouvoirs. Il a écrit un tel code qu'il a séparé en trois morceaux. le Général en charge de la réunion et du suivi de l'avancée des travaux d'Akio lui demande s'il a des preuves tangibles de ce qu'il avance. La réponse étant négative, il lui demande de plutôt se remettre à travailler sur le projet Airstrip One.
Le lendemain, Ellena et Nick se rendent chez leur ami Baldwin. Ils se sont réunis pour tenter de pénétrer dans le système informatique de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency). Ils réussissent mais manquent de se faire détecter parce que Nick était trop absorbé pour se déconnecter à temps. En fait leur intrusion a été détectée par Akio. Après une journée de travail, Elena rentre chez elle rejoindre sa mère cancéreuse. Nick rentre chez lui et mange en silence avec ses parents avant de prendre un bain. Après avoir fait ses exercices matinaux, Baldwin mange seul, puis sort voir le soleil sur le toit. le Général rend visite à Akio pour se plaindre du manque d'avancée dans ses travaux et confisquer les serveurs contenant les informations relatives au projet Utopie. le soir les trois hackers se réunissent pour pirater les serveurs d'une banque et se servir. Leur piratage est lui-même piraté par Akio qui leur transmet les 3 morceaux de code transformatif.
Aleš Kot est un scénariste atypique, capable aussi bien d 'écrire une saison hallucinante et extraordinaire des Secret Avengers avec Michael Walsh, que des comics indépendants très ambitieux comme The Surface avec Langdon Foss. Ici, le lecteur se rend rapidement compte qu'il s'agit d'un récit rapide et spectaculaire, dans une veine plutôt facile à lire. le scénariste met en scène 3 jeunes adultes assez désabusés quant à ce que leur réserve l'avenir. Chacun doit vivre en ayant conscience que la société ne les attend pas, et que la justice sociale n'existe pas. L'un d'entre eux doit cumuler deux emplois pour payer les frais médicaux de sa mère, l'autre a vu son frère mourir dans une manifestation pacifique, sous les coups des forces de l'ordre, et le troisième n'a que trop conscience du racisme ordinaire. C'est donc la raison pour laquelle ils ont choisi de prendre un raccourci en s'appropriant de l'argent qui ne leur appartient pas. En face d'eux, Akio travaille pour le gouvernement, mais il est lui aussi insatisfait de ne pas pouvoir mener à bien les recherches qui lui tiennent à cœur, les travaux qui ont réellement la capacité de transformer la société. de fait les trois jeunes gens acquièrent bien des capacités extraordinaires à la fin du premier épisode, comme par exemple la possibilité de voler par ses propres moyens. La question est bien de sûr de savoir ce qu'ils vont en faire. Non, ils ne revêtent pas des costumes moulants aux couleurs criardes avec des noms de code puérils, pour combattre le crime.
De fait André Lima Araújo réalise des dessins dans une veine descriptive et réaliste, avec des traits de contours assez fins et très peu d'aplats de noir. Sa manière de dessiner évoque celle de Martin Morazzo dans Great Pacific de Joe Harris. Ses personnages ont des morphologies normales, sans exagération de muscle ou de poitrines. le lecteur peut voir les différences d'âge, que ce soit la jeunesse du trio (une vingtaine d'années), ou la marque des années sur le visage et le corps des parents de Nick, de la mère d'Elena, ou encore sur le Général. Dans le premier tiers du récit, le langage corporel des protagonistes est de type naturaliste, sans exagération de mouvement, ou d'expression du visage. Par la suite, la violence des événements et leur soudaineté justifient des mouvements plus vifs et plus amples, et des émotions qui marquent plus les visages. Alors même qu'il y a de nombreuses discussions et du travail sur ordinateur dans le premier tiers, l'artiste sait concevoir des plans de prises de vue qui restent vivants et intéressants visuellement. Pour le remarquer, il suffit de regarder les planches muettes quand Elena se rend au travail puis revient chez elle, quand Nick mange avec ses parents puis prend un bain, et quand Baldwin se prépare pour sa journée. le degré d'informations visuelles est élevé, et ses pages se comprennent au premier coup d'oeil.
Parmi les superpouvoirs, il y a une super-force, ce qui implique des combats physiques et des actes violents et destructeurs. Passé le moment de plaisir physique du vol autonome, André Lima Araújo doit représenter cette violence. Il continue de dessiner dans un registre descriptif et réaliste, et ça fait mal. Au fil des affrontements, le lecteur peut voir le casque d'un policier voler en morceaux, des nez cassés qui pissent le sang, et même un individu déchiré en deux, avec du sang partout. L'artiste prouve à plusieurs reprises qu'il sait représenter la violence et montrer l'horreur corporelle, pas seulement lors des affrontements physiques. Au fur et à mesure de l'augmentation du niveau de violence, il fait bon usage des cases de la largeur de la page pour montrer l'ampleur des coups portés, et il a recours à des cases plus grandes pour qu'il y ait assez place pour la destruction. Il utilise également des traits parallèles pour marquer la vitesse des déplacements. Le lecteur se retrouve donc à regarder un spectacle qui dégénère de page en page, prenant conscience de la souffrance accompagnant l'utilisation des pouvoirs, de leur démesure par rapport au corps humain normal, des ravages que cela occasionne dans les différents environnements où ils sont utilisés.
André Lima Araújo montre des endroits réalistes, existant dans le quotidien, aisément reconnaissables et fonctionnels. À la rigueur, il n'y a que la cabane au fond des bois qui semble un peu étriquée, mais le reste, de la salle de réunion à la centrale nucléaire, correspond à ce qui existe. Par contre l'effet de l'utilisation des superpouvoirs fait basculer la narration visuelle dans un registre plus spectaculaire, l'éloignant du monde de tous les jours, pour aller vers un récit plus orienté action avec un soupçon d'horreur. Le lecteur s'en trouve un peu surpris car le début du récit laissait entrevoir d'autres directions possibles, comme celle de creuser la nature des trois documents établis par Akio, et la relation entre matière et information. Finalement Aleš Kot se concentre sur le devenir des trois jeunes gens. Il montre comment leur histoire personnelle va orienter la manière dont ils se servent de leur pouvoir, ainsi que leurs relations interpersonnelles. S'il n'est pas assez attentif, le lecteur peut même ressentir l'impression que le récit se termine alors qu'il vient tout juste de commencer.
L'une des citations en quatrième de couverture évoque les problèmes du millénaire. De fait, Aleš Kot se focalise sur ses 3 principaux personnages, avec Akio en plus. Il reprend une trame très classique d'une organisation militaire qui crée des surhommes, un peu malgré elle, parce qu'elle s'est fait doubler par le scientifique en charge du projet. Aleš Kot utilise le genre superhéros, ou plutôt surhomme, pour sonder un aspect de la société. Il raconte bien une histoire au premier degré, Elena, Nick et Baldwin cédant à la tentation d'utiliser leur pouvoir, pourchassés par les militaires qui veulent contenir ces individus afin de les utiliser. le lecteur retrouve un récit très classique. Dans le même temps, les trois jeunes gens font un usage inattendu de leurs pouvoirs, qui les conduit à s'affronter entre eux. Il apparaît alors que leur conduite découle de leur position sociale, de leur histoire personnelle, et de la manière dont la société les a traités. Aleš Kot réalise en creux une critique pénétrante et acerbe sur la place que la société réserve aux jeunes.
Le lecteur se lance dans cette lecture, a priori tenté par le nom du scénariste. Il commence par découvrir une histoire de possibilité d'acquérir des superpouvoirs grâce au codage de l'information ce qui l'aiguille vers un récit entre superhéros et métaphysique. Les dessins d'André Lima Araújo montrent un monde concret et réaliste, rapidement trop normal pour contenir de tels pouvoirs. Petit à petit, la véritable nature du récit se dévoile au fil de scènes de plus en plus spectaculaire, pour une histoire plus originale, mais manquant un peu de substance en termes de critique sociale.
Pascal Rabaté revisite ici un roman d’Alexis Tolstoï (et pas Léon que Rabaté pensait avoir acheté, belle anecdote) à travers une bande dessinée en noir et blanc d’une grande richesse visuelle et narrative. En suivant les péripéties de Siméon Nevzorof, un anti-héros veule et opportuniste, Rabaté nous plonge dans la Russie révolutionnaire des années 1917-1920, un contexte historique fascinant qui sert de toile de fond à une histoire où l'absurde et le tragique se mêlent.
Dès les premières pages, on est frappé par le style graphique de Rabaté. Les dessins, réalisés en lavis, apportent une atmosphère à la fois floue et dense, parfaitement adaptée à l’histoire de Siméon, cet homme qui tente de survivre et de s’enrichir dans un monde en plein chaos.
Siméon est un personnage complexe, à la fois pitoyable et fascinant. Opportuniste sans scrupules, il cherche constamment à tirer profit de la situation, même au prix de trahir ou de manipuler ceux qui l’entourent. Pourtant, malgré ses défauts, il est difficile de ne pas s’attacher à lui. Rabaté parvient à le rendre humain, montrant ses faiblesses, ses peurs et ses désirs avec une sincérité qui le rend presque sympathique. Et on peut dire que Rabaté sait y faire.
L’histoire progresse par à-coups, à l’image de la vie chaotique de Siméon, balloté par les événements. Ce rythme inégal, bien que déroutant, est l’une des forces du récit, car il reflète l’instabilité et l’imprévisibilité du contexte historique.
Si je devais lui trouver un défaut, je dirais que certains passages peuvent sembler répétitifs ou manquer de rythme. Malgré cela, l’œuvre reste captivante grâce à la profondeur des personnages et à la complexité des relations humaines décrites. Je reproche souvent à Pascal Rabaté de faire des demi histoires, ici on est servis en termes de densité.
En somme, Ibicus marie à merveille l’intensité dramatique du roman d’origine avec la créativité visuelle de Rabaté. Que l’on soit attiré par le contexte historique, la psychologie des personnages ou la beauté des dessins, Ibicus est une lecture qui vaut le détour et qui, malgré ses quelques longueurs, m'a fait passer un très bon moment.
Une nouvelle pépite d’humour absurde qui s'inscrit dans la lignée du fameux Zaï Zaï Zaï Zaï. On retrouve ici tout ce qui fait la patte de Fabcaro : un point de départ complètement loufoque, des gags à chaque page, et un sens du non-sens poussé à l'extrême. L’intrigue, , démarre sur les chapeaux de roue avec un crime odieux : une star hollywoodienne se retrouve avec un phallus dessiné au feutre sur la joue. Dès cet instant, l'enquête policière vire à la parodie totale, où les interrogatoires se déroulent dans des endroits improbables et les questions posées n'ont souvent rien à voir avec l'affaire.
Fabcaro maîtrise l'art de la surenchère, enchaînant les situations plus déjantées les unes que les autres, tout en jouant avec différents registres d'humour. Il ne se contente pas de rester dans un seul style graphique ; au contraire, il utilise diverses techniques pour appuyer chaque gag. On passe ainsi de scènes en couleurs baveuses, illustrant un tournage de film complètement farfelu, à des planches en bichromie qui rappellent ses précédents opus. À cela s’ajoutent des moments d’autodérision où l’auteur se met lui-même en scène, évoquant ses difficultés à concevoir cette histoire complètement décalée.
L'humour de Fabcaro est toujours aussi percutant, mêlant absurde et critique sociale avec une grande finesse. Même si l’on pourrait noter quelques rares baisses de régime, l’ensemble est largement réussi et procure de nombreux éclats de rire. Les amateurs du style de Fabcaro, qui ont déjà adoré Zaï Zaï Zaï Zaï, y trouveront sans aucun doute leur bonheur. L'album est une parodie intelligente du genre policier, transformant une enquête sordide en une comédie burlesque où rien ne se déroule comme prévu.
Pour couronner le tout, l'édition proposée par 6 Pieds sous terre est soignée, avec une couverture qui rappelle celle de certaines œuvres cultes tout en gardant une touche unique. Moon River est donc une lecture incontournable pour ceux qui apprécient l'humour absurde et les récits qui sortent des sentiers battus. Fabcaro prouve une fois de plus qu'il est un maître dans l'art de faire rire tout en questionnant notre quotidien, avec cette touche d'ironie mordante qui le caractérise.
Nous voici ici plongés dans la galère de George Lucas pour créer Star Wars. Si vous êtes fan de la saga, c'est un régal, mais même sans être un adepte absolu, l'album reste captivant. Laurent Hopman et Renaud Roche ont fait un boulot hyper documenté, sans tomber dans le surchargé. On suit Lucas dans un parcours semé d'embûches, des débuts de sa carrière jusqu'à la sortie du premier film. Le gars en a bavé, et ça se sent.
Le dessin de Renaud Roche est simple, efficace, avec juste ce qu’il faut de couleurs pour appuyer certains moments sans en faire des tonnes. Les visages sont bien rendus, on reconnaît immédiatement les acteurs et les figures du cinéma de l'époque. Le tout est raconté avec fluidité, sans jamais devenir ennuyeux.
L’album ne se contente pas de parler de Star Wars, il plonge aussi dans la personnalité de Lucas, ses doutes, ses coups de chance, et son obstination à mener son projet jusqu’au bout, malgré tous les obstacles. Impressionnant. C'est bien ficelé, et les anecdotes sur le tournage sont vraiment sympas, que vous soyez un fan ou juste curieux.
En gros, Les Guerres de Lucas, c’est une lecture très intéressante et bien construite. Pas besoin d’être un ultra-fan pour apprécier, mais si vous aimez un minimum le cinéma ou les histoires de création, c’est clairement un bon moment à passer.
Voilà une lecture que j'ai longtemps repoussée pour profiter d'un après midi calme de vacances et pouvoir le lire d'une traite.
Classique parmi les classiques, il faisait partie des rares oeuvres aussi classiques absentes de ma biblio municipale quand j'étais plus jeune. Je peux me rattraper quelques dizaines d'années après.
Et c'est clairement un classique que j'aurais classé culte à cette époque. Depuis, d'autres oeuvres d'Heroic Fantasy réussies sont sorties et mes critères ne peuvent plus être vraiment les mêmes.
J'on, petit Chninkel insignifiant, devient le porteur d'un destin qui le dépasse, en étant choisi pour apporter la paix à un monde ravagé par des guerres sans fin. Van Hamme, fidèle à son style, revisite les mythes religieux avec ironie, transformant cette quête épique en une réflexion sur le pouvoir, la foi et le libre arbitre. Chaque rebondissement du scénario nous plonge un peu plus dans l'absurdité de cette mission divine, où l'espoir et le désespoir se côtoient sans cesse.
J'ai personnellement trouvé que les références bibliques manquent un peu de subtilité et que la référence à 2001 l'odyssée de l'espace arrive comme un cheveu sur la soupe...
Le dessin de Rosinski, tout en noir et blanc, sublime le récit. C'est une œuvre d'une densité graphique rare. Les ombres profondes, les détails minutieux, tout contribue à créer une atmosphère immersive. Le choix du noir et blanc n'est pas anodin : il renforce le caractère intemporel et universel de l'histoire. Je n'irai donc pas essayer la version colorisée.
Le scénario, bien qu'enraciné dans des références bibliques évidentes, parvient à surprendre. Van Hamme joue avec les attentes du lecteur, en construisant une histoire qui, sous des airs de fable religieuse, interroge notre rapport au divin et au pouvoir. L'humour noir et le cynisme sont omniprésents, notamment dans la façon dont J'on, ce petit être frêle et craintif, se voit attribuer une mission impossible. La fin, magistrale, vient bouleverser toutes les certitudes accumulées au fil des pages.
Je comprends clairement pourquoi "Le Grand Pouvoir du Chninkel" a marqué des générations de lecteurs. C'est une bande dessinée qui ne laisse pas indifférent en offrant un spectacle visuel de premier ordre. Une œuvre qui mérite amplement sa place dans le panthéon de la bande dessinée.
Plutôt convaincante, cette première partie d’un diptyque annoncé qui se déroule dans le milieu du « Big Pharma ». Et plutôt en phase avec l’air du temps, quand on sait, après plusieurs scandales à répétition, que la stratégie des grands laboratoires pharmaceutiques est de miser sur les secteurs où ils sont assurés d’engranger des montagnes de cash… n’hésitant pas à laisser sur le bas-côté les maladies rares dites « orphelines ».
« Alerte » a comme point de départ l’annonce d’un médicament révolutionnaire par un gros acteur de l’industrie pharmaceutique, mais dont les effets secondaires ont été occultés afin de ne pas compromettre sa mise sur le marché. Très vite, le récit va adopter les codes du thriller en débutant avec un suicide aussi mystérieux que spectaculaire, celui d’un « cobaye » sur qui les tests ne semblent pas avoir été des plus convaincants… C’est la scientifique à l’origine du médicament elle-même qui va rapidement réaliser que les infos liées aux risques ont été volontairement dissimulées et que son entreprise va totalement verrouiller sa communication autour de ce suicide, peu importe les moyens employés. Prise dans un dilemme, la jeune femme devra choisir son camp, elle qui envisageait son métier de façon purement altruiste, comme une contribution au bien-être de l’humanité…
La narration de Johan Massez bénéficie d’une bonne fluidité, avec des personnages généralement plutôt bien campés. A l’origine, ce dernier ambitionnait, avec une équipe de professionnels, de réaliser une série télévisée, ce qu’on imagine sans peine. En effet l’intrigue reste assez classique mais bénéficie d’une construction au cordeau, avec un axe narratif secondaire concernant le fils de l’héroïne, Adri, un adolescent « à problème » qui lui-même a servi de cobaye au fameux médicament, renforçant le malaise de Cathy Charlier et ajoutant un certain suspense au récit.
Couleur forte de cet album, le beau vert bleuté très moderne, utilisé pour les scènes nocturnes, est conjugué à une touche orangée soulignant un danger imminent. Cet assemblage impose une ambiance assez inquiétante et s’accorde à merveille à une ligne claire qui évoque Floc’h, Ted Benoit ou encore Joost Swarte. Pour un peu, on aurait l’impression d’être au ciné…
Cette sombre histoire de magouilles et de gros sous réussit son entrée en matière pour donner envie de savoir comment tout cela va se terminer pour notre héroïne. A n’en pas douter, celle-ci va devoir faire des choix après avoir mis le pied dans un sacré nid de serpents très venimeux, qui n’ont rien à voir ici avec ce qu’ils symbolisent généralement, à savoir la santé et la guérison.
Je n'avais jamais encore lu de BD de JM Rochette, ayant toujours été rebuté par le dessin de prime abord. A force de voir cet auteur dans les classements, en voyant les avis ici et ayant épuisé ma pile à lire sur mon lieu de vacances, c'est donc sur "Le loup" que j'ai jeté mon dévolu pour découvrir cet auteur.
JM Rochette nous livre ici une œuvre empreinte de la majesté et de la rudesse du massif des écrins. On s’attarde sur la relation complexe entre l'homme et la nature, incarnée ici par le loup, réintroduit dans les montagnes françaises, et un berger, Gaspard, dont la vie est bouleversée par ce prédateur.
Ce qui frappe d’emblée dans cette bande dessinée, c’est l’atmosphère qui se dégage des pages. Le dessin charbonneux de Rochette, soutenu par une colorisation froide et qui m'avait rebuté de prime abord traduit parfaitement l’austérité des sommets enneigés, rendant palpable la solitude et la dureté de la vie en altitude. Rochette a une manière singulière de capturer la force brute de la nature, que ce soit à travers les paysages ou les traits des personnages, rudes comme la montagne elle-même.
Sur le plan narratif, "Le Loup" se distingue par son approche minimaliste. Peu de personnages, peu de dialogues, mais une histoire dense qui se lit rapidement. JM Rochette parvient à transformer une simple confrontation entre un homme et un loup en une fable sur la coexistence, l’entêtement humain, et la nécessité de trouver un équilibre avec la nature.
La relation entre Gaspard et le loup, qui oscille entre haine et respect, est l'épicentre du récit. Rochette dépeint avec finesse l’évolution du berger, qui, au fil de l’histoire, voit ses certitudes ébranlées. Cette transformation progressive pourrait rappeler la complexité des rapports entre l'homme et l'animal, un thème qui traverse toute l'œuvre.
La fin du récit, marquée par une note d’espoir inattendue, pourrait surprendre, voire décontenancer, mais elle s’inscrit parfaitement dans la réflexion globale de l’œuvre : celle d'une nécessaire réconciliation entre l'homme et la nature. La postface vient ainsi apporter une conclusion philosophique à cette fable moderne, élargissant la portée du récit au-delà de la simple anecdote montagnarde.
En résumé, "Le Loup" est une bande dessinée intense, où la puissance des images et la sobriété du récit se répondent pour créer une œuvre à la fois poétique et brute. Rochette nous invite à réfléchir sur notre place dans le monde, et sur notre capacité à coexister avec ceux qui y vivent depuis bien plus longtemps que nous. Une lecture qui, si elle se fait rapidement, laisse une empreinte durable.
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Trappeurs de rien
Une fois de plus les éditions de la Gouttière savent proposer une excellente série aux enfants primo-lecteurs. Cette petite série de cinq tomes indépendants est un vrai régal pour une lecture à partager. Croquette le meilleur trappeur de tous les temps...ou pas, accompagné de ses amis Georgie et Mike vont d'aventures en aventures poussés par la créativité de Pog. C'est frais, tonique et enchanteur. On reste dans des thématiques chères aux enfants comme l'amitié, la nature, les animaux, la paix. Nos trois amis sont bien plus doués pour cueillir des champignons ou observer les papillons que pour tirer sur quoi que ce soit. Le graphisme de Thomas Priou est un régal dans les rondeurs expressives et le dynamisme jovial. Même une déception sentimentale n'entame pas longtemps la bonne humeur ambiante. Le découpage et la mise en scène est moderne alternant des cases classiques avec des pleines pages pleines de détails et de couleurs chatoyantes. Une excellente série à partager avec ses enfants.
Ce n'est pas toi que j'attendais
J’ai découvert le travail de Fabien Toulmé grâce à sa série « L’Odyssée d’Hakim » que j’ai adorée. J’avais très envie de découvrir le reste de son travail, notamment ce premier album au sujet très personnel. Fabien Toulmé y livre avec beaucoup de sincérité et d’humilité un pan de sa vie qui débute à la naissance de sa seconde fille, atteinte de trisomie. L’annonce de la trisomie de sa fille est un véritable choc qu’il a du mal à surmonter ; s’en suit un long et difficile cheminement pour accepter sa fille. La sincérité avec laquelle Fabien Toulmé raconte l’évolution de sa relation avec sa fille fait toute la force et la beauté de l’album. Il n’hésite pas à montrer ses travers, la difficulté avec laquelle il accepte la maladie de sa fille, et même son incapacité à l’aimer au début. Il n’a pas dû être évident pour lui de se montrer ainsi, car on peut dire qu’il ne se donne pas le beau rôle. Mais c’est justement tout l’intérêt de cet album. Je l’ai trouvé très touchant avec ses peurs et ses faiblesses. Bien sûr il finit par s’attacher à sa fille, l’aimer, et il est intéressant d’observer le parallèle entre les réactions qu’il avait face à des enfants trisomiques avant l’arrivée de sa fille, et les sentiments qu’il éprouve lorsqu’il se retrouve lui-même face à ce genre de réactions. En fin de compte, cet album plein de sensibilité est un formidable témoignage d’amour à l’égard de sa fille. C’est un album que je recommande chaudement aussi bien aux parents confrontés à la même situation, qu’à toutes les personnes qui souhaitent s’ouvrir l’esprit et porter un regard différent sur la trisomie.
Riverdale présente Afterlife with Archie
Une horreur épurée détruit tout ce qui est intemporel à Riverdale. - Ce tome contient les épisodes 1 à 5 de la série, initialement parus en 2013/2014, écrits par Roberto Aguirre-Sacasa, dessinés, encrés et mis en couleurs par Francesco Francavilla. Il n'est pas besoin d'avoir une connaissance préalable des personnages pour apprécier le récit. Néanmoins connaître leurs prénoms et leur type de relation (par exemple Archie partagé entre Betty et Veronica) permet de comprendre la situation plus rapidement. Un soir, Jughead (Forsythe Pendleton Jones III) vient toquer à la porte de Sabrina Spellman, avec le cadavre de son chien dans les bras. Il vient d'être renversé par un chauffard. Malgré ses réticences (et les règles basique de la magie), Sabrina finit par accepter de le ressusciter. Le lendemain, c'est Halloween. Au lycée de Riverdale, Betty et Veronica comparent leurs idées de déguisement, et elles se disputent pour savoir laquelle aura Archie comme cavalier. Dans les vestiaires, du lycée, le lecteur apprend qui a renversé le chien de Jughead. Le soir, la fête bat son plein, Veronica est déguisée en Vampirella, et Betty en infirmière sexy. Dilton Doiley et Chuck Clayton comparent les mérites de Freddy Krueger et Jason Voorhees. Geraldine Grundy et Waldo Weatherbee évoquent des souvenirs de jeunesse. Jughead fait son apparition à la fête : c'est le début de l'infestation de zombies. Archie Andrews est un personnage qui a été créé en 1941, et qui a bénéficié d'un ou plusieurs titres mensuels depuis, à destination d'un jeune lectorat. Depuis quelques années, l'éditeur a publié des projets à destination d'un lectorat un peu plus âgé. Afterlife with Archie s'inscrit dans cette démarche. Roberto Aguirre-Sacasa utilise une narration linéaire, très factuelle, et très directe. Elle est simple sans être simpliste. Rapidement, il introduit 2 groupes distincts : celui avec Archie, et celui composé de Cheryl et Jason Blossom. Il déploie un groupe de personnages assez important : Archie, Betty, Veronica, Jughead, Mary Andrews (la maman d'Archie), Hiram Lodge (le père de Veronica), Dilton Doiley, Reggie Mantle, Smithers, Kevin Keller, Cheryl et Jason Blossom. Chacun de ces personnages est réduit à un trait de caractère principal, facilitant la reconnaissance et l'assimilation. Il y trois retours en arrière, deux consacrés à Hiram et Hermione Lodge, l'autre à Archie. Certes tous ces personnages sont de race blanche et propres sur eux, évoluant dans une petite ville américaine avec une légère patine rétro et intemporelle. Il s'agit donc d'un environnement très lisse où la seule provocation est le personnage de Kevin Keller (et encore seuls les lecteurs connaissant sa particularité - son orientation sexuelle - s'en rendront compte). Malgré tout Aguirre-Sacasa réussit à insuffler des émotions dans ces personnages. Il s'agit de sentiments essentiels, tels que l'amitié, la solitude, le sens du devoir, le courage. La personnalité peut développée de chaque protagoniste facilite la projection du lecteur dans un personnage ou un autre. Cette bande de copains évolue dans une Amérique qui relève plus du mythe et d'un certain âge d'or, que de la réalité. de ce fait l'histoire n'est pas loin du domaine du conte, côtoyant des aspects universels de la condition humaine. Francesco Francavilla utilise une approche graphique en totale adéquation avec la narration d'Aguirre- Sacasa : des dessins très simples en apparence, une utilisation de couleurs soutenues dans des teintes qu'il affectionne (rouge orangé, violet, orange pâle, jaune poussin, violet héliotrope, lavande, etc.), de copieux aplats de noir, des traits simplifiés pour les visages. Loin de paraître simplistes, ses pages bénéficient du mariage de ces différentes caractéristiques pour être essentielles et viscérales. Francavilla incorpore les stéréotypes visuels du genre "Horreur", dans une narration très personnelle. En feuilletant rapidement ce tome, le lecteur repère immédiatement ces images passées ayant acquis le statut de clichés : Jughead dans l'embrasure d'une porte en contrejour, le chien au milieu de la route pris dans le faisceau des phares d'une voiture, l'individu en ombre chinoise se promenant de nuit, avec le faisceau de sa lampe torche, Archie tenant à la main une batte de baseball ensanglantée avec des tâches de sang sur le mur derrière, la jeune femme en robe de chambre se promenant dans de longs couloirs un chandelier à la main, un chien avec la bave aux lèvres et les crocs ensanglantés, etc. L'art de Francavilla réside dans sa mise en scène, son découpage de chaque séquence, et sa maîtrise de l'éclairage. Il est un peu moins dans le détail que pour sa propre création The Black Beetle, et un peu moins dans l'action que pour Tales of the fox (des aventures de Zorro). Il a donc légèrement simplifié ses dessins pour les rendre plus rapidement lisibles, s'adaptant au lectorat cible de cette histoire. Ici simplifié n'est pas synonyme de fade. Tout au long de ces pages, le lecteur pourra repérer des éléments personnels et particuliers : très beau fauteuil dans la maison des Lodge, tenues vestimentaires différentes pour chaque personnage, une belle Rolls Royce, superbe décoration psychédélique de la chambre de Jason Blossom, etc. Francavilla adapte son découpage en cases à la nature de l'action passant de planche comprenant jusqu'à 10 cases, à un dessin pleine page. Il gère ainsi l'écoulement du temps : plus de cases lorsqu'il s'agit de décrire un enchaînement d'actions rapides, ou une case plus grosse pour que le lecteur s'arrête sur un moment choc, ou au contraire une émotion intime. Avec cette histoire, Archie Andrews passe de l'enfance (ou de la très jeune adolescence) à l'adolescence, au travers d'un récit d'horreur. Roberto Aguirre-Sacasa et Francesco Francavilla n'en profitent pas pour massacrer ses icônes américaines dans une débauche de gore. Ils utilisent l'épidémie de zombies pour faire ressortir les qualités intemporelles de cette série, au fur et à mesure que les zombies tuent des êtres chers, ou détruisent ce qui rendaient la vie douce à Riverdale.
Génération Gone
Que faire de mes superpouvoirs ? - Ce tome comprend une histoire complète indépendante de toute autre. Il contient les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2017, écrits par Aleš Kot, dessinés et encrés par André Lima Araújo, avec une mise en couleurs réalisée par Chris O'Halloran. En 2020, Ellena Ferrante et Nick sont allongés dans l'herbe, sous la lumière de la Lune, de nuit. Ils parlent de leurs émotions, de se contrôler et de Carl Sagan. le lendemain, Akio, un génie scientifique évoque l'érosion de la position de pouvoir des États-Unis sur l'échiquier mondial, et la possibilité d'inventer de nouvelles armes qui pourront enrayer cette érosion, devant des militaires haut gradés. Il leur présente un diaporama sur le projet Utopie, expliquant comment tout dans l'existence peut être ramené à de l'information qui peut elle-même être écrite sous forme de code. Il prend comme exemple les ouvrages dont la lecture peut changer une vie. Il indique qu'il est convaincu de la possibilité d'utiliser des langages codés assimilables par l'être humain provoquant d'autres types de transformation de l'intérieur pouvant déclencher l'apparition de capacités assimilables à des superpouvoirs. Il a écrit un tel code qu'il a séparé en trois morceaux. le Général en charge de la réunion et du suivi de l'avancée des travaux d'Akio lui demande s'il a des preuves tangibles de ce qu'il avance. La réponse étant négative, il lui demande de plutôt se remettre à travailler sur le projet Airstrip One. Le lendemain, Ellena et Nick se rendent chez leur ami Baldwin. Ils se sont réunis pour tenter de pénétrer dans le système informatique de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency). Ils réussissent mais manquent de se faire détecter parce que Nick était trop absorbé pour se déconnecter à temps. En fait leur intrusion a été détectée par Akio. Après une journée de travail, Elena rentre chez elle rejoindre sa mère cancéreuse. Nick rentre chez lui et mange en silence avec ses parents avant de prendre un bain. Après avoir fait ses exercices matinaux, Baldwin mange seul, puis sort voir le soleil sur le toit. le Général rend visite à Akio pour se plaindre du manque d'avancée dans ses travaux et confisquer les serveurs contenant les informations relatives au projet Utopie. le soir les trois hackers se réunissent pour pirater les serveurs d'une banque et se servir. Leur piratage est lui-même piraté par Akio qui leur transmet les 3 morceaux de code transformatif. Aleš Kot est un scénariste atypique, capable aussi bien d 'écrire une saison hallucinante et extraordinaire des Secret Avengers avec Michael Walsh, que des comics indépendants très ambitieux comme The Surface avec Langdon Foss. Ici, le lecteur se rend rapidement compte qu'il s'agit d'un récit rapide et spectaculaire, dans une veine plutôt facile à lire. le scénariste met en scène 3 jeunes adultes assez désabusés quant à ce que leur réserve l'avenir. Chacun doit vivre en ayant conscience que la société ne les attend pas, et que la justice sociale n'existe pas. L'un d'entre eux doit cumuler deux emplois pour payer les frais médicaux de sa mère, l'autre a vu son frère mourir dans une manifestation pacifique, sous les coups des forces de l'ordre, et le troisième n'a que trop conscience du racisme ordinaire. C'est donc la raison pour laquelle ils ont choisi de prendre un raccourci en s'appropriant de l'argent qui ne leur appartient pas. En face d'eux, Akio travaille pour le gouvernement, mais il est lui aussi insatisfait de ne pas pouvoir mener à bien les recherches qui lui tiennent à cœur, les travaux qui ont réellement la capacité de transformer la société. de fait les trois jeunes gens acquièrent bien des capacités extraordinaires à la fin du premier épisode, comme par exemple la possibilité de voler par ses propres moyens. La question est bien de sûr de savoir ce qu'ils vont en faire. Non, ils ne revêtent pas des costumes moulants aux couleurs criardes avec des noms de code puérils, pour combattre le crime. De fait André Lima Araújo réalise des dessins dans une veine descriptive et réaliste, avec des traits de contours assez fins et très peu d'aplats de noir. Sa manière de dessiner évoque celle de Martin Morazzo dans Great Pacific de Joe Harris. Ses personnages ont des morphologies normales, sans exagération de muscle ou de poitrines. le lecteur peut voir les différences d'âge, que ce soit la jeunesse du trio (une vingtaine d'années), ou la marque des années sur le visage et le corps des parents de Nick, de la mère d'Elena, ou encore sur le Général. Dans le premier tiers du récit, le langage corporel des protagonistes est de type naturaliste, sans exagération de mouvement, ou d'expression du visage. Par la suite, la violence des événements et leur soudaineté justifient des mouvements plus vifs et plus amples, et des émotions qui marquent plus les visages. Alors même qu'il y a de nombreuses discussions et du travail sur ordinateur dans le premier tiers, l'artiste sait concevoir des plans de prises de vue qui restent vivants et intéressants visuellement. Pour le remarquer, il suffit de regarder les planches muettes quand Elena se rend au travail puis revient chez elle, quand Nick mange avec ses parents puis prend un bain, et quand Baldwin se prépare pour sa journée. le degré d'informations visuelles est élevé, et ses pages se comprennent au premier coup d'oeil. Parmi les superpouvoirs, il y a une super-force, ce qui implique des combats physiques et des actes violents et destructeurs. Passé le moment de plaisir physique du vol autonome, André Lima Araújo doit représenter cette violence. Il continue de dessiner dans un registre descriptif et réaliste, et ça fait mal. Au fil des affrontements, le lecteur peut voir le casque d'un policier voler en morceaux, des nez cassés qui pissent le sang, et même un individu déchiré en deux, avec du sang partout. L'artiste prouve à plusieurs reprises qu'il sait représenter la violence et montrer l'horreur corporelle, pas seulement lors des affrontements physiques. Au fur et à mesure de l'augmentation du niveau de violence, il fait bon usage des cases de la largeur de la page pour montrer l'ampleur des coups portés, et il a recours à des cases plus grandes pour qu'il y ait assez place pour la destruction. Il utilise également des traits parallèles pour marquer la vitesse des déplacements. Le lecteur se retrouve donc à regarder un spectacle qui dégénère de page en page, prenant conscience de la souffrance accompagnant l'utilisation des pouvoirs, de leur démesure par rapport au corps humain normal, des ravages que cela occasionne dans les différents environnements où ils sont utilisés. André Lima Araújo montre des endroits réalistes, existant dans le quotidien, aisément reconnaissables et fonctionnels. À la rigueur, il n'y a que la cabane au fond des bois qui semble un peu étriquée, mais le reste, de la salle de réunion à la centrale nucléaire, correspond à ce qui existe. Par contre l'effet de l'utilisation des superpouvoirs fait basculer la narration visuelle dans un registre plus spectaculaire, l'éloignant du monde de tous les jours, pour aller vers un récit plus orienté action avec un soupçon d'horreur. Le lecteur s'en trouve un peu surpris car le début du récit laissait entrevoir d'autres directions possibles, comme celle de creuser la nature des trois documents établis par Akio, et la relation entre matière et information. Finalement Aleš Kot se concentre sur le devenir des trois jeunes gens. Il montre comment leur histoire personnelle va orienter la manière dont ils se servent de leur pouvoir, ainsi que leurs relations interpersonnelles. S'il n'est pas assez attentif, le lecteur peut même ressentir l'impression que le récit se termine alors qu'il vient tout juste de commencer. L'une des citations en quatrième de couverture évoque les problèmes du millénaire. De fait, Aleš Kot se focalise sur ses 3 principaux personnages, avec Akio en plus. Il reprend une trame très classique d'une organisation militaire qui crée des surhommes, un peu malgré elle, parce qu'elle s'est fait doubler par le scientifique en charge du projet. Aleš Kot utilise le genre superhéros, ou plutôt surhomme, pour sonder un aspect de la société. Il raconte bien une histoire au premier degré, Elena, Nick et Baldwin cédant à la tentation d'utiliser leur pouvoir, pourchassés par les militaires qui veulent contenir ces individus afin de les utiliser. le lecteur retrouve un récit très classique. Dans le même temps, les trois jeunes gens font un usage inattendu de leurs pouvoirs, qui les conduit à s'affronter entre eux. Il apparaît alors que leur conduite découle de leur position sociale, de leur histoire personnelle, et de la manière dont la société les a traités. Aleš Kot réalise en creux une critique pénétrante et acerbe sur la place que la société réserve aux jeunes. Le lecteur se lance dans cette lecture, a priori tenté par le nom du scénariste. Il commence par découvrir une histoire de possibilité d'acquérir des superpouvoirs grâce au codage de l'information ce qui l'aiguille vers un récit entre superhéros et métaphysique. Les dessins d'André Lima Araújo montrent un monde concret et réaliste, rapidement trop normal pour contenir de tels pouvoirs. Petit à petit, la véritable nature du récit se dévoile au fil de scènes de plus en plus spectaculaire, pour une histoire plus originale, mais manquant un peu de substance en termes de critique sociale.
Ibicus
Pascal Rabaté revisite ici un roman d’Alexis Tolstoï (et pas Léon que Rabaté pensait avoir acheté, belle anecdote) à travers une bande dessinée en noir et blanc d’une grande richesse visuelle et narrative. En suivant les péripéties de Siméon Nevzorof, un anti-héros veule et opportuniste, Rabaté nous plonge dans la Russie révolutionnaire des années 1917-1920, un contexte historique fascinant qui sert de toile de fond à une histoire où l'absurde et le tragique se mêlent. Dès les premières pages, on est frappé par le style graphique de Rabaté. Les dessins, réalisés en lavis, apportent une atmosphère à la fois floue et dense, parfaitement adaptée à l’histoire de Siméon, cet homme qui tente de survivre et de s’enrichir dans un monde en plein chaos. Siméon est un personnage complexe, à la fois pitoyable et fascinant. Opportuniste sans scrupules, il cherche constamment à tirer profit de la situation, même au prix de trahir ou de manipuler ceux qui l’entourent. Pourtant, malgré ses défauts, il est difficile de ne pas s’attacher à lui. Rabaté parvient à le rendre humain, montrant ses faiblesses, ses peurs et ses désirs avec une sincérité qui le rend presque sympathique. Et on peut dire que Rabaté sait y faire. L’histoire progresse par à-coups, à l’image de la vie chaotique de Siméon, balloté par les événements. Ce rythme inégal, bien que déroutant, est l’une des forces du récit, car il reflète l’instabilité et l’imprévisibilité du contexte historique. Si je devais lui trouver un défaut, je dirais que certains passages peuvent sembler répétitifs ou manquer de rythme. Malgré cela, l’œuvre reste captivante grâce à la profondeur des personnages et à la complexité des relations humaines décrites. Je reproche souvent à Pascal Rabaté de faire des demi histoires, ici on est servis en termes de densité. En somme, Ibicus marie à merveille l’intensité dramatique du roman d’origine avec la créativité visuelle de Rabaté. Que l’on soit attiré par le contexte historique, la psychologie des personnages ou la beauté des dessins, Ibicus est une lecture qui vaut le détour et qui, malgré ses quelques longueurs, m'a fait passer un très bon moment.
Moon River
Une nouvelle pépite d’humour absurde qui s'inscrit dans la lignée du fameux Zaï Zaï Zaï Zaï. On retrouve ici tout ce qui fait la patte de Fabcaro : un point de départ complètement loufoque, des gags à chaque page, et un sens du non-sens poussé à l'extrême. L’intrigue, , démarre sur les chapeaux de roue avec un crime odieux : une star hollywoodienne se retrouve avec un phallus dessiné au feutre sur la joue. Dès cet instant, l'enquête policière vire à la parodie totale, où les interrogatoires se déroulent dans des endroits improbables et les questions posées n'ont souvent rien à voir avec l'affaire. Fabcaro maîtrise l'art de la surenchère, enchaînant les situations plus déjantées les unes que les autres, tout en jouant avec différents registres d'humour. Il ne se contente pas de rester dans un seul style graphique ; au contraire, il utilise diverses techniques pour appuyer chaque gag. On passe ainsi de scènes en couleurs baveuses, illustrant un tournage de film complètement farfelu, à des planches en bichromie qui rappellent ses précédents opus. À cela s’ajoutent des moments d’autodérision où l’auteur se met lui-même en scène, évoquant ses difficultés à concevoir cette histoire complètement décalée. L'humour de Fabcaro est toujours aussi percutant, mêlant absurde et critique sociale avec une grande finesse. Même si l’on pourrait noter quelques rares baisses de régime, l’ensemble est largement réussi et procure de nombreux éclats de rire. Les amateurs du style de Fabcaro, qui ont déjà adoré Zaï Zaï Zaï Zaï, y trouveront sans aucun doute leur bonheur. L'album est une parodie intelligente du genre policier, transformant une enquête sordide en une comédie burlesque où rien ne se déroule comme prévu. Pour couronner le tout, l'édition proposée par 6 Pieds sous terre est soignée, avec une couverture qui rappelle celle de certaines œuvres cultes tout en gardant une touche unique. Moon River est donc une lecture incontournable pour ceux qui apprécient l'humour absurde et les récits qui sortent des sentiers battus. Fabcaro prouve une fois de plus qu'il est un maître dans l'art de faire rire tout en questionnant notre quotidien, avec cette touche d'ironie mordante qui le caractérise.
Les Guerres de Lucas
Nous voici ici plongés dans la galère de George Lucas pour créer Star Wars. Si vous êtes fan de la saga, c'est un régal, mais même sans être un adepte absolu, l'album reste captivant. Laurent Hopman et Renaud Roche ont fait un boulot hyper documenté, sans tomber dans le surchargé. On suit Lucas dans un parcours semé d'embûches, des débuts de sa carrière jusqu'à la sortie du premier film. Le gars en a bavé, et ça se sent. Le dessin de Renaud Roche est simple, efficace, avec juste ce qu’il faut de couleurs pour appuyer certains moments sans en faire des tonnes. Les visages sont bien rendus, on reconnaît immédiatement les acteurs et les figures du cinéma de l'époque. Le tout est raconté avec fluidité, sans jamais devenir ennuyeux. L’album ne se contente pas de parler de Star Wars, il plonge aussi dans la personnalité de Lucas, ses doutes, ses coups de chance, et son obstination à mener son projet jusqu’au bout, malgré tous les obstacles. Impressionnant. C'est bien ficelé, et les anecdotes sur le tournage sont vraiment sympas, que vous soyez un fan ou juste curieux. En gros, Les Guerres de Lucas, c’est une lecture très intéressante et bien construite. Pas besoin d’être un ultra-fan pour apprécier, mais si vous aimez un minimum le cinéma ou les histoires de création, c’est clairement un bon moment à passer.
Le Grand Pouvoir du Chninkel
Voilà une lecture que j'ai longtemps repoussée pour profiter d'un après midi calme de vacances et pouvoir le lire d'une traite. Classique parmi les classiques, il faisait partie des rares oeuvres aussi classiques absentes de ma biblio municipale quand j'étais plus jeune. Je peux me rattraper quelques dizaines d'années après. Et c'est clairement un classique que j'aurais classé culte à cette époque. Depuis, d'autres oeuvres d'Heroic Fantasy réussies sont sorties et mes critères ne peuvent plus être vraiment les mêmes. J'on, petit Chninkel insignifiant, devient le porteur d'un destin qui le dépasse, en étant choisi pour apporter la paix à un monde ravagé par des guerres sans fin. Van Hamme, fidèle à son style, revisite les mythes religieux avec ironie, transformant cette quête épique en une réflexion sur le pouvoir, la foi et le libre arbitre. Chaque rebondissement du scénario nous plonge un peu plus dans l'absurdité de cette mission divine, où l'espoir et le désespoir se côtoient sans cesse. J'ai personnellement trouvé que les références bibliques manquent un peu de subtilité et que la référence à 2001 l'odyssée de l'espace arrive comme un cheveu sur la soupe... Le dessin de Rosinski, tout en noir et blanc, sublime le récit. C'est une œuvre d'une densité graphique rare. Les ombres profondes, les détails minutieux, tout contribue à créer une atmosphère immersive. Le choix du noir et blanc n'est pas anodin : il renforce le caractère intemporel et universel de l'histoire. Je n'irai donc pas essayer la version colorisée. Le scénario, bien qu'enraciné dans des références bibliques évidentes, parvient à surprendre. Van Hamme joue avec les attentes du lecteur, en construisant une histoire qui, sous des airs de fable religieuse, interroge notre rapport au divin et au pouvoir. L'humour noir et le cynisme sont omniprésents, notamment dans la façon dont J'on, ce petit être frêle et craintif, se voit attribuer une mission impossible. La fin, magistrale, vient bouleverser toutes les certitudes accumulées au fil des pages. Je comprends clairement pourquoi "Le Grand Pouvoir du Chninkel" a marqué des générations de lecteurs. C'est une bande dessinée qui ne laisse pas indifférent en offrant un spectacle visuel de premier ordre. Une œuvre qui mérite amplement sa place dans le panthéon de la bande dessinée.
Alerte
Plutôt convaincante, cette première partie d’un diptyque annoncé qui se déroule dans le milieu du « Big Pharma ». Et plutôt en phase avec l’air du temps, quand on sait, après plusieurs scandales à répétition, que la stratégie des grands laboratoires pharmaceutiques est de miser sur les secteurs où ils sont assurés d’engranger des montagnes de cash… n’hésitant pas à laisser sur le bas-côté les maladies rares dites « orphelines ». « Alerte » a comme point de départ l’annonce d’un médicament révolutionnaire par un gros acteur de l’industrie pharmaceutique, mais dont les effets secondaires ont été occultés afin de ne pas compromettre sa mise sur le marché. Très vite, le récit va adopter les codes du thriller en débutant avec un suicide aussi mystérieux que spectaculaire, celui d’un « cobaye » sur qui les tests ne semblent pas avoir été des plus convaincants… C’est la scientifique à l’origine du médicament elle-même qui va rapidement réaliser que les infos liées aux risques ont été volontairement dissimulées et que son entreprise va totalement verrouiller sa communication autour de ce suicide, peu importe les moyens employés. Prise dans un dilemme, la jeune femme devra choisir son camp, elle qui envisageait son métier de façon purement altruiste, comme une contribution au bien-être de l’humanité… La narration de Johan Massez bénéficie d’une bonne fluidité, avec des personnages généralement plutôt bien campés. A l’origine, ce dernier ambitionnait, avec une équipe de professionnels, de réaliser une série télévisée, ce qu’on imagine sans peine. En effet l’intrigue reste assez classique mais bénéficie d’une construction au cordeau, avec un axe narratif secondaire concernant le fils de l’héroïne, Adri, un adolescent « à problème » qui lui-même a servi de cobaye au fameux médicament, renforçant le malaise de Cathy Charlier et ajoutant un certain suspense au récit. Couleur forte de cet album, le beau vert bleuté très moderne, utilisé pour les scènes nocturnes, est conjugué à une touche orangée soulignant un danger imminent. Cet assemblage impose une ambiance assez inquiétante et s’accorde à merveille à une ligne claire qui évoque Floc’h, Ted Benoit ou encore Joost Swarte. Pour un peu, on aurait l’impression d’être au ciné… Cette sombre histoire de magouilles et de gros sous réussit son entrée en matière pour donner envie de savoir comment tout cela va se terminer pour notre héroïne. A n’en pas douter, celle-ci va devoir faire des choix après avoir mis le pied dans un sacré nid de serpents très venimeux, qui n’ont rien à voir ici avec ce qu’ils symbolisent généralement, à savoir la santé et la guérison.
Le Loup
Je n'avais jamais encore lu de BD de JM Rochette, ayant toujours été rebuté par le dessin de prime abord. A force de voir cet auteur dans les classements, en voyant les avis ici et ayant épuisé ma pile à lire sur mon lieu de vacances, c'est donc sur "Le loup" que j'ai jeté mon dévolu pour découvrir cet auteur. JM Rochette nous livre ici une œuvre empreinte de la majesté et de la rudesse du massif des écrins. On s’attarde sur la relation complexe entre l'homme et la nature, incarnée ici par le loup, réintroduit dans les montagnes françaises, et un berger, Gaspard, dont la vie est bouleversée par ce prédateur. Ce qui frappe d’emblée dans cette bande dessinée, c’est l’atmosphère qui se dégage des pages. Le dessin charbonneux de Rochette, soutenu par une colorisation froide et qui m'avait rebuté de prime abord traduit parfaitement l’austérité des sommets enneigés, rendant palpable la solitude et la dureté de la vie en altitude. Rochette a une manière singulière de capturer la force brute de la nature, que ce soit à travers les paysages ou les traits des personnages, rudes comme la montagne elle-même. Sur le plan narratif, "Le Loup" se distingue par son approche minimaliste. Peu de personnages, peu de dialogues, mais une histoire dense qui se lit rapidement. JM Rochette parvient à transformer une simple confrontation entre un homme et un loup en une fable sur la coexistence, l’entêtement humain, et la nécessité de trouver un équilibre avec la nature. La relation entre Gaspard et le loup, qui oscille entre haine et respect, est l'épicentre du récit. Rochette dépeint avec finesse l’évolution du berger, qui, au fil de l’histoire, voit ses certitudes ébranlées. Cette transformation progressive pourrait rappeler la complexité des rapports entre l'homme et l'animal, un thème qui traverse toute l'œuvre. La fin du récit, marquée par une note d’espoir inattendue, pourrait surprendre, voire décontenancer, mais elle s’inscrit parfaitement dans la réflexion globale de l’œuvre : celle d'une nécessaire réconciliation entre l'homme et la nature. La postface vient ainsi apporter une conclusion philosophique à cette fable moderne, élargissant la portée du récit au-delà de la simple anecdote montagnarde. En résumé, "Le Loup" est une bande dessinée intense, où la puissance des images et la sobriété du récit se répondent pour créer une œuvre à la fois poétique et brute. Rochette nous invite à réfléchir sur notre place dans le monde, et sur notre capacité à coexister avec ceux qui y vivent depuis bien plus longtemps que nous. Une lecture qui, si elle se fait rapidement, laisse une empreinte durable.